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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 10:20

Une enquête sur les sociétés Albert Frère et Paul Desmarais. Dans l'un et l'autre cas, des héritiers associés à des banques d'affaires, Le premier est belge. Enfin domicilié en Belgique, car la Belgique, il s'en fiche. Et quant à y être vraiment domicilié, c'est toute la question : seules ses entreprises déficitaires le sont, les bénéficiaires, elles, sont domiciliées ailleurs, loin, là où les impôts ne les atteindront jamais. Dans les paradis fiscaux. Et quant aux déficits des entreprises dudit groupe domiciliées en Belgique, ce déficit est programmé, calculé, arrangé pour qu'elles le restent pour l'éternité : celles domiciliées dans les paradis fiscaux absorbent tous leurs bénéfices. De sorte que les rentes des sociétés Albert Frère se font sur le dos du contribuable belge. Et c'est pareil pour Desmarais : seules les entreprises déficitaires sont domiciliées en France. Et tout cela est légal, voire encouragé par nos législations et la mise au pas des politiques nationales. Remarquez : Frère plume aussi la France. Frère ? C'était l'un des convives du Fouquet's. Son poulain, à l'époque, s'appelait Sarko. Puis Hollande. Puis Macron. Jadot demain ? Il s'en fiche du reste, ce ne sont que des gugus qu'il met en place : seules comptent ses rentes. Il ne prend ainsi jamais aucun risque : tant que les médias seront à la botte du patronat, aucune chance de voir un trouble fête l'emporter sur cette écurie de bras cassés qu'il pouponne. Grâce aux médias. Grâce aux instituts de sondage. Grâce aux grandes institutions liberticides : l'Assemblée Nationale, le Sénat et on en passe. Tout un monde stipendié qui lui assure ses arrières. Les milliardaires ne courent jamais aucun risque. Solidaires pour anéantir la société civile. Restaurer son esclavage. Une solidarité telle que l'on peut s'étonner de voir nos auteurs poursuivre leur essai par le portrait des deux milliardaires mis en cause. A quoi bon ? Les milliardaires sont tous pareils et ne se distinguent en rien les uns des autres. Aucune personnalité : ils sont vides. Regardez Bernard P. Entendez le vide sidéral de ses propos, regardez celui de ses expressions. Ces types ne respirent aucunement l'intelligence, mais la nullité la plus crasse. Pourquoi donc s'attarder sur leur carrière ? Leurs débuts ? A la fin, ce sont toujours les mêmes qui perdent : nous. Tout le reste n'est qu'une fable de magazine people pour nous faire croire que ces gens sont des acteurs de notre vivre ensemble. Et finalement, l'ouvrage se présente comme un gros livre écrit comme un roman qui ne sert à rien. Sinon quand même lever le voile sur les possibilités de manipulation qu'un système politique comme le nôtre offre à des individus qui n'ont aucune envergure en réalité.

Les Prédateurs, des milliardaires contre les états, Catherine Le Gall, Denis Robert, éditions du Cherche Midi, sept. 2018, 300 pages, 21 euros, ean : 9782749155937.

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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 10:20

Une réfugiée. Juste cela. Qui ne lui vaut d’être connue que sous cette appellation : «victime 2117». Ils sont des milliers à venir mourir en Méditerranée. Elle, elle est la deux-cent-dix-septième victime. «Victime». On l’a oublié. Non : en fait l’Europe s’en moque. Détourne les yeux quand sur nos plages viennent s’échouer leurs corps. A moins qu’il ne s’agisse d’un enfant. Et encore : au bout de quelques semaines, la conscience européenne s’en délave après s’en être repue. A Lampedusa, les biologistes marins ont vu surgir en masse des poissons carnivores, inconnus jusque-là dans la région. Tant de noyés qu’ils s’en gavent. Un festin. 2117 donc. Ce n’est pas un nom. Assad, du Département V de Copenhague, se refuse à subsumer le corps retrouvé sous ce nombre. C’est qu’il reconnaît dans cette tragédie celle qui aurait pu être la sienne. Bousculé, choqué, blessé, il ne peut s’en contenter. Ni se taire plus longtemps. Victime 2117 est sa réplique. Comme on le dit d’après un séisme. Pas vraiment une réponse : la contrainte de dévoiler son histoire. Cette enquête, c’est la sienne. Elle lui est entièrement dédiée. Le personnage y gagne en profondeur. En inquiétude. Intrigant le récit, lui-même sans cesse basculant d’une histoire l’autre, dispersé tout en dérives de l’enquête, explosée en mille récits minuscules, à l’image de ces vies minuscules repêchées en Méditerranée, réduites à l’anatomie d’un séjour post-mortem dans les eaux saumâtres de notre Histoire commune, fétide désormais. Notre contexte : terrorisme et sacrifice des migrants, sinon leur commerce, une «politique» dont nul n’a voulu encore empoigner la sobriété : tuer, être tué. Sinon Julien Châtelet, dans cette lecture qu’il nous offre, creusant avec talent les pleins et les déliés du récit, contenant, exhibant, scandant sa charge émotionnelle, éprouvant l’auditeur sur le rebord d’un monde qu’on ne voudrait pas reconnaître pour nôtre.

Huitième volume des Enquêtes du département V, celle-ci ne déroge pas aux recettes de sa réussite, doublée de celle des films qui en ont assuré l’audience. On lui a certes adressé bien des reproches : l’oubli du grand nord, l’émoussement de personnages trop affectés pour n’être pas à présent suspects d’affectation. On lui a même reproché de prolonger au-delà du raisonnable une atmosphère sombrant peu à peu dans son convenu. Ecoutez cet opus. Le livre lu par Julien Châtelet offre une couleur inédite au roman, l’arrache à cette torpeur que la sérialité pourrait construire. Le célèbre, le transcende, tout comme les films, portés par des interprétations particulièrement réussies, qui nous commandent l’impatience d’attendre la prochaine livraison.

Victime 2117, Jussi Adler Olsen, livre lu par Julien Châtelet, traduit par Caroline Berg, Audiolib, 12 février 2020, 25.90 euros, 2 CD MP3, durée totale d’écoute : 14h45, ean : 9791035402068.

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27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 10:27

Non pas le retour des années 30, mais une interrogation : qu’est-ce qui les a rendues possibles ? En avons-nous fini avec le nazisme, le fascisme, le totalitarisme ? De haute ou de basse intensité, comme ce qui se trame à peu près partout en Europe aujourd’hui et particulièrement en France, où la dérive autoritaire prend un tour carrément totalitaire –sous couvert de protéger l’état, le pays, non le Peuple et sa souveraineté… Qu’est-ce qui pointe, de ces années, dans la lente transformation du néolibéralisme en illibéralisme ?

L’année 38 donc. Celle des accords de Munich. Celle du choix du déshonneur et du renoncement. Pourquoi cette lâcheté ? Les démocraties l’étaient-elles vraiment ? Etaient-elles vraiment «indécises» ? Comme frappées par un mal qui leur est propre ? L’étude de Michaël Foessel vient scruter ce consensus trop vite adopté contre les prétendues faiblesses du système démocratique, quand en réalité, ce sont les attaques contre ce système qui nous ont conduit tout droit à la faillite morale du pays…

Ecrit en 2018, l’ouvrage prend au l’année 1938 pour fil conducteur d’une réflexion sur ce que nous devenons. Un Parallèle. Qui ne manque pas de pertinence, à prendre pour mesure l’état de la presse en 1938, placé en miroir de celui des médias français en 2020…

Cela commence le 12 mars 1938, avec l’annexion de l’Autriche. Rien dans la presse au lendemain de l’Anschluss… A peine un article pour s’interroger vaguement sur ses conséquences. C’est que la presse ne veut pas mobiliser contre l’Allemagne nazie.

Le 10 avril, Daladier devient Président du Conseil. Le 15 avril, le premier numéro de «Je suis partout», l’organe de presse fasciste, raciste, titre : «Il faut mettre les français au travail». Ce sera désormais le mot d’ordre de Daladier, des parlementaires et de la presse. Daladier va se consacrer à promulguer ses Lois scélérates sur le Travail, entrelardées de décrets félons sur le statut des étrangers… La France raciste exulte. Toute la presse l’y encourage.

La «chute» de Léon Blum, au demeurant, s’est faite aux cris de «les Juifs au ghetto !», proférés en pleine session parlementaire. La presse française n’y a vu qu’un sursaut vertueux «que tous attendaient », unanime qu’elle est à souhaiter une «mobilisation morale» des français… Le débat français portera donc exclusivement sur ce «sursaut moral»,  à l’endroit de la question du travail et de celle des étrangers. C’est qu’il faut reconquérir la confiance du Capital… Les français se seraient trop longtemps installés dans l’oisiveté… Et déjà, partout, la presse s’en prend aux colporteurs de «fausses nouvelles», concernant l’Allemagne et le nazisme… Contre le «laxisme» des dernières années, toute la presse se dresse pour exiger plus d’autorité. Peut-être même faudrait-il «suspendre» à ses yeux les élections, pour n’avoir plus à redouter les égarements du vote populaire… Entre eux les médias se disputent ce bout de gras, chacun y allant de sa demande d’une «République autoritaire».

Un Peuple au travail, régénéré par l’exclusion des étrangers et de leur fainéantise congénitale… Les riches s’emportent dans les colonnes des journaux contre les miséreux qui osent encore rêver d’un Front Populaire pour soulager leur paresse…

Daladier s’attaque alors à toutes les avancées que le Front Populaire, sous la pression du Peuple Français, a dû initier. On débat des retraites par exemple. Blum voulait faire de l’année 1938 celle des vieux. Mais aux yeux des riches, l’état des finances publiques ne le permet pas. Il faut au contraire soutenir le Capital, accroître la fortune des riches qui, par ruissellement, permettra d’améliorer le sort des pauvres… Daladier multiplie les attaques contre la journée de travail, impose aux métallos 5 heures de travail supplémentaire contre une dérisoire hausse de leur salaire : c’est qu’il faut casser la semaine de 40h.

Les Lois travail sont votées dans un climat de terreur, toujours précédées d’une campagne de presse stigmatisant les dérives de la démocratie. Ses «faiblesses»…  Daladier taxe donc les bas salaires, augmentent les impôts des classes moyennes, autorise le licenciement de ceux qui refusent les heures supplémentaires, supprime les aides sociales, diminue le nombre de fonctionnaires qu’il remplace par des agents contractuels engagés sur des contrats civils temporaires. Il fait voter des Lois essorant les finances des départements, augmente les taxes sur les produits de consommation courante, le prix des tickets de métro s’envole, et il finit par abolir un samedi chômé sur deux.

Le 25 novembre, la CGT appelle à une grève nationale pour le 30 novembre 1938. Une formidable répression s’abat. La presse, unanime, fustige la CGT. Le gouvernement réquisitionne les fonctionnaires, fait arrêter les délégués syndicaux, les meneurs. Le matin du 30, les gardes mobiles sont partout. 1 000 manifestants sont arrêtés dans Paris. On emploie les gaz, 10 000 ouvriers grévistes sont licenciés. Toute la presse applaudit à l’échec de la CGT, embrayant le pas à l’extrême droite qui demande sa dissolution. Daladier et la presse française reçoivent le soutien de Hitler, qui se réjouit lui-même officiellement de cette défaite. Fin 38, l’Ordre règne sur la France. Mais la défaite est celle de la République Française. Défaite morale, politique, sociale. Le pays désormais sera gouverné par la force, non par le Droit.

Récidive 1938, de Michaël Foessel, PUF, avril 2019, 174 pages, 15 euros, ean : 9782130817505.

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31 janvier 2020 5 31 /01 /janvier /2020 09:37

Poignant. La vie de Gloria Hemingway. Longtemps, Gloria fut appelée Gregory, fils d’Hemingway. Médecin, radié de l’ordre, marié quatre fois, huit enfants. Ernest mourut en 1961. Gloria en 2001. En prison, abandonnée de tous. Depuis des années, elle avait pris l’habitude de boire, de sombrer dans l’ivrognerie et de s’exhiber nue dans les rues de Miami. Attentat à la pudeur… Un bien piètre motif pour la retenir si longtemps en prison. Toute l’Amérique aux trousses, ne voulant prêter l’oreille qu’aux cancans que Gloria aurait pu raconter sur son père, le seul être important à leurs yeux dans la famille Hemingway. Ou sur Ava Gardner, son amante. Ou Marlène Dietrich. Au pire la chasse, la pêche au gros, le whisky… Mais Gloria se taisait. Et puis quand il écrivait, Ernest oubliait sa famille, ses enfants, ses femmes. Gloria voulait parler d’elle, de sa vie, de ses femmes, de ses enfants. Gloria aimait les femmes. Sa dernière femme surtout, Ida, qui l’abandonna tout comme ses fils.  Pourtant, pour ne pas les gêner, Gloria avait attendu des siècles avant de se faire opérer, avant de réaliser sa transition. Jusqu’à l’âge de soixante-quatre ans ! Avant cela, elle n’avait guère connu que le mépris, la violence, le viol. «La peur du viol est inscrite dans l’histoire des femmes». Gloria, elle, dut faire face à la hargne des mâles, à s’être dépossédée pareillement de sa virilité. Seule consolation : elle a fini ses jours dans une prison de femme, amoureuse d’une gardienne qui la traitait avec humanité, mais dont elle ne put vivre l’affection.

Brigitte Kernel raconte Gloria. Son frère jumeau ivre de rage, son séjour à Sainte-Anne, les agressions, dans la rue, en prison, les tabassages à la sortie des boîtes de nuit. Son divorce d’avec Ida, son remariage avec Ida et Mr Alistair, ancien prof à Berkeley, le seul à l’avoir comprise, lui dont l’enfant transgenre s’était suicidé. Juste cette affection qu’il nourrira à son égard jusqu’à la fin de sa vie. Gloria, la « part d’ombre » d’Ernest, s’était un jour confié ce dernier, avant de se donner la mort.

Gloria, dans ce roman, parle à soixante-neuf ans comme une jeune fille éblouie. Toujours inquiète, toujours submergée par l’émotion et l’espoir. Perclus cet espoir, à la lecture du récit, par l'immense souffrance que l’on ressent à découvrir un tel vécu. La réattribution sexuelle semblait à cette époque un combat sacrificiel, perdu d’avance. La fin est horrible. «Tout roman est un mensonge», écrit Brigitte Kernel. On s’étonne de l’emploi de ce vocable, plutôt que de celui de fiction. Un mensonge ? Pour ramener au vrai  par la bande ? Car pour mentir, il faut connaître la vérité… Et puis, un mensonge, n’est-ce pas ouvrir au point de vue moral dont n’a que faire la littérature ? Un témoignage plutôt. Au sens où les anciens grecs employaient ce mot : tout témoin est martyr. Entendre un témoignage, c’est entendre un martyre et tenter de l’endosser –aussi piètrement qu’il demeure possible de le partager. J’ai lu ce récit au près serré de la vie de Gloria, transcendée par un roman qui venait lui prêter sa voix. Une lecture posant à ce Visage qui a essuyé toutes les défaites la question qui nous obsède tant, tous : que sommes-nous donc ? Je l’ai lu comme le récit d’une vie qui nous demandait de répondre à notre étonnement d’exister. D’une vie qu’il nous reste à révéler dans cette étreinte sans écart que peut être, parfois, la lecture.

Brigitte Kernel, Le secret Hemingway, éditions Flammarion, janvier 2020, 318 pages, 19 euros ean : 9782081471894.

Crédit photographique : Gloria Hemingway, Police picture, September 24, 2002, in Miami, USA. Photo by Sven Creutzmann/Mambo photo/Getty Images.

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 08:59

La famille Slavine. Des voyous hissés au sommet des rouages de l’économie mafieuse. Le père a fini par devenir député à force de corruption. Mais à présent, un obstacle, une gêne s’est levée sur son chemin : Anton Piaty, journaliste indépendant. Honnête, scrupuleux, un vrai journaliste d’investigation. Rare en France, dangereux en Russie. Il enquête sur les Slavine. Trouve le maillon faible : le fils, Alexandre, footballeur professionnel sans envergure –inutile d’en avoir au demeurant dans la Russie de Poutine, où presque tous les matchs sont truqués. Alexandre balance. Son père, qui ne l’aime guère. Autour des Slavine gravite une mafia d’individus douteux, qui ont commencé pris à la gorge par une vie sans horizon et finissent collabos de la grande braderie de la société russe. Des gens qui partout s’acoquinent à tout ce qui est Pouvoir et ses obligés, à commencer par les médias qui ne cessent d’attiser les instincts les plus bas –un peu comme en France finalement. Leur propagande tourne en boucle sur toutes les chaînes TV -typiquement comme en France. Ils brandissent la menace terroriste jour et nuit, pour taire tout autre sujet de réflexion, comme le crétinisme des dirigeants, de loin la menace la plus réelle à peser sur le pays.

Lev. Un brave gars. Frappe à la porte de son frère, interprète virtuose. Il vient se confesser. Enfin, on peut le penser... Il raconte la misère que son jeune frère n’a pas connue, son enfance triste, les Slavine qui logeaient pas loin de chez eux, la manière dont ils s’en sont sortis. Un récit intimiste, un peu à la manière de ces longs monologues dostoïevskiens régurgités par des personnages en proie au doute. Peu à peu le récit se met en place. Déstructuré au départ, il s’organise comme à tâtons, déroutant tout d’abord, on ne sait qui parle, si c’est un personnage ou bien une époque. Pavel raconte, sans l’ombre d’un remords. Une simple construction méthodique : la traque d’Anton Piaty, son harcèlement plutôt, systématique, ordonné, calculé pour le faire craquer, le disqualifier, l’abattre intérieurement et sans laisser de traces. Faire qu’il sombre jour après jour dans l’angoisse et le grand vide de la folie intérieure… Pour qu’enfin il laisse Vladimir Slavine vaquer en paix à ses affaires. Quelle vision de la société russe ne nous propose-t-il alors pas ! Celle d’un monde occupé à répéter en boucle les éléments de langage offerts par les médias. Celle d’un monde amblyope qui ne répondrait plus qu’à l’illusion de sa grandeur en marche. Mais qui fait du surplace et s’enfonce dans la tranchée de boue qu’il creuse sous ses pas. Celle d’un monde que domine la vulgarité de ses maîtres. Confession ? Les grands tropes de l’imaginaire russe activés pour mieux les rabaisser, comme celui de l’amour de la Patrie jeté à l’encan d’un discours pétrifié comme le seul os à ronger dans ce monde vaincu. Mais à ce jeu, c’est l’humanité que l’on brise : Pavel triomphe dans une cour de perdants.

La Traque, Sacha Filipenko, éditions des Syrtes traduit du russe par Raphaëlle Pache, janvier 2020, 216 pages, 15 euros, ean : 9782940628445.

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 09:05

La Terreur… Celle de 1793. Admise une fois pour toute et sans procès, comme l’abomination sinon l’horizon d’attente de toute révolution populaire… Celle qui débuta en fait avec les massacres de septembre 1792, dont nos commentateurs avisés oublient commodément les raisons. Celle qui décapita le roi de France, le 21 janvier 1793, et dont ces mêmes commentateurs oublient combien il aura été félon. 1789, matrice du totalitarisme ? Nombreux sont ceux qui ont connu les parallèles outranciers de Marc Fumaroli, et ceux du bicentenaire confié à François Furet pour défaire l’imaginaire de la Révolution Française. Il y aurait eu la «bonne» Révolution (1789 à 1790), celle de Condorcet et de Sieyès), et la «mauvaise»… Dont il ne faudrait conserver que l’image de  l’horreur. Quelle horreur ? Comment la France des années 80, celle de l’individualisme fanatique, aurait-elle pu comprendre, elle qui avait fait religion de défendre l’individu contre la nation, que la Révolution, elle, s’était enquis de protéger d’abord le Peuple souverain, menacé aux frontières, menacé dans son propre pays par toutes ces grandes fortunes qui ne rêvaient que de ré-asseoir au plus vite leur dictature ?

Eté 1793. Marat vient d’être assassiné. Les parisiens sont sous le choc et découvrent ces forces réactionnaires qui tentent de défaire ce qu’ils ont gagné sans parvenir encore à l’établir. Ils comprennent qu’il va de nouveau falloir «engager les corps» pour sauver le Droit, condition de leur Liberté. Le 10 août, les Tuileries sont prises. Le roi n’a pas désarmé les gardes suisses alors qu’il savait leur combat perdu d’avance. Le roi n’a pas voulu empêcher le carnage. Alors le peuple en armes s’est une nouvelle fois ré-emparé de cette Révolution dont on n’a cessé de vouloir le défaire. L’Assemblée est juste informée de cette prise. Le désaveu est total cette fois encore ! Le Peuple sait qu’il ne peut compter que sur lui pour faire avancer les choses. Tout comme pour la nuit du 4 août : il sait qu’il n’aurait jamais obtenu l’abolition des privilèges sans sa féroce ténacité. Août 1793 : les troupes étrangères se massent aux frontières pour venir restaurer la monarchie. Aucune réponse constitutionnelle n’est apportée au Peuple. En 1792 déjà ; le Peuple avait réclamé que l’on déclare «la patrie en danger». Mais, et ce n’est pas nouveau, toute la représentation française demeure dans l’ambiguïté.  Les massacres de septembre, à tout prendre, n’auront été ni aveugles ni barbares : le Peuple s’est vengé, parce qu’on lui refusait sa souveraineté. « Le peuple a le droit de reprendre le glaive de la Justice lorsque les juges ne sont plus occupés qu’à protéger les coupables et à opprimer les innocents » (Marat). Robespierre lira correctement ces massacres de septembre comme un acte de souveraineté du Peuple. Alors certes, on opposera la Loi des suspects du 17 septembre 1793, la création d’un tribunal Révolutionnaire… C’est le mérite de l’essai de Sophie Wahnich que de les mettre en perspective : il s’agissait de remettre de l’ordre, de limiter au contraire les massacres, d’éviter un bain de sang généralisé. Et si l’on veut jouer à dénombrer les victimes, on découvrira bien assez tôt qu’elles furent beaucoup moins nombreuses que l’imaginaire réactionnaire ne le laissa entendre. La Terreur de Robespierre, au final, a d’abord contraint les députés à pleinement reconnaître la Souveraineté du Peuple et à construire des bornes à la violence populaire. « Soyons terribles, affirmait Danton, pour dispenser le Peuple de l’être». Le souci de voir le Peuple se réaliser dans sa souveraineté n’était pas un combat gagné d’avance, ni une simple déclaration de principe. Son logos politique avait émergé dès les Cahiers de Doléances, mais les représentants de l’ancienne nation ne cessaient de l’empêcher de devenir le véritable acteur de sa souveraineté –ce dont nous avons hérité aujourd’hui, nous, les héritiers de Thermidor, qui enterra l’idée de souveraineté populaire.

Sophie Wahnich, La Liberté ou la mort, essai sur la Terreur et le terrorisme, La Fabrique édition, janvier 2003, réédition juin 2017, Paris, 112 pages, ean : 9782913372252.

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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 09:54

Australie. Des feux «dantesques». Un milliard de bêtes grillées vives. Des «méga feux», dont les commentateurs assuraient qu’à travers eux, la nature affirmait son rappel à l’ordre. Quel ordre ? Australie 2020 : des orages de feu. Un phénomène météorologique que l’on commence tout juste à étudier, d’immenses «pyrocumulonimbus» formés sur des dizaines de kilomètres de hauteur, capables de projeter des flammes à plus de cent kilomètres du foyer d’incendie. Un phénomène météorologique autonome, né tout à la fois de la nature du terrain et de son climat, et de l’action de l’homme. Violence de la nature, violence dans, sinon contre la nature, mais… Violences «de» la nature ? Le réel ne serait donc pas «idiot» ? Gérard Galloubet, dans ce qu’il dessine des rapports de l’Univers à l’homme –de l’homme à l’univers en fait-, semble partir  non de ce qui est, mais de ce qui devrait être, s’attachant du reste longuement, dans son introduction, à la question de l’être : Au Commencement, l’Enfant, siégeant au centre du monde. Peut-être pas la meilleure façon de poser la question des violences «de» la nature –ou peut-être la seule façon de la poser, à la condition d’oublier ce que ces violences aurait en soi de violence.

Est-ce une violence que l’Univers soit à nos yeux incommensurable ? Mais la profondeur cosmique du ciel n’est que l’horizon de la peur des hommes, non une violence de la nature. Pascal aura beau s’interroger sur ce néant qu’est l’humain, il n’apportera jamais la preuve de la violence de cette nature. L’immense ironie de l’interrogation de l’auteur, c’est qu’au fond, c’est l’inassouvissement métaphysique de l’homme qui est ici en cause, non une quelconque «attitude» de la nature. L’ouvrage est dès lors à lire comme une «Confession», celle d’un homme ivre de physique, en proie au questionnement métaphysique. Celle d’un homme érudit, questionnant le syllabaire de la philosophie en y déployant une étonnante poétique de l’explication, même si l’ambition est encyclopédique. On trouve ainsi moins sous sa plume des définitions que des relevés polémiques (dans le bon sens du terme), installant son vocabulaire entre définition essentielle et description rhétoricienne. L’auteur s’est de la sorte installé dans un espace pensif qui n’est textuellement ni de la philosophie, ni de la littérature, mais peut-être quelque chose comme un mouvement de la philosophie vers le poétique. Sa direction ne va pas de l’être à la langue, mais de la langue à l’être, dans l’espoir d’ouvrir en fin de compte un rapport inventif au monde, le nôtre. «J’aimerais vous parler du contenu de ces autres mondes», finit-il par avancer avec prudence, levant sa réflexion sur un immense blanc : il reste des univers où tout peut nous sourire. Et d’autres –le nôtre-, où tout semble devoir grimacer désormais…

Les commentateurs des incendies australiens, finalement, en évoquant une «attitude» de la nature qui nous serait extérieure, mais que nous pourrions protéger, voire sauver comme « dehors », à la condition de maîtriser notre agressivité à son égard, nous rappelle peut-être eux aussi cette erreur qu’il y a à penser que la nature nous serait extérieure : l’environnement, c’est nous. Nous avons absorbé la nature, elle est ce genre humain dont les violences lui sont propres. La dimension éthique, platonicienne, de la violence, couvre désormais un bien grand horizon et dans cet affrontement que l’on décrit à tort, ce n’est rien moins que l’Homme qui est au centre des conflits écologiques qu’il érige.

Violences de la nature, Gérard Garrabet, éditions L’Harmattan, collection Ouvertures Philosophiques, 15 juin 2016, 324 pages, 33 euros, ean : 9782343089829.

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 13:52

Il tue (Rémi, Adama, Zineb, Steve, Cédric, etc. …), mutile, éborgne, édente, ouvre les crânes, casse les jambes, les bras, les os, déchire les poumons, gaze les bébés, les enfants, les femmes, les vieillards, les hommes, frappe, cogne, bouscule, insulte et jouit, littéralement, de son impunité. Ses actes de cruauté, il n’en interroge jamais l’histoire : il est en dehors de l’Histoire. En dehors du lien social : par ses actes de cruauté, il est sorti de la communauté des hommes pour entrer dans celle des barbares. Bête féroce à tête humaine, il est littéralement devenu un être monstrueux.  Et il le sait : il cache son RIO, il dissimule son visage sous une cagoule, ses exactions par la haie de boucliers que ses « camarades » lui offrent. Il sait. Non qu’il en ait honte : il ne fait que se prémunir de toute action de la Justice à son encontre. Car il sait. Il a conscience de sa faute. D’une faute dont il ne sait pourtant trop dans quel ordre la situer, si c’est une faute morale ou une faute de goût. Mais il sait.

Il cache son Rio, dissimule son visage, s’engouffre dans les recoins des portes cochères pour martyriser ses victimes. Non qu’il ait honte : il veut échapper à son image, à cette image dégradante qu’il donne de lui et dont il sait qu’elle peut lui être préjudiciable. Il sait, il masque son Visage, l’escamote parce que ce Visage porte la marque de l’Absolu qui règle et désigne notre relation à autrui. Parce que le Visage (lisez Lévinas) EST l’expérience d’autrui. Alors intuitivement, il gomme ce Visage, pour ramener cette expérience au niveau de barbarie voulu. Il déshumanise son propre Visage pour mieux dégrader sa victime et la porter au même niveau d’obscurité que lui. Il sait, il se travestit parce qu’il a conscience d’être en dehors du Droit et jouit de sa cruauté –il n’a pas conscience d’être injuste : ce serait adopter un point de vue moral sur son comportement et ça, il ne le peut pas. Cela nuirait à sa jouissance. Cela provoquerait une rupture des équilibres conscient / inconscient. Lui nage en eau trouble, la condition de sa jouissance.

La violence policière, quand elle se prend pour sa propre fin, conduit la communauté des hommes à disparaître. Au-delà de toute régression animale que la jouissance de l’accomplir procure, elle signe cette dialectique redoutable qui conduit un peuple libre à l’esclavage. Par cette violence impunie, le flic s’arrache au discours de la Loi et œuvre à disloquer la société dont il ne fait plus partie. Détruite, déjà, par le niveau des violences acquises et leur impunité, chaque flic est ainsi encouragé à prendre sur lui l’initiative de la terreur. Chaque flic est appelé à jouir d’être devenu effrayant. D’être devenu une chose effrayante. Effarante. Une figure de l’effroi dans sa tenue de combat. Une figure de l’effroi qui repousse les limites du sacré : celle de la vie humaine. Quand l’impunité règne, il n’y a plus d’interdits. Or le sacré ne survit que protégé par des interdits.

L’impunité policière encourage chaque flic à franchir personnellement, individuellement devrions-nous dire, car ce faisant il abandonne toute dimension de « personne », engage donc chaque flic à franchir cette limite où plus rien n’est sacré, pour s’aventurer dans l’illimité de la régression où la violence n’a plus même de marques, n’est plus même un marqueur, n’est plus même une violence mais le lieu où exterminer devient possible. Dès le premier pas franchi, l’impunité ouvre à tous les autres, jusqu’au bout de l’horreur. Par sa puissance sur les corps qu’il martyrise, le flic impuni fait du corps humain le lieu où peut s’exprimer une jouissance sadique. Par ses actes de cruauté, le flic impuni détruit l’existence « juste ». Il dépouille le citoyen de ses Droits, de son identité politique, de son corps politique, pour transformer ce corps en matière biologique, quasi fécale : un déchet qu'il peut traiter à sa guise. Or le corps de tout Homme incarne la Déclaration de l’Homme et du Citoyen. Dépossédé de son existence politique pour être ramené à sa matière biologique, ce corps ne peut survivre. Ce n’est donc rien moins que le Salut Public qui est en jeu aujourd’hui : l’impunité policière dissout le lien social et politique. Il faut déclarer La Patrie en Danger ! La Loi outragée ! Car le fondement de la vie Publique ne peut être que politique, et cette impunité sort la police du politique pour la verser au registre du barbare.

photo recomposée d'après celles de Magnin / Lucas.

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23 janvier 2020 4 23 /01 /janvier /2020 13:49

1916. Dans tout l’Empire russe se lève la colère. On finit par y mépriser les Ministres, « nommés au hasard des caprices de la Cour ». Raspoutine surplombe tout ce monde corrompu. Et bien évidemment, pour avoir des nouvelles un tant soit peu objectives, il faut passer par la presse étrangère. Tout vacille donc dans cette Russie en ruines. La Douma, impotente, n’attend son salut que du Peuple, tandis que la maison royale festoie. Ici et là, quelques conseillers sont conscients du danger révolutionnaire qui menace. Mais courtisans, banquiers, journalistes s’en fichent. Ils dansent, profitent, vivent sur le dos du peuple. Tout ce monde n’est plus qu’une assemblée fantoche entre les mains d’une femme sous influence, inspirée par un dément. Le sort du pays gravite autour des frasques des riches. Que la police couvre, elle-même devenue la plus vile institution du plus vil régime… Raspoutine est partout, à couvrir, fomenter, étouffer les plus méchantes histoires. Ivrogne, veule, vantard, paillard. Ecrit en 1925, à deux mains, on l'a oublié, le roman se verra couronné par le Grand prix de l’Académie Française en 1927, deux ans avant que Kessel ne s’attaque aux années folles dans Belle de jour. Il dépeint les dernières semaines de la Russie tsariste et sa Cour hors sol où triomphe l’inhumanité la plus sordide. Partout ailleurs, des êtres naufragés, déracinés. Dont la Cour se moque. L’ubris et la jubilation sadique sont ses seules occupations. La décomposition est morale. Comme dans la France de Macron. Raspoutine a beau beugler que « (sa) paix est la force du règne », comme d’autres aujourd’hui nous assurent que la France va bien, tout part à vau l’eau et la Cour prend le thé, bavasse, décide férocement de la survie des sans-dents sous l’égide d’un malade, d’un idiot et d’un imposteur. Nicolas II, lui, n’est plus qu’une « image vide », tout comme l’est Macron aujourd’hui. Le nom du désastre qui afflue.

Les Rois aveugles, Joseph Kessel, Hélène Iswolsky, Plon, dans l’édition mise à jour de 1970.

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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 08:54

Un poème. Un seul et long poème. Mais un polar en poème ! Une forme unique, fiévreuse, incandescente, le flux héraclitéen des mots déversé comme une rivière en crue qui ne cesserait de répandre son trop plein. Quand tout est consommé, consumé. West Texas. Serpents et coyotes. Tout au fond d’un puits, deux cadavres et Dany, qui agonise.  La chute ne l’a pas tué. Il hurle : Papa ! Tandis qu’au fond de l’eau pourrissent deux Mexicains. Papa !... A lui, le flic, le Sheriff, qui tourne le dos et rentre tranquillement s’occuper de sa femme, la mère du petit, boire sa bière, se détendre devant sa télé. Sheriff de King County. Tournant les bottes, le petit au fond du puits, pour ne songer qu’à sa soirée. Un bon bœuf et vidéo gags. Tranquille : son ordre règne. L’ordre des flics. En attendant demain pour organiser une battue à la recherche de Dany. Qu’on ne trouvera pas. C’est ça le putain d'ordre des flics, partout dans le monde. C’est ça être flic : être comme un clebs en rut, n’écouter que son instinct, à l’unisson de la nature sauvage du Texas. Un long poème. Sauvage. Accomplissant le projet adornien d’une poésie qui ne peut plus être que barbare désormais dans ce monde, où seule la prose la plus mercantile a trouvé à s’établir. Un poème magnifique, fort, serein, accomplissant le sursaut de Paul Celan (lisez Todesfuge de Celan !), luttant de toutes ses forces contre la dépoétisation du monde. Un poème ahurissant, où l’ordure de la morale policière y est vrillée avec force. Dany au fond du puits, parce qu’il voulait se mêler de Justice ! Mais il n’y a pas de Justice : il y a la loi du plus fort qui est sa propre justification, et le forfait de l’ordre accompli, juste une orgie de gnôle qui vous attend à la maison, et foutre une branlée à la mère du petit, en faire une poupée de chiffon : un flic a tout pouvoir. Un long poème dans lequel s’épanche le Sheriff. Ne cachant rien de ses inactions, enfin, si, cherchant comment se soustraire, comme les nazis cachaient les leurs, en parfaite conscience de n’être qu’une crapule. Le bébé qu’il a gazé, la jeune mère qu’il a violée, les nègres qu’il a lattés, les femmes qu’il a lattées, les enfants qu’il a lattés. Tout est permis quand on est flic. Son long poème dégueulant le bréviaire des violences policières. Qu’il adresse à Dany, au fond de son puits. Assis sur les deux cadavres mexicains. Les Mex. Cent clandos Mex à King County, qu’il va bien falloir exterminer un jour. Tueurs de chiens de blancs. N’est-ce pas justice d’exterminer ceux qui tuent nos chiens ? Son long poème convoquant ses raisons, les esquintés de la famille après cette foutue guerre de Corée. Dany ? C’est ça qui l’a tué : ce con voulait perdre son innocence et se mêler de Justice ! Le gosse était même devenu dangereux, malgré les raclées, nuit et jour, le racisme, l’homophobie, le sexisme patiemment enseignés. De toute façon, ce n’était pas son enfant. Et puis, dans le bordel de la Création, il n’y a que les chiens à sauver. Et Mary. Sa Mary, tant qu’elle demeure sa chose. Attention : le Sheriff n’est pas un psychopathe. Juste un flic. On est trop exposé quand on est flic. Faut comprendre : toute cette puissance d’un coup entre les mains… Comment n’être pas tenté ? Et puis, à la longue, cette toute puissance, il faut que le monde la reconnaisse, l’éprouve. De toute façon, toute notre culture n’est plus qu’un tas d’ordure. Dont nous sauve cet immense poème !

King County Sheriff, Mitch Cullin, traduit de l’anglais (américain) par Yoko Lacour, éditions Barnum / Inculte, septembre 2018, 116 pages, 7.90 euros, ean : 9191095086864.

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