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La Dimension du sens que nous sommes
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LE PRESIDENT DES RICHES : A MORT LES PAUVRES !

5 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

president-riches.jpg"Il y a une guerre de classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner." Warren Buffet, l’une des plus grosses fortunes du monde, CNN, 25 mai 2005.

 

 

 

 

 

Le couple Pinçon, sociologues de la bourgeoisie, a tenu le compte, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, des fausses promesses, des mensonges, des vilenies accumulées jusqu’à l’écœurement par un invraisemblable Président, qui a fini par se payer jusqu’à la tête de la législature suprême. Petits chèques entre amis, légions d’honneur, depuis les premières mesures asseyant sa politique des nantis, ils n’ont cessé d’accumuler les documents attestant de sa volonté de mener sa guerre de classes au service de l’argent. De fait, sous Sarkozy, qui prétendait refonder rien moins que le capitalisme, la Finance a gagné en superbe. La France est devenue avec lui le camp d’entraînement de forces capables d’assurer une victoire totale aux riches. Du Fouquet’s où ses potes du CAC 40 (la liste des invités s’y consulte à loisir) se congratulèrent bruyamment, aux banquets des grands patrons de presse enterrant une liberté de la presse dont ils n’avaient que faire, le ton est donné : au menu, vulgarité et arrogance, tandis que les cadeaux pleuvent. Arbitraire, népotisme, double langage, tout est passé au peigne fin, y compris ces fameux brouillages idéologiques, fruits des compromissions sans précédent d’une gauche de pouvoir avide de trahison. Intrigante gauche qui proclama très tôt le dogme du capitalisme indépassable pour se débarrasser d’elle-même et rallier le camp des gagnants : celui des dirigeants français qui, sous le règne de Sarkozy, ont réussi à aligner leurs revenus sur les plus élevés à l’échelle du monde. Les voilà enfin libres d’en profiter tout leur saoul. Pendant que la gauche des bobos passait à des Warren Buffet le relais de la lutte des classes et se logeait confortablement dans son identité résidentielle fraîchement acquise. A nous les beaux quartiers ! Livrant les salariés au Capital financier le plus exécrable qui soit pour avaliser à son tour, sans complexe, l’appât du gain comme vertu cardinale. Les temps sont lourds de menace avec cette mise hors jeu des classes populaires. Et cette France là vous fiche une sacrée nausée ! Le dossier est accablant. Celui d’une mémoire monstrueuse aux contours terrifiants.--joël jégouzo--.

 

Le Président des riches, enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Zones éditions, septembre 2010, 224 pages, 14 euros, isbn : 978-2-355-220180.

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L’USAGE METISSE DU FRANÇAIS

4 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #IDENTITé(S)

lingua francaOn le sait : l’unité linguistique de la France ne s’est opérée que très tardivement. Il n’y a qu’à lire les rapports d’inspection du XIXème siècle, pour comprendre en outre dans quelles conditions s’est opérée cette unification linguistique : brimades, sanctions, répressions, les petits ardéchois n’étaient par exemple pas à la fête, conviés à apprendre une langue qui leur était étrangère, enseignée qui plus était par des maîtres qui eux-mêmes ne la parlaient pas – en Haute Ardèche, les archives des rapports d’inspection des maîtres fourmillent d’observations truculentes à ce sujet, surtout pour la première moitié du siècle : quand un maître faisait moins de vingt fautes à sa dictée, l’inspecteur était aux anges…

 

 On parla donc tardivement français en France. Tardivement signifiant ici qu’il a fallu attendre la fin de la première guerre mondiale pour espérer entendre les français parler en français. Jusque dans la boue des tranchées, les ordres pleuvaient dans toutes les langues : il fallait sauver les restes de l’Empire défunt en sacrifiant encore des bataillons de bons et loyaux serviteurs étrangers, tirailleurs sénégalais et autres indochinois, enrôlés par abus de misère pour tomber sur des champs qui n’étaient pas les leurs. Et quant aux troupes formées des indigènes du terroir, les ordres leurs demeuraient souvent opaques dans ces français approximatifs dans lesquels ils étaient formulés.

 

 Et bien évidemment, le français que l’on "baragouinait" ici et là dans l’Empire n’était pas plus considéré que l’on avait considéré jusque là, dans ce que l’on continue d’appeler le trésor de la langue française, les apports des classes "dominés". Il n’est que de se rappeler la fameuse querelle des "gemmes", qui vit un Vauvenargues narquois entrer le sourire aux lèvres dans cette disputation visant à déterminer les origines d’un terme que les banquiers et les paysans semblaient se partager (le gemme, pierre précieuse, et l’action de gemmer, qui signifiait à la campagne greffer deux plantes). Les pignoufs ne pouvaient avoir fait preuve d’invention… Les banquiers, mais c’était bien sûr, avaient certainement créé le mot dans leur beau latin d’aigrefins… Or il fallut en rabattre… On oublia la querelle dès qu’il fut établi que la création relevait des pignoufs…

 

 otsiémi-bouchePendant des siècles, les échanges entre riverains de la Méditerranée se firent dans une langue étonnante : la lingua franca. Méprisée, ignorée par les universitaires, les travaux de Jocelyne Dakhlia (EHESS) viennent aujourd’hui en révéler l’importance. Cette langue a surgi dans un contexte qui plus était complexe, au sein de cet espace méditerranéen fragmenté en mille familles linguistiques, romanes, sémitiques, slaves, etc., articulant des clivages religieux sévères. Elle apparut semble-t-il dès le XIIème siècle, au Proche-orient, pour connaître son apogée à l’époque moderne. A quoi devait-elle son succès ? A la simplicité de son apprentissage, certes, indique Jocelyne Dakhlia, mais tout en soulignant ce qui, au fond, était sa caractéristique majeure et pour nous la plus intéressante : l’absence de dimension identitaire dans sa structure même, laissant le grain des voix filer comme il le voulait entre les rives de ces mondes allochtones.

 

 Aucune des cultures concernées ne se l’appropria donc. Essentiellement parlée, sans postérité littéraire, sa forme resta labile, ouverte aux apports, sans cesse renouvelés. Une langue qui ne connut pas non plus le phénomène de la créolisation. Mais pour le monde cultivé d’alors, un jargon. Déprécié mais efficace, avec son socle roman, franco-provinçal plus exactement, italien sur les versants du Levant, espagnol au Maghreb, s’enrichissant de mots arabes, turques, etc. Il n’est pas jusqu’à Molière qui ne s’en soit fait l’écho dans ses pièces (cf Le Bourgeois gentilhomme).

 

 Une langue dont l’usage, étudie Jocelyne Dakhlia, ne se limitait en outre pas aux seuls échanges entre maîtres et esclaves, comme on a pu le croire longtemps, mais partagées entre esclaves, razziés de tous les coins du monde, l’apprenant pour communiquer entre eux et s’assurer d’un espace où témoigner de leur condition. Mais aussi nous apprend-elle, la langue des marchands et des populations urbaines, poussant même ses mérites jusque dans les négociations diplomatiques.

 

 C’est la colonisation française qui mit fin à cette expérience linguistique. Au départ, on fournit aux soldats de l’Expédition d’Alger (1830) des lexiques en lingua franca. Mais très vite son usage fut interdit, pour être remplacé par celui du français. Ironie du sort, de nos jours, une lingua franca s’invente de nouveau en Algérie, dans les relations marchandes entre algériens et… chinois. Ailleurs, en Afrique par exemple, un français s’invente, truculent, comme dans le cas des romans de Janis Otsiémi, spectaculaire, véritable indigénisation de la langue française, la déployant dans de nouvelles ressources langagières, trépignant de trouvailles en richesses, inventives à l’extrême et ne gaspillant jamais son français en formulations marmoréennes. Une chance pour nous qui parlons trop souvent notre mauvais français d’apparat : l’espoir d’un monde plus complexe ! –joël jégouzo--.

 

J. Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerranée, Actes Sud, 2008, 591 pages, EAN13: 9782742780778http://plurilinguisme.europe-avenir.com/index.php?option=com_content&task=view&id=2127&Itemid=88888944

Article du Monde du 17 février 2010, sur l’usage d’une langue cassée entre chinois et algériens.

NRP, septembre 2010, n°619, issn : 1636-3574, 7,50 euros

Janis Otsiémi, La Bouche qui mange ne parle pas, éditions Jigal, septembre 2010, 15 euros, ISBN 978-2-914704-73-1

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=1058

Observatoire européen du plurilinguisme :

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Fikria Fazli : Parne Aràpura (Les Nègres blancs)

3 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

rom-drapeau.jpgLes Rroms sont les nègres blancs 

Sans terre, sans mère

Ils cheminent là où vont les routes

Ils meurent là où coulent les rivières

(…)

 

On n’a fait que nous couper les ailes

On a mis nos pères à la torture,

Les gadjés ont poussé nos fils

A oublier qu’ils sont Rroms.

(…)

Nous avons bien notre terre

Bien loin chez la petite mère noire

Elle ne peut oublier ses fils

Les nègres blancs du monde.

 

Fikria Fazli 

 Traduction Marcel Courthiade.


Fikria Fazli appartient à ces écrivains de la coulisse qui n’ont quasiment jamais publié de textes de leur vivant. Fikria se contentait de les taper à la machine, avec du papier carbone pour en sortir quelques exemplaires qui circulaient sous le manteau, ou bien elle les lisait lors de rares lectures publiques, ou les déclamait au cours de soirées entre amis. De Fikria, on ne connaît que deux poèmes qui nous soient restés. Elle fut aussi la traductrice d’une grande étude sur le génocide nazi des Rroms.

 

Lire ce poème : Études tsiganes n°4/91

http://fnasat.centredoc.fr/opac/index.php?lvl=bulletin_display&id=268

image : le drapeau Rrom.

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DROMA : SUR LES ROUTES RROMS

1 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

indesirables-en-France-copie-1.jpgInterdit de Stationner

Dans les villes.

Interdit de mendier.

Dans les champs

Fenêtres et portes fermées.

En France : le carnet anthropométrique

Et les papiers des enfants.

En Europe

Ils ont été assassinés.

(…)

Les familles affamées

Qui ont faim de tout

De pain et de sel

D’amour et d’amitié

De liberté et de compassion.

Des millions et des millions de Rroms,

Chevaux malades.

 

Matéo Maximoff – Rrom, Catalogne et France, 1917 – 1999.

Traduit par Marcel Courthiade.

 

Le prix de la liberté, de Matéo Maximoff, éd. Wallada, avril 1996, ISBN-13 : 978-2904201226.

The Politics of Everyday Life in Vichy France: Foreigners, Undesirables, and Strangers, Shannon L. Fogg, Cambrridge University Press, nov 2008, 250 pages, langue anglaise, ISBN-13: 978-0521899444.

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LITTERATURE RROMANI ET IDENTITE

1 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #IDENTITé(S)

mateo-1.jpgO Paluno Krecuno (Le Dernier Noël) – Matéo Maximoff (1917-1999)

"(…) Ici, c’était le terrain destiné seulement aux Rroms, à plus de deux kilomètres du centre de la ville. Il n’y avait à proximité qu’un petit ruisseau. Tout le reste, il fallait aller le chercher au village le plus proche."



Matéo Maximoff raconte alors Noël, l’abondance, les petits enfants exclus de la Joie, la violence, la solitude. C’est qui le Père Noël ? C’était le premier Noël du petit Milaï. Un rrom. Emu devant le cadeau si mince qui trônait dans la charrette. Son premier. Et dernier : ensuite, il fut déporté.

 

 

Il existe une littérature rrom. Ancestrale même. Certes, longtemps orale pour l’essentiel : des contes, des proverbes, des récits de vie. Peu connue chez nous, tellement sensibles sur la question des rroms. Dès les années 1920, une littérature apparaît en langue rromani. En URSS tout d’abord. Puis en Pologne et puis dans les années 70, une avant-garde surgit, de rroms serbes d’expression croate. Dans toute cette production attentivement compulsée par Marcel Courthiade, la poésie domine très largement –selon lui, parce que la langue rromani a tardé à se fixer, et que la matière lexicale était du coup plus facilement mobilisable dans la forme du poème que dans celle du roman).

 

 La très belle étude de Marcel Courthiade, malheureusement inédite à ce jour, tente d’appréhender les thèmes et les formes que cette littérature contemporaine a prise. Littérature plurielle, intéressante pour nous, qui sommes trop souvent enfermés dans des problématiques nationales, car elle se fit dépositaire d’une identité complexe, traversée par les pérégrinations des territoires arpentés par les rroms. Une littérature salutairement marquée par des identités ouvertes en somme, accueillant subtilement des unités culturelles très hétéroclites. Et bien sûr, une littérature qui connut son moment épistémologique disons, celui du regard sur soi ne s’épargnant pas d’inspecter les stéréotypes dans lesquels on enfermait les Rroms : l’amour de la liberté, la virtuosité musicale, la passion amoureuse débridée, la délinquance, l’arriération, la cruauté, l’instabilité…

 

 D’une façon tout à fait intéressante, Marcel Courthiade explore les thèmes identitaires constitutifs de cette littérature. Et contrairement à toute attente, le plus prégnant est celui des origines : l’Inde, "la petite mère noire" (Fikria Fazlia), horizon fantasmatique du grand retour improbable, quête inouïe de la terre des Ancêtres. Une littérature dans laquelle on croise Kali, la déesse tutélaire de Kannauj, vénérée des Rroms, plutôt que la Vierge Noire des Saintes-Maries.

 

Si l’Inde en fut l’un des thèmes les plus obsédants, l’exil et le voyage, tout naturellement, soutenaient à bout de bras cet horizon poétique. Un voyage souvent poignant, témoignant de la grande misère des rroms sur des routes d’exil qui se transformèrent trop vite en chemins de persécutions. Bouleversante allégorie, au demeurant, de notre propre itinéraire comme civilisation indo-européenne. Chemin de Croix, évidemment, porté en langue rromani, attachée à une vision du monde ouverte, encore une fois, à tout ce qui n’était pas le monde rrom, et c’est sans doute ce qui fait la grandeur de cette littérature, qu’elle ne soit pas une littérature "ethnique" !--joël jégouzo--.

 

Marcel Couthiade, La Littérature des Rroms, Compendium à l’usage des étudiants de l’Inalco, section langue et civilisation rromani, INALCO, 2007.

Le prix de la liberté, de Matéo Maximoff, éd. Wallada, avril 1996, ISBN-13: 978-2904201226

Roma (Person) : Django Reinhardt, Ilona Varga, Mateo Maximoff, Paco de Lucia, Romani Rose, Otto Rosenberg, Settela Steinbach, Jose Ant, sous la direction de Bucher Gruppe, Books LLC, juillet 2010, langue : allemand, 176 pages, ISBN-13: 978-1159301057.

Projet éducation des enfants roms en Europe (Document Conseil de l’Europe):

http://www.coe.int/t/dg4/education/roma/Source/FS/6.2_french_corr.pdf

The Politics of Everyday Life in Vichy France: Foreigners, Undesirables, and Strangers, Shannon L. Fogg, Cambridge University Press, nov 2008, 250 pages, langue anglaise, isbn 13 : 978-0521899444.

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RROMS, LA MANIPULATION DES ORIGINES AU SERVICE DE SIECLES DE PERSECUTIONS…

30 Septembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #IDENTITé(S)

 

rromanis-voice.jpgLe racisme, c’est bien connu, se nourrit (en même temps qu’il les nourrit) de confusions et d’approximations quant aux populations ciblés. Ainsi des Rroms, vaguement assimilés, aujourd’hui encore, aux "gens du voyage", nomades sans professions, mieux : sans origine attestée… Le tout dans l’oubli savamment entretenu des rroms médecins, commerçants, chefs d’entreprise, écrivains, enseignants… Le tout dans l’ignorance des faits : seuls 4% de la population rrom est réellement "mobile" !

 

 Sans origine, les rroms ? Rien n’est moins établi pourtant : les Rroms sont issus d’un peuple sédentaire, qui a dû quitter l’Inde au XIème siècle, pour fuir les persécutions dont il était victime. Originaires de Kannauj, qui était alors la capitale culturelle et économique de l’Inde du Nord, détruite en 1018. Le tout est fermement établi par un chroniqueur arabe du XIème siècle, Abu Nasr Al-'Utbi  (dans son livre : Kitab al-Yamini). Ils sont arrivés dans l’Empire byzantin aux XIIème - XIIIème siècles, avant de s’éparpiller en Europe, où ils formèrent une Nation désormais essentiellement européenne, "sans territoire compacte" évidemment, ainsi que l’explique l’universitaire Marcel Courthiade.

 

 Dès 1422, des documents attestent de leur présence en Europe, où ils furent l’objet de nouvelles persécutions. Et pour mieux se dédouaner de l’oppression qui les visait, l’Europe fabriqua le thème de leurs mystérieuses origines et démultiplia leurs dénominations pour entretenir la confusion qui allait leur être à bien des moments de notre histoire, fatale.…

 

 Rroms, pourtant. Le mot lui-même a été étudié de près par Marcel Courthiade. Il désignait d’abord une communauté cultivée. Rroms, un mot par lequel ils se nommaient, plutôt que le terme de "tsigane" maintenu pourtant jusqu’à nos jours et qui relevait, lui, d’une désignation exogène traduisant le mépris dans lequel on voulait enfermer ce peuple. Tsigane, du grec médiéval Athinganoi, qualifiait en effet une secte qui se revendiquait de Melchisédec, secte de "Purs" qui refusaient tout contact avec les autres populations, d’où leur mise à l’écart comme "Intouchables". Pourchassée, elle disparue vers l’an 1000. Par la suite, nous apprend Marcel Courthiade, l’on attribua ce vocable aux gens simples, pauvres. Ce mépris accompagnera le vocable tout au long des siècles.

 

 Rroms encore, plutôt que Gitan (Gypsy), dont Marcel Courthiade nous apprend qu’il s’agissait d’une forme populaire corrompue de l’Egyptien, d’un nom donné aux rroms par les premiers Croisés ! Quant à celui de Bohémiens, il fut "cordialement" accolé aux rroms qui transitèrent par la Hongrie, la Bohème.

 

Rroms donc, désormais, pour nous. Avec en suspens, une réflexion que l’on ne se fait guère, moins sur les raisons de leurs migrations (les persécutions), moins sur les raisons de leur dispersion (les persécutions), que sur leur formidable capacité à s’adapter aux effroyables conditions qui leur furent imposées, au point que de sédentaires, ils firent du voyage un élément de leur culture et conservèrent, dans cette dispersion, leur identité et leur langue.--joël jégouzo--.



Marcel Courthiade : Compendium à l’usage des étudiants de l’INALCO, section langue et civilisation rromani.

Marcel Courthiade, est le responsable de langue et civilisation rromi à l'Institut national des langues et civilisations orientales, secrétaire adjoint de l'Union romani internationale.

On lira avec intérêt son article de L’encyclopédie Universalis : Les Rroms :

http://www.universalis.fr/encyclopedie/rom/

Les Rroms dans les belles lettres européennes, Marcel Courthiade, Rajko Djuric, Edition L'Harmattan, 2000, 189 pages, 17 €, ISBN 2-7475-5878-9.

Sagesse et humour du Peuple Rrom, Proverbes collectés, traduits et présentés par Marcel Courthiade, classés par Stella Méritxel Pradier et illustrés par Ferdinand Koçi.

 

A lire aussi :

Roma And Egyptians In Albania: From Social Exclusion To Social Inclusion, Hermine G.De Soto, Sabine Beddies, Ilir Gedeshi, World Bank Publications, juill 2005, 310 pages, Anglais, ISBN-13: 978-0821361719.

Gypsy Identities 1500-2000: From Egipcyans and Moon-Men to the Ethnic Romany, David Mayall, Routledge, oct 2003, 328 pages, ISBN-13: 978-1857289602.

The Romani Voice In World Politics: The United Nations And Non-State Actors, Ilona Kilmova-Alexander, Ashgate Publishing Limited, mars 2005, Collection : Non-state Actors in International Law, Politics and Governance Series, 195 pages, ISBN-13: 978-0754641735.

Voir aussi le très beau travail du Lycée de l’Ort, à Strasbourg, sur la déportation des Rroms et les camps français d’internement des rroms :

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://www.strasbourg.ort.asso.fr/concours_national/_imgs/37.jpg&imgrefurl=http://www.strasbourg.ort.asso.fr/concours_national/aide17.htm&usg=__X_xBugO4HMnVEkQfpVVzmnkafFQ=&h=445&w=318&sz=64&hl=fr&start=161&zoom=1&um=1&itbs=1&tbnid=1LQP8XNCaHXBcM:&tbnh=127&tbnw=91&prev=/images%3Fq%3Dsamudaripen%26start%3D144%26um%3D1%26hl%3Dfr%26sa%3DN%26rlz%3D1T4ADRA_frFR377FR378%26ndsp%3D18%26tbs%3Disch:1http://wn.com/KANNAUJ__La_ville_des_rroms

 

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PROJET DE LOI BESSON "Immigration, intégration, nationalité" : L’INSULTANTE DERIVE AUTORITAIRE DE L’ETAT français…

28 Septembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 petain-france-nouvelle.jpg"L’année 2010 sera marquée par la présentation d’un projet de loi sur l’immigration, qui transposera la directive européenne sur le retour des étrangers en situation irrégulière dans leurs pays d’origine, la directive sur la lutte contre l’emploi des étrangers sans titre de séjour, et la directive " carte bleue ", qui crée un nouveau titre de séjour européen pour les ressortissants étrangers les plus qualifiés. Je présenterai ce projet de loi devant le Conseil des ministres lors du premier trimestre, vraisemblablement avant la fin du mois de février." (extrait des vœux à la presse du ministre de l’immigration, 18 janvier 2010).

 

 

 

La France n’est plus la patrie des Droits de l’Homme. Mais voici qu’elle s’apprête à s’enfoncer dans une dérive au terme de laquelle, l’Etat de droit aura fait long feu sur son territoire. C’est sans doute en ceci que résidait la rupture inaugurée par la présidence Sarkozy : l’entrée de l’Etat français dans une dérive autoritaire.

 

 Les députés entament aujourd’hui l’examen du projet de Loi Besson sur l’immigration. Un texte qui suscite la désapprobation y compris sur les bancs de la majorité – comme pour Nicole Ameline (UMP), décidée à voter contre ce projet s’il reste en l’état. Le cinquième depuis 2003 ! Comme si l’Etat se cherchait, revenant toujours, jusqu’à l’obsession, sur les fondamentaux de la droite la plus extrême pour en extraire l’essence même de son déploiement futur.

 

 90 articles de loi, 500 amendements déposés. Les mesures phares du projet ont été largement commentées par la presse, comme la fameuse extension de la déchéance de nationalité. Mais le texte présenté par le ministre de l’Identité Nationale recèle bien d’autres dispositions inquiétantes, sanctionnant la montée en puissance de l’Administration dans le Droit français… Comme la proposition de créer des ZONES D’ATTENTE SPECIALES, sans limites spatiales, qui pourront recouvrir tout le territoire national, la zone pouvant s’étendre "du lieu de découverte jusque la frontière la plus proche"… Ou bien cette clause dite d’ABUS DU COURT SÉJOUR, ciblant les ressortissants européens et étrangers pouvant constituer "une charge déraisonnable pour le système d’assistance sociale"… On croit rêver : la misère du monde n’a qu’à bien se tenir, nous enverrons demain des chars pour liquider les pauvres. Mieux encore, si l’on peut dire. Le texte de Loi prévoit l’EXPULSION EN CAS DE VOLS RÉPÉTÉS OU DE MENDICITÉ AGRESSIVE… De quoi vider le métro parisien, nettoyer les trottoirs des bobos et les parvis des ASSEDIC… Voire les squats ou les fêtes sauvages, le projet de Loi autorisant la reconduite à la frontière en cas d’occupation illégale d’un terrain public ou privé… Et puis, le dégueulasse le disputant au méprisable, l’Etat français, par l’intermédiaire de sa représentation démocratique, se propose de bouter les malades hors du territoire national, avec cette clause d’ENCADREMENT CARTE DE SÉJOUR "ÉTRANGER MALADE"… Une manière de limiter l’accès aux soins des étrangers les plus nécessiteux –qu’on se rassure : les dictateurs pourront toujours venir se faire soigner en fRANCE…

 

 Enfin, il y a aussi, peut-être même surtout, cette stupéfiante dérive administrative prévue dans cette Loi. Un fait presque sans précédent de spoliation du pouvoir judiciaire. Une clause dont nous avait pourtant prévenu de longtemps notre très singulier Ministre de l’Identité Nationale : "si les juges appliquent la loi alors changeons la loi", affirmait-il sans ambages…

 

Prétextant une transposition en droit français de trois directives européennes, le gouvernement avait déjà adopté le 31 mars 2010 un nouveau projet de loi qui prévoyait en particulier de retarder la possibilité de saisir le juge des libertés à cinq jours, au lieu des 48h auparavant. Ce qui, de fait, revenait à priver tout étranger de tout recours effectif, les mesures d’éloignement étant exécutées avant ce délai… Ce même Ministre avait déjà allongé le délai de rétention à 45 jours au lieu des 32 jours qui prévalaient. Mais là, c’est le Juge qu’il veut contourner, la Justice, qui ne pourra plus contrôler la régularité de la procédure : seul le préfet sera décisionnaire !

 

ON ASSISTE AINSI A LA MISE EN PLACE D’UN VERITABLE POUVOIR DISCRETIONNAIRE CONFIE A L’ADMINISTRATION !

 

Voilà qui nous rappelle les pires souvenirs du fonctionnement de la machine étatique française… Cette même volonté de mettre hors jeu les avocats, cette même volonté d’interdire à la Justice de se prononcer sur la légalité des pouvoirs de l’Administration ! Rien n’est moins inquiétant en vérité ! Car ce n’est pas que l’étranger ou des populations sciemment discriminées que l’on fait ainsi entrer de force dans des zones de non-droit : c’est toute l’Administration française qui se voit sommée d’entrer dans la suspension de la légalité républicaine, qui n’est rien moins que la suspension de l’exercice démocratique… Un mouvement sans précédent de régression des Droits. Et comme l’écrit si justement Jean-Louis BORIE, président du Syndicat des Avocats de France, "ne nous y trompons pas, le droit des étrangers a toujours été le "laboratoire du pire". Si nous n’y prenons garde, demain ce sont nos droits qui seront en cause !"--joël jégouzo--.

 

http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl2400.asp

http://www.lesaf.org/index.php?option=com_flexicontent&view=items&cid=45:informations&id=343:bannissement-des-etrangers-eloignement-du-juge-et-de-lavocat&Itemid=136

http://www.gisti.org/spip.php?rubrique448

www.gisti.org/pjl2010

http://www.contreimmigrationjetable.org/

Travaux parlementaires : Les discussion en séance publique sont prévues sur trois jours :

mercredi 29 septembre 2010 (1ère et 2e séances)

jeudi 30 septembre 2010 (1ère, 2e et 3e séances)

Commission nationale consultative des droits de l’homme :

 

Avis sur le projet de loi relatif à l’immigration, l’intégration et la nationalité, 5 juillet 2010. La CNCDH y estime que ce projet de loi " ne se borne pas à transposer les directives communautaires dans ce domaine, mais contribue à banaliser la privation de liberté comme technique de gestion de l’immigration, en marginalisant le rôle du juge judiciaire et en renforçant les pouvoirs de l’administration " (voir communiqué).
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Romicide…

27 Septembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #LITTERATURE

romicide-new.jpg"Après tout, les gens du voyage, c’est rien que des gens sans importance"...

 

 Rennes. Une vie de petits boulots à désosser les carcasses des bagnoles pour en tirer quatre sous. Flashback : la Hongrie en 1942. Les milices des Croix fléchées organisent leur chasse aux rroms – Le Zigeunfrei… En Europe, l’éradication massive des populations nomades vient de commencer. Et aujourd’hui, dans la banlieue de Rennes, les survivants sont acculés à vivre dans la précarité. Comment survivre dans pareil dénuement ? Des centres de rétention ont discrètement été ouverts par l’administration française. La vase plutôt que la boue, aux portes des caravanes. Rennes, de nos jours. Dans un rouleau de moquette, la police trouve un corps. Les pieds découpés. La PJ enquête : il s’agit du cadavre d’un homme de soixante-dix ans. Rinetti, le gardien du camp des rroms, né à Ivry-sur-Seine, fils d’immigré italien, subit la pression des flics pour de mauvaises casseroles qu’ils traînent derrière lui. Il doit jouer les indics. Lui, l’ami des rroms jusque là. Qui se rappelle la grande rafle de 1992 (déjà). Et avant cela, les fréquents séjours des militants de l’ETA en quête d’une étape de confiance. Irlande, Pays Basque, se dessine une fraternité européenne des ex-peuples en lutte. Une histoire d’exilés, de squats, celle aussi d’une mémoire très ancienne des répressions qui frappèrent le peuple rrom en France : dans le camp, on sait encore raconter les Brigades de Clémenceau, fichant systématiquement les rroms pour constituer un fichier (au fait, qu’est-il devenu ?). Ou bien les sales besognes de l’Administration française, internant les rroms dans ses camps, comme celui de Fargeau, de Montreuil-Belley, de Pontivy et tant d’autres, avant de les livrer aux nazis… Des rroms venus d’Europe de l’Est pour finir assassinés en France. Rennes, de nos jours. La PJ organise une rafle. Sait-on jamais : l’assassin du vieux pourrait être l’un des leurs. Une obscure vendetta, une vengeance : l’homme avait trahi les siens, il y a des années de cela...

De beaux portraits d’exilés dans ce polar qui obtint le Prix du Polar SNCF en 2001. Un roman entièrement révisé, annonce l’éditeur, qui cependant s’achève sur une vision par trop commode du monde rrom des camps, à mettre en avant l’omerta qui devrait y régner –mais quand on énonce "Omerta", on tait les raisons du silence des gens de peu, des exclus, des pourchassés. Silence que l’on assimile par un jeu langagier convenu à celui des mafieux ! Or, une société fragile ne peut être qu’une société de la prudence, de la méfiance, de l’aphasie. C’est cela que le roman rate en filant au plus court une fable que l’on ne nous a que trop servie. Dommage, il y avait de la richesse dans ce travail, et matière à écrire un autre polar, peut-être même dans un autre décor, pour laisser surgir la voix des rroms !--joël jégouzo--.

 

Romicide, de Gianni Pirozzi, Rivages, nouvelle édition août 2010, coll. Rivages/Noir, 203 pages, 7,50 euros, ISBN-13: 978-2743620912.

 

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CULTIVER SON JARDIN...

30 Juin 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

jardinier.jpgCet été, osez le vrai voyage botanique, parmi la flore des gares, des boucheries, des fenêtres et des balcons… Ou bien cultivez votre jardin, si vous avez la chance d'en avoir un !

Mais des cent manières de créer un jardin, la meilleure n’est sans doute pas celle de payer un jardinier. Celui-ci ne vous plantera tout d’abord que de vulgaires bouts de bois plus proches du manche de balai que du forsythia dont vous rêviez… Et s’il retourne votre terre, soyez sûr qu’il ne vous en laissera qu’un désolant désert de gris pour tout gazon. Quelques temps encore, et vos allées ne seront que boue gluante partageant deux carrés de moisissure verdâtre. Vous haussez le sourcil ? Jardinez donc vous-même, vous comprendrez de quoi l’on parle ! Une fleur, ce n’est pas simplement une chose que l’on offre : c’est un «truc» qui hiverne, se bêche, se fume, s’arrose… Le véritable jardinage ne comporte aucune activité méditative. Čapek, son dernier grand théoricien, savait bien, lui, de quoi il retournait : le vrai jardinier n’est pas celui qui cultive les fleurs, mais celui qui travaille la terre. Les rosiers sont faits pour les dilettantes. Lui n’a d’yeux que pour ce que le profane ne voit pas ; ses secrets sont enfouis dans la composition de son incroyable humus dont il connaît, seul, la formule chimique. Karel Čapek sait d’ailleurs reconnaître entre mille le vrai jardinier, à sa curieuse physionomie : l’authentique est ordinairement terminé, vers le haut, par son derrière. La tête, elle, pend quelque part entre les genoux. Et hormis le soir, au moment de l’arrosage, il mesure rarement plus d’un mètre de hauteur…--joël jégouzo--. 

 

L’année du jardinier, Karel Čapek, traduit du tchèque par Joseph Gagnaire,  10-18, coll. Domaine étranger, 154p., 5 euros, ISBN-13: 978-2264030337

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SUR L’IDIOTIE DU REEL…

28 Juin 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

 

reeelidiot.jpgLa genèse de la méthode de Descartes mettait en évidence le rôle de l’action dans la connaissance : réfléchir sur la substance des choses n’était pas suffisant, il fallait encore fournir une méthode d’accès à ces choses, capable de produire du savoir scientifique par exemple, une certitude quelconque par ailleurs. Cette nécessité ouvrait la voie à l’esprit critique, autorisant de sélectionner ce qui relevait du domaine scientifique et ce qui n’en relevait pas. Nécessité découlant du postulat que le réel ne parle pas. Le réel est idiot. Bien que, d’une certaine manière, le réel, chez Descartes, parle curieusement le langage de l’intuition et de l’évidence. Mais idiot au sens où les grecs l'entendaient : enfermé dans sa singularité, replié sur son identité. Or si le réel est muet, nous ne pouvons que partir des modèles hérités de nos aînés pour l’appréhender et construire une image de ce réel, une image dont nous pourrons déterminer le devenir, puisque nous entretenons désormais avec elle une relation hypothético-déductive. On étudie ainsi, dans la recherche scientifique, le comportement de ces images. Il s’agit en gros d’évaluer le rapport de cette image au monde (système analytico-référentiel), essentiellement à travers son pouvoir de prédiction. On construit de la sorte un concept dont le caractère fondamental est d’être prédictif. Ce pouvoir de prédiction est la mesure de l’adéquation du modèle au monde, adéquation qu’il est bien sûr toujours possible d’améliorer. Or rien ne nous dit jamais, dans cette quête de l’adéquation, qu’il n’existe qu’un modèle unique d’image du monde : plusieurs représentation du monde peuvent coexister simultanément, voire se contredire. Car par nature, l’image du monde est différente du monde lui-même. Cette image n’est ainsi en rien universelle, même si, provisoirement, on peut la tenir pour telle… C’est en outre précisément l’inadéquation du modèle avec la réalité qui constitue le moteur de la recherche scientifique. Le défaut de prédiction du modèle met en effet en marche un processus d’abstraction, spécifique à toute démarche théorique. De sorte que l’on peut en conclure qu’une science n’est que la description de son auto-définition.--joël jégouzo--.

 

Le Réel - Traité de l’idiotie, De Clément Rosset, éd. De Minuit, collection de poche " Reprise " n°8, 2004, 160 pages, 9 €, EAN13 : 9782707318640

 Les Cahiers de l’Idiotie : http://www.cahiers-idiotie.org/nous.html

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