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15 décembre 2017 5 15 /12 /décembre /2017 10:07

Les enchères à Ouidala, et puis la longue traversée de l’Atlantique. Quand la peste couvait à bord des vaisseaux négriers, on y mettait le feu et l’on regardait brûler les esclaves. En Amérique, on achetait par lots ses «négrillons». Puis on les troquait, les revendait, et quand une ferme faisait faillite, les esclaves se voyaient saisis comme des biens meubles. Il arrivait même qu’on en perde, les vieux surtout, parmi les meubles entassés dans les hangars en attendant leur séquestre. La Géorgie. Domaine Randall. 175 esclaves. Certains achetés pour la reproduction. Ils vivent là sur des générations, dans un coin de la propriété qu’on appelle le Hob : le village des esclaves. Dont Cora, 16 ans. Fille, petite fille d’esclave. Avec Caesar, elle veut fuir comme sa mère a fui malgré les risques : la mort au bout, portée par les chasseurs de fugitifs. Cora et Caesar filent donc. Ils ont entendu parler du chemin de fer clandestin. Une organisation clandestine mise en place à travers le Sud pour en finir avec cette honte de l’esclavage. C’est de toute cette histoire dont témoigne le roman. Une épopée grimaçante à travers la Caroline du Sud, sous l’emprise de la folie marchande, à travers la Caroline du Nord, plus viscéralement raciste encore, où le passe-temps du dimanche, après le culte ou la messe, est de pendre un nègre ou le fouetter à mort sur la place publique. C’est cette histoire immonde des colons blancs qui ont fui l’Europe autoritaire qui nous est contée. Des colons qui étaient partis construire en Amérique un pays libre, plein d’idéaux qu’ils n’accordèrent qu’à eux-mêmes. L’histoire de la terreur blanche, de l’enfer noir, avec partout en filigrane l’écho d’une Déclaration d’Indépendance qui ne fut que la déclamation hypocrite d’une liberté qui n’existait pas. Un roman qui nous fait vivre, littéralement, l’horreur négrière, qui n’est pas sans rappeler étonnamment les récits des camps de concentration de l’Allemagne nazie : la même horreur, la même terreur, la même violence inouïe des hommes contre les hommes. Prix Pulitzer 2016, mérité.

Underground Railroad, Colson Whitehead, Albin Michel, traduit de l’américain par Serge Chauvin, août 2017, 398 pages, 22,90 euros, ean : 9782226393197.

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13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 07:41

Des textes de Baldwinn, rassemblés par Raoul Peck : Baldwinn est mort avant d’en achever la rédaction. Des notes éparses donc, écrites autour des grandes figures de l’émancipation noire américaine, dont Malcom X et Martin Luther King. Une recherche en fait, à laquelle il voulait donner pour nom Remember this House. Une quête autour de ces mouvements qui ont fini tout de même par créer «de nouvelles métaphores» entre les hommes, leur victoire. Une perception juste, forte de ce que peut être l’horizon des luttes, tout comme celui de la domination, dont nombre d’entre nous se dédouanent si aisément : «Sans leur justification civilisatrice, les conquêtes coloniales auraient été idéologiquement impossible».  De quoi donner à réfléchir. I am not a negro est aussi un film, celui de Raoul Peck, qui raconte comment il a construit tout cela. Intercalant entre les notes de Baldwinn et ses propres commentaires des textes ahurissants de haine raciale, datés des années 1950… Ou l’image de Dorothy Counts, 15 ans, placardée sur les kiosques des grands boulevards parisiens alors qu’elle se rend à son école sous les crachats d’une foule blanche… Voire les rapports odieux du FBI concernant Baldwinn. Ce dernier réalisant la force de la haine des blancs, focalisés sur leur terreur de l’homme noir construit en figure commode de leur propre effroi devant la vie. Baldwinn n’hésitant pas à révéler qu’au fond, même après la guerre de 39-45, cette Amérique rêvait encore d’une solution finale pour les noirs. Avec derrière ce rêve, l’ombre portée d’une civilisation qui s’est empêtrée dans un mensonge : celui de son prétendu humanisme. Rien d’étonnant alors à ce qu’il puisse voir dans la figure du blanc la métaphore même du pouvoir, qui n’est rien d’autre qu’une «manière de décrire la Chase Manhattan Bank»… Combien résonne son propos aujourd’hui ! Cette interpellation surtout : «Si je ne suis pas un nègre, ici, et que vous l’avez inventé, si vous, les blancs, l’avez inventé, alors vous devez trouver pourquoi. Et l’avenir du pays dépend de cela, de si oui ou non le pays est capable de se poser cette question»… Songeons alors à celle que nous devrions encore nous poser, nous français, concernant les musulmans, les rroms…

I am not your negro, James Baldwinn & Raoul Peck, éd. Robert Laffont, Velvet film, traduit de l’américain par Pierre Furlon, septembre 2017, 140 pages, 17 euros, ean : 9782221215043.

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12 décembre 2017 2 12 /12 /décembre /2017 10:25

11 millions de chevaux, 100 000 chiens, 200 000 pigeons. Enrôlés pour toutes sortes de missions, y compris « suicides », chiens et chevaux terrifiés, le dos serti de dynamite, courant jusqu’aux tranchées ennemies pour y exploser dans la terreur de tous. Mais aussi ces centaines de milliers d’animaux abandonnés, partout, des chats aux vaches, des essaims d’abeilles aux troupeaux sacrifiés, ou ces millions de rats attirés par l’aubaine des chairs déchirées dans les tranchées. Compagnons de déroute, c’est leur point de vue que l’auteur a tenté d’expliciter, plutôt que d’avoir à reconstruire leur histoire héroïque. Pas simplement ces chiens glorieux donc, mais aussi ces mulets servants d’artillerie, ces chevaux des grandes charges, ces vaches de la popote du génie, ces attelages bigarrés de mules, de chevaux et de bœufs. Car la mobilisation de masse a aussi emportée toutes les bêtes disponibles. Veaux, vaches, cochons… La première guerre mondiale aura été la plus grande ferme de France. Ou celle des levées canines innombrables, offrant le triste spectacle de chiens inaptes au combat que l’on abattait alors par centaines, ne sachant plus qu’en faire. Mais histoire savante également, complexe, défrichant un énorme champ de sources, car, vers quelles sources se tourner lorsque l’on veut comprendre comment ces animaux ont vécu la guerre ? Et donc sources vétérinaires tout d’abord. Elles abondent sur le stress des bêtes, sacrifiées volontiers dans cette violence inouïe. Que l’on songe une minute à la panique de ces animaux séparés brutalement de leur environnement, raflés dans toute la France, arrachés à leur ferme, leur écurie, leur maître, par une société qui n’en finit pas de nous surprendre de faire une telle place à la violence. Sources vétérinaires donc, mais tant d’autres aussi, de ces témoignages, de ces lettres, de ces romans qui abondent en représentations dont l’auteur scrute les codes. Comment atteindre le vécu animal ? C’est alors tout le parcours de ces témoignages qu’il analyse de près pour en relever les caractéristiques culturelles. Avec pour point d’appui cognitif l’éthologie, la zoologie, la physiologie, tout un festival de connaissances pour nous aider à sortir de la distinction humain/animal, qui ne sait rien dire de ce que les animaux sont, parce qu’elle ne fait que rapporter à la mesure humaine leur différence. Parce que dans ce clivage, l’animal n’existe pas. Parce que dans ce clivage il n’est qu’une catégorie frauduleuse, puérile au mieux, où l’investigation a été remplacée par un discours de domination à peine capable de définir ses capacités à l’aulne des nôtres, son intelligence à l’aulne de la nôtre, ce qui, commodément, clôt la recherche avant même que d’avoir tenté de l’ouvrir. Quelle étude ! Bien au-delà de son objet, qui révèle l’incroyable insuffisance de nos modèles de pensée !

Bêtes des tranchées, Eric Baratay, Cnrs éditions, collection Biblio ? septembre 2017, 350 pages, 10 euros, ean : 9782271116413.

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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 13:45

La tragique histoire de l’agriculture en France depuis la guerre de 14-18… Une agriculture rattrapée d’abord par de grandes crises, dont celle du doryphore dans les années 30, qu’elle sut pourtant combattre et gagner par des traitements que nous qualifierions aujourd’hui d’écologiques. Mais ce devait être la dernière fois. Après la guerre de 39-45, on ne laissera pas les agriculteurs développer de traitement naturel, on passera au DDT. C’est que les pontes de ce qui deviendra l’INRA se sont entichés des manières industrielles développées par les américains, expérimentées sur les survivants des camps ! La France regarde donc avec fascination ce qui existe à Chicago depuis 1893 : ces abattoirs mécanisés où passent la moitié du bétail américain, ou ces champs immenses aux rendements magiques. Très vite, des dynasties familiales se jettent dans la bataille de la «modernisation» de l’élevage et de l’agriculture française. Telle la famille Dabatisse, à l’origine de l’impulsion des JAC (Jeunesses Agricoles Catholiques), proche de de Gaulle et farouche partisane de ce qu’elle nomme le progrès agricole : la mécanisation, le remembrement et l’emploi massif du DDT dans les champs… En 1961, Edgard Pisani, proche des mêmes, impose ce modèle unique, en déclarant par exemple le 20 février 1965 : «La Bretagne doit devenir un immense atelier de production de lait et de viande»… L’INRA, dont la direction est entièrement composée d’amis des grandes dynasties agro-industrielles (déjà), fournit la justification scientifique : les pesticides ? Quoi de plus utile au peuple français… L’agriculture française ne sortira plus de ce modèle. Les collusions entre les instituts scientifiques, l’administration de l’état et les intérêts privés y veilleront : les paysans seront sommés de déverser des tonnes de produits toxiques dans leurs champs. Il en va du rang de la nation dans l’agriculture mondiale. La FNSEA viendra achever le verrouillage, entre les mains de multinationales interdisant toute sortie de ce modèle, avec la bénédiction de l’état français. Le désastre agricole national est assuré,  désormais les terres agricoles sont objet de spéculation et ses produits, à vrai dire si peu comestibles, n’intéressent que pour les bénéfices qu’ils permettent d’engranger. Du désastre on s’apprête à franchir une étape supplémentaire, celle de l’épouvante alimentaire, une bombe à retardement qui devrait exploser dans les prochaines générations...

Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture, Fabrice Nicolino, édition Babel, coll. Essai, octobre 2017, 98 pages, 6,50 euros, 9782330086565

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 13:10

Golden Hello… Ou signing bonus : ce petit cadeau de prise de fonction fourni aux cadres supérieurs en reconnaissance de leur acceptation généreuse d’un emploi. Rappelez-vous ces 4 millions d’euros de prime d’entrée en fonction offerts au nouveau directeur de Sanofi. C’est à cela que renvoie, par dérision, le titre générique d’un ouvrage qui commence justement par l’enlèvement d’un cadre supérieur. « Georges vient de kidnapper Christophe ». Voilà. Tout est dit. C’est normal, d’une normativité sans conséquence. Oh, pas enlevé proprement, mais avec assez d’efficacité pour y croire. En fait, il l’a kidnappé pour le déradicaliser. L’aider à rompre avec sa foi en la croissance, peut-être. L’entraînant dans ce tour d’Europe qu’il se propose d’effectuer, d’une Europe rongée de ruines, piquée de bidonvilles, hérissée de barbelés pour barrer la route aux migrants. Un enlèvement politique, sinon idéologique ? Non. Dérisoire. C’est drôle, mais pas à en mourir : l’auteur a voulu chasser toute émotion de son texte. C’est donc juste dérisoire, cet enlèvement au mobile tout de même improbable. Improbable… Comme l’est toute notre société passée au crible des séquences qui ponctuent le livre. Une société sans rêve, sans utopie, une société d’images vides. Evidées. Improbable monde jusque dans l’exceptionnel dont il voudrait nous travestir, ces aventures qu’il nous jette en pâture à la télé-réalité. Un show. Qu’Arlix déplie, de ces courses que nous perpétrons dans nos supérettes de quartier –ticket de caisse détaillé pour aveu- aux traversées mortelles des migrants égrenées sans conviction. En gros, toute la panoplie triste des usages sociaux du monde… D’un monde vidé de sa substance. Le tout enserré dans les mailles d’une écriture meublée de reprises anaphoriques. Obsédée, de devoir sans cesse porter secours aux signes qu’elle émet comme pour s’assurer que les choses énoncées -un plat, un projet, une situation-, existent vraiment. Mais non : rien de cela ne tient. Il faut sans cesse les convoquer, les nommer, les répéter, sur un modèle rhapsodique. Et plat : seule la neutralité de l’énonciation pourrait donner à croire que cela est. Presque objectivement. Mais les seuls objets qui apparaissent finalement dans le champ du propos, ce sont des paysages urbains sans vie, traversés d’individus sans illusion. Pas d’illusion donc. Arlix ne raconte pas d’histoire. La vie est une blague, pour ne pas dire une fumisterie. Et la vie politique une farce. C’est pourquoi il en célèbre le dérisoire, la vanité, la comédie.

Golden Hello, Éric Arlix, éditions Jou, octobre 2017, 11 euros, 126 pages, ean : 9782956178200.

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7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 06:55

Un soir de demi-brume, un petit garçon de cinq ans est écrasé par un chauffard qui prend la fuite aussitôt. Et puis plus rien. Quelques secondes. Tout a basculé et rien. Pas un indice. Rien. Jenna à tout jamais jetée à ses propres pieds. Terrassée. Submergée nuit après nuit. Mais pas la moindre piste. Ray Stevens, en charge de l’enquête, ne trouve rien. Jenna s’enfuie alors. Loin. Au Pays de Galles. Mais un an plus tard, Kate, inspectrice à la crim’, ré-ouvre l’enquête. Choc. Le rythme change, les surprises abondent, brutales. Vous ouvrent les yeux de force. Affolent. A la fluidité de la plume succède le halètement de l’intrigue. L’auteure sait de quoi il retourne, qui a été douze ans dans la police. Tout sonne juste. Et lourd. S’assombrissant de page en page… Jusqu’à l’insupportable. Porté à deux voix dans cette lecture cette fois encore parfaitement pensée. Joséphine de Renesse incarnant à merveille son personnage, d’une voix moins douloureuse que plaintive, pleine cependant d’une haine farouche qui perce parfois en une hargne déstabilisatrice. A elle seule, elle ébranle le texte et ses brutalités vous tombent dessus sans crier gare, augurant une grande incertitude quant aux convictions que vous auriez pu nourrir à l’égard du roman...

Te laisser partir, Clare Mackintosh, éditions Audiolib, traduit de l'anglais par Mathieu Bathol, lu par Joséphine de Renesse et Philippe Résimont, août 2017,1 CD MP3, ruée d'écoute : 11h36, prix : 23.90 euros, ean : 9782367624334.

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6 octobre 2017 5 06 /10 /octobre /2017 06:22

Reykjavik,  été 1941. Les troupes américaines occupent l’Islande, après celles du Royaume-Uni. En face, le Danemark, occupé par les nazis. Des sympathisants nazis, l’île en compte évidemment, à renifler la pureté de leurs origines… Pureté souillée à leurs yeux par la présence de trop d’étrangers. Américains surtout, venus diffuser leur mode de vie ravageur qui fait tourner la tête des filles… Il n’est pas jusqu’au crime qui n’entre sur leurs talons dans une société jusque-là épargnée. Celui d’un commercial en l’occurrence, tué d’une balle dans la tête et sur le front duquel une croix gammée a été tracée avec son sang. Flovent enquête. Comme il peut sur une île où jusque-là la criminelle s’occupait comme elle le pouvait, c’est-à-dire de tout, sauf de crimes de sang... Assisté de Thorson, américain d’origine islandaise. Pas moins novice en la matière. Pas simple en outre d’enquêter dans ces débordements que les soldats américains ne cessent de promouvoir. Le jazz déferle, on danse, on boit, on drague. Bousculée, la population autochtone ne parle plus que de ça : la « situation », qui semble devoir passer par-dessus tout ce que l’Islande a connu. Avec pour levier le comportement des femmes, sensibles aux charmes de l’american way of life. Elles viennent de toute l’île tenter leur chance. Les blanchisseries se multiplient, les plus jeunes n’hésitent pas à braver la nuit polaire pour se jeter au cou des soldats de l’oncle Sam. La ville est littéralement sens dessus dessous. Tandis qu’au loin l’armée allemande  écrase sordidement la vieille Europe. Alors pensez : ce commercial assassiné avec une arme américaine… Règlement de compte ? Infiltration SS ? Nos deux novices improvisent. Et nous baladent à travers ce paysage fabuleux habités de contrastes, tout comme à travers son histoire, bien réelle et trouble, d’une période qui vit l’Islande chahutée avant d’entrer dans l’orbite de la culture américaine. Sous l’égide des femmes, des femmes surtout, farouchement décidées à s’émanciper. Une volonté que décline avec ferveur Philippe Résimont, dans une lecture tout à la fois sobre et « virile » -pour témoigner peut-être de l’inquiétude qui passe à travers le roman de cette émancipation dévastatrice des femmes bien décidées à hâter le cours de l’histoire islandaise…

Dans l’Ombre, Arnaldur Indridason, éditions Audiolib, traduit de l’islandais par Eric Boury, lu par Philippe Résimont, août 2017, 1 CD MP3, durée d’écoute : 9h03, prix : 23,40 euros, ean : 9782367624297.

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 09:44

Le vol China Airlines : Taïpei-Beijing. 147 passagers à bord. Ils n’atteindront jamais leur destination. Parmi eux, peut-être, Fox Tango. Personne n’en sait rien, personne ne veut en parler. Sa femme recrute alors Jean, qui bossait pour la même société que Fox Tango : Riskvaluation. Trois salariés, quinze milliards de chiffre d’affaire… Tous les autres employés sont vacataires, dont Jean et Frédéric, alias Fox Tango. Et théoriquement, aucun d’entre eux n’a de relation avec les autres. C’était mal connaître Jean de la part de ses employeurs, qui a fini par lever le voile sur Fox Tango. Riskvaluation… Une CIA privé en fait, qui évaluent toutes sortes de risques, toujours au détriment des victimes, potentielles ou réelles… Pour l’heure, Jean doit évaluer les risques d’un manuscrit compilant nombre de sales coups de la République française. L’occasion pour l’auteur de convoquer une mémoire toujours prise en défaut par le personnel politique français et ses journalistes à la solde d’une éthique peu recommandable. De l’affaire Robert Boulin à Pierre Allia, en passant par Jacques Foccart le fondateur du SAC qui n’aura été en fait, mettons les points sur les i,  que la branche armée d’une Vème République parfaitement répugnante, c’est toutes les basses besognes de notre histoire récente que l’auteur passe en revue avec un rare sérieux. Mais son personnage, Jean, ne se fait pas d’illusion: l’ouvrage ne verra pas le jour. On est en France, pays fossoyeur des libertés et de la démocratie. Rédigeant sans état d’âme son rapport, il en profite pour enquêter sur le crash de la China Airlines. Comment faut-il le lire ? Se profile alors un projet déjà dans les cartons de pas mal de gouvernements, celui d’une technique déjà observées ici et là d’ensemencement du ciel, pour faire tomber la pluie là où elle ne tombe jamais, voire carrément modifier le climat… Derrière, un lobby qui ne reculera devant aucun crime pour engranger des milliards. Derrière, la finance et l’armée expérimentant de nouvelles armes capables de faire par exemple exploser des poches sous-marines de méthane… N’imaginez pas que nous soyons ici dans l’ordre des théories fumeuses du complot. C’est déjà notre présent. Un présent sur lequel nous n’avons aucune maîtrise et que seuls des romans courageux savent dénoncer, quand les médias à la botte des puissants nous ont ramenés aux temps des pires propagandes staliniennes !

Take-Off sans retour pour Fox Tango, Jean-Pierre Larminier, éditions Jeanne d’Arc, coll. Polar, 2ème trimestre 2017, 254 pages, 10 euros, ean : 9782362620652.

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 07:01

Jane emménage dans une maison d’architecte. Epurée, splendide. Pour un  loyer dérisoire. Une condition : accepter toutes les prescriptions de l’architecte. Cela va de la nécessité de répondre régulièrement à des questionnaires passablement intrusifs, à celle d’accepter d’y recevoir les visiteurs que lui envoie son créateur. Au fil des semaines, Jane découvre que la locataire précédente, Ema, y est morte dans des conditions troublantes. Peu à peu, elle croise les mêmes personnes qu’Ema, s’installe dans la même anxiété et sans pouvoir s’en détacher, réalise que la maison elle-même est comme instruite pour la remodeler… Jane sombre alors insensiblement dans un délire psychologique imparable, rejoignant Ema dans le tragique de leurs disparitions communes. Deux femmes. Deux voix pour les dire «ensemble». Quelle intelligence dans le parti pris d’Audiolib ! Deux voix qui se partagent le même texte, le tissent, l’habitent non pour s’y répondre mais pour l’animer d’infimes écarts de tons, de timbres, de registres. L’une volontiers légère, l’autre plus chaude, mais à peine et cet à peine produit clairement un effet de trouble à l’oreille. Non que cette lecture gémellaire déconcerte : c’est plus subtil, le trouble s’installe sans crier gare, accompagnant la progression dans la folie des personnages du roman et jetant son emprise sur l’auditeur avec une réussite absolue ! Du grand art dans cette interprétation à deux voix !

La fille d’avant, J.P. Delaney, Audiolib, lu par Ingrid Donnadieu et Floriane Muller, traduit par Jean Esch, 11 octobre 2017, 1 CD MP3, durée d’écoute : 9h22, 23.90 euros, ean : 9782367624471.

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 08:49

Maya a installé une caméra de surveillance dans son salon, pour surveiller la baby sitter. Lorsque surgit à l’image Joe, son mari, théoriquement mort, et enterré... Choquée, Maya enquête. Administrativement, toutes les traces de la mort de son mari ont disparu… En poussant plus avant, elle découvre que l’arme qui l’a tué a aussi tué sa sœur, Claire… Militaire de carrière, atteinte de stress post-traumatique, les découvertes de Maya ne vont rien arranger à son état. Est-elle folle ? Tout comme les pressions de sa belle-famille, les Burkett, une dynastie puissante et dévouée à son nom, prête à tout pour parer aux scandales qui pourraient l’affecter. Très Harlan Coben tout ça… L’humour et l’action enfilés comme des perles pour asseoir une fiction au style fluide et aux nombreux rebondissements taquinant à loisir son lecteur, nécessairement perdu en conjectures. Les fans du genre s’y retrouveront. Les autres se consoleront d’une fin plus décalée que d’ordinaire, bien amenée par la lecture sobre et légèrement ironique qu’en donne Marie-Eve Dufresne, interprétant à merveille la retenue devant l’inouï.

Double piège, Harlan Coben, lu par Marie-Eve Dufresne, Audiolib, traduit par Roxane Hazimi, 11 octobre 2017, 1 CD MP3, durée totale d’écoute : 9h55, 22,90 euros, ean : 9782367624372.

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