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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 11:11

2020, delta du Niger, au long de la route des oléoducs. Un delta sauvagement pollué. Le pétrole, les réfugiés barbotant dans cette gadoue huileuse, Amnesty et Solal, la quarantaine, qui doit récupérer une française. L’eau des puits est empoisonnée par des métaux lourds. Delta du Niger, le premier endroit au monde où la vie a totalement disparu. Le coût du pétrole. Qui s’actualise en charniers où l’on précipite hommes, femmes, enfants. Des gosses. Beaucoup de gosses. Et ceux qui ne meurent pas violés, torturés, massacrés, meurent de saturnisme. Solal, un flic, un dur à cuire pourtant, n’en revient pas de tant d’inhumanité. C’est là sans doute que sa conscience s’est forgée. Dans ce foutoir qu’est devenu le monde, le PDG de Total est kidnappé. Prisonnier climatique. Le premier. Le ravisseur demande une rançon de 20 milliards de dollars. Non pour lui : pour sauver la planète et faire payer à Total son cynisme et ses crimes, la firme ayant acté un réchauffement climatique supportable pour les pays occidentaux, mortel pour les autres. Mais Total préfère changer de PDG plutôt que de se séparer de 20 milliards de dollars. Ailleurs, la vie néolibérale suit son cours : dans le Pacifique Nord, un sous-marin nucléaire d’attaque mime un exercice de combat dans une zone gangrénée par les milliards de tonnes de déchets plastiques qui polluent les océans. A République, une manifestation climatique est sauvagement réprimée. Police partout, justice nulle part. Mais dans les rangs de la police, certains songent qu’ils en ont assez de jouer les pompiers d’un pouvoir aussi grotesque que despotique. Ailleurs toujours, l’action Total dévisse en bourse et le terroriste qui a enlevé le PDG de Total s’attire la sympathie de la moitié des français, à l’heure même où Macron autorise de nouveau le glyphosate à empoisonner nos sols. On en est là. En effet. Avec un peuple incroyablement mature, conscient du peu qu’il nous reste à jouer pour sauver l’humanité, alors qu’au train où vont les pollutions, dans 30 ans, 5 milliards d’êtres humains seront exposés au péril d’un climat complètement déréglé par la faute de quelques-uns. Qu’il crève donc, le PDG de Total ! Ce qu’il fait du reste, supplanté dans l’actualité par un second enlèvement, celui de la Dir’Cab de la Société Générale cette fois, la banque française qui continue d’investir dans les énergies fossiles au mépris de notre avenir commun. Quel roman ! Qui déroule la conscience implacable de notre situation historique ! Quelle lucidité, jusqu’au procès du terroriste, si finement argumenté, passant au crible l’idée de Justice, de ses prolégomènes philosophiques à ses aboutissants historiques, pour nous aider à mieux en penser les raisons. Quel récit, si pleinement documenté, embrassant avec force le monde dans ses états fébriles et ses embrasements, les peuples réveillés, acculés pourtant par des gouvernements désormais illégitimes, partout, à se taire alors qu’ils portent déjà une Loi nouvelle, une espérance nouvelle, si cruellement bafouée partout. Pessimiste pourtant, quant à nos chances de changer quoi que ce soit, sinon en faisant sécession à notre tour pour œuvrer localement à notre survie –après tout, les riches n’ont –ils pas fait déjà sécession, déchargés qu'ils sont de la survie de l’humanité, recroquevillés dans leurs bunkers qu'ils enterrent partout pour se sauver de cette mise à mort du monde qu’ils ont ordonnée et même pas ordonnée, tant nos élites sont devenues irresponsables à contenter leur énorme bêtise à front de taureau !

Olivier Norek, Impact, éd. Michel Lafon, octobre 2020, 348 pages, 19.95 euros, ean : 9782749938646.

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 09:56

Les Etats-Unis aujourd’hui : des dizaines de milliers de retraités sans autre domicile que leur voiture, leur van, sillonnent les routes pour survivre de CDD en CDD. Des milliers de «vieux» pour lesquels Amazon a construit un programme d’exploitation sur mesure dans ses hangars immenses où sont traitées «nos» commandes. Des salariés précaires, par dizaines de milliers, soumis à un travail harassant, «payés» une misère. Le XIXème siècle décrit par Marx : l’un meurt, l’autre le remplace. C’est ça le monde d’Amazon. C’est ça la société néolibérale qui fabrique ces nomades à la pelle. Pas des bourlingueurs : une nouvelle tribu de voyageurs affamés qui partent à la conquête d’un Ouest sans rêve, jetés sur les routes comme dans les années 1930.

L’ouvrage est le fruit d’une enquête de trois années, que l’auteure a vécu en immersion comme on dit, à partager le vécu de cette tribu de laissés pour compte, celle des sans adresse fixe de la joyeuse apocalypse néolibérale. Majoritairement, ces retraités sont issus de la classe moyenne. Une classe dont désormais la moitié vit avec 5 dollars par jour… Survit. Mais à quel prix ! De ville en ville, ils ont organisé leur survie, solidaires. A la recherche de parkings gratuits, connectés donc, pour se refiler les bonnes infos. C’est vers San Bernardino, dans le comté de Los Angeles, que Jessica rencontre Linda, 64 ans, qui sera de bout en bout le fil conducteur de ce fantastique récit. Elle habite une «capsule de survie», un vieux van qui rappelle ces chariots bâchés des conquérants de l’Ouest. Sauf qu’il n’y a plus rien à espérer, aucune frontière à rallier, autre que la mort, le plus dignement possible. Linda a ses habitudes, un circuit qui la conduit d’un point à l’autre de cette sinistre géographie. Ici un camping à garder, où elle n’a pas le droit de compter ses heures, à surveiller, protéger les vacances des autres, nettoyer, récurer, éteindre les feux de brousse, laver le linge, les toilettes, les douches, tout ça pour un salaire qui la maintient tout juste en vie. Là, elle rejoint le programme Camper Force mis au point par Amazon. L’enfer néolibéral dans toute sa splendeur. Survivre en Amérique, où le taux d’inégalité est comparable à celui de la RDC ! On suit ces travailleurs nomades qui triment dans les immenses hangars de la logistique Amazon. Debout ou à genoux toute la journée, 30 minutes de pause dans un hangar si gigantesque qu’il faut choisir entre sortir prendre l’air ou manger. Ils sont les workampers, les Okies de la Grande récession de 1930, et dont le nombre a explosé depuis 2008, l’année de la fameuse crise financière qui a vu des milliards d’êtres humains jetés dans la misère, tandis qu’une poignée d’autres récoltait les fruits savoureux des Dettes Publiques… Workampers accueillis par les immenses banderoles tendues sur les frontispices des hangars : «Travailler dur. Contribuer à l’Histoire» ! L’enquête est l’histoire justement, du formidable déclassement de la classe moyenne avalée par la paupérisation, la maladie, la dépression, dissimulée dans les entrepôts d’Amazon équipés de distributeurs d’antalgiques –le travail est dur, on vous avait prévenu-, de boissons énergisantes et d’antidépresseurs. Le retour des hobos  qui, par 40° l’été sous les toits en tôle de ces entrepôts, doivent achever leur vie sans réclamer le moindre réconfort. Sinon celui d’une armée d’ambulanciers qui guettent leurs malaises à l’entrée des hangars. Et qu’importe au géant du commerce électronique les défaillances cardiaques : il y a déjà l’armée suivante qui frappe à sa porte. Tant et tant de candidats qu’Amazon a dû organiser leur «sélection»… Et faire en sorte que chaque élu touche dans son paquetage sa ration quotidienne d’ibuprofène… 

C’est l’histoire des Amazombies, ces retraités contraints à l’esclavage moderne dans d’immenses hangars hostiles, l’histoire des lieux de misère, des lieux de mémoire d’une Amérique qui ne peut tourner la page de ses Okies. Comme si l’on assistait à l’émergence d’une classe de chasseurs-cueilleurs modernes, une sous-culture nomade massivement blanche, traitée à coups d’analgésiques, d’exercices obligatoires d’étirements et de sommeils jamais compensateur. Linda, notre fil conducteur, est sublime de courage, d’intelligence, d’espérance, de combats. Elle est comme le prototype d’une espèce indicative, symptôme des changements profonds qui affectent notre écosystème, déchiré au plus profond de lui.

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1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 11:49

Les guerres napoléoniennes ont toujours joui d’une réputation ahurissante. Héroïcisées, elles sont devenues une part de notre imaginaire collectif, et plus particulièrement celui de nos chères têtes blondes sans que personne ne s’interroge vraiment sur le sens et les conséquences d’un tel imaginaire.

16 novembre 1812, quelque part à l’Ouest de Moscou. La neige, le froid, les cadavres des Aigles, ces grognards qui partout jonchent le sol russe. Des soldats poursuivent un jeune tambour. Des soldats français. Mais juste au moment de l’abattre, une meute de loups les en empêche. Non loin, la Bérézina. On suit son périple, le sien et quelques autres de cette armée en déroute. Dont celui de Fanfan la Griotte, vivandière au 9ème de ligne. Rien à manger. Rien à boire. Les soldats de l’empereur survivent en guenilles. Le jeune tambour de l’incipit, c’est Sauve-la-vie, un gamin du 9ème de ligne lui aussi. Il a rejoint l’arrière-garde, coupée des armées de l’empereur, pour mettre la main sur un trésor. Un trésor… Un malentendu qui lui a valu d’être poursuivi par une soldatesque avinée qui pensait récupérer, elle, un vrai trésor sonnant et trébuchant. Partout autour d’eux, dans cette déroute, les hommes meurent, de froid, de fièvre, de faim plus que des balles russes. Pourtant, les grognards restent fidèles à l’empereur. Beaucoup, par sentiment révolutionnaire, persuadés qu’ils sont que l’empereur accomplit toujours cette quête de la liberté pour laquelle ils se sont levés en 1789. Sauve-la-vie, lui, est comme d’autres, attaché à la personne de l’empereur. Et le trésor inestimable sur lequel il a mis la main n’est rien d’autre que le chapeau de Napoléon. C’est pour ce chapeau au fond duquel est portée la mention : « Au temple du goût, Poupart, chapelier Galonnier Palais Egalité n° 32, Paris », qu’il a risqué sa vie. Mais à présent, serrant le chapeau contre lui, le piège de la Bérézina se referme.

Les planches sont lumineuses comme des feux dans la nuit. Incandescentes du tragique que nourrit l’épopée napoléonienne.

 

La Gloire des Aigles, tome 1, Sauve-la-vie, scénario Pascal Davoz, dessin de Philippe Eudeline, coloriste : Véronique Robin, éditions idée Plus, collection HZ, mai 2020, ean : 9782374700366.

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26 janvier 2021 2 26 /01 /janvier /2021 13:41

En Suède, presque nulle part : un centre de séminaires dont la session présente, présidée par le Ministre des Affaires sociales, est consacrée aux temps de fin de vie. A huis clos. L’enjeu est la régulation de la pyramide sociale : trop de retraités, trop de vieux. La société néolibérale ne peut en supporter le coût. Il faut donc sauver cette société de la ruine en jouant sur des leviers pour le moins sensibles : les vieux, les pauvres, les chômeurs. Non pas les supprimer, mais les inciter, encourager leur civisme pour qu’ils acceptent de limiter leur durée de vie. Pour les pauvres et les chômeurs, l’affaire est vite entendue : il suffira de réduire leurs allocations déjà minces au minimum, pour les voir disparaître presque «naturellement». Et pour limiter les dépenses de santé, d’en transférer le coût aux mutuelles privées : seuls les plus riches survivront. Mais ce ne sera pas suffisant. On le sait : il faut aller plus loin. Ce sera d’autant plus difficile que mourir n’est plus considéré dans nos sociétés comme une chose naturelle. Tout l’enjeu du séminaire est donc de trouver des stratégies de communication pour faire accepter par les vieux un âge de décès convenable. Les participants du séminaire explorent les marges de manœuvre. Le levier de classe par exemple : les pauvres acceptent plus volontiers leur sacrifice. C’est déjà ça. Les médias sont prêts à fournir toute l’aide possible pour mener campagne pour la valorisation de ce sacrifice civique attendu des citoyens les plus fragiles. Mais il faudra peser beaucoup et sur la philosophie de la vie dans nos sociétés néolibérales, et sur la Loi, pour y inscrire tout d’abord le droit, en attendant qu’il devienne un devoir, à une mort décente. Peut-être même en fixer la  limite : 75 ans. Et faire appel aux universitaires, aux gens cultivés, aux «personnalités» et autres «people» pour qu’un débat de fond anime la société autour des valeurs de vie : celle de dignité par exemple. C’est bien cette idée de dignité, qui calque la vie sur celle de l’Esprit et dispose les gens à mourir dès lors que leur vie spirituelle fléchit… Mais il faudra aussi combattre l’hygiénisme de la société suédoise qui, par la pratique du sport, la condamnation de la jungle food, etc., le tout pour sauver la stabilité du système de santé, a contribué elle-même à «produire» des vieux en pleine forme, incapable de mourir de sitôt… Les philosophes et les flagorneurs seront mobilisés au service de l’état, sans grand dommage pour la pensée au demeurant, eux qui ne cessent de renifler du plus loin qu’ils le peuvent la sousoupe à bon chien. Car il faudra trouver les arguments pour combattre la doctrine chrétienne du Droit naturel, qui confère trop d’importance à la valeur humaine. Et pour cela, commencer par jouer de nouveau la carte Martin Luther aux yeux duquel l’enfant arriéré mentalement n’a aucune valeur humaine, parce qu’aucune vie spirituelle. Montrer encore une fois combien la dignité de l’humain repose dans sa dimension  spirituelle, dont la sénilité le dépossède, proclamer «le caractère intangible de l’existence humaine, qui ne saurait prévaloir au-delà des limites des moyens permettant de l’assurer». Ces philosophes seront chargés de hiérarchiser clairement les valeurs sociétales : qu’est-ce qui est prioritaire du point de vue du Bien commun ? La valeur économique ? Humaine ? Sociale ? Sociale bien sûr, car à tout prendre, l’homme politique est prioritaire, devant le savant, le père de famille ou même l’entrepreneur. N’est-ce pas lui qui décide en dernier recours ? L’Etat ne doit-il pas toujours avoir raison ? Les philosophes auront ainsi pour mission de nous faire sortir de la culture du droit naturel pour nous faire basculer dans celle du droit positif et de son éthique utilitaire, pour montrer que seul celui qui a le Pouvoir est la source du droit. Opposer enfin la conception germanique du Droit à celle de Rousseau, et établir définitivement la raison d’état dans son principe ! La mort moderne que nous envisageons, civique, n’est rien d‘autre que le pendant de la vie socialement utile. Au fond, il ne s’agit d’euthanasier qu’une minorité de citoyens. Et pour vaincre la résistance morale du plus grand nombre, les participants au séminaire conviennent d’une stratégie de communication visant d’abord les marginaux improductifs, délinquants, grands malades, dont le plus grand nombre sait vite se passer, avant de s’attaquer à ce plus grand nombre...

Une immense leçon de philosophie d’éthique et du Droit, qui nous invite à ne jamais oublier qu’il faut toujours subordonner le Pouvoir aux principes du Droit naturel, de peur de confier ce pouvoir aux répliques du nazisme, qu'elles paraissent presque indolores ou grotesques. 

Carl-Henning Wijkmark, La Mort moderne, éditions Rivages, traduit du suédois par Philippe Bouquet, octobre 2020, 174 pages, 18 euros, ean : 9782743651404.

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18 décembre 2020 5 18 /12 /décembre /2020 10:05

L.A., 1936. Maximus a 15 ans et rencontre Gary Grant. Métis d’ascendance amérindienne, chinoise, africaine, il veut faire du cinéma. Il est beau, on l’engage. On l’enferme d’abord dans des rôles ethniques. Il jouera les indiens, les noirs, les hindous, les chinois… Et jamais son nom ne figurera sur les génériques des films. Black out. Il faut lire la préface de Raoul Peck à son sujet, particulièrement documentée. «Les indiens, c’était nous», écrit ce dernier, soit les trois quart de l’humanité. A contrario, la trajectoire de Maximus éclaire aux yeux de Peck la force du cinéma américain, capable de neutraliser la réalité pour lui substituer le rêve. Et le rêve ça fonctionne. Durablement. Longtemps, jusqu’à ce que la seule existence des africains, des arabes, des asiatiques, un beau jour, finit par anéantir ce rêve. Notre époque. Encore que... «Hollywood est une fiction»… Ce sont les premiers mots de ce superbe roman graphique. Maximus Wyld, ainsi que Hollywood le rebaptisa, a joué dans Vertigo, Sunset Boulevard, le Faucon Maltais, Shangaï Gesture… Les plus grands l’ont fait tourner, reconnaissant son talent tout en l’empêchant d’accéder à la gloire. C’est sa biographie que raconte ce roman. Et bien plus : c’est toute l’histoire du cinéma américain qui nous est décrite, sous l’angle de la ségrégation et de ses retournements spectaculaires : les indiens furent des sages dans la filmographie américaine, jusqu’à la crise de 29, où ils devinrent des barbares. L’Amérique avait besoin d’ennemis intérieurs, et de se débarrasser de sa culpabilité à l’égard des natives. Quant à faire jouer des noirs, elle en resta loin, longtemps. Qu’on se rappelle La Case de l’oncle Tom, interprété en 1903 par un acteur blanc repeint de noir… Le cinéma pourtant s’ouvrait largement aux minorités à la même période, malgré et contre Hollywood : en 1905 la communauté noire inaugura sa première salle de cinéma, à Chicago. Dès 1905, des «race movies» furent tournés, faits par et pour les noirs américains. Par centaines même. Tandis que le cinéma «blanc», pour rassurer son public, embauchait des métis à la peau… pas trop foncée… Maximus donc… Qui toute sa vie ne fut guère dupe, fomentant ses complots que l’on peut juger dérisoires aujourd’hui, mais qui avec le recul devait à l’époque offrir au public des natives une incroyable revanche, en faisant passer en contrebande des synopsis tout le langage de la conscience indienne par exemple dans ses pas de danses "ethniques" qu’il rajoutait aux comédies musicales où on lui demandait de danser. Des signes, une grammaire gestuelle invisible au public "blanc", toute une chorégraphie, une stylistique des révoltes amérindiennes, noires. Un langage corporel qui est passé dans le cinéma américain et dont on découvre aujourd'hui la richesse ! Nombre de bobines furent tout de même expurgées de sa présence. Voire détruites. Il reste tout de même de quoi étudier cette écriture. En 1986, Rita Hayworth, qui l’aima, l'évoquait souvent. Non pas comme un acteur de talent quelconque : «il était les américains», affirmait-elle. Au fond ce que l'Amérique avait de meilleur à offrir !

 

Black out, Loo Hui Phang, Hugues Micol, Futuropolis, août 2020, 198 pages, 28 euros, ean : 9782754828048.

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17 décembre 2020 4 17 /12 /décembre /2020 13:52

Lorsque Pankaj Mishra commence la rédaction de son essai, en 2014, des suprématistes hindous accèdent au pouvoir. Lorsqu’il achève cette rédaction en 2016, la Grande-Bretagne sort de l’UE. Partout dans le monde, l’extrême droite a relevé la tête. Partout le monde est secoué par des insurrections populaires. La colère des populations, Pankaj Mishra la voit bien. Mais il n’en comprend pas la nature. A ses yeux, ces soulèvements ont pris pour horizon l’attente dangereuse d’un «messie». Et l’auteur de convoquer le D’Annunzio de septembre 1919, devenu le Duce de «l’état libre de Fiume», pour nous en convaincre. Le poète rêvait alors de rendre par la violence sa grandeur à l’Italie, inaugurant le siècle de la politique spectacle à grands renforts de gestes théâtraux. D’Annunzio et son carnaval adolescent s’imaginait pouvoir devenir le chef de file d’un soulèvement international, quand il ne fut que le prophète opportuniste de désaxés… Est-ce bien cependant ce que l’on doit redouter ? Quel mépris finalement, pour ces soulèvements qui tous pointent pourtant l’horizon dont Pankaj Mishra ne cesse de dénoncer la clôture. Alors D’Annunzio ? Tocqueville plutôt, mais non celui, policé, que l’on prend toujours en exemple, non, le Tocqueville de l’Algérie plutôt, qu’il nous faudrait redouter tant sont incarnées les habitudes de nos «élites», celui qui appelait à une «grande aventure de domination et de subjugation». Coloniale à l’époque, des populations autochtones désormais. Ou le Général Boulanger et son formidable mépris des masses. Nous vivons les temps de la troisième guerre mondiale, affirme Pankaj Mishra. A ses yeux, celle de la «guerre civile»… Vraiment ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’une lutte des peuples contre leurs états ? D’une défiance dont il serait bon de tenter de comprendre les raisons ? Une «guerre»… Accordons-la lui, mais alors non seulement contre des peuples qui n’ont jamais été souverains, mais contre la démocratie elle-même, qui gêne tant le néolibéralisme… Pankaj Mishra, lui, prétend que le danger est ailleurs, qu’une partie de la jeunesse européenne serait séduite par les thèses de Daech (l’effet D’Annunzio)… Vraiment ? Nous pensons au contraire que la jeunesse s’est mobilisée contre Daech et s’est levée enfin, mais pour soutenir d’autres causes. La réflexion de Pankaj Mishra est troublante : d’un côté, il affirme que l’économie de marché ne fait pas bon ménage avec les Droits de l’Homme et de l’autre, il ne voit pas que c’est au nom de ces Droits que les populations se lèvent… D’un côté il affirme que la mondialisation, c’est d’abord la circulation «effrénée» de capitaux errants, et de l’autre, il ne sait tirer aucune conclusion de cette circulation «effrénée». La crise que nous traversons, Pankaj Mishra voit bien qu’elle est universelle. Que tous les peuples de la terre, désormais et selon l’expression de Hannah Arendt, ont découvert qu’ils avaient «un présent commun». La pandémie du coronavirus est là pour nous le rappeler plus que jamais ! Mais à ses yeux, la faute en incombe d’abord à cet individualisme selfie qui a tant bouleversé la donne au niveau des mentalités… Si l’explication n’est pas totalement fautive, elle est du moins terriblement fragmentaire. D’autant qu’elle le conduit à condamner ces soulèvements populaires, porteurs du plus grand danger selon lui : celui du chaos, fasciste ou anarchiste… Plus étrange encore, c’est à ses yeux l’ambition égalitaire, telle qu’a été énoncée au siècle des Lumières, qui serait coupable de nous avoir jeté dans le désordre que nous traversons. Cette guerre, qu’il ne cesse abusivement de nommer ainsi, n’aurait alors d’autre issue que de se convertir en guerre de tous contre tous, dans un monde où n’existerait plus ni état, ni société. Accordons-lui que les populations ne font que difficilement société. Mais les états ? Ne voit-il pas qu’ils n’ont jamais été aussi présents ? Ou ne le voit-il que pour mieux l’ignorer, satisfait d’apporter la réponse qui trottine dans les milieux intellectuels depuis des décades : la faute en est au ressentiment, devenu le moteur d’une société grippée… Quelle abstraction, quand la réalité s’affirme chaque jour et plus dure et plus concrètement désespérante…

Le néolibéralisme, c’est une histoire de carnage, d’hystérie, de désespoir. C’est l’histoire d’un monde où l’immense majorité des êtres humains vit dans la peur. Sinon l’épouvante, comme celle des migrants, qui sont l’autre versant de la volatilité des capitaux. C’est l’histoire d’un monde où l’insécurité n’a cessé de s’élargir et de s’étendre. Mais pour Pankaj Mishra, c’est «l’exposition» au discours libéral de liberté qui serait la cause de tous nos malheurs… Une exposition qui aurait conduit tout droit à ce ressentiment dont il fait la thèse de son essai. Ah, si l’on avait pu apprendre aux gens que la liberté n’était pas un bien enviable… C’est qu’au fond, Pankaj Mishra pense à travers de vieilles catégories. Croisant méthodologiquement les approches, les objets, de la philo à la socio en passant par l’histoire et les sciences politiques,  voire l’étude littéraire, ce qu’il rassemble est certes un corpus titanesque, mais effarant et qui souffre d’une incompréhension majeure : Pankaj Mishra réfléchit à l’intérieur du modèle westphalien le monde et les rapports entre les parties de ce monde.

A ses yeux, les états demeurent la clef de voûte de l’équilibre mondial, bien qu’il reconnaisse combien ils ont été bousculés, ne serait-ce que par la question terroriste, qui a chamboulé profondément le rapport entre l’intérieur et l’étranger, liant les mains de ces états, incapables d’apporter une réponse cohérente à cette catastrophe. De même la question climatique, ou sanitaire, voire sociale, qui ne cessent de voir sur la scène internationale de nouveaux acteurs surgir et dont le poids est tout, sauf négligeable. Pankaj Mishra pense ainsi le monde binairement, en monde libre et monde non libre, sans un seul instant imaginer que ce fameux monde libre ne l’est pas en réalité, la démocratie n’ayant jamais pu s’ancrer sur son sol. Amusant, même, de voir Pankaj Mishra nous rappeler 1789 pour oublier son vrai échec : l’arrêt de la Révolution. Ce qu’il ne voit pas, il le cite pourtant, à travers l’ouvrage d’Allan Bloom (1989), affirmant à juste titre que le fascisme était l’avenir naturel du marché néolibéral. Pankaj Mishra ne peut le comprendre, lui qui ne peut comprendre comment les sociétés se réagencent. Lui qui refuse de voir dans la société civile autre chose qu’un acteur de troubles. Lui, convaincu que notre chaos est l’héritage du nihilisme et que ce chaos s’inscrit tout entier dans les actions des tueurs idéalistes, chrétiens ou islamistes… Rien d’étonnant alors qu’il fonde son espérance sur la nécessité de re-questionner les fondements théologiques du pouvoir, pour se détacher de la tyrannie du «moi» et rejeter le seul vrai danger à ses yeux : «l’idéologie anarchiste»…

Pourquoi le lire alors ? Sans doute parce qu’à son insu, toutes ses intuitions sont bonnes ! A commencer par sa vision, non aboutie, du néolibéralisme, dont la tourmente est notre apocalypse.

 

Mishra Pankaj, L’Âge de la colère, une histoire du temps présent, traduit de l’anglais par Dominique Vitalyos, Zulma, avril 2019, 460 pages, 22.50 euros, ean : 9782843048425.

Images :

La Révolte des parapluies, Hong-Kong, photo AFP.

Moun et son parapluie arc-en-ciel, arrêtée le 12 décembre 2020, suspectée de "déclencher" les émeutes en brandissant son parapluie au pays de Ubu Roi... photo Ouest France.

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15 décembre 2020 2 15 /12 /décembre /2020 11:13

Tout se passe, lexicalement, comme si la fatigue avait toujours été au cœur de la vie humaine, sinon son point d’ancrage… Un seuil, une limite, une frontière que l’on peut explorer sur ses deux côtés, provoquée ou personnelle. Une histoire peu étudiée, affirme Vigarello. Une histoire romancée surtout, dont l’écriture aura évolué au cours du temps humain, l‘objet de cette enquête. Au Moyen Âge, la fatigue est centrale : c’est celle du chevalier contraint à l’affronter, pour la dépasser : elle est sa rédemption, qui mesure son héroïsme sous les traits de l’endurance. Plus généralement, dans l’univers médiéval, les corps sont effondrés ou courbés. C’est que l’homme du Moyen Âge chemine beaucoup, et durement. La pharmacopée vient du reste à son aide, lui enseignant l’art de tenir sur ses pieds, autant que de tenir à ses pieds, alors le lieu le plus important du corps humain. D’où l’attention à la sueur, aux fluides : c’est que la fatigue dessèche. Infligée comme souffrance au voyageur, elle se déploie d’étendue en étendue, poussant les hommes à inventer de nouvelles mesures de l’espace et de la durée. La Renaissance graduera par la suite les états physiques en prenant pour étalon cette fatigue du Moyen Âge. Naitra alors le concept d’épuisement. Physique d’abord : il ne deviendra moral que plus tard. Et cette fatigue physique reste l’ordre de la sanction : au-delà, il n’y a rien qui tienne. Mais à la Renaissance la ville s’empare à son tour de la fatigue pour en inscrire une forme nouvelle, celle de l’agitation urbaine qui épuise tant l’esprit. Descartes sera le premier à la thématiser, cette fatigue de l’esprit. La cour l’intègrera, pour la faire passer du physique au moral. Une affliction, liée d’abord à la station debout : c’est qu’on reste longtemps debout devant les grands de ce monde. Aux mondains s’attachera désormais la lassitude. Celle de l’homme de robe, de cabinet, de pensée. A l’Âge Classique, la fatigue se propage comme un poids sur les épaules des élites, que ces dernières commencent de porter avec langueur. Fatigue de distinction, aurait dit Bourdieu… Avant que la classe ouvrière ne la reprenne à son compte au XIXème pour en vivre le harassement, qui conduit à l’épuisement physique et à la mort prématurée. Là, de nouveau, un mode de calcul l’accompagne. Rappelez-vous l’enquête Villermé : il s’agit de savoir jusqu’où exploiter l’ouvrier. De Villermé à Marx, cette fatigue est l’objet de savants calculs. Le spectre du chiffre la hante. Le travail est devenu la norme, et une mécanique usante. Enfin vint l’ère du computer. La fatigue est là, toujours, escortant nos inventions, sourde désormais, insaisissable. Elle est partout aujourd'hui, fatigue morale, cognitive, physique, psychologique. Elle a envahi toutes les sphères de la vie humaine. Et tous les secteurs de la vie en société : la voici politique du coup. Avec le burn out en particulier, figure de l’épuisement contemporain, qui concerne chacun au plus profond de son identité, dans un monde qui aurait aimé lisser et écraser ces identités. Le burn out, figure contemporaine de l’estime de soi anéantie dans un monde qui ne goûte rien tant que cet anéantissement de l'humain...

Georges Vigarello, Histoire de la fatigue du Moyen Âge à nos jours, éditions du seuil, coll. L’Univers historique, septembre 2020, 476 pages, 25 euros, ean : 9782021291919.

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 13:42

Ogui. Grogui. Mais conscient dans un corps qui ne répond plus. Appareillé. Peu à peu, il se souvient. De la voiture. Sa voiture. De la femme qui était à côté de lui. Sa femme. Du mur contre lequel la voiture s'est fracassée. Autour de lui s'affaire la médecine d'urgence. Il entend. Comprend. S'il veut survivre, sa volonté devra l'emporter. Alors il cherche, en lui, des raisons de survivre. Se rappelle tout d'abord le suicide de sa mère. Une mort qui l'avait fait sortir de l'enfance. Pour épouser cette vie finalement sobre qui était devenue la sienne. Ou bien son père père cancéreux. Et puis cette vie modeste avec sa femme. Morte désormais, tuée dans l'accident de voiture. Cette femme qui remettait cent fois sur le métier, et avec laquelle il avait fini par ne plus aimer vivre au fond. Il se rappelle ses études, sa longue marche pour tenter d'occuper une place au sein de l'université, la maison qu'ils avaient achetée avec son jardin broussailleux, sa thèse. Ogui a la mâchoire brisée. Il ne peut plus parler. Il voit les gens s'affairer autour de lui. Prendre peur à sa vue. Mais il survit. Des mois d'hôpital. Sans maîtrise sur son corps. Mais il peut encore se remémorer sa vie avec sa femme. Ogui était géographe. Décrire le monde était moins sa passion que celle de savoir à quelle échelle il fallait le représenter. La sienne à présent. Minuscule. Rabougrie. Assaillie par sa belle-mère, qui a décidé de le prendre en charge. Et achevé l'oeuvre de sa fille : ce jardin, dans lequel elle creuse un trou immense. Il se rappelle sa rencontre avec ses beaux-parents. Combien il s'était senti étranger à cette famille dans laquelle il entrait pourtant. Rien d'extraordinaire. Lui, la quarantaine, l'âge de l'apaisement. Ou de la prise de conscience qu'on a déjà raté sa vie. Ogui se rappelle le jardin de leur maison. Vétuste. Sa femme avait fini par y vivre, par en vivre. Elle avait fini par se détourner de lui pour ne vivre que de ce jardin auquel elle prodiguait tous ses soins. Il n'y avait plus eu que ce jardin entre le monde et eux. Un continent caché où sa femme passait toute sa vie, ses journées, ses nuits. Seul son jardin... Qu'il lui faudrait traverser à présent. Fuir. Dépossédé de tout sur son lit d'infirme, avec sa belle-mère à ses côtés, qui s'est emparée de sa vie, de ses amis, de sa survie. Lui, incapable de parler, livré tout entier à cette femme que tout le monde prend pour une sainte dévouée à son gendre. Reclus. Séquestré. Loin du monde, dont le jardin le sépare. Jardin qu'il faudrait traverser pour survivre. La narration est implacable. Imparable. Eblouissante de sobriété et de sérénité. Elle avance calmement pour s'enfoncer phrase après phrase dans l'horreur d'un conte qui engloutit tout vain espoir.

Hye-Young Pyun, Le Jardin, traduit du coréen par Lim Yeong-Heen, en collaboration avec Lucie Modde, Rivages / Noir, septembre 2019, 156 pages, 19 euros, ean : 9782743648725.

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1 décembre 2020 2 01 /12 /décembre /2020 11:33
 
 
Notre sort dépend maintenant du degré de colère que nous pourrons atteindre, peut-on encore dire aujourd'hui, en paraphrasant l'invective de L. Kramer, le 14 mars 1983, (repris dans New-York Native), lors d’une réunion d’Act Up N.Y.
La figure de la colère fut forte chez Act Up. Elle structura le mouvement,  comme rite constitutif d’un groupe en marche vers son identité. On se rappelle l’équation : SILENCE = MORT, COLERE = ACTION, ACTION = VIE. Il n’est que de relire le livre de Didier Lestrade - ACT UP : Une histoire - pour comprendre à quel point Act Up ouvrit, dans le champ des luttes sociales, des modalités novatrices qui, dans une large mesure, ont bouleversé et le militantisme ronronnant des années marxisantes, et la contestation publique d’une France endormie sur d’innombrables défaites. L’intelligence d’Act Up, entre autres, aura ainsi été de n’en pas s’en tenir à la seule lutte minoritaire : Act Up s'est emparé du Sida comme d’un révélateur de l’état de la société française. De l’histoire sociale du sida à l’histoire politique de cette société, c’est tout ce mouvement sur lequel il faudrait peut-être aujourd’hui revenir pour comprendre où nous en sommes, politiquement par exemple, et pour nous convoquer les uns les autres à reprendre leur colère là où ils l'avaient laissée, parvenant à contraindre l'état français à agir.
On n'en finirait pas, aujourd'hui, d'énumérer les vagues de colère qui déferlent à juste raison sur la France, de la paupérisation de tout un Peuple pris en otage du monde de la Finance, à la brutalité du traitement policier dont peuvent être victimes désormais tous les français.
La colère s'est installée en France. Un pays qui nous questionne sur le prix à payer pour être entendu par les pouvoirs politiques, quand les Lois de la République se font de plus en plus anti-républicaines !
Il nous revient à présent de poser le problème de l’urgence politique et sociale, à une époque où nous ne pouvons plus nous contenter de replâtrer l'univers mensonger du discours politico-médiatique dominant.
Il nous revient de la faire maintenant : dans deux ans, il sera sans doute trop tard.

ACT UP : Une histoire, Didier Lestrade, Denoël, coll. Impact, janv. 2000, 446p., 22 euros, ISBN : 9782207248836

Les Combattants du sida, de Christophe Martet, Flammarion (6 mai 1993), 250 pages, 16 euros, EAN : 978-2080668998

 

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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 15:32

Irascibles, nos vieux fourneaux, surtout par les temps de privation des libertés qui courent... «Je pisse à la vitesse que je veux, c'est ma dernière liberté» ... Peut-être bien la nôtre demain... De rage, ils ont activé l'opération Geneviève. Celle de Marseille : Geneviève Legay, mollestée par d'évidés CRS du ciboulot (pléonasme). Leur organisation, «Ni yeux ni maîtres» sévit donc et réussit à viander 27 flics parigots. De retour du réjouissant décompte, une missive les attend : Mimile leur a donné rendez-vous en Guyane ! A l'aéroport, problème : Pierre est fiché «S», comme activiste d'ultra-gauche. Vieux, mais pas cacochyme... L'embrouille dure un temps, de guerre lasse on l'imagine moribond et peu nuisible donc. Il passe. Cayenne. Nos vieux poursuivent le voyage en pirogue jusqu'à Apatou. Ils sont théoriquement là pour une représentation de théâtre pour les écoles du coin. Une pièce d'anthologie, à suivre de bout en bout, contre l'accumulation des richesses comme système économique, qui empêche la circulation des vraies richesses. Un sommet d'érudition, mine de rien ! Pierrot retrouve une connaissance. Une femme bien sûr. Des siècles plus tôt jamais courtisée, et à laquelle il n'avait prêtait aucune attention. Le con ! On ne vous dira rien de Blandine, débarquée en Guyane dans les années 70... Sinon que forcément la vraie raison d'être de l'opus, c'est l'or de la Guyane. Et ce projet grandiosement criminel de la bande à Macron autour de la Montagne d'Or : extraire 80 tonnes d'or en 12 ans... Piller plutôt qu'extraire, les richesses de la Guyane sans aucune contrepartie pour les populations autochtones. Leçon d'écologie au passage : il faut 150 tonnes de cyanure pour produire 1 tonne d'or. Imaginez le coût environnemental pour la région... Et on vous passe la pollution au mercure qui finit d'achever ce paradis. On le voit, nos vieux nous amusent, sans rien renier des combats que nous devons tous mener.

 

L'oreille bouchée, Les vieux fourneaux, volume 6, Lupano, Cauuet, Maffre, éditions Dargaud, novembre 2020, ean : 9782505083368.

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