Vendredi 19 septembre 2014 5 19 /09 /Sep /2014 05:15
 
hollande-copie-1.jpgLa France relève désormais de catégories fictionnelles. 
Comment ne pas reconnaître, en effet, le caractère imaginaire des objets qui nous sont proposés pour "faire France" ?
«Je dois changer la réalité (…). Nous sommes responsables de cette perte de repères et de sens. (…) Ma priorité, c’est l’emploi. (…) Notre responsabilité, ce n’est pas de vendre de l’illusion mais de rendre l’espoir. (François Hollande, premier éditorialiste de France, le 18 septembre 2014)
karl-kraus.jpgObservez les "grands" médias emboîter le pas à cette fiction sordide. Mesurez leur degré de compromission à leur mouillage dans une pseudo réalité sociale tronquée. Relevez les indices textuels (pour faire savant) de la fictionnalité de cette actualité. Le moins qu’on puisse dire, c’est que si le roman déploie tout une série de stratégies textuelles pour favoriser l'illusion référentielle, la société politico-médiatique en fait autant. Voyez comme elle produit cette fiction, goûtez la merveilleuse manipulation d’une vraie crise dont les conséquences ne portent que sur les plus démunis. Ecoutez Monsieur 20 heures à sa télévision, déversant ses mensonges dans une énonciation impeccable, escamotant les indicateurs qui pourraient faire sens. Que dire de ces bouffées énonciatives, sinon qu’elles jouent crapuleusement de l’effet de réel, mais que dans le même temps, c’est typiquement bâtir une fiction qui n’articule qu’un récit vandale.  
Que conclure de cette journaille, comme l’appelait Karl Kraus, l’aboyeur autrichien, et du rôle essentiel qu’elle joue dans l’entreprise de démolition généralisée des populations françaises ? Rien, sinon qu’une caste acquise au maintien de l’ordre néolibéral précipite la France dans son chaos balourd. Aujourd’hui, la société politico-médiatique est une vaste conspiration contre toute espèce de vie sociale. Il nous faudrait reprendre les leçons d'un Kraus, à qui j’emprunte la formule, pour nous en sauver. A Kraus qui ne cessait d’alerter ses compatriotes, dans l’Allemagne des années 1930, sur la maîtrise gagnée par les nazis dans l’art de "faire passer la bêtise, qui a remplacé la raison, pour de la raison…". Kraus qui ne cessait de pointer l’horizon de cette entreprise de crétinisation : nous faire perdre le sens des réalités. Car lorsque le discours public ne sert qu’à proférer avec aplomb des arguments spécieux ou à rendre honorables des idées ignobles, ce qu’il y a au bout, c’est la mort collective.
 
 
Œuvres de Karl Kraus :
 Les Derniers Jours de l’humanité — version intégrale, Agone, 2005
 Troisième nuit de Walpurgis, préface de Jacques Bouveresse, Agone, 2005
 Les Derniers Jours de l’humanité — version scénique, préface de Jacques Bouveresse, postface de Gerald Stieg, Agone, 2000
 La Boîte de Pandore, introduction à des textes de Frank Wedekind, Ludd, 1995
 La Littérature démolie, essais, préface d’Elias Canetti, Rivages, 1993
 Cette grande époque, essais, préface de Walter Benjamin, Rivages, [1993], 2006
Dits et contre-dits, aphorismes, Ivréa, 1993
La Nuit venue, aphorismes, Ivréa, 1986
Pro domo et mundo, aphorismes, Ivréa, 1985
 
Essais (sélectifs) sur Karl Kraus :
Karl Kraus, Cahiers de L’Herne, 1975 [épuisé],
Schmock ou le Triomphe du journalisme : la grande bataille de Karl Kraus, Jacques Bouveresse, Seuil, 2002
L’Universel reportage et sa magie noire. Karl Kraus, le journal et la philosophie, André Hirt, Kimé, 2002
Les Quarante-Neuf Degrés, Roberto Calasso, Gallimard, 1992
La Parole malheureuse, Jacques Bouveresse, Minuit, 1971
Référence électronique :
"Bibliographie en français ", revue Agone, 35-36 | 2006, [En ligne], mis en ligne le 15 septembre 2008. URL : http://revueagone.revues.org/489. Consulté le 27 mai 2010.
 
Par texte critique - Publié dans : Politique - Communauté : blog Ministre de la Culture
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 18 septembre 2014 4 18 /09 /Sep /2014 06:08
 
freres-de-guerre.jpg14-18. Pour la jeunesse. Moins pour son édification fort heureusement, que sa dénonciation.
 
1er août 14. 80% des ruraux sont mobilisés. La Patrie sait épargner ses bourgeois… Le tocsin sonne. Les villageois se ruent Place de l’église. L’heure de la revanche est venue, distille une propagande bornée.  Le lendemain, en place publique est placardé l’avis de mobilisation et la déclaration du Président de la république : « La mobilisation, ce n’est pas la guerre. Dans les circonstances présentes, elle apparaît au contraire comme le seul moyen de sauver la paix dans l’honneur de la patrie»… Sauver la paix… On tente d’y croire. Tout comme à l’honneur d’une patrie qui va envoyer par millions ses enfants à l’abattoir. Avinés, drogués, courant à l’échafaud comme les poilus appelaient eux-mêmes l’assaut. La guerre donc, que les allemands déclarent à la France le 3 août. Eugène, 15 ans, veut y aller. Il décide de s’engager, avec son copain d’enfance, Matthias. Ce n’est pas qu’on s’ennuie vraiment à Saint-Pathin, parmi le bruit des forges et des percherons piétinant le gravier du village. Mais l’aventure est aux portes, comme y invite la propagande. Ils partent donc un beau matin sans prévenir leurs parents. Ils partent pour cette belle aventure qui est comme un rêve de gamin. Fiers de leurs uniformes imbéciles, culotte rouge, vareuse bleue... Tandis que l’armée réquisitionne tous les chevaux disponibles, procédant à l’immense saignée dans tous les villages de France. Dix millions d’entre eux périront. Volés aux paysans… Eugène et Matthias sont en route. Les nouvelles sont bonnes : on a repoussé les allemands sur la Marne. Quand on croyait qu’ils avaient été bloqués à la frontière… Les journaux ne cessent de mentir. On ne compte plus, dans leurs pages, nos batailles victorieuses… Si bien que dans les campagnes, tous les gamins veulent y prendre leur part. Trop facile ! Trop beau. La propagande lève des milliers de volontaires.  En novembre, les allemands sont toujours repoussés mais ils ne cessent d’avancer. Eugène et Matthias sont séparés. Eugène rejoint le front : les collines de l’Argonne. En troisième ligne d’abord, où commence l’attente. Longue, désespérante. On solidifie les tranchées, on bricole.  Interminablement. Commencent les marmitages.  Une semaine de bombardement intense, avant l’assaut donné par les troupes allemandes. Qui prennent leurs premières lignes. Tout n’est bientôt que ruines autour d’Eugène. Partout gisent les corps emmêlés. Que des millions de rats viennent dévorer vague après vague. Partout l’immense puanteur. Et puis un jour Eugène doit partir lui-même à l’assaut. Le coup de sifflet retentit. Trois fois. On leur a distribué juste avant un cocktail anesthésiant : de la poudre à fusil, de l’alcool frelaté et vin à volonté.  Les soldats, ivres, foncent à travers les lignes de barbelé. La première vague aussitôt balayée par les mitrailleuses. Au sentiment de la victoire se substitue celui de la révolte. Tant de gâchis pour rien. Plus tard viendront les gaz, l’affolement des troupes françaises qui n’y sont pas préparées et ne possèdent aucun équipement pour lutter contre –les premiers masques à gaz leur arriveront en mai 1915... Matthias meurt. Gazé. Eugène l’apprendra cinq mois plus tard. Avant de découvrir Verdun et sa tuerie organisée. Blessé de cette belle blessure à laquelle rêvent tous les poilus, il part en permission, retourne au village subir l’agacement de l’ignorance à l’arrière du front. On lui parle des boches, de leur courage à eux quand il ne connaît, lui, que la honte : «Pourquoi nous sommes-nous battus ?» Eugène finira par se taire, heureux de n’avoir plus à parler de cette guerre qui n’était pas la sienne, qui n’était pas la leur mais celle des marchands de canons et des grands industriels capitalistes. Une vérité que l’Etat ne veut pas révéler, que la Nation ne veut pas affronter. Toutes ces morts inutiles. Son rêve de gloire tourné court.
 
 
Frères de guerre, de Catherine Cuenca, Flammarion jeunesse, 28 août 2011, Collection : FLAMMARION JEUNESSE, 205 pages, 6,10 euros, ISBN-13: 978-2081263192
 
 
Par texte critique - Publié dans : en lisant, en relisant - Communauté : le texte voyageur
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 16 septembre 2014 2 16 /09 /Sep /2014 07:50

 

jean-genet.jpgLes éditions Gallimard ont réédité en 2010 les textes politiques de Jean Genet. Dont l’éblouissant Quatre heures à Chatila, écrit en octobre 1982, juste au retour de sa visite du camp de Chatila au lendemain des massacres perpétrés par les phalangistes, sous les yeux complaisants de l’armée israélienne.  Chatila dont il a parcouru les rues jonchées de cadavres. Jean Genêt déambule parmi les corps suppliciés, raconte. Le silence assourdissant des soldats israéliens qui bouclent Chatila, installés à quelques mètres du camp et qui prétendirent n’avoir rien vu, rien entendu.  Jean Genet raconte l’obscénité de la mort qu’il découvre à Chatila, l’infini épuisement des corps abandonnés dans la poussière des rues et qui ne peuvent rien cacher. Et l’armée israélienne, qui avait quelques jours plus tôt prévenu en secret les américains, les italiens, les français. Ces mêmes français qui venaient de se retirer lâchement à la veille des massacres. Quelle décision politique !

«J’enjambai les morts comme on franchit des gouffres».  Pendant trois jours et trois nuits les commandos supplétifs avaient œuvré. Trois jours et trois nuits sous les yeux de l’armée israélienne. Qui leur apportait les vivres, l’eau. Et éclairait le camp la nuit pour qu’ils puissent sans risques traquer la population civile. Trois longs jours et trois longues nuits. Et François Mitterrand averti qui laissa se perpétrer le massacre. Combien étaient les phalangistes, s’interroge Jean Genet ? Relevant la topographie des lieux, il note simplement qu’il leur fallait être nombreux pour infliger de tels dégâts. Et qu’au quatrième jour, les chars israéliens étaient entrés dans Chatila, bloquant les survivants, mais laissant filer les assassins. Jean Genet décortique les conditions de possibilité d’une telle horreur. Il note qu’à quarante mètres de l’entrée se trouve l’hôpital Acca, occupé par l’armée israélienne. Et partout ne voit que des corps suppliciés avant d’avoir été abattus. «Qu’est-ce qui n’est pas vain dans ce monde ? C’est à vous que je pose cette question, nous demande-t-il par-delà les âges. Vous voyez que c’est surtout vous qui acceptez les massacres et qui les transformez en massacres irréels. La révolte de chaque homme est nécessaire», conclut-il.

 

Jean Genet, L’Ennemi déclaré, textes et entretiens choisis 1970-1983, Folio, 7 octobre 2010, 304 pages, 7,40 euros, ISBN-13: 978-2070437863.

 

 

Par texte critique - Publié dans : Politique - Communauté : les anti-capitalistes
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 15 septembre 2014 1 15 /09 /Sep /2014 06:25
 
gouiran.jpg

La Vanne, un 27 janvier.  La garrigue par un temps glacial. La porte s’ouvre sur un visage connu. Mais vieilli.  Clovis en reste ahuri : Samia ! Chez lui, perdue au bout de son monde. Partie naguère avec François, plutôt que lui.  La vie séparée d’elle-même. D’un coup sa mémoire prend l’eau, submergée. Il l’avait revue en 1992, à Naples. Samia, qui tant hantait ses rêves. François a disparu, c’est la raison de sa visite. Grand reporter à la retraite, rebelle à l’info conventionnelle.  Il avait bossé autrefois sur l’Opération «Paix en Galilée» : les bombardements des camps de l’OLP par l’armée israélienne. En juin 82, Tsahal entrait au Liban. C’est là que Clovis avait rencontré François. Il se rappelle d’un coup Sabra et Chatila, l’immonde ghetto où l’on avait parqué les réfugiés palestiniens.  Et ses cadavres piégés pour tuer les survivants éplorés.  Il se rappelle les femmes éventrées, les nourrissons éviscérés, les vieillards torturés. L’armée israélienne avait donné le feu vert aux phalangistes pour perpétrer ce crime contre l’humanité. Resté impuni. Au lendemain du massacre des Innocents, on avait intimé l’ordre aux survivants de se rendre. Il ne leur serait rien fait. Ils furent assassinés. Clovis se rappelle alors le mot d’ordre de la conscience internationale de l’époque : édulcorer les faits. Soustraire Israël à sa responsabilité. François l’avait refusé.  Clovis se rappelle Samia en 82, qu’ils avaient découverte hagarde sur une plage non loin de Sabra. Une enfant, violée à de nombreuses reprises. François l’avait sauvée, ramenée avec lui à paris. Il se rappelle leur écœurement.  En 2012, lui raconte Samia, François travaillait sur la mémoire espagnole. L’arrestation d’une religieuse l’avait intrigué, tout comme sa mise en examen pour vols de bébés. Elle poursuivait ce vieux trafic d’enfants initié par le franquisme, qui ne prit fin que dans les années 90... Près de 150 000 enfants avait été volés en Espagne ! Un trafic qui impliquait une administration froidement criminelle. Médecins, infirmiers, éducateurs, policiers, assistantes sociales… Dans les années Franco, il s‘agissait de purifier la race, d’éradiquer la pègre rouge. Par la suite ce n’était devenu qu’un odieux trafic d’êtres humains. Une rapine monstrueuse. La religieuse avait nié.  Mais on avait pu prouver les faits. François était aussitôt parti en Espagne, Samia ignorait pourquoi.  Il avait accumulé des pages de témoignages sur ce trafic.  Avant de disparaître. Clovis décide donc de partir chercher son vieux copain, poursuivant bientôt une piste émaillée de meurtres… Gouiran poursuit son exploration des bas-fonds franquistes, et post-franquistes : car nous sommes toujours englués dans cette histoire sauvage qui ne cesse de faire retour, celle d’un XXème siècle qui n’a cessé de poursuivre son bon vieux rêve raciste. Pour preuves, le massacre de la population civile palestinienne cet été 2014. Le monde avait su pour Sabra et Chatila, mais de nouveau les palestiniens étaient la cible de massacres odieux. Tout comme le monde avait su pour la Shoah, mais l’avait laissée s’accomplir. Car tout se reproduit encore, dans de minuscules déplacements des ethnies concernées… Comment dénoncer, demande Gouiran ? Le monde doit savoir, mais pour éviter quoi au juste ?  Où dénoncer ? Le roman est-il le bon lieu de cette dénonciation ? Gouiran est pessimiste : le devoir de mémoire n’aura peut-être été qu’une machine à fabriquer des excuses pour les génocides à venir… Il y a pourtant quelque chose de beau dans cette écriture qui nous tend un miroir brisé de notre société. Qui s’emballe d’un coup, convoquant toute l’histoire contemporaine, qui aurait dû nous faire tellement mal déjà. 1974, le supplice des anarchistes catalans. Puig garroté. La place George Orwell aujourd’hui piquée de caméras de surveillance, comme une victoire sur le roman… Nous déplaçons sans cesse nos révoltes dans des formes acceptables, romanesques pour tout dire, quand il faudrait que le roman se fasse voyou pour ne pas ensevelir ses propres contenus. François a remonté le cours de son existence. Adopté lui-même, expédié en Bavière dans un lebensborn nazi… Hitler avait fait créer partout ses centres d’élevages d’êtres humains, y compris en France, comme celui de Lamorlaye inauguré par Himmler en personne le 6 février 44, propriété de la famille des chocolats Menier. Une histoire que nous avons tue, comme tant d’autres, pour nous recueillir complaisamment sur des devoirs mémoriels hypocrites. Maurice Gourian est pessimiste, je l’ai dit, qui ouvre peut-être à la seule vérité qui nous étreigne, dans cet hymne à la ville de Marseille qu’il esquisse, Marseille, ville imparfaite qui résume à elle seule nos possibilités et nos conditions d’existence.

 
L’Histoire des enfants volés, Maurice Gouiran, éditions Jigal, Polar, mai 2014, 240 pages, 18,50 euros, ISBN 979-10-92016-19-2.
 
Par texte critique - Publié dans : en lisant, en relisant - Communauté : blog Ministre de la Culture
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 12 septembre 2014 5 12 /09 /Sep /2014 08:07
 
Le-Royaume.jpgEmmanuel Carrère a cru. Ou voulu croire. Ou cru qu’il voulait croire. Mais il ne croit plus. Et peu importe : cela allait bien dans sa trajectoire d’écrivain. Y faisait sens. Offrant une nouvelle possibilité d’opus. Le Royaume donc. Qui s’ouvre sur la possibilité de la Résurrection. Moins une nouvelle manière de voir, ou de vivre, que l’occasion d’écrire encore. Un dispositif de fiction en somme. Emmanuel Carrère a voulu croire à "un truc" aussi "insensé" que la religion chrétienne. Et nous le conte. Plus qu’il n’enquête comme il le prétend. La feinte d’enquêter lui tenant lieu de forme et l’aidant à maintenir sa structure romanesque la plus ouverte possible. Comment cela a-t-il bien pu lui arriver ?, s’interroge-t-il donc. Des années plus tard nous livrant son sentiment, et ses raisons : la condition de possibilité du récit qu’il signe. Trois ans de ferveur. Voilà : un beau jour, il s’est mis à croire. Mais vraiment pas comme Claudel au pied de son pilier de Notre-Dame. Trois années de grâce, confie-t-il. On en doute. Alors il raconte. La providence. Casanova. L’histoire des premiers chrétiens. Sa culture surplombant l’ensemble, sinon l’étouffant. Pas trop la foi du charbonnier en quelque sorte. La sienne pourtant inaugurée dans un moment de crise. Why not ? Sa réflexion inaugurée tout d’abord par un curieux chapitre où il oppose la religion à la raison, oubliant Paul et son précieux enseignement. Il cherche vaguement d’où elle serait venue, évoque son enfance, l’adolescence d’un gamin riche, cultivé. Une famille distinguée. Il raconte. Aujourd’hui, le cynisme quincailler du milieu intellectuel parisien. Et puis un petit village au bout d’un sentier de montagne, un minuscule chalet et le vieux prêtre qu’il avait pris l’habitude de voir. La lecture de Jean et une phrase qui le touche un jour de plein fouet. Il écrit. Savamment. Se persuade. Enfin : à l’époque. Chaque jour un verset. Jean. Et ses trois années de «discipline» chrétienne. La foi qu’il s’impose. La lecture, la prière, ses propres commentaires des évangiles. Mais seule la littérature semble vraiment irriguer son anamnèse. La littérature, sa vraie consolation, solitaire au-devant du texte, cajolée, triomphante, mais qui ne scrute pas grand-chose et livre un être qui se refuse dirait-on à se laisser aller à l’aventure qui l’a convoqué. Nous offrant au final un récit fatigué, qui n’informe ni la foi ni la littérature et tourne autour de contritions puériles –l’auteur se désespérant que Dieu n’ait pas voulu faire de lui un Grand écrivain… N’est pas Dosto qui veut… Rien d’étonnant à ce que Carrère n’ait offert de Paul que la vulgate la plus plate, quand les textes des spécialistes étaient pourtant à la portée de son entendement. Rien d’étonnant à ce qu’il ait choisi pour matière Les Actes des Apôtres plutôt que la lecture assidue de Paul : une fiction que ces Actes, une legenda propre à émerveiller les hommes de peu de foi. Reste son bavardage érudit il est vrai. Et la pirouette finale, Carrère s’interrogeant sur le sens de ce livre : a-t-il trahi le jeune homme qu’il a été et le Seigneur auquel il a cru ? Sans conteste, non : Emmanuel Carrère semble n’avoir jamais cherché qu’à se contempler dans le mystère de la Croix.
 
Le Royaume, Emmanuel Carrère, éd. P.O.L., septembre 2014, 640 pages, 23,9 euros, ean : 978-2-8180-2118-7.
 
Par texte critique - Publié dans : en lisant, en relisant - Communauté : blog Ministre de la Culture
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Recherche

Calendrier

Septembre 2014
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30          
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés