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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 05:38

 

la-crise-du-mariage-amour-pascal-bruckner.jpgAlors que le mariage pour tous demeure l’objet d’une actualité fiévreuse, les éditions Frémeaux publient un long essai sonore de Pascal Bruckner sur la question du mariage d’amour. Une formule, on le voit, qui contourne savamment la crise de la réflexion anthropologique qui secoue la France d’aujourd’hui. Mais si l’amour individuel moderne, si jeune dans l’histoire humaine, n’a que très peu à voir avec l’institution du mariage, on voit bien dans la démarche du philosophe combien il demeure malaisé de s’en saisir jusqu’au bout quand il est question de s’unir à l’être aimé, tant l’horizon de cette union, quelle qu’elle soit, est compliqué désormais. Qui aimerait d’amour sans lendemain, transformant souvent la déclaration d’amour en crime parfait ?…

Et l’on voit bien alors notre philosophe, ex-soixante-huitard, troublé par ses égarements passés peut-être, se jeter à l’eau pour sauver quelque chose qui pourrait enfin durer, saluant au passage le divorce qui a explosé pour, peut-être encore, rendre au mariage sa dignité, en faire un destin choisi plutôt qu’une norme aveuglée, déroulant ses ors pour mieux masquer le retrait de l’être où si souvent le bel émoi prend fin. Etrange paradoxe au demeurant, que cette pompe du mariage qui éblouit toujours et au-delà du cortège, que cette institution à l’agonie réveillée soudain par des minorités s’engageant à leur tour pour parier qu’il pourrait rester ce don que tant n’ont pas su tenir : celui de survivre à l’instant où l’incompatibilité l’emporte.

Etrange société où le mariage pour tous ne veut plus tuer la norme mais l’élargir, et qui devrait au fond nous porter à nous poser la question de savoir si au vrai, ce n’est pas tant le mariage qui est en crise que l’amour comme passion. Car le mariage n’est pas demeuré ce qu’on lui reprochait au civil, de n’être qu’une simple formalité administrative, mais l’emblème social qui paraît assurer quelque chose comme un ancrage possible dans une société de libertés où la liberté donne le vertige.

Etrange poésie du mariage, quand la liberté sensuelle aurait dû l’emporter… Peut-être parce qu’il pointe autre chose que notre société ne sait pas nommer, un trouble, dans son acharnement à ne plus vouloir organiser la famille, ballottée au gré des humeurs, des émotions, des béguins. Ou bien il y a que les intermittences du cœur, indéterminées dans leur longévité, n’inscrivaient pas la promesse de l’enfant qui fait peut-être retour comme jamais dans notre société pour rouvrir la question cachée de cette crise anthropologique que nous vivons.

Comme revenu de tout, la gueule de bois en guise de sagesse, Bruckner s’est entouré des textes des autres pour y voir clair dans cette longue histoire contemporaine du mariage, défendant désormais sa ligne comme un cordial, où la persévérance féconde de raison les sentiments et nourrit de douceur les conjoints vieillissants.

  

 

La crise du mariage d’amour, Pascal Bruckner, essai lu par l’auteur, éd. Frémeaux & Associés, coffret 2 CD-roms, 9782844681195.

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 14:03

 

maman et jacques„Non, non, non, viens, partons pour la prison.

Nous deux seuls chanterons comme des oiseaux en cage.

Quand tu me demanderas de te bénir, à genoux

J‘implorerai ton pardon. Ainsi nous vivrons et prierons,

Et chanterons, et conterons de vieux contes et sourirons

À des papillons d‘or ; et nous écouterons de pauvres diables

Parler des nouvelles de la cour, et parlerons aussi avec eux

De qui perd et qui gagne, qui est dans le vent, qui pas,

Et nous prendrons sur nous le mystère des choses

Comme si nous étions les espions de Dieu, plus vivaces

En prison murés que les meutes et factions des grands

Qui croissent et décroissent sous la lune."

 

 

 

Le Roi Lear, Shakespeare : Acte V, sc.3, Arche éditeur, traduit de l‘anglais par Luc de Goustine. Cordelia vient de mourir, Lear la tient dans ses bras, avant de la rejoindre dans la mort.

A ma mère et mon frère, qui se sont rejoints dans la mort à quelques années d’intervalle, pour prendre sur eux désormais le mystère des choses et se faire à ces mystérieux espions de Dieu qu’évoque Shakespeare.

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 05:11

 

jackomo.jpgJe ne sais plus quelle soirée, le lieu seul me revient, ta présence amusée, ton rire bienveillant

et tes joies affranchies des ombres qui mènent habituellement au large le deuil de nos vies.

Je ne pense plus à toi qu’au travers de ces joies où tu nous étreignais, parents, amis, étrangers, un sourire de proue rayonnant, souverain, sur ton visage.

Ce que la pudeur a voué au déclin des clartés, je te l’offre aujourd’hui : l’aveu de mon amour pour toi, mélancolique,

car il s’énonce du fond de ton exil où, dans cette veille patiente où tu reposes, tendre vigie, je ne peux comprendre la puissance d’être mystérieuse qui te recouvre désormais.

Là-bas,

le silence qui a suivi l’épreuve de ta disparition,

et un détail ici que je contemple avec gratitude, un geste, une image de toi, éternel émigrant dessinant dans le sable des plages les épures d’un vaisseau pirate.

Je me rappelle tes bonheurs, qui nous emportaient.

Un vent soufflait sur notre enfance, le tien, celui d’un doux enchantement défendu du vulgaire.

Jusqu’au bout tu auras été fidèle à cet esprit de liberté qui t’animait tant.

Jusqu’au bout je t’aurai vu mener au large la jubilation de vivre. Prenant la vie par la main comme l’aurait fait un enfant d’un tendre ami qu’il accompagne.

Il y avait quelque chose en toi de l’infini de l’enfance,

cette course perpétuelle peut-être, dans le secret des enchantements inondés.

La vie est recommencée.

Ta joie ruisselle au delà du cercle du monde.

Je vois au loin ton franc sourire frondeur, qui nous donne toujours ses leçons de haute contemplation, cette fois depuis ce temps qui ne s’épuise plus, ayant franchi "ce peu profond ruisseau calomnié" dont parle Mallarmé : la mort.

 

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 05:47

 

Proust-lettres.jpg"Puisque le genre sublime ne me va pas, j’essaierai du bourgeois." (Proust à son grand-père, 1886).

Une édition nouvelle de la correspondance de Marcel Proust. On pourrait s’en étonner, la Kolb, en vingt-et-un volumes demeurant la référence en la matière. Celle-ci toutefois ne représentait que le vingtième de la correspondance totale, montrant assez d’une part qu’il reste beaucoup à publier encore, et qu’en pareille occasion, il est toujours tentant d’écarter de son choix toutes les lettres qui contreviennent à l’image que l’on veut donner du grand auteur génial… Kolb n’a pas failli. L’édition Plon nous restitue de fait certains passages tronqués de l’édition princeps, corrige nombre d’erreurs de datation, exhume les lettres égarées, oubliées, etc. … 627 lettres inédites au total font ainsi surface. Des lettres qui donnent une tout autre image de Proust, que l’on découvre ici très au fait de l’actualité de son temps, littéraire, scientifique, philosophique (il correspondait avec Bergson), politique, et surtout très actif quant à sa notoriété.

Mondain, Proust cherchait à plaire, collant la plupart du temps à l’attente de son lecteur, flattant, flagornant, se délectant de sa propre obséquiosité, disant tout et son contraire, convaincu que les faits n’existent pas, seul comptant leur écho…

Les lettres sont pourtant privées dans cette édition. Mais cette correspondance relève au fond moins de l’intime que de la volonté de construire un personnage public, façonné avec componction ligne après ligne.

Les lettres les plus intimes, elles, semblent avoir été détruites dans leur quasi totalité, dès la mise en œuvre de la première correspondance Kolb par le frère de Proust, qui voulait édifier un monument à sa gloire. Il y a bien cette correspondance avec sa mère, qui nous livre un Proust bêtifiant, et ces quelques lettres à Reynaldo où se dévoile toute la jalousie de Marcel. Mais c’est bien tout. Le lecteur attiré par les petits travers de la personne humaine restera sur sa faim.

Reste un formidable objet d’étude, sur le roman français contemporain de Proust par exemple, ce dernier n’ayant cessé de le commenter au gré de ses lectures, d’une immense complaisance certes, mais balayant tout de même un paysage exhaustif, dont la médiocrité l’emporte. On y trouve donc un Proust s’extasiant ou se récriant selon l’attente de son lecteur et colportant ce qui se dit –là est tout l’intérêt de l’exercice.

Une correspondance affectée donc, calculée, de complaisance, dévoilant un comédien qui sait exactement quelle flatterie livrer pour obtenir les grâces de tel, quel bon mot lâcher pour rester en faveur auprès de tel autre poids lourd des Lettres françaises –lesquelles, à cette distance, paraissent aussi vaines qu’elles le sont aujourd’hui, soit dit en passant…

Proust intrigue. Il suit les débats esthétiques, participe aux querelles mondaines et finit par développer une connaissance pertinente de ce milieu, au sens où il sait bientôt quelle place pourra y être la sienne. On le voit donc esquisser son style, lancer des ballons d’essai, préciser prudemment ses décisions esthétiques, dessiner peu à peu les thèmes de la Recherche, tester des façons naissantes, stabiliser petit à petit les formules qu’il incorporera plus tard dans son œuvre. Mieux que quiconque, Proust a compris qu’être écrivain, c’est savoir se positionner dans le champ littéraire, pour mettre en place la stratégie discursive et littéraire qui lui permettra d’occuper cette place. Possédant à la perfection cette connaissance, il saura bien vite trouver les critiques, les auteurs, les journalistes dont il lui faudra s’entourer pour conquérir la gloire.

  

Marcel Proust, Lettres 1879 – 1922, Plon, janvier 2013, 1353 pages, ISBN-13: 978-2259185059.

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 05:04

 

giotto-francois.jpgOn avait arraché le bleu à la vie paysanne. On l’avait prélevé, soustrait aux corps éreintés, ce glaukos des grecs anciens qui peinait à trouver sa place dans le monde des hommes instruits, lesquels ne l’avaient envisagé que mélangé au vert, au gris, au marron.

On l’avait décollé des toiles rudes dont les paysans s'équipaient pour en faire le nouveau destin des Princes. Absent de l’église romaine jusqu’au début du XIIème siècle, le bleu si décrié venait de percer sous la main des maîtres verriers pour irradier une lumière nouvelle qu’ils croyaient tenir enfin du Ciel. Dans les vitraux des églises, le bleu trouva sa lente assignation comme couleur de l’inscription des figures saintes, apparue soudain dans le giron de cette théologie de la lumière qui surgissait partout dans l’Occident fiévreux.

Lumière, le bleu se mit à déserter la terre pour participer du divin. On l’employa comme transitus, conduisant l’homme à Dieu.

Dans l’abbatiale de Saint Denis, le bleu découvrait sa puissance. On était au milieu du XIIème siècle. Il avait mis un siècle à triompher. Couleur nouvelle, il fécondait le manteau de la Vierge avant d’en épouser peu à peu l’intimité corporelle. C’est que la Vierge ne portait plus désormais le deuil de son fils et n’offrait plus aux hommes la seule image de son affliction. Le bleu s’éclaircissait, éclatant d’une gloire nouvelle. Bientôt les émailleurs surent rivaliser avec les maîtres verriers. Ils diffusèrent leurs nouveaux tons de bleu qui séduisirent les princes. Le bleu descendit du manteau de la Vierge aux objets liturgiques et des églises chemina jusqu’aux enluminures, avant que saint Louis, roi de France, en fît sa couleur personnelle. Partout les armoiries s’en saisirent. Le bleu devint l’azur arabe dans la langue des blasons, écu d’azur semé de fleurs de lis d’or. Et le prestige des rois de France fut tel que toutes les cours l‘adoptèrent.

Le bleu avait quitté définitivement les boues paysannes pour inonder les fêtes, les repas, les vêtements des grands de ce monde. Mais en Italie, à la fin du XIIIème siècle, seuls les Princes pouvaient en user. L’azur était coûteux et la peste aidant, la mode revenait au noir. La démarche pénitente de l’Occident chrétien semblait vouloir triompher de nouveau, marquant son territoire sombre jusqu’au XVème siècle.

 

miracle-de-l-assoiffe.jpgFin XIIIème. Giotto peint les fresques de la vie de Saint François, à Assise. Le bleu y déferle en vagues successives, du Ciel vers la terre, pour l’envelopper bientôt tout entière et restituer aux hommes ordinaires sa beauté, qu’on leur avait arrachée.

Giotto. S’il est question de dévotion dans sa peinture, tout le Peuple y est convoqué pour transformer une fresque en œuvre d’art majeure dans laquelle le bleu joue un rôle essentiel, décroché par lui du Ciel où on l’avait épinglé pour regagner la glèbe d’où il sortait.

S’arrachant lui-même aux textes théologiques sur la beauté, l’image, l’art, Giotto affirmait autre chose : l’immense armée des bleus, où l’homme désormais puisait la grâce d’éprouver enfin ce qu’il était.

Giotto, le nom même du renouveau de l’art occidental, "cet homme qui possédait cet art revenu à la lumière qui, pendant plusieurs siècles, avait été enseveli", aux dires de Boccace.

Giotto, Assise, accomplissant sa révélation dans cette fresque magistrale dont l’inspiration est François, l’homme au chevet des pauvres en coutil bleu.

Giotto. Il ne s’agissait plus alors pour lui de peindre seulement des surfaces, des couleurs, mais de leur donner vie. Littéralement. D'incarner ces couleurs, ces surfaces. Voyez comme il reconstruit dans ses fresques une architecture fictive qui vient redoubler celle de la basilique qu’il décore ! Giotto peint les consoles, les colonnes, double les murs d’illusions architecturales, redéploie la basilique dans l’ordre imaginaire. Giotto l’exact représente bien le visible, mais ne se détourne pas des sentiments. Regardez la colère qu’il dessine sur le visage du père de François, quand celui-ci lui apprend qu’il renonce à ses richesses. Oh, ce bras du Père qu’on retient !

Giotto-Confessione_della_donna.jpgEt regardez comment le bleu se met à circuler dans l’ensemble des fresques, Giotto parlant désormais d’égal à égal avec les princes, leur arrachant le bleu pour nous le restituer, en faire la couleur du sentiment, la couleur de l’émotion même d’être homme, incarné dans sa chair, libre, autonome, sensuel, exposé aux passions, aux sensations, la seule aventure qui vaille la peine d’être vécue et qui est le pari même de l’Incarnation.

Le corps non plus objet mais origine prenant en charge la révélation de la vie. De Carne Christi. L’immense armée des bleus déploie à Assise ce triomphe du sensualisme humain, l’étreinte sans écart, notre chair même dans son auto-révélation pathétique. La vie comme éternelle venue d’elle-même en soi, comme l’affirmait Jean. Une chair réelle, que ce bleu du ciel de Giotto ! Une matière pathétique. Giotto n’observe plus la nature : il la crée. Il crée les conditions phénoménales de la beauté qu’il nous convie à éprouver dans nos chairs, dans le frisson de nos chairs aimantes : ce bleu où l’œil se noie.

Giotto, ou la confiance faite aux sens, Giotto ouvrant l’œil de la chair, assignant au bleu sa vraie densité corporelle, comme exhortation de la Vie dans la Chair, et dont la vérité ne peut être qu’un pathos.

La chair du bleu alors, qui n’est plus une idée mais l’expérience sensuelle d’être au monde dans un corps frémissant, où la chair formule la Vie dans sa chair même.

Regardez comment le bleu descend du piédestal où les prélats l’avaient placé, où les princes l’avait hissé pour nous le rendre inaccessible.

Regardez ce corps auréolé, cette foule des fidèles, des gens simples, peint du même bleu que celui dont il s’est servi pour balayer le Ciel. Regardez Saint François parlant aux oiseaux, ce bleu qui pénètre, féconde la terre et jusque sur les bords de la fresque, que rien ne sait plus contenir. Regardez-le du ciel jusqu’à la terre envelopper dans l’avant-dernière fresque l’univers, manger le manteau des uns et recouvrir le lit des mourants. Et dans la dernière, comme il s’est répandu, s’est écoulé, recouvrant nos prières et nos mimes.

le_Don_du_manteau.jpgLe bleu Giotto : ce que veut dire être touché, porter l’intime vérité de ce que nous sommes, habités par une chair, dans l'étreinte pathétique de ce soi charnel qui définit si pleinement notre condition. Là, dans ces membres où nous périssons mais où, face aux fresques de Giotto, nous retrouvons intacte l’émotion qu’il y a déposée et qui ouvre à l'homme des horizons inombrables.

Voici l’immense armée des bleus qui déferle du coin fugace où les princes avaient voulu la cantonner, comme le vain symbole de leur magnificence. Voici que Giotto le leur arrache ce bleu et qu’il vient affirmer en lui un pouvoir effectif et réel, celui d’ouvrir les yeux. Voici que cette chair cachée du bleu fait obstinément surface. L’immense armée des bleus nous convoque sur les lieux mêmes de notre chair, l’illuminant. Il faut que le sensible devienne sensuel pour que nous puissions voir, et c’est ce miracle qu’accomplit Giotto. Celui de la sensualité enveloppant le corps pour le faire chair, celui de la sensualité d’une couleur qui délivre le plaisir en ma chair même, au terme d'une rencontre inouïe. Le plaisir de ce bleu que je ressens aujourd’hui, si sensible, soudain dans mon regard inscrit comme une réalité unique, celle d’une relation littéralement érotique et qui prend site dans la chair où je m’éprouve moi-même. La vie est sans pourquoi. Ce bleu de Giotto est ce moment sublime où la chair trouve sa pleine justification, celle, précisément, de s’approcher jusqu’en ce lieu sensuel où je puis venir en moi.

 

Giotto, vie de saint François, vers 1290, Assise, fresques, dont détail du miracle de l'assoiffé (ce que nous sommes tous... Et quant aux bleus, en reproduction, cela ne donne rien en fait...)

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 15:48

déplorationMon frère est mort le lundi 11 février 2013.

Je suis parti en Toscane,

porter son deuil.

La Toscane est une belle terre,

à vrai dire,

pour arpenter les territoires de ce qu'il reste, d'être.

 

 

 

 

 

 

 

image : Giotto, chapelle Scrovegni, déploration, détail. 

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 05:25

 

 

l-homme-malevicth.jpg«Le Maître a levé une nouvelle épée, sans la sortir de son fourreau. Alors je me suis baissé et, à mains nues, j’ai commencé à creuser la terre devant moi. J’ai déposé l’épée dans le trou, puis je l’ai recouverte de terre et j’ai aplani le sol.

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux. Le chemin des gens ordinaires me semblait un projet sans intérêt. Je croyais pouvoir remplacer le révélé par l’occulte, le simple par le complexe, le lumineux par le mystérieux. Aujourd’hui, j’ai compris. Et cette compréhension est ce que je possède de plus précieux : l’extraordinaire se trouve sur le chemin des hommes ordinaires. »( Paulo Coelho)

 

Jacques finissait de lire toute l’œuvre de Paolo Coehlo.

Il est mort lundi 11 février, avant d’achever sa lecture du roman qu’il tenait entre les mains : Maktub, le dernier livre de cet auteur qu’il avait mis de côté.

Peut-être avait-il achevé sa propre quête.

Maktub, au fond, nous conte des histoires de résilience où l’être, pacifié, parvient à surmonter tous les échecs de sa vie.

Les phrases en commentaire ci-jointes ne sont pas extraites de Maktub. Elles n’existent pas dans l’œuvre de Paolo Coehlo, du moins dans cet ordre. J’en ai reconstruit l’ordre, distribué selon une volonté qui n’était pas celle de l’auteur.

Je les ai recomposées en songeant à Jacques, et à ce que, lui-même, aurait pu en faire. Non ce qu’il aurait dû.

 

Mon frère, Jacques Jégouzo, est décédé lundi 11 février 2013.

 ελεηµοσυνη -éléèmosunè-

 

 

Image, Kasimir Malevicth, L’Homme qui court, 1933-1934 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 05:27

 

 

carre-noir.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil." (A. Rimbaud)

 

 

 

 

A mon frère, Jacques Jégouzo, décédé hier, lundi 11 février, à 9h58.

 

 

 

(image : Carré noir sur fond blanc, Чёрный квадрат, Kasimir Malevitch, 1915, huile sur toile, 79,50 x 79,50cm, Saint-Pétersbourg)

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 08:23

 

prince-charmant.jpgUn vendredi. 13. D’ordinaire, Gersande n’y croit guère. Mais c’était un vendredi 13. Elle avait déboulé dans la chambre de sa sœur aînée. C’était l’heure, il fallait sauter du lit, déjeuner sur le pouce et filer à l’école. Et puis… Marguerite est tombée dans l’escalier. Au bas de la dernière marche elle gît, livide, inconsciente. Samu, traumatisme crânien, Marguerite est dans le coma. Le coma ! Alors ce mot du petit frère penché sur le visage éteint de sa sœur lui entre dans le crâne à elle, Gersende, pour n’en plus jamais sortir : "Marguerite, elle attend le Prince charmant. Comme la Belle au bois dormant." Gersande ne peut rien pour sa sœur, sinon être là, l’aimer et par la force de l’amour peut-être… A son chevet relayant son père, sa mère, jour après jour, jour et nuit. Le prince charmant, elle voudrait tellement y croire, le trouver, qu’il vienne d’un baiser délicatement posé sur les lèvres de sa sœur la réveiller enfin. Les jours passent. L’idée folle la bouscule. Elle, Gersande, qui vivait jusque là dans l’ombre de sa sœur, l’ombre d’une ombre à présent. Trouver, sélectionner un prince qui les sauverait toutes deux. Une idée folle pour con jurer cette folie où elle se voit partir, sa sœur gisante sur son lit d’hôpital. Marguerite lui manque tellement. Horriblement. Dans la chambre de sa sœur, elle s’essaie à lui ressembler. Faux seins ballottant et la gorge sèche comme un caillou. "Mon cœur s’émiette à l’intérieur"… Comment aimer ? Et puis Gersande finit par tomber amoureuse, à force de l’espérer. Alors au chevet de sa sœur, elle ne cesse de parler de cet amour qui la ravit. Paul. Un coup de foudre. Dans l’urgence de vivre peut-être, la main dans la main de sa sœur. Jusqu’au jour où elle sent un doigt bouger dans cette main inerte. A force peut-être de lui conter sa propre histoire d’amour. Quarts de nuit, de jour, elle ne cesse de lui parler de Paul, et de lui lire Rimbaud. Est-ce grâce à Rimbaud qu’une nuit les paupières de Marguerite se mettent à frémir ? Gersande s’en persuade. Il ne faut rien lâcher. Elle ne cesse dès lors de lui confier cet amour qui la porte et qui l’accompagne à son chevet. Quelle sortie alors, un jour, d’un coup, Marguerite sur le bord de ses propres lèvres, enfin ! Superbe roman jeunesse. Poignant, tout simplement, de cette beauté où croise la force de l’amour dans les cœurs adolescents.

 

 

La sélection du prince charmant, Agnès de Lestrade, éd. Sarbacane, coll. Mini-romans, 61 pages, 6 euros, ISBN-13: 978-2848655253.

 

 

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 05:30

 

adele.jpgMortelle, Adèle, à quelques encablures de la Saint Valentin ! L’amour… y’a bien Ludovic, le nouveau, qui la rend chamallow… En cklasse, le prmeier jour où il est apparu, ça a fait paf ! Adèle venait de piger d’un coup l’histoire du coup de foudre…Et Ludovic, c’est du lourd. Enfin, non : Adèle plutôt. Qui tourne gentiment son film d’horreur à la maison et nourrit son chat au lait périmé depuis que Ludo a dit qu’il n’aimait pas les chats… Dans la vie, faut savoir ce qu’on veut : aimer ou être aimé… C’est saignant Adèle, d’une franchise assourdissante. Et l’imagination fait le reste. Un cordial, en ces temps de niaiseries. Mais bon, pour ce qui est d’aimer, y’a du pain sur la planche. L’amour, Adèle a tout c ompris : "c’est nul, ça fait souffrir". Et quant aux garçons, Adèle en est restée malgré elle aux temps des chevaliers de pacotille qui lèvent le camp sous sa fenêtre dès que sonne l’heure de leur émission TV préférée… Mais bon, ça ne l’empêche pas de tomber raide dingue de Ludo et de s’en défendre comme elle peut : mal. Comme nous tous. A ceci près qu’avec Adèle, la Saint Valentin sera tout, sauf bébête…

  

 

 

Mortelle Adèle, Tome 4 : J'aime pas l'amour, Mr Tan, Miss Prickly, avec la contribution de Rémi Chaurand, éd. Tourbillon, sept. 2012, Collection : BLAGUES & CIE, 94 pages, 6,15 euros, ISBN-13: 978-2848017686.

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