Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 06:47

Pierre. Mais… Qui saura qui est Pierre ? A force de se dérober… D’affabuler… De mentir. Qui est Pierre ? Un petit employé plus minable que modeste ? Souffreteux ? Qui shoote les pandas du zoo de Vincennes pour ne pas avoir à s’en occuper trop, file des calmants aux singes et du viagra aux bestiaux sans libido... Un cynique en somme. Chemise de Las Vegas parano sur le dos. Embourbé dans des histoires sans lendemain. Sauf avec Ophélie. Aussi déglinguée que lui, « collectionneuse de suicides »… Vous voyez le topo. L’air de rien, ce qui s‘amoncelle annonce de grandes  décisions. Qu’il ne prend pas, se contentant de raconter. De se triturer l’âme, mise à nue sans façon. Jusqu’au trop plein de morts autour de lui. Trop pour ne pas s’en poser la question. La police en tout cas s’en pose, qui commence à sérieusement s’intéresser à ce garçon à l’humour grinçant. Mordant. Etrange. Trop étrange, tandis que le récit nous embarque à son tour dans l’étrange. Chuchoté dans la lecture qu’en donne Damien Ferrette. Ebahi. Comme se parlant à lui-même, presque pensif, songeur, vagabond. Lecture intruse aussi, drôle et inquiétante à la fois, à peine parfois un mince filet qui peine à dire. Tant il est difficile de dire. C’est ça, oui : cette difficulté à dire quoi que ce soit, qui trame le récit. Cette difficulté à être et à dire. Absurde, oui, certainement.

Le Coma des mortels, Maxime Chattam, Audiolib, lu par Damien Ferrette, 17 août 2016, 1CD MP3, durée d’écoute : 9h11, 23.60 euros, ean : 9782367622125.

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans en lisant - en relisant
commenter cet article
14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 07:37

Sharko et Lucie. Epoux. Au Quai des Orfèvres tous deux. Avec leur deux enfants, une famille modèle ou peu s’en faut. Des garçons. Recommandables. Bien éduqués. Sauf que Lucie vient de tuer un homme. Dans une cave. Elle l’a abattu hors de toute procédure légale. Sharko n’y était pas. L’apprend. Maquille la scène de crime, invente un meurtre sur mesure, que la hiérarchie va leur confier. Alors les voilà tous deux qui plongent dans les abysses, pris entre des tueurs sataniques et la peur de voir leur mensonge dévoilé. Sur la corde raide. Du sang partout. Qui gicle, bouillonne, s’offre à la gourmandise des uns, la terreur des autres… Le goût du sang... rayonnant dans tout le récit, au sens propre de ce que savourer veut dire. A s’en lécher les babines pour les uns. En vomir pour les autres. Sharko et Lucie en équilibristes, sous la hantise de voir percé leur complot. A l’aplomb du vide qu’ils ont creusé sous leurs pieds, en danger partout, même au plus intime de leurs vies. Ça risque bien de saigner, pour eux. Ça saigne du reste. Beaucoup, dans ce déséquilibre qu’ils ont inauguré. Alors pour compenser, Michel Raimbault lit ce roman avec componction. La voix est presque exagérément posée dans ce trop plein de déséquilibre. Elle surplombe le récit, prend sans cesse ses distances. Neutre, elle semble accueillir avec une hauteur toute bienveillante les péripéties de l’intrigue. Comme si au fond, tout cela ne tenait que par sa grâce. Avant que tout ne s’effondre, se glace, nous pétrifie.

Franck Thilliez, Sharko, audiolib, livre lu par Michel Raimbault, juin 2017, 2 CDMP3, durée d’écoute : 17h11, 24.90 euros, ean : 9782367624099.

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans en lisant - en relisant
commenter cet article
13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 06:38

Etude du Céreq réalisée pour les docteurs diplômés depuis 2010 et pour lesquels les principaux débouchés restaient la recherche publique, dans les conditions que l’on sait. Etude alimentant le débat au cœur des réformes récentes de la formation doctorale en France, l’arrêté du 25 mai 2016 ayant mis l’accent sur la qualité de la formation afin de valoriser un diplôme qui souffre de la concurrence à l’international. Une étude qui révèle une transition plus difficile et plus longue pour les docteurs vers la stabilisation de leur trajectoire professionnelle, que pour les autres diplômés du supérieur. Il faut en général un minimum de cinq années pour voir cette trajectoire se stabiliser. Jusque-là, le taux de chômage des docteurs reste supérieur à celui des diplômés du supérieur. Mais cela dépend évidemment des disciplines, les docteurs sortant de la filière SVT étant les plus touchés (12% de chômeurs), et demeurant, même au terme de ces cinq années de vie active, massivement employés en CDD (38%)… L’étude tente d’en comprendre les raisons, tout comme elle fournit une prospective intéressante sur la situation de l’emploi dans la recherche en France. De ce point de vue, l’année 2012 semble être le point de bascule : la part des permanents dans la recherche publique a fini par dépasser celle des précaires. Un bémol toutefois : si les départs à la retraite n’ont cessé de croître depuis le tournant des années 2000, on assiste depuis quelques années à une réduction catastrophique des postes au concours, ce qui pèse fortement sur les trajectoires des jeunes docteurs. Ainsi, dans l’enseignement supérieur assiste-t-on par exemple de nouveau à l’augmentation des personnels temporaires ! D’une manière générale, les emplois du privé présentent plus d’opportunités. Si bien qu’entre 2010 et 2015, la part de la recherche dans le privé est passée de 13% à 19%. Là encore, l’effet de discipline joue à plein : les docteurs issus des maths, de la physique, de la chimie, de l’informatique, connaissant des taux de chômage bien inférieurs à ceux  de l’ensemble de la population des docteurs.

Bref, Bulletin de recherche du Céreq, n°354, juin 2017.

www.cereq.fr

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans Politique
commenter cet article
12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 08:02

Hôpital psychiatrique Gaustad. Oslo, Norvège. Un patient est retrouvé étranglé. Le visage saisi de terreur, figé en un ultime cri que le cadavre semble pousser encore. Munch… Sur son front, le nombre 488. Aux dires de l’administration, il s’est suicidé. Vraiment ? Sarah enquête dans une atmosphère glauque de secrets, de silences, de conspiration. Dans sa cellule, elle découvre des signes, des graffitis indéchiffrables. Par centaines. Par milliers. Cela faisait plus de trente ans qu’il vivait là, sans que son dossier n’en évoque les raisons. Et quand elle interroge l’équipe soignante, c’est par une gêne croissante que celle-ci se défile, soulevant à chaque interrogatoire plus de questions encore. Paris, Londres, Nice, les mines du Minnesota, les îles de l’Ascension, l’affaire rebondit sans cesse, insaisissable. Christopher, journaliste, a rejoint Sarah. Ce qu’ils découvrent est énorme. La folie à mains nues. Celle d’une administration pour laquelle les vies humaine sont des moyens, non des fins. C’est si énorme, qu’ils n’en reviennent pas. Le projet MK Ultra. La CIA en couverture… Un projet qui date des années 50, révélé par le New York Times en 1974. Une commission d’enquête fut nommée, qui découvrit horrifiée que la CIA finançait des recherches sur le cerveau humain. Les cobayes ? Des êtres humains que personne ne devaient pouvoir réclamer. Non consentantes : c’était ce qui en faisait la valeur au niveau de la recherche elle-même… L’hystérie étatique dans toute sa splendeur, particulièrement rendue dans cette lecture qu’en donne Olivier Prémel, la voix souvent haut perchée, sifflant ses consonnes, appuyant sa lecture, l’emportant sans répit, pressé, tranchant sur chaque fin de phrase, intriguant à loisir sa diction. C’est comme un flux qui nous emporte, s’arrête brusquement, repart, se reprend, dévale le texte avant de nous inquiéter encore par des pauses presque saugrenues. Interprétation très farouche en somme, qui contribue à renforcer la violence de la révélation.

Le Cri, Nicolas Beuglet, Audiolib, 17 mai 2017, 2 CD MP3, durée d’écoute : 13h52, 24.50 euros, ean : 9782367624143.

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans en lisant - en relisant
commenter cet article
9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 09:58

Harry Bosch retape une bécane. Une Harley, of course ! Et ne craint plus personne, sinon peut-être la sienne, à n’être plus les mains dans le cambouis de la crim’.  Son demi-frère l’alpague. L’avocat. L’autre bord. Honni. Celui des compromis, du blabla juridique, le clan du vétilleux immature, à ses yeux. Seul Harry peut sauver son client d’une culpabilité par trop évidente pour le proc et la police. Harry résiste : passer de l’autre côté du miroir ? Impensable ! Mais sombrer dans sa retraite ennuyée ne l’est pas moins… Le voilà enquêteur donc. West Hollywood. Viol et meurtre en sautoir. Toutes preuves disponibles, flagrantes. Alors quel coup si bien monté défaire ? Contre les siens ? Sont-ils vraiment les siens au demeurant ? Harry dégringole dans ce L. A. à fleur de routes sauvages. Où traquer la vérité et puis, quoi, la vérité ? Quel mot est-ce là au nom duquel risquer sa vie ? Au loin l’océan surplombé par son fog mortifère et le soleil de Californie. Le vieil Harry s’y colle pourtant, têtu, à ramasser les corps sans broncher, pour en reconstruire opiniâtrement le récit, presque obstinément tant l’intrigue est filée. Conspué, injurié, banni, Harry taille à la hache par la même occasion, ses raisons d’être du mauvais côté de la vie… La narration est parfaite. Trop peut-être, qui laisse ce goût acerbe d’une écriture trop parfaitement soignée. Du déroulé d’un texte systématique. Lu méthodiquement par Jacques Chaussepied, chaque syllabe en alerte et en même temps, comme abandonnée par-dessus l’épaule. Une lecture de parage, entre vieux potes accoudés au zinc d’un bar nocturne. Bien vu ! Bien dit ! Dépliée comme une confession quand la nuit semble ne pas vouloir finir. On reste d’un bout à l’autre attentif à cette vieille histoire braconnée au bon moment pour vous clouer aux étoiles qui dansent…

Jusqu’à l’impassable, Michael Connelly, traduit par Robert Pépin, lu par Jacques Chaussepied, Audiolib, 17 mai 2017, 1 CD MP3, durée totale d’écoute : 11h51, 24.50 euros, ean : 9782367623221.

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans en lisant - en relisant
commenter cet article
18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 08:17

Il n’y aura pas de vague Insoumise. D’abord parce que le gouvernement de campagne de Macron raflera la mise sur un vaste périmètre, Macron présentant, ainsi que l'a commenté avec pertinence Mélenchon, partout, 3 candidats : 1 LR, 1 PS et 1 En marche... Ensuite parce que son gouvernement de campagne offrira aux Droites extrêmes le tandem Collomb-Strzoda capable de les séduire. Monsieur Flashball saura mater les manifestants et Collomb pourra mener en grand ses chasses aux pauvres, aux rroms, aux sans-papiers, pour satisfaire la clientèle lepéniste. Parce que, toujours, le Premier Ministre, Edouard Philippe, en approfondissant l’œuvre droitière du précédent gouvernement saura attirer les Droites forcenées : LR et socialistes, conforté dans ses décisions par un Bruno Le Maire décidé à faire rendre gorge aux chômeurs et aux tributaires des minimas sociaux. La Ministre du travail, Muriel Penicaud, qui a passé sa vie à arpenter les salons des conseils d’administration des grandes entreprises internationales, saura, elle, «libérer» le travail, dont on sait depuis la guerre de 39-45 combien il peut «rendre libre»… Pour les inquiets de l’Europe, l’européaniste béate Marielle de Sarnez saura donner du cor et nous faire entendre que cette Europe de la finance est notre seul salut et que toute opposition à cette Finance de l’europe ne peut être que rétrograde, sinon réactionnaire. Enfin et surtout, le tandem Hulot-Nyssen saura séduire une frange importante d’écologistes et de démocrates de bonne volonté, sinon de bonne composition : quel beau signe, nous diront-ils, qu’une ministre de la culture cultivée. Ne pourrions-nous pas leur accorder au moins le crédit de l’ouverture d’esprit ?

Il n’y aura pas de vague Insoumise, parce que les Partis moribonds n’en ont pas fini d’agoniser. EELV, comme à son habitude, traîne déjà ses gamelles pour manger à tous les râteliers. Là, c’est moins le Parti qu’il faut sauver que des carrières mesquines. Accords à droite, à fausse gauche, à gauche, tout est bon pourvu qu’on leur serve leur brouet quotidien. Le PS, lui, jusqu’à la lie viendra faire barrage aux Insoumis. Accords avec la Droite, accords avec Macron, accords avec EELV, accords avec le PCF… et que dire de ce dernier, qui déjà a passé ses accords pour se maintenir sous respiration assistée ?

Il n’y aura pas de vague Insoumise, parce qu’il ne faut pas se leurrer : avec les législatives, c’est leurs calculs politicards que nous prenons en pleine figure. Les appareils savent compter en outre : passer un certain seuil, 1 électeurs rapporte 8 euros. Hamon ne le sait que trop bien, lui qui s’est aussi maintenu pour gagner ses 5% et son remboursement de campagne… Il ne faut pas se leurrer, parce que le jeu de financement public des partis est un jeu de dupe. Tout comme celui des subventions accordées aux médias qui nous enfument, ou bien cet argent public qui file dans les poches des cadres supérieurs à travers les subventions accordées aux grandes écoles et aux classes prépas, dont ils sont les bénéficiaires patentés. Nous payons notre Domination. Très cher. Partout. Toujours.

Il n’y aura pas de vague Insoumise, parce que sur le terrain, les appareils s’y emploient. La presse s’y emploie. Parce que la République française n’est qu’un formidable leurre. Parce que les législatives n’ont qu’un but : maintenir résolument les citoyens en dehors du périmètre de production de la norme. Parce que la représentation politique française dispose d’un pouvoir discrétionnaire qui interdit que nous passions de l’expression de nos besoins à celle de nos droits. Parce que les législatives sont faites pour désarmer la volonté populaire.

Il n’y aura pas de vague Insoumise, parce que les arbitres seront nombreux cette fois, outre le PCF, le PS, EELV, il y aura encore et toujours le FN. Pour contrer cet espoir qui nous retient peut-être de trop au chevet d'une démocratie assassine. Il n’y aura pas de vague Insoumise, parce que les législatives sont faites pour étouffer tout espoir, tout comme pour épuiser la possibilité d'une issue politique. Elles signent en réalité le retour à la normale de l’aliénation joyeuse. Elles sont le symptôme du renoncement à toute forme de radicalité. Tina : There Is No Alternative. Exit les poussées aux extrêmes, la figure du député est bonasse : regardez-les dormir dans l’hémicycle. Eux-mêmes savent combien le poste est peinard. La normalisation de la vie publique est en cours, on est prié de ne pas réveiller les dormeurs de la République.

Que reste-t-il alors ? Nous avons perdu la bataille culturelle, nous avons perdu la bataille sociale, nous allons perdre la bataille politique. Demain, Macron lèvera ses armées : médias aux ordres et bruits de bottes dans la rue. Les mouvements sociaux seront réprimés dans l’effroi, Macron les empêchera de poursuivre leurs tentatives de rouvrir de force la nasse où gît l’espoir politique. Que faire ? Déserter l’espace public politique, tellement corrompu et tellement verrouillé ? Le réinventer ailleurs ? Faut-il partir en exil, comme le conseille Negri ? Avec le gouvernement Macron, l’illusion politique atteindra son summum. Faux changement mais bon casting. Il reste ce souffle puissant des Insoumis qui n’a pas encore trouvé son exacte traduction politique. A l’heure où il nous faut envisager d’affronter un échelon supplémentaire d’aliénation politique, le danger serait au fond que cette énième défaite nous pousse au dégoût de tout. La souffrance sociale est toujours là. Peut-être faut-il procéder autrement, ne surtout pas créer de Parti des Insoumis, mais amplifier le mouvement, l’étendre, lui laisser la bride sur le coup, encourager partout la prise de parole, ouvrir partout des Cahiers de Doléances à la manière de l’enquête de Bourdieu sur la Misère du monde. Que cette fin de partie ne marque pas l’émergence de nouveaux renoncements : devenons multitude, devenons le nombre et la justice, puisqu’aucune des injustices et des souffrances dont nous souffrons ne sont représentées politiquement.

Crédit photographique : Julien Brygo, reporter, julien-brygo@wanadoo.fr

Né en 1980 à Dunkerque, Julien Brygo est journaliste indépendant. Il travaille entre autres pour Le Monde diplomatique.

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans Politique
commenter cet article
16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 08:13

Macron rentre donc de Berlin. Voyage obligé pour tous les présidents de la République française : il faut que Merkel ratifie leur élection. Elle lui a confié sa feuille de route. La même qu’à Hollande, Sarkozy, Chirac : l’Europe, quel qu’en soit le prix. L’Europe de la chancelière, il va de soi. Qui déjà a prévenu : les français devront faire des sacrifices. Après tout, les grecs ne viennent-ils pas d’accepter un nouveau plan de rigueur proposé par ses banquiers ? Amusante, cette tradition de soumission de l’idée européenne à la finance internationale. Rappelez-vous Monnet, le père de l’Europe. Qui se rappelle que Monnet avait été banquier justement, un banquier qui s’entoura de technocrates pour penser notre destin européen, qui devait rester l’affaire des nantis. Quand bien même son projet de CECA élargissait la base sociale de l’Europe à ces couches que l’on avait ignorées jusque-là : les paysans, les ouvriers. Qui se rappelle que ce cher Jean Monnet était proche de la famille Dulles, dont Allen fut le fondateur de la CIA ? Qui se rappelle ce Monnet, proche des sphères du pouvoir américain, venant chercher sa feuille de route, dans les années 50, auprès du fameux groupe de Harvard, chargé de réfléchir une construction européenne favorable aux Etats-Unis ? Qui se rappelle le jeune banquier accomplissant toute sa carrière dans la finance internationale, soupçonneux des exigences démocratiques des peuples et ne songeant qu’à se délester au plus vite des forces sociales tout comme des frontières nationales pour mieux asseoir sa vision capitaliste de l’Europe ? Un Monnet peu attaché au cadre de l’état nation. Une carrière au fond emblématique du destin européen que les banquiers nous ont fabriqué. L’Europe aura toujours été l’affaire de la finance internationale, une construction anti-démocratique par excellence, dont les peuples sont aujourd’hui les prisonniers. Prisonniers d’une Europe méprisant les électorats nationaux, d’une Europe dictant, sous la pression allemande, ses conditions aux états membres, d’une Europe construite autour de la notion d’allégeance plutôt que de consensus, relevant non pas de la participation civique, mais de l’adhésion coutumière. D’une Europe dont la force repose sur la faiblesse politique de ses peuples. Et plus que jamais, d’une Europe autoritaire exaltant la suspicion, cherchant toujours à contourner les volontés populaires. Une Europe bidouillée avec un faible soutien social, tour de force administratif que les faucons américains nous envient, tant elle est un modèle du genre, pour des régimes que leur démocratie, même fausse, embarrasse désormais.

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans Politique
commenter cet article
15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 12:10

Il faut prendre très au sérieux la nomination de Patrick Strzoda au poste de directeur de cabinet de Macron : cet homme était le préfet de Bretagne. Celui qui a structuré, libéré la violence policière à Rennes tout particulièrement, la plus féroce menée en France contre des manifestants. Macron sait que les législatives passées, et vraisemblablement gagnées à force d'arrangements avec le PS et LR, et ce quel que soit notre optimisme, c'est dans la rue que s'organisera la résistance. En le nommant, il adresse à la société civile le même signe autoritaire que celui de sa parade en blindé sur les Champs. Son intransigeance affichée face aux demandes de retrait de la Loi travail se doublera demain d'une intransigeance totale à l'égard de la société civile. Les prochaines manifs seront réprimées encore plus durement que sous Cazeneuve, sinon interdites...

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans Politique
commenter cet article
12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 07:20

Ces confessions furent le point de départ de l’écriture du scénario du film de Parker : « The Birth of a Nation », écho ironique au film de Griffith (1915), dressant l’apologie du Ku Klux Klan. Le récit lui-même date de 1831. Nat Turner est en prison, il va être pendu pour avoir été l’instigateur d’une des premières rébellions d’esclaves noirs. Tous les autres insurgés ont été exécutés. Le récit lui-même n’est pas de sa main et n’est évidemment pas celui d’une rébellion, mais du meurtre barbare de familles blanches… Dont la liste des victimes s’étale en fin de confessions. Nat doit y faire l’aveu du caractère barbare de son action, d’une action qui doit apparaître comme incompréhensible aux yeux du lecteur. Le texte insiste donc sur le caractère «démoniaque» de ce que nous, nous appellerons une insurrection. Et Turner doit s’y évoquer comme «égaré», «embrouillé». D’autant plus fourvoyé que rien ne laissait prévoir de tels actes aux yeux des blancs. Rien ne laissait deviner cette révolte, encore une fois incompréhensible. Thomas R. Gray, qui recueille son témoignage, tente alors d’ne comprendre les prémisses dans la biographie de Nat. Quels traits pourraient expliquer la «folie» qui s’est emparée de Turner ? Peut-être cette enfance d’enfant doué songe-t-il. Trop doué. Nat apprit seul à lire et très vite, posséda un très grand ascendant sur ses condisciples. Pieux, Gray en fait un illuminé qui croit entendre des voix célestes lui promettre un destin exceptionnel. Adulte, esclave, désarticulé entre le fantasme d’un destin exceptionnel et la réalité de sa condition, sans doute a-t-il nourri beaucoup d’amertume à l’égard des blancs qui «l’employaient»… Nat s’enfuit du reste une première fois, pour revenir auprès de son maître, ne sachant que faire de sa liberté. C’est alors que lui vient cette vision terrible : il doit abattre des blancs. Ce combat, lui dit la Voix qui l’habite, c’est ton destin. Il échafaudera ses plans au cours de l’année 1830 : massacrer des familles entières de blancs. Là est sa folie. Que William Styron ré-écrira le premier en 1967, dans un livre analysant en fait surtout le rapport des esclaves noirs américains à la religion, et qui fera scandale. Jusqu’à Parker, qui à travers son film a tenté d’affirmer qu’il s’agissait-là de la première tentative d’émancipation des esclaves noirs. Nouveau scandale : le meurtre de masse ne peut être un outil d’émancipation. Et pourtant, quand on y réfléchit bien : poussés à bout, enfermés et soumis non aux lois d’une nation, mais d’individus retors, battus, torturés, tués sans forme du moindre procès, que leur restait-il donc ? Les travaux les plus récents sur l’esclavage des noirs aux Etats-Unis montrent qu’en fait de tous temps il y eut des révoltes, matées dans le sang. Au-delà des manifestations les plus désespérées comme les plus cruelles, celle de Nat Turner, les esclaves noirs auront tout tenté pour résister à leurs conditions, en vain pendant trois siècles ! Du sabotage des machines au ralentissement des cadences de travail dans les champs de coton, en passant par les fuites, les incendies de propriétés ou les suicides collectifs comme acte suprême de résistance, pendant trois siècles les esclaves noirs américains auront lutté avec une énergie peu commune, ignorée de la plupart de nos contemporains aujourd’hui encore, pour soulever un joug que rien, semblait-il, ne pouvait lever…

Naissance d’une Nation, Confessions de Nat Turner, suivi de : Une révolte en noir et blanc, de M. Roy, éditions Allia, traduit de l’américain par Michaël Roy, décembre 2016, 76 pages, 6,50 euros, ean : 9791030404739.

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans en lisant - en relisant
commenter cet article
11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 11:39

Un opuscule de combat. Macron, Trump, le PS, Fillon… Au cœur du débat, l’argent, «qui transforme les plus riches en surhommes». L’argent, seule finalité d’une société au sein de laquelle l’humain est devenu une simple variable d’ajustement. 8 milliardaires, rappellent les Pinçon-Charlot, possèdent 50% des richesses mondiales. 8. Qui affament les peuples. En vrai. Rappelez-vous 2008 et leur spéculation sur les denrées de première nécessité : le maïs, le blé, le riz. En soustrayant des tonnages invraisemblables au marché alimentaire pour en faire monter les prix artificiellement, leur spéculation leur avait rapporté des sommes colossales, et plongé des millions d’humain dans la famine. La vraie famine. Nous ne sommes pas ici dans des effets de manche. Jour après jour, cette poignée de nantis plonge des milliards d’êtres humains dans la misère. Car non seulement la pauvreté ne diminue pas, mais elle s’amplifie. Et le clivage nord/sud que l’on croyait d’un autre temps, se met à traverser le nord pourtant riche. Une poignée de nantis donc, qui possède le pouvoir économique, le pouvoir politique, le pouvoir médiatique. Qui dispose des forces de répression, policières et militaires. Une poignée de nantis dont le seul objet est de mettre leur pouvoir à l’abri des démocraties. L’UE en fer de lance. Une poignée de nantis irresponsables qui jour après jour creusent les tombes de notre avenir. Parlons, tenez, de cette fameuse COP21, dont les conclusions se sont toutes écrites au conditionnel : «ce serait bien si»… L’avancée majeure de la diplomatie française. Son innommable supercherie, son infâme hypocrisie. Qui n’a débouché sur rien. Et ce faisant, a fait taire toute critique. Alors que dans le même temps, les très riches, conscients de la catastrophe écologique qui nous arrive,  construisent comme à Manhattan leur éco-quartier pour se soustraire au réchauffement climatique et mettre leurs enfants à l’abri. L’East Side Coastal Resilience Project ! Financé par le gouvernement américain. A savoir «Nous», les 99%. Partout les très riches s’activent, conscients du danger qui pèse sur l’humanité, pour faire des catastrophes qui viennent un marché plus rentable encore que celui de la santé. Voici que partout dans le monde se négocient des droits à polluer. Avec la bénédiction de dirigeant de l’acabit d’un Macron. L’UE en fer de lance là encore, où ils viennent de créer un European Trading Scheme, qui fixe au prix du marché et au gré de ses spéculations le prix du crédit carbone. Vous savez : ce soit-disant impôt contraignant les multinationales à s’engager sur une voie de dépollution. Les Pinçon-Charlot en analysent les tenants. Théoriquement, pour 1 tonne de CO2 rejetée dans l’atmosphère, il fallait s’acquitter d’1 crédit carbone. Mais seul le marché fixe librement le montant des pénalités… Si bien qu’entre 2006 et 2012, le cours de la tonne de CO2 est passé de 30 euros à 1,30 euros ! Cherchez l’erreur ! Les entreprises se sont débrouillées pour acheter à vil prix leurs pénalités, encourageant ainsi à acheter des droits à polluer qui coûtent moins cher que tout investissement dans la dépollution. Si bien que dans le même temps, ces sont des millions de tonnes supplémentaires de CO2 qui ont été rejetées dans l’atmosphère… Que voit-on à l’horizon du mandat Macron, favorable à l’essor libre du marché financier ? On voit l’explosion des produits financiers qui vont nuire à toute possibilité de transition écologique, comme ces catbonds, ou «obligations catastrophes», qui permettent de gagner de l’argent en spéculant sur la multiplication des tempêtes, via un marché spécifique : le Catex (Catstrophe Risk Exchange)… Exxon, le géant du pétrole, nous rappellent encore les Pinçon-Charlot, avait entrepris dès 1970 des recherches sur le réchauffement climatique. Leurs propres experts en avaient conclu, dès 1970, qu’il était bel et bien en marche et que la cause en était l’activité industrielle. Exxon savait, dès l’année 1970, les risques qu’elle faisait courir à l’humanité. Mais la multinationale a préféré investir massivement dans le lobbying climato-sceptique plutôt que d’alerter les populations. Le totalitarisme nous embarque de force vers une apocalypse qui sera tout, sauf joyeuse. L’argent est son arme de destruction massive. Entre les mains d’une poignée de très riches servis par une armée de larbins sans morale ni principe. « Urgente est la vie, urgente la révolte » (Abdellatif Laâbi).

Les Prédateurs au pouvoir, main basse sur notre avenir, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, édition Textuel, mars 2017, 8 euros, 64 pages, ean : 9782845975859.

Repost 0
Published by joël jégouzo - dans Politique
commenter cet article

Présentation

  • : La Dimension du sens que nous sommes
  • La Dimension du sens que nous sommes
  • : "L'Histoire, c'est la dimension du sens que nous sommes" (Marc Bloch) -du sens que nous voulons être, et c'est à travailler à explorer et fonder ce sens que ce blog aspire.
  • Contact

Recherche

Catégories