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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 05:49

enfant.jpgLe monde est devenu une arène où ceux qui peuvent souffrir sont immolés. Fukushima, c’était il y a un an déjà. La centrale explosait dans le pays champion toute catégorie de la technologie. Le plus fiable. Un désastre. Avec lequel les japonais n’en ont pas fini. N’en finissent pas. La seule chose qui ait pris fin, ce sont les feux de l’actualité. A peine de nouveau braqués aujourd’hui sur une commémoration vide de sens, vide de résolutions. Le pire arrive toujours dans le nucléaire. Le pire nous arrivera. Ce n’est qu’une question de temps. Fukushima. Un séisme de magnitude 9, le plus fort jamais enregistré au Japon. Relayé par un tsunami. Le séisme coupa l'alimentation électrique externe de la centrale et de ses six réacteurs, la privant de son système de refroidissement principal. Personne ne voulait croire possible un pareil scénario. Un raz-de-marée privant la centrale de sa sécurité ! Allons !… Alors aussitôt les autorités mentirent au Peuple japonais. Comme les autorités américaines avaient menti aux peuples américains en leurs temps de catastrophe nucléaire, comme les autorités russes après eux, et les autorités françaises, à jurer qu’aucun nuage radioactif n’avait franchi nos frontières. Une habitude dans la manière de gouverner : ne jamais hésiter à mettre en danger les populations. Une tradition politique.

Là-bas, la mort semble avoir cessé d’enfermer les épaules des enfants dans un sort immobile. Elle s’est mise à trotter dans les campagnes, dans les villes, courant sa chance, plus insidieuse désormais, cherchant son passage dans les organismes fatigués, exposés. Un nuage passe, un nuage est passé. L’infime clématite et la haie emmêlée, la terre s’élance, un papillon près du sol à l’ombre éveillée. Enveloppée de douleurs, l’angoisse envahira l’Histoire. Le ciel nous offrira juste la possibilité du gouffre dans nos tempes. Là-bas, des eaux louches ont vacillé au souffle d’une lumière blanche. Ici, tout va bien. Même si dans l’air quelque chose est passé, venu du bout du monde, le monde partout à nos portes. Quelque chose est passé. Rien, nous a-t-on assuré, sinon que les mouvements de l’air ont pris figure humaine. Sinon que l’eau des rivières peut bouillir et l’homme s’absenter du monde, le ciel nous offre déjà ses rudes nourritures, son linge flottant au vent de nos ténèbres.

les-cloches-62.jpgJe me suis pris à imaginer un tel jour, le moins défendu, un ciel piqué d’été inaugurant le dernier cachot de la terre –(nos pas si lents à l’espérance). Même si tout est parfait ici, à Paris. Les arbres, les mains, les yeux, les rires des enfants. Mais cette ombre au-dessus de nos têtes… A quoi devons-nous donc de voir cette vaste étendue subitement racornie ? C’était l’espace et le ciel était mort. La race souffrante des hommes a essayé la servitude, le mensonge, le carnage, aujourd’hui la catastrophe si peu naturelle… Il flotte comme une représentation vaine de ces choses : le martyre, cette tradition des temps barbares. Le Dr Takashi NaGaï (1908-1951) et son fils Makato Nagaï (1935-2001) ont connu tous deux l’effroi de Nagasaki. Et du martyre. Le 9 août 1945, le souffle d’une bombe puissante emportait leur vie vers son ailleurs, dont ils n’avaient rien décidé. Un médecin et son jeune fils. Qui consacrèrent ensuite leur vie à consoler leurs semblables. Makato avait dix ans à l’époque. Il devint journaliste, publia en 1959 un récit de souvenirs. Son petit-fils, Tokusaburo Nagaï, directeur du Musée Nagaï Takashi, fit paraître en français le livre de son père en 2004. L’explosion nucléaire de 1945 terrifia le monde. Takashi l’évoque dans ses souvenirs. Spécialiste en radiologie, le 9 août 1945, à 11 heures du matin, il était dans son laboratoire. Une lumière blanche sembla traverser d’un coup les murs du laboratoire. Le noir ensuite. Le monde noir, d’un coup. Et le bruit d’une immense catastrophe : tout s’embrase et s’écroule, n’en finit pas de craquer et de tomber, de s’abattre. La bombe vient d’exploser à 400 mètres de la cathédrale de Nagasaki, à Urakami. Sa carotide est tranchée par un éclat de verre, mais il s’en sort, se précipite au chevet des blessés. On dénombre les morts par centaine de milliers. Les blessés aussi. Il écrira tout cela. Témoin. "Dans ce qui avait été notre cuisine, tout de suite je découvris quelques débris chauds et complètement calcinés : tout ce qui restait de mon épouse Midori. Mais tout près brillait la chaîne de son rosaire, et sa petite croix." Attaqué par une leucémie, le Dr Nagaï mourra le 1er mai 1951. A son enterrement, 20 000 personnes brandiront son livre le plus célèbre : Les Cloches de Nagasaki. souvenir-cloches.jpgSon fils publiera en réponse Le sourire des cloches de Nagasaki, paru en France en 2004. Il raconte sa vie d’enfant confronté au souvenir des cendres de sa mère et à la leucémie de son père. Il raconte le drame que le Japon vit toujours. Non pas Hiroshima et sa colonne de flammes. Non pas Fukushima et ses trombes d’eau. Car rien n’est comparable. Il n’y a pas d’équivalence, sinon l’entêtement des autorités à nous exposer au pire.

Aujourd’hui aura lieu la première commémoration de la catastrophe de Fukushima. On tentera de nous faire croire que les autorités sont désormais soucieuses de notre passé comme de notre avenir. Commémorons donc. Comme ont été régulièrement commémorés les bombardements de Hiroshima et de Nagasaki. Il sera bon alors de rappeler les circonstances de ces tragiques événements. Comme on l’a fait de ces bombardements. Le nom du bombardier américain, celui de la bombe, les estimations du nombre des victimes, sans parler des survivants ("hibakusha "), marqués à vie dans leur chair, leur esprit et leurs relations sociales. Avant que ne retombe l’épais silence des médias en attendant de commémorer de nouvelles catastrophes. Il flotte décidément comme une représentation vaine de ces choses : le martyre, cette tradition des temps barbares.

 

 

Les Cloches de Nagasaki, Takashi Nagaï, 1962, épuisé.

Le sourire des cloches de Nagasaki, de Makoto Nagaï, Tokusaburo Nagaï et Marie-Renée Noir, éd. Nouvelle Cité, août 2004, coll : Récit, 123 pages, 16 euros, ISBN-13: 978-2853134644.

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 05:55

parite.jpgJe me rappelle la colère d’Eléonore Lépinard sur ce sujet. On en était pourtant passé d’une revendication minoritaire à une réforme institutionnelle majeure, avec à la clef une Loi sur la Parité. Un tournant légaliste qui s’était opéré dans les années 80 sous la pression de l’arrivée de la Gauche au pouvoir et qui avait conduit, bien longtemps après, au vote de la Loi Constitutionnelle du 8 juillet 1999, adoptée sans surprise, bien que deux ans auparavant, 75% des députés s’étaient prononcés contre l’inscription de la Parité dans la Constitution. Comment ce retournement de l’opinion parlementaire avait-t-il été possible ? Et puis : malgré le succès du combat politique, où en étions-nous de l’égalité réelle, sociale, économique, culturelle entre les hommes et les femmes ? Malgré une réforme majeure, cette égalité ne demeurait-elle pas introuvable ? Au point qu’aujourd’hui encore, tous les indicateurs sociaux confirment l’existence, en France, de fortes inégalités entre les hommes et les femmes ? Comment poursuivre, dans ces conditions, la lutte ? La brèche ouverte par les femmes dans la doctrine de l’universalisme abstrait, ne s’est-elle refermée sur elles ? Car comment expliquer ce grand écart entre l’ampleur du débat suscité par le concept de parité en France à la fin des années 1990 et le reflux qui préside depuis à l’application de la loi ?

Dans son essai, Éléonore Lépinard avance une hypothèse effarante, sinon effrayante : les rhétoriques "mobilisées pour légitimer la loi sur la parité" auraient elles-mêmes participé à "forclore les changements possibles en matière d’égalité des sexes" ! Quant est-il donc, au delà de la question de l’égalité des sexes, du recours légaliste ?

Eléonore Lépinard étudie de près, dans son ouvrage, les effets discursifs du recours à la loi sur les mouvements sociaux dans le cadre du modèle républicain contemporain. Elle décrypte avec intelligence ces opérations par lesquelles les acteurs collectifs inventent des stratégies, favorisent l’émergence de normes et tracent malgré eux les contours des conditions de réception de leurs revendications, contours qui sont rien moins, en creux, que ceux de l’univers réel du discours républicain. Une moulinette, dont on se demande si, in fine, le but n’est pas de laminer les luttes et les revendications pour les affaiblir, sinon les escamoter…

Retraçant la généalogie du concept de parité, elle piste ses esquisses, tant en France qu’au niveau international, dévoile sa grammaire, les relais mis en place pour fabriquer de la parité capable de redéfinir au passage la question de l’égalité des sexes, de revisiter et transformer les clivages des luttes anciennes, celles des années 1970, oscillant entre les tenantes de la parité comme parachèvement du projet démocratique et les féministes rebelles qui voyaient dans la parité conçue dans les termes de la loi une égalité dénaturée. Pour finir par poser la question on ne peut plus circonstancielle du statut de toute représentation politique : est-elle vraiment un moyen d’émancipation ? Au delà de l’étude sur la question de la parité politique, c’est cela qui importe aussi, aujourd’hui surtout : construites comme un problème public, que deviennent nos revendications, quand on en exclue la rue ? Les contraintes institutionnelles sont telles, que nos luttes semblent y perdre leur sens. La loi tamise, édulcore, gauchit. Et la rhétorique du système républicain, pour convaincante qu’on veuille la faire passer dans les médias, n’est bien souvent ouverte qu’à l'infructueux… Le travail juridique et législatif des parlementaires apparaît ainsi à travers cette étude sur la question de la parité homme-femme fondamental, mais insuffisant, tant les compromis politiques sont prégnants et restreignent le cadre de nos ambitions. Des Lois sur la parité homme / femme, une réelle frustration sociologique en est sortie. L’égalité homme / femme est demeurée introuvable. On peut bien sûr évoquer de réels progrès, il n’en demeure pas moins que les textes n’ont changé la condition de la femme qu’à la marge…

Alors qu’aujourd’hui une fenêtre d’opportunité politique semble s’ouvrir à nous, sans doute ne devrions-nous pas l’ignorer : il existe comme une sorte de tragédie structurelle qui pèserait sur le réformisme politique. Une tragédie propre surtout aux institutions de la société néo-libérale il est vrai, pesant de tout son poids sur toute possibilité de réforme en profondeur. Car la nécessité institutionnelle ne peut être combattue que par une nécessité collective aussi puissante. Le changement ne peut être généré que par une rupture collective. Seul un sujet collectif peut générer un vrai changement. Aucune société républicaine ne peut se transformer de l’intérieur : elle finit toujours par reproduire des formes de domination. Alors on peut bien exhiber les luttes nécessaires et les collectifs qui les tissent, ici les femmes. On peut bien imaginer d’autres formes de vie à l’oppression sociale qui nous enferme, on peut explorer d ‘autres modes de ré-appropriation collectives : la liberté ne peut se déployer que dans l’espace commun. La femme refusée, face à l’ampleur de la tâche qu’elle entreprend, ne peut que voir son œuvre détruite, tant que son entreprise de déchiffrement ne parvient pas à viser la possibilité d’une histoire collective. L’Histoire, c’est la dimension du sens que nous voulons collectivement être. L’indécidabilité de la promesse historique ne doit jamais suspendre l’action collective.

  

 

L’égalité introuvable, la parité, les féministes et la République, É. Lépinard. Presses de Sciences Po, Paris (2007), Collection Fait politique, 304 p., 23 euros, ISBN-13: 978-2724610130.

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 05:26

mikal-gilmore.jpg1976. Gary Gilmore est emprisonné. Pour meurtre. Il exige que l’Utah rétablisse la peine de mort. De fait, il sera bientôt exaucé et… fusillé. Cinq balles. Dans la poitrine. Son frère cadet enquête. Des années plus tard il s’empare de nouveau de cette histoire. De son histoire. Comment en est-on arrivé là ? Il enquête sur son frère, sa famille ivre de haine, tout droit sortie d’un roman de Faulkner, avec ses petits blancs repus de misère, d’humiliation et de violence. L’histoire se dessine peu à peu. Non sans mal. C’est que Mikal, devenu rédac chef de Rolling Stone Magazine, ne veut pas expliquer, mais raconter. Montrer. Les années 50, une ville américaine moribonde avec sa voie ferrée à l’abandon, qu’aucun train ne semble avoir jamais empruntée. Une ville de revenants. De moribonds. De brutes. De brutes qui meurent de maladies agressives. Alcool, tabac, cancers expéditifs qui vous cognent jusqu’au plus profond de la nuit. Une Amérique obscure, réfugiée chez elle, éternellement. Une histoire dont on sent le poids aujourd’hui encore. Et sa difficulté à raconter la genèse de cette violence, de ce trop plein de violence. Des meurtres, toujours, partout, dans chaque maison, chaque famille. Que Mikal ne veut pas chercher à comprendre, mais montrer. Il y en a trop de toute façon, pour que cela puisse faire sens. Trop d’incompréhension. De tous devant tous. "Je suis le frère d’un homme qui a assassiné des innocents". Condamné à mort en 1977. Cela faisait dix ans qu’il n’y avait pas eu d’exécution. Mais lui, le condamné, avait su convaincre la résistance des autorités. Norman Mailer en fit une histoire –Le chant du bourreau. Et lui, Mikal, le frère du condamné, tente à présent d’écrire l’histoire des origines de cette violence. Celle d’une Amérique profonde. Celle des petits blancs d’Amérique. Faulkner. Une histoire de fantômes. De gamins habillés en cow-boys, mais armés de vrais pistolets. Un autre espace-temps. Une histoire qui est aussi celle des Mormons. Une population égarée, décimée, persécutée, qui a cru ne devoir son salut qu’à la violence qu’elle mettrait à survivre. Une population, la sienne, les siens, qui a tout au long de son histoire cultivé la fatalité du meurtre, nous dit-il. La culture du meurtre. Le livre du Mormon en toile de fond. Bible familiale. Mille ans de violence. D’une tribu aux origines bibliques, embarquée sur un bateau de fortune, une arche sans alliance, voguant jusqu’en ces terres nouvelles pour croire en un quelconque destin aussitôt biffé par la mort prématurée de son fondateur, confiant sa succession au cadet de la famille, au mépris du tourment des aînés, jaloux, qui n’auront alors de cesse que de vouloir se venger contre ce frère préféré… La violence depuis. Jusqu’à celle de Dieu les condamnant à avoir l a peau rouge… La guerre entre les familles. La violence comme principe purificateur. Non la confession des péchés : la violence. Et le Livre du Mormon que Mikal tient en main et qui projette la vision d’une Amérique en proie à la destruction, à la folie meurtrière. En guise de terre promise, une terre soumise à la peur et à la violence. Au souvenir des années 1830, celles de la grande répression des Mormons, chassés des villes qu’ils avaient construites par des milices d’Etat féroces qui les incendièrent, violèrent leurs femmes, assassinèrent leurs enfants. Des milices blanches. Qui les gavèrent d’une violence inextinguible. Dont jamais ils ne purent se rassasier…

 

Un long silence, Mikal Gilmore, traduit de l’américain par Fabrice Pointeau, éd. Sonatine, févr 2011, 565 pages, 22 euros, ISBN-13 : 978-2355840517.

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 05:34

sondage.jpg1936, George Gallup met au point la plus belle invention de domination des masses : "l’échantillon restreint mais représentatif"… Mussolini, Goebbels, ne s’y trompent pas, qui ne tarissent pas d’éloge devant cette bien belle technique de domination des peuples. L’ingénierie sociale ne triomphe pas encore, mais la voilà dotée de parrains efficaces, sinon encombrants… Mais ce que Mussolini et Goebbels ignorent, c’est qu’elle connaîtra ses plus beaux jours en France.

1941, Vichy. Pétain crée la FFEPH : la Fondation Française pour l’Etude des Problèmes Humains… La Fondation recrute des jeunes chercheurs plein d’entrain, dont Jean Stoetzel, que Gallup fascine. L’IFOP existe depuis 1938 (Institut Français de l’Opinion Publique), mais c’est l’occupation allemande qui va lancer d’une manière déterminante la carrière de celui qui n’était alors qu’un marginal au sein de la sociologie française, dominée par Durkheim. A la tête de la FFEPH, Stoetzel réalise les premières enquêtes d’opinion d’envergure, sur une question qui "préoccupe" bien évidemment les français de Vichy (puisqu’on ne cesse de le leur marteler) à savoir : la baisse de la natalité… La natalité française… Ah, le beau sujet !… Naître français… De bonne souche recommandable, sinon identifiable… Il fut l’occasion de la première transformation massive, officielle, de la sociologie en technique de pouvoir. Sitôt la guerre achevée, l’épisode n’est pas clos pour autant : la FFEPH devient l’INED, qui existe toujours, outil certes puissant de compréhension et d’analyse de la population française. Stoetzel accède à une chaire de sociologie en Sorbonne et devient "un fondé de pouvoir en terre de mission de la multinationale scientifique de la sociologie américaine", selon l’expression de Bourdieu, qui ne décolère pas devant cet usage immodéré, impulsif, idéologique de la sociologie. Développant ses méthodes statistiques appliquées à la mesure de l’opinion publique, sourd aux critiques de Bourdieu, imperturbable, Stoetzel poursuit son travail. L’IFOP bourgeonne. mesnongebisEn 1962 est créé la FLORES, puis BVA en 1970, IPSOS en 1975. Leur clientèle est d’abord essentiellement commerciale. Mais dès l’année 1960, ces instituts tentent de se convertir à la prédiction politique. Bourdieu a beau démontrer que toutes les opinions ne se valent pas, n’ont pas le même poids, rendant de fait imprévisibles les mouvements d’opinion et farfelues les prédictions politiques (on a connu cela avec Jospin n’est-ce pas), Bourdieu a beau dénoncer le poids de manipulation de ces fameux sondages, rien n’y fait : les élites politiques s’obstinent, l’opinion est travaillé au corps, à son corps électoral défendant : il faut, coûte que coûte, produire de l’opinion, si possible la meilleure possible pour les partis de pouvoir… De fait, la notion ajustée par les sondeurs cache de plus en plus mal qu’elle n’est qu’un outil idéologico-politique, qui légalise un transfert illégitime de souveraineté sous couvert d’une pseudo objectivité scientifique. Mais rien n’y fait : la France politique demeure sourde à ce procès légitime. Consulting, lobbying pèsent de tout leur poids sur les élections françaises et les choix des électeurs, transformant les élections en business et pesant sur la décision démocratique. C’est également très frappant au niveau européen, où des tables rondes d’industriels dictent littéralement (cf l’ERT) les grandes lignes idéologiques que l’Union doit prendre. Un seul but : mettre le pouvoir politique à l’abri de la démocratie. Un phénomène sans équivalent dans le monde, l’Europe se distinguant encore par le fait qu’il n’y existe pas de Freedom of Information Act, qui permettrait d’accéder, au moins cela, tout comme aux Etats-Unis, à nombre de documents étatiques. Ici, le vide démocratique en guise de gouvernance…

 

L’industrie du mensonge : Lobbying, communication, publicité et médias, John Stauber et Sheldon Rampton, traduit de l’américain par Yves Coleman, préface de Roger Langlet, édition Agone, oct. 2004, coll. Contre-feux, 363 pages, ean : 978-2748900125.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 05:10

mensonge.jpgMachiavel nous assurait que la finalité du politique était de prendre et de conserver le pouvoir. Ce qu’il ignorait, c’était que cette finalité allait devenir plus radicale encore : mettre le pouvoir à l’abri des démocraties.

C’est à cet effrayant constat que nous introduit l’essai de John Stauber, passant au crible l’industrie des relations publiques, des origines à nos jours. Soit un siècle de production du mensonge. Certes, l’étude est davantage concentrée sur le premier quart du XXème siècle, et plus particulièrement encore sur la machinerie américaine, la plus performante au monde. Mais il y a là bien des leçons à tirer pour nos propres démocraties européennes… Grand patronat, Pouvoirs Publics, personnel politique, médias, la belle entente règne, où l’on s’accordent à maquiller des pratiques illégales et immorales, dans le but non seulement de maintenir l’ordre politique, mais l’ordre social. Un préalable, sinon l’incontournable du genre : orchestrer l’ordre électoral. On en sait quelque chose en France désormais. La fabrique de l’opinion publique ne tourne jamais autant que dans ces moments là. Une vraie machine de guerre bricolée par les élites pour légitimer leurs revendications et les faire approuver par les couches populaires et moyennes de la population. Une méthode : l’ingénierie politique. Un seul but : cibler le vrai danger, à savoir, le citoyen de base. Qu’il puisse en arriver à prendre des décisions publiques, voilà la vraie horreur… Et l’on ne parle pas ici de referendum, cette machination politique conçue la plupart du temps pour confisquer les vraies prérogatives populaires. Le jeu politique doit être confisquée de toute façon, voilà la vraie leçon, le rôle du plus grand nombre étant de demeurer spectateur. Un spectateur régulièrement convoqué aux élections, avant d’être congédié, ou encourager à vaquer ensuite à ses affaires privées, en attendant les prochaines élections.

Aux Etats-Unis, ce qui assure ce fonctionnement, c’est le mythe fondateur du pays de la Liberté d’expression. En France, ce serait au fond celui de la liberté de la presse. Le premier amendement donc, tandis que les dix suivants fonctionnent comme parfaite régulation de la domination.

Et aujourd’hui, note l’auteur, ce à quoi l’on assiste, c’est à l’élargissement des missions de l’industrie de l’opinion publique. Celle-ci ne doit-elle pas transformer par exemple les pollueurs en défenseurs de l’environnement ? Ou maquiller les guerres de conquête en actions humanitaires, convertir le nucléaire en énergie propre, etc.

Si bien que l’industrie des relations publiques est devenue le bras armé des élites contre la démocratie. Une industrie qui s’emploie à fabriquer du rêve à bon marché, du renoncement à tour de bras, de la fatalité publique et du consentement, les seuls vertus autorisées, susceptibles d’aider à "gouverner" le peuple, spontanément ingouvernable. C’est ce gouvernement invisible de manipulations éhontées qui dirigerait de fait le destin des démocraties occidentales…

 

L'industrie du mensonge : Lobbying, communication, publicité et médias, John Stauber et Sheldon Rampton, traduit de l’américain par Yves Coleman, préface de Roger Langlet, édition Agone, oct. 2004, coll. Contre-feux, 363 pages, ean : 978-2748900125.

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 05:23

spinoza.jpgSuperbe Spinoza ! Immense Spinoza dans cette lecture savoureuse d'Eric Pierrot.

Certes, on regrette presque, tant cette lecture est accomplie, qu'il n'y ait pas l'accès au texte latin. Tout comme on finit par regretter que la totalité de l'oeuvre n'y soit pas présentée, ou que la correspondance soit pareillement lacunaire, disséminée au gré des livres majeurs. Mais quelle lecture ! Si intensément habitée, nous restituant dans une étonnante proximité les démonstrations de l'auteur, en révélant toute cette dimension d'enquête que des siècles de lectures consensuelles nous ont fait perdre, pour livrer ici un Spinoza s'interrogeant sous nos yeux et ne masquant jamais ce qui l'étonne, l'arrête, le surprend, comme à haute voix et dans le temps même de son étonnement. C'est dire si le ton est intime, révélant l'intimité de l'écriture de Spinoza à travers cette lecure splendide.

Et puis il y a ce parti pris de l'éditeur, rebutant tout d'abord, taillant ici, coupant là, servant un chapitre, contournant le suivant sans qu'on puisse totalement l'accuser de travestir le propos mais l'orientant tout de même, en forçant l'interprétation, le pliant à un usage que l'on finit par éprouver, en effet, comme crucial, le nôtre, dans cette attente que cette découpe révèle d'un monde qui peine à faire sens, tout entier chevillé au corps de cette raison jetée là entre nous pour s'en tirer seule et nous tirer de tous les égarements que nous ne savons pas éviter. Il y a ainsi cette articulation très nette, trop nette tout d'abord, impossible au long cours, d'un but que la philosophie poursuivrait seule, marquant sa différence avec force, celui d'une vérité qu'elle saurait accueillir, qu'elle aurait toujours à recueillir avec le même empressement, la même impatience, le même enthousiasme. D'une vérité qui ne cesserait de nous rappeler au seul ordre du monde que nous sachions vivre, moins sereins qu'orphelins, car Spinoza en rabroue très vite la superbe, délestant cette mesure de son axe pour la laisser lentement dériver au large d'une autre dimension, celle de l'être dont il ne veut construire aucune règle hâtive, mais dont les autres dimensions ne savent être négligées dans sa prose. Une Parole sourde, presque ce secret mot d'ordre qu'évoquait Walter Benjamin, qui traverserait l'univers. Et dont la Révélation nous contourne obstinément. Mais Spinoza n'en appelle jamais à l'innocence improbable -il ne cesse de convoquer l'entière liberté de philosopher. Ne s'en prive pas lui-même, sur quelque sujet que ce soit, ne condamnant comme hérétique que «ceux qui professent des opinions incitant à la haine». Spinoza déniaisant l'une et l'autre dimension, déconstruisant et la raison et la religion, jusque dans ce choix de textes presque téléologique mis en perspective par l'éditeur pour nous aider, on le sent bien, à vivre une époque invivable d'opprobres et de consternations faciles. Spinoza lancé ainsi en pleine figure, lui et son étonnement à voir des êtres de raison s'employer pareillement à détruire leur raison. Manquer d'être au fond, plus que de raison...

Spinoza au chevet, tout d'un coup, de ces êtres qui ne se lassent pas d'ignorer les causes des choses à force de ne chercher que ce qui leur est utile. Ces êtres qui se figurent libres quand ils n'ont conscience que de leur volition et de leurs désirs. Admirable Spinoza, qui sait que ces hommes là ne pensent pas, pas même en rêve, au rêve qu'ils font, satisfaits du ouï-dire, jugeant de la nature des choses d'après leur nature propre et ne réfléchissant que par coutume sur la raison de leur raison.

SPINOZA (EXTRAITS DE L'ŒUVRE), LU PAR ÉRIC PIERROT, ÉTHIQUE - TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L’ENTENDEMENT – TRAITÉ THÉOLOGICO-POÉTIQUE, FREMEAUX & ASSOCIES, février 2012, 3CD, 29,99 €

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 05:50

 

piketty.jpgIl faut repenser, et très vite encore, le projet européen, car l'Europe nous fragilise, affirme Thomas Piketty dans son dernier ouvrage, une série d'articles écrits par l'économiste entre 2004 et 2011, et dans laquelle on sent très nettement monter l'urgence et l'inquiétude devant l'accumulation ahurissante des sommets de la dernière chance qui n'ont toujours rien réglé à ce jour.

Vite, refaire l'Union Européenne, se défaire du calamiteux directoire Merkel-Sarkozy, qui s'obstine à vouloir faire exploser la construction européenne. Se défaire de leur pathétique amer, rappelez-vous, ce 27 octobre 2011, le couple obscur quémandant à la Chine une aide financière au cours d'un énième sommet de l'incompétence et de l'impuissance.

Il faut cesser de se contenter de colmater les brèches de cette passoire fiscale qu'est devenue l'Europe. Il faut donner enfin un vrai poids à ce nain politique qu'est l'Europe aux abois -bien qu'elle soit moins endettée que les Etats-Unis ou le Japon ! Et tordre le cou à la logique inepte, absurde, criminelle de la Banque Centrale Européenne, qui n'a cessé de mettre à la disposition des banques privées des sommes monstreuses que ces dernières se sont empressées de prêter aux pays européens en difficulté à des taux d'usuriers !

Vite, il faut en finir avec la culture de l'arrangement du Conseil des Chefs d'Etat. Car oui, il faut d'abord et peut-être surtout réformer au plus vite les institutions européennes, les plus anti-démocratiques jamais conçues dans le monde occidental. Voilà une urgence à laquelle souscrire des deux mains, tant il crève les yeux qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de l'Union Européenne. Mais sur ce point, je trouve Piketty peu convaincant, à ne proposer que d'empiler une nouvelle couche institutionnelle à celles qui écrasent déjà de tout leur poids la démocratie en Europe. Car notre économiste ne songe qu'à créer un Sénat européen, qui aurait certes la haute main sur les Dettes et sur l'Agence européenne de la Dette, mais dont on comprend mal quel serait le pouvoir réel ni de qui il le tiendrait vraiment. Car enfin... tant que les peuples européens n'auront pas repris le pouvoir qui leur a été confisqué, il ne servira à rien d'empiler les chambres les unes sur les autres. Il faut en réalité réviser de fond en comble le fonctionnement des pouvoirs dans cette Europe construite loin des peuples européens. Une Europe qui, dans sa gouvernance, ne témoigne que de la main mise d’une oligarchie au service du seul objectif qui lui importe : la promotion de la liberté des marchés financiers. Car il faut cesser de croire que l'UE n'est pas un régime politique : elle en est un, et le pire qui soit, offrant l'expression la plus tragique de la structure oligarchique du monde néo-libéral. Voyez la farce des consultations bafouées, comme en France. Leur Europe devrait-on écrire, dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas, qui est celle qui est venue à bout de la souveraineté politique des nations européennes par des pratiques économiques qui sont, il n’en faut pas douter, une manière redoutablement contemporaine de faire de la politique autrement, sans l’embarras démocratique qui préside encore –si peu- au destin des nations qui la forment. Et si vous en doutez, observez comment s’équilibrent les forces institutionnelles au sein de cette UE : une Commission Européenne, son exécutif, où siègent des fonctionnaires nommés par les Etats membres, sans aucun mandat démocratique. Un Conseil des Ministres transformé en instance législative délibérant secrètement, un Conseil européen des chefs de gouvernement convoquant les récalcitrants pour leur dicter ses décisions…Ajoutez à cela un pseudo législatif, où le processus de décision est télécommandé par des entrepreneurs ayant avalisé une construction politique autoritaire et volontairement parcellaire : le Parlement européen, seule instance «populaire» élue démocratiquement, qui erre entre Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg (quand on y songe !), et ne dispose d’aucun pouvoir fiscal, d’aucun pouvoir budgétaire, d’aucun contrôle sur les nominations, d’aucun réel droit législatif, sinon celui d’amender à la marge ou d’opposer son veto ! Un corps législatif d’un autre âge donc, qui observe, tétanisé, le pouvoir confisqué par le Conseil des Ministres, coiffé par Le Coreper, comité des représentants permanents fixe, et in fine, le Conseil européen des chefs d’Etat. Soit une violation constante du principe de séparation des pouvoirs constitutionnels, un déficit démocratique sans précédent, auquel même les faucons américains n’ont jamais osé rêver. euro dictature2Ce que Piketty ne sait pas suffisamment observer au fond, c'est que l'UE est l’affaiblissement volontaire du politique. Voyez où se discutent l’essentiel de notre avenir et comment. Voyez qui prend les décisions et comment, et ce que ces décisions concernent : des questions qui étaient autrefois débattues au sein des parlements nationaux, négociées désormais dans le secret. Le traitement de ces questions, observe avec pertinence l'historien Perry Anderson, est celui que l’on réserve d’ordinaire aux Affaires Etrangères ou Militaires ! Des questions confisquées par de prétendus experts, mais dont nous nous rendons bien tous compte, comme les taux d’intérêts, qu'elles organisent le déplacement de la politique macro-économique vers Bruxelles. Avec à la clef, encore une fois, nos vies et notre avenir : emplois, impôts, protection sociale…

L’Union Européenne, aujourd’hui, c’est enfin l’état minimal tel qu’aucun ultra-libéral n'a jamais osé l’espérer : une fonction publique réduite à néant –20 000 fonctionnaire !- des dépenses étranglés, un contrôle impossible, bref : la démocratie vidée enfin de sa substance ! Allez : on a bien vu quel genre d'ordre tentait de s'imposer dans cette UE. On l'a vu avec le contournement du référendum français, la confiscation du référendum en Grèce, l’arrivée au pouvoir des banquiers en Italie. On le voit à l’étude attentive des liens qui se tissent ici et là à la faveur de cette pseudo crise : Mario Draghi, le nouveau président de la Banque centrale européenne, proche de Mario Monti, le président désigné du Conseil Italien, proche de Lucas Papadémos, le nouveau Premier ministre grec, tous les trois appointant à la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, qui ne cesse d’étendre en Europe son réseau d'influence.

Partout en Europe, ce que l’on peut observer, c’est la montée en puissance d’un ordre fondamentalement ennemi de toute démocratie, préparé de longue date par l’arrivée au pouvoir, dans les années 80, d’un Reagan ou d’une Thatcher qui n'avaient d'autre horizon que de faire de l’Europe la plus fabuleuse pompe à fric que le monde occidental ait jamais inventée. Alors sans doute, oui, est-il temps non seulement de repenser le fonctionnement des institutions européennes, ainsi que nous y invite Piketty, mais de reprendre le pouvoir dans cette Union au fond très peu européenne. Et sans doute est-il temps de la penser collectivement : non comme savoir mais comme lucidité qui contraint à prendre soin des hommes autant que du monde. Car tout comme la philosophie, la politique est un exercice de lucidité, au terme duquel il ne s’agit pas de voir ce qui est mais ce qui institue le bon fonctionnement de la cité, dont l’être humain est la finalité, non les moyens. Et sans doute est-il vraiment temps de réaliser que l’Union Européenne n’incarne plus un système de valeurs universelles, mais un système politique qui repose essentiellement sur la faiblesse tactique de ses peuples, vidés de leur substance politique : l’Europe des populations à genoux devant les banques.

 

Thomas Piketty, Peut-on sauver l'Europe ?, éd. LLL, janvier 2012, 272 pages, 20 euros, ean 978-2918597469.

Goûtons tout de même au passage, la flèche décochée par Piketty à Sarkozy : c'est moins l'Allemagne qui bloque tout, que Sarkozy, recroquevillé sur sa logique intergouvernementale, refusant de céder toute once de pouvoir et redoutant comme la peste l'intrusion de la démocratie dans son petit cercle de décideurs...

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 05:00

afficheUMP5.jpgPartout sur les bancs de l'école républicaine, ironise Thomas Piketty, nos chères têtes blondes apprennent que la redistribution la plus efficace est la redistribution fiscale. Une redistribution qui, comme son nom l'indique, n'intervient jamais qu'après coup, après le temps du grand ramassage vertueux, celui au cours duquel on encaisse, on engrange les bénéfices. Mais ces trente dernières années, observe Piketty, que s'est-il passé partout dans le monde occidental ? On a libéralisé à tour de bras tous les secteurs de l'activité humaine, y compris celui de la fiscalité, tant et si bien que le temps de la redistribution fiscale est passé à la trappe... Il fallait bien, là aussi, introduire la concurrence fiscale et gagner encore de l'argent. Et si l'on y réfléchit un peu, ce grand et beau mouvement de gavage a conduit les riches à obtenir des réductions d'impôts sans précédent, alors qu'ils gagnaient déjà sur le premier tableau avec la libéralisation des échanges et du commerce mondial ! Bingo : plus ils gagnaient de l'argent et moins ils en redistribuaient, laissant aux pauvres le soin de redistribuer entre eux la part la plus congrue de leur gâteau. Et pendant que les riches se gavaient, les plus modestes devaient se contenter de la hausse de leurs cotisations sociales, tout comme de celle de leurs innombrables impôts indirects payés sur leurs consommations quotidiennes. Au final, on n’a fait qu'accroître la pression fiscale sur les plus modestes. On n’a fait qu'accroître les inégalités, dans une proportion inconnue à ce jour. Alors on voudrait nous faire croire qu'imposer les très riches risquerait de ruiner le pays, de décourager les talents, de faire fuir les investisseurs... L'évasion fiscale ? Parlons-en décline Piketty : c'est d'abord, tous les jours, la libéralisation des marchés financiers et des flux des capitaux. C'est, d'abord, tous les jours, l'évasion vers les paradis fiscaux au cœur même de l'Europe malgré les promesses du président du peuple autoproclamé, comme la Suisse ou le Luxembourg. Des sommes inimaginables même, à côté de celles que le candidat Hollande sait pouvoir récupérer, calculette en poche, indolores dans le portefeuille des nantis, et qui ne sont certes pas cette catastrophe que veut bien promettre le candidat du peuple autoproclamé, toute honte bue...

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 05:34
Why President Sarkozy was such vulgar? Any examples in our national history ... Not since the France of Vichy. And vulgarity will be the last world of this national sequence, coinciding with the end of Sarkozy power, that of a leader who has ceased to emphasize his ego, crediting the discredited, documenting a style swashbuckler, liar, and braggart. So the only question of interest today is the reason of such impropriety. The answer is contained implicitly in the work of Frederic Lordon (Capitalism, desire) : we live in a society of widespread concern, in which an unprecedented economic brutality arose. A real tyranny settled here-employment blackmail, blackmail-growth, "which finds its conditions of possibility in the new state economic structures" named financial wich appeared recently. A Capital fundamentally un-social : cash go where it yield the most, plunging the nation in a world of terror. The mechanisms of this financial capitalism are simple: finance does not care our labor force, now fungible. Asymmetry unprecedented affects the relations of production: the financial capital has always time to wait, even when the labor force comes into rebellion. In contrast, insecure employees is such that they can not engage the standoff. Violence lobbying on the labor Nation does not belong Fordism patterns, our enemy is not yet philosophical liberalism as we know so far, but neo-liberalism, which is certainly a worthy offspring. And under its, the fear is widespread, intensified. This power has created is unprecedented brutality. It has long simmered in the summations to seeing globalization as the salvation of our labor. But globalization was, in first, the death certificate of the People's concept (wich was a political concept), replaced by the notion of populations (which is a biological category). Supreme handling was to transforme the citizen in consumer. And with the discourse of free competition demanding ever more necessary relocations, free competition in the service of our dreams consumption wildest, something else happened: they closed business not because they were not profitable, but because they were reported and enough dividends to their shareholders that they might reinvest them elsewhere, form of cash available wildly, away from the Nation, picking up unprecedented gains, as capitalists themselves never dreamed...
French presidential vulgarity will thus reflects nothing but the new balance of power. The expression of an unprecedented permissiveness, forged in the minds of these new capitalists. And drunkenness which it testifies, his vulgar pathos is the expression of omnipotence feeling. Everything is possible. We can even lie shamelessly. I am the President and fuck you ... The expression is vulgar, certainly, but it is the exact situation of the current language of this power, which authorizes the presidential authority to practice the insult : the radicalization of political power is unprecedented in our history, and assures him impunity. And believe it, finance push his advantage throughout, as it will not encounter a resistance force equal to his own. This is perhaps where the problem will hurt: in France, now, the political power goes its end, even if this agonizing Fifth Republic is able to confiscate political game. For despite the complexity of forms of domination, stacking levels on each other in chains of dependencies, an architecture that perfectly describes Lordon in his essay, all this beautiful architecture remains sensitive to the ultimate disappointment of an electoral rout sign the disallowance in the camp of President must have the political power to operate uninhibited. Not far from Presidential, a great social and political earthquake is possible.
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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 05:15
Machiavel (1469-1527), comme une mémoire encombrante sur laquelle il faudrait toujours revenir.
Qu’y avait-il donc de si "grand" dans ce haut fonctionnaire florentin chargée des relations extérieures de la cité ?
Qu’il ait composé Le Prince en 1513, alors que quelques mois plus tôt, la République venait d’être renversée par les Médicis, aidés par les troupes d’occupation espagnoles ? Ou plus précisément encore que, démis de ses fonctions, emprisonné, sans doute torturé avant d’être envoyé en exil par les nouveaux maîtres de la cité, c’est à Laurent de Médicis, duc d’Urbino, qu’il ait dédicacé son traité ?
Quelle leçon magistrale en effet, que celle de Machiavel réalisant alors par delà l'accablement qui le touche, que la situation historique offre enfin à l’Italie l’occasion de retrouver son rang, mais que cette opportunité, seule la famille Médicis – ses bourreaux – peut la saisir.

Le Prince n’est ainsi pas seulement ce traité qui explique comment prendre et conserver le pouvoir. Il est d’abord l’expression d’une conscience politique aiguë, où se manifeste la grandeur de Machiavel, qui est déjà d’assumer sans restriction sa responsabilité devant sa patrie et devant l’Histoire. Car la politique telle que Machiavel la conçoit désormais, se déploie dans les plis de l’Histoire mondiale, où se façonnent les conditions de vie des nations. C’est pourquoi la politique est, à son sens, la pratique humaine la plus grave – non la plus haute. Ainsi Machiavel n’aura-t-il pas été le machiavélique conseiller des princes que l’on croit, mais d’abord un italien qui n’éprouva pas la moindre hésitation à instruire ses propres ennemis (les Médicis) pour sauver son pays.

Or sauver son pays, c’était d’abord repenser à nouveau frais la politique. Machiavel s’efforça de le faire rationnellement et non moralement. Profondément républicain, il comprit que la justesse de la décision politique reposait dans l’intelligence des situations historiques. A ce titre, sa réflexion visait à doter les hommes publics des instruments de maîtrise intellectuelle des processus politiques saisis dans leur temporalité. Maîtrise dont la finalité ne pouvait être que pragmatique : toute analyse politique doit s’engager sur le terrain contingent des problèmes singuliers. Et si l’objet de l’éthique est l'art de choisir ce qui nous convient le mieux pour vivre le mieux possible, Machiavel comprit que celui de la politique était d’organiser la convivialité sociale et non de planifier le bonheur des individus.

Mais Machiavel ne fut pas seulement un grand homme d’Etat. Il fut un grand homme tout court. Rien ne l’exprime comme ses lettres et ses écrits intimes. A les lire, on prend toute la mesure du personnage, et de la grandeur d’âme qui fut la sienne. Il faut bien sûr avoir à l’esprit les circonstances dans lesquelles Machiavel bâtit son œuvre majeure –Le Prince-: dans cet exil loin des cours dont il était habitué, exposé au mépris et à la vindicte. Dans un courrier à Francesco Vettori, le 10 décembre 1513, on entend un peu bourdonner cette âme : "Le soir tombe. Je retourne au logis. Je pénètre dans mon cabinet et, dès le seuil, je me dépouille de la défroque de tous les jours, couverte de fange et de boue, pour revêtir des habits de cour royale et pontificale ; ainsi honorablement accoutré, j'entre dans les cours antiques des hommes de l'Antiquité. Là, accueilli avec affabilité par eux, je me repais de l'aliment qui par excellence est le mien, et pour lequel je suis né. (…) Durant quatre heures de temps je ne sens pas le moindre ennui, j'oublie tous mes tourments, je cesse de redouter la pauvreté, la mort même ne m'effraie pas. Et comme Dante dit qu'il n'y a pas de science si l'on ne retient pas ce que l'on a compris, j'ai noté de ces entretiens avec (les sages de l’Antiquité) ce que j'ai cru essentiel et composé un opuscule De principatibus où je creuse de mon mieux les problèmes que pose un tel sujet : ce que c'est que la souveraineté, combien d'espèces il y en a, comment on l'acquiert, comment on la garde, comment on la perd."

Mais c’est surtout dans cette phrase sublime traversée par un souffle qui à lui seul vaut les plus hautes leçons données par des hommes aux hommes, que cette profondeur existentielle non seulement se dévoile, mais traverse chacun de part en part, rejoignant chacun au plus profond de lui :

"J’ai si bien souffert et si bien su résister à ma souffrance que j'en ai conçu une sorte de tendresse, pour les hommes et pour moi-même." Fasse que je sache demain, quand le souffle de l’histoire aura tourné court, me congédiant comme tant d’autres dans les affres de la désespérance chevillée à même ce manque de souffle de l’Histoire, me rappeler cette phrase comme l’assurance que "les battements d’aile de l’espoir immense" sauront de nouveau lever l’échappée de règnes inédits. --joël jégouzo--.

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