Louis Sala-Molins : Esclavage / Réparation…
En 2001, Christiane Taubira voulut très officiellement reposer la question des réparations aux descendants de l’esclavage français, toujours plongés pour la plupart d’entre eux, par-delà les siècles, dans une situation sociale précaire. Son texte de Loi fut jeté aux poubelles. Le gouvernement français refusait de se situer dans une perspective d’indemnisation. Archaïque, incongru, trop tard…Des siècles avant elle, Tocqueville avait donné le La, qui allait être la doctrine de la France en la matière : «Si les nègres ont droit à devenir libres, il est incontestable que les colons ont droit à n’être pas ruinés par la liberté des nègres»… Sans commentaires…. Une affaire de gros sous donc. Indigne. Et masquant le peu de lumière d’une décision passant outre ce fameux esprit des Lumières françaises, le salaire dû à l’affranchi pour son travail d’esclave leur paraissant indu… Mais la France fit bientôt mieux : la IIème République dédommagea les colons pour leur manque à gagner du fait de libération de leurs esclaves ! Balayant d’un revers méprisant de la main la question essentielle des fondements politiques de la Justice, aux yeux de laquelle les réparations ne trouvaient pas leur place… Que l’on y songe : en France, on n’a cessé d’abolir l’esclavage, à de nombreuses reprises, jetant dans une liberté précaire des êtres humains sommés de se débrouiller seuls dans leur misère… Hors propos, anachronique n’a –t-on cessé de clamer depuis, et ce jusqu’à Christiane Taubira. Anachronique ? L’essai de Louis Sala-Molins montre en fait combien cet anachronisme a été construit… Car dès le XVIIème siècle, quelques rares voix éclairées posèrent avec force la question des réparations ! Deux capucins en particulier, que l’auteur sort de l’anonymat. Francisco José de Jaca et Epiphane de Moirans. Deux hommes d’église que l’Histoire officielle s’est empressée d’ignorer, pour nous filer aujourd’hui le récit de l’anachronisme… L’un était aragonais, l’autre jurassien. «Les Noirs, affirmaient-ils dès 1678, qu’on marchande et qu’on tient pour des esclaves sont libres. Leurs maître sont obligés de les libérer à l’instant, et de leur payer ce qui leur est dû pour leur travail.» Le Pape reçut copie de ces mémoires, qui décrivaient par le menu tout l’ignoble système en place. Le Roi d’Espagne reçut ces mémoires, toute la hiérarchie cléricale et la noblesse européenne également. Rien n’y fit. On les jeta en prison, on leur confisqua leurs manuscrits, leurs papiers, ils furent envoyés en exil et pour réponse, le Code Noir (1685) vint clôturer le débat. Bien avant les Lumières donc, et leurs interminables moratoires, Francisco José de Jaca et Epiphane de Moirans avaient démontré l’évidente liberté naturelle des noirs, et pointé la réparation économique comme seul moyen de reconnaître entièrement leur droit naturel à la liberté et la dignité… Sénatoriales : je te tiens, tu me tiens par la barbichette…
La nouvelle droite (socialiste) perd ses prébendes. La vieille droite les récupère. Et deux sénateurs Fn font leur entrée au Sénat. De quoi alimenter l’effraie républicaine et préparer demain le terrain du prétendu vote républicain. C’est lassant… Prochainement sur nos écrans, la Droite récupérera vraisemblablement le pouvoir. Le jeu de bascule y pourvoira, contre la peur du FN et malgré la déferlante abstentionniste. Le PS, lui, comptera les points, ne sachant trop où camper pour récupérer des voix. Son ancien électorat de gauche lui tournera le dos, avant même qu’il ait su convaincre l’électorat de droite de voter Valls. La fin du PS, entamée par François Hollande, son grand liquidateur, interviendra sans doute trop tard : il sera peut-être pris de vitesse par la recomposition made in Sarko, elle-même sur le doute mais s’offrant comme une nécessité pour sauver le camp des postiches républicaines. Valls, un temps, pouvait espérer organiser cette merveilleuse synthèse de l’UMPS. Mais il est sans doute trop tard. Encore que… Peut-être aura-t-il le temps de refiler le mistigri à Sarko. A vrai dire, seul le vieillissement du corps électoral parviendra à sauver nos vieux briscards de la votation… Et maintenir peut-être une dernière fois l’idée mensongère d’une partition gauche / droite. Une course est donc engagée, pour que le FN ne parvienne pas au Pouvoir mais fasse semblant d’y parvenir. Une course engagée par les partis de pouvoir : l’UMP, le PS et le FN. Qui n’est pas exclu de cette stratégie, bien au contraire : il en est la pierre de touche, fondamentalement nécessaire pour le maintien au pouvoir de nos compères de l’UMPS. Qui ne représentent plus rien, ni l’un ni l’autre. Faites le vrai décompte des suffrages exprimés, des nuls, des abstentions, vous le verrez assez ! La fin du PS est entamée. Donc. Son socle électoral se réduit comme une peau de chagrin malgré ses débordements à droite. Certes, il lui reste encore à piocher du côté des couches intellectuelles –en transit vers la droite historique. Du côté des cadres supérieurs aussi. Il lui reste bien sûr ses bobos attachés à leur gauchisme culturel, gauchisme culturel qui l’embarrasse tout de même un peu : un temps, Hollande avait courtisé les musulmans de France, mais si éloignés de nos bobos parisiens qu’il lui a fallu faire un sérieux grand écart pour tenter de les maintenir dans son giron. D’autant que le racisme souterrain des discours de Valls n’a pas non plus contribué à aider… Peut-être restera-t-il tout de même quelques fonctionnaires pour voter PS, ou sa refondation. Et quelques territoires privilégiés, dans tous les sens du terme : Paris… Mais il prend tout de même sérieusement le chemin de la disparition. Valls a beau rivaliser sur le même terrain que celui de Sarko, il lui sera difficile de séduire les abstentionnistes qui vont se compter par millions de nouveau. Ou ces français des territoires « périphériques » comme les nomme très justement le sociologue Christophe Guilluy, exclus de la richesse nationale. Reste à se partager avec l’UMP le gâteau des bénéficiaires de la mondialisation. Les derniers discours de Valls, relayés par le patronat, allaient dans ce sens. Mais il est bien tard tout de même…
Le Vaillant Soldat de plomb et autres contes, Andersen
Il y a une quinzaine d'années de cela, le ministère de l'Education Nationale décida d'encourager les enseignants des collèges a travailler sur le conte. Du coup, les éditeurs multiplièrent les attentions à leur égard, distribuant généreusement des petits livres cadeaux. Ces livres, pour la plupart, n'étaient que la réédition des contes les plus connus. Le malheureux Andersen ne fit pas exception, lui qui tenait en horreur sa réputation d'ecrivain pour enfants... Il est vrai que l'on avait oublié depuis beau temps qu'il fut aussi un romancier doublé d'un remarquable essayiste. Ce génie du récit court, dont l'oeuvre eut à souffrir des traducteurs qui n'acceptaient pas ses inventions stylistiques, se vit infatigablement réduit aux deux ou trois contes que l'on se rappelait... Enfin... Le Livre de Poche eut le bon goût de publier quelques récits moins connus. Ne gâchons donc pas notre plaisir, même si, là encore, ils restaient entrelardés d'incontournables dont on aurait bien pu se passer. La fable du petit soldat est d'une efficacité rare. De déboires en déboires, sur le chemin initiatique de l'amour, elle nous conte l'histoire d'un soldat de plomb unijambiste, amoureux d'une danseuse de papier. Ils finiront l'un et l'autre dans une poèle a frire, dévorés par le feu. L'un dans l'illusion d'être enfin rejoint par l'aimée, l'autre, dans l'inadvertance d'un coup de vent...
Le Vaillant Soldat de plomb, la petite sirene et autres contes, Hans Christian Andersen, Le Livre de Poche, septembre 2000, épuisé dans cette édition.
EDWARD SAÏD, L’ISLAM DANS LES MEDIAS.
Les éditions Sinbad ont publié une étude d’Edward Saïd parue en 1997, fort heureusement actualisée quelques mois avant sa mort. Or de 97 à nos jours, force lui aura été de constater que le regard porté par les médias sur l’Islam a gagné en manichéisme brutal, en hostilité et en bêtise. Au point que l’Islam incarne aujourd’hui la menace suprême, la seule –un vrai complot contre l’humanité. Le sondage publié par le Figaro mercredi 24 septembre 2014 en témoigne largement (un complot pour l'occasion, en vrai, contre la communauté française musulmane), suivi de son article partisan intitulé «L’image de l’islam se détériore fortement en France»... Et de la question hallucinante posée en toute bonne conscience : "estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ?"... Et j'en passe, d'aussi insultantes, terrifiantes, attentatoires à l'idée nationale même...
Qu’y a-t-il donc derrière une telle unanimité ? Qu’y a-t-il donc derrière cette insistance à souligner le caractère menaçant de la foi, de la culture, des populations musulmanes, sinon un fol aveuglement qui nous détourne de réaliser que les Etats-Unis bombardent, envahissent, occupent les pays musulmans et n’ont cessé d’être en guerre, depuis la Libération, contre les Peuples du monde pour asseoir leur domination ! Flou, de Colette Corneille
Il semble que le flou soit apparu comme une nécessité dans la vie de Colette Corneille. Son équivoque stridence surgit un jour de la confrontation brutale à ce qui ne se dévoile jamais à nous qu’en se dérobant : la mort d’un proche. Au moment où s’estompa ce qui liait « l’inconnaissable à l’existant », elle nous raconte comment le flou assura néanmoins une sorte de couture entre le monde et elle. Il fallait bien se tenir sur ce seuil, en marge de réserves que l’on devine immenses, d’amour, de chagrin, de volonté, d’éparpillement de soi et de révolte contre une société qui exige des actes nets. Le flou permettait en quelque sorte de verrouiller l’événement, de le corroder lentement pour le polir et le rendre «recevable». Comprendre Fanon, Michael Azu
« Oui à la vie. Oui à l’homme. Oui à la générosité »… Franz Fanon, Peau noire, masques blancs… Faut que tu viennes, Pascal Thiriet
La Garrigue. Grise sur fond blanc. Enée fonce sur Montpellier. Dido lui avait intimé : « Faut que tu viennes !» Enée accourt. Dido lui avoue qu’elle a dérapé avant d’écraser et de presque tuer volontairement un banquier. Une rencontre de casino. Mais un banquier véreux. Ça excuse. Qui montait une arnaque avec le blé de deux amerloques. Genre complexe touristique international en bord de mer, dix-sept millions d’euros à la clef, sur un terrain évidemment non constructible… Alors le banquier, faut pas qu’il se réveille, parce que Dido veut reprendre l’arnaque à son compte… Manque au duo une ado en fugue de dieu sait quoi, recueillie par une mamie amie, Damien, adepte du fuck the Planet attitude, pour composer avec lui une fine équipe prête à voler le pognon des amerloques. Enée se bombarde donc directeur financier. Et rencontre la mère du banquier, Bérangère, qui n’a guère envie que son fils, Louis, s’en sorte. Elle est au courant de l’histoire qu’il monte avec les amerloques. Bérangère, presque vieille, presque maigre, jolie toujours, délurée, riche, très. Qui assigne bientôt Enée à résidence : «Viens !», tandis que son fils est débranché à l’hôpital… La famille est riche, en vue, la presse en fait ses choux gras. Louis mort, Dido veut utiliser Bérangère et la tuer. Bérangère veut utiliser Enée et le tuer. Enée veut aimer Bérangère mais doit la tuer… tandis que les flics tentent de dénouer les fils de l’histoire, vent debout sur la piste déjà de Dido et d’une sale affaire de placements financiers à Hong Kong que Louis avait intrigués. On est en France, la combine rattrape donc par la manche un député marron et une grosse intrigue d’aménagement immobilier... pour nous servir des pervers qui rencontrent plus pervers qu’eux, des cyniques qui rallient plus désabusés qu’eux, des affairistes qui rançonnent moins affairés qu’eux, sur fond d’errances mélancoliques, de blessures macabres qui dessinent, c’est troublant, des personnages au final émouvants. Quand l’austérité tue, David Stuckler, Sanjay Basu
Deux chercheurs se penchent sur l’impact de l’austérité sur la santé publique. Tout en réfléchissant aux vrais buts de cette austérité programmée presque partout en Europe, dernier bastion de l’intégrisme néolibéral. Et bien évidemment, ce qu’ils découvrent c’est que l’austérité n’a aucun fondement économique rationnel : elle n’est qu’une décision politique visant à enfermer les nations dans la soumission de la pauvreté matérielle, sociale et morale. Le vrai visage de cette austérité déploie dans leurs travaux toute son horreur : elle ne crée à court terme que des morts, qui ne risquent pas de générer de la richesse à long terme… Le coût humain de toute économie, voilà la grande question jamais abordée, y compris par les socialistes de pouvoir. Forts d’une dizaine d’années d’études et d’analyses assidues, nos deux chercheurs montrent au contraire de tout ce qui se dit en France par exemple, que les dépenses sociales et de santé permettent de réduire la Dette en créant de la croissance. Tableaux à l’appui, couvrant des périodes longues de plus d’un siècle, ils montrent que tous les pays qui ont pratiqué des coupes drastiques dans leur budget de santé n’ont fait que connaître un réel déclin sur le long terme. Mais bien sûr, l’enrichissement spectaculaire des plus riches sur le court terme… L’austérité a ainsi toujours eu l’effet inverse de celui escompté ! La dette augmentant au fur et à mesure que ralentit l’économie. «Quand on coupe les filets de sécurité, le choc économique que représente la perte d’un emploi ou d’un logement peut se transformer en crise sanitaire». L’exemple de la Grèce vient à l’appui de cette démonstration, qui s’est enfoncée dans une crise sanitaire sans précédent dans son histoire ! Que signifie être une société dans ces conditions ? Très opportunément, nos deux chercheurs en santé et économie publiques nous rappellent que les choix économiques sont d’abord des choix de vie ou de mort. Et très pertinemment, ils nous rappellent ce que devrait être le devoir d’un bon gouvernement : la protection de ses citoyens. D’autant que la santé, analysent-ils, n’est pas liée aux crises mais aux réponses fournies par les politiques. La richesse d’une Nation, veulent à tout prix oublier nos politiciens, c’est sa population. Pas ses banques. Il faut donc soigner de préférence le corps économique plutôt que le corps financier, tant la santé publique est le bien le plus précieux d’un pays. La France ? Une fiction de la classe politico-médiatique...
La France relève désormais de catégories fictionnelles.
Observez les "grands" médias emboîter le pas à cette fiction sordide. Mesurez leur degré de compromission à leur mouillage dans une pseudo réalité sociale tronquée. Relevez les indices textuels (pour faire savant) de la fictionnalité de cette actualité. Le moins qu’on puisse dire, c’est que si le roman déploie tout une série de stratégies textuelles pour favoriser l'illusion référentielle, la société politico-médiatique en fait autant. Voyez comme elle produit cette fiction, goûtez la merveilleuse manipulation d’une vraie crise dont les conséquences ne portent que sur les plus démunis. Ecoutez Monsieur 20 heures à sa télévision, déversant ses mensonges dans une énonciation impeccable, escamotant les indicateurs qui pourraient faire sens. Que dire de ces bouffées énonciatives, sinon qu’elles jouent crapuleusement de l’effet de réel, mais que dans le même temps, c’est typiquement bâtir une fiction qui n’articule qu’un récit vandale. Frères de guerre, de Catherine Cuenca
14-18. Pour la jeunesse. Moins pour son édification fort heureusement, que sa dénonciation.