LA VOLONTE DU PEUPLE…
La volonté du peuple, affirme-t-on, ne peut , dans les démocraties modernes, s’exprimer que sous une forme politique. Le suffrage universel en serait même l’ultime et seule expression acceptable. Or, l’histoire a (trop) largement démontré que le suffrage universel ne pouvait établir une identité entre la volonté des gouvernements et la volonté des gouvernés.
Mieux, ce que l’on ne cesse de nous asséner, cette forme exclusivement électoraliste de notre liberté politique, était défendue naguère par des théoriciens néo-fascistes tel que Carl Schmitt, affirmant par ailleurs que c’était pure folie que d’approuver la volonté du Peuple… Pour ce même Schmitt, c’était l’identification et non l’identité qui caractérisait le mieux cette relation entre gouvernant et gouvernés. Et pour mieux rejeter toute identité de vues entre gouvernants et gouvernés, Schmitt dessinait les contours d’un pouvoir qui se serait énoncé à la première personne du singulier pour exprimer une volonté à ses yeux plus réelle que celle du Peuple, heureusement introuvable, prétendait-il. Un pouvoir qui aurait su prendre des décisions personnelles et non publiques, pour incarner à travers cette décision privée la volonté populaire enfin révélée à elle-même… Pour se parer de la tyrannie de la majorité, affirmait encore Schmitt, il fallait subordonner l’idéal démocratique à des principes qui lui étaient transcendants, seuls capables de garantir les libertés individuelles, y compris contre l’assentiment du Peuple. Ainsi pour Schmitt, mieux que la décision Publique, la voix du Chef d’Etat seule comptait. Et surtout, espérait-il, qu’aucune astreinte démocratique n’impose de limites à l’exercice de son pouvoir, nécessairement placé au delà des juridictions civiques, car ce n’est qu’à ce compte qu’un Chef peut régner et son Parlement fonctionner…
Si l’on y tenait absolument, l’opinion publique pouvait à ses yeux représenter le lieu de la légitimité démocratique, plutôt que ces formes archaïsantes pour lui, trop complexes sinon chaotiques de l’expression populaire, qu'étaient une Constituante, ou la rue.
Or, faut-il le rappeler avec Guizot, pour plaire aux libéraux de tous poils (UMP, PS) : la souveraineté de droit n’appartient à personne. Le parlementarisme, lors même qu’il répond à sa vocation première, ce dont il est permis de douter aujourd'hui, ne peut conduire à aucune vérité : sa seule mission est le dialogue.
L’Europe, tout comme l'Etat français, sont aujourd’hui des systèmes qui ne respectent pas ou plus leurs propres principes et nous livrent aux outrages de décisions iniques, autoritaires, prises dans le secret d’officines détachées de toute légitimité publique. Des systèmes qui ne cessent pourtant de mettre en avant une prétendue morale mais qui ont oublié toute morale, qui ont surtout oublié que l’objet de l’intérêt moral, ainsi que l’affirmait Emmanuel Levinas, c'est l’Autre, "en tant qu’il figure non comme un élément à intégrer dans un système de savoir, mais comme un autre sujet ayant sa propre perspective et qu’il faut respecter".
LA VOLONTE DU PEUPLE…
La volonté du peuple, affirme-t-on, ne peut plus désormais, dans les démocraties modernes, s’exprimer que sous une forme politique. Le suffrage universel en serait même l’ultime, et peut-être la seule expression acceptable. Or, l’histoire a (trop) largement démontré déjà que le suffrage universel ne pouvait établir une identité entre la volonté des gouvernements et la volonté des gouvernés.
Mieux, ce que l’on ne cesse de nous asséner, cette forme exclusivement électoraliste de notre liberté politique, était défendue naguère par des théoriciens néo-fascistes tel que Carl Schmitt, affirmant par ailleurs que c’était pure folie que d’approuver la volonté du Peuple…
Pour ce même Schmitt, c’était l’identification et non l’identité qui caractérisait le mieux cette relation entre gouvernant et gouvernés. Et pour mieux rejeter toute identité de vues entre gouvernants et gouvernés, Schmitt dessinait les contours d’un pouvoir qui se serait énoncé à la première personne du singulier -Moi-je-, pour exprimer une volonté à ses yeux plus réelle que celle du Peuple, heureusement introuvable prétendait-il. Un pouvoir qui aurait su prendre des décisions personnelles et non publiques, pour incarner à travers cette décision privée la volonté populaire enfin révélée à elle-même…
Le décisionisme de notre actuel Président rappelle ainsi à bien des égards celui de Carl Schmitt, penseur du nazisme. Pour se parer de la tyrannie de la majorité, affirmait encore Schmitt, il faut subordonner l’idéal démocratique à des principes qui lui sont transcendants, seuls capables de garantir les libertés individuelles, y compris contre l’assentiment du Peuple. Ainsi pour Schmitt, mieux que la décision Publique, la voix du Chef d’Etat seule compte. Et surtout, espérait-il, qu’aucune astreinte démocratique n’impose de limites à l’exercice de son pouvoir, nécessairement placé au-delà des juridictions civiques, car ce n’est qu’à ce compte qu’un Chef peut régner et son Parlement fonctionner…
Et si l’on y tenait absolument, que l’opinion publique soit le lieu de la légitimité démocratique, plutôt que ces formes archaïsantes, complexes, chaotiques de l’expression populaire, telle une Constituante, ou la rue par exemple.
Or, faut-il le rappeler avec Guizot, que la souveraineté de droit n’appartient à personne ? Le parlementarisme, lors même qu’il répond encore à sa vocation première, ne peut conduire à aucune vérité : sa seule mission est le dialogue.
L’Etat français est aujourd’hui un système qui ne respecte plus ses propres principes et nous livre aux outrages de décisions iniques, autoritaires, prises dans le secret d’officines détachées de toute légitimité publique, celui d’un Etat qui ne cesse de mettre en avant sa prétendue morale mais qui a oublié toute morale, qui a surtout oublié que l’objet de l’intérêt moral c’est, ainsi que l’affirmait Emmanuel Levinas, l’Autre, "en tant qu’il figure non comme un élément à intégrer dans un système de savoir, mais comme un autre sujet ayant sa propre perspective et qu’il faut respecter". --joël jégouzo--
LA FEMME EST UN HOMME DE SEXE FEMININ (...)
L’hôtesse d’accueil, à la fin de sa carrière, avec ses fesses en forme de chaise, témoigne que si l’homme est Homme, la femme n’est dans notre imaginaire qu’un Homme de sexe féminin… Un homme qui met pourtant au monde la totalité des hommes masculins et féminins, réalité que l’innomé de la locution Homme et notre soumission à son ordre ne saurait dissimuler, sinon au prix d’une phobie dont on serait avisé de mesurer le coût…
Au delà de la drôlerie de l’ambiguïté linguistique, c’est son intériorisation que parcourt avec force Louise Desbrus(ses), auteure P.O.L., renversant tout notre rapport à la psychanalyse freudienne pour lever sous l’hystérie mâle du garçon découvrant avec effarement sa privation d’utérus, les troubles psychiques qui en résulteraient et qui n’ont jamais été sérieusement envisagés dans notre société d’hommes, faites par et pour les Hommes de genre masculin. Comme si au fond le désir du meurtre de la mère relevait d’un tabou plus fort encore que celui du meurtre du père. Ce à quoi Vanessa Place, avec son réconfortant constat d’une société au creux de laquelle vivre c’est y mourir d’ennui, répond par la mise en demeure réjouissante de l’identité mâle, trop souvent exhibée comme la parade fastidieuse de performers aux performances douteuses, compensant leur impuissance à être tout à fait des hommes (masculins) en fabriquant un monde complètement factice. Il vaut la peine de suivre sa démonstration jusqu’au bout, notamment quand elle s’attaque à l’art masculin, déguisant plutôt qu’affirmant, recourant volontiers à l’obscurité (qu’il nomme profondeur), pour dissimuler son besoin de reconnaissance tout entier enrôlé sous la quête de l’autorité, nécessairement transcendante, du Grand Art ou de la Kultur… Et c’est tout l’inconscient hétéro-rhétorique des milieux sociaux dominants qui en prend un coup dans ce repérage intellectuel, tout comme celui de ce langage où se sont imprimés les usages du discours masculin du monde, dont la seule issue est de rater ses énonciations, s’il veut espérer toucher quoi que ce soit de fort. --joël jégouzo--.
Tina 8, Gender surprise, TINA n° 8 / GENDER SURPRISE, revue de 224 pages, Format : 15 x 21 cm, 24 août 2011, 15 euros, isbn :978-2-915453-87-4
GENDER SURPRISE : LA PARITE EN QUESTION DANS LA CREATION LITTERAIRE…
La revue Tina s’est amusée à tenir les comptes du genre des contributions dans cette presse que naguère l’on aurait volontiers qualifiée de "progressiste", sinon d’"alternative". Et à tout le moins, ce que l’on peut dire, c’est que le compte n’y est pas… mais alors pas du tout ! Alors que le taux de féminisation dans l’ensemble des professions culturelles, en France, avoisine les 40% (chiffres de l’INSEE), et que dans la création littéraire ce taux frise les 46% (tandis qu’il n’est que de 33% dans la création artistique), Livre-Hebdo, l’organe spécialisé de l’édition et de la librairie française, n’offre qu’une couverture de 30% aux romans français écrits par des femmes…
Du côté des éditeurs, c’est pas mieux : chez Minuit, 20% des auteurs sont des femmes, 26% chez P.O.L., 30% chez Gallimard, 38% chez Albin Michel, Actes Sud, pour culminer à 40% chez Stock…
Mais avec la littérature contemporaine, on tombe des nues. Au Petit Palais par exemple, un colloque s’est tenu récemment pour évoquer les enjeux contemporains de la création littéraire. 9 femmes y étaient cordialement invitées, contre 24 hommes…
Du côté des revues, là, c’est l’immense désaffection, quand Agone (dans son numéro 45 par exemple), expose royalement 1 intervention féminine pour 11 interventions masculines… Ou quand Le Matricule des Anges, de 93 à 2011, n’aura publié in fine que 18 femmes, contre 112 hommes…
Le Monde bien évidemment ne fait pas mieux dans son supplément au festival d’Avignon, faisant la part belle à 51 hommes couvrant de leur voix quelques malheureuses 10 femmes convoquées là à la hâte…
Et quant à Rue 89, perpétuant une prétendue tradition intellectuelle gauchisante, son cabinet de lecture, dans sa sélection de rentrée littéraire, n’aura daigné chroniquer que 12 romans de femmes, contre 50 pour les hommes !
Certes, c’est prendre le numéro 8 de la revue Tina par le petit bout de la lorgnette, mais ces chiffres valent le détour et en disent long sur la capacité de cette presse à bien réaliser le monde dans lequel nous vivons ! --joël jégouzo--.
Tina 8, Gender surprise, TINA n° 8 / GENDER SURPRISE, revue de 224 pages, Format : 15 x 21 cm, 24 août 2011, 15 euros, isbn :978-2-915453-87-4
L’ETAT FRANÇAIS : UN REGIME D’ALLEGEANCE…
L’Etat français est une Dictature moderne, subordonnant le politique à l’économique, c’est-à-dire suspendant l’ordre politique pour l’assujettir à la décision privée (celle des banquiers).
Un régime à tout le moins autoritaire, mais dont l’autoritarisme est paré d’une façade démocratique symbolique.
Prenez l’équilibre des forces institutionnelles sous la Vème République : la séparation des pouvoirs semblent, sur le papier, garantie. Mais dans les faits, accentués par le calendrier électoral, l’Assemblée Nationale est vidée de sa substance, au point que le Parlement français apparaît comme l’un des Parlements les plus faibles du monde, à l’égal des républiques bananières, et qu’il rappelle fortement la chambre d’écho qu’il fut sous le Premier Empire.
Prenez encore le Conseil des Ministres, doublé par un comité d’experts décrétant en lieu et place de la décision publique. Vidé de ses prérogatives, il ne sait que cultiver les effets d’annonce, exhiber la façade d’un rituel bien huilé à la veille des élections, qui verra le fantoche locataire de Matignon ré-endosser ses habits de Premier Ministre pour détourner le mécontentement légitime à l’égard de l’hyper président. Prenez enfin les médias, qui depuis beau temps ont cessé d’incarner en France tout contre-pouvoir.
La France est une dictature moderne, en ce sens que ce qui la fonde est un régime d’allégeance plutôt que de consensus politique.
Une politique d’allégeance où se joue notre destin. D’allégeance, oui, c’est dire combien l’empreinte est féodale, organisant les relations entre dirigeants et dirigés non comme participation civique, mais adhésion coutumière : l’obéissance, en échange de bénéfices d’ordre privé. Hobbes plutôt que Rousseau.
Une allégeance déclinée tout au long des hiérarchies françaises, empilant les renoncements et les prébendes de sorte que la force de cet Etat repose sur la faiblesse du peuple français, vidé de sa substance politique.
Retour à la case absolutiste. La France est l’empire du pseudo : pseudo législatif, pseudo démocratie, et sous cette construction politique autoritaire, la violation de l’égalité des droits y est constante. L’expression d’une culture politique convertie au cynisme le plus éhonté.
La France est même le seul pays qui ose statuer sur l’idéal de la Vie Bonne que les français doivent épouser, un idéal de la vie bonne prôné par l’Etat souverain qui ne cesse de s’opposer à la norme d’égal respect des personnes qui, seule, fonde la légitimité d’une démocratie véritable.
L’Etat français est littéralement devenu une entreprise de déshumanisation de la société française. Une entreprise d’intérêts privés qui ne cesse de nous aider à mieux renoncer au culte du respect mutuel, à nous éloigner du processus de l’association politique.
Comment donc nous entendre avec ceux qui, au gouvernement même, rejettent cette norme de l’égal respect des personnes et placent leur idéal de Vie Bonne au dessus de cette norme ?
Comment nous entendre avec des dirigeants qui ne cherchent que les moyens de défaire l’association politique "France" ? –joël jégouzo--.
QU’EST-CE QU’UN MONDE JUSTE ?
Comment concevoir un monde juste ? Surtout à l’heure où les idéologies de la justice semblent avoir fait faillite…
Sans même évoquer ici les doctrines socialistes, marxistes, communistes, voire anarchistes, il existe dans la tradition libérale, dont John Rawls fut le père fondateur, idéologie massivement dominante aujourd’hui jusque dans les rangs des socialistes, une idée selon laquelle la justice entre les citoyens d’une même nation doit être pensée sous la forme du "Maximin soutenable des possibilités".
Qu’entendre par là ? Prenez la liberté de mouvement des capitaux. Le capital est libre de circuler partout ou presque dans le monde. On encourage même cette migration, dont on nous dit qu’elle est profitable au Sud, qui pourra ainsi s’enrichir et nous enrichir en retour. En d’autres termes, on nous dit que pour réaliser la justice mondiale à long terme et l’enrichissement de tous, il faut accepter cette libre circulation du capital. Au nom de l’efficience économique globale, on nous demande d’accepter les sacrifices ponctuels provoqués par ce déplacement du capital et de l’emploi vers les pays du Sud… Au nom de la justice sociale mondiale, on demande aux travailleurs "riches" de consentir au sacrifice momentané (quelques décennies) de leur emploi. Cette rigueur apparaît comme la politique la plus juste pour l’humanité, la seule qui lui permette de trouver un souffle nouveau.
En réalité, les choses sont plus compliquées : il faut tenir compte de la conjoncture à court et moyen terme. Car au nom d’un principe prétendument "juste" sur le long terme (et du seul point de vue libéral), celui de l’élévation du niveau de vie de tous (acceptons-en le mensonge provisoirement), sur le moyen terme, on risque fort d’ouvrir entre les nations un état de concurrence tel qu’il précipite dans la misère des centaines de millions d’individus. Les mouvements des capitaux financiers, par exemple, se traduisent d’abord par l’appauvrissement des travailleurs du Nord, non par l’enrichissement des travailleurs du Sud.
Il faudrait pouvoir corriger cela à la marge, affirment les néo-libéraux. Ajuster. Simplement ajuster… Encadrer les mouvements financiers par une législation qui les empêcherait -alors que leur logique intrinsèque est la quête de profits immédiats-, de porter atteinte à l’environnement économique et social des nations. Car ce que l’on vérifie d’abord, c’est que la seule vertu de la recherche du profit n’entraîne qu’une augmentation des inégalités.
Le Maximin que j’évoquais plus haut ne devrait donc pas être calculé comme Maximin soutenable des états —ce qui est le cas aujourd’hui—, mais Maximin soutenable des personnes. Car la mobilité du capital érode la capacité de chaque nation à assurer une répartition équitable à tous ses citoyens. Dans la guerre financière qui est livrée par les banques aux Etats, dont les conséquences sont par exemple la prétendue "nécessité" de baisser le niveau des prestations sociales au nom du principe selon lequel ce qui est prélevé sur le territoire national n’a vocation qu’à servir de force de frappe économique "nationale", on le voit, ce qui est privilégié n’est ni plus ni moins que le consentement à l’extermination des pauvres. L’expression paraîtra excessive, sinon scandaleuse, mais si l’on y réfléchit bien, il ne s’agit de rien d’autre : la privation d’activité économique, qui s’accompagne statistiquement par la mise en danger physiologique des populations concernées, n’est que l’expression d’une politique consciente d’exclusion radicale des populations les plus fragiles, une exclusion qui se traduit par une mort réelle, souvent prématurée, et non le simple effacement de ces populations de la statistique nationale, qui sait mieux qu’aucun autre outil politique les rendre invisibles… --joël jégouzo--.
Le Petit Köchel
Il a dit qu’il allait se pendre, et c’est tout à fait le genre de phrase irrévocable contre laquelle on ne peut rien…
On a tout de même fini par retrouver le Petit Köchel. La partition traînait sur une boîte en fer blanc. Le petit, lui, le vrai : l’enfant, il doit être à la cave. Il s’y est enfermé depuis si longtemps, qu’il n’a pas dû en remonter. Et puis il a décidé de s’y pendre. Ses mères, qui ont consacré leur vie à Mozart, n’apprécient pas. A cause de cette menace, leur journée est fichue. Elles ne pourront pas répéter aujourd’hui. Ses mères… Ses mères ? ?… D’ailleurs elles ne savent même plus qui est la génitrice de l’enfant. Elles qui ont passé toute leur vie assises devant leur piano, elles doivent aujourd’hui se concerter. Elles ont d’ailleurs longtemps cru que c’était «lui» qui avait volé le Petit Köchel. Mais bon, on l’a retrouvé. On sait du moins où il pourrait être. Tout peut rentrer dans l’ordre. Enfin presque : il reste cette menace. Reculer l’heure de l’horloge ? Il avait annoncé une heure précise croit-on se souvenir. Une heure de pendaison. Mais peut-être pas. De toute façon, pour une fois qu’il exprime un désir, autant qu’il aille jusqu’au bout. En sera-t-il seulement capable ? Et s’il refusait de se pendre ? Ce serait compromettre tout le sens de leur vie à elles, qui sont allées jusqu’au bout de leur passion pour Mozart. Non : il faut qu’il se pende.
C’est dans la prolifération d’une parole nauséabonde qui ne cesse de se répandre entre les personnages que s’achève l’intrigue. L’enfant veut bien ne plus se pendre, si ses mères lui apportent la preuve indéfectible de leur amour. Mais on ne peut aimer Mozart et le petit à la fois… --joël jégouzo--.
Le Petit Köchel, Normand Chaurette, Actes-Sud Papiers, juin 2000, 52p., EAN13 : 9782742727520
TELL ME DARK : ON SE PERD DANS CE MONDE
Les yeux cavés de visions nocturnes, Michaël, halluciné par son plongeon suicidaire dans la Tamise, cherche Barbara. Elle est partout, fantôme dépecé par de funèbres rites sadomasochistes. Défoncée à toutes les heures de sa vie, incapable de sortir du cercle archaïque de ses démons. L’histoire de sa passion pour Barbara l’entraîne aux portes de l’enfer. "On se perd dans ce monde". On veut sentir, on essaie. "Etre aimé. Appartenir. On ne sait pas comment. Alors, on demande à la nuit." Adossé au malheur, parmi les noires épouvantes de l’asphalte, Michaël sait que désormais sa douleur est son unique noblesse et qu’il lui faut la traverser de part en part s’il veut récupérer Barbara. Ni la terre, ni les enfers ne mordent jamais à cette douleur. L’invraisemblance d’aimer, seule, nourrie de son incertitude grandiloquente, est son guide fragile. Exterminer les pauvres : les leçons de l'histoire...
Voici une histoire dont il existe peu d’échos en France : comment la Révolution industrielle s’est débarrassée de ses exclus, en Angleterre. Au fond, un exemple pour nous qui sommes entrés dans une ère de stigmatisation des plus démunis… Mais l’intérêt de l’exemple tient aussi au fait que, idéologiquement, les marques du discours sont restées les mêmes : déjà, contre toute évidence, il s’agissait de dénoncer une prétendue paresse et de faire des pauvres les ennemis de la nation. L’idée est demeurée, que le système d’allocations accordés aux pauvres ne fait qu’encourager l’oisiveté et qu’il n’est de la sorte qu’une incitation au vice…
Le système de Speenhamland (1795), qui fut mis en place en Angleterre dès le XVIIIème siècle et perdura jusqu’au XIXème, synthétisa l’ensemble des lois sur le "soulagement des pauvres" qui avaient été inaugurées pour combattre le fléau récurrent de la grande misère, consacrant si l’on peut dire, cette œuvre d’une couronne d’épines particulièrement ajustée à la tête des pauvres que l’on fit mourir par millions… Il vit le jour en 1795, dans un village du Berkshire — Speenhamland—, proposé par les magistrats locaux après une réunion mémorable à l'auberge du Pelican, le 6 mai 1795. L’idée était de soulager plus efficacement la pauvreté extrême. Aux yeux de nos magistrats, les différentes lois mises en place sur le soulagement des pauvres n’avaient fait que rendre plus complexe la Loi de 1601, sans parvenir à éradiquer la pauvreté. Et bien évidemment, ce qui rendait cette ultime réforme nécessaire était la conjoncture agricole : des mauvaises moissons avaient mis le prix du pain hors de la portée des plus modestes. La situation avait été rendue plus mauvaise encore par l’accroissement démographique de la population et les guerres françaises. On redoutait alors que les classes inférieures ne se tournent vers les français pour les aider à fomenter des troubles dans toute l’Angleterre. Il y avait eu du reste une augmentation considérable du nombre d’émeutes au printemps 1795.
Le sentiment général était donc qu’il fallait apporter une réponse à la mesure de ce défi pour la société anglaise, menacée d’implosion. Le système prévoyait que les pauvres percevraient un revenu minimum à défaut d’un emploi qui n’existait pas, voire des allocations permettant de compléter leur salaire quand celui-ci était trop bas. La "quantité de soulagement" à prodiguer était calculée sur le prix d'un gallon de pain et le nombre d’enfants à charge du travailleur. Cette mesure conduisit Malthus à penser que l’indexation sur le nombre d’enfants, compte tenu que les pauvres constituaient généralement des familles nombreuses, était un mauvais calcul et qu’il fallait au contraire baisser les allocations proportionnellement à ce nombre, afin de ne pas les inciter à nourrir une famille trop importante… L'idée d'un revenu minimum d'insertion, offert en farine, pain ou argent, n’était certes pas nouvelle. Ce qui était nouveau, c’était qu’il s’agissait d’une mesure provisoire désormais : incitative. On connaît le propos : il faut inciter les chômeurs à reprendre une activité salariée –qui n’existe pas… Et qu’enfin, elle donnait la possibilité à chaque paroisse de peser plus décisivement que par le passé sur le taux d’indemnisation.
Récapitulons : les pauvres reçoivent une allocation à titre provisoire, qui leur est supprimée s’ils ne retrouvent pas un emploi (mais il n’y en a pas, ça tombe bien…). S’ils en trouvent, le système d’allocation est maintenu dans le cas où le salaire est inférieur au montant de l’allocation (!). L’effet pervers immédiat fut l’effondrement des salaires à la campagne. On passa du coup de l’existence d’une masse d’indigents à celle d’une classe de travailleurs pauvres (c’est le cas en France aujourd’hui). Les travailleurs en question, exploités sans vergogne, ne tardaient en outre jamais à épuiser leurs forces dans ce champ clos qu’était devenu l’emploi (presque) salarié et, usés avant l’âge, devenaient inemployables. La paroisse devait alors en supporter les conséquences. Bien évidemment, les propriétaires terriens les plus taxés par l’impôt sur le soulagement des pauvres se liguèrent pour n’avoir plus à le payer. On mit en place des procédures sophistiquées de votes dans les paroisses, destinés à calculer et recalculer de mois en mois le montant du taux d’indemnisation des pauvres. On distingua alors les pauvres méritants (vestries), des "undeserving" — les inemployables. Ce dernier groupe ne reçut bientôt plus de subsides. La Loi, après avoir cassé définitivement le marché du travail, avait jeté à la rue une masse considérable de salariés précaires, amplifiant en retour la spirale de la paupérisation. Ce, jusqu’en 1815, où le malaise, à la suite de la guerre contre les français, provoqua de vifs désordres civils. Une dépression industrielle l’amplifia. Dans le Sud rural, la bonne vieille charité individuelle fit de nouveau surface. On considéra qu’elle ne faisait qu’encourager l’oisiveté et le vice. On se mit alors à penser que ce système d’allocations n’était en fin de compte qu’une sorte d’encouragement, voire de crédit accordé à la paresse. Les enquêtes parlementaires de 1832 à 1834 s’en font largement l’écho. Leurs conclusions furent toutes d’affirmer qu’on devait mettre fin à ce système. Le nord industriel, lui, s’inquiéta beaucoup : malgré l’injonction faite aux pauvres de ne pas quitter leur paroisse, il en circulait beaucoup sur les routes. De grandes campagnes anti-pauvres y furent désormais menées : il fallait désormais se débarrasser des pauvres, coûte que coûte. --joël jégouzo--
LES IMMIGRES, LES RROMS, LES MUSULMANS, LES MALADES (IMAGINAIRES ?)…
Et si on rouvrait les camps français ?
Il faut sauver le modèle social français, nous dit-on. Le sauver des français, de ces français qui trichent, nous assure le Chef de l’Etat, de ces tricheurs qui se comportent comme des ennemis de la Nation… Et pourquoi pas la création d’une justice d’exception à l’encontre des malades imaginaires qui plombent le déficit français, tant qu’on y est ?
Et tout cela sans rire… Combattre la fraude sociale… Pas la fraude fiscale, non, vous avez bien lu : la fraude sociale. Pas la fraude fiscale, qui ampute bien davantage les finances de l’Etat, mais qui, soyons clairs, est l’apanage des classes nanties. Non : la fraude sociale ! Celle des pauvres, des démunis…
Alors soyons clairs : vous êtes en bonne santé ? 90 % des cadres sont en bonne santé. Tandis que les "inactifs" (qui ne cesse de s’activer pour chercher une solution à leur manque chronique d’argent), les chômeurs, les rmistes, les stagiaires, les précaires, etc., eux, accusent le coup. L’INSEE en témoigne, malgré ses statistiques biaisées. Il suffit de lire. Et ce n’est pas un hasard s’ils ne vont pas bien ceux-là. Et ce n’est pas qu’un sentiment du reste : les chômeurs, selon les études de la Sécu, ont une probabilité de beaucoup supérieure à celle des actifs de développer une maladie grave. A 35 ans, l’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de 7 ans à celle d’un cadre. Peut-être parce que, faute de moyens, les ouvriers recourent deux fois moins aux spécialistes qu’aux généralistes. Les bébés de moins d’un an, par exemple, ne fréquentent le pédiatre qu’une fois sur trois consultations nécessaires dans un ménage d’ouvriers, contre une fois sur deux chez les cadres.
Fraude sociale… Lorsque l’on se retrouve au chômage, statistiquement, on a trois fois plus de risques de décéder prématurément qu’un homme actif. Rassurons-nous : avant de mourir, les plus démunis passent d’abord, assidûment, par la case maladie et la case dépression. De sacrés cumulards ! Ainsi, à leurs faibles revenus s’ajoutent l’exclusion médicale, l’angoisse, la dépression, l’impossibilité de se payer un traitement médical correct. Des nantis, pour sûr. Des fraudeurs. Des tricheurs.
Selon une enquête du Credes (1996-1997), 25% des chômeurs sont victimes d’une dépression, contre 13 % des actifs. 1 employé sur 5 est en dépression selon cette même étude, déjà ancienne, les choses n’ayant fait qu’empirer, contre 1 sur 10 chez les cadres supérieurs…
Toujours selon cette même étude, les ingénieurs vont plus souvent chez le dentiste que les ouvriers. La proportion de cadres supérieurs qui sont allés chez le dentiste lors de cette enquête est même deux fois plus élevée que celle des ouvriers. C’est que chez les ouvriers, le suivi médical fait défaut. Faute de disposer d’une complémentaire. Toutes les études récentes montrent du reste qu’une grande partie des familles peu aisées renonceront l’an prochain à leur mutuelle…
La France, pour la première fois depuis un siècle, se dotait d’un cadre législatif définissant les grands principes de la santé publique. Mais le texte adopté in fine ne prenait pas la tournure d’un texte de Loi, nécessairement contraignant, mais celle d’un simple référentiel, délivrant le sens général de l’esprit français en matière de santé… Et les médias de le saluer. Et d’omettre dans le même temps que ce texte contournait savamment toute réflexion sur la question des inégalités devant la santé.
Mieux : parmi les "cent objectifs de santé publique" que se donnait l’État dans ce document, un seul concernait "la réduction des inégalités devant la maladie et la mort" ! A titre d’exemple, six autres portaient sur la réduction des "troubles musculo-squelettiques"… Pire : aucun indicateur d’évaluation n’était envisagé pour mesurer les disparités devant la santé… Et mieux que mieux : la directive recommandait de ne prendre en compte que "des résultats globaux"…
Tout est clair : la diminution des inégalités sociales devant la santé n’est pas une priorité du gouvernement. Elle ne l’a jamais été. La seule préoccupation de ce gouvernement n’est peut-être même pas tant la maîtrise des dépenses de santé que la stigmatisation forcenée des populations "à risque", que l’on a précipitées depuis des décennies dans la misère et dont on voudrait à présent délégitimer par avance toute velléité de révolte. Et la journaille d’exhiber la très bonne place obtenue par la France dans le classement de l’Organisation mondiale de la santé, du point de vue de sa performance globale, tout en taisant son mauvais rang au sein de l’Europe en termes d’inégalités sociales devant la santé… --joël jégouzo--.
Observatoire des inégalités : http://www.inegalites.fr/spip.php?article1365&var_recherche=sant%E9&id_mot=42
"Un aveuglement face aux inégalités sociales de santé", entretien avec Didier Fassin, directeur d’études à l’EHESS :
http://www.inegalites.fr/spip.php?article777&var_recherche=fraude%20sociale&id_mot=42