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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 09:31

Bure. 85 000 m3 de déchets radioactifs à enfouir sous 500m de profondeur. Avec l’espoir que tout se passe bien pendant les 100 000 ans au cours desquels ils resteront une menace pour l’humanité… Et tout en sachant, de l’aveu même des autorités, qu’il y a de fortes chances pour qu’arrive un Tchernobyl souterrain ! Bure, un territoire sous occupation militaire désormais, aux confins de la Lorraine. 270 kilomètres de galeries. Plus que le métro parisien. 3% des déchets nucléaires français devraient y être enfouis, qui représenteront 99,8% de leur radioactivité… La mise en service est prévue pour 2035. Coût du projet : 35 milliards d’euros…

Pourquoi Bure ? Parce que personne n’en voulait ailleurs en France. Parce que ce territoire de la Meuse est dépeuplé, à 80 km de Verdun. Parce que le village ne compte que 82 habitants. Pare que les villes alentours ont perdu un tiers de leurs habitants en trente ans et ne peuvent être animées par une grande contestation.

Pour l’heure, les déchets nucléaires français sont entreposés provisoirement ici et là sur le sol français et un peu en dehors de chez nous aussi. Quand on a lancé le tout nucléaire, on ne savait absolument pas ce que l’on ferait de ces déchets. Mais on pensait qu’on saurait un jour. On a donc commencé par les jeter à la mer. Les couler dans les profondeurs des eaux extra-territoriales, jusqu’à s’apercevoir que les fûts éclataient sous la pression de l’eau et que leur contenu se répandait dans les océans. Puis on a eu l’idée de les enfouir. C’est en 1991 que l’on a décidé pour Bure. Le seul problème était d’arracher le consentement de la commune. Techniquement, on n’était sûr de rien. Sinon que la Meuse était pauvre et qu’il suffirait sans doute de déverser un peu d’argent pour arracher ce consentement. Les mairies virent leurs rentes exploser. Longuet, président de région, était évidemment largement favorable : l’industrie locale était en ruine. Alors l’Andra finança les collèges, les lycées, des expos magnifiques, des sorties, distribua des ordinateurs, des imprimantes, du matériel vidéo, multiplia les campagnes de porte à porte et commença de racheter les terrains. On terrassa donc, puis on creusa. Dans l’argile. En 2016, l’instabilité des sols provoqua des accidents. Il y eut des morts. On coula des millions de m3 de béton pour renforcer les galeries. Puis on s’aperçut qu’avec la corrosion, les matériaux entreposés dégageaient de l’hydrogène. On entoura les premiers déchets de bitume. Inflammable… Si tout cela prenait feu, on s’interrogeait : comment parvenir à récupérer les fûts en cas d’incendie ? On verrait bien. Le coût ne cessa d’augmenter au fil des bévues. Qu’à cela ne tienne, la France est un  pays riche.  Et puis nos équipes innovaient. Elles réussiraient, là où partout dans le monde on commençait d’arrêter d’enfouir : cela ne marchait pas. Nous, ça devait marcher. Contre vents et marées, le projet était devenu vital pour l’industrie nucléaire française. Le PS manœuvra. Ségolène. Et jusqu’à Hulot qui valida la solution «la moins pire»… Le 19 juin 2016 démarra l’occupation et la ZAD de Bure et sa répression. Depuis octobre 2017, Bure ressemble à Tchernobyl, avant l’explosion : une occupation policière.

Cent mille ans – Bure ou le scandale enfoui des déchets nucléaires, Gaspard d’Allens, Pierre Bonneau, Cécile Guillard, seuil / La revue dessinée, octobre 2020, 152 pages, 18.90 euros, ean : 9782021459821.

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