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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 07:33

Toscane-fevrier-2011--133-.JPGIl va d’un pas nonchalant.

J’ignore à quoi il pense, s’il rêve ou réfléchit, s’il songe seulement.

Il est l’être que les villes ont oublié, sa voguante filant un océan bleuté sous la brume qui repose.

J’ignore si la marche est un art, s’il en est le plus grand.

J’ignore si la terre s’arrête au bout de son périple. Il marche, libre et contingent, dans cet espace à l’abandon que les villes toscanes savent si bien ménager.

La tête va avec les pieds, écrivait Rousseau. Il marche peut-être pour penser mieux, ou reprendre pied dans l’architecture fragile de la raison.

  

Sur quoi peut-on formuler des pensées ?

 

Il marche. Simplement. Péripatéticien.

(Lorsqu’Aristote voulut ouvrir son Lycée, Athènes lui confia un terrain de colonnades qui conduisait au temple d’Apollon ou au sanctuaire des Muses, on ne sait plus trop. Cette promenade (peripatos) donna le nom à son école.)

Il est une sorte de rhapsode.

Colporteur, rhéteur, poète itinérant, poursuivant le lignage de la société des voyageurs, médecins, troubadours, philosophes. (Aristote marchait ses cours, croit-on savoir. Wittgenstein déambulait dans la chambre de Russel, Rousseau sur la route de Vincennes). Promeneur dans le monde, parcourant ses pensées, leur donnant corps dans cette attention flottante que la rue féconde. Il marche serein, apaisé. Quel est donc ce bonheur auquel il sait accéder ?



dante.jpgJe le suis volontiers, joueur d’accordéon ébahi par le spectacle des lapins qui s’ébattent sur les berges de l’Arno.

Il marche, le pas glissé dans l’ici de son corps, jamais aussi présent que dans l’inaccoutumé d’une ville étrangère, dans ce soleil d’avant huit heures, le Ponte Vecchio irradiant au loin sa présence sculpturale. Il n’est en quête de rien, même s’il s’en va au point exact du rendez-vous de Dante avec le regard de Béatrice : lui, en revient. On le devine au rythme de son pas, à cette quiétude qui l’habite, au ravissement qui le consacre.

 

Il est l’être que les villes ont oublié : l’Incarné.

(Qu’on n’aille pas trop vite dans la besogne du sacré. Ce dernier repose dans la matière, pas ailleurs. Le sacré est excendant à la matière, non transcendant. excendant, selon ce beau concept forgé par Emmanuel Lévinas, jeune, abandonné tout aussitôt par lui, réalisant soudain le lièvre qu’il levait. Le sacré est dans la matière, le corps en est le registre).

Il déambule, souverain, dans un palais de mémoire que je ne connais pas. Non pas l’allée au fond du jardin, l’ombre ou le couvert. Il marche, habille son corps d’un rythme rêveur dans l’odyssée de l’ici, se plaisant à cette rue, dépouillé de soi, anonyme, cheminant, à revêtir un peu, je le vois bien, le corps et la pensée des autres au gré de ses rencontres, un battement d’ailes (immense) délivré du fardeau d’explorer les contrées médiocres où l’on disparaît si souvent.

Passant inconnu, il est la rue affranchie de ses dépouilles successives. Poète épicurien épris d’un quai, ouvert au fugitif de l’infini.

La ville avait gardé ses allures de cité renaissante. Il avançait, devenait l'espoir jeté dans le chaos du monde. On sentait l'abandonner l'envie d'aller ailleurs : il était là. Et la richesse de la ville tenait toute à l'étendue de sa rêverie. --joël jégouzo--.

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 10:25

couv.jpgOn ne sait pas. On ne saura jamais. Jamais vraiment ce qui, dans la malle, se prête ou se refuse.

Souriante, et pourtant si souvent dans la malle, elle non plus ne comprend pas. Ils vont, viennent. Reviennent. Peut-être l’un d’entre eux seulement ? Ils reviennent, parlent, toujours les mêmes mots. Lui parlent-ils vraiment ? Toujours les mêmes questions. Insistantes. Les mêmes frustrations à rater l’autre ou l’enfermer dans un désir qui n’est pas le sien. Ils vont et viennent, ou bien l’un seulement. Ses désirs en ordre. Organisant la ronde d’un vivre singulier, singulièrement rapporté dans ce monde des objets minuscules enfermés dans la malle, où l’on voudrait faire entrer des événements plus vastes, des rêves plus grands, des sentiments plus forts. Partagés. Rien n’existerait-il donc vraiment qui fût autrement possible ? Ou bien il ne s’agirait que de bricoler de nouvelles possibilités de vivre avec le peu qui nous est donné -corps, bras, chaise.

Elle, toujours sous le regard, sous ce regard qui examine, scrute, évalue et dans un éclair, arrange, accommode, abandonnant des indices ça et là, dans la pure fiction de son être, littéralement déraisonné.

Il faut reprendre, certainement. Toujours. Depuis celui qui sautille derrière les autres peut-être. Celui qui ne cesse d’avoir de nouvelles idées. Même si parfois, c’est la même. Et acquiescer à ces volontés infimes et despotiques. Le terrible pourrait d’ailleurs naître de cet acquiescement. Restitué en mots anodins au cœur d’un récit auquel on ne prend pas garde. De quoi s’agit-il donc ? Dans l’ambiguïté d’un texte mené de bout en bout avec une circonspection sans pareille, le lecteur piégé au pire sans en avoir l’air, à quelque horrible et divertissant intervalle, n’entrevoyant que ce qui arrive, sans savoir d’où cela vient. Juste cette énonciation parée d’aucun jugement. Comme un récit empli d’un vide qui avance prudemment, dévoilant des gestes obscurs, inquiétants, n’était la narratrice résolue à l’insouciance. Pourtant le monde des objets, lui, dispose ses indices : la malle où parfois elle est enfermée. Elle ne peut se refermer toute seule. Le récit disperse du coup un temps son propre régime auctorial, l’instance narratrice se met à flotter, cherche son point d’ancrage, croit le trouver dans cette sorte de bon sens en tiers lecture, s’en détourne dans la mise en scène d’une pulsion scopique où la considérer, elle, devenue soudain objet de son propre récit. --joël jégouzo--.



Pascale petit, LES CÔTéS CACHéS, Action Poétique éditions, coll. BIPVAL, janvier 2011, 64 pages, 11 euros, ean : 978-2854-631975.

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 07:36

Toscane février 2011«L’homme est un poème que l’Être a commencé.»

(Martin Heidegger)

 

 

 

 

  

Je voulais arriver à Florence par là, un dimanche, avant six heures du matin.

Sentir le froid piquant de l’hiver florentin, apercevoir la ville au loin et longer les berges de l’Arno.

Je voulais marcher, recouvrer la ritournelle du regard qui tourne et se détourne, le même objet à l’œil rêveur il y a deux ans déjà, l’Arno au bas des jardins écoulant une onde modeste, et m’étonner des berges en terrains vagues poussant jusque dans la ville leur réconfortant naturel.

Je les explorais du regard, curieusement sauvages, l’attention qu’elles offraient irradiant la présence affectueuse de l’Arno, le fleuve comme en lui-même, point de mire où atteindre l’objet que l’on croit être, dans l’effort de voir ce qui au dehors se laisse éprouver, en somme.

Dante s’aventurait près du Ponte Vecchio à prendre l’exacte mesure de Béatrice. Au présent de leur rencontre qui venait comme un cours naturel, comme un temps qui demeure ne s’écoule ni ne change tandis que l’Arno, dans ce style temporel du monde où le temps ne demeure que parce que le passé nous redevient un ancien avenir, je cherchais sans le trouver celui de Béatrice, non comme image de sa fuite inexorable mais ressurgi du séjour où son regard avait croisé celui de Dante.

Toscane-fevrier-2011--100-.JPGLe jour montait, je renaissais au spectacle pourtant très anodin qui s’offrait, saisi d’étonnement sans parvenir à comprendre ce que ces berges ébouriffées ouvraient en moi. Qu’on s’imagine l’Arno, ses berges veloutées. Qu’on s’imagine un fleuve sans majesté, une rivière presque, s’en allant porter les rumeurs couvertes de toits de tuile des innombrables œuvres dressées dans les rues de la ville, immortelles, apaisées au jour qui se levait, le doux sommeil des hommes achevé dans le pressentiment des choses sensibles : la nature, divinement présente sous le corridor de Vasari et se passant de tout discours, jusqu’à suspendre le mien dans cette énigme du pur jaillissement d’une motte de terre accrochée par un rai de soleil et de ces quelques chemins durcis par le givre à deux pas du courant. J’étais dehors, à l’affût de l’aube tel un Thoreau, au guet de la nature dans cette ville infiniment érudite. Abasourdi, inspectant la bruine qui tombait à présent, arpentant ces layons au ras des berges, sur la piste d’un chat, d’une tourterelle empressée dans le ciel de Toscane, me tenant sur la ligne de rencontre de ces éternités fragiles, dans ce lieu presque originel des berges de l’Arno où rôde en secret l’être que les villes ont oublié, et qui se promène sans nom dans l’éclaircie des rencontres qui le font advenir.

Toscane février 2011 (69)Qu’est-ce donc, ce que le promeneur florentin croit pouvoir recouvrer ? Des poètes, des peintres, qu’attendre dans le silence de l’aube éclairé d’un ciel peu à peu descendu, comme on le dit au théâtre des cintres où les machineries usent les textes jusqu’à leur corde ? Elle abordait, l’heure marquée de l’énigmatique dialogue avec soi, exposée aux variations chaotiques du flux de l’Arno redessinant sans cesse les rives et les fonds de son lit. Tout le Paradis de Dante est hanté par l’impossibilité d’écrire le Paradis. Mais la concorde qui régit les âmes sauvées exhale de désir, du tourbillon dans cet ailleurs du monde que les berges de l’Arno circonscrivent comme l’essence même de la beauté.Les berges de l'Arno, où commencer à l’Être.joël jégouzo--.

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 10:39

amato.jpgUn court essai, percutent, pertinent, passionnant et d’une richesse intellectuelle peu commune. Pierrandrea Amato s’empare ici d’un sujet plus difficile qu’il n’y paraît, qu’il thématise en virtuose, multipliant ses lectures pour en féconder l’événement et nous inciter à en poursuivre la route, débusquant des textes incroyables pour nourrir cette réflexion, comme celui du jeune Lévinas croisant déjà le fer dans les années 30 avec Heidegger, ou ceux du dernier Foucault, magistral. Un sujet qu’il thématise plus qu’il ne théorise : une théorie de la révolte serait aussi stupide que factice. Le tout dans une écriture volontiers aphoristique plutôt qu’analytique, serrant ainsi au plus près le sens qu’elle ose débusquer. Car il ne s’agit pas de penser la révolte dans une quelconque limpidité conceptuelle, mais bien au contraire dans l’impureté d’une praxis qu’aucune théorie ne saurait réduire.

Saisir donc l’homme révolté non à la manière d’un Camus le recroquevillant dans son for intérieur pour le constituer dans le camp des élites, qui cultivent leur révolte au nom d’une vérité de l’être enroulée au décorum de l’amour et de la fraternité. Ici, la révolte est saisie dans un limon plus rogue, pour donner à voir des qualités humaines fondamentalement indéterminées. Indétermination qui en fonde la valeur même, et la nécessité.

Avec intelligence, Amato replace ainsi la contingence de la révolte dans un cadre plus séminal. L’Homo sapiens, affirme-t-il, est un homme séditieux, dotée d’une épaisseur qui ne peut s’énoncer qu’en tant qu’être-pour-la-révolte. "La vie n’est que le nom d’un travail d’autocritique constante", l’identité de l’homme ne se forgeant que de ce qui ébranle son identité, si bien que le rapport de l’homme au temps ne peut être que celui d’un inadapté : la "révolte doit être considérée comme une contingence fondamentale, comme le fait même d’être au monde". Et de convoquer la paléoanthropologie contemporaine qui nous révèle que "toute systématisation définitive de sa nature est étrangère à l’homo sapiens." Changements et discontinuités formant sa règle, il paraît ainsi impossible de définir une fois pour toute ne serait-ce que sa désignation biologique : l’homme ne cesse de "connaître un glissement perpétuel et tangible hors de soi", il s’hybride, au niveau même de sa réalité naturelle. Or c’est la révolte qui, puissamment, "rassemble de manière plastique l’altérité du vivant par rapport à lui-même", instruisant une infidélité coupant court à l’apparence de stabilité des structures de ce vivant. De sorte que ce qui doit définir l’homme, c’est justement son indétermination, non son identité.

Ô combien l’idée est forte aujourd’hui, quand notre destin inéluctable s’énonce brutalement comme celui de la situation immonde du monde contemporain. Politique alors, la révolte ? Certes, mais pas à la manière que le voudraient les politiques, avec leurs appels incessants à l’assagissement des révoltes et leur achèvement, comme on l’entend ici et là à propos de ce formidable Printemps des peuples arabes, au sein desquels l’énigme de la révolte se livre pleinement à nos yeux. Car la révolte est rétive, et comme une lame de fond, ce dont elle prend acte n’est rien moins que la mort politique de l’Etat et de sa grammaire juridique. Indicible, indécidable, la révolte n’est pas la révolution, ni la volonté d’instaurer une nouvelle autorité politique : la révolte ne vise pas le pouvoir, elle s’offre comme le lieu de résistance de la vie. Ce n’est pas le malaise économique qui la fonde entièrement, ce n’est pas le fait que d’immenses territoires soient dévastés par le chômage, c’est le fait que la vie ne peut se confondre avec le simple fait d’être en vie. "C’est la situation inquiète de l’humain, en tant que tel, qui (porte à la révolte) : jeté dans (ce) monde (immonde), (l’homme se) montre néanmoins capable d’ébranler (la destinée qu’on veut lui faire)". Une revendication dont la force intrinsèque dissout le régime de la peur, brise le piège de la douleur, de la souffrance, et c’est pourquoi la révolte échappe aux représentations politiques ordinaires, qui veulent toujours trop tôt lui assigner des raisons et des fins. Mais la révolte est une cause sans raison ni finalité. A l’improviste, elle déchire les consensus. Elle est un geste fauve qui refuse la domestication de l’être humain et bouscule ces espaces où d’ordinaire il ne se passe rien. "Dans la révolte, nous dit Amato, on a affaire à un mouvement qui esquive toute énonciation et toute revendication, tout en posant, sans aucune médiation linguistique, le problème de la situation catastrophique où la vie est généralement jetée." Car le pressentiment qui s’y fait jour est celui de l’intolérable du monde. Car l’espoir qui s’y fait jour est celui de créer un monde où résister.

Ce qui est en jeu aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, c’est l’idée même de la politique "comme projet de modification de ce qui est". Contre la peine de la pauvreté à laquelle le plus grand nombre est condamné, contre une existence gouvernée par l’indigence, tout geste de révolte apparaît comme un acte qui se dresse contre la Vérité du Marché ou la mystique des élections. Nous sommes face à une guerre absolue, affirme Amato. Je veux bien le croire et avec lui, relever les traces, les indices qui, demain, nous permettront de faire face et de conceptualiser la révolte comme notre seul destin possible.joël jégouzo--.

Pierrandrea Amato, La révolte, éditions Lignes, février 2011, traduit de l’italien p ar Luca Salza, 110 pages, 14 euros, ean : 9782355260643.

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 08:14

world-report.jpgHuman Rigths Watch vient de publier son rapport en janvier 2011. Un rapport de 650 pages, le 21ème du genre, bilan annuel de l’organisation sur la situation des droits humains à travers le monde. Une situation particulièrement dégradée au cours de l’année 2009, dont la dégradation s’est poursuivie, littéralement, avec la complicité des chancelleries européennes, qui ont entre-temps mis simplement au point une stratégie de communication visant à masquer leur inaction aux yeux de leurs opinions publiques, voire à dissimuler l’aide objective qu’elles apportaient aux gouvernements les plus répressifs. Les mécanismes sont à ce niveau fort simples, de l’étonnement joué de Nicolas Sarkozy sur la situation du Peuple Tunisien, aux avions de Mam assortie de sa volonté d’aider le clan Ben Ali à parfaire sa répression, en passant par l’octroi de fonds alloués sans contrepartie, voire au silence devant le détournement éhonté, comme ce fut le cas en Tunisie, de sommes importantes allouées par l’UE aux ONG tunisiennes travaillant sur le terrain. Des sommes qu’elles ne virent bien sûr jamais parvenir sur leurs comptes, puisqu’elles filaient aussitôt sur ceux du clan Ben Ali, dans la plus parfaite transparence si l’on dire, sans qu’aucune chancellerie européenne n’y trouvât à redire…

Cette stratégie de communication, toujours en vigueur aujourd’hui, est décrite ici avec beaucoup de précision. Déclarations routinières en faveur du "dialogue" et de la "coopération", elle donne à penser qu’en agissant discrètement et subtilement, on finira par avoir raison de l'oppression... Dans la réalité, l’inaction en matière de droits humains, érigés au rang de vertu dans le cadre d’un invraisemblable "dialogue constructif", ne sert que les tyrans, observe Kenneth Roth, le directeur exécutif de Human Rigths Watch. Car dans le même temps, ce silence permet aux chefs d’État autoritaires de mener leurs politiques d’injustice sans compromettre leur capacité à s’enrichir et à enrichir leurs amis…

Or les pressions internationales peuvent changer la donne. On le voit pour l’Egypte aujourd’hui, "autour de laquelle le silence assourdissant de l’Europe est littéralement un crime", observe à juste titre Kenneth Roth.

Subordonner une aide, militaire ou budgétaire, à la condamnation des exactions, imposer des sanctions ciblées visant les personnes responsables de ces exactions, on le sait, plus la pression publique s’accroît, plus elle permet de diminuer les risques d’exaction sur le terrain. Tous les gouvernements ont pour devoir d’exercer ce type de pression. Mais on le voit, décidément, cette Europe n’est pas la nôtre !joël jégouzo--.

 

En couverture du Rapport mondial 2011 de Human Rights Watch, le visage d'un ancien prisonnier politique birman actuellement réfugié en Thaïlande.

http://www.hrw.org/fr/news/2011/01/24/rapport-mondial-de-nombreux-gouvernements-sont-trop-complaisants-l-gard-des-gouverne
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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 13:57

le-collier.jpgDans sa réflexion sur le caractère indépassable mais parfaitement impraticable du capitalisme, Hakim Bey proposait des pistes de résistance. Parmi ces pistes, l’amitié érotique, comme d’un espace qu’il serait possible de soustraire aux passions tristes d’une société qui a fini par nous donner le goût de nos défaites. Défaites devant la vie, nos vies en tout premier lieu, résolues en quelques accords conclus à court d’histoire.

Défaites masquées par de pitoyables contorsions, au rang desquelles, étonnamment, radicalement, à contresens de tout ce qui se pense aujourd’hui, Hakim Bey place l’ambition artistique, le devoir artistique pourrions-nous dire, tel que la société du spectacle, avide de créativité, nous l’a prescrit. Tous originaux, singuliers, à battre des deux mains devant des œuvres trop bien ficelées pour être dérangeantes, ne soyons plus en rien originaux, conseille Hakim Bey. Désertons l’art et son spectacle flatteur. Ne jouons plus aux subjectivités radicales, refusons d’être artistes, que notre désir ne nous revienne plus dans la figure sous les traits d’une vulgaire marchandise ! Et si pour réussir il faut «être vu», cachons-nous : «le vrai plaisir est plus dangereux que le braquage d’une banque !».

C’est dans le cadre d’une pareille stratégie de recouvrement de soi qu’il faut tenter de comprendre ce que Hakim Bey veut nous signifier quand il évoque cette fameuse amitié érotique comme seule alternative aux passions tristes.

Refuser l’obsession de l’amour, cette romance obligée où chacun écume toujours trop à la hâte ses désirs.

Avec une érudition implacable, Hakim Bey reconstruit en quelques pages toute l’histoire du sentiment de romance, tel qu’il nous est revenu du lointain monde musulman par les Croisades. Déformé évidemment, perverti. Et nous livre au passage des notes somptueuses sur le soufisme et la manière dont il érotisa la littérature sentimentale, ouvrant une vraie tension irrésolue en le désir et sa satisfaction. Il montre avec talent comment l’amour romantique s’est ensuite emparé de cette tension pour reconstruire tout autre chose sur les décombres du seul désir insatisfait, creusant sous nos pieds la tombe de la séparation plutôt que de l’union, qui ouvre à cette langueur amoureuse où consumer nos temps. Une langueur qui, justement, a fourni le genre de cette convention envahissante : la romance. Une convention délestant notre héritage musulman du mystère de la sublimation, en rien réductible à cette seule langueur exaspérée de la romance.

Il nous rappelle alors avec force que dans la tradition musulmane, le désir fut construit en dehors des catégories de la reproduction, pour trouver à se libérer et libérer du même coup mille objets possibles. Et piste ensuite comment, en Occident, s’est fabriquée l’idée selon laquelle l’esprit et la chair devaient occuper des positions antithétiques, idée réinscrite à l’intérieur même de l’intuition musulmane de la nécessité d’exaspérer nos sens en les articulant à l’exaltation de l’émotion qui repousse, mais pas indéfiniment, le moment de la satisfaction pour en creuser l'appétit –et au passage, permet d’accéder à une conscience non ordinaire.

collier-colombe.jpgHakim Bey retrace pour nous en quelques lignes toute la bibliothèque du désir libertin, de l’Iran aux troubadours occitans, via les Croisades, voyageant jusqu’à la Vita Nuova de Dante, doctrine de la sublime chasteté qui conduisit maints amoureux au bord de l’abîme. Revenant à son sujet, il analyse enfin ce qu’est devenu le sentiment amoureux sous le joug de l’esprit du capitalisme, au sein duquel l’être aimé est symboliquement une marchandise parfaite, dont nul jamais n’est parvenu à jouir. Car en retirant le plaisir du désir, le capitalisme a inoculé du désespoir dans la relation amoureuse. Il y eut bien certes des stratégies menées pour lutter contre les impasses de l’amour dans le monde occidental, comme celle des Surréalistes, tentant de combiner la sublimation musulmane à l’appétence tantrique de consommation de la jouissance. Mais elles furent bien vite repliées sur la romance.

Il faut autre chose aujourd’hui, affirme Hakim Bey. Parce que «l’amour romantique est une maladie de l’ego et de sa relation à la propriété» (Mackay). Parce que nous crevons de si mal aimer aimer. Il faut, affirme Hakim Bey, substituer à cette conception de l’amour celle de l’amitié érotique, libre de toute relation de propriété, fondée sur la générosité et non la langueur. L’amitié érotique comme amour entre égaux autonomes, dans l’union libre, voire, à ses yeux, dans cette stratégie pourtant souvent pitoyable mise en place par l’homme contemporain : l’adultère, où éprouver un peu de gratuité dans sa vie sentimentale et sexuelle… Car l’héritage de la langueur est devenu autodestructeur. Pour autant, avec prudence, Hakim Bey réfléchit évidemment aux dérives d’une amitié érotique qui ne s’inscrirait en définitive que dans sa seule énonciation dionysiaque, où le plaisir n’aurait d’autre finalité que le plaisir. Il y introduit un zeste d’éros apollinien : jouir de la séparation comme ajournement de l’union,où viser encore le désir dans le plaisir et non sa seule satisfaction, pour éprouver ces états non ordinaires depuis lesquels, seulement, l’être peut surgir à lui-même, faire surrection, advenir. Loin de cette langueur qui ouvre pourtant bien elle aussi à un état mystique qui n’a besoin que d’un soupçon de religion pour se cristalliser, réintégrer, commande-t-il, l’ordre du Bonheur comme une fête, où le plaisir ne peut, dès lors qu’on lui a donné cette place dans notre société, que revêtir une dimension festive, sinon insurrectionnelle ! --joël jégouzo--.

 

Zone interdite, de Hakim Bey, éd. De l’Herne, Collection : Carnets de l'Herne, traduit de l’américain par Sandra Guigonis, 80 pages, 5 janvier 2011, 9,50 euros, ISBN-13: 978-2851979292. 

Ibn Hazm 944-1064, Le Collier de la Colombe De l'amour et des amants), traduit de l’arabe par Gabriel Martinez-Gros, éditions Actes Sud, novembre 2009, 251 pages, 8, 50 euros, ean : 978-2-7427-8828-6.

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Published by texte critique - dans Amour - Amitié
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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 08:01

zone-interdite.jpgComment finira le Capitalisme ? La question peut paraître saugrenue, mais elle se pose, déjà, avec de plus en plus d’évidence, et de violence. Hakim Bey, le fondateur de la TAZ, se l’est posée dans ce petit opuscule brillant. Et sa réponse est pessimiste : il n’y aura pas de Révolution, mais un déchirement abominable, dans l’abandon de régions entières du monde, et des populations exténuées…

Ce n’est certes pas ce que l’on voudrait observer, ni ce que l’on peut observer avec ce formidable Printemps des Peuples Arabes qui vient à temps nous redonner de l’espoir. Peut-être n’est-il donc pas inéluctable, ce désastre mondialisé ? L’Histoire ne peut être attelée à aucune fin. Pourtant, quand l’archaïque refait surface dans notre univers mental sous la force de Lois iniques stigmatisant des populations entières (les Rroms), quand ce qui est en jeu n’est rien moins que "la gratuité du lieu humain pour faire échec au culte de la productivité", il y a de quoi, en effet, être effrayé.

Reste que l’on ne peut baisser les bras. Et si la Révolution ne peut être menée, du moins dans les pays occidentaux, s’il est exact que nous ne pourrons plus jamais reprendre le Pouvoir de leurs mains iniques, Hakim Bey nous propose encore cinq pistes de résistance pour survivre à ce désastre. Des pistes qui ouvrent même des espaces dans ces territoires non plus confisqués par le Pouvoir, mais qui demain ressembleront à des no man's land terrifiants, à bien des égards certes, offrant tout de même quelque répit de liberté. Voire des espaces nomades de libertés ponctuelles, soustraits provisoirement à leurs fonctions répressives à l’intérieur même de cette carte de l’oppression dessinée par nos inquisiteurs.

De ces cinq pistes, certaines pourront paraître modestes, sinon puériles, comme celle de la zone autonome périodique : migrer. A contresens tout de même, et symboliquement cela prend tout son poids, des doctrines racistes qui s’affichent ici et là. Défaire les clôtures, la déclosion du monde en gros, migrer, ne serait-ce que l’été, oui : jouir de cette formidable migration psychique des vacances d’été, à plein, dans un voyage non touristique, ou sans voyage du tout même, transhumer, vivre l’été des écoliers, l’été des libertés. Ouvrir des espaces provisoires, bricoler des lieux subvertis érotiquement, dans le désordre et le relâchement, sous la langueur d’août, l’oisiveté de juillet… Et puisque tout le monde est occupé : soyons immédiats ! Arrachons-nous aux fêtes idiotes, aux réunions débiles affirme avec santé ce dernier rejeton de la Beat Generation. Refusons le dandysme noir des ermites grincheux… Ni abnégation militante, ni le clone des valeurs New Age, ce qu’il faut d’abord dépasser, nous dit Hakim Bey, c’est "l’amère solitude qui caractérise la conscience du XXème siècle". Combattons donc l’isolement : rencontrons nos amis, conversons, pour rien, pour le seul plaisir de l’amitié. Peut-être alors parviendrons-nous à triompher de la plus pernicieuse des conspirations à l’œuvre dans notre société, qui travaille "à faire de nous le fantômes qui hante son propre cerveau"… Faisons juste un bout de chemin ensemble, un projet, un repas, un apéro : "Babylone se fait haine devant quiconque prend réellement plaisir à la vie". Arrachons-lui alors ce plaisir simple, au jour le jour !joël jégouzo--.

 

Zone interdite, de Hakim Bey, éd. De l’Herne, Collection : Carnets de l'Herne, traduit de l’américain par Sandra Guigonis, 80 pages, 5 janvier 2011, 9,50 euros, ISBN-13: 978-2851979292.

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Published by texte critique - dans Politique
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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 07:45

penser.jpg

Les éditions Amsterdam viennent de publier un recueil de textes compilés pour l’occasion en une somme partielle de ce qui se pense théoriquement à gauche, enfin, cette Gauche qui nous intéresse du moins…

Prenant acte de sa défaite après mai 68, sous la pression de la contre-révolution néo-libérale qui a fini par l’emporter jusque dans les rangs du socialisme de Pouvoir, une évidence s’est cependant fait jour ces derniers temps, c’est que le projet libéral craquait de toute part : anciennes colonies aujourd’hui à la pointe du combat révolutionnaire, paupérisations galopantes, dérèglements climatiques, épuisement des ressources naturelles, rien ne va plus.

Nous sommes à un tournant de notre histoire, commente très pertinemment l’éditeur. Comment ne pas le sentir en effet, avec la révolution de Jasmin, par exemple, ou la révolte du Peuple égyptien ? Mais il faut s’en convaincre à présent, changer de ton, pousser d’un cran l’indignation, car l’alternative est simple face aux périls qui s’imposent partout : il faut reconstruire le monde, économiquement, politiquement, idéologiquement, culturellement. Tout est à faire, maintenant ! L’exigence de pensée à laquelle nous devons faire face, on le voit, est énorme…

Pour nous y aider, "une constellation d’activistes, de penseurs, de militants", saisis dans un périmètre volontairement vague, tentant de réarmer la critique de gauche.

Penser à gauche tente ainsi de faire le point sur le débat qui s’est engagé depuis quelques petites années, pour en saisir la dynamique. Le recueil est conçu, de l’aveu de l’éditeur, comme "une boîte à outils" à l’usage de chacun. Il appartient donc à chacun de les mettre à l’épreuve, ces outils qui nous aideront à sortir de la nasse néolibérale. Et de la façon la plus urgente encore, car la démocratie ne survivra pas au néolibéralisme, comme l’étudie Christian Laval : elle est trop coûteuse, autant économiquement que politiquement. A retenir, parmi les interventions balayées, l’entretien accordé par Agamben d’où surgit l’idée forte, grave, que le Pacte de confiance entre les citoyens et les hommes politiques serait désormais rompu. Ou bien cette analyse d’Etienne Balibar, aux yeux de qui l’insurrection ne peut être pensée que comme une stratégie de civilité ! Ou encore Alain Badiou redoutant qu’avec l’arrivée au pouvoir de Sarkozy, la Gauche de Pouvoir ne se soit définitivement effondrée, sans espoir de retour… Dommage, cependant, que dans la redistribution des cartes idéologiques auxquelles l’arrivée de Sarkozy a procédé, ne soient mieux dénoncer les failles de la Gauche de Pouvoir, justement. Dommage enfin que le recueil n’ouvre pas, mais ce devrait sans doute être l’occasion d’une nouvelle publication, au même compendium de l’état politique des forces de gauche qui auront à charge nos lendemains. Et quant à la question pertinente posée par l’ouvrage : qu’est-ce qui est praticable dans l’ordre politique d’aujourd’hui ?, elle reste furieusement ouverte, au sens également où il faudra bien qu’une tactique électorale en rende compte. –joël jégouzo--.

 

Penser à gauche : Figures de la pensée critique aujourd'hui , éditions Amsterdam, Collection POCHES, 505 pages, 28 janvier 2011, ISBN-13: 978-2354800840.

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 12:17

etre-francais.jpgPatrick Weil publie un petit livre dans lequel, après mille autres, il régurgite les quatre piliers habituels de la nationalité française. Rien qu’on ne sache déjà :

  

1) L’égalité des Droits devant la Loi. Beau principe certes, auquel il faut tenir, mais insuffisant pour comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons et pour nous apporter des réponses circonstanciées. Prenons l’exemple des sous-citoyens que sont aujourd’hui les français des banlieues défavorisées, d’origines étrangères. Avec le sociologue Ahmed Boubeker, affirmons alors avec force que tant que la France refusera de regarder en face la dimension ethnique des inégalités sociales, elle ne pourra penser sérieusement son devenir et réfléchir dans toute son étendue cette question de l’égalité des droits devant la Loi. Le principe est bon, assurément et sans contradiction avec ce qui vient d’être dit précédemment. Mais l’exhiber sans en creuser les contenus ne sert à rien.

 

2) La langue française comme outil d’émancipation. Patrick Weil tient sur ce sujet des propos qui auraient beaucoup amusé les victimes de la Terreur, qui rendit obligatoire la langue française, quand il affirme par exemple que la France a traité "maternellement" les patois… Dans les années 1970, existait encore en France une mémoire rurale qui se rappelait les temps de son humiliation dans les écoles de la République au sujet de sa langue… Et sur cette même question, il y aurait plutôt urgence à réfléchir à la manière dont s’est opérée cette unité linguistique de la France !



3) La mémoire de la Révolution comme acte fondateur. Inquiétant… (j’y reviendrai).



4) La Laïcité enfin, tarte à la crème des politiques en panne de réflexion.



Certes, les assauts récents du gouvernement français contre ces quatre piliers feraient presque passer l’ouvrage pour révolutionnaire. A l’évidence, l’urgence en face de laquelle nous place l’état sarkozien intime de s’en remettre d’abord à l’exigence de souveraineté de l’individu, l’explicite de 89, impliquant le droit pour chacun de s’opposer aux abus de pouvoirs de l’État. La remise en question, de nos jours, du concept de société, traduit une régression sans précédent. Mais cette remise en cause est le fait des classes supérieures ! Des classes plus dominantes que jamais, qui achèvent leur sale boulot en affichant comme seule légitime leur culture, au sein de laquelle la figure du Peuple est devenue invisible. Que le siècle d’avant la Révolution, en outre, soit plus approprié pour rendre compte des rapports sociaux d’aujourd’hui ne trouble semble-t-il personne. Au point que cette fameuse mémoire de la Révolution devrait constituer encore et toujours notre horizon indépassable ! Or, depuis 1789, l’Etat n’est plus identique à la société et ne peut en conséquence la représenter. En référer ici à l’esprit de 1789 ne nous aidera en rien à comprendre comment fonctionne notre société contemporaine. Tentons plutôt d’en mesurer les conséquences : parce qu’il ne lui est plus identique, tout le problème depuis aura été celui de la limitation de son pouvoir. C’est en divisant ce pouvoir entre gouvernement et opposition qu’on a fini par le limiter convenablement. La vérité d’un état démocratique réside là : dans la nécessité d’un sommet contingent, labile. Cette déstabilisation fondatrice de la puissance suprême est l’essence même du caractère démocratique de nos sociétés, qui inclut dans le pouvoir politique la particularité de valeurs nécessairement opposées. De sorte que ce qui est fondamental, en politique, c’est la fonction d’opposition. Fonction que la Gauche de Pouvoir n’a pas joué, rappelons-lui, nous plongeant dans le cauchemar qui est le nôtre aujourd’hui, et risque encore de l’être bien après 2012, si la leçon n’est pas comprise.joël jégouzo--.



Etre français , Les quatre piliers de la nationalité, de Patrick Weil, éditions de l’Aube, janvier 2011, coll. Aube Poche, 40 pages, 5 euros, ean : 978-2-815901970.

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 08:22

cotta.jpgL’essai d’Alain Cotta n’est guère convaincant qui, à force de décrire l’oligarchie comme un principe "naturel" de tout Pouvoir en place, finit par ne plus savoir saisir les spécificités de la dérive que nous connaissons aujourd’hui. En outre, à trop vouloir faire de l’oligarchie un mode naturel de gouvernement, on finit par ne plus comprendre les exigences des démocraties, la perspective historique adoptée finissant par justifier un mode d’oppression transformé en fatalité de l’Histoire… Perspective des plus hasardeuses, qui ramène sur le même plan les événements dictatoriaux et les longues durées monarchiques, embrassant dans un même système d’interprétation des temporalités historiques très éloignées, voire des cultures, de Gengis Khan aux Etats-Unis d’Amérique du Nord… Le tout arrange une mise à plat anhistorique transformant laborieusement le modèle oligarchique en grille d’interprétation de l’Histoire…

L’ouvrage peine de fait à nous dire où il veut en venir, affirmant d’un côté que finalement nous assistons à une démocratisation relative de la très grande richesse (il y a plus de riches qu’il n’y en avait il y a cinquante ans), et de l’autre que les inégalités n’ont jamais été aussi fortes aujourd’hui.

Et c’est certainement le plus intéressant de l’ouvrage, que de réaliser, chiffres à l’appui, que depuis les années 2000, la croissance des inégalités dans le monde est sans précédent. Ralentie des années 20 aux années 70, grâce à des engagements politiques forts, sous l’impulsion de l’idéologie néolibérale et l’abandon des formes radicales de luttes, les inégalités non seulement se sont largement diffusées, mais n’ont jamais connu une aussi belle embellie. L’autre intérêt du livre est de montrer que cette crise qui plonge des pays entiers dans la misère a pour origine 5 familles américaines décidées à engranger des profits colossaux… Pour le reste, l’essai se fait attendre qui démontera méticuleusement le récent complot néolibéral initié contre les Peuples du monde avec la complicité d’une Gauche de Pouvoir stipendiée.--joël jégouzo--.

 

Le règne des oligarchies, de Alain Cotta, éd. Plon, 27 janvier 2011, 212 pages, 18 euros, ean : 9782259212885.

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