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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 08:26

Enlevée, battue, ferraillée, torturée, poignardée, étranglée, démembrée avant d'être jetée, bras, jambe, torse, pied, main gauche, main droite, à l'eau. Prélevée à cinquante mètres de chez elle. Sa vie brusquement soustraite -elle avait 18 ans. Elle s'appelait Laëtitia. Elle avait été une enfant. Battue déjà, maltraitée. Sa mère avait été violée. Sa sœur aussi. Une histoire. Tragique. Que Ivan Jablonka a su arracher au fait divers, au crime qui voulait la marquer de son étreinte odieuse. Laëtitia ? Certes, l'histoire d'une société de violence où les femmes et les enfants sont des victimes toutes désignées. Où les femmes et les enfants ne sont toujours pas des sujets de droit mais des aubaines pour les prédateurs en vadrouille, parce que les femmes et les enfants sont de toute façon exposés à la vindicte patriarcale. Laëtitia ? C'est l'histoire d'une jeune fille parlée depuis son plus jeune âge par une violence sans nom. Un parcours coutumier pourrait-on dire, au sein d'une société où les femmes se font harceler sans que cela ne dérange vraiment. C'est l'usage en France. Pays de frustration, de haine, de rancœur. Un fait divers donc. Mais comme l'affirme Jablonka, «un fait divers n'est jamais simple, ni divers». Il lui a donc fallu se l'affronter, en faire matière, le relever sinon l'élever dans une forme improbable : celle du récit. Une enquête. Une quête. Celle d'une écriture, pour prendre le pouls d'une société mortifère, la nôtre. D'une société de misère, de pauvreté, d'abandon. Des millions comme Laëtitia, dans cette France dite périphérique qui crève depuis de si longues années loin du tumulte des médias. Voilà, c'est tout cela que brasse Jablonka. Coupant, démembrant son récit pour tenter de rendre justice à une jeune fille au destin tout tracé de victime. Pour lui donner voix. Et quelle voix dans cette interprétation non pas magistrale que lui donne Maïa Baran -le mot ne conviendrait pas à ce que l'on entend là, de tout à la fois fluide et fragile, assuré et heurté-, déposant son objet, ce texte, avec l'aplomb d'une simple franchise.  Sans excès. Ce dont on parle l'est trop. Mais affirmée dans ce retrait devant l'évocation d'images insoutenables.

 

Laëtitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka, lu par Maïa Baran, Audiolib, 15 février 2017, 1 CD MP3 - durée d'écoute : 11h12, 23,40 euros, ean : 9782367622927.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 09:37

«Nous» : les français. Presque tous les français et non plus seulement ceux de la France insoumise ou ceux de Nuit Debout. Par dizaines de millions, à l’exception de cette frange minoritaire qui ne veut pas rompre avec une Vème République consternante. Nous ne sommes plus gouvernables, parce que le jeu politique de cette Vème est arrivé en bout de course. Tout le monde le sait. Bien qu’ils soient nombreux, parmi nos élus, à tenter de nous faire croire qu’un simple dépoussiérage la sauverait. Pour sauver leur peau, n’en doutons pas, et celle d’une poignée de nantis. En pariant par exemple sur l’apathie de foules tenues en laisse par cet outil de domination qui jusque-là a fonctionné tant bien que mal : «la crise» et son «nécessaire» corollaire : l’austérité. Mais tous, nous savons tous, y compris nos députés, nos sénateurs, tout ce personnel politique parasite, que ces élections n’ont plus de sens : quel que soit le vainqueur, la France sera ingouvernable. Que l’on en juge plutôt : si Marine Le Pen parvenait à la magistrature suprême, elle plongerait aussitôt le pays dans une crise profonde. Pas même le risque d’une guerre civile, mais celui d’une crise majeure des institutions de cette République introuvable. Quelles serait sa marge aux législatives ? Nulle. Fillon ? Bien que crédité de moins de 20% d’opinions favorables dans des sondages si truqués que plus personne n’y croit, il pourrait se hisser au pouvoir suprême à l’occasion du second tour et par la supercherie du front républicain. Mais il ne lui resterait qu’à gouverner par la force, cette violence sans nom qu’il nous promet déjà. Macron ? La marionnette du CAC 40 ne dispose d’aucune structure politique capable de le maintenir au pouvoir. Quid des législatives avec lui ? Ses grands écarts ne peuvent que le contraindre à s’allier aux uns contre les autres et aux autres contre les uns. Comment gouverner ce radeau de méduses ? Hamon ? Le PS a scié la branche sur laquelle il est assis. Hamon ne peut parvenir au second tour. Il le sait. Ce n’est pas sa fonction du reste. Il est là pour contrer Jean-Luc Mélanchon. Reste le candidat des Insoumis donc. Qui est en passe de se qualifier pour le second tour, mais qui ne pourra compter sur aucun front républicain : pour les politiciens de Droite et ceux de la Nouvelle Droite socialiste, mieux vaut Marine Le Pen que Mélanchon. Imaginons pourtant l’impossible, tant la dynamique de sa campagne est prometteuse : quid des législatives ? Sa seule chance serait l’émergence d’un fort mouvement citoyen. Son espérance. Mais en si peu de temps ?... C’est là toute la contradiction de son projet : appeler à une 6ème République en jouant le jeu de la 5ème. Nous savons tous que les institutions de la 5ème ne le permettent pas : imaginez-vous sérieusement le Parlement réuni à Versailles voter son suicide ? Comment, dans ces conditions, en finir avec la «monarchie présidentielle» qui laisse tellement les coudées franches à l’oppression et la corruption ? Suffit-il de se travestir en Président de cette 5ème pour en finir avec elle ? Sans mouvement citoyen fort, Mélanchon plongera lui aussi le pays dans une crise sans précédent. En France, finalement, on fait toujours tout à l’envers. La démarche constituante n’est jamais venue du sommet que pour nous enfermer dans de fausses issues politiques. Ou le provisoire d’une espérance vite démentie, comme ce fut le cas pour la 5ème, dont le Général de Gaulle se posait déjà la question de la survie dès le milieu des années soixante ! Comment en sortir en outre, quand ses instruments sont essentiellement liberticides ? Aucun autre acteur de la vie politique que le Peuple français ne pourra donner de réponses institutionnelles à cette question. Mais malgré la contradiction du projet Mélanchon, ce dernier est le seul qui soit réellement confronté à la nécessité d’associer le Peuple à sa démarche, car sans lui, il ne pourra rien. Il ne dispose d’aucune base législative pour avancer. Tous les autres candidats fourbissent déjà les armes de leur trahison. L’appel à la Constituante ne peut ainsi procéder de l’élection présidentielle : elle ne peut que résulter de l’émergence citoyenne. Sans elle, la crise des prochaines législatives défera Mélanchon. Certes, depuis plusieurs années, partout en France ont surgi des initiatives citoyennes. Le terrain n’est donc pas vierge. Mais le timing est court. Finalement, le vrai enjeu sera celui des législatives.

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 13:54

Charonne ? Elle venait d’un foyer d’où les gamins ne voulaient pas partir, ne voulaient pas être adoptés. Boulotte, crépue, basanée… Gladys et Régis s’étaient plantés quand ils l’avaient adoptée : elle faisait blanche, bébé. Maintenant, c’était fait. On ne pouvait plus revenir là-dessus. Nelly, la grand-mère, pouvait bien pester jour après jour contre cette bévue, ils n’y pouvaient plus rien. La gosse était noire, on ne pouvait plus s’en défaire. Noire. Pas blanche. Probablement née du viol d’une rwandaise par un soldat belge… Il fallait vivre avec ce malentendu, donc. Et pour Charonne, avec la paresse sentimentale de ses parents adoptifs, peut-être plus insupportable que leur déconvenue. Elle était arrivée trop tard dans leur vie, qui n’avait déjà admis que peu de place à ces questions d’amour. Parlez-en à Gladys, qui avait passé son existence au plus loin physiquement de son père cancéreux, dont l’effrayait l’appareil qu’il avait en travers de la gorge pour s’adresser aux autres de cette voix métallique affreuse qui n’était plus la sienne… Il fallait donc survivre. Chacune d’entre elles devait survivre. Se réfugier dans la mesquinerie ou la vanité pour ne laisser aucune prise. Des flots d’une vanité qui finit par se submerger elle-même et nous rendre le travers dérisoire, sinon agréable. Charonne, d’un drôle absolu, raconte la première son enfance, exposée au racisme français quotidien. Heureusement, il y avait Charlie, qui était venu dans sa vie lui rendre son souffle. Six ans, sept 7 ans, les années décisives : celles de l’acquisition de la lecture. L’impulsion. Non pas l’école : la vie est ailleurs. On ne l’aimait pas du reste à l’école : trop noire, trop grosse, la langue trop bien pendue. On est en France, pays des fantasmes identitaires impitoyables. Sa langue foisonne, celle d’une enfant à qui l’on ne peut plus en compter –elle s’en est trop pris plein la figure en somme-, celle d’une enfant qui a su s’arracher à l’indifférence où l’on a tenté de l’ensevelir au sein de cette famille en pleine débandade. Charonne raconte avec un talent hirsute ce genre de fille inhabituelle qu’elle aura été avec ses fesses hottentotes et ses triceps d’hercule. ET puis Nelly raconte, la grand-mère, ces années difficiles et celles, plus dures encore, qui se profilent devant elle : comment accepter de mourir vieille ? Elle raconte alors le botox, la chirurgie esthétique. Charlie, Charonne, Gladys… Elle ? Elle a été belle. Et c’est bien tout désormais. Puis Gladys entre en scène. Son petit tour de piste, aussi dérisoire, aussi pathétique que celui de sa mère, Nelly. Charonne ? Elle lui a donné ce nom minable pour qu’elle se rappelle son appartenance au monde des minables. Charonne, Gladys, Nelly. Trois générations en guerre. C’est presque réjouissant, tant de vilenie. Et qu’elles sachent si bien s’entremordre dans cet équilibre où aucune d’entre elles ne peut triompher.

 

Je Viens, Emmanuelle Bayamack-Tam, Folio, mai 2016, 418 pages, ean 9782010469703.

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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 09:42

Un ado rentre de son match de foot. Il a superbement joué. Mais de retour à la maison, les choses ne se passent pas comme il s’y attendait : ses parents lui claquent la porte au nez ! Lui tourne autour de cette maison soudain close. A l’intérieur, il finit par découvrir la présence d’un autre garçon dans sa chambre, à sa place à la table familiale : lui ! L’un et l’autre se dévisagent. Longuement. Sans échanger le moindre mot. Frappés de stupeur. Lorsqu’une camionnette arrive d’où descendent deux hommes décidés à mettre la main sur l’ado bouclé dehors : «on va attraper la chose». Il s’enfuit. Loin. Dans la forêt, où il rencontre un autre «lui-même» : un clone, une «copie», dont la société n’a plus rien à faire et qu’elle veut liquider bien sûr. Ils sont en trop.  Un temps ils ont remplacé l’un et l’autre un enfant malade dont les parents espéraient la guérison, parfois attendues des années. Un enfant qu’ils croyaient perdre et dont la copie portait l’amour auquel ils estimaient avoir droit. Car c’est de cet égoïsme qu’il s’agit, de celui d’une société qui a tourné le dos aux valeurs humaines et qui se repaît d’émotions faciles. Nos deux copies doivent disparaître. Elles le savent, elles qui ont été si parfaitement programmées. Désactivées, elles agonisent lentement. Mais perdues dans la forêt, l’espoir ne les quitte pas, nourrit par cette légende qu’elles ont entendu conter d’un bateau qui serait une vraie arche destinée à recueillir toutes les copies qui ont échappées à leur destruction pour les conduire en quelque Eden où l’on aurait trouvé le moyen de désactiver leur destruction programmée. Il leur faut pourtant quitter parfois la forêt pour rallier les villes et y trouver de quoi se nourrir. Des villes où les attendent des liquidateurs de copie et où, partout, la loi autorise les citoyens à user de tous les moyens disponibles pour liquider les copies en trop… Dans les rues de ces villes agréables, policées, des copies meurent, se traînent, sont tuées. Que les services de voirie débarrassent dans l’indifférence générale. C’est ça l’axe de ce roman jeunesse : ce manque d’empathie, cette indifférence à l’autre, quel qu’il soit. L’homme augmenté nous ouvre en grand les portes d’un cynisme inouï. L’hiver survient. Le froid. La solitude. Nos deux copies prennent soin l’une de l’autre. Convoquant cette vieille solidarité  comme une valeur disparue du champ de l'espèce humaine. L’homme augmenté nous en a débarrassés. Pourquoi faire, quand on peut faire appel à des copies ? Elles se traînent vers un gouffre au fond de la forêt, où un bateau est bel et bien posé, échoué dans le sable. Le récit devient grandiose stylistiquement, en phrases exténuées, de plus en plus courtes. Il s’effiloche, pour se clore sur une image littéralement ahurissante. Un chiasme tactile. Empreint d’une immense nostalgie pour ce que l’humain a pu être.

 

Les Copies, Jesper Wung-Sung, éditions Le Rouergue, Epik, octobre 2015, traduit du danois par Jean-Baptiste Coursaud, 192 pages, ean : 9782812609817

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 08:45

Antoine Tomé a donné vie au livre de Stephen King, Carnets noirs. Il s’en explique.

 

Joël Jégouzo : Délibérément, vous n’avez pas voulu lire le roman que vous alliez interpréter, pour le vivre au fil du texte. Je trouve cela très intéressant et très audacieux : sans filet, cela vous met dans la même position que le lecteur lambda qui découvre le texte sans pouvoir l’anticiper –l’hypothéquer peut-être ? Mais avec cette différence qu’il vous faut être d’emblée dans une atmosphère, dans un ton, dans une construction qui ne peut être, là, «a priori»… Il y a ainsi une sorte de «franchise» qui étonne dans cette démarche, dont je ne sais trop comment elle «passe» dans l’écoute, mais qui porte quelque chose de ce dévoilement auquel opère le travail de l’artiste. Vous pouvez nous en parler ? Cela dit, comment se construit l’atmosphère d’un roman lu ? Vous a-t-on auparavant briefé sur l’atmosphère qu’on voulait, ou bien êtes–vous totalement libre de votre interprétation ?

Antoine Tomé : J'ai lu les deux ou trois premiers chapitres des "carnets noirs" un ou deux jours avant de commencer l'enregistrement, et j'ai donc pu ainsi saisir déjà un peu quelle serait la tonalité de ce roman. Mais il est vrai (comme j'ai pu le faire lors de lectures précédentes et comme je l'ai fait pour les chapitres suivants) que j'aime bien m'immerger dans l'univers d'un roman, comme on se jette sur la scène, tous sens en éveil, pour se livrer à une improvisation théâtrale sur un thème donné. Car il y a toujours, en effet, quelques éléments qui nous sont livrés : lors du casting, on a pu faire connaissance avec les personnages et on a découvert, un peu, la situation et la "tonalité" du récit. Le fait de se mettre ainsi, relativement, "en danger", vous oblige à faire appel à d'autres ressources, à une concentration décuplée, et à suivre plus étroitement les personnages et l'histoire à travers les situations que l'on découvre, à les "vivre". Car c'est la Magie de la vie qu'il s'agit de créer. Il s'agit de faire en sorte que l'auditeur ait réellement accès aux images décrites et aux émotions déclinées et cela n'aura lieu que si nous les assumons comme l'auteur, le créateur, l'aurait souhaité. Tel est l'enjeu.

 

jJ : Est-ce de beaucoup différent du travail du comédien sur scène, qui n’incarne par exemple qu’un seul personnage. Comment incarner dans leurs différences une multitude de personnages ?

Antoine Tomé : Pour moi, c'est un travail de comédien. Comme je l'ai dit plus haut, il s'agit de vivre ces personnages, de les assumer comme on assume des rôles dans une pièce -il y a aussi, n'est-ce pas, des pièces où l'on joue plusieurs personnages à la suite. Le travail du comédien consiste à assumer des identités différentes, à faire siennes des émotions différentes avec une souplesse et une vérité qui permettra au spectateur (ou au spectateur-auditeur) de s'identifier à son tour au personnage et de ressentir les émotions déclinées par l'acteur (ou de visualiser les scènes exposées par l'acteur-lecteur). Lors d'une Lecture, il nous manque cet instrument de communication que peut être le corps pour un comédien, mais le travail est le même, on utilise la même alchimie pour créer des images et des émotions auxquelles l'auditeur pourra accéder.

 

jJ : Vous arrive-t-il d’être surpris par le texte, une réplique, une phrase ?  Un personnage ?

Antoine Tomé : Oui, cela peut arriver. Les personnages ont des motivations qui ne sont pas forcément clairement exposées dès le départ, et une situation particulière peut servir de révélateur, de détonateur, et faire rebondir soudain l'histoire dans une direction à laquelle on ne s'attendait pas. A nous, comédiens-lecteurs, de bien négocier ces virages, pour le plus grand bénéfice de l'Auditeur.

 

jJ : Comment parvenez-vous, sur une telle distance, à conserver votre unité de ton ?

Antoine Tomé : Le fait d'être immergé dans l'histoire, d'assumer les personnages et de faire ainsi mon travail de comédien avec toute l'intensité nécessaire, m'amène automatiquement à suivre le fil que l'auteur a déroulé... Et puis, le Directeur Artistique est là pour me rappeler à l'ordre si jamais il m'arrivait de m'écarter de la ligne, au détriment du récit.

 

jJ : Vous arrive-t-il de rencontrer l’auteur du roman que vous interprétez ? Avant ? Après ?

Antoine Tomé : Non, cela ne m'est encore jamais arrivé. Mais c'est une éventualité que j'envisage avec intérêt !

 

jJ : Qu’est-ce qu’une lecture réussie, à votre goût ?

Antoine Tomé : C'est une histoire qui fait vibrer l'auditeur. Il vit des images, il ressent les émotions, il est transporté ! J'ai pu transmettre la com-munication de l'Auteur ! Grâce à mon travail, l'auditeur a pu se promener dans un autre univers et en goûter les fruits.

 

jJ : Sur quoi travaillez-vous à présent ?

Antoine Tomé : Je fais pas mal de musique en ce moment. Un CD va bientôt commencer à être diffusé, je prépare des spectacles à venir. Je viens de doubler John Travolta dans un téléfilm. Je double Nestor Carbonnel, l'inspecteur Romero, dans la série Bates Motel. Je fais des Narrations Documentaires, des voix pour des dessins animés, de sjeux vidéo, de spubs, etc. Je viens de jouer le rôle de Jo Doucet, ancien para recyclé dans la boucherie, un petit rôle dans la série Lebowicz contre Lebowicz, avec Clémentine Célarié... Je mène ma vie de saltimbanque, en somme...

 

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 07:51

La première édition datait de 1946, la seconde de 1969. Mais Obama l’évoquant, un regain d’intérêt se fit pour cet auteur oublié. Les récentes démarches citoyennes que l’on a pu connaître en France s’en sont inspirées, à mille lieux des fausses revendications d’Obama… Le «rebelle» de Chicago est ainsi revenu à l’honneur, raison de cette nouvelle publication.  Moins rebelle qu’agitateur au demeurant, et finalement moins agitateur que militant, ayant passé sa vie à réfléchir sur les manières de mobiliser et d’organiser les mouvements locaux autour de problèmes collectivement identifiés. Un livre de témoignage et de méthodes donc, pour coordonner l’action citoyenne. Et de méthodes inspirées de l’expérience de Saül Alinsky lui-même, qui passa sa jeunesse à structurer les quartiers pauvres de Chicago pour en faire émerger des dynamiques de contre-pouvoir. Une expérience qui, en effet, a pu aider ici et là et dont on a vu courir le fil, de Nuit Debout à Stop le contrôle au faciès. Comment construire un rapport de forces ? Quel pouvoir assumer ? Comment sortir de la logique de guichet qui individualise la domination ? Quel leadership accepter ? Comment libérer une parole vraiment collective ? Comment décider ? Autant de questions qui ont traversé le mouvement social qui a émergé en France depuis un peu plus d’un an. Qu’est-ce que s’organiser, donc ? A cette question, Saül Alinsky répond très clairement : c’est s’entendre sur des objectifs concrets, non des grands principes abstraits. Et c’est partir du vécu des gens, non des études accumulées. Et la ligne doit être de partir de leurs normes, de leurs valeurs, de leurs codes pour libérer leur parole en restaurant d’abord leur dignité, pour occuper immédiatement le terrain de la contestation en mettant en place des solidarités concrètes, là encore. Manger, dormir, boire. C’est-à-dire revenir toujours au concret de l’énonciation sociale de chacun.

Radicaux, réveillez-vous ! Saül Alinsky, Le passager clandestin, 15 euros, mars 2017, 316 pages, ean : 9782369350538.

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 08:54

A Fillon, Macron, Marine Le Pen, au fond que leur reproche-t-on ? D’avoir piqué dans la caisse. Ces trois-là ne sont pas bien finauds au demeurant : ils risquent une mise en examen, quand ils sont des centaines à piquer tranquillement dans les caisses de l’état sans risquer le moindre désaveu ! Des caisses alimentées par un trésor national : la Caisse des Dépôts. 500 milliards d’euros ! Dont 250 milliards d’actifs… ça donne des idées, non ? Alors tout le monde –politique- pique dans cette caisse, depuis des lustres : sous Mitterrand déjà, le président n’avait qu’un mot à la bouche : la Caisse paiera. Notre argent ! Sans aucun contrôle démocratique sur l’usage qu’on en fait. Pourquoi se priver dans ces conditions ?  La Caisse, se sont nos régimes d’assurance, notre épargne, notre retraite, le développement des collectivités territoriales, le logement social, ramené en France à la portion congrue : que voulez-vous, on ne peut pas financer en même temps le logement social et la corruption politique. Il faut choisir, et nos élus ont choisi… de s’en mettre plein les poches. Littéralement. L’argent des autres… Depuis des années. La Caisse ? Un salon mondain. Tous y appointent, y font leur classe, apprennent à magouiller, à prélever. Tous viennent y placer leurs copains, au point qu’ils l’ont même baptisée la Caisse des copains… Notre argent. Administré comme un empire financier privé. Plaçant ses billes –restons dans le vocabulaire ordurier- partout où ça rapporte comme partout où il faut éponger les erreurs d’énarques incompétents. Du parc Astérix à la cité de la mode, en passant par LVMH, Quick, Veolia… La Caisse des copains, c’est un salaire moyen honteux, auquel s’ajoute des primes en veux-tu en voilà, un intéressement, des allocations diverses, y compris familiales bien sûr : la famille, c’est sacré –parlez-en à Fillon. La Caisse des potes, c’est théoriquement un plafonnement des salaires à 350 000 euros/an. Mais comme l’avoue notre personnel politique, on ne vit pas avec 350 000 euros par an. Du coup, on déplafonne à loisir et nombre de cadres supérieurs de cette vénérable institution touchent plus de 650 000 euros annuels... La Caisse, c’est Bpifrance, une  banque d’investissement dite «publique», qui se jette sur tout tous les projets possibles et où 604 fonctionnaires disposent d’une voiture de fonction et dont le coût du parc automobile a été chiffré à 6,6 millions d’euros en 2015… La Caisse des petits boulots planqués, c’est une augmentation des salaires de 23% en 2016, qui faisait suite à celle de 15% en 2014… La Caisse, c’est le refuge des conseillers de l’Elysée, le club des bons amis des présidents, où l’on dénombre pas mal de journalistes venus se remplir les poches, de Libé au Figaro. La Caisse, c’est le secours ultime des plans les plus foireux –restons vulgaire : elle ne mérite pas autre chose cette république qui nous emplit chaque jour un peu plus de dégoût !

La Caisse, enquête sur le coffre-fort des français, Sophie Coignard, Romain Gubert, Seuil, janvier 2017, 248 pages, 19,50 euros, ean : 9782021244236.

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 08:20

 

Debout dans le studio exigu de Safe and Sound, Village Saint-Paul à Paris, Antoine Tomé, en pull marin, m’accueille avec sympathie. Détendu, bienveillant, il tient en main les pages volantes du texte qu’il doit interpréter. La journée sera longue, il le sait : celle de la dernière prise et du montage final. Impossible de nous perdre en bavardages donc. L’échange demeure pourtant patient. Juste. Franc, avant qu’il ne rejoigne sa cabine : un mètre carré de silence défendu par deux vitrages épais. Eric Breia, le directeur artistique, s’est installé au pupitre de mixage. Il suit la lecture sur son écran, le montage se fait en direct. « A la traduction, ils ont supprimé toutes les négations, commente-t-il entre deux prises. C’est une décision surprenante. On est dans la narration du coup. On est dans la narration, pas dans le dialogue. » On sent une grande complicité entre les deux hommes. Et beaucoup de sérénité. C’est qu’il en faut pour tenir vingt heures dans une telle promiscuité. Antoine Tomé lit debout. « La voix est un instrument fragile. » Lorsqu’il n’est pas satisfait de sa lecture, il en interrompt le fil, s’entend avec Eric Breia sur le mot de reprise, remonte une phrase ou deux plus haut qu’il lit sans chercher le ton juste, comme à l’échauffement, se contentant d’entrer dans le rythme pour déchirer in extremis le voile qui recouvrait cette voix au moment où elle se met à nu dans le ton conforme à l’interprétation qu’il a décidée. Un certain timbre, une intonation, une intensité, un phrasé gommant d’un coup et comme par miracle le simulacre de la voix d’avant la reprise. Qu’est-ce qu’une voix ? Jamais neutre, la voix. Jamais blanche. Jamais close sur elle-même, tout comme le sens qu’elle porte, quasi physiquement, jamais enfermé sur lui-même, ouvert à tous les vents par le grain de cette voix dont on ne sait trop dans quel être elle persiste. Qu’est-ce qu’une voix ? Une perturbation, comme l’affirmait dans sa très belle méditation Maden Dolar. De celle qu’un Walter Benjamin avait naguère pressentie, comme bien plus tard après lui Giorgio Agamben, s’en étonnant : « la recherche de la voix dans le langage, c’est cela la pensée ? » Sans doute. On le sent ici, au travail que lui impose Antoine Tomé, où la feinte n’est jamais complètement levée dans ce qui plus que jamais demeure un simulacre, à savoir : la fiction. Là dans ce timbre, ce souffle où, dans son pull marin, Antoine Tomé prend le large et nous embarque.

La lecture se poursuit dans ces va-et-vient entrecoupés d’interrogations sur le sens à donner, les prononciations, une traduction. « Vingt-deux Jump Street ou twenty two ? », demande Antoine Tomé. « Je n’ai pas de note là-dessus », répond Eric Breia. «Bon, on va dire vingt-deux »… Parfois la chute d’une séquence enchante le comédien : « C’est beau cette fin : « il dort du grand sommeil dans une mare de sang coagulé qui attire les mouches ». Il s’arrête, adhère d’une moue à son propos. Le directeur artistique approuve : « C’est beau, oui ». Pas un mot de plus, un temps de silence puis le travail reprend. Quelques instants plus tard ils épiloguent sur une articulation phonétique : « DEUX gros cartons »… Mais on entend « DE »… Il faudrait appuyer pour entendre « DEUX »… On sent la concentration dans laquelle l’un et l’autre s’épaulent. Et cette sorte de récursivité qui amène Antoine Tomé à s’écouter lire, dans un chiasme qui m’est parfaitement étranger. On reprend. « C’est marrant comme mot, ‘torpide’. Rarement utilisé, tu ne trouves pas ? ». Reprise. « Tout va bien, tout va bien, tout va merveilleusement bien », s’exclame Antoine Tomé. « Quantité de vocables sont échangés sur la façon dont Hemingway omet tels mots utiles »… Des notes traînent sur la table de mixage. « On garde le ‘Vingt-et-un’. Il était somptueux »… Plus on entre dans la matinée et plus le comédien est à son texte. Il s’en est définitivement emparé. On mesure du coup, on le croit du moins, présomptueusement, comment tout cela fonctionne : c’est le ton qui décide de la littérature comme telle –songez au gueuloir de Flaubert. Antoine Tomé marque par le ton qu’il déploie l’entrée en littérature du texte qu’il tient entre ses mains. Qu’il extime, pour reprendre cette heureuse expression à Derrida, où l’intime du grain de sa voix donne corps au roman. Qu’il joue désormais. Oh, une infime chorégraphie à vrai dire, dans ce peu d’espace qui lui est imparti. Debout, la main appuyée contre le mur. Je ne vois du reste plus que cette main qui semble l’installer dans sa lecture, moins appuyée contre le mur que le soutenant, le portant, comme soupesant le réel auquel elle vient d’apporter une autre dimension. Cette main est comme une incantation silencieuse qui tiendrait l’écriture en haleine -sa palpitation. Plus d’hésitations. Il faut pourtant sortir le comédien de sa performance pour de nouveaux réglages : Eric Breia a devant lui une sorte de cahier des charges, une liasse de feuilles sur lesquelles je vois ça et là des notes indiquant une correction nécessaire par rapport au texte écrit, pour en asseoir la cohérence orale. Des notes sur la prononciation des mots étrangers la plupart du temps. Mais il est parfois impossible de sortir Antoine Tomé de son texte, plongé qu’il est dans une méditation mystérieuse et dans laquelle il semble s’être perdu, bien qu’il ne cesse de poursuivre sa lecture. « Ah oui, c’est Rodgers qui parle », s’arrête-t-il brusquement. Sur quoi était-il concentré ? Rodgers ? Ce dont Rodgers parlait ? On ne le saura jamais. Il est comme dans une bulle, découvrant le texte en même temps que nous, mais depuis un horizon qui ne sera jamais le nôtre à nous, lecteurs silencieux. C’est étrange du reste, ce parti pris du comédien, d’avoir refusé de lire le roman avant de l’interpréter. Un parti pris moins hasardeux qu’il n’y paraît et dans lequel tient tout son art, vertigineux : celui de donner vie à un récit, celui de nous contraindre à suivre sa voix au-dedans d’elle-même pour remonter vers ce point où tout peut commencer : la fiction. C’est curieusement  dans cette geste de la main que j’ai cru comprendre cela : dans cette main qui témoignait de l’épreuve physique, du corps à corps avec le texte, mimant, soulignant la voix qui sourd d’une parole imposée et qui pourtant ne se dissout jamais totalement dans le sens que ce texte lui ouvre. Où donc la voix s’effectue-t-elle ? En quel lieu de sens hors de la pensée ? Quand tout fait sens en elle, à commencer par son grain. Aucune science du langage, aucun roman ne parviendra à se débarrasser de la voix. Et quelle voix que celle d’Antoine Tomé !

Chronique de Carnets noirs sur K-libre.fr :

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=enmarge&id=4664

Entretien avec Valéry Lévy-Bensoussan, Directrice d’Audiolib :

http://www.joel-jegouzo.com/2017/01/audiolib-le-livre-lu-entretien-avec-valerie-levy-soussan.html

Site d’Antoine Tomé :

http://www.antoinetome.com/

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 10:51

On s’attendait à entendre Luc Ferry parler tout d’abord d’amitié, mais c’est par le mot «Travail» que débute son cours. Certes, on sait l’attachement des philosophes au travail humain, le lieu même de notre émancipation. Il existe de très belles pages de Hegel sur le sujet. Mais ici, on sent opérer un glissement sémantique dans la réflexion de Luc Ferry, du philosophique au politique. Un glissement qui ouvre finalement son propos à des leçons de société plutôt que de morale, où l’engagement idéologique se laisse percevoir sans difficulté. Le premier CD s’ouvre donc sur la question du travail, mais pour fustiger l’idée de revenu universel. On voit à quel bord l’on touche. Un CD qui se clôt sur le mot «argent», dont il faudrait qu’enfin nous ne nous sentions plus coupables d’en gagner tant. Encore faudrait-il pouvoir en gagner… Et dans le contexte de la révélation du niveau de corruption atteint par la France, cette réflexion est bien piquante… Quel choix de mots nous sert donc Luc Ferry ? Le mot «Education», par exemple, se voit rejeté bien loin dans ce dispositif intellectuel. A l’avant-dernière place du premier CD, juste derrière «Animal», lui-même précédé de deux notules concernant la laïcité. Loin donc, du «jeunisme» par exemple, et de la question de l’âge. Un choix caractéristique des intérêts intellectuels de l’auteur pour ce Moi somptuaire que le libéralisme n’a cessé de promouvoir. Somptuaire et libertaire, centré sur lui à un point tel, que faire monde en est devenu l’horizon pathétique. C’est moins en philosophe que Luc Ferry intervient qu’en idéologue et ses mots sont moins ceux de la philosophie que ceux de la vie politique française contemporaine, ceux d’une élite qui tente de nous convaincre qu’il n’y a pas d’autre issue que celle du libre-échange, de la concurrence sous toutes ses formes, de l’épiphanie grotesque de soi et de la destruction créatrice chère à Schumpeter. C’est que Luc Ferry combat pour le salut de son âme néolibérale, érigeant au rang de vérité incontournable l’antienne de Schumpeter puisque, définitivement, la logique du capitalisme ne peut être que celle de l’invention permanente. Il faut bien que l’ancienne offre meurt, n’est-ce pas, pour céder la place à de nouvelles demandes… Dessinant ainsi un monde sans «Altruisme», l’avant-dernier mot du dernier CD, renvoyé si loin parce qu’il ne sert à rien, qu’il est vain, obsolète, pire : il ne fait que crayonner, au mieux, l’orbe d’un univers tragique. Il est pourtant des rapprochements symboliques dans ces CD, qui ne manquent pas d’éclat : juste avant ce mot, Luc Ferry parle ainsi d’ «Autonomie », le tout dernier. Curieux couple dans cette société néolibérale où l’être humain n’est plus qu’un moyen très imparfait de satisfaire nos désirs. Curieux couple lexical où l’on serait tenté, a contrario, d’affirmer qu’au vrai, c’est l’altruisme qui scelle la possibilité de l’autonomie. Mais c’est à une autre aventure narrative qu’il faudrait nous convoquer. Tout comme il n’est pas inintéressant de découvrir que le mot qui suit immédiatement celui de «travail» est «peur»… Il y a en effet une horreur économique qui ne peut qu’ouvrir à la peur, sinon la terreur. On est bien sûr loin, là, de la pensée de Luc Ferry, simplement désolé, en bon néolibéral, de cette période de transition «révolutionnaire» que nous vivons, au cours de laquelle les destructions l’emportent sur les créations. Patience, nous conseillerait-il, demain, bientôt, un jour, sûrement, tout s’arrangera. Ne vivons pas dans la peur donc -encore un mot dont nous devons défaire notre vie, tant la peur avilit. Finalement, ces leçons sont vraiment intéressantes, qui prennent moins le pouls de notre société que celui de nos élites, enfermées dans une idéologie dont elles ont le plus grand mal à nous convaincre désormais.

 

Les mots de la Philosophie, 72 définitions, Frémeaux et Associés, 3 CD

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 09:16

Présidentielles 2017, le scénario est en place. Fillon, Marine Le Pen, Macron : ce sera vraisemblablement l’un des trois qui l’emportera. Mais quel que soit le gagnant, le résultat sera une catastrophe pour nous, ce «nous» que les médias et les deux droites de gouvernement n’ont cessé de ravager au fil de leurs législatures. Une catastrophe parce qu’ils n’auront aucune légitimité réelle : l’élu ne rencontrera pas l’adhésion démocratique, sinon à la marge, ce dont les législatives nous donneront vite la confirmation, malgré un mode de scrutin obvié, qui ensevelit sous des tonnes de mauvaise foi tout espoir d’une vie politique «civique». Car ne nous trompons pas : l’incivilité est, en France, essentiellement le fait des institutions de la Vème. Et pour le reste… Macron ? Ironie du sort, c’est beaucoup de Hollande qui aura alors gagné. Macron, l’inspirateur de sa politique, qui nous laisse un chômage record malgré le bidouillage des données. Macron le candidat des patrons, de la finance, de la casse sociale… Macron, le candidat des médias et de la nomenklatura qui préside depuis les débuts de la Vème république à notre pitoyable destinée. Fillon ? Mis en examen, il ira jusqu’au bout pour éviter la prison. L’homme de l’ultra-libéralisme n’a qu’une vision désormais : dévoyer plus encore une Constitution pourtant taillée pour toutes les forfaitures démocratiques. Marine Le Pen ? La fin de la démocratie, sans avoir même à changer une ligne du texte de la Constitution française, puisque la Vème permet toutes les dérives autoritaires. Pas sûr, dans ces conditions, que l’on puisse se relever d’un tel déversoir. Il n’y aura pas d’espoir en 2022, parce que cette guerre civile que nous promet Fillon aura tout emporté et parce que cette guerre civile, nous l’aurons perdue. Depuis la mort de Malik Oussékine (7 décembre 1986), il faut être bien aveugle pour ne pas voir à quoi notre police s’est militairement préparée. Alors si le calcul de Hamon et de Mélanchon est d’attendre qu’on y voit plus clair, de laisser filer cette élection au prétexte que les forces démocratiques ne seraient pas prêtes, prises de vitesse qu’elles sont, au bout du compte ils n’auront fait que nous jeter dans les bras d’une aventure tragique. Nous sommes à un tournant historique. Nombreux sont les français à en prendre conscience. Bien davantage qu’on ne l’était en 1981. Car jamais le Pouvoir n’aura été aussi proche de déchirer le voile qui en dissimule la vérité pour affirmer au grand jour son néofascisme, dans lequel nous baignons déjà et dans lequel les médias français nous ont traînés, comme on traîne une réputation dans la boue. Les médias... Entre les mains, en France, d’une poignée de milliardaires, faut-il le rappeler ? Ils sont les grands acteurs de ce tournant néofasciste, les alliés objectifs de Marine Le Pen, qui n’ont cessé de faire circuler ses idées, ses slogans et ses mots, comme ont pu l’observer de nombreux universitaires travaillant sur la vie politique française. Des médias qui ont totalement ou peu s’en faut, verrouillé notre vie politique, qui sont allés jusqu’à racheter des instituts de sondage pour falsifier notre image, et qui ont fini par réduire à rien la société française, sinon au vide sidéral qui la recouvre. Cette journaille que stigmatisait à juste titre un Karl Kraus au temps de la montée du nazisme, déjà impliquée dans le pire, toujours impliquée dans le pire lorsqu’il s’agit de réfléchir le monde. Un empire, qui a pris le pouvoir, qui a volé nos consciences. Il y a urgence en effet : dans deux mois le sort aura décidé, contre nous, de notre avenir. Certes, il y a une petite chance pour que Mélanchon se trouve en bonne position pour cette présidentielle. Mais parier là-dessus serait aventureux. C’est précisément cette aventure que nous ne voulons pas risquer. Que les vraies Gauche se rassemblent !

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