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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 04:40
djebel.jpgMars 1960. Antoine. Trois heures de garde dans le froid de l’aube kabyle. Ne pas bouger. La quille dans trois jours. Ne pas mourir. L’aurore efface les cris de la nuit. Toute une jeunesse française s’entraîne à la torture qui sera, une génération plus tard, son cauchemar. 7ème régiment des chasseurs. Le capitaine et ses méthodes. Antoine est son radio, pris sous sa coupe.  Il songe à Viviane, sa sœur jumelle, et a peur de rentrer «bredouille» : sans avoir tué le moindre fellagha… Le juteux a une idée pour arranger les choses. Avec l’aide de quelques complices, il file au village capturer deux pauvres bougres, ne trouve qu’une vieillard et un gamin de douze ans qui lui paraissent faire l’affaire et qu’il offre à égorger à Antoine. Marseille, 41 ans plus tard. Viviane est belle encore. Elle n’a jamais cru à la version de l’armée selon laquelle Antoine serait mort au combat, à deux jours de la quille. Un appel la confirme dans ses doutes. Une femme lui apprend qu’en réalité Antoine s’est suicidé sur le bateau du retour. Un proche d’Antoine le lui aurait révélé quarante ans plus tard sur son lit de mort. Elle a une lettre, les noms des responsables, sait où retrouver l’ex-adjudant Ferrerro, le promoteur de l’horreur. Vivianne ne croit pas davantage au suicide. Elle recrute un privé, Touraine. Ce dernier file aussitôt à Marseille. Mais l’ex adjudant est dans son cercueil. Comme bientôt, les uns après les autres, tous les protagonistes du drame. A Marseille, Touraine rencontre Aïcha, la commissaire en poste. Belle et tragique, comme l’Algérie. Just divorced. L’affaire est compliquée, l’intrigue, à étages. Mais ce n’est pas le sujet du roman, qui nous embarque bien plutôt dans l’entrelacs d’une mémoire abjecte, confuse, terrifiante. La Guerre d’Algérie n’en finit pas de panser ses plaies, tandis que des diables sortis de leur boîte tentent de faire taire ce passé. La douleur, la haine, la rancœur, la vengeance… Il flotte sur le roman comme une odeur de menthe pourrie. Les affres d’une mémoire obsédée. D’une mémoire qui n’en finit pas de ressurgir pour contaminer au présent les vies qui s’y affrontent, comme celle d’Aïcha, renvoyée brusquement à son enfance, la guerre atroce, les récits douloureux de ses proches, algériens torturés, algériennes violées. Reste la course, folle, contre les meurtriers. Et l’asymétrie hallucinante des innocences barbares, celle d’Antoine devenu un odieux assassin et son alter ego algérien, à une génération d’intervalle, que le désir de vengeance a détruit. Une filiation de l’horreur, qui ne prendra fin qu’à l’extrême ensevelissement de Touraine, sauvé in extremis par l’amour d'une femme.   
   
Djebel, Gilles Vincent, éd. Jigal, mai 2013, 256 pages, 8,80 euros, ISBN-13: 979-1092016048 
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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 04:58

ames.jpgDans un combat à mains nues, on se prend les mains. Aussi Joe n’a-t-il jamais cessé de se les muscler. Joe, 48 ans, costaud, ancien Marine, border line, moitié irlandais, moitié italien. Des yeux bleus gaéliques inquiétants.  Du moins Joe est-il conscient de n’être pas tout à fait sain d’esprit. Cleary, son patron, lui confie une nouvelle mission.  La fille du sénateur Votto  a été enlevée il y a de cela six mois. Toutes les recherches ont été infructueuses, mais le sénateur vient de recevoir des infos précises qui relancent l’affaire. La famille Votto… Une longue lignée de sénateurs corrompus, flirtant avec la mafia pour le pire plus que le meilleur. Le dernier en date voudrait devenir le boss d’Albany. Il a reçu un sms le matin même : «Votre fille est à New York, dans un bordel au 244 de la 48ème rue Est». D’un signataire «navré». Une connaissance donc, que le sénateur veut retrouver, et éliminer. La fille d’abord. Joe se rend à l’adresse indiquée. Planque toute la journée. Dans sa trousse : des gants de chirurgien, un rouleau de scotch industriel, un cutter et un marteau, son arme de prédilection. Tout au long de sa planque, Joe se raconte, passe surtout en boucle le trauma qui lui a fait quitter le FBI et les forces spéciales : il était arrivé trop tard pour sauver de jeunes chinoises asphyxiées dans leur fourgon. Depuis, il a fui tous ses amis, renoncé aux femmes et s’est forgé un idéal de maîtrise et de pureté passablement inquiétant. Ouvrant droit à une morale de la justification qui troue de part en part l’écriture même du roman pour en suspendre l’horizon littéraire. Inquiétant.  1h du mat. La rue s’est vidée, l’immeuble s’est assoupi. Joe voit un garçon d’étage sortir. Il est temps d’agir. Il le capture, l’interroge brutalement, le laisse pour mort sur le siège arrière de sa voiture quand il en sait suffisamment sur la topographie des lieux et le nombre de personnes dédiés à la sécurité. Il entre dans l’immeuble, frappe d’un coup de marteau le colosse de l’entrée, ainsi que les suivants, sans donner à quiconque le temps de réagir. Six minutes plus tard il est dans la rue avec la fille. Mal en point mais sauve. Chez Votto, un guet-apens l’attend. Tout se complique, Joe s’arrache, fracture la porte de son commanditaire, exécuté, fonce à l’épicerie où lui parviennent discrètement ses messages, rasée… Votto est aux abonnés absents, quelqu’un semble vouloir liquider tout le monde. Mais la vie d’un sénateur est publique. Joe sait le trouver, le trouve, comprend l’horreur de la situation dans cette langue sans relief déployée par l’auteur, mais combien efficace, épousant à la perfection cet univers déglingué qui semble être devenu le nôtre, où l’on ne devrait que fonctionner simplement au mieux, pour gommer sans éclat nos vies…

 

 

Tu n’as jamais vraiment été là, Jonathan Ames, traduit de l'anglais par Jean-Paul Gratias, éd. Joelle Losfeld, coll littérature étrangère, 29 août 2013, 104 pages, 12,9 €, ISBN : 9782072495328 

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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 04:24
mirage.jpgJamie, Kit et Lucy. Trois ados en vacances sur la route du Nouveau-Mexique. Direction Phœnix. Luce est la sœur de Jamie. 15 ans. Une fin après-midi, sous un déluge de pluie, ils cognent durement quelque chose. Un coyote ? Les garçons ne veulent pas s’arrêter.  « C’est juste un animal ». Mais la nuit tombé et à quelques kilomètres de là, le doute les prend. Ils font demi-tour et sur le bas-côté de la route, découvrent le corps d’une jeune fille. Tout bascule alors. Comment pourrait-elle être morte ? En sont-ils responsables ? Il y a une maison non loin. Une femme, la trentaine, leur ouvre sa porte. Elle prévient la police, qui débarque sous les traits du shérif Durell. Les garçons mentent sur leur consommation de bière. Luce aussi, qui a prélevé au poignet de la jeune morte son bracelet, sans trop savoir pourquoi. Un bracelet auquel il manque un bout. Tout se complique désormais. Durell embarque Jamie au poste, qui ne démord pas de sa thèse : il a heurté un coyote, pas une fille.  Beth recueille Kit et Luce dans son capharnaüm d’artiste. Jamie les rejoint le lendemain, secoué, tandis que Luce, choquée elle aussi, croque de mémoire le portrait de la jeune morte. Retour du shérif, qui les interroge de nouveau, dubitatif, sur le lieu de l’impact. Mais dans la soirée, l’autopsie révèle que la fille est morte vers 14h, et non à l’heure tardive où ils passaient sur la route. Les ados pourraient s’en montrer soulagés, mais ils ne le sont pas. On ne sait pas de quoi elle est morte.  La nuit suivante, Luce surprend son frère à pleurer dans les couloirs de la maison de Beth, qui se relève, le console, avant de se laisser aller dans ses bras. Luce a vu toute la scène, pétrifiée. Scandalisée, mais plus obnubilée encore par le destin de la jeune fille. De quoi est-elle morte ? Aux aurores, elle entraîne Kit avec elle, parcourt le chemin que la fille a dû emprunter, son carnet sous le bras, enquête dans un café perdu de ce désert d’Arizona, où elle montre le portrait qu’elle a réalisé d’elle. La réaction de la serveuse la trouble. Un homme aurait été vu en sa compagnie quelques temps avant son décès. Un habitué que Luce et Kit croisent, au visage patibulaire. Luce est saisie d’effroi devant l’homme. Elle est désormais convaincue qu’il a tué la jeune fille, et n’aura de cesse d’en apporter la preuve à la police incrédule. Quelques jours dans le désert, à peine, et leur vie cette fois a complètement basculée. Luce s’est rapprochée de Kit, s’est ouverte à ses émotions sensuelles, tandis que Jamie couche avec Beth. Peut-être parce qu’ils ne savent plus, qu’ils cherchent un sens à cette aventure, à cette mort si proche d’eux qu’il leur faut trouver de nouveaux repères loin de la raison familiale, affronter leur insouciance, dessiller les yeux. Sans doute parce que cette histoire leur explique qui ils sont réellement. Dans un superbe récit qui ne surajoute aucun commentaire, aucune explication psychologisante. Au beau milieu du désert, dans ces espaces qui ne sont pas des lieux et qui échappent à toute démonstration, l’auteure construit ainsi un superbe roman d’éducation qui n’oublie jamais qu’un ado reste un ado, quand bien même l’aurait frappé la conscience d’être enfin au monde. Un récit superbement écrit, ménageant des moments de pauses, de silence, de trouées de conscience dans ces soliloques clairvoyants du personnage de Luce, notre fil conducteur.
 
 
La fille mirage, de Elise Broach, traduction Etaïnn Zwer, éd. Du rouergue, mars 2013, coll. DoAdo noir, 336 pages, 15 euros, ISBN-13: 978-2812604997.
 
 
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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 04:27
ludovic.jpgPar décret, l’air a été raréfié, puis privatisé. Les habitués se firent plus rares au gymnase, et l’opposition finit par se taire. Seul le Pouvoir ne manquait pas d’air. Greg-la-cloche, lui, dormait. Sur un tas de lettres qu’il destinait à sa fille. Mon petit cœur, ma merveille… Des lettres qu’il n’avait jamais envoyées : il pensait n’avoir jamais su trouver le ton. Le mot juste pour lui dire combien il l’aimait. La ville, elle, n’avait vécu que pour le CAC 40. Greg avait fui cette symbolique assujettie à des logiques obscures. Il avait écrit des milliers de lettres à sa fille. Tandis que la ville se dépeuplait. Les gens vivaient sous terre désormais. Comme Fleur, silhouette fugitive dans la pénombre des souterrains. Et bien d’autres, rebelles à bout de souffle malgré leur rage contre le Pouvoir. Contre les semi-remorques en particulier, qui déportaient les gens.  Fleur avait quitté la terre avant qu’on ne la trie. Sous terre, une vraie galerie de personnages se fit jour. Organisant la dispersion du récit entre ces portraits farouches, sensibles, émouvants, comme si le monde ne tenait plus à grand-chose. Quelques visages, à peine. Quand la ville d’en haut ne jurait que par les marchés financiers. Des entités qui avaient fini par défaire la société.  Briser les communautés. Les identités.  Il aurait fallu prendre la parole contre les flux financiers, contre leur sémantique inhumaine. Mais il était peut-être trop tard. Les autorités s’employaient déjà à siphonner l’air du sous-sol. On payait cher désormais l’impôt sur l’air. Et parce qu’on en manquait et qu’on était à bout de souffle, l’estime de soi dégringolait jour après jour vertigineusement. Fleur luttait toujours. Comme elle pouvait. Et Greg, l’un des rares à ne pas payer l’impôt. La guerre était en cours. Les autorités aspiraient l’air. Une histoire de souffle. Du manque tragique de souffle de l’Histoire.  Dans un récit où la langue s’effiloche, ou la grammaire, la syntaxe, la sémantique s’étiolent. Qui parle ou ne parle plus n’a pas d’importance. Ça parle encore, et c’est bien tout, comme un flux héraclitéen charriant la débandade du monde et des moyens d’en parler encore.
L’air du temps, Ludovic Hary, éd. Folies d'encre, à paraître le 26 septembre 2013, ISBN-13: 978-2907337885.     Image : Ludovic Hary.
 
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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 08:27

Dresden.jpgLe moins qu’on puisse dire, c’est que la Guerre contre la Syrie ne fait ni l’unanimité des états, ni celle des peuples. Les raisons sont multiples, du risque d’embrasement de la région à celui de voir le pays tomber entre les mains d’extrémistes. Ce qui m’importe toutefois, n’est pas d’analyser ces raisons géopolitiques, ni celles pour lesquelles un Laurent Fabius gesticule pareillement à la remorque de la diplomatie américaine. Ce n’est pas non plus de tenter de comprendre pourquoi des frappes seraient inefficaces, ni d’entrer dans la compréhension du ballet diplomatique pour démontrer par exemple que ce recours n’a pas été épuisé, loin s’en faut, le nouveau président iranien, Rohani, en condamnant l’utilisation des gaz par Bachar El Assad, s’étant montré soudain plus soucieux de tisser de nouveaux liens avec l’Ouest que de soutenir sans condition son allié syrien –il est vrai que l’utilisation des gaz a réveillé dans la population iranienne le douloureux souvenir des attaques chimiques de l’Irak.

Ce qui m’importe, ce sont les motifs qui encombrent ce concept de Guerre Juste.

Une idée dont Frank Bourgeois a parfaitement dressé l’histoire, dans un article auquel je renvoie.

Une idée très ancienne : Platon déjà appelait les Grecs à la modération au cours de leurs luttes, mais, détail important, uniquement dans le cadre des guerres fratricides (Rép. V, p. 467-471 ; Lois, p. 628). Car dans le cas des guerres contre les "barbares", la guerre menée contre eux n'appelait à aucune modération particulière (Rép. V, p. 470 b), et cette guerre paraissait naturellement juste, au vu du concept de civilisation qui en articulait le bienfondé.
La Guerre Juste des Etats-Unis contre l’Irak rappelle cette conception profondément xénophobe développée par les Grecs anciens : l’Irak était le pays des barbares à ses yeux, et les dommages collatéraux n’ont guère embarrassés les occidentaux dans leurs frappes aveugles qui ont fait des centaines de milliers de victimes civiles, justifiées par la bande, dans les termes mêmes d’Aristote, aux yeux duquel "le juste n'existe qu'entre ceux dont les relations mutuelles sont sanctionnées par la loi". De Loi, les grecs n’en reconnaissaient pas aux barbares, à qui ils refusaient le secours du droit. Le barbare, de fait, on le chassait comme un gibier : "Il suit de là que l'art de la guerre est, en un sens, un mode naturel d'acquisition (l'art de la chasse en est une partie) et doit se pratiquer à la fois contre les bêtes sauvages et contre les hommes qui, nés pour obéir, s'y refusent, car cette guerre-là est par nature conforme au droit." Aristote (Politique, I, VIII, 12. Texte établi et traduit par Jean Aubonnet, Paris, Les Belles Lettres, coll. Budé, 1960).
Pour Cicéron, maillon décisif entre la pensée grecque et les Pères latins, il en allait autrement. Disons que le versant français de la Guerre Juste plonge ses racines dans cette veine. Les idées stoïciennes qui l’influençaient lui faisaient refuser les idées grecques sur les Barbares. Cicéron ne pouvait pas ne pas reconnaître de droits aux catégories dites subordonnées de la société, les esclaves par exemple, dont l'acquisition ne pouvait à elle seule constituer un motif légitime de guerre.

b52.jpgPour lui, la Guerre Juste devait s’inscrire dans des limites assignées par le droit, et ne pouvait être entreprise que dans la mesure où il se révélait impossible de résoudre le conflit par la négociation. Ce qui impliquait qu'elle ait été déclarée en bonne et due forme, ouvrant ainsi avant le feu une ultime échappatoire diplomatique. Voici comment Frank Bourgeois résume la conception cicéronienne de la Guerre Juste :
1- "avoir toujours en vue l'obtention d'une paix juste ;
2- partir en guerre en dernier recours ;
3- ne guerroyer que pour une juste cause, à savoir, exclusivement répondre à une agression ou secourir un allié ;
4- déclarer la guerre en bonne et due forme et dans le respect du droit.
5- Conduire la guerre dignement et sans violence excessive."

Ces principes vont irriguer toute la pensée chrétienne de la Guerre Juste. Mais dans la conception chrétienne, une dérive va se faire jour, qui n’est pas sans rappeler l’argumentation française que nous connaissons aujourd'hui.

Dans la conception chrétienne, il existe deux manières de pécher contre la justice : la première est de commettre un acte injuste, la seconde, de ne pas défendre une victime contre un injuste agresseur (Ambroise de Milan). Depuis Kouchner et son droit d’ingérence, jusqu’au récent coup de gueule de Fabius, c’est ici que se loge l’idée française de la Guerre Juste.

Une idée dont Augustin thématisa le premier l’équivoque, en affirmant la justice du soldat ou du bourreau à certaines conditions, dont la défense du prochain comme raison suffisante pour recourir à la force. Sauf qu’Augustin y avait ajouté ce qu’il croyait être un rempart : l'importance de la disposition intérieure -il faut se trouver dans des dispositions intérieures conformes à la justice pour agir. Vaste débat que celui de cette conformité…

Ce qui m’importe ici, c’est cette prescription faite au chrétien d’intervenir. Prescription héritée selon Franck Bourgeois d’Ambroise de Milan : "Celui qui ne repousse pas l'injustice qui menace son frère, alors qu'il peut, est aussi coupable que celui qui commet l'injustice" (De Officiis, 1, 36, 178).

Au nom de cette prescription, il fallut donc combattre le désordre des nations païennes… Punir le coupable de crimes abominables était devenu une cause juste et suffisante, qui mena tout droit à son extension la plus douteuse : la guerre ordonnée par Dieu, la guerre Deus auctore, qui conduisit d’une part à l’Inquisition : la lutte par le fer contre les hérétiques, et d’autres part aux croisades…

Dans le cadre qui nous occupe aujourd’hui, ce qui justifie la guerre, c’est qu’elle répond à une injustice faite aux hommes. Nous allons devoir mener bien des guerres alors… François Hollande semble bien parti pour nous en trouver…

  

  

 

http://www.protestants.org/index.php?id=33141

 

Images : bombardement de Dresde. Dans la nuit du 13 au 14 février 1945, Dresde, capitale de la Saxe, fut attaquée à deux reprises par des centaines de bombardiers lourds de la RAF. Le lendemain, la ville fut à nouveau bombardée, cette fois par la force aérienne américaine, la USAAF. Mille avions participèrent à son attaque, réduisant le centre historique de Dresde en cendres, enseveli sous plus de 750 000 bombes incendiaires.

Le journaliste et historien britannique Phillip Knightley devait écrire à l’occasion : " À Dresde, des vents approchant la vitesse de 160 km à l’heure emportèrent débris et individus dans un bûcher dont la température excédait 1 000 degrés centigrades. Les flammes dévorèrent tout ce qui était organique, tout ce qui pouvait brûler. Les habitants moururent par milliers, grillés, incinérés ou asphyxiés".

Boeing B-52 Stratofortress.

Bombardement stratégique en Irak.

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 04:08

luca.jpgDix ans. Inlassablement fasciné par les mouvements de la barque de pêche au gré des vagues. Dix ans, le cap solennel, l’enfance qui prend fin. Eri se rappelle la guerre à l’époque de ses dix ans, dont on sortait à peine et les livres de son père. Et puis surtout, le jour où il s’est mis à pleurer. Beaucoup. A force d’observer la vulnérabilité du monde des adultes. Pathétiques pour la plupart.

Il avait dix ans, lisait Don Quichotte cousu d’abîmes et mâchait ses défaites, l’échec en math, la découverte de l’infériorité. Il se rappelle l’école des buvards, de la plume et de ses angles sur le papier. Et la pêche au filet sur les plages laborieuses. Pas vraiment une biographie. Une méditation, poétique, sur ce moment du passage décisif. Eri se rappelle ainsi sa solitude dans l’exil d’un Père parti aux Etats-Unis pour tenter de réussir une autre vie. Et puis surtout, une rencontre, avec cette fillette dont il a oublié le nom, passionnée elle aussi de lecture. Le sortir de l’enfance donc, en un hymne magnifique à ces "actes de foi physique" qui bousculent les enfants dans leur dixième année. Ce vrai tournant quand la conscience s’ouvre d’un coup au monde qui l’entoure. Tout lui revient alors, comme le souvenir douloureux de ces garçons qui ne cessaient de le tourmenter, jaloux de son intimité avec cette fillette dont il a oublié le nom. Il se rappelle les avoir affrontés, sans se défendre, et la rossée qu’ils lui avaient collée, qui avait entraîné son hospitalisation. A partir de ce moment, peut-être parce qu’il avait souffert stoïquement et qu’il avait refusé de les dénoncer, on l’avait désormais traité comme une personne, et non plus comme un enfant. Mais Eri se rappelle surtout que brusquement il avait compris que la Justice ne résidait pas dans la Loi mais dans l’amour. Que l’on ne pouvait fonder la volonté de Justice que dans l’amour, même si cela devenait plus compliqué et plus ambigu. Plus tard, le militant maoïste qu’il deviendra en prendra la mesure, dans l’excès, sans parvenir jamais à thématiser pourtant ce qu’il faut de zoé pour combler les vides de la polis… Et puis, il y a surtout dans ce texte la beauté de sa réflexion sur une rencontre qui allait modifier le rapport du garçon de dix ans qu’il était à son corps, qu’il se mit brusquement à percevoir de l’intérieur, à travers les battements de son cœur ému, où le sang qui affluait consacra pour la vie "ce moment où, sortant de l’enfance déjà, on est rien encore pourtant".

 

 

Les poissons ne ferment pas les yeux, Eri de Luca, traduit de l’italien par Danièle Valin, éd. Gallimard, coll. Du monde entier, 26 avril 2013, 144 pages, 15,90 euros, ISBN-13: 978-2070139118.

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 06:26

l-ombre-corbin.jpgAlain Corbin a suivi à la trace (littéraire) et depuis l’Antiquité gréco-romaine, "ceux qui ont su voir l’ombre". Non le côté obscur de la vie mais cette douceur propre aux ombrages que Virgile, Horace, Ronsard ou Goethe, voire Senancour, ce grand philosophe oublié, ont choyée. Aux mots de ces écrivains, Corbin a relié les siens, les enrichissants des lettres des peintres sidérés eux aussi par cette présence de l’arbre, souverain passeur temporel.

Les uns se sont étendus sous les feuillages pour y chercher l’inspiration (Rousseau), les autres se sont simplement reposés. On s’y est caché aussi, réfugié des états tyranniques. Ou bien l’on s’est contenté de grimper aux arbres comme l’ont fait les enfants bâtir leurs utopies magnifiques. Car l’histoire que raconte Corbin n’est pas botanique, ni philosophique, ni même symbolique. C’est l’histoire d’un toucher, d’une étreinte qui n’a cessé de se perpétuer au fil des âges. Non celle de la forêt mais celle de l’arbre champêtre, solitaire, éternel, plus domestique que sauvage. Une histoire d’émotions, de sensations. De rhétorique aussi : son matériau, c’est le texte. Avec en toile de fond, toujours semble-t-il, ce choc ressassé depuis la haute antiquité au détour d’une clairière, à la vue d’un arbre dressé soudain au beau milieu d’un champ. L’arbre centenaire qui enjambe les siècles. Vieux chêne, châtaigner, fayard ou séquoia, arbre des confins orientaux décrits par les voyageurs arabes du Moyen Âge, ce genre d’arbre que rien ne semble pouvoir abattre, monument organique recelant l’expérience de l’impénétrable, apothéose de l’énergie vitale qui transperce l’univers de part en part.

Corbin a exploré attentivement les regards que nous portions sur ces arbres, à commencer par celui de la sidération provoquée par sa vue, ou celui de méditation. Pourquoi l’arbre donne-t-il à penser ? Quel énigme constitue-t-il ?

Sa splendeur redoutable (Caillois), n’a cessé d’incarner à nos yeux une impression de force. Peut-être, nous dit Corbin, est-ce à cause de l’énigme silencieuse de sa croissance, tenace, invisible sinon à l’écoulement de la sève. Ce serait cette sève justement, qui trouverait en nous un écho : celui du désir comme volonté secrète, orientée vers rien d’autre que son assouvissement. Mais l’arbre, prétend Thoreau, contrairement à l’homme n’attend rien. Il pousse. Et cette matière dense, fibreuse, révèle un entêtement inconcevable (Bataille), plongeant ses racines dans la nuit de l’existence, sinon cette nuit de la chair qui effraie tant en nous.

L’arbre est au fond un monde en soi, tel que l’envisage Corbin, habité, "château aérien" (Chateaubriand), abri de l’harmonie sonore. Un monde qui porte en lui l’écriture sous l’écorce paisible, ce fameux Liber, cette pellicule située entre le bois et l’écorce qui contenait depuis la nuit des temps la venue du verbe humain.

Mais par-dessus tout, peut-être, il y a ce silence, cette paix, l’éphémère et le durable enchevêtrés à ses pieds, où l’homme ne peut que se confronter à une temporalité qui n’est pas la sienne. Les cèdres du Liban en témoignent, dit Lamartine, qui verront le Dernier jour comme ils ont vu le premier.

  

 

La douceur de l'ombre: L'arbre, source d'émotions, de l'Antiquité à nos jours, Alain Corbin, Fayard, 3 avril 2013, coll. Divers Histoire, 364 pages, 23 euros, ISBN-13: 978-2213661650.

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 04:33

os-indias.jpgLagos, au sud du Portugal. L’Algarve en 1974, alors que la Révolution des œillets bat son plein. Pendant deux ans, elle va bousculer le vieux monde, notre vieux monde, inventer de nouvelles pratiques de lutte, des raisons d’espérer et des modes nouveau de vie, avant que la classe politique ne se reforme pour confisquer de nouveau la démocratie, comme elle l’a toujours fait, partout, en tous temps, désespérant ces classes modestes si inventives toujours, en tous temps elles aussi.

Lagos en 1974 donc, n’est pas encore cette ville touristique que l’on connaît aujourd’hui, envahit par des classes moyennes riches moins citoyennes que consommatrices, qui finissent toujours par livrer aux spéculations immobilières les espaces qu’elles idolâtrent.

A l’époque, la plage de Lagos est occupée par un bidonville. Toute une population de pêcheurs pauvres est venue se réfugier là, pour y vivre. Des pêcheurs qui nourrissent la région et engraissent les grossistes des halles de Lagos. Ils sont angolais, algériens, marocains, portugais, tunisiens. Ils ont bâti un village de tôles et de cartons que la dictature de Salazar tolère parce qu’ils font vivre la région et par leur pêche, enrichissent la ville.

Mais en 1974, la dictature est renversée. Un architecte militant, José Veloso, décide alors que la Révolution doit mettre fin au scandale du bidonville des pêcheurs de Lagos. Il va à leur rencontre pour proposer son aide, habité par un rêve fou : construire en dur sur la plage, un quartier dont ils seraient propriétaires. Les pêcheurs sont pauvres. Très. Ils n’ont pas un centime devant eux, le terrain ne leur appartient pas, et pourtant, ce rêve va se réaliser.

Veloso découvre sur place la réalité de leur vie. Terrible : sans eau courante, sans électricité, sans équipements. Rien. Pendant plus de deux générations. Ou plutôt, ce qu’il découvre, ce sont des hommes courageux qui ont su faire face à des conditions de vie dégradantes. Ces Indiens de la Plage, comme on les appelait alors, se sont organisés. Ils ont construit une salle commune, mis en place une hygiène collective, collectant par exemple leurs ordures ménagères. Ils ont créé un dispensaire, une école, une protection civile, élus des représentants, une équipe de foot a même surgi qui porte fièrement les couleurs des Indiens. Ils ont pris soin les uns des autres, se sont entraidés, ont inventé des systèmes de garde des enfants, fondé une caisse mutualiste pour faire face aux coups durs que la mer dispense. C’est cette solidarité effective qui va convaincre Veloso qu’un grand projet est possible. Il contacte un documentariste et José Afonso, le plus célèbre chanteur de fado de l’époque, très engagé dans les luttes d’émancipation. Ensemble ils vont collecter de l’agent, initier une solidarité régionale. Les pêcheurs vont créer une structure de financement dont ils seront les décisionnaires, racheter le terrain, le découper en parcelles égales, recruter quelques maçons professionnels et avec leurs familles, nuit et jour ils vont édifier ce quartier qui a survécu jusqu’à aujourd’hui.

C’est tout cet effort et cet élan que le documentaire retrace. Superbement. Le film n’existe pas en version française. C’est dommage : l’expérience est belle.

On peut changer le monde.

C’est cette espérance que je me plais à porter pour cette rentrée de septembre.

Je n’ai pu revoir Veloso cette année, alors que je séjournais au Portugal. Il sort d’un douloureux chagrin, dont le deuil lui a pris des années : la mort de sa femme, suivie de celle de sa fille. Aujourd’hui, son beau-fils poursuit son combat au sein de la municipalité de droite de Lagos, qui voudrait raser le quartier des pêcheurs pour y bâtir des hôtels à touristes.

La lutte continue. Toujours.

 

Continuar a Viver ou OS INDIOS DA MEIA PRAIA de Antonio da Cunha Teles, 1976.

Costa do Castelo Filmes. SA, Av. Eng. Arantes e Oliveira, 11 - 1º A, 1900221- Lisboa, Portugal. 110mn.

http://pt.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Afonso

 

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 04:21

jacques-mais.jpg8 août. L'anniversaire de Jacques. Dispersé aujourd'hui sur le Chemin de Compostelle.

Via viatores quaerit : la voie cherche des voyageurs. Que l'on traduit plus souvent par «Je suis la voie qui cherche des voyageurs», phrase mise en exergue cette année par Mgr Patrick Jacquin, au Jubilé de Notre-Dame de Paris.

La voie, la route, le chemin... Qui cherche, s'inquiète dirait-on, d'une présence, de volontaires qui voudraient bien aller par lui.

Dans les textes d'Augustin, la phrase exacte est un peu différente. Augustin aurait plutôt écrit Via ambulatores quaerit. Ambulatore. Des marcheurs, plutôt que des voyageurs. Qui déambulent plutôt qu'ils ne voyagent...

La route demande, réclame, quémande presque, des gens qui voudraient bien marcher. Voyager aujourd'hui, tant cet imaginaire du Voyage l'emporte désormais sur celui de la Marche et privilégie les déplacements que l'on peut justifier à ceux qui nous déroutent et dont les buts sont incertains.

Quoiqu'il en soit, la voie est faite pour cela. Pour ceux qui veulent marcher. Elle n'a pas d'autre sens. Elle ne relie rien.

On trouve cette phrase dans deux sermons de saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (aujourd'hui Annaba, en Algérie).

L'un prononcé en l'honneur d'un certain Quadratus, martyr, dans la ville même où Quadratus mourut. L'autre à Hippone, à l'occasion du baptême de nouveaux chrétiens.

Dans le premier sermon, Augustin évoque la joie de se retrouver «encore en chemin sur cette terre parmi les choses passagères».

Nous marchons, commente-t-il. Et il donne une direction à cette marche, sinon un contenu. Nous marchons vers la vie éternelle. Nous sommes en route vers cette Patrie. Augustin emploie le mot. Curieusement.

Puis il finit par donner un contenu à cette marche, à ce chemin, à cette voie qui cherche des marcheurs et que nous pouvons emprunter, ou non : le pas de cette marche-là, ce sont «les mouvements de notre amour» qui l'impulsent.

Et c'est alors seulement qu'il prononce cette phrase énigmatique, quand on y songe : «Notre route veut des marcheurs.»

Notre route. La nôtre. Pauvres humains.

Augustin précise encore que cette route déteste trois sortes d'hommes : celui qui s'arrête, celui qui rebrousse chemin, celui qui s'égare.

La route se fait ainsi brusquement disciplinaire. Voie plutôt que route ou chemin qui tant égare, qui tant exalte ce monde sensible où nous aimons nous perdre. Voie, tracée à l'avance donc, si balisée qu'elle n'est pas sans inquiéter, rebuter du moins : quid de notre liberté, de notre sensibilité si l'emprunter commande le pas ?

Est-ce la raison pour laquelle la Voie est obligée de quémander des marcheurs ?

Étrange voie du coup, si peu charitable, qui refuse le plaisir buissonnier où éprouver ce monde sensible dont nous sommes, ce sensible qui est notre signature même, et notre venue au chemin...

Comment dès lors cette voie pourrait-elle être entièrement nôtre s'il nous est refusé d'y vaquer dans notre être plein ?

Où le propre de chacun sur la voie qui saurait trop bien nous mener ?

La route quémande des voyageurs. Pourtant. Elle n'exige pas. Elle cherche. Elle quémande plus qu'elle ne recrute. Des voyageurs qui accepteraient de prendre le risque de construire leur propre chemin, un chemin qui pourrait aussi bien mener nulle part et c'est pourquoi elle pose d'emblée sa crainte de voir le marcheur s'arrêter, s'égarer ou faire demi-tour.

Alors certes, un chemin sur lequel il faut marcher pour de vrai -comment faire autrement du reste ?

jacques envol - copieJacques l'a empruntée, cette voie. Ce chemin plutôt. Dont j'ai connu quelques péripéties. Il l'a emprunté dans la certitude de s'égarer souvent, autant que d'éprouver le sens qui importait à ses yeux : cette question de l'amour, le vrai contenu du chemin et du cheminement, selon Augustin.

Pour ce denier, c'est dans l'intuition de Dieu que le chrétien s'avance pas à pas sur cette voie dont il parle.

Mais qu'est-ce que cette intuition ? Il y a là quelque énigme que nous ne savons pas résoudre aisément. On sait où mène le chemin pour Augustin : à Dieu lui-même. On sait vaguement comment nos pas pourraient ne pas nous y porter, à s'égarer, s'arrêter, renoncer, rebrousser chemin, etc. On devine aussi comme un balancement mystique dans le rythme de cette marche, au terme duquel un mode exceptionnel du s'unir s'ouvrirait à nous.

Lors du Jubilé de Notre Dame de Paris, l'Ecclésia a beaucoup insisté non pas sur le contenu de cette marche -l'amour-, ni sur le sens du chemin -l'amour-, mais sur ses aspérités et les motivations nécessaires du voyageur. Elle a mis l'accent sur la dimension disciplinaire de la route, rappelant ces trois attitudes qu'elle réprouvait, à travers les propos d'Augustin. Ni tiédir, ni ralentir, ni flâner, ni moins encore renoncer. C'est là passer à côté de l'essentiel : l'immense diversité des paysages de la voie.

Chemin faisant.

Elle a oublié la plus belle méditation possible à propos de cette phrase d'Augustin.

Chemin faisant. Elle a oublié cette beauté du sensible où notre chair s'éprouve : LA CHAIR DE CE CHEMIN, où vivre de la force du désir, même à prendre le risque d'étreindre ces fausses lueurs où plongent si souvent les créatures que nous sommes, ces obscurités qui sont les nôtres -notre chemin-, et que rien n'offusque. Et en l'oubliant, elle a livré l'âme à quelque pédagogie douteuse dont elle ne voulait attendre que sa capacité à discipliner le voyageur inconséquent.

Jacques s'en est allé sur le chemin. Son chemin parcouru à même la Voie. Son chemin tout à la fois passager et permanent, en route toujours jusque dans ses faux pas, présent à chaque balancement de ses reins.

Son chemin n'est plus aujourd'hui sa présence essentielle, nulle part circonscrite par les péripéties qu'il nous laisse, car il déborde largement cette présence même.

J'ignore au demeurant ce que serait entrer dans cette présence, à me remémorer les étapes de son chemin : d'où je me tiens, dépouillé de toute sa différence, je suis encore en chemin parmi les choses passagères, pensant m'élever dans l'actualité pure de son être, à me remémorer la date de son anniversaire, alors que j'ignore le terme héroïque de cette marche qui fut la sienne.

le_Don_du_manteau-copie-1.jpgCe que je sais, c'est que la théologie aurait piètre figure à annoncer que l'on devrait être simplement absorbé dans le chemin.

Car n'est-ce pas plutôt dans la chair que repose le chemin ? Et n'est-ce pas la chair, ce chemin qui pour partie nous attend. (Au tournant).

A trop vouloir le disciplinariser, dans quelle quiétude s'avance-t-on ?

La pierre qui accueille les persévérants, la ronce qui dissuade, la fleur qui retient. Être dans le chemin n'aurait d'autre sens que d'oublier d'être soi ? N'est-il pas impénétrable ce chemin ? Et même si la plénitude serait la sortie du chemin, l'entrée dans le chemin ne demeure-t-elle pas libre au point que le chemin lui-même, esseulé, quémande les voyageurs ?

La ténèbre dionysienne du chemin buissonnier n'est pas moins profonde, qui ouvre à la miséricorde d'être homme. Parfois. La charité : l'essentiel augustinien.

Alors marchons puisque nous ne pouvons faire autrement, mais non assurés du but, cette «vita beata» définitive du paradis chrétien, qui nous ferait croire à notre sainteté prématurée : l'homme en est séparé par un océan. Jacques s'était embarqué comme le moindre des fidèles sur son fruste radeau, voguant vers cette Patrie lointaine que pointe Augustin, sans une vision claire pour le guider. Les larmes de l'exil furent plus souvent qu'à l'occasion son lot. Perdu dans la profondeur abyssale du Chemin, seul le choc du sensible finit par l'établir, quoique jamais définitivement, au centre d'un désir immense.

 

Images : Jacques, et Giotto, le Don du manteau

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 04:03

jardinier.jpgCet été, osez le vrai voyage botanique, parmi la flore des gares, des boucheries, des fenêtres et des balcons… Ou bien cultivez votre jardin, si vous avez la chance d'en avoir un ! 

Mais des cent manières de créer un jardin, la meilleure n’est sans doute pas celle de payer un jardinier. Celui-ci ne vous plantera tout d’abord que de vulgaires bouts de bois plus proches du manche de balai que du forsythia dont vous rêviez… Et s’il retourne votre terre, soyez sûr qu’il ne vous en laissera qu’un désolant désert de gris pour tout gazon. Quelques temps encore, et vos allées ne seront que boue gluante partageant deux carrés de moisissure verdâtre. Vous haussez le sourcil ? Jardinez donc vous-même, vous comprendrez de quoi l’on parle ! Une fleur, ce n’est pas simplement une chose que l’on offre : c’est un «truc» qui hiverne, se bêche, se fume, s’arrose… Le véritable jardinage ne comporte aucune activité méditative. Čapek, son dernier grand théoricien, savait bien, lui, de quoi il retournait : le vrai jardinier n’est pas celui qui cultive les fleurs, mais celui qui travaille la terre. Les rosiers sont faits pour les dilettantes. Lui n’a d’yeux que pour ce que le profane ne voit pas ; ses secrets sont enfouis dans la composition de son incroyable humus dont il connaît, seul, la formule chimique. Karel Čapek sait d’ailleurs reconnaître entre mille le vrai jardinier, à sa curieuse physionomie : l’authentique est ordinairement terminé, vers le haut, par son derrière. La tête, elle, pend quelque part entre les genoux. Et hormis le soir, au moment de l’arrosage, il mesure rarement plus d’un mètre de hauteur… 

 

L’année du jardinier, Karel Čapek, traduit du tchèque par Joseph Gagnaire,  10-18, coll. Domaine étranger, 154p., 5 euros, ISBN-13: 978-2264030337

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