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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 12:15

Des-mules-et-des-hommesune-enfance-un-lieu.jpgEn tournant le dos au socialisme, il ne nous est resté en travers de la gorge qu’un mauvais avenir à déglutir, dont on mesure aujourd’hui combien chacun d’entre nous peine à l’avaler. Le communisme, la cause est entendue, n’aura débouché que sur le désarroi de masses flouées, la honte de leaders compromis ou la comédie du pouvoir, made in PS français. D’oublis en ajournements, nous avons fini par renoncer à construire une alternative au libéralisme économique. On a beaucoup écrit sur ces questions. Reste à explorer comment on en ressort, dans le champ romanesque par exemple, et pas n’importe lequel : celui du polar, qui fut en ces origines tellement soucieux de ces questions. De Mémoires d’un rouge aux Yeux de Lénine, des années de plomb au socialisme bougnat, ce qui se lit entre les lignes, c’est toujours, semble-t-il, un grand vide. Qu’est devenue la conscience politique ? Si le roman est —aussi—, le lieu où s’exprime, voire s’élabore une conscience du monde, ne doutons pas que le témoignage qu’il recèle n’en soit instructif. Prenez La Nausée, de Sartre. Un roman a priori aussi éloigné qu’il est possible de toute conscience politique. Soumettez-le à l’analyse sociologique : personnel de l’œuvre, lieux de l’action, etc. Vous y découvrirez une typologie des plus intéressantes, relevant du même populisme noir que l’univers de Céline. Même évacuée, voici donc qu’elle fait retour, cette conscience politique, comme inscrite en creux dans la trame romanesque. Qu’elle ne soit pas un objet littéraire affirmé importe peu : il subsiste toujours quelque chose du monde dans le romanesque. Ce qui importe, au fond, c’est d’en relever les traces. Une longue période vient de se clore, D’Howard Fast et ses Mémoires d’un Rouge témoignant de la fin de l’engagement politique prolétarien, à Cesare Battisti, ouvrant à quelque étrange déréliction, en passant par Les yeux de Lénine de Streiff, naturalisant la folie de Lénine, ou par le socialisme tribal d’un PS toujours à court d’histoire, ainsi que le décrit Serge Lesbre. Une longue période vient de se clore, marquée in fine par la thrillerisation du roman policier, toujours plus astucieux, rabotant toujours plus sa langue pour tourner au plus court, qu’il croit être un formel plus juste… Une longue période vient de se clore, qui voit émerger –trop peu encore- des écrivains qui savent prendre de nouveau en charge le romanesque et le politique (Adlène Meddi, La Prière du Maure, ou Atiq Rahimi, Maudit soir Dostoïevski, bien que dans des registres d’écriture différents, etc…). De ces écrivains qui savent faire autre chose que ficeler un roman. Reste à ouvrir une nouvelle période, que l’espoir articulerait, surgissant du seul vrai ailleurs qu’il nous soit utile d’explorer aujourd’hui : celui de cette France post-coloniale qui tarde à mobiliser son devenir… --joël  jégouzo--.

 

http://www.joel-jegouzo.com/article-memoires-d-un-rouge-de-howard-fast-50910184.html

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 09:35

peterbrook.jpgTémoin du parcours de Brook, Georges Banu nous livre un récit vibrant, plus sensible qu’intellectuel, sa vision de l’homme et de son œuvre dans le cadre du théâtre des Bouffes du Nord. L’ouvrage est composé de courts chapitres distribuant les catégories les plus pertinentes du travail de Brook : disparition, permanence, verticalité, etc. Des "phrases rayonnantes" au "théâtre du vide", le lecteur coutumier du metteur en scène trouve de quoi satisfaire sa curiosité, et le lecteur non familier de Brook en découvre la singularité, exprimée dans une langue claire. Une clarté qui tient sans doute au recul depuis lequel les techniques et les partis pris de ce théâtre peuvent désormais s’appréhender. Recul qui, toutefois, ouvre aujourd’hui à la compréhension des limites de ce travail. Des limites que l’on peut pointer dans le témoignage même de Banu, en particulier en ce qui concerne les Bouffes du Nord. Il est frappant en effet, de découvrir combien son discours est "daté", à leur propos. Pour Banu, cette architecture, pourtant savamment scénographiée par Brook, figure un lieu impur (au théâtre), structuré autour du vide. Or cette esthétique de la ruine ne nous apparaît-elle pas aujourd’hui comme, au contraire, surchargée de signes trop explicites ? Brook y a-t-il vraiment éviter le culte du monument ? Prenons aussi ses conceptions sur le travail de l’acteur. En tentant de lui substituer un modèle existentiel s’enracinant dans la vie de l’acteur, a-t-il réellement réussi à contrer la construction occidentale de la composition artistique "virtuose" du personnage ? --joël jégouzo--.

 

 

Peter Brook, de Timon d’Athènes à Hamlet de Georges Banu, Flammarion, septembre 2001, 338p., ISBN : 2082100537

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 09:21

 

gombro-theatre.jpgLa forme théâtrale ? "Perfide, répugnante, incommode, rigide et désuète"… (Gombrowicz)

 

Gombrowicz est entré il y a dix ans au répertoire de la Comédie Française. Sa pièce, Le Mariage, y fut en effet jouée du 26 avril au 8 juillet 2001, dans une mise en scène de Jacques Rosner. Quelle "gueule" ne lui fit-on pas alors, pour reprendre une expression qui lui était chère… Les lieux convenus de la culture rebutaient tant Gombrowicz ! Mais à bien y réfléchir, et parce qu’il s’était lui-même employé à en déconstruire les formes en s’appuyant justement sur ce qu’elles avaient de plus convenues, nul doute qu’il en aurait été le premier ravi. Tout de même, quelle trajectoire depuis la première représentation du Mariage en France, en 1964, par une jeune troupe furieuse dirigée par Lavelli ! Qu’on se rappelle le scandale et l’enthousiasme, des spectateurs survoltés, dans un décor de fin du monde, les plus grands intellectuels parisiens du moment convoquant soir après soir un public déchaîné pour décrypter la pièce ! Qu’on se rappelle Gombrowicz, intervenant lui-même dans le journal LeMonde pour remettre les pendules à l’heure, donnant de réjouissantes leçons à la critique française, y compris celle qui lui était favorable -"La critique n’a rien compris". Avec une rare précision, c’est quasiment pas à pas que Rita Gombrowicz révéla ensuite l’évolution de cette écriture théâtrale, et son spectacle. Cette précieuse et unique édition complète du théâtre de Gombrowicz parvient ainsi magistralement à nous restituer l’ampleur et le sens de son œuvre, non seulement dans sa vie d’écrivain, mais dans le théâtre tout court. Un travail éditorial des plus importants, qui rend justice à l’excellence d’une œuvre parfaitement singulière. --joël jégouzo--.

 

Théâtre de Gombrowicz, traduit du polonais par Constantin Jelenski, Joukou Chanska, Georges Sédir et Geneviève Serreau, édition établie et présentée par Rita Gombrowicz, éd. Gallimard, janvier 2001, n° 3423, 536 pages, ISBN : 2070414744.

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 06:58

L’absence d’image,

est au fondement de toutes les images et c’est précisément cette absence que l’on peut sans abus nommer expérience mystique de l’écriture.

La vie, elle, n’est pas visible, sinon dans une transparence autoritaire qu’aucune image ne saurait exprimer. Là commence le règne de la méditation, de l’expérience religieuse si l’on y tient : les écritures qui se détournent résolument des images, celles qui cherchent avec le plus de fermeté (ou de passivité) à s’emparer de ce qui se tient pour ainsi dire à l’orée ou derrière toute image, sont bien, en effet, celles des mystiques, qui s’imaginent qu’écrire, c’est porter atteinte à la structure ontologique du monde.

Rien donc,

le récit où rassembler l’un et l’autre,

fragments épars soudés bientôt part la magie du verbe en ce destin unique où le texte s’écrit.

Rien,

l’absence d’image ou plutôt,

un vide comme une place manquante, dans ce moment où une image pourrait surgir.

Il faut bien, du reste, que s’opère le retrait de l’essence, pour que l’image surgisse. --joël jégouzo--.

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 07:07

Satori.jpgBergson affirmait qu’on ne pouvait penser le rien que par négation d’une pensée affirmative de l’être, qu’on ne pouvait le penser qu’à partir du Tout, du plein, non comme substantif mais dans la forme grammaticale exclusive du verbe, comme producteur de vide, dé-créateur du sujet.

Il est étrange que dans les grands récits mystiques, cette soustraction apporte la plénitude.

(…)

Bras tendu au-dessus de la tête, de l’extrémité de l’arc quelque chose s’en va percer le ciel, tandis qu’à l’autre bout un fil de soie vibre. Du sein de ce devenir rien de l’archer, dont on ne sait d’ailleurs où il se trouve exactement dans ce dispositif pourtant fort simple, un événement a surgi comme un éclair, qui fonde en lui sa propre essence.

Le satori, ou l’art chevaleresque du tir à l’arc, s’offre comme oubli de soi où s’intégrer à l’événement qui surgit.

Etrange mouvement fondateur de la surrection : quelque chose arrive de rien, quelque chose advient et qui n’est pas sans faire écho à cet énigmatique moment du cogito cartésien, où le "je" fait surrection sur fond de panique et ne trouve à fonder son essence que dans ce mouvement de volte-face, sans parvenir jamais à s’assurer de lui-même, sinon dans l’instabilité de cette volte par où il a surgi.

Il court et se retourne, pris de panique… Est-ce abuser, de dire qu’il se retourne sur lui-même, quand justement il n’est pas (encore) lui-même ?

Et l’une et l’autre surrections n’organisent aucune durée : bientôt, de nouveau, rien.

Inlassablement, ce quelque chose qui a surgi doit surgir de nouveau pour être.

Il faut du moins retrouver les conditions de son surgissement, se reprendre au moment du lâcher prise, sans quoi seul le tumulte du chaos se fait entendre. --joël jégouzo--.

 

Sarrazine, n°6 : Rien. Sur les bords de l’échiquier – méditation de Joël Jégouzo sur la question du Rien.

http://www.sarrazine.com/node/16

http://www.sarrazine.com/node/16#bord

 

 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 09:27

modernite.jpgRacisme d’Etat : on fouille désormais les poubelles de l’Histoire, en attendant que revienne le temps des ratonnades…

La création d’un Ministère de l’identité, puis la circulaire préfectorale contre les Rroms l’annonçaient –une première en France depuis Pétain-, et bien que cette dernière ait été déclarée anticonstitutionnelle par le Conseil d’Etat en vertu de l’article 1 de la Constitution Française garantissant l’égalité des droits de tous devant la Loi, la tentative aujourd’hui d’étendre les prérogatives de l’Etat à la sphère privée en suspendant l’espace public pour littéralement le nationaliser à l’exemple des pires dictatures, au prétexte d’un débat sur la laïcité, confirme l’idée selon laquelle le néolibéralisme de Nicolas Sarkozy rompt de manière inquiétante avec les principes philosophiques qui ont fondé le libéralisme politique.

Par parenthèse, il n’est pas anodin de rappeler dans ce contexte que les propositions issues de l’exécrable débat sur la laïcité falsifient l’idéal républicain français, l’article 1 de la Loi de 1905, que l’on voudrait vider de sa substance, affirmant que «La République assure la liberté de conscience (et) garantit le libre exercice des cultes». Car rien n’indique dans cet article, bien au contraire, que les religions doivent être rejetées dans la sphère de l’intime, bouclée entre les quatre murs de la cellule familiale ou d’un lieu de culte quelconque, toute liberté de conscience impliquant une liberté d’expression que l’Etat français s’est engagé constitutionnellement à respecter, et donc les manifestations des opinions dans la rue, y compris religieuses.

Nous connaissons ainsi en France la forme la moins enviable du néolibéralisme, celle dans laquelle l’accord sur les valeurs communes ne peut venir que de la coercition. De fait, nous ne sommes plus dans un Etat libéral. Les libéraux eux-mêmes devraient s’en inquiéter. La clique au pouvoir a fini d’en trahir les prémisses philosophiques. Car le libéralisme politique était originellement une conception morale du service de l’Etat, fondée essentiellement sur la norme de l’égal respect des personnes. Une norme qui est entrée dans la pensée du monde occidentale il y a des siècles, et en France en tout premier lieu, comme réponse adéquate aux guerres de religion qui ravageaient le pays ! Or voici que sous couvert d’une nouvelle guerre de religion l’on vient de rompre avec cette norme. Car aujourd’hui, non seulement l’Etat n’apporte plus de réponses adéquates aux difficultés que rencontrent les français, mais il est le fauteur de troubles qui divise, attise les haines et dresse des murs d’incompréhension.

Dans le vieil ordre libéral, l’Etat ne devait intervenir qu’en fonction d’une morale élémentaire, susceptible de produire la plus grande quantité possible de valeur commune. Ici, à l’inverse, l’on ne cherche qu’à détruire le plus grand nombre possible de valeurs communes, au mépris du principe de neutralité présenté naguère par les philosophes du libéralisme politique comme le meilleur opérateur de cette conception morale minimale du service de l’Etat. Une neutralité qu’un penseur américain du libéralisme politique, Charles Larmore, décrit volontiers comme un idéal procédural impliquant une neutralité des fins, en vertu de laquelle les principes politiques ne peuvent favoriser aucune des conceptions controversées de la «Vie Bonne» qui orientent intimement les convictions et le destin de chacun au plus intime de son être, à commencer par les convictions religieuses. L’action étatique non partisane par excellence, apte à construire le principe de l’ordre politique enfin abstrait des conceptions controversées de cette Vie Bonne, voilà précisément ce avec quoi rompt le néolibéralisme de Nicolas Sarkozy, pour le plus grand danger de tous. --joël jégouzo--.

 

Modernité Et Morale, Charles Larmore, PUF, 1993, coll. Philosophie morale, 257 pages, 24 euros, 2-13-046045-3.

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 08:24

inegalites.jpgPrécarité, pauvreté, inégalités et insécurités sociales, le baromètre explose -celui du BIP 40, qui explore soixante indicateurs statistiques pour mesurer le niveau d’insécurité sociale atteint en (f)Rance. Les inégalités atteignent même un record jamais inégalé : les riches se sont plus enrichis que jamais, les pauvres plus que jamais appauvris. Le Président des riches (selon la belle expression de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot) a bien travaillé et peu se montrer crâne : jamais la misère n’aura autant augmenté que sous son quinquennat…

Dans le détail, il est tout de même intéressant de voir que ces chiffres invitent à reconsidérer les discours tenus par les politiques sur le sujet, qui ne cessent de mettre en avant les chiffres du chômage (stable à un niveau très élevé, c’est-à-dire celui du chômage de masse), alors qu’en réalité, il faudrait mettre l’accent sur plusieurs facteurs aggravants, comme celui de la précarité sur le marché du travail, qui n’a cessé de prendre de l’ampleur, et celui de la seule révolution qui ait traversé le corps social français ces dernières années, la révolution urbaine, pour jeter dans la misère des millions de foyers français. Car c’est surtout la dégradation des conditions d’accès au logement qui a marqué l’évolution récente du BIP40. Et si le chômage et la précarité jouent bien un rôle déterminant dans le développement de l’insécurité sociale, le poids des dépenses de logement démultiplié par celui de la vie chère, sera venu à bout des sacrifices que des français pris au piège des discours néo-libéraux et socio-libéraux se sont infligés.

Un constat qui exige que l’on dépasse les polémiques rebattues sur LE chiffre du chômage et surtout, comme l’observent les statisticiens du BIP 40, que l’on refonde de toute urgence les outils d’observation des réalités sociales en France.

On ne peut, de ce point de vue, que regretter amèrement une opposition à la remorque des mauvais débats de la majorité présidentielle, incapable de jeter dans la bataille politique le poids de cette misère de masse, qui devrait être le seul vrai enjeu du débat national aujourd’hui !

president-richesCar le déchirement du tissu social est tel aujourd’hui, que le Peuple français est en danger. Attisé par des idéologies de haine, il va droit dans le mur. Santé, Education, Justice, les inégalités s’amplifient d’année en année, coupant la France en deux, celle des beaux quartiers réduite à une peau de chagrin, et l’immense majorité du peuple souffrant.

 Que l’on examine un peu chaque catégorie évoquée : une Justice dévoyée, au sein de laquelle les politiques sécuritaires (inefficaces) ont pris le pas sur les politiques sociales : on embastille les pauvres faute de vouloir combattre la pauvreté. Le taux d’incarcération en (f)Rance a fait un bond spectaculaire depuis la venue au pouvoir du Président des riches. Et quant aux étrangers, jamais leur situation n‘aura été aussi calamiteuse, avec un taux de reconnaissance du statut de réfugié proche de 17%, son plus faible niveau depuis vingt ans, alors qu’on nous explique partout que le monde va mal et que là-bas, dans un ailleurs de conte de fée, nous secourons les peuples en danger…

L’école républicaine ? Sa démocratisation s’est brisée nette : les inégalités en matière de réussite scolaire ont explosé, le pacte social est, là encore, rompu par l’Etat lui-même.

La santé ? Un luxe, la réforme de l’assurance maladie laissant à la charge des patients une part de plus en plus importante des frais de santé, excluant des soins des millions de français !

ATD Quart-Monde déplorait, dans un Communiqué de Presse fait à Paris, le 3 janvier 2011, que la publication officielle de cette réalité sociale pour 2010, minée qui plus est par une falsification éhontée des statistiques, était sortie en catimini, le Gouvernement choisissant de publier ses chiffres à la veille de Noël, sans même un communiqué de presse, alors que ses propres indicateurs révélaient une brutale aggravation de la pauvreté en (f)Rance, ainsi qu’une spectaculaire augmentation de l’échec scolaire… Combien de temps encore accepterons-nous le silence des médias sur ces sujets, et la partialité criminelle du personnel politique en charge de ces réalités ? --joël jégouzo--.

 

 

http://www.bip40.org/bip40/le-barometre-explose

image : BIP 40, évolution des inégalités depuis 1980.

Le Président des riches, de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, éditions Zones, septembre 2010, 228 pages, 14 euros, ISBN : 2-355-22018-2

http://www.joel-jegouzo.com/article-le-president-des-riches-a-mort-les-pauvres-58319588.html

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 08:13

misereVG.jpgPrenons les choses autrement encore. Un théâtre parisien, il y a quelques années, a mis en scène les interviews qui constituaient le matériau de l’étude sociologique de Pierre Bourdieu, publiée sous le titre de : La misère du monde. Le dire rassemblé là était à bien des égards fascinant. Mais comment pouvait-il ouvrir aussi bien à l’élaboration scientifique que théâtrale ? Je me suis posé longtemps cette question, à laquelle j’ai cru trouvé pour réponse que c’était parce qu’un petit bruit l’animait. Bégaiements, ratages, reprises incessantes de paroles inaccomplies, maladroites, de mots instables abandonnés non sans difficulté au questionneur. Il y avait quelque chose dans les paroles recueillies, que le discours sociologique ne pouvait maintenir. Quelque chose qui s’était découvert dans ce processus de révélation, mais qu’il n’avait pu absorber dans les formes de sa rhétorique.

C’était un peu cela, m’entretenir avec les Lettres. Lire. Ecrire. Editer. Constructions baroques à la gloire d’un Autre que l’on ne sait jamais trop comment saisir et que les Lettres ne parviennent jamais à subsumer sous leur belle arrogance.

Les journées qui ont suivie, un livre de Dosto en main, Blanchot et quelques autres, je me suis demandé à quelle connaissance il me fallait rapporter cette parole tout de même confuse -le bruit que cela fait avec les bouches, le léger sifflement de la courbure des temps, l’humain empêtré dans son impossibilité à dire quoi que ce soit qui résiste à son incertitude… Et de raboter ici un grain trop rugueux et d’égaliser là : porter sans cesse secours au signe émis...

J’ai appris à raisonner pour me sortir de l’épouvante où vous plonge le spectacle littéraire, pariant sur le dévoilement d’une sorte de "bon endroit" du récit où nous nous retrouverions. Peut-être. Mais à vrai dire, nous ne parvenons jamais à savoir quelle mesure prendre –où nous retrouver. C’est peut-être au fond le plus heureux, cette constance des Lettres dans leur défaite, le flux incessant d’un verbe qui oblige à reprendre, sans cesse, sans parvenir jamais –à quoi donc, du reste ?

(Mais ne doutons pas un seul instant que tout cela n’appartienne déjà, ces signes que je relève, le balbutiement de ma pensée, toutes ces petites assurances contractées à la sauvette, à leur monde, même si je ne sais où raconter, d’avoir si longtemps cru que l’on pouvait penser sans dommage la littérature).

Qu’il faille porter sans cesse secours au signe émis, voilà le seul endroit. --joël jégouzo--.

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 06:56

eMorin.jpgUne biographie parlée. Non pas tant celle d’un homme révolté, indiscipliné ou dissident, ainsi que voudrait nous le donner à contempler Nicolas Truong dans cet entretien, que celle d’un intellectuel s’interrogeant toujours sur les modèles et les moyens qui informent sa vision du monde pour les passer à l’épreuve du monde tel qu’il va, et non tel qu’on aimerait le voir aller. Résistant ? Morin le fut, qui sut aussi s’opposer au désir aveugle de vengeance de ses camarades, libérant les femmes destinées aux ignominieuses tontes cathartiques de la Libération. Communiste ? Il le fut jusqu’à refuser d’appartenir à un Parti devenu réactionnaire. Prenant position contre la Guerre faite aux algériens, il sut aussi dénoncer les méthodes expéditives du FLN. Il vécut enfin l’humiliation de se voir mis au banc des accusés par l’Etat israélien, pour avoir dénoncé sa politique palestinienne. Un homme qui sut encore réagir avec une rare conviction, cette année même, aux délations proférées à l’encontre des populations opprimées dans les banlieues françaises, victimes d’une violence sociale sans précédent, redoublée de la stigmatisation la plus parfaitement ignoble débarquée des discours crapuleux des pseudos intellectuels qui font désormais florès en France. Un homme juste, assurément, qui passa sa vie d’universitaire à poser au fond la seule question qui valait, celle de la complexité irréductible du monde, pour tenter d’accorder toujours les moyens aux fins intellectuelles et non se livrer à de commodes tours de passe-passe. Un homme de méthode donc, nécessairement engagé, ne renonçant jamais et soumettant cette méthode à d’autres fins que celles d’une pseudo pureté intellectuelle, faisant de la fraternité non pas l’une de ces valeurs closes qui ne veulent plus rien dire, mais l’engagement auprès des autres qui seul justifie la pensée. Un engagement moral, certes, mais au nom d’une éthique de l’ouverture, du questionnement. Un homme cherchant donc à toujours mieux analyser les contradictions à l’intérieur de chaque camp, s’efforçant de voir les deux aspects contraires des choses, à l’œuvre, toujours, en tout engagement comme en toute réflexion. Une biographie parlée modeste qui plus est, couvrant autant ses engagements politiques qu’intellectuels, ouvrant avec toujours plus de pertinence, in fine, à la question de l’éducation qui lui tient tant à cœur, Edgar Morin ne cessant de dénoncer un enseignement typiquement français, incapable de relier les savoirs entre eux. --joël jégouzo--.

 

ENTRETIEN AVEC EDGAR MORIN, ET NICOLAS TRUONG (LE MONDE - FREMEAUX & ASSOCIES), collection La librairie sonore, sciences humaines, 2 CD, mars 2011, 29,99 euros.

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 06:37

sarrazine.jpgRien (pas encore).

Ce n’est pas dans la cessation ou l’attente de l’événement que le rien peut imposer la radicalité de son concept, mais dans l’absence de tout événement.

Cependant, si la chose ne peut exister qu’après être apparue, comment le rien pourrait-il avoir mis en œuvre son émergence ?

Ex nihilo nihil fit — de rien, rien ne vient…

Qu’en la clairière de l’être (Heidegger), puisse se dessiner quelque chose comme un premier instant du Temps surgissant brusquement à l’être, voilà qui est proprement inimaginable.

Penser le rien suppose tout d’abord un modèle d’intelligibilité dissocié de l’image et pourtant des images ne cessent d’en encombrer la pensée. Car comment vivre dans un monde que nous ne pourrions pas nous représenter ? De sorte que son absence se voit toujours rapportée à une présence : "l’âme sait que cela est, mais elle ne sait pas ce que c’est que cela." (maître Eckhart).

(pas encore )

Il ne servirait à rien cependant de se donner davantage de temps pour l’accueillir, avec cette patience par exemple, avec laquelle on recueillerait la chute de l’essence dans nos mains. Car la durée n’entre pour rien dans cette affaire : c’est avant le Temps.

Non : c’est en deçà du temps et de l’espace, en deçà de l’être et du non-être.

Il n’y a rien encore et l’attente même que suppose l’inscription du (pas encore) doit être congédiée.

Il n’y a rien.

De même l’Il-y-a doit-il s’effacer : dans cet abîme du langage auquel le rien renvoie, y a-t-il seulement place pour un premier récit ?

En deçà du temps et de l’espace, est-ce donc sur les bords du Verbe que tout se jouerait ?

Ou bien faut-il croire que le rien ne se laisse approcher que par le seul effet stochastique du récit qui tente de le conter après coup ? --joël jégouzo--.

 

 

Sarrazine, n°6 : Rien. Sur les bords de l’échiquier – méditation de Joël Jégouzo sur la question du Rien.

http://www.sarrazine.com/node/16#bord

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