RROMS, LA MANIPULATION DES ORIGINES AU SERVICE DE SIECLES DE PERSECUTIONS…
Le racisme, c’est bien connu, se nourrit (en même temps qu’il les nourrit) de confusions et d’approximations quant aux populations ciblés. Ainsi des Rroms, vaguement assimilés, aujourd’hui encore, aux "gens du voyage", nomades sans professions, mieux : sans origine attestée… Le tout dans l’oubli savamment entretenu des rroms médecins, commerçants, chefs d’entreprise, écrivains, enseignants… Le tout dans l’ignorance des faits : seuls 4% de la population rrom est réellement "mobile" !
Sans origine, les rroms ? Rien n’est moins établi pourtant : les Rroms sont issus d’un peuple sédentaire, qui a dû quitter l’Inde au XIème siècle, pour fuir les persécutions dont il était victime. Originaires de Kannauj, qui était alors la capitale culturelle et économique de l’Inde du Nord, détruite en 1018. Le tout est fermement établi par un chroniqueur arabe du XIème siècle, Abu Nasr Al-'Utbi (dans son livre : Kitab al-Yamini). Ils sont arrivés dans l’Empire byzantin aux XIIème - XIIIème siècles, avant de s’éparpiller en Europe, où ils formèrent une Nation désormais essentiellement européenne, "sans territoire compacte" évidemment, ainsi que l’explique l’universitaire Marcel Courthiade.
Dès 1422, des documents attestent de leur présence en Europe, où ils furent l’objet de nouvelles persécutions. Et pour mieux se dédouaner de l’oppression qui les visait, l’Europe fabriqua le thème de leurs mystérieuses origines et démultiplia leurs dénominations pour entretenir la confusion qui allait leur être à bien des moments de notre histoire, fatale.…
Rroms, pourtant. Le mot lui-même a été étudié de près par Marcel Courthiade. Il désignait d’abord une communauté cultivée. Rroms, un mot par lequel ils se nommaient, plutôt que le terme de "tsigane" maintenu pourtant jusqu’à nos jours et qui relevait, lui, d’une désignation exogène traduisant le mépris dans lequel on voulait enfermer ce peuple. Tsigane, du grec médiéval Athinganoi, qualifiait en effet une secte qui se revendiquait de Melchisédec, secte de "Purs" qui refusaient tout contact avec les autres populations, d’où leur mise à l’écart comme "Intouchables". Pourchassée, elle disparue vers l’an 1000. Par la suite, nous apprend Marcel Courthiade, l’on attribua ce vocable aux gens simples, pauvres. Ce mépris accompagnera le vocable tout au long des siècles.
Rroms encore, plutôt que Gitan (Gypsy), dont Marcel Courthiade nous apprend qu’il s’agissait d’une forme populaire corrompue de l’Egyptien, d’un nom donné aux rroms par les premiers Croisés ! Quant à celui de Bohémiens, il fut "cordialement" accolé aux rroms qui transitèrent par la Hongrie, la Bohème.
Rroms donc, désormais, pour nous. Avec en suspens, une réflexion que l’on ne se fait guère, moins sur les raisons de leurs migrations (les persécutions), moins sur les raisons de leur dispersion (les persécutions), que sur leur formidable capacité à s’adapter aux effroyables conditions qui leur furent imposées, au point que de sédentaires, ils firent du voyage un élément de leur culture et conservèrent, dans cette dispersion, leur identité et leur langue.--joël jégouzo--.
Marcel Courthiade : Compendium à l’usage des étudiants de l’INALCO, section langue et civilisation rromani.
Marcel Courthiade, est le responsable de langue et civilisation rromi à l'Institut national des langues et civilisations orientales, secrétaire adjoint de l'Union romani internationale.
On lira avec intérêt son article de L’encyclopédie Universalis : Les Rroms :
http://www.universalis.fr/encyclopedie/rom/
Les Rroms dans les belles lettres européennes, Marcel Courthiade, Rajko Djuric, Edition L'Harmattan, 2000, 189 pages, 17 €, ISBN 2-7475-5878-9.
Sagesse et humour du Peuple Rrom, Proverbes collectés, traduits et présentés par Marcel Courthiade, classés par Stella Méritxel Pradier et illustrés par Ferdinand Koçi.
A lire aussi :
Roma And Egyptians In Albania: From Social Exclusion To Social Inclusion, Hermine G.De Soto, Sabine Beddies, Ilir Gedeshi, World Bank Publications, juill 2005, 310 pages, Anglais, ISBN-13: 978-0821361719.
Gypsy Identities 1500-2000: From Egipcyans and Moon-Men to the Ethnic Romany, David Mayall, Routledge, oct 2003, 328 pages, ISBN-13: 978-1857289602.
The Romani Voice In World Politics: The United Nations And Non-State Actors, Ilona Kilmova-Alexander, Ashgate Publishing Limited, mars 2005, Collection : Non-state Actors in International Law, Politics and Governance Series, 195 pages, ISBN-13: 978-0754641735.
Voir aussi le très beau travail du Lycée de l’Ort, à Strasbourg, sur la déportation des Rroms et les camps français d’internement des rroms :
http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://www.strasbourg.ort.asso.fr/concours_national/_imgs/37.jpg&imgrefurl=http://www.strasbourg.ort.asso.fr/concours_national/aide17.htm&usg=__X_xBugO4HMnVEkQfpVVzmnkafFQ=&h=445&w=318&sz=64&hl=fr&start=161&zoom=1&um=1&itbs=1&tbnid=1LQP8XNCaHXBcM:&tbnh=127&tbnw=91&prev=/images%3Fq%3Dsamudaripen%26start%3D144%26um%3D1%26hl%3Dfr%26sa%3DN%26rlz%3D1T4ADRA_frFR377FR378%26ndsp%3D18%26tbs%3Disch:1http://wn.com/KANNAUJ__La_ville_des_rroms
PROJET DE LOI BESSON "Immigration, intégration, nationalité" : L’INSULTANTE DERIVE AUTORITAIRE DE L’ETAT français…
"L’année 2010 sera marquée par la présentation d’un projet de loi sur l’immigration, qui transposera la directive européenne sur le retour des étrangers en situation irrégulière dans leurs pays d’origine, la directive sur la lutte contre l’emploi des étrangers sans titre de séjour, et la directive " carte bleue ", qui crée un nouveau titre de séjour européen pour les ressortissants étrangers les plus qualifiés. Je présenterai ce projet de loi devant le Conseil des ministres lors du premier trimestre, vraisemblablement avant la fin du mois de février." (extrait des vœux à la presse du ministre de l’immigration, 18 janvier 2010).
La France n’est plus la patrie des Droits de l’Homme. Mais voici qu’elle s’apprête à s’enfoncer dans une dérive au terme de laquelle, l’Etat de droit aura fait long feu sur son territoire. C’est sans doute en ceci que résidait la rupture inaugurée par la présidence Sarkozy : l’entrée de l’Etat français dans une dérive autoritaire.
Les députés entament aujourd’hui l’examen du projet de Loi Besson sur l’immigration. Un texte qui suscite la désapprobation y compris sur les bancs de la majorité – comme pour Nicole Ameline (UMP), décidée à voter contre ce projet s’il reste en l’état. Le cinquième depuis 2003 ! Comme si l’Etat se cherchait, revenant toujours, jusqu’à l’obsession, sur les fondamentaux de la droite la plus extrême pour en extraire l’essence même de son déploiement futur.
90 articles de loi, 500 amendements déposés. Les mesures phares du projet ont été largement commentées par la presse, comme la fameuse extension de la déchéance de nationalité. Mais le texte présenté par le ministre de l’Identité Nationale recèle bien d’autres dispositions inquiétantes, sanctionnant la montée en puissance de l’Administration dans le Droit français… Comme la proposition de créer des ZONES D’ATTENTE SPECIALES, sans limites spatiales, qui pourront recouvrir tout le territoire national, la zone pouvant s’étendre "du lieu de découverte jusque la frontière la plus proche"… Ou bien cette clause dite d’ABUS DU COURT SÉJOUR, ciblant les ressortissants européens et étrangers pouvant constituer "une charge déraisonnable pour le système d’assistance sociale"… On croit rêver : la misère du monde n’a qu’à bien se tenir, nous enverrons demain des chars pour liquider les pauvres. Mieux encore, si l’on peut dire. Le texte de Loi prévoit l’EXPULSION EN CAS DE VOLS RÉPÉTÉS OU DE MENDICITÉ AGRESSIVE… De quoi vider le métro parisien, nettoyer les trottoirs des bobos et les parvis des ASSEDIC… Voire les squats ou les fêtes sauvages, le projet de Loi autorisant la reconduite à la frontière en cas d’occupation illégale d’un terrain public ou privé… Et puis, le dégueulasse le disputant au méprisable, l’Etat français, par l’intermédiaire de sa représentation démocratique, se propose de bouter les malades hors du territoire national, avec cette clause d’ENCADREMENT CARTE DE SÉJOUR "ÉTRANGER MALADE"… Une manière de limiter l’accès aux soins des étrangers les plus nécessiteux –qu’on se rassure : les dictateurs pourront toujours venir se faire soigner en fRANCE…
Enfin, il y a aussi, peut-être même surtout, cette stupéfiante dérive administrative prévue dans cette Loi. Un fait presque sans précédent de spoliation du pouvoir judiciaire. Une clause dont nous avait pourtant prévenu de longtemps notre très singulier Ministre de l’Identité Nationale : "si les juges appliquent la loi alors changeons la loi", affirmait-il sans ambages…
Prétextant une transposition en droit français de trois directives européennes, le gouvernement avait déjà adopté le 31 mars 2010 un nouveau projet de loi qui prévoyait en particulier de retarder la possibilité de saisir le juge des libertés à cinq jours, au lieu des 48h auparavant. Ce qui, de fait, revenait à priver tout étranger de tout recours effectif, les mesures d’éloignement étant exécutées avant ce délai… Ce même Ministre avait déjà allongé le délai de rétention à 45 jours au lieu des 32 jours qui prévalaient. Mais là, c’est le Juge qu’il veut contourner, la Justice, qui ne pourra plus contrôler la régularité de la procédure : seul le préfet sera décisionnaire !
ON ASSISTE AINSI A LA MISE EN PLACE D’UN VERITABLE POUVOIR DISCRETIONNAIRE CONFIE A L’ADMINISTRATION !
Voilà qui nous rappelle les pires souvenirs du fonctionnement de la machine étatique française… Cette même volonté de mettre hors jeu les avocats, cette même volonté d’interdire à la Justice de se prononcer sur la légalité des pouvoirs de l’Administration ! Rien n’est moins inquiétant en vérité ! Car ce n’est pas que l’étranger ou des populations sciemment discriminées que l’on fait ainsi entrer de force dans des zones de non-droit : c’est toute l’Administration française qui se voit sommée d’entrer dans la suspension de la légalité républicaine, qui n’est rien moins que la suspension de l’exercice démocratique… Un mouvement sans précédent de régression des Droits. Et comme l’écrit si justement Jean-Louis BORIE, président du Syndicat des Avocats de France, "ne nous y trompons pas, le droit des étrangers a toujours été le "laboratoire du pire". Si nous n’y prenons garde, demain ce sont nos droits qui seront en cause !"--joël jégouzo--.
http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl2400.asp
http://www.gisti.org/spip.php?rubrique448
http://www.contreimmigrationjetable.org/
Travaux parlementaires : Les discussion en séance publique sont prévues sur trois jours :
mercredi 29 septembre 2010 (1ère et 2e séances)
jeudi 30 septembre 2010 (1ère, 2e et 3e séances)
Commission nationale consultative des droits de l’homme :
Avis sur le projet de loi relatif à l’immigration, l’intégration et la nationalité, 5 juillet 2010. La CNCDH y estime que ce projet de loi " ne se borne pas à transposer les directives communautaires dans ce domaine, mais contribue à banaliser la privation de liberté comme technique de gestion de l’immigration, en marginalisant le rôle du juge judiciaire et en renforçant les pouvoirs de l’administration " (voir communiqué).
Romicide…
"Après tout, les gens du voyage, c’est rien que des gens sans importance"...
Rennes. Une vie de petits boulots à désosser les carcasses des bagnoles pour en tirer quatre sous. Flashback : la Hongrie en 1942. Les milices des Croix fléchées organisent leur chasse aux rroms – Le Zigeunfrei… En Europe, l’éradication massive des populations nomades vient de commencer. Et aujourd’hui, dans la banlieue de Rennes, les survivants sont acculés à vivre dans la précarité. Comment survivre dans pareil dénuement ? Des centres de rétention ont discrètement été ouverts par l’administration française. La vase plutôt que la boue, aux portes des caravanes. Rennes, de nos jours. Dans un rouleau de moquette, la police trouve un corps. Les pieds découpés. La PJ enquête : il s’agit du cadavre d’un homme de soixante-dix ans. Rinetti, le gardien du camp des rroms, né à Ivry-sur-Seine, fils d’immigré italien, subit la pression des flics pour de mauvaises casseroles qu’ils traînent derrière lui. Il doit jouer les indics. Lui, l’ami des rroms jusque là. Qui se rappelle la grande rafle de 1992 (déjà). Et avant cela, les fréquents séjours des militants de l’ETA en quête d’une étape de confiance. Irlande, Pays Basque, se dessine une fraternité européenne des ex-peuples en lutte. Une histoire d’exilés, de squats, celle aussi d’une mémoire très ancienne des répressions qui frappèrent le peuple rrom en France : dans le camp, on sait encore raconter les Brigades de Clémenceau, fichant systématiquement les rroms pour constituer un fichier (au fait, qu’est-il devenu ?). Ou bien les sales besognes de l’Administration française, internant les rroms dans ses camps, comme celui de Fargeau, de Montreuil-Belley, de Pontivy et tant d’autres, avant de les livrer aux nazis… Des rroms venus d’Europe de l’Est pour finir assassinés en France. Rennes, de nos jours. La PJ organise une rafle. Sait-on jamais : l’assassin du vieux pourrait être l’un des leurs. Une obscure vendetta, une vengeance : l’homme avait trahi les siens, il y a des années de cela...
De beaux portraits d’exilés dans ce polar qui obtint le Prix du Polar SNCF en 2001. Un roman entièrement révisé, annonce l’éditeur, qui cependant s’achève sur une vision par trop commode du monde rrom des camps, à mettre en avant l’omerta qui devrait y régner –mais quand on énonce "Omerta", on tait les raisons du silence des gens de peu, des exclus, des pourchassés. Silence que l’on assimile par un jeu langagier convenu à celui des mafieux ! Or, une société fragile ne peut être qu’une société de la prudence, de la méfiance, de l’aphasie. C’est cela que le roman rate en filant au plus court une fable que l’on ne nous a que trop servie. Dommage, il y avait de la richesse dans ce travail, et matière à écrire un autre polar, peut-être même dans un autre décor, pour laisser surgir la voix des rroms !--joël jégouzo--.
Romicide, de Gianni Pirozzi, Rivages, nouvelle édition août 2010, coll. Rivages/Noir, 203 pages, 7,50 euros, ISBN-13: 978-2743620912.
CULTIVER SON JARDIN...
Cet été, osez le vrai voyage botanique, parmi la flore des gares, des boucheries, des fenêtres et des balcons… Ou bien cultivez votre jardin, si vous avez la chance d'en avoir un !
Mais des cent manières de créer un jardin, la meilleure n’est sans doute pas celle de payer un jardinier. Celui-ci ne vous plantera tout d’abord que de vulgaires bouts de bois plus proches du manche de balai que du forsythia dont vous rêviez… Et s’il retourne votre terre, soyez sûr qu’il ne vous en laissera qu’un désolant désert de gris pour tout gazon. Quelques temps encore, et vos allées ne seront que boue gluante partageant deux carrés de moisissure verdâtre. Vous haussez le sourcil ? Jardinez donc vous-même, vous comprendrez de quoi l’on parle ! Une fleur, ce n’est pas simplement une chose que l’on offre : c’est un «truc» qui hiverne, se bêche, se fume, s’arrose… Le véritable jardinage ne comporte aucune activité méditative. Čapek, son dernier grand théoricien, savait bien, lui, de quoi il retournait : le vrai jardinier n’est pas celui qui cultive les fleurs, mais celui qui travaille la terre. Les rosiers sont faits pour les dilettantes. Lui n’a d’yeux que pour ce que le profane ne voit pas ; ses secrets sont enfouis dans la composition de son incroyable humus dont il connaît, seul, la formule chimique. Karel Čapek sait d’ailleurs reconnaître entre mille le vrai jardinier, à sa curieuse physionomie : l’authentique est ordinairement terminé, vers le haut, par son derrière. La tête, elle, pend quelque part entre les genoux. Et hormis le soir, au moment de l’arrosage, il mesure rarement plus d’un mètre de hauteur…--joël jégouzo--.
L’année du jardinier, Karel Čapek, traduit du tchèque par Joseph Gagnaire, 10-18, coll. Domaine étranger, 154p., 5 euros, ISBN-13: 978-2264030337
SUR L’IDIOTIE DU REEL…
La genèse de la méthode de Descartes mettait en évidence le rôle de l’action dans la connaissance : réfléchir sur la substance des choses n’était pas suffisant, il fallait encore fournir une méthode d’accès à ces choses, capable de produire du savoir scientifique par exemple, une certitude quelconque par ailleurs. Cette nécessité ouvrait la voie à l’esprit critique, autorisant de sélectionner ce qui relevait du domaine scientifique et ce qui n’en relevait pas. Nécessité découlant du postulat que le réel ne parle pas. Le réel est idiot. Bien que, d’une certaine manière, le réel, chez Descartes, parle curieusement le langage de l’intuition et de l’évidence. Mais idiot au sens où les grecs l'entendaient : enfermé dans sa singularité, replié sur son identité. Or si le réel est muet, nous ne pouvons que partir des modèles hérités de nos aînés pour l’appréhender et construire une image de ce réel, une image dont nous pourrons déterminer le devenir, puisque nous entretenons désormais avec elle une relation hypothético-déductive. On étudie ainsi, dans la recherche scientifique, le comportement de ces images. Il s’agit en gros d’évaluer le rapport de cette image au monde (système analytico-référentiel), essentiellement à travers son pouvoir de prédiction. On construit de la sorte un concept dont le caractère fondamental est d’être prédictif. Ce pouvoir de prédiction est la mesure de l’adéquation du modèle au monde, adéquation qu’il est bien sûr toujours possible d’améliorer. Or rien ne nous dit jamais, dans cette quête de l’adéquation, qu’il n’existe qu’un modèle unique d’image du monde : plusieurs représentation du monde peuvent coexister simultanément, voire se contredire. Car par nature, l’image du monde est différente du monde lui-même. Cette image n’est ainsi en rien universelle, même si, provisoirement, on peut la tenir pour telle… C’est en outre précisément l’inadéquation du modèle avec la réalité qui constitue le moteur de la recherche scientifique. Le défaut de prédiction du modèle met en effet en marche un processus d’abstraction, spécifique à toute démarche théorique. De sorte que l’on peut en conclure qu’une science n’est que la description de son auto-définition.--joël jégouzo--.
Le Réel - Traité de l’idiotie, De Clément Rosset, éd. De Minuit, collection de poche " Reprise " n°8, 2004, 160 pages, 9 €, EAN13 : 9782707318640
Les Cahiers de l’Idiotie : http://www.cahiers-idiotie.org/nous.html
LE RIDEAU NOIR D’ALFRED DÖBLIN…
Silke Hass, qui dirigeait alors la collection SH aux éditions Farrago, avait eu la bonne idée de publier ce premier roman d’Alfred Dölin, écrit en 1903. Un texte dérangeant, puissant mais maladroit, nourri de lectures dégluties les dents serrées, et d’une expérience que l’on entrevoit fiévreuse.
L’expression s’y dégage du coup souvent avec violence de la phrase qui l’enserre, la bousculant pour trébucher elle-même sous les coups de butoir des mots proférés. Parfois, c’est à grands coups de hache qu’il taille dans son verbe. A d’autres moments, l’écriture s’écoule, frémissante, dans une sorte de sensualisme étourdi. Quant au héros, Johaness, il rappellerait pour un peu le Bazarov de Tourgueniev. Même impuissance à agir, qui le remplit de haine devant le monde et lui, requis par la sommation d’un désir amoureux dont la violence est le lieu ultime. L’humiliation que ce désir impose à la raison ne lui laisse dès lors pour seul répit que celui de la froide ironie. Tout de même déconcerté d’être pareillement enchaîné à lui-même, Johaness ne sait plus ensuite que se jeter à corps perdu dans l’angoisse d’aimer. On a bien lu : l’angoisse ! Car ce long monologue haletant qu’est au fond ce roman, s’inscrit et jusque dans sa structure intime, dans la profonde crise inaugurée soudain par l’humanité : il n’y a plus de perspective, plus d’unité à partir de laquelle ramasser son être. Chaque geste, chaque émotion, chaque mot prononcé finit par s’autonomiser et déserter tout sens, désarticulent toute possibilité d’énonciation de soi. Rilke, qui était alors lecteur chez Axel Juncker, avait refusé de publier ce texte : il le trouvait trop sombre, trop "pervers". Il n’y voyait se dessiner qu’une guerre stérile entre les sexes (dont témoignera après Le Rideau noir ce chef-d’œuvre qu’est Berlin Alexanderplatz), le "viol perpétuel de ce qu’il y a de plus délicat", reprochant aussi à Döblin une certaine complaisance d’écriture, à choisir pareil sujet masochiste. Un scandale moral en somme, l’auteur refusant de faire face au désastre dans lequel le sentiment amoureux semble devoir sombrer au tournant du siècle. Car c’était bien cela, au fond, que pointait Döblin : l’effarant constat que le sujet, évidé de lui-même, ne savait plus s’ouvrir à l’amour, mais uniquement espérer se défaire d’un peu de sa solitude égologique…--joël jégouzo--.
Le rideau noir, de Alfred Döblin, traduit d el’allemand par Huguette et René Radrizzani, éd. Farrago, coll. SH, sept. 99, 176 pages, 15 euros, ISBN 13: 978-2844900159.
LE DEBARQUEMENT EN NORMANDIE DE SAMUEL FÜLLER…(sur l’idiotie du réel)
"Un film est un champ de bataille : amour, haine, violence, action, mort, en un mot émotion", affirme Samuel Füller dans Pierrot le fou (1965, Jean-Luc Godard).
C’était un dimanche soir, sur Arte. Il y a des années de cela. Samuel Füller racontait son débarquement en Normandie. Ohama beach. Conteur fabuleux, prenant sans cesse la distance du récit, surplombant le sien de part en part, amusé, effronté, n’oubliant rien, pas même de comprendre le récit que l’on voulait alors remettre en place en l’interrogeant encore sur cette histoire pourtant déjà tellement codifiée.
Et c’est ce qui nous retiendra ici : ce fantastique travail, non de mémoire, mais de réflexion sur les lieux d’une mémoire dont le dessein se trouble, quand de constructions en reconstructions, ce qu’elle attise n’est rien d’autre que le retour de la violence, Samuel Füller achevant son témoignage sur cette note effrayante, d’un récit ouvert désormais, à de nouvelles possibilités de violence.
Cet événement, expliquait-il tout d’abord, dans sa réalité, était proprement invivable. Des milliers d’hommes jetés sur une plage. Le fracas de la mitraille, les éclats d’obus, les tirs incessants, le bruit, le feu, le souffre, le sable et la mer jetés l’un contre l’autre, les barges qui ne cessaient d’affluer, les hommes qui ne cessaient de tomber, courir quelques mètres et tomber, le prochain un mètre de mieux que le précédent et tomber toujours, la plage jonchée de corps, de cadavres, de cris, de souffrance, de peur. Utah, Ohama, Gold, Juno, Sword. A Ohama, les américains qui descendaient des barges ne purent disposer du soutien des chars amphibies. La houle était trop forte, les duplex drive ne pouvaient y résister. De fait, sur les 29 chars mis à l’eau, 3 seulement purent gagner la rive… Les autres coulèrent dans la Manche. Sur la plage, les 270 sapeurs qui devaient ouvrir en moins de 30 minutes la quinzaine de passages pour permettre aux véhicules de traverser les 500 mètres qui séparaient la mer des positions allemandes, œuvraient sous le feu incessant de l’ennemi, à découvert, si bien qu’en moins de 25 minutes, 250 étaient morts déjà. Un seul passage fut ouvert. Samuel Füller débarque. Le feu le cloue aussitôt à terre. Tous sont déjà morts autour de lui. Une seconde vague est déversée sur la plage. Hébété, il ne comprend rien, ne voit rien, ne peut ni respirer ni bouger. L’expérience qu’il vit, rien ne l’y a préparé. Peut-être, si, celle des soldats engagés dans les tranchées de 14-18. Mais il ne la connaît pas. Tout n’est pour lui, comme cela l’était déjà pour eux, que cris, gémissements, ordres incompréhensibles, fracas des armes, jurons, râles. Certains se redressent après avoir repris leur souffle, font quelques mètres et tombent. L’espace s’est effondré. Le temps s’est arrêté. Son être semble faire organiquement corps avec la plage. Il n’y a pas d’issue. Le sable et le sang giclent de toute part. Partir. Fuir. Sortir. Rien n’est possible. La terre, déjà éventrée, s’éventre encore. Pas le moindre petit bout de savoir pour s’arracher à ce cauchemar. Pas le moindre récit pour donner la mesure de ce qu’il vit. La solitude effarante de l’esprit répond à celle du corps, terré dans sa propre ignorance. Tout n’est alors qu’un immense chaos où l’être déversé ne parvient pas à se saisir, où le flux héraclitéen des événements interdit non seulement toute compréhension de la chose, mais toute connaissance de soi, voire toute sensation de ce moi charrié sans ménagement dans le désordre de la matière nue. C’est cela que raconte Samuel Füller. Qui ne sait plus comment il est sorti de sa terreur, de son trou, l’arme à la main et a survécu. Il ne lui reste pour souvenir que l’hébétude, longtemps après que le dernier coup de feu a été tiré.
Autour de lui, quatre silhouettes. Leur uniforme. Américain. Ils se regardent et se taisent, incapables du moindre mot. Longtemps comme ça, dit-il. Sans savoir combien de temps exactement. Une heure, deux heures. Les survivants. Une poignée. Et puis les premiers mots. Lesquels, il n’en sait rien. Rien ne concernant ce qu’ils venaient de vivre en tout cas : la réalité était inassimilable. Elle n’était que confusion, non-visibilité absolue du sens des actions, la clôture de l’expérience sur un présent sans fin.
C’est cela que Samuel Füller raconte. Tout comme il comprend que la seule manière de faire sienne cette expérience aura été, ensuite, après coup, d’en élaborer la fiction. En commençant par éliminer toute la réalité du monde. Les cris, l’hystérie à bien des égards, ces tranchées dans lesquelles les soldats américains se jetaient sauvagement et tuaient sans le vouloir d’autres soldats américains. Car le réel est idiot. Voilà ce qui est déterminant : le réel est idiot. Seule la fiction nous permet de nous emparer d’un événement pour l’intégrer. Car sans fiction, aucune émotion ne peut se vivre. Voilà ce qu’affirmait Samuel Füller.
Ensuite, sont venus d’autres temps. Les survivants ont d’abord élaboré ensemble, avec peine, improvisant, explorant, hasardant une bribe, deux, un récit, plusieurs, mille esquisses se chevauchant, se contredisant, pour arriver un jour à une solution satisfaisante qu’ils partagèrent sans même s’en rendre compte, parfois dans les mêmes mots, les mêmes expressions véhiculant à la longue comme un modèle du genre récit de débarquement. Puis vint encore un autre temps, celui de leur récit relayé par d’autres voix étrangères à l’événement, faisant subir à leur récit un nouveau glissement, vers un modèle assumant cette fois une fonction plus idéologique que psychologique. Mais un récit qui faisait retour dans le leur, le transformait, l’augmentait et le diminuait tout à la fois, forçant leur propre mémoire, la pliant devant des usages qui n’étaient pas les leurs tout d’abord, mais avec lesquels ils finirent par se familiariser. Le roman, le cinéma vinrent donner forme à tout cela. Une mémoire collective du débarquement se mit en place. Qui transformait, codifiait, esthétisait l’événement si loin déjà. Un événement dont la violence finit par devenir acceptable. On put de nouveau l’assumer. Elle circulait dans de nouveaux espaces, se chargeait de sens, en appelant déjà au retour de la violence réelle, comme dans un mouvement de balancier, s’étant enfin rendu souhaitable de nouveau, si l’on voulait bien en disposer encore. C’est cela que racontait Samuel Füller.--joël jégouzo--.
LES DRAPEAUX DE L’ISLAM, DE MAHOMET A NOS JOURS…
Dans une superbe présentation en couleur, les éditions Buchet Chastel offrent un panorama exhaustif des emblèmes de l’Islam.
Soit quatre cent soixante-huit drapeaux, qui racontent son histoire depuis le VIIe siècle, début de son incroyable aventure politico-spirituelle. Un ouvrage particulièrement utile, par les temps qui nous viennent, évoquant un univers aussi vaste que riche et méconnu. Cette science au nom barbare, en outre, la vexillologie (de vexillum, étendard romain) nous est exposée ici dans une langue simple et efficace, intéressant directement notre présent. Description de chaque drapeau, détermination de ses origines, explication de son évolution, de son symbolisme, les notices qui encadrent chaque présentation témoignent d’une belle rigueur intellectuelle. Les différents apports sont également retracés avec concision, sans renoncer à l’exhaustivité d’un effort qui nous éclaire au passage sur la signification des symboles les plus forts de l’Islam, comme celui du croissant et de l’étoile. Le tout inscrit dans des réflexions politiques renseignant les orientations qui ont marqué le destin de l’islam, d’une façon tout à fait originale, ainsi des éclaircissements concernant les quatre couleurs fondamentales qui apparaissent dans leur signification première : le vert de Mahomet, le blanc des Umayyades, le noir des Abbassides et le rouge des Fatimides. Chacune manifeste une personnalité historique autant qua nationale, orientant chaque fois, selon l’importance donnée à telle couleur au sein de l’emblème, les intentions historiques, l’identité de référence, la symbolique sociale, etc... Regrettons toutefois l’absence d’un planisphère, fort utile pour nous aider à nous représenter clairement l’étendue géographique de l’islam dans le monde.--joël jégouzo--.
Les Drapeaux de l'Islam : De Mahomet à nos jours, de Pierre C. Lux-Wurm, Buchet Chastel, oct. 2001, 343 pages, 42,75 euros, ISBN-13: 978-2283018132.
L’ECOLE EST FINIE…
Sommes-nous sur le point de connaître, avant la fin annoncée de l’école publique, celle de l’enseignement des Lettres ?
L’avenir de l’enseignement des Lettres paraît en effet sombre, dans l’école française. Epuisées par une didactique savante, reléguées dans la grammaire des techniciens, la pédagogie du français a fini par dévaluer tout ce sur quoi reposait le travail des enseignants : l’étude patiente, attentive, respectueuse des œuvres du patrimoine culturel et intellectuel de l’humanité, l’amour passionné de la lecture. Tandis que dans le même temps, une conception intempestive de la modernité jetait aux oubliettes les vertus du silence, de la patience, muant la lectio en verbiages indigestes. L’excellence scolaire, depuis, ne se mesure qu’à l’aulne de la réussite dans les études scientifiques, la filière littéraire ne s’encombrant le plus souvent que des choix par défaut, malgré sa récente revalorisation, qui n’a eu pour effet que de voir les établissements du secondaire fermer en masse ladite section. De salut, celle-ci n’en a entrevu que dans l’horizon de l’exception scolaire, tournée vers un enseignement ouvert aux seules élites, comme pour nous remplir encore de l’illusion d’une culture des humanités assurément probante, le vieux monde en somme, avec son charme discret, sinon désuet. Mais faut-il s’enfermer pour autant dans la déploration ? Ou chercher malgré tout à défendre ce qu’il existait d’irréductible dans l’enseignement des Lettres ? Et chercher de nouveau à en faire une culture, plutôt qu’une doctrine ? A bien des égards, un poème de Paul Celan (Le Méridien) nous y invite, dans lequel il évoque le lieu où tout poème prend forme : dans "la recherche de l’autre, ne s’adressant qu’à lui". Là où l’attention à la chose écrite se transfigure dans l’expression poétique en "un dialogue éperdu" qu’il n’est pas simple ensuite de congédier. C’est cette attention qui fondait la relation de l’enseignant à sa discipline et aux élèves qu’il enseignait, cherchant les "chemins difficiles et secrets" où créer les conditions "par lesquelles une parole de vérité", celle des élèves, pouvait avoir lieu. Un geste poétique en somme, sinon une geste pédagogique telle qu’on n’en connaît plus, où "créer le ‘tu’, le vis-à-vis, le destinataire", où "faire entendre que quelque chose (lui) est destiné", plutôt que d’affronter nos élèves à des techniques littéraires soigneusement alignées dans les tiroirs des époques stériles.--joël jégouzo--.
Le Méridien, de Paul Celan, traduit de l’allemand par André du Bouchet, préface d’Emmanuel Lévinas, illustrations Jean Capdeville, éd. Fata Morgana, avril 2008, 43 pages, 10 euros, ISBN-13: 978-2851947116.
ELITES ET CLASSES OPPRIMEES, LA QUESTION CULTURELLE.
L’ouvrage de Robert Linhart, publié en 1976 et réédité cette année, s’affirmait d’abord comme une réponse à l’offensive des nouveaux philosophes, prompt à liquider Lénine de la plus stérile des façons, au prétexte qu’ils avaient renoncé à leur révolte. Il vaut la peine aujourd’hui de relire cette analyse, exemplaire sur le plan de la réflexion intellectuelle, des conditions matérielles dans lesquelles la première dictature du prolétariat eut à s’inventer et durer. Analyse exemplaire en ceci qu’elle refusait de faire abstraction des conditions effroyables de formation du premier Etat prolétarien, conditions qui lui furent imposées -d’aucuns l’ont volontiers oublié-, par la barbarie impérialiste.
Quelles étaient ces conditions ? Se nourrir, se chauffer. La Russie de 1917 affrontait des réalités aussi élémentaires que de chercher à tout prix de quoi se nourrir et se chauffer. Le blé, le pain, le bois, les labours, les saisons… C’est cela, par parenthèse, faire de l’Histoire ! Les paysans russes périssaient sur les terres seigneuriales. La révolte grondait. Fallait-il prendre ces terres ? Fallait-il indemniser leurs propriétaires anciens ? Sur quelles bases devait-on partager ? L’automne arrivait et avec lui le temps des labours, qu’il ne fallait pas rater, car non seulement l’hiver en dépendait, mais la survie de l’année à venir. Que fallait-il donc faire, concrètement ? Fonder un Droit nouveau ? Certes, mais comment pouvait-on le conduire dans le concret du paysage russe ? Les masses paysannes, exaspérées, passèrent à l’action d’un coup, partout en Russie. Un soulèvement populaire. Qu’on relise les archives. Un vrai soulèvement populaire et non le décret de Lénine. Car si Octobre 17 eut lieu en octobre, ce fut d’abord parce que les paysans russes passèrent à l’action au moment crucial des labours. Ensuite vint l’insurrection armée, la décision de Lénine, convaincu qu’il fallait mettre les masses paysannes à l’abri d’une répression féroce et que c’était le seul moyen d’y parvenir. Une ligne politique ne se réduit pas à un corps de doctrine. Lénine avait hésité, certes : le programme des Bolcheviks était doctrinal. Mais devant le mouvement de masse, il n’hésita plus : il fallait libérer l’initiative révolutionnaire de la paysannerie.
1918. La Russie crève toujours de faim. L’écueil idéologique est alors celui du ravitaillement des villes. C’est là encore avec une exemplarité intellectuelle sans équivalent que Robert Linhart rend compte de la complexité des luttes qu’il fallut engager, contre les blancs, contre les égoïsmes, contre les idéologues, pour mener à bien cette "croisade" du blé si cruciale pour la Nation en ruine. Mais dans le même temps, Lénine réalisait que cela ne pouvait se limiter à une politique de persuasion et de coercition menées de front. Ce sur quoi la Révolution achoppait était d’un autre ordre : culturel. Le terrain des valeurs. Du sens. En 1923, Lénine voulut engager une réflexion de fond sur cet aspect si déterminant, pour favoriser l’émergence d’une révolution culturelle, seule capable de jeter un pont entre les différentes couches de la société soviétique balbutiante, seule capable de permettre aux élites et aux masses de trouver un terrain d’échange à partir duquel inventer enfin vraiment un monde nouveau. La maladie l’en empêcha. Staline vint, qui ne voulait guère rêver à une offensive idéologique pour laquelle il n’existait, en effet, pas de forces politiques prêtes à s’y engager, et pour cause… In fine, il est intéressant d’observer que, et l’avant-propos du Lénine de Linhart le montre bien, c’est sur cette même question culturelle qu’achoppa en partie l’alternative "révolutionnaire" des années 60/70 en France, la liquidation des idéologies de révolte ayant par la suite ouvert à cette haine du Peuple que le sarkozysme a déployé depuis.--joël jégouzo--.
Lénine, les Paysans, Taylor, de Robert Linhart, éd. Du Seuil, mai 2010, 218 pages, EAN13 : 9782021027938.