Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 06:53

 

salah-al-hamdani.jpg«En moi s’élève soudain un désert vagabond»… Poète irakien, dramaturge, Salah Al Hamdani a fui l’Irak de Saddam en 1975. Avant, hier, d’y retourner. Mais il était trop tard déjà : sa vie s’était défaite plutôt que faite, ailleurs. Poèmes d’exil ? Oui et non pour ce témoin des tragédies incessantes qui ont émaillé notre histoire contemporaine, méditant sur ce qui le rattache au monde (l’écriture). Loin de nous pourtant, qui habitons les mêmes matins dans ce Paris où lui-même vit depuis près de quarante ans. L’exil ? Sa condition. Une double peine peut-être, puisqu’en exil dans son propre pays désormais. N’en reste parfois que ces bouts de poèmes. Si peu à dire, trop à dire.  Ce qui frappe dans cet opus, c’est ce chemin parcouru en vain dirait-on. Avec toujours L’Euphrate comme un rêve obsédant, même aujourd’hui penché sur son cours. Comme si le temps n’avait rien changé à son émotion du départ. Il avait vingt-quatre ans alors, il quittait Bagdad, pour s’avancer dans une espérance inutile. Une solitude. Qui enchaîna tous ses désirs à son balancement maudit. L’amour ligoté lui-même, en contrepoint de l’exil, à l’espérance folle que la vie pourrait être autre. C’est presque du Ronsard à conter les pieds nus, l’élégante rosée, retrouvant la sensualité de l’antique poésie musulmane. Bagdad. Comme une blessure qui ne s’est pas refermée. L’Irak d’aujourd’hui plus inaccessible encore depuis que les Etats-Unis prétendent l’avoir libérée. «Qu’écrire, menotté au vide ?» C’est précisément le drame de Salah Al Hamdani : quarante années d’une longue agonie, où composer avec l’énorme cadavre de ce vide qu’est l’exil.  En lisant ses poèmes, on se rend compte alors que tout son parcours se sera déroulé dans une tête d’épingle avec pour seule vraie histoire, trente livres publiés. L’exil est un habitus qui ouvre sur le néant, Bagdad accroupie dans un coin de la page, quand le retour n’est plus possible. Sans doute le plus poignant de cet opus, quand le poète le réalise après un voyage en Irak. «Trente années de givre dans l’écriture».

 

Bagdad mon amour, suivi de Bagdad à ciel ouvert, Salah Al Hamdani, préface de Jean-Pierre Siméon, éd. Le Temps des cerises, mai 2014, 214 pages, 15 euros, isbn : 978-2-370-710055.

Partager cet article

Repost0
13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 06:08

 

Maram-al-Masri.jpgSyrienne, exilée, loin de cette révolution avortée, saisie par sa clameur virtuelle l’auteure témoigne, hurle, d’ici, de France, ce là-bas empoigné par le carnage et la souffrance qui n’est plus perceptible qu’à travers les images qu’en diffusent les réseaux sociaux.

«Nous, les exilés, rôdons autour de nos maisons lointaines».  Jour après jour elle raconte les images de Syrie en boucle sur youtube, ses longues heures de deuil suspendue à facebook. Images de l’horreur, un quartier de son enfance soudain rasé par les chars du dictateur. Carnet intime de la douleur, elle témoigne du fracas qui là-bas fauche les uns après les autres ces gens ordinaires devenus subitement les héros d’une révolution dont l’occident ne voulait pas. «Comment rester vivante sans parler de vous, victimes de la lutte pour la liberté en Syrie ?». Elle raconte ses nuits blanches suspendues dans le vide des flux chaotiques des réseaux sociaux. Elle raconte ce lien fragile aux siens restés là-bas. Des images, des bras pendus des cris des femmes le halètement d’un peuple sous la mitraille et le courage hallucinant de ce même Peuple debout dans la rue sous les bombes d’un pouvoir aux abois. Que faire, loin du théâtre des opérations ? Subir ces images qui d’un coup ont envahi sa vie, cercueils déposés par milliers sur l’écran de son ordinateur. Comment redonner voix aux enfants de Syrie qu’elle aperçoit courir sous le shrapnel ?

«Notre patrie est devenue facebook». Il y a quelque chose de poignant dans cette volonté de rester présent aux siens exposés à l’atroce. «Au loin la patrie mise à mort». La Syrie. Des nuits entières à veiller Facebook. Youtube. Avec juste cette matière poétique, au sens le plus fort du terme, sous laquelle subsumer sa propre réalité.

 

Elle va nue la liberté, Maram al-Masri, éditions Bruno Doucey, bilingue, mai 2013, 122 pages, 15 euros, isbn : 978-2362-290497.

Partager cet article

Repost0
12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 09:29

 

laugier_ltmw.jpgOnce upon a time –tant qu’il reste à dire. Au plus près de la mémoire la vision d’une robe flottante, la sienne, celle des raisons d’écrire sauvées par les hanches qui balançaient dessous. Le pas dansé, chaloupant comme une vision du monde. De quoi s’agit-il ? D’une lettre. D’une voix seule. Solitaire désormais. Qu’il faudra bien reprendre, qu’il faut reprendre sans cesse pour qu’elle ne retombe pas dans le mutisme de l’adresse disparue. Accessoirement, pour qu’elle se fasse entendre et touche à quelque chose de plus essentiel. D’une voix qu’il faut entendre à coup sûr mais que son style ne prédispose pas d’emblée à son écoute. D’une voix, si l’on veut bien entrer dans le poème. Nous contant un sourire. Les lèvres surtout. Cet impossible du monde réel. Concupiscentes. Avec ces petits mots étranges qu’elles proféraient. De lèvres, autant dire de la chair disparue dont l’auteur parie ce rendre compte. Non pas exact évidemment. Et pas seulement parce que le réel aurait fui bien loin de tout accès à sa matière concrète. Ni non plus parce que les mots au fond n’y ouvrent que bien peu. Encore que. Mais ici moins que d’ordinaire. Compte plus ou moins impossible à rendre donc, pour nous lecteur.  Fatidique (le lecteur). Car que serait le poème sans lui ? Une histoire obsédante, un film en super huit que l’on n’aurait jamais tourné. Alors des bribes où accrocher l’autrui qu’il forme. La route d’Uzès. Qui fonctionne peut-être comme l’ouïe des poissons quand brusquement un jour on en a pris conscience et qu’on a réalisé enfin que ça passait par là chez eux la respiration. On y est dès lors arrêté moins que l’on ne s’y arrête. Et désormais tout tourne autour de ce qu’il y a d’impossible à le raconter. Emi. Le Rhône en barque lente. Emi nage et plonge et sous l’eau poursuit des algues. Là où très précisément je suis enfin entré dans ce poème, dans son silence, dans l’évidence de l’au-delà des mots que seuls les mots inaugurent. C’est pour cette poursuite que j’ai prolongé ma lecture. Insisté. Que dire de l’aimée ? Quelles phrases construire qui ne seraient pas péremptoires ? Des images. L’enfance de la lecture muette au soir des osselets tenus d’une main ferme contre soi. Menue possession enfantine. Mais l’enfance ne peut durer. Aimer. Cette mythologie a la tâche rude. Les mots reviennent, tournent en rond, récidivent. Récurrent : le cheval, le labeur, la main, la robe, un déhanché qui balafre «l’enfance de sa robe», comme prise dans la lenteur de tout. Princesse, «Nous marchons de nuit» sur des chemins qu’on nous assure de vie. Mais seul le poème est immense, proféré dans l’infinie vacuité du temps révolu.

 

LTMW, Laugier, éd. NOUS, coll. Disparate

Partager cet article

Repost0
6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 06:30

 

 

christophe-guilluy.jpgLa construction d’une France urbaine par l’Insee offre une vision fausse de la réalité territoriale française, et altère en outre profondément le débat politique. L’Insee prétend par exemple que 95% de la population française vit sous influence urbaine et qu’en conséquence, il n’y a pas lieu de formuler de logique économique ou politique liée à la ruralité.  Le thème a même disparu du débat national, n’y survivant que sous les espèces d’un folklore amusé. Mais comment associer Toulouse à Bourg-de-Péage ?  Comment penser la structure publique de l’emploi dans la France en déprise ? Dans la réalité, il n’existe que 25 aires urbaines en France, et c’est tout. Soit 2 650 communes, regroupant 40% de la population nationale. 2 650 communes qui captent toute l’actualité médiatique, politique, économique de la Nation. Le reste ? C’est 34 000 communes, soit cette immense majorité non pas silencieuse mais étouffée par les pouvoirs publics et la représentation nationale…

 

S’il fallait avoir une vision plus conforme de ce qu’est la France aujourd’hui, il faudrait se la représenter comme déstructurée en peau de léopard, avec des métropoles vitrines de la mondialisation d’un côté, où les fortunes explosent et où les gagnants du CAC 40 se réjouissent d‘une crise dont il ne cesse de tirer profit, villes-monde concentrant les 2/3 de la richesse nationale, et cette France des périphéries, exsangue, abandonnée, méprisée, cette France sans emploi ni avenir qui croupit immergée dans l’agonie qu’on lui a programmée en haut lieu. A savoir donc une vision de laquelle exclure le modèle républicain dont on nous rebat tant les oreilles. Et encore faudrait-il, pour s’en faire une vision plus juste, redessiner encore cette carte pour réaliser que les métropoles bannissent non seulement les pauvres de leurs territoires, y gommant sauvagement toute référence au modèle républicain, non sans cynisme comme il est coutumier en France, mais que ces métropoles sont en outre férocement inégalitaires, disposant à leurs portes, dans ces quartiers dits sensibles des banlieues pauvres,  d’une main d’œuvre d’autant plus corvéable qu’elle peut encore espérer ramasser les miettes des fabuleuses richesses produites au cœur de ces villes-monde.

 

Emmanuel_Macron.jpgLa France des métropoles est ainsi elle-même divisée en deux zones sociales très polarisées : la gentry d’un côté, les bobos, et une armée d’employés pauvres à leurs portes, qui peuvent certes profiter un peu du dynamisme économique des classes possédantes. Au final, ces métropoles fonctionnent à leur tour selon un modèle sociétal rigoureusement non républicain. Les classes populaires, au sein de ces espaces, n’y sont tolérées qu’immigrées paradoxalement, reléguées dans leurs rues, leurs quartiers. Immigrées de préférence, parce que populations fragiles, plus aisément exposées à leur vulnérabilité. Mais il n’y  a pas de mixité sociale envisageable. Les partitions et les parcours scolaires en témoignent, qui depuis trente voient les inégalités exploser en France.

 

La ville-monde est au fond l’outil d’adaptation de la société française mutilée aux normes du néolibéralisme anglo-saxon. Modèle inégalitaire par excellence, tandis que l’angle mort de la mondialisation, selon la belle expression de Christophe Guilluy, dissimule le destin tragique des catégories populaires des pays dits développés.  Le combat engagé par la ville-monde contre ces catégories est d’ailleurs systématique, bien que discret. Il a commencé par la gentrification du cœur des villes et la confiscation des «meilleures» écoles par les élites, pour ne pas dire la privatisation, de l’enseignement publique de qualité.  Un combat méthodique donc. Mené sciemment par l’UMP et le PS, appuyé par des syndicats à leur solde, chacun le sien, laissant se développer avec un cynisme inouï les inégalités qui ont conduit à la sécession des élites françaises du reste de la nation. Quant à la grogne, longtemps la classe politico-médiatique aura cherché à l’identifier sous les traits des casseurs de banlieue, sans même réaliser qu’il n’était plus possible de la contenir dans ce seul périmètre. Car aujourd’hui la colère remonte de partout. Des territoires périphériques tout particulièrement, le plus «inattendu» des acteurs de la vie politique française.

 

sos.jpgLa recomposition économique des  nations a ainsi entraîné une recomposition sociale des espaces nationaux, acculant à la misère ces espaces périphériques ruraux qui forment désormais 80% des classes populaires que l’on voulait voir disparaître de la comptabilité française. Or c’est dans cette France périphérique que commence à se structurer une contre-société qui rompt peu à peu avec les représentations politiques des élites.  Dans cette France des plans sociaux et des oubliés ruraux, séminale d’une nouvelle donne des rapports de force politiques : c’est cette France majoritaire qui vote désormais FN ou s’abstient massivement. C’est dans cette France délaissée qu’une contre-culture émerge, d’une manière brouillonne évidemment, puisque ne disposant pas des outils médiatiques qui lui permettrait de mesurer sa force et son nombre. Mais c’est cette France obscure encore, qui dessine le contour de catégories sociales nouvelles fleurissant sur des géographies nouvelles.

 

Alors bien sûr, pour la comprendre et en saisir le sens et la portée, il faut d’abord s’affranchir de ce scandaleux concept de classe moyenne mis au point par les élites dominantes. Un concept fourre-tout dont le but était de taire l’existence de classes laborieuses prolétaires. Un concept qui s’est forgé dans les discours de l’UMP et du PS précisément au moment où ces classes moyennes commençaient d’être jetées dans la misère. Un mythe que ce concept, qu’il leur fallait déployer pour légitimer leurs choix honteux : c’est au nom en effet d’une majorité imaginaire que nos dirigeants élus ont légiféré depuis ces 30 dernières années.

 

Le statut de ces nouvelles classes populaires, lui, est à présent largement socio-spatial, trans-générationnel et trans-culturel. Et c’est de cette France périphérique dont les colères s’exaspèrent, de cette France qui a compris qu’elle ne devait rien attendre de la classe politico-médiatique qui nous dirige, que naîtra une nouvelle radicalité sociale, poussée par des mouvements identitaires forts, progressistes et/ou réactionnaires, pour la sauver du piège économique qui peu à peu se referme sur elle.

   

La France périphérique, Comment on a sacrifié les classes populaires, de Christophe Guilluy, Flammarion, Collection : DOCUMENTS SC.HU, 17 septembre 2014, 192 pages, 18 euros, ISBN-13: 978-2081312579.

Partager cet article

Repost0
5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 06:22

 

jacques-bablon-trait-bleu.jpgDes carpes. Et un cadavre. Celui de McBridge, balancé deux ans auparavant par le narrateur, un couteau dans le ventre. 835 carpes et un cadavre : pas d’âme au fond de l’étang des Jones. Mais une armada de flics sur ses berges. Et l’aveu tranquille du narrateur. Fin de l’histoire. Tout le monde est satisfait. Reste le mobile. Un silence radio qui lui vaut 20 ans de prison. La tôle donc. Merdique. Le psy pour seule échappatoire, à qui servir cette langue de rescapé qui fascine tant les psys qu’il en redemande, le sien, lui permettant d’échapper un peu à sa vie merdique de taulard. Jusqu’à la rencontre avec sa visiteuse de prison, Whitney : « je prépare votre évasion »… Mais on le libère avant. Son pote de toujours, Iggy, prend sa place. C’était lui le vrai coupable : le gars de l’étang est mort d’un tir au fusil de chasse, pas d’un coup de couteau… Pas le temps de le réaliser : Iggy se pend dans sa cellule, tandis que lui est libre. A peine en fait : les embrouilles commencent aussitôt. Des mecs le coincent, à l’affût d’un pactole planqué par Iggy. Deux flics le surveillent et un cadavre repose dans son jardin. Merdique… Trop c’est trop. Alors comme il a pris goût à l’analyse, il trouve quelque part en ville un psy municipal qui le prend volontiers en charge. Un psy bien déjanté, avec lequel il poursuit son analyse dans un balai à placard. La ville n’a rien de mieux à proposer. Peut-être la salle du loto. Merdique tout ça… Retour chez lui donc. Sans passer par la case départ. Sa voiture est une épave, sa maison est dévastée et il ne sait que faire du cadavre de Brett, le pote de McBridge, une pointure locale… Le donner aux cochons ? Le corps est trop lourd, le grillage trop haut. Tout est merdique dans cette histoire. Il ne sait même pas si c’est bien Iggy qui a tué Brett. Sûrement. Heureusement qu’il y a Rose pour le consoler. Une rencontre. Chanteuse de bar. Il voudrait sortir avec elle, mais elle ne songe qu’à une belle amitié… C’est pas la bonne rencontre en somme. Il faut bouger. Echapper aux faux amours et à ces gaillards flingues en main qui veulent récupérer le magot d’Iggy. Il court et se démène, notre narrateur. Toujours rattrapé par la manche. Une victime. De tout. Déjà enfant : orphelin. Une vie merdique. Jouet de circonstances merdiques. Les circonstances justement. Ce fatum qui vous tombe dessus à toutes les pages du roman. La vie incertaine mue par on ne sait quoi. Un presque rien de nécessités, une grosse louche de hasard et l’infortune en breloque, qui cogne à toutes les portes avec son insistance débile. Et tout ça finit par former une vie, non un destin. Alors il vend sa caisse, enfin, celle d’Iggy, et leur bateau à un riche architecte qui découvre dans une paroi de ce dernier le trésor des braqueurs. Pas tous morts. Les derniers à sa poursuite, fondant de dommage collatéral en dommage collatéral. Heureusement qu’il y a Beth. Mais c’était juste un bon moment avant qu’elle ne s’escape avec Big Jim l’architecte, loin bientôt tous les deux, à convoler le grand amour… Heureusement qu’il y a Liza, la femme de Pete, le frère d’Iggy, qui l’a larguée pour Rose prenant le large eux aussi. Tout se rue alors vers sa fin, non sans avoir rebondi de l’ivresse folle des circonstances : le narrateur se découvre un père zombi dont on l’encombre soudain et dont il ne sait que faire. Tout est tellement merdique ! La vie… Des bouts d’histoire, des fragments qui dérivent et se nouent au petit bonheur la chance, chacun la sienne, chacun poursuivant son trip, le tout s’emboîtant mal, forcément, sauf dans et par ce récit superbe. Tous orphelins en somme, bousculés dans leur vie et bousculant l’histoire qui ne fait qu’avancer saisie par des circonstances dépourvues de toute intention, sinon, encore une fois, celle d’un récit parfaitement consenti. Vies bâclées, sans éclat, et tout ça va un train qu’il ignore et qui demeure de bout en bout «naturel». Peut-être parce qu’au plus près des faits. Qui sont têtus comme chacun sait. Et sans doute parce que dans son style même, ce roman y court droit, aux faits, sans les anticiper ni crier gare, dans une vision presque candide des choses et du monde tel qu’il tourne et non tel qu’il devrait fonctionner. Une vison proche de celle des frères Coen dans Fargo. Le même enchaînement d’événements merdiques courant au-devant de conséquences plus merdiques encore. Quel art de raconter ! Littéralement éblouissant ! En ligne droite. La langue y est pure dans son système, en parfaite adéquation avec son sujet, déposant partout son atmosphère fruste comme un moment de grâce littéraire. Quel roman, jamais embarrassé de considérations psychologisantes, ouvrant au chant des crapauds sans donner rien d’autre à entendre que le chant des crapauds et la rusticité, la simplicité fruste de personnages si bien ancrés dans ces petites choses bêtes de la vie. De la pure poésie. Moins l’agrément déclamatoire. Un récit transparent à lui-même, touchant au réel, en livrant les aspérités sans façon. Ces petits détails où sauver ce grand monde usé déjà jusqu’à la corde. Et comme l’auteur nous y fait grâce du fastidieux littéraire ! Cette manière de poser d’entrée le récit sans passer par la case exposition… On est d’emblée dans le plaisir du texte, son « naturel ». Etrange répondant que ce naturel au demeurant, qui ne cesse de traverser cette écriture. Ouvrant en écho à cette nature d’un paysage romanesque plus que campagnard, ramené à l’essentiel. Quelques éléments, un pick-up, une ferme vide, une canette de bière. Cela suffit à dire le monde qui est le nôtre, inexplicablement buté. Et puis encore : c’est d’un dôle absolu !

 

Trait bleu, Jacques Bablon, Jigal polar, février 2015, 152 pages, 17 euros, isbn : 9791092016314.

Partager cet article

Repost0
2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 05:36
 
 
erri-de-luca.jpgEn 2013, Erri de Luca en appelait au sabotage de la ligne TGV Turin-Lyon, dans une interview donnée au Huffington Post. Plainte fut déposée par la société LTF en charge du projet pour délit d’opinion, incitation au sabotage. L’audience liminaire eut lieu le 5 juin 2014. La LTF poursuivait l’auteur pour ces propos : « Le Lyon-Turin doit être saboté. C’est pour ça que les cisailles sont nécessaires. Il ne s’agit pas de terrorisme. Elles sont nécessaires pour faire comprendre que la ligne à grande vitesse est un ouvrage nuisible et inutile. Le dialogue avec le gouvernement a échoué, les tentatives de médiation ont échoué : il ne reste donc que le sabotage ».
Une première audience s’est tenue le 28 janvier 2015, au cours de laquelle Erri de Luca a pu présenter sa défense, synthétisée par son avocat, Gianluca Vitale : «Les mots d’un intellectuel ne peuvent pas être un délit. Le juge a décidé de mener un procès, mais il s’agit d’un procès contre les mots. Nous allons démontrer qu’il n’y a eu aucune incitation au sabotage ».
«Les mots d’un intellectuel ne peuvent pas être un  délit»… Voilà qui, à ce compte, dédouane Houellebecq de prononcer les siens, Maurras, le Céline des Beaux-Draps ou de Bagatelle pour un massacre. «Si mon opinion est un délit, confiait Erri de Luca il y a quelques jours au quotidien Corriere della Sera,  je vais continuer à le commettre. Je subis un abus de la part de ceux qui veulent détruire ma liberté d’expression. Moi, au pire, je peux être coupable d’incitation à la lecture, et, en étant optimiste, d’incitation à la formation d’opinion. Je ne suis qu’un écrivain. L’alpiniste Reinhold Messner faisait de l’incitation à l’escalade, mais on ne peut pas le considérer responsable des morts en montagne ! »
 
non-TAV.jpgEn effet, on ne peut pas. La Parole contraire est l’occasion pour Erri de Luca de présenter sa défense. Curieuse, paradoxale. D’un côté, plongeant au cœur de son enfance, Erri de Luca rappelle le poids des mots : «Un point d’arrivée qui ne répond ni aux genres ni aux thèmes». Un point d’arrivée… Quelques pages plus loin, il changera de principe : la littérature n’est qu’un point de départ. Qui sait ce qu’il peut advenir de telle ou telle lecture. Mais dans les premières pages, il en concède le poids, l’influence, racontant combien la littérature avait changé sa vie. Elle en a le pouvoir. Agissant en profondeur dans l’être, elle peut le ravir, au sens littéral du terme. Lecteur, il voulut aussitôt devenir un  jour ce genre d’écrivain que l’on rencontrerait au détour d’un vagabondage en librairie. Ce genre d’écrivain qui dissipe très vite l’envie de loisir distingué pour vous ouvrir au désir de combat. Ce genre d’écrivain qui sait trouver les mots pour engager derrière lui le lecteur à combattre les injustices. Non pas cet autre genre futile qui s’apparente aux chanteurs de charme. Non, ce genre d’écrivain qui possède un pouvoir, une petite voix publique qui fait que ce qu’il dit est entendu. Une voie dont il peut user, mais dont on imagine aussi qu’il peut en abuser. Aux yeux de Erri de Luca, cette petite voie ne s’entend que d’un devoir envers les plus démunis, ceux qui n’ont pas accès à la parole, à la formalisation de leurs pensées, voire de leurs désirs et qui peuvent trouver dans cette voix structurée de l’écrivain une expression justifiant désormais les gestes qu’ils vont engager dans leur vie. Ce serait même, à le lire, la raison sociale de la littérature que de pouvoir ouvrir la bouche des muets, être leur porte-parole. Pour exemple, Erri de Luca rappelle ces paroles fortes de la Marseillaise, « Aux armes citoyens !», qui est une invitation puissante à prendre les armes, à se lancer dans une guerre civile. Mais à ce titre, il se condamne lui-même à plaider coupable, tant sa renommée est grande et tant sa voix porte aujourd’hui. Est-ce la raison pour laquelle, d’un coup, Erri de Luca revient sur sa conception de la littérature, pour en faire non pas un «point d’arrivée», mais «un point de départ» ? Sans doute : son avocat démontra au cours de l’audience de janvier qu’il ne peut être possible de mesurer le véritable impact de l’appel de Luca. Sophisme ? Certes : il ne peut être possible d’établir un lien direct entre cet appel et les éventuels sabotages qui pourraient survenir. Il n’en reste pas moins que Erri de Luca en a appelé au sabotage. Un appel qui le gêne aujourd’hui. Dans un autre entretien, Erri de Luca semble avancer que s’il avait vraiment voulu saboter, il l’aurait fait lui-même. Que cet appel, en quelque sorte, n‘est qu’une figure de style pour dénoncer un  projet condamnable, d’asservissement d’un territoire à la spéculation ouvertement déclarée. Leur TAV, c’est notre Sivens à nous, notre aéroport des Landes, notre Roybon, ces projets insensés qui détruisent plus qu’ils ne construisent. L’argumentation glisse ainsi d enouevau, Erri de Luca revendiquant le droit d’utiliser le verbe ‘saboter’ » sans qu’il porte vraiment à conséquence. Mais s’empêtrant dans les contradictions, en affirmant que notre liberté se mesure à la cohérence entre les mots et les actions. Saboter, ou ne pas saboter ? Curieuse défense, Erri de Luca ajoutant aussitôt que les poètes ont payé au prix forts leurs mots dans le passé. Face au fascisme, au nazisme, au totalitarisme. On le voit : sa défense est chaotique. Peut-être parce qu’il est trop seul devant son texte. La veille de l’ouverture de son procès, le même tribunal avait condamné quarante-sept opposants au chantier de la ligne à grande vitesse à des peines de prison pour des heurts avec la police italienne en 2011. Un total de 150 années de prison leur avait été infligé ! C’est dans ce cadre d’une lutte collective, au fond, que Erri de Luca devrait chercher à prendre place. Dans un combat politique plutôt que littéraire, loin des arguties de la langue et de ses afféteries compassées. Dans un appel au combat contre une société qui a fait des hommes des moyens et non des fins. La prochaine audience est fixée au 16 mars. La police sera à son tour sur la sellette, qui ne saura prouver que son appel a été suivi à la lettre. Bien qu’il fasse partie d’une lutte engagée contre les pouvoirs publics et les sociétés privées, lesquelles n’examinent que leur profit à court terme, au mépris du développement de toute une région, prêts qu’ils sont à en sacrifier les peuplements et les aspirations. C’est à cette résistance politique, qui ouvre à de nouveaux droits, que Erri de Luca devrait se référer et non à quelques abstractions procédurières qui ne pointent, en définitive, qu’une conception biaisée de la liberté d’expression.
 
 
Erri de Luca, La Parole contraire, Gallimard, Collection : Hors série Connaissance, traduit de l’italien par Danièle Valin, 8 janvier 2015, 48 pages, 8 euros, ISBN-13: 978-2070148677.

Partager cet article

Repost0
12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 05:58

 

paris2.jpgDes millions de Charlie, tous semblables et tous différents. Il s’est passé quelque chose hier en France. Quoi ? Nous n’en savons rien. Il s’est passé quelque chose pourtant, qui a refusé de s’inscrire totalement dans le cadre symbolique de ce trajet qu’on lui avait prescrit, de République à Nation. Qu’on songe d’ailleurs un peu à la rhétorique sous-jacente à ce cadre, la République guidant l’indignation pour instruire la Nation… Mais ce n’était ni le Peuple –catégorie infiniment politique : quand le Peuple se lève, il est aussitôt en marche ; là, on piétina sur place. Ni la Nation instruite par la raison républicaine dans on ne saurait qu’elle réconciliation prématurée. Il s’est passé quelque chose qui a fait plus ou moins droit à la réalité de notre expérience sensible, et qu’il ne faudrait sans doute pas prématurément traiter comme un discours. Quelque chose qui se taisait bien que paradoxalement structurée autour d’un thème fédérateur : celui de la liberté d’expression. Quelque chose comme le bruit du sensible, l’expression d’un désir incertain, peut-être celui qui nous a manqué quand les espagnols prenaient par exemple le tournant des Indignés, ou les Grecs, ou cette jeunesse américaine mobilisée contre Wall Street. Quelque chose de difficilement récupérable, dont il ne sortira peut-être rien, la catharsis ayant eu lieu hier pour nombre de ces Charlie. Ou bien qui resurgira demain, tant pour nombre d’autres la frustration sera grande après ce début de partage. Il s’est passé quelque chose comme la sortie du politique pour mieux y revenir, ou pas. Le mutisme des discours sous couvert de leur incroyable prolifération, de leur impensable diversité. Les sens aiguisés, l’émotion, qu’aucune esquisse ne parviendra à théoriser, nous invitant juste à écouter en elle le bruissement du sensible, parfaitement audible lui. Non pas un printemps français. Mais la sortie des paradigmes abîmés, sans l’accès à un monde autre. Ces mêmes paradigmes que l’on voyait à l’image, chefs d’état les yeux rivés sur la pointe de leurs chaussures, visant d’un pas précautionneux la ligne imaginaire que Hollande besognait à tracer.

Hier : un fait plus qu’un événement. Car ce n’est pas encore un événement. Un fait surgi entre chacun d’entre nous, Charlie ou non. Entre colère et tristesse, éveil et coma. Toutes sortes de choses se sont produites hier, avec et sans nous. Moins des choses qui se sont faites que des choses qui ont été. L’un des noms de notre réalité sociale. Mais le nom de quoi ? L’incapacité à parler de cette réalité frappe. Certes, nourrie de beaucoup de débats fantomatiques qui voudraient lui donner sens au plus vite. Seul l’après-coup nous le dira. La seule question, aujourd’hui, est de savoir si nous saurons prendre la mesure de ce qui s’est manifesté, dans toutes ses contradictions et non pas subsumé sous une seule volonté. Certes, a priori ce qui a eu lieu s’est structuré autour d’un thème parfaitement identifiable : celui de la liberté d’expression. Néanmoins laminé par un point aveugle : cette émotion qui en débordait les insuffisances. Une émotion en chair et en os. Sensible. Non une condition externe : une réalité sensible propre à nos vies. Charlie ou pas encore une fois. Cela n’importe plus. Une réalité.  Qui, comme toute réalité, ne sait pas faire sens. Mais n’échappant ni à son narcissisme, ni à nos impatiences de la voir couper court et dire enfin ce dont elle est le nom. Elle ne le dira pas. Ce qui s’est passé hier était le lieu de notre dénuement. On se gardera ainsi d’oublier trop vite le bruit terrible de la terre pelletée sur les cercueils des victimes. Et de notre richesse.

Ce qui frappe, c’est le silence du sens sous la cacophonie des intentions. Une immense émotion collective qui n’aura peut-être été rien d’autre que son sensible. Pleine de bruits. Il n’y aurait rien d’autre à en dire.  L’objet de la marche était ce bruit du sensible. Impensable. Seulement audible. Avec sa persuasion silencieuse dont nous ne savons rien encore. Où pour la première fois en France depuis bien longtemps s’est manifesté quelque chose.  Loin de son thème trompeur : la liberté d’expression, faute de mieux. Une «marche» immobile, la trame révélée de ce milieu informe dans lequel nous tentons de distinguer de nouveaux objets qui nous aideraient à redessiner du sens commun. Un sensible sans destination encore, sur lequel vont s’engrener à présent, ou pas, un certain nombre d’intentions.  Ce qui a eu lieu était de l’ordre de l’iridescence. Des éclats d’objets, que l’on requalifiera demain.  Peut-être faut-il juste se laisser porter encore par ce kaléidoscope, le faire jouer au lieu d’y chercher une raison -celle d’une réconciliation prématurée par exemple. Quelque chose de l’ordre de la sensualité d’une relation illégitime. Quelque chose qui n’était pas de l’ordre de la norme.

L’ironie de cette marche immobile, tout de même, aura été de ne pas nous pourvoir aujourd’hui de l’illusion dont nous avons besoin. Ce n’est pas tout à fait vrai non plus : le thème fédérateur du combat pour la Liberté d’expression suffira à nombre de Charlie. Elle se résorbera ainsi pour partie. Mais ce thème semble n’être pas parvenu à donner droit à l’expérience sensible de nombre de «marcheurs». On peut alors espérer qu’un autre sens s’éveillera. De quoi ? Il ne peut au fond s’éveiller que de la subversion de nos pratiques politiques. Ou pas. Ou jamais. Car s’il y a du sens à ce que cela soit, il n’y en a aussi pas à ce que cela arrive réellement.

Partager cet article

Repost0
19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 05:56
 
bosco.jpgQuel Bosco que ce roman ! Tout y est du punch de l’auteur, de son sens de l’intrigue et de la narration et mieux encore, de la construction des personnages, peaufinant avec une rare pénétration celle du personnel secondaire qui enrichit le récit non pas d’une quelconque pause faite pour agrémenter le charitable du bouquiner, mais de la profondeur de ce poignant du fait divers où gisent nos sociétés désenchantées. Tout y est de ce que l’on peut attendre d’un bon roman moins ficelé qu’ouvragé pour dire la folie meurtrière des sociétés d’opprobres qui sont les nôtres. Moscou, Paris. Un airbus A340 bat de l’aile en plein ciel sous les assauts d’un russe aviné repoussant d’un geste fou les lois de l’apesanteur. Une sorte de riche ordure accrochée à son ego, précipitant dans sa chute égotiste le monde qui a osé lui résister. L’avion part en vrille pour s’écraser sur la toiture d’un centre pénitencier, libérant dans son apocalypse d’actualité télévisée ce Vigo que tout le monde redoute, ennemi public numéro 1, enfermé à vie au terme d’un subtil montage truqué par la Préfecture de Police de Paris elle-même. Et tout part en vrille pour le coup, l’homme rendu à l’air libre commanditant l’enlèvement des rejetons des acteurs de son enfermement. Celui du Préfet de Police mû par sa seule course au portefeuille ministériel, celui du commandant de police tenu par ses casseroles et contraint par le Préfet de faire tomber Vigo quitte à s’arranger avec les preuves, celui du faux-témoin mandaté par les autorités françaises pour condamner le meilleur des coupables possibles, celui du juge qui expédia le procès sans s’y attarder et de l’avocate enfin de Vigo, qui refusa d’instruire ses doutes quant à la culpabilité de son client. Tout part en vrille, nous précipitant dans la course folle d’un récit aspiré par le poids des culpabilités qui se font jour, celle des parents qui tirent désespérément sur la corde, dévidant les raisons, tiraillant, houspillant, précipitant le fil du roman en bascules incessantes pour faire de la Chute sa trame violente. Très vite la conspiration du Préfet pour faire taire tout ce monde bat de l’aile, tandis que dans les soutes d’un cargo nauséeux les otages échappent au contrôle de leurs ravisseurs pour sombrer eux-mêmes dans la chute d’une espérance insensée. Qu’est-ce qui déconne bon dieu, dans le sens de nos vies qui ne cesse de perturber l’espérance romanesque à l’épreuve ici ? Les groupes se délitent les uns après les autres, de celui des parents à celui des otages en passant par celui des malfrats, dans une valse forcenée qui ne cesse de s’accélérer jusqu’au dénouement final. Moins un page turner truffé de recettes faciles, que le syndrome de languir un monde meilleur qu’il ne le sera jamais. C’est captivant, limpide, filant dans l’abrupt d’une chute aspirée par la gravitation universelle de ce goût d’espérer qui fonde pourtant nos vies –et comme en passant, bourré d’une onomastique guillerette qui vient subtilement rompre la noirceur du récit pour nous adresser le clin d’œil d’un auteur qui sait de quoi retourne l’espérance romanesque !
 
 
Quand les anges tombent, Jacques-Olivier Bosco, Jigal Polar, septembre 2014, 321 pages, 19 euros, 9791092018277.

Partager cet article

Repost0
1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 05:22
 
cadre-femme.jpgFrançais, encore un  (gros) effort pour en finir avec votre sexisme ordinaire… Car pour une femme, aujourd’hui, toujours, exercer un métier traditionnellement «masculin» -(du genre dans les métiers…)-, c’est prendre le risque de se heurter à des contestations traumatisantes et ce, malgré les quelques accords passés ici et là par les entreprises sur l’égalité professionnelle. Dans la pratique, «faire ses preuves» ne suffit pas… C’est ce que le rapport du Céreq observe au terme d’une enquête minutieuse. Les bastions masculins de l’entreprise restent soigneusement cadenassés, autant dans les métiers de l’encadrement que de l’ingénierie –car la grande saveur de l’enquête, c’est de nous offrir ce visage pitoyable des métiers dits intellectuels… Des métiers dans lesquels les femmes se heurtent constamment à l’a priori de leur absence de légitimité, subissant en outre de plein fouet l’exigence de disponibilité. Le sexisme s’y manifeste non seulement par des réflexions à connotations sexuelles, mais une mise à l’épreuve constante. Un sexisme qui oscille d’après cette étude entre l’hostilité franche et la bienveillance, plus insidieuse mais pas moins révoltante, dans la mesure où elle tend à confiner les femmes dans des tâches subalternes. Un sexisme qui, en outre, passe entre les mailles du filet législatif et que nul ne songe à observer sérieusement. Mais dont les effets sont identiques au sexisme d’hostilité, contraignant les femmes à s’adapter aux codes et stéréotypes masculins du travail. Contrainte dont les effets sont dévastateurs en termes d’identité : les enquêtes produites sur le terrain décrivent un système dit paradoxant (V. de Gaulejac), qui intègre les femmes dans un environnement les plaçant face à des injonctions paradoxales entre la nécessité de «faire ses preuves» par l’acceptation d’une surcharge de travail et l’assignation culturelle au rôle reproductif. Or, ce qui ressort de cette étude, c’est que dans la grande majorité des cas, ce n’est pas dans le fait d’être mère que réside la difficulté, mais dans la surcharge de travail qui leur est imposée, la plupart du temps de manière insidieuse, bien entendu…
 
 
Bref du Céreq, n°324, novembre 2014, issn : 2116-6110.
 

Partager cet article

Repost0
21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 05:42
 
chasse-a-l-ange.jpgL’île de Marøya, en Norvège. Engel Winge a fini son CDD, la voici recrutée dans le journal local. Sur l’île, on parle de fantômes. D’une maison abandonnée, léguée à une église évangélique. Engel rencontre une voyante, qu’elle accompagne sur l’île. Le monde est baigné d’énergies à ses yeux. A Marøya lui est apparue une femme, puis son bébé. Et puis un homme.  Et un chien encore. Un pêcheur et son chien. Et un enfant dans sa tombe… Mais le sujet est renvoyé par son rédac chef à l’été prochain. Un autre l’intéresse davantage, un footballer dont Engel doit faire le portrait. Elle repart donc vers d’autres horizons, avec dans la poche l’amulette que lui a confiée la voyante. Pour la protéger. Mais de quoi ? Dans cette amulette, une pierre. Lourde. De météorite semble-t-il. Engel ne peut se détacher du récit de la voyante. Des disparus de l’île. Tandis que dans la région de mauvaises drogues déferlent. L’île l’obsède. Elle part sur les traces d’un marin disparu depuis bien longtemps. Le pêcheur a bien existé. On se rappelle son petit chalutier que l’on a cru noyé au fond d’un fjord. Engel furète, fouine autour de la maison léguée à l’église évangélique. Elle cherche une tombe, finit presque par s’enterrer vivante dans une cuve au fond de laquelle elle découvre un squelette de chien, le crâne fracassé par une balle. La pierre l’a sauvée. Elle veut le croire du moins, s’y raccrocher après éperdument prié qu’on la sauve. Vive, l’île l’obsède plus que jamais. Le chien était bel et bien celui du disparu. De ce pêcheur dont elle en apprend plus, saisissant l’opportunité de rejoindre son père à Berlin pour retrouver la fille du marin disparu. Une ancienne toxico, qui lui parle de Mikael, l’étrange sauveur de l’île. Qui rêvait alors d’inonder le marché norvégien de meth… Une deuxième enquête de ce personnage pugnace, évoluant avec force dans un environnement étouffant et le climat délétère d'une Norvège décidément cousue d'ombres.
 
 
Chasse à l'ange, de Ingelin Rossland, traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Editions du Rouergue, coll. DoAdo Noir, 5 novembre 2014, 218 pages, 13,50 euros, ISBN-13: 978-2812607196.
 
 

Partager cet article

Repost0