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La Dimension du sens que nous sommes
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THEME AFRICAIN, ENTRETIEN AVEC LE PEINTRE YVES CAIROLI (5/6)

26 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #entretiens-portraits

fetiche.jpgjJ: je ne sais plus qui a écrit un jour que le plus haut degré de la science des hommes était celui de la science des images. Que la science de l’image, même, était la science de l’homme par excellence : non pas seulement une théorie, mais la théorie enrichie par la praxis, un savoir au sens de mathèsis, ainsi que l’entendaient les grecs anciens, dont la Tragédie par exemple était porteuse, un savoir éthique qui plus est, qui concernait le cœur même de la vie humaine. Car seule la praxis apporte une vraie connaissance des choses. Face à vos images (pardonnez-moi d’appeler cela des images, mais sur internet, il ne reste que des images), je m’en suis souvent posé la question à propos de leur justesse, de ce à quoi elle touche -je parlais abusivement de miséricorde (encore que), d’autres, plus justement, les qualifiaient de "poignantes", montrant assez, par l’emploi de ce terme, cette mathèsis que j’évoque. Regarder l’esprit à travers les yeux de la chair… Pardonnez la formulation : je reviens de Toscane, tout ébloui encore du système de ces images qui hantent mon esprit… A quoi s’expose donc le peintre dans cette quête de l’image ?

Yves Cairoli : Il est vrai que nous sommes de plus en plus imprégné par le visuel. Imprégnation exacerbée par les nouvelles technologies qui nous conduisent vers une dictature de l’image contre le texte. Mais l’image explique tout aussi bien que le texte. Elle est tout aussi crédible que lui ou tout aussi in-crédible. Tout comme le texte, elle peut être détournée, faussée…Néanmoins elle "surexiste" . A nous d’être attentifs à ce qu’elle dit, ou à ce qu’elle veut nous faire croire.

Quant à la connaissance, elle passe par sa propre expérience en partie. L’expérience n’est pas seulement livresque fort heureusement.

Vous vous posez la question de la justesse de la représentation de mes tableaux que vous appelez images. Question à laquelle il est difficile de répondre : ce qui me parait juste l’est-il pour les autres ? En quoi ces images peuvent-elles nous parler ? De nous ? De notre monde ? Il s’agit de savoir si ma sensibilité, mes intérêts, sont proches des vôtres … L’artiste ne doit pas s’occuper de cette question ; il crée et livre ce qu’il a créé aux autres. Il y a rencontre ou pas, avec le spectateur. Ce dernier est touché, ému, …ou indifférent. L’artiste ne pense pas aux spectateurs quand il crée. Il pense surtout à exprimer ce qui le tarabuste et comment il va s’y prendre pour le concrétiser sur la toile ou le papier.

Le terme "miséricorde" est, il vrai, abusif, mais il est vrai que je montre les travers et les souffrances humaines ( pas uniquement, car certaines toiles sont humoristiques). Suis-je dans l’affect ? Certainement : je ne théorise pas ni ne raisonne ma démarche. Ce n’est pas à moi de le faire mais à celui ou celle qui s’intéresse à mon travail.

Enfin le peintre s’expose toujours dans son travail, il se met à nu même si les toiles sont aussi des paravents qu’il faut décoder. Le but est de montrer au public son travail et de recevoir louanges ou critiques, peu importe. Tout sauf l’indifférence qui est la mort de l’artiste. L’œuvre existe grâce à l’artiste mais l’inverse est tout aussi vrai.

 

 

Yves Cairoli, né en 1960. Autodidacte. Ne connais pas la date exacte à laquelle il a commencé à dessiner. Avant de savoir lire et d’écrire probablement ! A été progressivement illustrateur dans une revue de citizen-band , ouvrier sidérurgiste, puis certifié de Lettres Modernes. A commencé la peinture à l’âge de 22 ans. A participé à de nombreuses expositions collectives et personnelles en France et en Belgique… Principales expositions : Galerie Schèmes à Lille, Galerie Art Place à Lille, Galerie d’Halluin à Cassel, Galerie Begard à Douai,Galerie Natascha, à Knokke le Zoute, etc. …

http://www.artmajeur.com/yvescairoli

image : fétiche ( fétiche) acrylique sur toile/ 130x97/2011

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THEME AFRICAIN, ENTRETIEN AVEC LE PEINTRE YVES CAIROLI (4/6)

25 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #entretiens-portraits

ame_perdue.JPGjJ : Sur ce graphisme, oui, cet entremêlement de modernité et d’art brut, je trouve cela très réussi en effet, très juste. Vous parlez de "bestiaire", à propos de notre humanité. Quel drôle de mot, non ? Dénonce-t-on au demeurant un tourment ? Je vois bien la distanciation à laquelle vous procédez, ironique sans être narquoise, malicieuse, qui nous enchante par son humanité même si j’ose dire. C’est-à-dire, et je vais utiliser volontairement un vocabulaire agaçant pour le dire, plus miséricordieuse que désabusée (d’où la question sur le bestiaire humain). Mais vous avez inventé une drôle de distance pour l’exprimer !

Yves Cairoli : Je ne trouve pas que le terme "Bestiaire" soit un drôle de mot. Ne sommes-nous pas de drôle de bêtes? Des animaux bien compliqués et bien difficiles à cerner et à analyser. Ce que je dénonce ou essaie d'illustrer, ce sont les travers des hommes: avidité, violence, soif de pouvoir, barbarie...Et les conséquences de ces travers que sont la souffrance, le deuil etc. ... Je me suis peut-être mal exprimé: je ne dénonce nullement le tourment mais essaie de le souligner. Je ne me pose pas en moraliste mais en témoin. Je ne juge pas, je n'absous pas non plus, je fais un constat.

 Il est vrai que la distanciation est ironique , quelque fois humoristique, mais je ne crois pas qu'elle soit miséricordieuse ( même s'il doit me rester quelques restes d'éducation judéo-chrétienne !!!! rires). Peut être que cette distanciation en apprend-elle autant sur moi que sur le sujet traité ? Ironique et humaniste me conviennent très bien.

 

jJ : Je voudrais revenir tout de même sur cette question. Muriel Océane Misako Gobet disait de ces représentations qu’elles étaient "touchantes", ce à quoi Fabienne Abbet-Vidal enchérissait avec un "poignant" que je trouve tout à fait juste. Poignant, cet assemblage de formes humaines bricolées, ficelles, tiges, bois et cartons dirait-on parfois, bouts de choses quelconques, des trucs enchevêtrés pour faire tenir tout ça : l’Humain. Non pas triomphant dès lors, mais tout de même, dans l’ingéniosité d’un bricolage hasardeux finissant par trouver une voie, une manière d’exister malgré tout, contre tout, de surgir. Poignant. Qu’en pensez-vous vous-même ?

Yves Cairoli : Concernant les adjectifs "poignant" et "touchantes", je ne sais que répondre à cette réaction devant les toiles. Elle me fait plaisir car j’ai l’impression que je réussis à faire passer une émotion à travers les thèmes représentés. Il s’établit quelquefois entre le personnage représenté et le spectateur des liens mystérieux, comme une espèce de complicité, d’empathie. Le peintre n’est que le médium de cette rencontre inespérée.

Il est vrai que ces masques ou créatures reflètent assez bien, je trouve, ce qu’est l’être humain en général : une créature constituée de bric et de broc qui s’est construite au fil du temps, une créature rafistolée au gré des blessures, des cicatrices, des lectures, des rencontres, des événements vécus, des traumatismes, et qui, malgré tout cela, avance. C’est d’ailleurs ce qui fait la richesse de l’humain, sa formation / déformation composite. Ce qui nous rend différent les uns des autres, c’est bien ce bricolage aléatoire, hasardeux comme vous l’écrivez, qui fait ce que nous sommes. Peut-être est-ce un point de vue personnel, mais l’homme est tout sauf triomphant. La belle façade qu’il arbore cache bien souvent des échafaudages brinquebalants qui maintiennent le tout. Ce qui m’intéresse chez l’homme, ce sont les stratégies qu’il met en place pour essayer d’exister aux yeux des autres et la façon dont il se construit au fil du temps qui passe.

 



Yves Cairoli, né en 1960. Autodidacte. Ne connais pas la date exacte à laquelle il a commencé à dessiner. Avant de savoir lire et d’écrire probablement ! A été progressivement illustrateur dans une revue de citizen-band , ouvrier sidérurgiste, puis certifié de Lettres Modernes. A commencé la peinture à l’âge de 22 ans. A participé à de nombreuses expositions collectives et personnelles en France et en Belgique… Principales expositions : Galerie Schèmes à Lille, Galerie Art Place à Lille, Galerie d’Halluin à Cassel, Galerie Begard à Douai,Galerie Natascha, à Knokke le Zoute, etc. …

http://www.artmajeur.com/yvescairoli

image : âme perdue : acrylique sur toile /60x60/2008

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UN NUAGE PASSE, UN NUAGE EST PASSE

24 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

(Le monde est devenu une arène où ceux qui peuvent souffrir sont immolés)

  

japon-fukushima-radioactivite.jpgIl a fait beau mercredi. Très. Je suis allé me promener avec les enfants le long du canal Saint-Martin. Il y avait beaucoup de monde sur les berges. Beaucoup d’enfants. Le soleil étincelait sous un ciel légèrement voilé. Jour délicieux où le corps entier n’est plus qu’un sens. Nous allions et venions dans cette étrange liberté le long de la rive goudronnée, les feuilles des arbres à peine agitées sous l’aile frémissante d’un courant d’air léger.

Une voix essayait son chant. Des notes savantes qu’elle préférait à la modulation d’une ritournelle quelconque. Il ne se passait rien, sinon qu’une énorme masse d’air nous venait de l’extrême Ouest, et que le ciel enfoncé dans son faste l’ignorait. Une vague s’écoulait, qui pourrait un jour renverser les hommes un à un. Jamais les berges ne furent plus réelles à mes yeux. Là-bas, la mort piétinait sur place, enfermant les épaules des enfants dans un sort immobile.

Il a fait beau mercredi. Il semblait que le printemps fût enfin là. J’ai songé à un autre printemps de thym et de lauriers. L’abondante nature, la montée des sèves, celle de 1986. La mort s’était ensuite mise à trotter dans les campagnes. Ma tante l’ignorait. Elle ramassait son thym, un nuage venait de jeter son ombre, descendant de Russie tandis qu’elle cueillait son thym et le buvait en décoction. L’infime clématite et la haie emmêlée, la terre s’élance me disait-elle, dès le papillon près du sol à l’ombre éveillée. Elle est morte quelques années plus tard d’un cancer de la thyroïde.

Recouverte de douleurs, l’angoisse envahira l’Histoire.

Rien de cela mercredi. Le ciel nous offrait juste la possibilité du gouffre dans nos veines. Là-bas les eaux louches qui vacillent au souffle blanc de lumière. Ici tout allait bien. L’esprit d’enfance, la plénitude du jour, un nuage absent ne fait pas tout le ciel.

Le soir pourtant, dans l’air, quelque chose était passé, venu du bout du monde, le monde partout à nos portes. Une sphère de feu, Paris au pied de l’espace, plus rien entre le ciel partout le même et nous, que ces infimes particules dévorées d’étincelles closes.

Le soir dans l’air quelque chose avait passé, sans danger pour nous autres. Sinon que les mouvements de l’air ont pris figure humaine. Sinon que l’eau des rivières peut bouillir et l’homme s’absenter du monde, à la poursuite d’une bête démesurée. Le ciel nous offre déjà ses rudes nourritures, son linge flottant au vent de nos ténèbres.

Il a fait beau mercredi. Je me suis pris à imaginer un tel jour, le moins défendu, un ciel piqué d’été inaugurant le dernier cachot de la terre –(nos pas si lents à l’espérance). Même si tout était parfait hier, ici, à Paris. Les arbres, les mains, les yeux, les rires des enfants. Mais cette ombre au-dessus de nos têtes, le proche voisinage de la mort, une autre fois… A quoi devons-nous donc de voir cette vaste étendue subitement racornie ? C’était l’espace et le ciel était mort. J’ai senti comme un vide au-dessous de moi. La race souffrante des hommes avait essayé la servitude, le mensonge, le carnage, aujourd’hui la catastrophe si peu naturelle… Je me suis vu debout le matin du jour inévitable.

Il flotte comme une représentation vaine de ces choses et des hommes. Le martyre, cette tradition des temps barbares. –joël jégouzo--.

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THEME AFRICAIN, ENTRETIEN AVEC LE PEINTRE YVES CAIROLI (3/6)

24 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #entretiens-portraits

femme_muette.JPGjJ : Vous avez abandonné ce travail parce que, dites-vous, il était devenu répétitif. Cela tenait-il au thème lui-même ? Qu’est-ce qu’explorer picturalement une identité ou une tradition visuelle autre ?

Yves Cairoli : J'ai abandonné ce thème parce que mon travail devenait répétitif et procédurier. Quand vous ne prenez plus de plaisir à peindre sur un thème, c'est généralement parce que vous êtes au bout d'un cycle. Il est vrai qu'au bout de sept ans de travail sur ce thème, je commençais à être apprécié dans le Nord à travers plusieurs expos. Mais ne vivant pas de la peinture, je pouvais me permettre d'évoluer plus facilement. Je ne suis pas conditionné par le goûts des spectateurs, je vais là où mes idées me mènent. La peinture ne paie pas mes factures. Si elle le faisait, je ferai certainement comme certains : je perdurais dans ce qui plait et pas forcément dans ce qui me plait.
Mais dans mon cas, il peut se passer une période plus ou moins longue pour trouver un autre sujet. Mais le suivant était en germe en moi depuis les deux dernières années du thème Africain : je voulais travailler les masques et me centrer sur une représentation humaine. Quoi de plus naturel que de reformuler la représentation graphique des masques pour montrer les travers humains ? Enfin, pour moi, cela me paraissait évident.


jJ : Parlons de votre nouveau travail. Vous dites assez curieusement avoir voulu travailler sur des masques, africains qui plus est, pour vous centrer sur la représentation humaine. Une représentation en outre graphique, et non abstraite ou figurative. Pourquoi ce choix tout d’abord, ce double choix si j’ose dire, d’un graphisme qui trouve sa source dans le masque africain ?

Yves Cairoli : Après être passé par l’ étude de ces patchworks très colorés et offrant des possibilités de jouer avec les formes, les pictogrammes, les écritures imaginaires…, j’ai voulu me recentrer sur l’homme sans quitter le thème africain. La meilleure passerelle était pour moi le masque. Elément quasiment reconnu de tous, dans toutes les civilisations .De la Grèce antique… à nos jours, avec le détournement que sont les masques de carnaval. En dehors de sa fonction de rite, de représentation dans le domaine culturel, religieux et même politique, le masque a quasiment une double fonction : cacher les travers de l’âme humaine ou les dénoncer.

Lorsque j’écris une représentation graphique de ces masques, je reproduis ici l’avis de plusieurs confrères peintres qui me disaient que je n’étais plus dans la peinture mais dans le pur graphisme. Certainement , à cause de mon goût prononcé pour le trait, le dessin.

Quant à l’abstrait et le figuratif, les toiles sont lisibles et représentent dans une espèce de "néo figuratif" des personnes à la fois reconnaissables et universelles. Une espèce de travestissement de l’homme.

Je trouvais aussi un côté mystérieux, obscur, étranger, ridicule, pathétique, expressif… dans ces masques africains et autres. Ils traduisaient pour moi tout ce dont j’avais besoin pour transcrire les travers de l’âme humaine.

Si je reviens au graphisme de mes toiles, j’ai voulu mêlé à la fois modernité, par l’aspect quasiment robotique et industriel du dessin, et une certaine forme d’art brut.

Pour cela j’ai donc choisi dans un premier temps le noir et blanc et par la suite des couleurs "Terre" qui me permettaient d’accentuer les détails.

Dans un premier temps, le parti-pris était de figer mes personnages dans une attitude classique de portrait hiératique (de face, de profil droit et gauche), comme des portraits de famille. J’ai par la suite dessiné les personnages en plan ceinture, américain, puis en plan général.

Les masques anthropomorphes me permettent de souligner le "bestiaire" que représente notre humanité. Ils ont pour fonction de dénoncer la plupart des tourments, des tares, des errances, des souffrances de l’homme quel que soient sa religion, son origine, ses idées politiques…

 

image : femme muette acrylique sur toile/ 40x40/2008.

Yves Cairoli, né en 1960. Autodidacte. Ne connais pas la date exacte à laquelle il a commencé à dessiner. Avant de savoir lire et d’écrire probablement ! A été progressivement illustrateur dans une revue de citizen-band , ouvrier sidérurgiste, puis certifié de Lettres Modernes. A commencé la peinture à l’âge de 22 ans. A participé à de nombreuses expositions collectives et personnelles en France et en Belgique… Principales expositions : Galerie Schèmes à Lille, Galerie Art Place à Lille, Galerie d’Halluin à Cassel, Galerie Begard à Douai,Galerie Natascha, à Knokke le Zoute, etc. …

http://www.artmajeur.com/yvescairoli

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THEME AFRICAIN, ENTRETIEN AVEC LE PEINTRE YVES CAIROLI (2/6)

23 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #entretiens-portraits

 

 

 

Espion_a_la_solde_des_pays_occidentaux.JPGjJ:  Vous insistez beaucoup sur le caractère instinctif de votre démarche, sur votre spontanéité d'écriture. Je ne crois pas du tout qu'il puisse exister quelques chose comme un instinct, surtout dans le champ de la création artistique. Rien de moins spontanée que les poèmes de Rimbaud, qui dès douze ans avait mémorisé et intégré toute la prosodie française, latine, grecque, finissant en apparence par écrire d'instinct, quand ce n'était au fond qu'au terme d'un long travail réfléchi et construit sur l'art poétique et ses pratiques. Mais certes, un long travail réfléchi ne signifie pas pour autant une création consciente, ni moins encore omnisciente. Dans une autre optique, si je puis dire, rien ne paraît plus évident que le regard que l'on porte sur le monde, ce travail banal et de tous les instants de l’œil face à la réalité. Mais toutes les études montrent que rien n'est moins construit que la vision : le schème visuel non seulement se double d'un schème cognitif qui relève entre autre de la culture visuelle à l'intérieur de laquelle nous avons appris à voir le monde, mais se transforme sous l’évolution de cette culture –et du travail des peintres. Pour le dire autrement : je vois la réalité du monde, au sens strict, comme mes grands-parents ne la voyaient pas, et mes petits enfants verront, au sens strict et physique du terme encore une fois, un monde que je n’aurai pas vu, même s’ils vivent là où j’ai vécu, et en disant cela, bien sûr, je fais abstraction des transformations mécaniques du monde, des lieux, etc. ... Si vous lisez les textes grecs de l'Antiquité, pour donner un autre exemple, vous y découvrirez que la couleur bleue n'existe pas, n'est pas identifiée comme telle, n'est pas nommée. Autre chose existe, mais qui n’est pas bleu dans la vision que nous en avons aujourd’hui. Ce sont ces constructions cognitives qui m'importent et qui, me semble-t-il, façonnent une partie du travail du peintre : Van Goh ouvrait notre vision à des expériences visuelles nouvelles, qui décachetaient littéralement notre vision. Qu'il soit difficile d'en démonter les raisons et les causalités, ça, je vous l'accorde bien volontiers ! On peut toutefois opérer à des repérages, étudier patiemment comment se construit, dans votre cas, l’africanité picturale. Ces fameux invariants, signes et systèmes qui donnent à penser qu’il s’agit de l’Afrique… Car s’il y a de l’africanité dans votre travail de plasticien, d’où vient-elled onc ? Il y aurait une identité plastique africaine ? Mais qu’est-ce qui la dénote, quels en seraient les marqueurs ? Le spectre des couleurs convoquées ? Les formes en un certain assemblage ? Ces diagonales qui coupent la surface ? Quoi de cette africanité dans le rapport surface-support en particulier, tout comme dans le rapport fond-forme, dans la localisation de la couleur, etc. ? Cette identité visuelle reconstruite a posteriori engage le regard et notre regard sur l’Afrique. Or le plasticien paraît l’observateur idéal pour répondre de cette identité, vraie ou fausse, réelle ou supposée, inscrite au demeurant ou non dans une histoire esthétique à la mesure d’un continent tout entier, rien moins que cela, et par delà l’histoire, révélant des invariants formels. Mais quels seraient ces invariants ? Comment en outre avez-vous travaillé depuis votre atelier, puisque vous n’êtes pas allé en Afrique ? Qu’est-ce que cela voulait dire dans ces conditions, l’Afrique, visuellement, quand ce visible de l’Afrique n’aura été construit, en partie du moins, qu’à partir d’un lisible fictionnel (Jules Verne dites-vous), ou des carnets de voyage de Monfreid ? Que veut dire travailler picturalement à partir d’œuvres littéraires ?

Yves Cairoli : La réponse à la question de l'africanité dans mon travail sera difficile, ardue, quasiment impossible. Je ne puis y répondre. Les visiteurs pourraient vous le dire. A ce propos : lors d'une expo "cultures du monde" à laquelle j’avais été invité, des Africains de passage avaient cru que mes tableaux avaient été réalisés par un africain car j'avais, selon eux, traduit parfaitement l' Afrique. J’avais pour ainsi dire capté l’esprit de ce continent où je n'ai jamais mis les pieds… Les propos de ces visiteurs m'ont été rapportés par l'organisatrice de la manifestation. Je n’ai pas pu discuter directement avec eux. J'aurai bien aimé savoir ce qu'ils entendaient par là. En tout cas, j'ai pris cela comme un compliment pour mon travail, que je voulais honnête. Mais si je cherche à creuser un peu, il me semble que plastiquement, ce qui dénoterait l'africanité serait le choix des couleurs (primaires ou terres et ombres), l'assemblage des motifs construits en patchworks colorés, etc. ...Mais je ne peux vous répondre sur l'identité de cette africanité. Je ne sais pas si elle est vraie, si elle fausse… Au fond, elle est moi. C'est une intériorisation d'informations. C'est en quelque sorte mon Afrique ! J'ai essayer de capter une image africaine à partir des recherches dont je vous ai parlé , avant de les reformuler à ma façon, avec ma technique. Cette démarche ne s'inscrit pas dans une histoire esthétique.

 

Yves Cairoli, né en 1960. Autodidacte. Ne connais pas la date exacte à laquelle il a commencé à dessiner. Avant de savoir lire et d’écrire probablement ! A été progressivement illustrateur dans une revue de citizen-band , ouvrier sidérurgiste, puis certifié de Lettres Modernes. A commencé la peinture à l’âge de 22 ans. A participé à de nombreuses expositions collectives et personnelles en France et en Belgique… Principales expositions : Galerie Schèmes à Lille, Galerie Art Place à Lille, Galerie d’Halluin à Cassel, Galerie Begard à Douai,Galerie Natascha, à Knokke le Zoute, etc. …

 images : espion à la solde des pays occidentaux: acrylique sur toile/60x60/2008

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THEME AFRICAIN, ENTRETIEN AVEC LE PEINTRE YVES CAIROLI (1/6)

22 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #entretiens-portraits

femme-baleine.jpgjJ : Une difficulté quant aux images : sur le net, toute la matérialité des œuvres a disparu bien évidemment, s’il y en a une…

Yves Cairoli : Il est vrai que sur le net toute matérialité est gommée. Ces tableaux (toiles ou bois/ Novopan marine) ne sont pas travaillés en épaisseur, ni en effet de matières comme le pratiquent certains autres peintres. Pas d'effets d'alternance rugosité / douceur. Je peins à l'acrylique de façon très lisse. Au toucher, cependant, on ressent les différentes manières d'aborder chaque partie distincte des patchworks : par grattage, par ajout de couleurs, par projection, par l'utilisation de couteaux et de spatules de maçons ou de peintres de bâtiments. Il n’y a pas forcément de jeux de matières mais plutôt de couleurs, ou entre les formes et les sujets ( vignettes figuratives, formes abstraites, pictogrammes, masques africains déformés ou retravaillés). L'un des principaux plaisirs dans cette recherche était d'équilibrer volumes et couleurs ( notamment sur les toiles ne contenant que des couleurs de terres).

 
jJ : Cette prévention mise à part, au fond ma première interrogation porterait sur l’intention : qu’est-ce que travailler sur un "thème" africain ? Comment l’Afrique pourrait-elle devenir un "thème" pictural ? Qu’entendre par là ? J’ai à l’esprit la transposition possible d’un tel travail : à quoi ressemblerait un "thème européen" dans l’esprit d’un plasticien américain par exemple (du Nord ?, du Sud ?) ?…

Yves Cairoli : L' Afrique comme thème pictural ?… Je dirais plutôt "L'idée que se fait un peintre de l'Afrique" comme thème. Cette idée m'est venue progressivement. Comme beaucoup de peintres, je suis très instinctif. Je stocke mentalement une quantité d'images, d'impressions qui pourront me servir par la suite. Le déclencheur a été d'abord littéraire, lecture de jeunesse, Verne, De Monfreid, des BD comme Corto Maltese... Ces lectures ont été enrichies par des documentaires, des films, des musiques, des études de tissus, d'Art brut africain… Seuls les masques ont été étudiés attentivement pour mieux les détourner, les déformer ou les reformuler. Je ne prends jamais aucune note, je laisse macérer toutes ces infos. Elles imprègnent mon esprit et quand je suis prêt, je les recrache sur la toile de façon instinctive -surtout la première partie de ce travail. Les patchworks étaient en revanche beaucoup réfléchis, car il fallait équilibrer formes et couleurs.

 

jJ : Comment avez-vous exploré ce thème ? Comment et à partir de quels matériaux, avez-vous construit cette esthétique africanisante ?

Yves Cairoli :  Il y a beaucoup de spontanéité dans mon travail. Je ne veux pas dire qu'il n'y ait pas de réflexion, mais celle-ci semble s'intégrer automatiquement au geste. En un mot, je sens plus les choses que je ne les exprime.

 

Yves Cairoli, né en 1960. Autodidacte. Ne connais pas la date exacte à laquelle il a commencé à dessiner. Avant de savoir lire et d’écrire probablement ! A été progressivement illustrateur dans une revue de citizen-band , ouvrier sidérurgiste, puis certifié de Lettres Modernes. A commencé la peinture à l’âge de 22 ans. A participé à de nombreuses expositions collectives et personnelles en France et en Belgique… Principales expositions : Galerie Schèmes à Lille, Galerie Art Place à Lille, Galerie d’Halluin à Cassel, Galerie Begard à Douai,Galerie Natascha, à Knokke le Zoute, etc. …

femme  baleine : acrylique sur toile/40x40/2011
http://www.artmajeur.com/yvescairoli
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D’UN TRES ANCIEN FRONT RACISTE…

21 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

guerre.jpg"Mais quel que soit le point de la course où le terme m'atteindra, je partirai avec la certitude chevillée que quels que soient les obstacles que l'histoire lui apportera, c'est dans le sens de sa libération que mon peuple -et avec lui les autres- ira. L'ignorance, les préjugés, l'inculture peuvent un instant entraver ce libre mouvement, mais il est sûr que le jour inévitablement viendra où l'on distinguera la vérité de ses faux semblants." Mouloud Mammeri (entretien publié dans le magazine Middle East - février 1984, le rôle du romancier, entretien avec Chris Kutschera)

 

 

De la colonisation à l’Indépendance, une BD s’est attaquée à cette page (longue) honteuse (très) de l’histoire de France, par le dessin et de courts textes, une riche iconographie d’époque donnant à sentir son atmosphère putride (déjà), journaux, gravures, photos, témoignages et autres documents, depuis l’enfumage des populations par le Général Bugeaud, en 1830, jusqu’à la torture.

"Nous avons dépassé en barbarie les barbares que nous venions civiliser", affirmait très âprement un membre de la commission d’enquête constituée alors par le Royaume de France en 1833. Déjà. La Révolte de Sétif, les poèmes de Mouloud Mammeri, écrivain kabyle si peu lu en France, 1954, la Toussaint sanglante, la bataille d’Alger, bref, un tour complet, honnête, documenté, saisissant à bien des égards, tant parfois un document de presse bien choisi peut suffire à convoquer les faits.

Rien n’est oublié, du contexte international, des défaites de l’armée française, du sentiment d’humiliation vécu par ses cadres après Dien Bien Phu. Rien n’est oublié, non pas dans une vague mémoire intellectuelle libérée de ses obligations, mais réinscrit dans la souffrance et la violence de l’époque, à travers sa presse en particulier, L’écho d’Alger, Albert Memmi, voire, plus loin encore, le contre-jour d’un Guy de Maupassant racontant pour le Journal Le Gaulois son voyage en Algérie, en 1880, un Maupassant découvrant, honteux, la misère algérienne. Rien n’est oublié, des soldats du contingent jetés dans cette sale guerre, des lettres d’appelés, des commandos de chasse, des SAS, photos d’époque à l’appui, terribles, de prisonniers algériens humiliés -des images qui n’ont rien à envier à celles offertes à la presse par les Gi’s américains en Irak.

Rien, surtout pas la torture qui, "plus que de faire parler, imprimait dans le corps du supplicié la puissance du pouvoir qui contrôle le temps, l’espace et la douleur".

Rien n’est oublié non plus des porteurs de valise, à travers de nouveaux témoignages comme celui d’Etienne Boulanger, militant communiste, ou des militaires qui se sont élevés contre la torture, ou de ce témoignage, poignant, difficile, si tardif et en cela pétrifiant, de Louise Ighilahriz, militante du FLN, qui attendit l’année 2000 pour raconter. Vous lisez bien : l’année 2000. Hier.

Un ouvrage parfaitement mené, d’image en image, autour d’une mémoire dont aujourd’hui il semble que l’on voudrait tourner la page, pour jeter de nouveau les algériens à la mer, peut-être. –joël jégouzo--.

 

Des hommes dans la guerre d’Algérie, Isabelle Bournier et Jacques Fernandez, éd. Casterman, 16,75 euros, février 2010.

De Mouloud Mammeri, pourfendeur du colonial-culturalisme, l’on connaît surtout La Colline oubliée, Prix des Quatre Jury en 1952, publié tout d’abord chez Plon, puis à l’Union Générale d’Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 (ISBN 2264009071), enfin en Folio Gallimard, 1992 (ISBN 200384748).

L’Opium et le Bâton fut l'oeuvre dans laquelle l'écrivain témoigna des souffrances et de la misère de son peuple, imposées par le colonisateur.

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RESISTENT - Saskia de Jong

20 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

Guantanamo.jpgils sont assis là

 

astronautes avec un sac sur la tête

guantanamo ku klux clan

leur tête dé-capitée leur peau dé-pecée

 

 

l’œil a une lenteur, une incandescence

 

le jour semble un instant

il y avait une fois un nègre

 

il y avait une fois trois nègres

placés dans un coin

 

 

Ouvrir des mots qui feraient sens, "arrêter le grossier aboiement". Guantanamo, "l’exception de l’excédent", demeure le temps actuel.

 

 

Saskia de Jong, Résistent, traduit du néerlandais par Henri Deluy et l’auteur, Action Poétique éditions, coll. Biennale Internationale des Poètes en Val de Marne, janvier 2011, 66 pages, 11 euros, ean : 9782854-631975.

 

8 mars 2011 : Barack Obama lève la suspension des nouveaux procès militaires d'exception à Guantanamo. Il les avait suspendu à son arrivée au pouvoir, en promettant la fermeture de la prison de Guantanamo.

Extrait du poème : (Une certaine impression est une image dans mon image).

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IEGOR GRAN : L’ECOLOGIE EN BAS DE CHEZ MOI

19 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

écolo-gran

Il faudrait être fou, aujourd’hui, pour défendre un tel livre, tant l’ampleur de la catastrophe nippone témoigne de la nécessité d’une réflexion approfondie sur les problèmes d’environnement. Mais à bien y regarder, c’est justement parce que l’horreur dans laquelle nous plonge cette catastrophe est de nature à nous aveugler, qu’un tel livre fonde sa nécessité.

Un livre qui plus est écrit dans un style enlevé, drôle sinon bouffon, élevant la réflexion à la dimension de l’Histoire sans jamais se départir de ces anecdotes où s’enracinent la plupart de nos gestes quotidiens -lesquels témoignent, mine de rien, de raisons souvent lamentables.

Les voisins d’en bas, à commencer par eux, civiques, vigilants, probes. Sur eux. Tellement probes. Soignant leur probité à coups de Yann Arthus-Bertrand (il est partout !). Le sourire durable franc ouvert sur notre responsabilité devant la planète. Gourous en tri sélectif, citoyens modèles, bobos durables. Adorateurs d’images falotes, Yann Arthus en égérie, digne héritier de Leni Rifenstahl, la photographe du IIIème Reich… Home, de Yann Arthus, la cible majeure De Iegor Gran. Home, œuvre mineure passée au crible d’une critique acerbe, intelligente, comparant sans concession ce qui se trame derrière avec ce que Leni Rifenstahl trama dans son film de 1935, qui débutait lui aussi par des images de l’Allemagne vue du ciel, depuis l’avion du Fürher plus exactement… La nature, mais sans les êtres humains -ou l’homme réduit à sa mécanique corporelle. Et de pointer ces esthétiques frelatées, les grilles du jardin du Luxembourg réquisitionnée pour imposer à la Nation leur propagande chétive, les enfants des écoles menés manu militari voir Home, sans qu’aucun parent ait pu donner son avis sur la question… L’immense conspiration d’une politique de pureté de la nature faisant pendant à la pureté de la race, les lois nazis hantant soudain la chimère écologiste, celle de septembre 1937 par exemple, visant à faire respecter un transport décent pour les animaux fermiers –les rescapés des camps de la mort apprécieront…

Poussant très loin l’analyse des figures du discours écologiste, trop loin diront certains, au fond, l’ouvrage nous aide à mieux comprendre ce qui pourrait nous conduire vers de sérieuses dérives autoritaires, dans un climat d’annonce de catastrophes écologiques de plus en plus fréquentes. Car la tentation pourrait être grande, demain, de préserver la planète au prix de nos libertés – ce qui en outre pourrait tout aussi bien être le fait d’un gouvernement de droite que de gauche… Celle de suspendre tout processus démocratique, comme on peut l’observer chaque fois qu’une catastrophe survient, l’urgence l’imposant au prétexte de confier à des experts la gestion de risques qu’en réalité, aucun d’entre eux ne sait ni évaluer ni maîtriser.

Oui, un totalitarisme environnemental pourrait bien être l’aboutissement d’un état de crise planétaire. Un totalitarisme cautionné par les démocraties elles-mêmes, nullement affectées de s’être pareillement engouffrées dans des choix politiques dont elles ont exclus leurs peuples –comme c’est le cas au Japon, lancé tête baissé dans le tout nucléaire sans consultation démocratique, tout comme en France du reste, où comme à l’accoutumée, les grandes décisions politiques se prennent sans l’assentiment de son Peuple. Et si la question de l’environnement pèse de tout son poids aujourd’hui, à juste raison, il n’est peut-être pas sot d’y regarder de plus près, non pas pour ajourner nos critiques d’un mode de vie pour le moins devenu un danger pour tous, mais pour nous parer de ces dérives bien réelles qui pourraient voir le jour demain sous couvert d’écologie.  –joël jégouzo--.

 

IEGOR GRAN : L’ECOLOGIE EN BAS DE CHEZ MOI, éd. P.O.L., février 2011, 224 pages, 15,5 €, ISBN : 978-2-8180-1334-2.

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LA FRANCE EN GUERRE, LA LYBIE ET LES DRONES AUTRICHIENS...

18 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

SCHIEBel-copie-1.jpgLes drones autrichiens sont déjà en Libye. Peut-être pas du bon côté, mais ça viendra. Sûrement. Toujours est-il qu'ils sont opérationnels, depuis quelques semaines, en appui de la 32ème brigade placée sous les ordres de Khamis, le fils de Kadhafi. Ils semblent participer activement au massacre du Peuple libyen. Construits par la société Schiebel, dans la banlieue de Vienne, à Wiener Neustadt, ces drôles de petits hélicoptères sont tout ce qu’il y a de plus épatant. La famille Kadhafi en est très satisfaite. En 2009, Schiebel leur en avait vendu quatre –pour les garçons. Aujourd’hui, les Camcopter S-100 surveillent (en ce moment même) les révoltés. Ils volent à un kilomètre au-dessus de leurs têtes. Raison pour laquelle ils ne les remarquent pas. Eux en revanche sont les yeux de la brigade de Khamis Kadhafi, qui peut ainsi savoir à tout moment qui cibler et qui tuer. Huit nouveaux engins auraient dû lui être livrés ces jours derniers. Mais les livraisons ont pris du retard. On comprend pourquoi. L’Autriche honorera-t-elle ses contrats ? Vraisemblablement pas, depuis la résolution de l’ONU. Kadhafi n’en décolère pas du reste, sommant le PDG autrichien de livrer au plus vite le matériel sous peine de représailles. C’est qu’il y a urgence pour lui aussi à présent. En tout premier lieu à cause de la situation qu’il a ouvert sur le front national, celui des massacres des populations civiles. A déployer une pareille violence contre son peuple, un gros malaise a fini par gagner ses troupes. Exposées qui plus est à la pression de l’opinion publique internationale et gagnées par le sentiment que la Libye pourrait bien être libérée dans les semaines qui viennent grâce à la France (!), elles perdent en cohésion chaque jour un peu plus : des soldats engagés dans des opérations pour reconquérir la ville de Misrata ont déserté samedi dernier et sont passés dans le camp des insurgés. Depuis, des dissensions au sein de la Brigade Khamis ont surgi. Par dizaines, des hommes auraient fui le fils Kadhafi, résolu de les faire abattre par leurs anciens camarades de chambrées… Mais il y a aussi urgence à cause de cette nouvelle donne internationale bien sûr, même si, la résolution votée, pour autant, personne n’est encore sur le terrain. Les Etats-Unis n’y vont qu’à reculons, l’Allemagne a dit non (faisant voler au passage le couple franco-allemand) et derrière la France et la Grande-Bretagne, il n'y a pas foule malgré les apparences. Reste la Ligue arabe, porteuse d’une réelle légitimité. D'aucun effet sur le terrain des opérations. La jeune Tunisie semble aussi vouloir courageusement y aller. Et la France, qui ne peut désormais se soustraire à son engagement. La France est donc en guerre. Elle se le doit, pour des tas de mauvaises et de bonnes raisons. Parmi les mauvaises, outre se débarrasser des casseroles que Kadhafi traîne depuis de nombreuses années dans le sillage de la diplomatie française, le désir de racheter une politique arabe pour le moins confuse. Parmi les bonnes, la France devrait pouvoir nous éviter le scénario d'une occupation étrangère, qui aurait pour effet de confisquer la révolution libyenne des mains de ses vrais acteurs. Mauvaise, et toujours à l'ordre du jour dans les démocraties occidentales, la volonté de refermer rapidement la parenthèse du Printemps Arabe. La France voudra donc négocier avec prudence son intervention aux côtés des révoltés arabes : la jeunesse algérienne pourrait ne pas comprendre… Ce serait le comble, non, pour elle, tout comme pour les jeunes français issus de l'immigration maghrébine, de voir Sarkozy devenir le chantre du Printemps des Peuples Arabes, et lancer à l’intérieur de l’hexagone son débat honteux sur l’Islam… Voici qui promet, en répercussions inattendues…

En attendant, des frappes ciblées, ponctuelles, pour éviter une action au sol et désorganiser assez l’armée de Kadhafi pour entrevoir sa déroute rapide et laisser la libération du territoire national aux seuls libyens. Mais EADS contre Schiebel tout d'abord. De drone à drone... Un match qui sera suivi avec intérêt par le complexe français militaro-industriel… –joël jégouzo--.

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