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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 05:10

sartre.jpgCinquante ans de relations tumultueuses. Mais cinquante années aux côtés des opprimés, d’une manière ou d’une autre, malgré les égarements, les erreurs, les phrases terribles, les mensonges, toujours Sartre est revenu dans ce camp, quoi qu’on en dise aujourd’hui, de mensonges plus gros que les siens, d’une curée parfois immonde à son encontre. Non, nous n’oublions pas ses déclarations intempestives, injustifiables, surtout celles des années 1952-1956, ni son voyage à Cuba, ni ses excuses lamentables (en 1975, il avouait piteusement avoir menti après sa visite en URSS, mais se cherchait encore des prétextes dans la dérobade de la maladie…). Nous n’oublions pas ses errements, le retard pris à condamner le PC , ni la faiblesse de ses positions politiques réfléchies la plupart du temps à court terme, sans aucune vision politique solide, sérieuse, durable derrière. Encore que… A lire l’étude très fouillée de Ian Birchall, qui a décortiqué toute la masse des écrits journalistiques de Sartre, se dessine finalement une attitude, relevant d’un calcul : Sartre aura voulu croire à un changement possible et aura voulu croire qu’il fallait pour y parvenir soutenir les possibles plutôt qu’une utopie libératrice, raison pour laquelle il aura chaque fois préféré soutenir la contestation institutionnelle à la révolte informelle, et ce jusqu’après 68, dans le soutien apporté aux Maos, parenthèse courte de l’histoire de la contestation en France, d’intellectuels engagés au service d’une Révolution qu’ils croyaient la leur et non celle des masses populaires. Au fond, lui qui en avait horreur, aura adopté toute sa vie une conduite politicienne de l’engagement politique. Cela signifie-t-il qu’il n’y avait aucune sincérité dans cet engagement ? Pas du tout, malgré ses métaphores à la con et ses défiances à l’égard de mouvements authentiquement révolutionnaires. Car c’est un Sartre très au fait du mouvement des idées que l’on découvre, tout autant que des actes et des impulsions de ces Gauche anti-staliniennes qui existaient dans le pays et dont il prétendit longtemps avoir méconnu l’existence.

Une biographie politique donc, qui au passage rend justice à des mouvements (anarchistes en particulier) et des personnalités (Colette Audry, Pierre Naville, etc.) passés depuis sous silence. Tout une presse de Gauche à vrai dire, critique de l’URSS finalement très tôt, en quête d’une impossible recomposition à Gauche. L’aveuglement de Sartre aura ainsi reflété celui de l’intelligentsia française,

qui n’aura jamais cessé de se montrer défiante sinon méprisante à l’égard des masses populaires et se sera pensée, jusqu’à nos jours, comme l’élite seule capable d’inaugurer de temps nouveaux quand, dès 1956, les ouvriers hongrois, lâchement abandonnés par cette intelligentsia, auront démontré qu’ils savaient prendre en main leur destin. Reconstruire la Gauche, cet impossible sur lequel achoppa Sartre, est toujours notre ordre du jour. Alors qu’il n’ait vu clair dans son époque, à ce titre, ils sont nombreux à avoir été myope, à commencer par les anti-communistes, dont la mission aura surtout consisté à utiliser la critique légitime du stalinisme pour affaiblir le socialisme et les organisations ouvrières.joël jégouzo--.

 

Sartre et l’extrême gauche française –cinquante ans de relations tumultueuses, de Ian H. Birchall, La fabrique éditions, traduit de l’anglais par Etienne Dakenesque, septembre 2011, 400 pages, 18 euros, ean : 978-2-358-720212.

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Published by texte critique - dans essais
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