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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 03:00

 

sarko-drapeau"Le fascisme n'est pas si improbable, il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste" (Georges Pompidou, Le Nœud gordien, Plon, 1974, p. 205). La crainte avait étonné. Le deuxième président de la Ve République ne songeait peut-être pas exactement à la recomposition de cette nouvelle Droite fondamentaliste que nous connaissons désormais, post-fasciste, mais toujours raciste. Il pressentait néanmoins que le danger n'était pas là où ses amis avaient coutume de l'attendre. Même si, bien évidemment, il ne lui serait pas venu à l’esprit que ce danger pouvait venir des rangs mêmes des courants politiques issus du Gaullisme. Et moins encore qu’au tournant du XXIème siècle, la problématique politique contemporaine serait celle de la réduction de l’espace démocratique. Un espace au sein duquel la moralité qui a fini par s’affirmer est celle du chacun pour soi, ouvrant à une conception instrumentale du lien social. L’opportunisme politicien du candidat sortant, un président sans convictions qui aura gouverné à vue, sinon à cru, aura au final induit tout l’inverse de ce que son discours proposait, à savoir : la montée en puissance du particularisme identitaire. Amoral, apolitique et incivique, le candidat sortant n’aura jamais affirmé aucun autre critère de justification que celui de ses préférences subjectives, transformant sa différence en pure volonté de puissance, au mépris des dangers que cela impliquait : xénophobie, haine de l’autre, rancœur sociale. L’État minimal, égoïste et calculateur, qu’il a fini par imposer, n’est le résultat que de ce manque de convictions qui ne s’appuyait sur aucune validation publique, sinon la vindicte d’une opinion fabriquée à grands coups de sondages. Et loin que de favoriser l’émergence de citoyens raisonnables, capables de distinguer l’intérêt public de leurs intérêts particuliers, il n’aura contribué qu’à balkaniser la société française, éloignant par calcul toujours plus de citoyens de leurs responsabilités morales, sociales et politiques. Détaché de l’Etat, mais attaché à une cause (l’identité nationale), intronisant cette cause comme supérieure à la légalité étatique, il n’aura cessé de valoriser la sphère des égoïsmes, laissant voler en éclat la sphère publique et le consensus démocratique. Face à ces agressions sans précédent, il est urgent de rétablir la puissance politique dans son fondement premier : l’espace public de délibération, seule instance capable de réintroduire de la civilité dans ce contexte d’implosion sociale. C’est d’autant plus urgent que le lien social est miné : les populations françaises existent désormais, montées les unes contre les autres. Le renoncement de l’Etat à la norme de l’universalité nous a jeté dans l’ordre du contingent et de l’irrationnel, interdisant tout recours à une éthique de la citoyenneté –qu’est-elle devenue sinon une éthique de l’exclusion ? Nous devons donc mettre en œuvre dès aujourd’hui une politique de résistance, qui ne peut trouver à se fonder que sur la formation d’identités hybrides, seules susceptibles de réintroduire en France quelque chose comme une éthique du respect de l’autre, à défaut de quoi cet autre ne pourra nous apparaître que sous la figure de l’étranger, sinon l’ennemi, intérieur en outre, dans la mesure où toute la communication gouvernementale n’a cessé de jouer sur l’idée d’un clivage qui passerait à l’intérieur même de cette citoyenneté française devenue de fait suspecte.

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 04:32

terrorisme.jpgFrédéric Neyrat a tenté dans cet essai de comprendre la notion, qu’aucun débat théorique n’éclaire jamais en France. Peut-être parce que la clarté, en matière de terrorisme, n’est pas une affaire de vérité… Peut-être aussi parce que la confusion qui entoure la notion sert le langage politique d’annonces déployé depuis 1995 en France autour de cette question…

Il en prend pour exemple les déclarations d’octobre 2010 du Ministre de l’Intérieur : une menace, affirmait ce dernier, pesait sur l’Europe. Et bien sûr, sous couvert de Secret Défense, il n’était pas possible d’en dire plus… Incontrôlable, l’info le resta… Dans la bouche des Pouvoirs Publics, en outre, on ne parlait pas de menace réelle, mais d’une "possibilité crédible" ! Rien moins donc qu’une virtualité, qu’une fiction au sein de laquelle une éventualité devient une réalité ! Les services secrets sont devenus des opérateurs de croyance, selon la pertinente expression de Frédéric Neyrat, et le storytelling de la menace terroriste, qui ne recouvre guère qu’un monde de limbes, nous fait basculer dans un monde où la crédibilité tient désormais lieu de vérité…

Terroriste… La notion semble ne jamais avoir été aussi mal définie que dans les propos de Nicolas Sarkozy, jouant à loisir de son flou. Un flou qui lui assure une énorme rentabilité politique. On l’a vu dernièrement. Un flou capable d’accueillir n’importe quel criminel, n’importe quel phénomène, des paumés borderline aux supposés terroristes relâchés généralement dans la plus grande discrétion quelques jours après leur garde à vue. Un nom valise en somme, que l’on se garde de trop bien définir. Un nom pour donner corps à l’inhumanité du siècle naissant, lequel nom permet de dissimuler l’inhumanité de la terreur économique par exemple, bien réelle et qui tue très clairement et en très grand nombre encore. Un nom qui permet donc de sommer tous les autres maux, misère, chômage, pauvreté, de passer au second plan. Au nom de l’unité nationale.

Phénomène signifiant total, poursuit Frédéric Neyrat, il a aussi cet avantage que quiconque le dénonce, se retrouve automatiquement du côté du Bien. Voilà qui est commode ! Enfin, dans le monde d’aujourd’hui et la France d’aujourd’hui, car le même mot fut employé, ne l’oublions pas, dans d’autres circonstances et pour désigner des personnes "innocentées" depuis. Rappelez-vous les nazis qualifiant de terroristes les résistants au nazisme.

Le nom de terroriste est ainsi une appellation stratégique, sinon une combine sémantique faite pour masquer des opérations politiques. Un nom d’Etat en somme. Fait pour justifier tous les excès judiciaires (rappelez-vous les irlandais de Vincennes). Fait pour justifier tous les excès policiers. Voire suspendre la règle démocratique. Un concept littéralement aveugle en définitive, obscurcissant la réalité dont il veut témoigner, jusqu'à la rendre parfaitement inintelligible. Car de quoi parlons-nous quand nous parlons de terrorisme ? Qu’est-ce qu’un acte terroriste ? Que qualifions-nous là ? Une technique ? Une intention ? On l’interprète souvent comme une guerre psychologique. Il en serait la forme la plus violente. A ce compte, faut-il ranger dans la catégorie du terrorisme le bombardement allié sur Dresde, la veille du cessez-le-feu de 39-45, que les alliés maintinrent parce qu’ils voulaient, justement, terroriser les populations civiles allemandes, dont ils n’ignoraient pourtant pas que leur volonté de combat était nulle… Faut-il aussi ranger dans cette catégorie Hiroshima ?

Le concept est aveugle, on le voit, piégé, incapable de rendre compte de la pluralité des phénomènes qu’il recouvre. Al Qaïda serait vraiment derrière les quelques paumés des banlieues françaises qui s’en réclament ? Un concept aveugle et dont l’usage s’avère dangereux, y compris parce qu’il exhibe une possibilité presque domestique d’énoncer un acte soit-disant terroriste quand il ne serait que l’œuvre d’un délinquant en mal d’inspiration…

Analysant les matrices théoriques explicatives du terrorisme depuis 1793, l’auteur en montre l’ineptie : nous ne savons pas penser le terrorisme, et donc nous ne savons pas le combattre, parce que nous ne voulons pas le penser.

Qu’est-ce que le terrorisme d’aujourd’hui face à celui des années 70 par exemple ? Parle-t-on d’un seul et même phénomène ?

Et jusqu’où remonter pour en débusquer les prétextes ? Faut-il par exemple oublier de voir que la main de l’Etat n’est jamais la dernière à accourir auprès des terroristes pour leur confier des armes ? On sait comment la CIA a financé Ben Laden. D’où vient donc la Terreur ? D’où vient la destruction ? Le terrorisme ne serait-il finalement qu’une fiction soigneusement entretenue par les Etats démocratiques ? Et dans sa réalité la plus tragique, ne serait-il pas aussi quelque chose comme une énigme de la société du spectacle dans laquelle nous évoluons comme des forcenés ? Frédéric Neyrat explore une autre piste finalement, qui est celle d’un acte à prétention souveraine, instruisant la question du pouvoir sous un angle inédit, dévoilant l’état ultime de la souveraineté d’Etat et révélant l’exigence de terreur des états modernes, tout comme la guerre fut la violente révélation de l’essence de la politique. Et dans la perspective de la globalisation, reprenant les études d’Appurai, il nous laisse entrevoir comment la construction de minorités effrayantes peut être comprise comme une réponse à cette géographie de la colère dont nous ne savons que faire. Une réflexion à poursuivre, on le voit, dans son essai même, si nécessaire désormais.

 

Le terrorisme, un concept piégé, de Frédéric Neyrat, éditions è®e, 60 rue Edouard Vaillant - 94140 Alfortville / France, avril 2011, 224 pages, 17 euros, ean : 978-2-915453-53-9.

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 04:43

atteres.jpgLes économistes atterrés publient leurs propositions pour 2012. Atterrés mais pas résignés, ils explorent les alternatives possibles et en font la magistrale démonstration contre les experts aveugles de l’économie néo-libérale, imbus de leurs erreurs, et qui n’ont cessé de nous conduire dans le mur.

Sur les deux points cruciaux de la Dette et de la croissance économique, ils apportent à court et long terme des solutions des plus pertinentes, provoquant à tout le moins au débat qu’on nous vole.

A propos de la Dette, les économistes atterrés (2000 membres tout de même aujourd’hui), proclament avec force ses origines : le problème aujourd’hui en Europe n’est pas celui de la Dette Publique, mais bien de la Dette Privée. Il faut absolument dénoncer tout d’abord le transfert des dettes bancaires vers les comptes publics, et retirer aux marchés financiers la clé du financement des Etats. Car jusque là, les Etats européens ne pouvaient se financer que sur les marchés financiers ! Or les taux d’intérêt ahurissants pratiqués par ces acteurs privés de l’économie privée ont tout simplement étranglés les finances publiques des Etats en question. L’urgence est bien de rompre avec cette logique idéologique d’une Banque centrale inféodée aux intérêts privés : ces banques qui n’ont cessé de spéculer contre ces mêmes états européens !

Quant à la croissance telle qu’elle se conçoit aujourd’hui dans nos démocraties libérales, l’ouvrage en dévoile l’impasse : il faut en finir avec son dogme imbécile et profiter de cette crise non pas pour entamer une procédure de décroissance, mais au contraire, d’opérer au véritable rebond de cette croissance en assurant sa transition vers des activités économiques et industrielles capables d’assurer notre évolution vers un développement conçu en termes écologique et social. Il faut opérer à cette transition écologique et sociale, seule capable de relancer l’activité économique et d’ouvrir de formidables gisements d’emplois. Face aux néo-libéraux incapables gérer l’évolution économique des pays dont ils ont la charge, il n’est en outre que temps d’engager un vrai débat démocratique sur ces questions. Les politiques d’austérité qui s’annoncent ne règleront rien, bien au contraire. Tout le monde le sait au demeurant et dans ce jeu de dupes, il semble que la seule question soit celle de savoir combien de temps encore les riches pourront en toute insolence profiter d’un système taillé à la mesure de leur cynisme.

 

Changer d’économie ! Nos propositions pour 2012, Les économistes atterrés, éd. les liens qui libèrent, janvier 2012, 244 pages, 18,50 euros, ean : 9782918597445.

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 04:56
rembrandt-1-.jpgTout commence et finit par ce que le corps éprouve. Le corps ? Ne serait-ce pas plutôt la chair ? Car les êtres incarnés sont des êtres souffrants, jouissants, traversés par le désir et la crainte.
Rembrandt peint le corps dans sa déréliction. Il ne craint pas les ventres flasques, les peaux épaisses, plissées, grasses. Il peint les membres pesants, gourds, les visages marqués. Croupes, panses, tétines. A-t-il lu Tertullien ? De carne Christi, Tertullien découvrant d’un geste presque brutal la réalité du corps humain, d’un corps que l’on peut empoigner, frapper, griffer, aimer, caresser. La réalité d’un corps qui peut endurer la faim, la soif, le froid, la fatigue. Tertullien décrit ce corps. Il est cru. Viscères, humeurs, déjections et la mécanique du squelette. Il ne nous épargne rien, lui assigne le limon pour origine, la fange, la boue. Et par cette métaphore, saisit tout le contenu du monde dans son cercle. Rembrandt voit de même les pauvres gens de son pays, la boue, les graisses, le flasque, le distendu. A-t-il lu Tertullien ? Il veut les peindre dans leur matérialité crue, mais laisse percer sous la fange une lumière insolite. Les corps accèdent soudain à une autre dimension, celle de la chair, baignée de sa lumière. Car c’est à la chair que vient la lumière. Dont ce Visage est le modèle du genre. Et Rembrandt demande à ce visage qui a essuyé toutes les défaites de répondre à la question qui nous obsède tant : que sommes-nous donc ? Il le demande à ce Visage qui a remporté la victoire sur la Mort. A ce Visage qui a remporté la victoire sur le néant, il lui demande de répondre à notre étonnement d’exister.
Rembrandt, le Visage découvert.
Rembrandt peint l’immense espoir qui entre dans la chair de chacun. Il peint la gloire d’être humain et nous révèle, ou répète la révélation de ce que l’homme est un concept nouveau pour le monde. Ou plutôt, qu’il n’est pas un concept. Il a lu Jean : "Et le Verbe s’est fait chair" (1, 14). C’est cette parole inconcevable, naufrage de la philosophie des grecs, qui affirmaient que le logos se déployait hors du monde sensible, dans la contemplation de l’univers intelligible, que Rembrandt laisse affluer dans sa peinture comme une douce sensation de lumière. Une lumière dont la venue en notre chair semble ne pouvoir se produire que là où cette chair s’impressionne elle-même –et il faut entendre ce terme dans son sens le plus artistique, celui que la photographie argentique nous avait légué, égaré depuis.
rembrandt-louvre.jpgRembrandt peint la question du monde sensible : la pensée ne peut connaître la vie en ne faisant que la penser. Car le logos n’éprouve rien. Connaître la Vie, c’est le fait de vivre. Rembrandt sait que le savoir de l’humanité ne fait que traduire l’expérience mondaine du corps dans le monde –viscères, fonctions nutritives, digestives, la mécanique des poumons, etc. Lui nous offre autre chose : un corps habité. Un corps qui doit ses vrais contours à la sensation. Rembrandt peint une chair qui ne se fuit plus et ne veut plus ignorer le fardeau ni le plaisir d’être soi-même.
Dans ce Visage. Qu’un souffrir indéchiffrable ne peut enfermer dans la pellicule sans épaisseur qu’était le corps humain pour les grecs. Rembrandt peint le monde sensible en en découvrant le principe et le lieu dans la chair des hommes. Il se fait Voyant pour rendre visible la structure incompréhensible de la sensibilité humaine.
Rembrandt, la génération de la chair.
Il peint la Vie qui se révèle là et qui le fait d’une manière inouïe : ce qu’elle révèle ne se tient pas hors d’elle. Et certainement pas dans une connaissance scientifique. La révélation de la vie est auto-révélation pathétique, l’étreinte sans écart. C’est cela que peint Rembrandt, qui est le bouleversement de la conception du corps hérité des grecs : si la vie est l’éternelle venue d’elle en soi (Jean), la chair est la façon dont cette Vie se fait vie.
La chair n’est ainsi plus une matière dans le monde mais son pathos, souffrance et jouissance, souffrance ou jouissance, où la vie n’est plus ni la zoé des grecs ni leur bios, mais l’auto-révélation pathétique dont la chair tient sa réalité (Michel Henry).
Cette chair qui n’est pourtant encore qu’une apparence dans le monde des choses, mais seulement dans la perspective de ce monde, brutal, littéralement idiot, de cette idiotie du réel qui ne sait que dépouiller l’homme de toute profondeur. Cette chair, Rembrandt l’assigne à la Vie. Cette Vie qui est venue dans la chair et dont la vérité est sa capacité à ressentir, à être touchée : la chair formule la Vie, dans la chair elle-même.
Touché. Rembrandt nous touche. Il faut prendre ici le verbe dans son sens le plus littéral et s’interroger sur ce mystère qui fait qu’une peinture puisse nous toucher pareillement. D’un toucher qui ne peut advenir que dans notre chair. Car le fait d’être touché n’appartient qu’à la chair. A ce soi charnel vivant qui définit notre condition (les deux premières propositions johanniques du Prologue de Jean, rapportant la Vie au Verbe et le Verbe à la chair).
C’est dans ces membres où périssons que la Vie même se formule. Que signifie donc cette présence de l’esprit dans notre corps, qui en fait une chair ? C’est face à ce Visage qui nous touche que Rembrandt pose sa question. Et affirme dans le même temps que l’œil ne voit pas. Car pour qu’il puisse voir, il faut que le sensible soit devenu sensuel. C’est cette sensualité qui fait qu’une chair peut produire dans la chair de l’autre le plaisir ou la douleur. La chair d’autrui devenue sensuelle par la magie d’une image qui convoque la chair, non le corps, inouïe devant le regard.
christ-rembrandt.jpgLa sensualité répond Rembrandt, tout est là. Qui est ce lieu où la chair se sent elle-même. Qui est ce pouvoir d’atteindre la chair dans son esprit même. Le désir. Qui n’a rien à voir avec un phénomène naturel.
Touché. Dans la présence en cette chair de la chair qui nous est commune. Où l’autre n’est plus l’objet de mon regard, mais prend lieu dans mon regard même, au sein de cette réalité commune et unique qui renvoie, comme le fait Rembrandt, à la structure même du vrai corps humain, qui est d’être corps et chair à la fois.
Touché. La relation sensuelle a son site dans la Vie, peint-il. Je l’éprouve, touché. Même si l’expérience de l’autre n’est jamais concevable : et justement, parce que la sensualité ne donne pas accès à la vie d’autrui, mais à celle qui est en nous et que nous partageons.
La vie est sans pourquoi dans la peinture de Rembrandt : elle est son auto-justification. De la Genèse au Prologue de Jean, la condition de possibilité d’une condition telle que la nôtre n’a rien à voir avec l’apparition historique de l’homme dans le monde, mais tout à voir avec cette peinture de Rembrandt que nous ne comprenons pas mais que nous éprouvons. Car rien en l’homme ne s’explique par le monde. Ce qui est venu dans la vie est invisible : cette lumière de l’être-avec, chez Rembrandt, qui est la possibilité d’entrer en résonance avec l’expérience de l’autre. C’est cela que Rembrandt peint. Qui me trouble et me retient, selon un mode de manifestation que je ne saurai jamais expliquer : les conditions de possibilité de nos rapports sont inscrits dans cette ouverture qu’inaugure la chair. Car dans le moi fini chacun n’est que lui-même.
L’incarnation : venir en soi.
Qui rend possible cette émotion devant cette toile de Rembrandt. Et qu’il nous engage à vivre, non à penser. Présente en moi. La Vie même, dans son auto-révélation pathétique. L’Incarnation, au lieu où je suis venu en moi.
Rembrandt.

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 04:45
agneau.jpgL’idée de génie de Gaborieau, c’est de sortir de l’éternel gigot de Pâques ou du carré des grandes occasions. Ses pieds d’agneau en petits farcis d’échalote, ou sa couronne cloutée aux anchois sont de vraies merveilles. Le tout dans une série de livres de cuisine qui fut proclamée la meilleure de l’année 2009 par le jury des Gourmand World Cookbook Awards. Un seul regret : qu’il ne soit pas fait mention du broutard des Causses, l’agneau le plus divin du monde, qui d’année en année se voit attribuer le label tant convoité de "meilleur agneau du monde". Car la recette est une chose, la qualité du produit une autre…
A ce propos, intéressez-vous donc aux expériences conduites sur le causse depuis 1997 en matière d’élevage d’agneau : il y a là toute l’intelligence qui manque à la société française en matière de réflexion sur l’agriculture…
L’agneau du Méjan y est en effet l’objet d’un défi sans précédent dans l’agriculture française, celui d’une production bio dans un parc national. Une expérience qui semble vouloir durer malgré les difficultés qu’elle a rencontrées et rencontre encore, exigeant de mettre œuvre des recherches capables de croiser sciences sociales et sciences agronomiques.
Ce qu’une poignée d’agriculteur y explore, c’est la mise sur le marché d’une viande dont les caractéristiques s’écartent des standards actuels. Un viande issue de l’élevage à herbe, qui dans l’ordre de la viande de qualité, a été totalement supplanté par l’approche de celle issue de l’élevage de bergerie dit "raisonné". Installés entre 1995 et 2000, cinq exploitants travaillent donc les techniques de cet élevage à herbe. Leurs agneaux sont pour l’essentiel nourris au lait maternel et à l’herbe des parcours. Ce qui contraint nos éleveurs à bien penser les ressources pâturables en s’appuyant sur les cycles de la production herbacée pour développer leur élevage : il leur faut par exemple coordonner rigoureusement les agnelages avec le démarrage de la pousse de l’herbe. Concrètement, cela signifie qu’ils doivent peser sur la reproduction, les fenêtres temporelles étant largement imposées par la nature : un tiers d’agneau naissent en été, un tiers en début d’automne et un tiers en fin d’automne. Ajoutez à cela que, produit de saison, leurs agneaux présentent des caractéristiques (couleur de la viande, taille des carcasses, niveaux d’engraissement) qui évoluent au cours du temps, vous comprendrez les problèmes que pose la commercialisation de leur viande sur des marchés fortement marqués par des normes standardisées de consommation de la viande d’agneau (leur viande manque d’homogénéité par exemple, et paraît trop blanche au goût du consommateur). Si standardisées donc, que cette viande ne peut être actuellement commercialisée que dans le marché des viandes à griller, qui ne sont pas les mieux valorisées pour la viande d’agneau. Passionnant en tout cas, l’intelligence de la réflexion menée sur les cycles de la vie et des standards de consommation. En référence, pour ceux que ça intéresse, l’étude sur ce point, que l’on peut lire en ligne sur le net.
 
L’agneau, dix façons de le préparer, Stéphane Gaborieau, Les éditions de l’Epure, 4 rue d’Alésia 75014 Paris, avril 2000. Piqûre cahier d'écolier fil de lin, Papier de création.
Elever des agneaux à l’herbe sur le causse Méjan : enjeux et défis d’une production "Bio" dans un Parc national français, par J. Blanc, Muséum national d’Histoire naturelle, CP 135 Eco-anthropologie/Ethnobiologie. 43 rue Cuvier, 75005, Paris.
Correspondance : jblanc@mnhn.fr.

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 04:15

 

 

noexitNicolas Sarkozy n’aime pas le vin. Il lui préfère le Coca ligth. Il n’aime pas le fromage non plus. Ça pue. Il lui préfère les bonbons. Son dégoût du bon goût est sans borne. Sans complexe. Sa grammaire ? Approximative. Celle d’un parvenu sans gêne. Qui aime l’argent. La hausse du pouvoir d’achat était son cri de ralliement. Le pouvoir d’achat a dégringolé comme jamais sous son quinquennat. Et alors ? Les français ont parié sur lui en 2007. Ils ont perdu. L’outrance, l’exhibitionnisme, le mensonge auront été sa marque de fabrique présidentielle. Sans parler de l’arrogance, de la vulgarité, de la violence. Un vrai numéro de cirque à lui tout seul. N’était qu’il a ruiné la France : quand il est arrivé au pouvoir, l’économie française était en plein essor. N’était qu’il l’a divisée.

Sarko aspirait à la grandeur, affirme Philip Gourevitch, observateur étranger du barnum politico-médiatique français. Il y aspirait parce qu’il était petit, poursuit-il. Non par la taille : par la morale. Par la pensée. N’y accédant pas, il nous a servi ce mauvais soap opéra que Gourevitch décrit et commente par le menu, nous ouvrant grand les confidences des plus proches conseillers du boss. Un boss sans vergogne, impitoyable dans sa quête du pouvoir, autrocrate. La droite extrême ? C’est lui, n’en doutez pas. Un stratège hors norme dit-on, n’hésitant pas à user de la brutalité la plus féroce, de la mauvaise foi la plus extrême. Un impulsif. Un homme sans idéologie. Un homme sans convictions. Un homme décevant, juge-t-il. Qui n’aura jamais été qu’un bateleur de campagne, pas un président. Un chef qui ne savait pas gouverner. Mais qui voulait le pouvoir. Comme un gamin convoite le jouet du voisin. Sans trop savoir ce qu’il allait en faire au juste. Il voulait juste être adulé. Un homme dont on apprend que les guerres le rendaient euphorique. Qu’il en redemandait, l’œil rivé sur les sondages d’opinion –c’est bon pour moi coco ? Un homme qui aimait l’importance que la guerre lui donnait. Un homme de guéguerre donc, plus efficace comme candidat que comme président. Voilà ce que la droite s’est choisie. Elle méritait mieux.

L’ouvrage glisse ensuite volontiers sur une interprétation du phénomène Sarkozy qui en laissera plus d’un meurtri : Gourevitch voit dans la présidence Sarkozy le symptôme de la désillusion des français sur leur compte. La France était devenu un petit pays. Un petit président lui allait bien.

Avec au fil des pages l’humiliation qui monte, de voir égrenés les scandales qui ont ponctué cette présidence et qui n’ont jamais fait scandale… Comme si toute morale citoyenne avait définitivement déserté le périmètre républicain, l’immunité jusqu’au dégoût…

  

 

No Exit, de Philip Gourevitch, éd. Allia, traduit de l’anglais par Violaine Huisman, avril 2012, 94 apges, 3,10 euros, ean: 9782844855701.

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 04:19

vivelacrise.jpg"Vive la crise!" On se rappelle Laurent Joffrin accompagnant Yves Montang aux réjouissances de l’ex-deuxième droite (on l'espère vivement, François, qu'elle ressortisse au passé!) affublée de son nez rose (l’expression est de Jean-Pierre Garnier, 1986). On se rappelle Joffrin en pédagogue Simplicissimus, voulant réconcilier les français avec la Finance, invitant toute l’éditocratie issue de 68 à se mettre au service du Pouvoir Politique. Une histoire navrante, mais dont il ne faudrait pas oublier qu’elle est notre histoire commune, celle d’une déconvenue tragique, concomitante de l’invention du pouvoir politico-médiatique en France, concomitante de la construction d’une cléricature médiatique qui n’allait plus lâcher les jugulaires du pouvoir jusqu’à aujourd’hui et consacrer, réjouie, la fin du contre-pouvoir de la Presse. Libé en tête donc, avec July convertissant Libé en canard régimaire. De ce même July, Fontenelle nous rappelle l’édito du 22 février 84, titrant sans rire "Vive la crise!", invitant à renoncer au socialisme et se livrant à la surenchère des formules publicitaires pour tenter de convaincre ces idiots de français (décidément) que l’Etat-Providence, c’était has been… On se rappelle qu’il s’agissait déjà de nous faire avaler la pilule du marché, July nous encourageant non pas à changer la vie, mais à changer de vie. July toujours, claironnant dans son éditorial vertigineux qu’il fallait "faire des citoyens assistés des citoyens entrepreneurs"… On a bien lu : "assistés"… Non pas sous la plume de Sarko, mais de Serge July... "Assistés"… On a vu ce que cela a donné, trente ans plus tard… Reprenez l’article et dans la foulée, lisez celui de Joffrin lui emboîtant servilement le pas pour nous expliquer, toujours sans rire, que les socialistes de l’époque ne s’étaient pas brisés sur le mur de l’argent mais celui de la réalité : les lois du marché, auxquelles il fallait se soumettre… Joffrin raillant leur mot d’ordre, galvaudé à ses yeux, et assurant que si la vie était bien  "ailleurs", c'était ailleurs que dans "le fort délabré de l’Etat-Providence", et qu’elle ne pouvait sourdre que dans l’initiative privée…

C’était l’époque bénie où toute l’élite politico-médiatique s’entendait à faire de la lutte des classes une lutte de pique-assiettes ! C’était l’époque où Libé pouvait tirer à boulet rouge contre la grève des postiers de Toulouse, qualifiés "d’égoïstes" ! C’était l’époque où pour Joffrin le salariat se vautrait dans l’hideux spectre de la revendication corporatiste… L’époque où ce même Joffrin, toute honte bue, n’hésitait pas à dire que le travail au noir était "utile" face aux trop grandes rigidités du Droit français du travail… Faut-il poursuivre cette lecture ad nauseam ? Trente ans plus tard, Sarko trouva à s’inscrire dans cette continuité, en digne héritier de Joffrin ! Avec cette différence que lui, Sarko, a su restaurer la lutte des classes, mais pour la mettre au service des plus riches, en une série d’agressions sociales sans précédent dans l’histoire de la République française. Une offensive d’une extrême brutalité, faisant sauter en quelques semaines, en 2007, tous les verrous qui empêchaient les inégalités de se creuser trop visiblement. Bouclier fiscal en tête. Affaiblissement du droit de grève en second front, avec pour solde l’indigence pour tous les retraités et l’on en passe, tant l’homme s’était mis en tête de finir pour de bon le travail de casse de l’Etat-Providence qu’un Joffrin appelait de tout son cœur…

C’est cela que nous rappelle Fontenelle : le sarkozysme de gouvernement est l’achèvement de trente années de renoncement. Trente années d’un pouvoir construit sans vergogne par la presse française, tous bords confondus. Trente années au cours desquels nos intellectuels se sont réjouis de voir la France enfin libérée de la tutelle de Marx. Trente années de glorification du syndrome Attali, expert en tout, compétent en rien, cynique et impudent, de droite comme de gauche, parangon d’opportunisme, voyez : il vient de se faire le partisan farouche de l’augmentation de la TVA et de la baisse des transferts sociaux ! Plus sarkozyste, tu meurs… Alors après la grande rupture avec le socialisme, qui fut largement à l’origine de nos défaites, de notre ruine et de notre anéantissement, avec quoi faut-il renoncer, aujourd’hui, pour qu’un vrai changement ait lieu ?

 

Vive la crise, Sébastien Fontenelle, édition du seuil, mars 2012, 184 pages, 14,50 euros, isbn : 9782021057713.

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 04:58

vive-la-crise.jpg"Ou l’art de répéter dans les médias qu’il est urgent de réformer (enfin) ce pays de feignants et d’assistés qui vit (vraiment) au-dessus de ses moyens"…

"Vive la crise"… Dans son dernier essai, Sébastien Fontenelle n’y va pas avec le dos de la cuillère. La Crise ? Depuis les années 2000, la presse dominante n’a cessé de nous en rebattre les oreilles, martelant jour après jour le même message à la teneur si indigente, ne cessant de travailler, jour après jour, à "la fabrication du consentement", selon la très pertinente formule de Noam Chomsky. Une mise en condition sans précédent de l’opinion, pour une totale soumission au dogme libéral.

La révision générale des politiques publiques, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, la destruction de l’Administration française, de l’école française, des hôpitaux français, de la santé française, des transports français, de l’emploi français, de la Justice française, tout cela au nom de la crise, voilà qui fait beaucoup en effet, beaucoup a avaler et que nous n’aurions jamais avalé sans l’aide de médias stipendiés.

Certes, aucun doute sur le sujet, tout cela auquel ajouter les somptueux cadeaux fiscaux aux plus riches, cadeaux qui ont littéralement ruiné le pays, l’orientation éhontée de la dépense publique au service des mêmes plus riches, la confection de conditions de vie toujours plus précaires et plus difficiles pour les salariés, aucun doute, c’est bien à Nicolas Sarkozy que nous le devons, qui n’aura cessé de voler dans la poche des pauvres pendant cinq longues années.

Cela dit, il nous faut tout de même affronter notre histoire dans toute son étendue, et c’est ce à quoi se livre Fontenelle, décortiquant avec intelligence et un rien d’exaspération, la presse française qui, depuis plus de vingt ans, n’a cessé de marteler ses fumeux mots d’ordre pour nous faire avaler la pilule. De l’emploi du mot "tabou" -entendez par là tout ce qui va contre l’idéologie dominante d’exploitation éhontée des classes populaires-, jusqu’au "modèle social" estampillé pour l’occasion "français" pour mieux en dénoncer l’exception, en passant par "l’assistanat" salarié, tout y passe, d’un vocabulaire que nous n’avons cessé d‘entendre sinon de faire nôtre, au point de n’être plus jamais troublés par ses usages quotidiens pilonnés à longueur de journée par une journaille vendue à la cause néo-libérale.

La novlangue des élites est édifiante, qui a fait du progrès la désignation exactement contraire à son sens originel. Et quant aux "nécessaires réformes", elles ont fini par signer les pires reculs anti-sociaux jamais enregistrés dans l’histoire française. Des procédés langagiers dont on sait trop bien à quelle histoire les imputer. La crise ? Le mot était magique, il est devenu notre pain quotidien. Et c’est là que le bât blesse : une génération de clercs de médias s’est agrippée à ce vocable. Une génération arc-boutée sur ses privilèges, une génération, comme l’écrit si justement Fontenelle, qui s’est transformée en fan club de l’exploitation de l’homme par l’homme, depuis le Figaro, certes, mais jusqu’à Libé. Car à lire de près les articles des années 80 que Fontenelle déterre, un sentiment de nausée nous envahit sur le rôle joué dans cette funeste comédie par des acteurs sociaux issus de l’ex-gauchisme à la française, devenus des patrons de presse comme les autres. "Vive la crise", c’était précisément le titre d’un éditorial de Serge July en 1983, servant avant l’heure la soupe aux grands patrons, Laurent Joffrin en chien-chien jappant à ses côtés la même sérénade indigeste. Il faudra bien alors, tout de même, nous en poser la question si l’on veut un vrai changement. Ce n’est pas le moment, me direz-vous, de le mettre en péril par ces rappels intempestifs d’une époque révolue où la deuxième droite affublée de son nez rose, selon la moqueuse expression de Jean-Pierre Garnier (1986) accourut au service d’une classe politique convaincue que l’avenir de la France c’était l’entreprise, sinon la Finance, et non ces travailleurs qui l’avaient portée au pouvoir. Et cette histoire de l’ancrage du pouvoir médiatique dans le pouvoir politique devra elle aussi être ré-évaluée, si nous ne voulons pas d’un changement en trompe-l’œil. Le score atteint par Mélanchon dans les sondages en témoigne, qu’on aime ou non le personnage. Ce score témoigne d’une exigence plus grande qui se fait jour. Alors le changement ? Les forces sociales y sont prêtes. N’en ratons pas l’opportunité.

 

Vive la crise, Sébastien Fontenelle, édition du seuil, mars 2012, 184 pages, 14,50 euros, isbn : 9782021057713.

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 04:45

 

droits-pauvrete.jpgL’Impossible publie un long extrait d’une lettre ouverte de Nadia Mokaddem, écrite le 19 février 2012. Lettre ouverte adressée "à tous ceux qui estiment qu’avec 456 euros par mois nous parasiterions la société française". On se rappelle l’impudence du candidat sortant, proposant un referendum sur le chômage. Comme si les chômeurs étaient responsables de leur situation, quand Pôle emploi demeure en panne depuis sa création. Mutique. Ne proposant jamais rien. Sinon punir, dénoncer, fliquer. Pas le moindre stage, pas la moindre formation, pas le moindre emploi, pas le moindre remplacement. Nadia n’a pas reçu la moindre proposition de Pôle Emploi en quatre longues années de chômage. Déchirée. Epuisée. Quatre longues années sans emploi. Professeure, jadis. Avant de se voir licenciée, jetée à la rue, et puis le Rmi, et puis le Rsa. Tandis qu’elle ne baissait pas les bras, cherchait, cherchait cet emploi que Pôle emploi ne savait pas lui trouver. Rien. Pas le moindre travail à l’horizon d’une société française détruisant toujours plus d'emplois. Du travail ils ont fait table rase. Alors elle s’est reconvertie. Seule. Sans l’aide de Pôle Emploi. Il faut lire ce témoignage pour comprendre le scandale des propositions de Sarkozy. Intermittente ensuite. Et puis de nouveau plus rien. Naufragée du travailler plus. Une femme à la rue. Abîmée.

A ceux qui savent, trop nombreux, ce que c’est que la crise à répétition depuis plus de vingt ans, Nadia dédie sa Lettre. Fatiguée. Lessivée. Son balluchon de précarité sur le dos. Trop diplômée lui affirmait-on sans rire. De petits plans en petits plans. Survivre. Sans l’aide de Pôle emploi. Il faut lire son témoignage pour comprendre le scandale dans lequel nous enferme une droite qui n’a cessé de faillir. 456 euros de mina social. Et encore, obtenus à l’arrache, après des mois de galère, sans le moindre centime pour survivre le temps de remplir les dossiers administratifs, car Pôle Emploi a oublié de penser que l’on devait vivre en attendant son RSA. Une femme seule. Effondrée. Assommée sur le faux parquet d’un appartement vide : elle a tout vendu pour survivre. 40 ans. Et la CAF qui renvoie à Pôle Emploi qui renvoie à la CAF… En attendant, elle ne mange plus. Elle ne dort plus. Elle ne se chauffe plus. Novembre est terrible, janvier sera pire. Diplômée de troisième cycle. Sonder le web pour trouver un emploi qui n’existe pas. Noël. Là-bas, la fête. Il faut lire ce témoignage pour comprendre l’énormité du scandale du discours de Sarkozy ! Et toute honte bue, la vindicte de l’assistante sociale relayant les mêmes préjugés : "Quand on vient d’un milieu comme le vôtre, on ne s’obstine pas à faire un troisième cycle" !!! Un DEA de langue et civilisation allemande. L’Allemagne, le modèle cher à Sarko. Il faut lire ce témoignage pour comprendre l’insupportable de son discours ! --joël jégouzo--.

 

  

L’Impossible, n°1, février 2012, 5 euros, mensuel, 128 pages, en Kiosque depuis le 15 mars, en librairie depuis le 22 mars 2012.

http://www.limpossible.fr/001/index.php

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 07:01

 

L'impossibleL’Impossible est un journal. D’un autre genre, cela va sans dire. Un journal pour tout dire impossible, qui prétend marier la qualité à la profondeur, réinventée tout juste vingt ans après l’expérience de L’Autre Journal, qui devait tant à Deleuze.

Un journal en forme de manifeste, bien au delà de sa première livraison au demeurant, par nature, programmatique.

Un journal qui invite ses contributeurs, écrivains, personnalités de la culture, rédacteurs occasionnels, à creuser, creuser sans cesse sans jamais se défaire d’une exigence d’écriture portée à l’improbable des temps neurasthéniques que nous venons de traverser. Tout l’inverse de ce qui se pratique aujourd’hui en France, où la superficialité s'apprête d’une trivialité sans nom. Une utopie donc. Invitant à la création d’une communauté de lecteurs et d’auteurs. D’une communauté engagée dans un travail de réflexion et d’écriture sur ce qui fonde et le sens de notre vivre aujourd’hui, et les raisons d’en désespérer. Des hommes, des femmes, qui se promettraient de repenser nos droits et tous les droits, de ceux des glaciers à ceux des animaux, des minorités à ceux des citoyens de seconde zone. Des hommes, des femmes, qui ne détesteraient rien tant que la lourdeur de notre monde à simplement exister. Des hommes, des femmes, qui ne renonceraient ni à l’intime de leur vie, ni à l’universel de leur être. Des citoyens qu’une impossible jeunesse tarauderait. Ardente contre la banalité du Mal et contre le temps qui passe et ce pire qui nous dévaste, ce peu de choix qu’on nous laisse. Il s’agirait donc d’élargir l’offre des possibles aux frontières de cet impossible que de sots dirigeants nous assignent. Et en parler entre nous pour briser l’entre-nous qui nous assassine.

Les temps sont impossibles. The time is out of joint, affirmait Hamlet. C’est cela. Oui. Il faut dégonder les portes de ces temps assassins. Devenons impossibles ! Rendons-leur la vie impossible à notre tour, jamais rassasiés d’égalité, de liberté, de justice, jamais vaincus, pas du tout prêts à déposer nos possibles à leurs pieds. Qu’un secret mot d’ordre nous habite : rentrons en politique, notre destin. Ne respectons plus les puissants de ce monde, n’interrogeons plus les experts, palabrons ! --joël jégouzo--.

  

 

L’Impossible, n°1, février 2012, 5 euros, mesnuel, 128 pages, en Kiosque depuis le 15 mars, en librairie depuis le 22 mars 2012.

http://www.limpossible.fr/001/index.php

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