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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 07:35

constellations.jpgNous gardons le souvenir des révoltes du siècle passé, voire du précédent qui, de la Commune de paris à Mai 68, ont modélisé notre idée du changement social et politique. Une mémoire certes, de nos insoumissions dans un monde qui nous a dépossédés de leur enseignement. Des luttes dissoutes dirait-on, par les mots d’ordre que nous a imposé l’ordre libéral-socialiste : son surtout plus d’histoire.  Lui qui voudrait avoir bouclé la fin de notre histoire dans ce régime de pseudo urgence (la crise)  et de plan de redressement à répétition qu’il a mis en place pour mieux nous asservir. Il ne faudrait plus faire de vagues, l’époque des luttes serait révolue, il ne faudrait espérer qu'en l’économie de marché, qui un de ces jours finira bien par répondre à nos besoins, promet cet ordre, tout comme la police garantira notre sécurité, Internet notre liberté et la transition écologique notre bonheur…

 

A rebours de tout ce qui se dit et s’écrit insidieusement dans la presse contemporaine, les histoires contées ici injectent du conflit dans cette fausse paix sociale à laquelle l'Etat peine de plus en plus à nous faire croire. Face à sa volonté de démission générale, elles jettent du trouble dans la transparence du contrôle. Des histoires de résistance, de dissidence, de voyage contre la réification des territoires, d’intelligence collective contre l’isolement de l’exploitation. Des histoires minuscules souvent, de jardins urbains, de serveurs web libérés, de zones à défendre, de complicités culturelles, de free parties, de lieux collectifs qui ont émergé sans prendre garde. Aucune exhaustivité dans ces récits, mais un décompte, un recensement qui ouvre un espoir, l’espérance retrouvée ici ou là des luttes gagnées et dont la force éblouie. Une constellation d’expériences où l’on peut lire en filigrane la question révolutionnaire. Invitant à penser que ce régime de pacotille s’effondrera de lui-même, de l’intérieur, comme celui des pays totalitaires. Une constellation de pratiques qui viennent refonder l’expérience révolutionnaire, non comme prise du pouvoir, mais son évidement. Il faut déposer le pouvoir plutôt que le prendre. C’est bien ce qui se dessine de ces milliers d’existences qui témoignent ici, embarquées dans leur drôle de révolution, leur drôle de défections. Des vies qui se sont liées les unes aux autres et à autre chose que la perspective de la prise du pouvoir. Des collectifs qui parfois se sont mis à vibrer ensemble pour produire un vrai tumulte social, qui semble s’être éteint du jour au lendemain. Voire. Car ce qui s’en dégage s’affirme comme profondément politique (polis) en venant se nicher dans l’intime des plis de l’existence (la zoê des grecs). Ces «résistances» ont affecté les gestes du quotidien pour les transformer en moments de lutte. Nous redonnant à penser ce que faire de la politique devrait vraiment signifier : moins s’engager dans une parole critique, politique, politicienne, que sur le terrain de la vie. Car nous ne pouvons plus attendre. Vivre et lutter c’est ici, maintenant. Non sortir militer. C’est ici : une offensive singulière, généralisée, qui ne permet plus d’identifier de sujet révolutionnaire. Il n’y a pas de Bastilles à prendre. Et peut-être même pas de mouvement politique à fonder. Le changement, c’est maintenant en effet, hic et nunc, c'est dans nos désertions quotidiennes qu’il opère. Nous contraignant à inscrire notre combat à même l’existence. Une inscription qui ouvre des voies inattendues, creusant, qu’on ne s’y trompe pas, les fondations mêmes de leur conception du politique. Certes ces luttes se lisent en pointillé, posant la question de l’organisation commune, qui ne peut se concevoir qu’en partant chacun d’où il est. Certes, il y a la nécessité d’en faire circuler la «morale» : cet imaginaire de lutte, de résistance, de dissidence, parce qu’il ne peut exister de havre dans cet ordre mortifère. Il faut montrer que partout des êtres explorent cet autre monde auquel nous rêvons presque tous. Et montrer que leur combat ouvre à des surgissements incongrus. Sans idéologie, sans programme, il ouvre des pistes, dessine des repères, esquisse des chemins. Ces chemins détournés en apparence, déroutant, auxquels songeait Michel Foucault quand il avertissait au sens que l’Histoire devait prendre entre nous, nous engageant à ne la tenir pour « effective (que) dans la mesure où elle introduira le discontinu dans notre être même». Il nous faut apprendre à rompre avec l’Histoire des historiens, si prompts à rapporter l’Histoire à leurs manies : l’avenir n’est pas lisible, ni dans notre présent, ni, dans notre passé. Arrachons donc notre passé au conformisme universitaire pour construire un avenir où l’inconnu n’aurait pas été éradiqué. Refusons la démarche de l’historien qui ne songe qu’à organiser les temps pour mieux les flouer. Ce livre donc, articulé en constellations, en pistes, en pointillés. Offrant au final une vision politique du monde qui établit clairement les rapports de forces, les fragments porteurs d’un changement imprévisible : celui de la ZAD du parc Mistral, celui des indignés, des antimondialistes, des fêtes sauvages, de Gênes en 2001, celui de la ZAD Notre-Dame-des-landes, du centre social autogéré de Toulouse, des autonomes italiens, des garages associatifs, des écoles, des crèches, de la maison de la grève de Rennes, de ce village ardéchois autogéré en commune libre, du collectif du plateau des Millevaches, de Tarnac, des créations de caisses de solidarité, de l’émergence du territoire numérique, de l’Indy media, ce réseau mondial de contre-information, de Jenga.org, de TOR, des TAILS, de tous ces lieux qui déjà encerclent les lieux du pouvoir pour les énucléer.

 

Constellations. Trajectoires révolutionnaires du jeune 21e siècle. Collectif mauvaise troupe, édition d el(‘éclat, avril 2014, 25 euros, 702 pages, ean : 8782841623518.

 

 

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 04:17
 
destruction-des-bidonvilles.jpgTout commence par une explication de texte : celle de l’arrêté du 29 mars 2013, pris par la municipalité de Ris-Orangis. Un arrêté démesurément long, incompréhensible, placardé sur les murs d’un quartier, fait pour ne pas être lisible. Une semonce. Sens unique à l’adresse des enfants du bidonville pointé, et qui se résume à un seul mot, une seule invective aussi brutale que vulgaire : «dégage !». En quelques heures effectivement, bulldozers et CRS vont précipiter une centaine de gens sur les routes. Avec pour seule volonté de les éloigner de Ris-Orangis. De quelques centaines de mètres. Le maire s’en contente. Et qu’importe où ils passeront leur nuit et les jours suivants. Il faut qu’ils dégagent. Femmes, enfants, vieillards… Sans se soucier des conditions de cet «éloignement», ni de ses conséquences. Un arrêté qui témoigne d’un programme bien réglé. D’une idéologie tranchée. Du fléchissement caractéristique du sens de la politique au niveau de nos élus : exclure, plutôt que composer du vivre ensemble. Douze familles vivaient à Ris-Orangis. Dans la précarité, et pour cause : au gré des expulsions, de la boue à la boue, tenues soigneusement à distance des services sociaux. Douze familles qui ont connu dix-sept expulsions en huit ans. Dans l’Essonne. Douze familles qui tournaient  autour de leur seul point d’ancrage : l’école. Obstinément. Par volonté d’y inscrire leurs enfants. De tenter de s’intégrer. Pour leurs enfants. Elles tournaient depuis huit ans autour de la même école. Leur faute. Parce que Rroms. Parce que Valls avait fini par décréter que leur vocation n’était pas de s’intégrer. Alors qu’elles se raccrochaient obstinément à cette école comme à une planche de salut. A l’école de cette République nauséeuse. Douze familles qui tournaient dans un périmètre relativement étroit, au gré des expulsions, pour tenter le pari impossible : scolariser les enfants. Mais avec l’arrivée du nouveau Ministre de l’Intérieur, elles étaient devenues l’objet d’une vraie persécution : inlassablement, les polices municipales leur dressaient jour après jour des contraventions qu’il leur fallait payer séance tenante. Pour cause de lumières défectueuses, de roues de vélo non conformes… La chasse ouverte, elles avaient dû se réfugier dans les sous-bois, les sous-sols. Outre-ville. Aux lisières, dans les talus d’autoroute. Toujours débusquées. Toujours maintenues à distance des services sociaux. Jusqu’à ce que la mairie comprenne que leur seul objet était l’école, et peaufine du coup sa stratégie. Il suffisait de tracer un périmètre d’exclusion autour de cette école. D’en interdire l’accès…
 
L’essai raconte comment, d’année en année, s’est perfectionnée cette persécution. Comment, d’une manière plus générale, en France, s’est perfectionnée d’année en année la conduite des pelleteuses chargées de raser les bidonvilles. Comment s’est perfectionnée la technique de l’expulsion. Comment tout cela petit à petit s’est professionnalisé, comment les gestes se sont stabilisés pour parvenir à leur maximum d’efficacité répressive. Il raconte l’art municipal d’accidenter les terrains vagues pour empêcher toute installation nomade. Il raconte comment toute cette violence à l’égard d’une population européenne s’est enrichie au fil des ans. Le savoir, l’expérience. Comment l’éloignement est devenu un programme politique. Idéologique : l’art de produire du rebut humain. L’art aussi de savoir l’exhiber, ce rebut une fois fabriqué, avec le concours des médias. L’art d’en faire une image aisément exploitable. L’ouvrage raconte cette guerre démilitarisée, ces violences légales faites aux yeux de tous. L’art de mettre toujours en mouvement les populations pauvres. L’art du harcèlement méthodique.
 
L’ouvrage raconte encore la construction des éléments de langage fournis aux maires de France par le cabinet du Ministre de l’Intérieur pour éliminer sans culpabilité ces populations clairement ciblées – les rroms. Il raconte comment le Ministère a permis aux maires et aux médias de tirer le meilleur parti de ces éléments de langage fabriqués par des énarques inspirés. Il raconte les conseils fournis clefs en main pour marteler le message de la république. Il raconte l’invention d’une stratégie déterminée pour passer sous silence les conditions de vie totalement indignes dans les campements, comment, armé des images fourbies de populations dépenaillées, errantes, communiquer sur l’idée d’une politique de restitution de la dignité humaine. Entendez bien : on n’expulse pas, on sauve des gens des affres des bidonvilles. Le démantèlement  des camps est devenu un impératif républicain qui sauvegarde la tranquillité des riverains et… la dignité des populations expulsées, puisque les conditions d’hygiène, dans ces camps, étaient telles qu’elles menaçaient leur propre santé –mais pas un mot, évidemment, sur leur exclusion des programmes des services sociaux…
Le livre explique comment, dans toute l’Europe, s’est inventée une xénophobie de proximité. Et dont l’inspiratrice zélée est la France, avec son invention d’un racisme différentialiste : ces gens-là ont un mode de vie si étranger aux nôtres qu’on ne voit pas comment ils pourraient s’intégrer... C’est Etienne Balibar, décortiquant cette municipalisation des opérations de répression, mettant l’accent sur le problème de l’hygiène et de la dignité qui pointe au fond le mieux cette stratégie de déculpabilisation nationale. Etienne Balibar soulignant le nombre invraisemblable de considérants, dans les arrêtés municipaux publiés, de paragraphes concernant l’hygiène, et qui finissent par révéler qu’au fond, dans l’inconscient national on fait de ces populations d’abord pauvres, des déchets toxiques dont on encourage la nation à se débarrasser…
 
 
Considérant qu'il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir : Sur l'art municipal de détruire un bidonville, de Sébastien Thiéry, POST EDITIONS, 13 mars 2014, 318 pages, 17 euros, ISBN-13: 979-1092616026.
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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 04:49
 
soweto-juin-1976.jpgMercredi 16 juin 1976. 8 heures du matin. Devant l’école Morris Isaacson, les élèves se rassemblent pour manifester contre la décision inique de Pretoria d’imposer l’afrikaans, la langue de l’apartheid depuis 1949, dans l’enseignement de l’histoire, la géographie, les mathématiques. Les élèves du lycée technique de Phefeni, en grève depuis trois semaines, les rejoignent. Ensemble, ils veulent investir le stade d’Orlando, marcher dans Soweto. La police quadrille les rues, lâche les chiens sur les enfants et, débordée, finit par tirer à balles réelles. Le premier enfant tué à 13 ans. Il se nomme Hector Pieterson. Assassiné dans le dos. Un photographe, Sam Nzima, prend l’image de d’Hector agonisant dans les bras de l’un de ses camarades : Mbuyisa khubu. On relèvera ce jour-là 575 morts. Des enfants. Un massacre. Un massacre d’enfants. Un massacre que Paul Dakeyo ne pourra plus jamais oublier et qui traverse de part en part la mémoire de cet hommage rendu à Monsieur Mandela. Un hommage qu’une cinquantaine de poètes déclinent, essentiellement francophones. Des voix que nous ne savons pas entendre d’ordinaire, de Côte d’ivoire, du Cameroun, de Mauritanie, du Congo Brazzaville, des voix habituellement tues par le glacis éditorial et médiatique. Des voix francophones pour faire entendre derrière le nom de Mandela l’immense révolte de l’Afrique noire. « Madia, Madiba. C’est la chanson des Zulus et des Xhosas », comme l’écrit Amadou Tidjane Tamé (Sénégal). Mandela réapproprié par cette Afrique aux dimensions de l’univers, Mandela dont le nom résonne comme un écho puissant, un cri offert à l’épreuve, le nom des hommes qui ont rejoint le camp de la Justice, de ceux qui maintiennent encore l’élan moral d’une humanité à la peine. Et nous rappellent au passage cette place que le français aura occupé dans les révoltes populaires. Soweto ! Soleils fusillés, comme se rappelle Dakeyo, ces enfants assassinés par centaines. Des voix qui célèbrent cette jeunesse jamais anéantie. Cinquante poète pour chanter l’Afrique du Sud, devenue le paradigme des luttes pour la liberté. Dans un monde toujours en proie à l’injustice, de voix quis e sont faites guetteur de l’aube ou du dernier soleil, l’ancien royaume Zulu comme une porte ouverte sur un chemin de résistance. C’est quoi l’humanité ? La marche est à reprendre, toujours.
 
 
Monsieur Mandela, poèmes réunis par Paul Dakeyo, éd. Panafrika – Silex / Nouvelles du Sud, mars 2014, 368 pages, 20 euros, ean : 9782912717955.
 
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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 09:49

 

edouard_glissant.1296932093.jpgChant Quatrième

 

Péripétie

 

La Traite. Ce qu'on n'effacera jamais de la face de la mer.

Sur la rive occidentale de l'Afrique, les marchands de chair font provision. Pendant deux siècles le fructueux trafic, plus ou moins avoué, fournit les Iles, le Nord de l'Amérique, et à moindre proportion, le Centre et le Sud. C'est un massacre ici (au réservoir de l'Afrique) afin de compenser le massacre là-bas. La monstrueuse mobilisation, la traversée oblique, le Chant de la Mort. Un langage de déraison, mais qui porte raison nouvelle. Car aussi le commencement d'une Unité, l'autre partie d'un accord enfin commué. C'est l'Inde de souffrance, après les Indes du rêve. Maintenant la réalité est fille de l'homme vraiment : née des contradictions qu'il a vécues et sucitées.

 

les Indes, Edouard Glissant, éditions Falaize (créées et dirigées par Georges Fall, son premier éditeur en France), 70 pages, juillet 1956, avec des eaux fortes de Enrique Zanartu, tirées dans l'atelier de S.W. Hayter, à Paris, erxemplaire sur Fleur d'Alfa.

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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 04:23

 

vinci.jpgSous toutes les formes possibles, on n’en finit pas de recenser les éditions qui s’emparent de Léonard de Vinci, pour proposer chacune sa vision de cet homme exceptionnel. Ingénieur, poète, peintre bien sûr, les angles d’approche sont multiples et tout ce qui porte la mention «Vinci» se vend, le meilleur comme le pire. Cadeau culturel par excellence, son mythe fait l’objet d’une attention et d’une transmission dévotes. Sans doute parce que, plus que tout autre, il représente l’incarnation même du génie universel. Sans doute aussi parce que cette croyance du génie naissant par génération spontanée plutôt qu’au terme d’une longue maturation, est typiquement française. Artiste, savant, découvreur, on n’en finit pas d’en arpenter l’universalité. D’autant que l’homme n’a pas négligé de laisser derrière lui énormément de traces, jusqu’à tenir la stricte comptabilité de ses dépenses quotidiennes. Alors s’il vous vient à l’esprit d’offrir l’un des multiples ouvrages qui lui est consacré, choisissez donc de préférence sa biographie par Carlo Vecce. Voilà qui vous changera des poncifs habituellement servis sur l’homme. La minutie incroyable de ce travail biographique, sans réel précédent, offre en effet une image plus subtile et plus contrastée du talent de Vinci. Opportuniste et pressé, n’hésitant pas à se mettre au service des tyrans, le plus remarquable de cette personnalité est moins sa vitesse d’exécution que sa hâte à conclure. Cette dernière le conduisit souvent à bâcler (génialement certes) son travail, comme pour certaines de ses fresques, pour lesquelles il expérimenta de nouvelles techniques qui ne tinrent pas… C’est que l’homme était impatient : son rendez-vous avec la postérité lui soufflait à l’oreille d’accumuler les créations.

 

 

Léonard de Vinci, Carlo Vecce, Flammarion, coll. Grandes biographies, 3 septembre 2001, 400 pages, 18 euros, ISBN-13: 978-2082125345.

 

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 04:35
 
le-journal-dedward.jpg«Samedi 3 mai. J’ai décidé de ne plus faire de roue. (…) Dimanche 4 mai. J’ai décidé de faire la roue, mais seulement la nuit quand ils dorment.» (…) Pour leur montrer «que si je fais quelque chose, je le fais pour moi, pas pour eux». (…) «Lundi 5 mai. A quoi bon exister.» (…) Le 7 mai, Edward note : «leur but est de venir à bout de ma volonté, de me réduire à néant. Ils peuvent me priver de ma liberté, ils n’auront jamais mon âme». Mais à quel prix ? La roue demeure longtemps –à l’échelle de la vie d’un hamster- l’objet de toutes ses considérations. Edward voit bien de quoi il retourne. Il refuse alors la roue mais y retourne, refuse les graines et y revient, commence une grève de la faim, repart à la roue, aux graines… Les graines, l’eau, la roue... «N’y a-t-il donc que cela ?! »… Au désespoir succède la révolte, à la solitude, l’envie d’entrer en relation avec le chat roulé en boule toute la journée : «Croies-tu en la liberté ?»… Partagé entre la décision d’y croire et celle d’y renoncer au spectacle de ce chat qui vagabonde d’autant plus librement dans la maison que son esprit, de l’avis d’Edward, reste enfermé derrière de solides barreaux. Et puis un jour ils ouvrent la cage. Edward scrute le vide béant qui s ‘offre à lui, terrifié à l’idée d’affronter une liberté à laquelle rien ne l’a préparé. Quelques secondes terribles, une vie à son échelle, avant que la cage ne se referme sur la boule de poil du nouvel hamster qu’ils ont glissé dans sa cage. Un compagnon. Un mâle. Bruyant. Qui fait de la roue sans se poser de questions. Un mâle qui passe son temps à manger, grossir et faire de la roue. Un mâle sans gêne, droit dans ses bottes… Qui met à vivre un enthousiasme insupportable. L’envie de le tuer prend Edward. De toute façon, se dit-elle, puisqu’il est une femelle, «la mort est la cage finale. Personne n’y réchappera». De réflexions sur la nature de la captivité en considérations sur l’effroyable banalité du quotidien, Edward s’interroge, sur l’ennui en particulier, qui nous pousse, parfois, à récupérer un peu d’être…
 
 
Le Journal d’Edward, Hamster nihiliste 1990–1990, Miriam et Ezra Elia, Flammarion, novembre 2013, 92 pages, 8,90 euros, ean : 9782081290235.
 
 
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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 07:27
 
La-Ve-Republique-Sirinelli.jpgJean-François Sirinelli s’est fait pour l’occasion l’historien du temps présent, poursuivant son exploration de la France du XXème siècle qui connut, à bien des égards, entre 1945 et 1973, les changements les plus radicaux de son histoire, en termes de mentalités particulièrement. Assez paradoxalement, cette histoire de la Vème République débute par la crise de Mai 68 plutôt que celle de 58. C’est que Sirrinelli voit dans les quelques semaines d’exaltation de Mai 68 comme la montée en puissance d’une revendication de libertés individuelles qui se seraient satisfaites des institutions de la Vème république, la contestation ne prenant alors pour cible que la personne du Général de Gaulle, et non son legs politique. Pour preuve à son sens, non sans raison, l’adhésion massive, en 65, de la population aux élections présidentielles, le Peuple alors souverain prenant fait et cause pour ce suffrage contre la classe politique, elle-même non moins massivement opposée à l’élection au suffrage universel du Président de la République. Certes, comme une sorte de refuge populaire contre les élites politiques toujours enclines à leur dérive oligarchique. Pourtant, au-delà des circonstances qui donnent raison à Sirinelli, une autre lecture semble possible, nous le verrons plus loin. Bien sûr, il est vrai que Mai 68 aura été, selon son heureuse formule, «un ébranlement surmonté».  Certes toujours, à la fin des années soixante, dans cette France enrichie, le mot d’ordre de Révolution ne trouvait guère d’écho. Le PCF et la CGT, alors les premières forces politiques du pays, se montraient très réticents face aux événements, cherchant très tôt à négocier une sortie de crise dans l’espoir de voir cet enrichissement se poursuivre. Certes encore, il existait une dynamique souterraine à laquelle peu d’observateurs ont été sensibles : ce qui changeait, c’était en profondeur les structures mentales du pays, dont les cadres et les valeurs, hérités de la France rurale, volaient en éclat. Et c’est là sans doute le plus intéressant de son étude : cette transformation des mentalités, qui avait émergé sous l’impulsion des Trente Glorieuses, et qui allait se poursuivre durablement, envers et contre toutes les crises que le pays allait traverser, dont celle de 73, qui allait marquer un coup d’arrêt brutal à la prospérité. Car ce qui changeait au fond, c’était cette demande de liberté individuelle, mais dont Sirinelli ne perçoit pas qu’elle ne pouvait que s’accompagner d’une demande d’approfondissement de la démocratie, et que cette Vème, déjà, ne correspondait plus aux aspirations démocratiques des français. L‘outil constitutionnel devenait obsolète, mais nul n’envisageait d’en changer : il assurait la pérennité de la classe politique au pouvoir… Pourtant, si l’on examine bien la séquence qui suivit presque immédiatement celle de Mai 68, après l’intermède pompidolien, dès l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, une alternance se mit en place : les gaullistes allaient perdre le pouvoir pour longtemps. En 81, nouvelle alternance, et dès 86 la France inaugurait une solution politique originale : la cohabitation. Suivie d’une autre, puis d’une nouvelle alternance, puis d’une rupture, puis d’une nouvelle alternance… Sirinelli conclut cette longue séquence politique française de bascules sur l’idée qu’elle exprime clairement un dérèglement politique, qui devait s’amplifier du reste dans le jeu des forces politiques, avec la montée en puissance du FN et les flambées électorales des mouvements gauchistes et écologistes. Mais au fond, mieux que d’y voir le simple égarement d’une Vème déboussolée, on peut y voir l’incroyable maturité de l’électorat français, soucieux de corriger toujours des politiques plus tournés vers leurs ambitions personnelles que vers le Bien Commun… Avec, dans une vision comme dans l’autre, l’aveu que cette Vème ne fonctionnait plus. Dès 68 du reste, malgré le renforcement apparent de ses institutions, tant la Vème, au fond, c’était de Gaulle… de-Gaulle.jpgAux yeux de Sirinelli, les causes de ce dysfonctionnement sont à chercher d’une part du côté de la crise des années 70, dont la France ne s’est jamais relevée, crise exaspérée dans son expression la plus tragique : ce chômage de masse qui voit désormais des enfants naître et grandir dans des foyers de chômeurs, et dans la déchirure sociale qui s’en suivit, au demeurant réactivant, ou plutôt laissant  de nouveau apparaître une fracture coloniale jamais colmatée. C’est que la République française a démontré très clairement qu’elle n’étendait plus sa protection ni à l’ensemble géographique de la Nation (les quartiers dits sensibles en sont la preuve), ni à l’ensemble sociologique que forme cette Nation jetée par-dessus bord : le chômage chronique, la paupérisation, l’exclusion en témoignent. Et d’autre part, c’est à l’incompétence de notre classe politique que nous devons de connaître pareil naufrage : pour symptôme, elle n’en finit pas de s’enfoncer dans le discrédit. Alors qu’en outre elle s’est montrée impuissante à trouver une issue à une crise qui au fond dure en France depuis une bonne quarantaine d’année. Les citoyens français ont ainsi totalement perdu confiance dans cette classe politique, dont ni la Droite, ni la Gauche de pouvoir n’incarnent l’alternative. Au point que l’on peut se demander si la question, grave, celle que pose Sirenelli pour clore sa réflexion, est bien seulement de savoir si les valeurs qui fondent cette Vème république, essentiellement la laïcité et la foi au providentiel retour de la croissance, sont valides en l’état. Car au delà de savoir comment réincarner ces valeurs, dont on espère qu’au moins celle de notre leurre éhonté du retour de la croissance sera abandonnée, la question qui se pose en fait, est celle d’institutions dont le but ultime demeure bien celui de la confiscation de la démocratie entre les mains d’un personnel incompétent.
 
LA FRANCE DU XXeme SIÈCLE (2), LA Veme RÉPUBLIQUE DE 1958 À NOS JOURS - UN COURS PARTICULIER DE JEAN-FRANÇOIS SIRINELLI, Histoire de France, coll. Frémeaux / PUF, label Frémeaux & associés, juin 2014, 4 cd-rom.
 
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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 04:20
 
Frigyes-Karinthy.jpgCela commence par un devoir de mathématiques du genre incompréhensible, autour duquel un père et son fils tournent sans parvenir à trouver la moindre issue… «Si dans 9 poêles on brûle en 8 jours et demi 12 stères de bois de hêtre, en combien de jours brûlera-t-on 9 stères de bois dans 12 poêles, sachant que…»… Or le père a soudain une lueur : c’est exactement le même problème sur lequel lui et son propre père, vingt ans plus tôt, ont séché… A l’époque, il l’avait presque compris. Enfin, il voulait bien le croire… Comment c’était déjà ? Quelle proportionnalité retenir ? Inverse ? Mais ce qu’il doit bien avouer, c’est que vingt ans plus tôt son propre père n’avait rien compris au problème… Tout comme lui aujourd’hui, et qu’il s’agit simplement d’un tracas qu’il faut se refiler de génération en génération… Question d’entraide… Tout comme dans cette histoire où le suspect se voit contraint d’aider l’enquêteur, incapable de poser les bonnes questions… Nous avons en commun moins la raison que la folie de la raison semble nous dire Karinthy, en l’illustrant d(‘une magistrale façon, dans la nouvelle qui donne son nom au titre du recueil…  A l’origine, l’interdiction du shimmy. Une danse. Pas vraiment lascive, mais pratiquée pour les plus déshonnêtes des raisons. Lui, il voudrait l’interdire. Inviter l’Ordre Moral à jeter un œil plus sévère sur le genre humain, toujours si prompt à abuser de la confiance qu’on lui porte. Surtout en matière de divertissement. Et en catimini encore. Suit un long plaidoyer loufoque, son «J’accuse», révélant qu’il est faux de penser que les gens dansent par nécessité physique, alors qu’en réalité ils se livrent à de coupables rapprochements. Ce n’est en effet jamais par pur hasard que les hommes dansent avec les femmes et réciproquement : c’est le fruit d’une conspiration secrète, impudique, libertine, pour tirer à l’insu de la bienséance des bénéfices immoraux… Le texte est drôle au possible, rappelant l’absurde des anciens pays de l’Est, d’un Hasek, d’un Capek…
 
 
Je dénonce l'humanité, Frigyes Karinthy, tarduction de Judith et Pierre Karinthy, éd. Viviane Hamy, coll. Domaine étranger, octobre 1996, 192 pages, ISBN-13: 978-2878580808. A (re)paraître juin 2014.
 
 
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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 04:27
constellations-revolution.jpgNous gardons le souvenir des révoltes des siècles passés qui, de la Commune à Mai 68, ont modélisé notre idée du changement social et politique et nous empêchent de comprendre le changement qui vient et qui déjà essaime partout en Europe. Certes, cette mémoire de nos insoumissions n’est pas vaine dans un monde qui nous a dépossédés de leurs enseignements. Le collectif à l’origine de cet ouvrage a ainsi tenté de saisir le sens des trajectoires révolutionnaires du si jeune 21e siècle, en les détachant justement de ces modèles par trop prégnants qui nous font espérer inutilement un changement par les urnes. Certes, on peut encore lui reprocher de vouloir construire une autre filiation, depuis le mouvement des CPE, instruisant une sorte d’effet générationnel quand en réalité toutes ces causalités ne sont qu’un leurre. Il suffit de prendre le pouls de cette France qui déserte pour le comprendre. Et tous les récits qui nous sont proposés trouvent au fond leur sens dans cette logique de désertion qui les surplombe. Récits rétifs, d’inadaptés pleinement conscients de l’être, de dissidents, de luttes désordonnées contre les mots d’ordre que nous impose l’ordre socialiste-libéral qui voudrait avoir bouclé l’Histoire dans ce régime d’urgence à perpétuité et de plans de redressement sans fin qu’il a mis en place. Dans ce régime de dupes qui voudrait nous faire croire encore que l’alternance peut nous sauver, ou que le pacte républicain sera demain notre seul recours. Dans ce régime honteux qui voudrait nous faire attendre encore le retour d’une économie néolibérale rétablie, qui saurait répondre demain à nos attentes. Contre ce régime de dupes, déjà, ces récits donc, qui injectent de la volonté devant la pseudo démission générale. Des histoires de résistance, de dissidence, de désertion contre la dépossession généralisée, d’intelligence collective contre l’isolement et l’exploitation.  Des histoires anodines de jardins urbains autogérés, de serveurs web libérés, de zones à défendre comme à Notre-Dame-des-Landes, de free parties, de lieux collectifs arrachés aux griffes des promoteurs. Des expériences qui toutes ont pour mérite de reposer la question révolutionnaire loin de la déprime militante. La posant pour le coup moins comme prise de Pouvoir que son évidement. Et donnant à penser que peut-être, ce capitalisme sauvage, ce régime néolibéral despotique, s’achèvera par son effondrement intérieur, un peu comme il en est allé de l’union soviétique. Déposer le Pouvoir sans le prendre. Mais construire à côté autre chose, autrement. C’est là, dans ces brèches et le récit de ces brèches que l’ouvrage se fait le plus intéressant. Dans ces drôles d’élans, cette drôle de révolution. Dans ces défections qui nous sont contées, de tous ces êtres partis loin des villes, loin des supermarchés, loin du genre, loin des identités closes, loin des usines avilissantes, loin d’un monde de l’art rabougri à ses vergognes égotistes. Dans ces vies qui se sont liées à autre chose que la prise d’un quelconque pouvoir, dans ces collectifs qui parfois se sont retrouvés pour se mettre à vibrer ensemble et produire un vrai tumulte social. Dans ces révoltes des banlieues, dans ces free parties improvisées où ce qui se dégage au final de plus profondément politique s’est niché dans l’intime des plis de l’existence quotidienne (la zoê). indignados.jpgDes récits qui donnent à penser que quelque chose arrive, qui s’accomplit dans les gestes les plus quotidiens de nos vies, les transformant en moments de lutte. Manger autrement, se déplacer autrement, faire la fête autrement, apprendre autrement. On voit la rupture : faire de la politique, autrefois, c’était s’engager dans une adhésion partisane.  Aujourd’hui, c’est s’engager sur le terrain du quotidien, dans sa vie. Vivre et lutter ici. Maintenant. Une offensive singulière, généralisée, loin des Bastilles que plus personne ne veut prendre : c’est qu’il n’existe plus de sujet révolutionnaire clairement identifié. La lutte a pris un autre tour, tout bonnement. Loin des mouvements politiques. La Révolution, c’est un peu maintenant, chaque jour, dans nos désertions quotidiennes. Et ils sont innombrables ceux qui ont déserté la grande distribution, les médias d’information, la propagande des partis politiques. Ils sont innombrables ceux qui forgent de nouveaux outils de libération pour inscrire leur combat à même leur existence, défrichant des voies inattendues. Pas vraiment d’idéologie, pas vraiment de programme : des repères, des pistes, des dires, des vies qui esquissent des chemins, en conservant ce goût de l’inconnu pour ne pas clore trop tôt ce temps de l’invention. Depuis la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à l’abstentionnisme que l‘on peut décrypter très exactement comme l’encerclement du pouvoir. Une communauté d’expérience se fait jour, au ras de l’existant. Avec un seul mot d’ordre : Désertion ! Et c’est un peu l’odyssée de ces désertions que nous découvrons ici, depuis le mouvement des CPE au Larzac, en passant par l’altermondialisme, la ZAD Dijon, Millau, l’histoire du centre social autogéré de Toulouse, la maison de la grève de Rennes, les sabotages, de Tarnac aux ANPE, en passant par ces communautés de Hackers qui redessinent ce nouveau territoire numérique qui a surgi et a permis la fabuleuse expérience des Indignados de Barcelone. Nous ne savons certes pas où nous allons, mais partout s’inventent des formes de désertion qui bricolent un autre monde possible. Certes, partout l’on pointe la nécessité de s’organiser, de faire circuler cette parole de désertion, car il ne peut exister d’oasis dans l’ordre mortifère de la société néolibérale. Certes, la question du changement demeure entière, mais déjà le changement s’énonce dans l’évidement et l’encerclement d’un régime qui a toutes les chances de s’effondrer de l’intérieur, un peu sur le modèle de la fin de l’union soviétique…
 
 
Constellations, Trajectoires révolutionnaires du jeune 21e siècle, collectif mauvaise troupe, édition de l’éclat, avril 2014, 702 pages, 25 euros, EAN : 9782841623518.
 
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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 04:30

glaneuse.jpg

KAMEL LAGHOUAT,

LA GLANEUSE

(Ils veulent diminuer le nombre des morts pour faire grimper celui des vivants…)

 

"Encombrée de ballots elle avançait vêtue de noir.

Elle avançait sur la place du marché, un lourd sac au bout de chaque bras rempli de sa récolte, des choux, des pommes, les légumes que les marchands jetaient.

La foule des pauvres, peuple en souffrance, fugitif,

Sans voix pour le soutenir,

béquille tandis que des ombres agonisent contre les murs des parkings.

Elle avançait les épaules fléchies le soleil nu comme un tombeau.

Cris rauques, huées, on déblayait la place, déjà les machines poussaient les reliefs que les pauvres disputaient aux chiens.

Elle veillait à son bien,

Je la voyais, un sac, l’autre, les éléments épars d’une violente cruauté,

A côté d’elle nos ruines.

Elle s’est couchée plus loin, lasse.

Je vous écris depuis sa mort bordée d’épaves,

naufragée vacante où la question sociale est devenue celle de l’utopie ou de la mort, les uns se couchent les autres ont disparu déjà,

baiser aux fronts des mères calleuses."

 

A la fin, la démocratie était seulement le moyen pour les politiques de laisser crever les gens sans faire de vagues. Le poème de Kamel Laghouat, 19 ans, évoque au fond mieux qu’aucun commentaire la situation dont on parle.

 

 

Image : Denis Bourges, qui présenta pour les 20 ans de Tendance Floue une série intitulée "Border life", dont les images résument son regard sur le cloisonnement et la frontière. Ici, une glaneuse au marché Aligre, à Paris, en 2010.

 

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