politique
Sortants du supérieur : hausse des niveaux, hausse du chômage…
Bien que plus diplômée que les générations précédentes sous l’impulsion des LMD, les bacs+2 s’étant massivement convertis en bac+3 et les master 1 en master 2, la génération LMD de 2010 voit son chômage progresser spectaculairement de +4% par rapport à la génération 2004… Une hausse du chômage accompagnée par une sévère dégradation des rémunérations à l’embauche. Parmi les sortants de l’enseignement supérieur, ceux qui s’en sortent le mieux provisoirement sont ceux de la santé, épargnés le temps de pourvoir les emplois désespérément vacants dans ce secteur… Pour les autres, la situation s’est donc considérablement aggravées depuis 2009, la génération étudiée peinant à s’inscrire dans le marché de l’emploi : trois ans après la fin de leurs études, 13% des diplômés du supérieur à bac+3 restent au chômage. La France ne sait pas leur trouver d'emploi –les ministres du gouvernement ne sachant que culpabiliser les chômeurs de ne pas savoir trouver un emploi qui n’existe pas… Et les filières professionnelles jusque-là épargnées, subissent elles aussi le même sort. La détérioration est désormais nette à chaque niveau d’étude, de la licence au doctorat, et pour chaque génération de diplômés. Avec une chute spectaculaire pour les détenteurs de master 2, qui connaissent un chômage deux fois supérieur à celui de la génération 2004 ! A chaque génération, la probabilité de ne pas trouver d’emploi augmente ainsi, inexorablement. Sur le paupérisme, Tocqueville
En 1999 les éditions Allia publiaient dans une édition abordable les deux mémoires que Tocqueville consacra au paupérisme (1835, 1837). Jusque là, on ne trouvait l'un qu'immergé dans les Œuvres Complètes (Gallimard), ou dans la Pléiade, tandis que l'autre, réédité pour la deuxième fois en 1989 seulement, était tout simplement oublié. Deux textes courts peu étudiés - signalons l'article que leur a consacré Michel Bressolette dans les Annales de la faculté des lettres et sciences humaines de Toulouse, tome XVI, en 1970 ; étude toutefois très éloignée de toute implication politique. Or, ils ouvrent l'un et l'autre comme un défi, non seulement dans la pensée de Tocqueville, mais dans cet espace intellectuel dont la géométrie est pour le moins variable : le libéralisme. Ils permettent même de réévaluer celui de Tocqueville. Si bien que l'on peut penser que s'ils n'ont pas fait jusqu'ici l'objet d'une critique sérieuse, c'est tout simplement parce que leur oubli sert une logique : celle d'assigner à résidence Tocqueville dans la maison libérale. Rien d'étonnant au demeurant : le texte de 1835 avait déjà du mal à trouver sa place au sein de l'immense littérature sur le paupérisme, qui s'est développée tout au long du XIXème siècle. Dans ce texte, s'il dénonce la charité légale, du moins Tocqueville se montre-t-il très critique à l'égard du marché dans sa fonction de régulateur de la question sociale. Il est intéressant, au demeurant, de rapprocher ce texte de ses Notes de voyage en Angleterre et en Irlande (1833, 1835), dans lesquelles il déplore les ravages du paupérisme et dénonce l'inefficacité des lois supposées de la main invisible. Dans le second mémoire, Tocqueville cherche des solutions, tant cette pauvreté croissante de l'époque lui paraît menacer de rompre le pacte social, fondement même des sociétés démocratiques. Il formule ainsi les principes d'une nouvelle forme d'intervention de l'Etat pour assurer la solidarité. Ambition qu'on pourrait volontiers qualifier d'Etat situé, limitant son action dans le principe, les objets et le temps, et moins proche de la démocratie libérale ou de ce que l'on nommait il y a peu encore la social-démocratie... Algérie 1954–1962, la sale guerre, Gérard Dhôtel, Jeff Pourquié
La Guerre d’Algérie racontée aux collégiens, par un écrivain et un dessinateur qui ne l’ont pas connue (le plus âgé est né en 1955), mais en ont héritée à travers leurs parcours familiaux en particulier. De cette guerre dont on se refusait à dire le nom, ils ont conçu une histoire sans fard, affrontant ses dimensions les plus viles, dès le début de la colonisation dévoilant enfin l’état de misère absolue dans lequel cette conquête plongea les autochtones. Tout y est bien sûr, de cette vérité que l’on refusa d’écrire longtemps en France. Les dates essentielles, l’empire colonial, Jules Ferry déclamant que «les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures», tout comme de la résistance très précoce des populations civiles. Avec, déjà, bien avant la torture, les exactions sans nombre que subirent les algériens, dont cette pratique ignoble des «enfumages» de paysans gazés dans les grottes où ils se réfugiaient. Les grandes figures de la résistance algérienne prennent aussi dans cet ouvrage une dimension réelle, d’Abd el-Kader à Lalla Fatma, l’égérie de Djudjura. Le tout signant une souvenance sans appel, qui nous convie par exemple à réaliser que de 1830 à 1871, la population d’Algérie chuta de moitié, victime de la famine imposée par le colonisateur, et ses exactions. Mémoire oubliée aujourd’hui, qui voudrait opposer la période barbare de la guerre proprement dite à un temps édénique de valorisation et d’organisation de la colonie de l’autre côté de la Méditerranée, quand dès les années 1830 fut mise en place une politique de repeuplement du territoire inaugurée par la confiscation des terres des algériens et la construction de villages «blancs» exigeants de leurs serfs l’abjuration de leur religion. Ce jusqu’au code de l’indigénat de 1881, qui scella une fois pour toute le déshonneur français. L’histoire se poursuivit ensuite comme l’on sait, avec la montée de l’insurrection et la torture élevée au rang de stratégie militaire, dénoncée dès 1955 par une poignée de journalistes courageux. Pour les Musulmans, Edwy Plenel
Pour être franc, je n’aime pas Edwy Plenel. Je ne l’aime pas depuis son long article du Monde contre le «non» majoritaire des français au projet de Constitution européenne du 29 mai 2005, insultant ses propres lecteurs quand la bêtise était justement de vouloir cette Europe qui nous a conduits dans le mur que l’on sait. Je ne l’aime pas, mais peut-être que le livre qu’il vient de signer sera-t-il de quelque utilité à une cause des plus urgentes : celle de la lutte contre le racisme anti-musulman. Louis Sala-Molins : Esclavage / Réparation…
En 2001, Christiane Taubira voulut très officiellement reposer la question des réparations aux descendants de l’esclavage français, toujours plongés pour la plupart d’entre eux, par-delà les siècles, dans une situation sociale précaire. Son texte de Loi fut jeté aux poubelles. Le gouvernement français refusait de se situer dans une perspective d’indemnisation. Archaïque, incongru, trop tard…Des siècles avant elle, Tocqueville avait donné le La, qui allait être la doctrine de la France en la matière : «Si les nègres ont droit à devenir libres, il est incontestable que les colons ont droit à n’être pas ruinés par la liberté des nègres»… Sans commentaires…. Une affaire de gros sous donc. Indigne. Et masquant le peu de lumière d’une décision passant outre ce fameux esprit des Lumières françaises, le salaire dû à l’affranchi pour son travail d’esclave leur paraissant indu… Mais la France fit bientôt mieux : la IIème République dédommagea les colons pour leur manque à gagner du fait de libération de leurs esclaves ! Balayant d’un revers méprisant de la main la question essentielle des fondements politiques de la Justice, aux yeux de laquelle les réparations ne trouvaient pas leur place… Que l’on y songe : en France, on n’a cessé d’abolir l’esclavage, à de nombreuses reprises, jetant dans une liberté précaire des êtres humains sommés de se débrouiller seuls dans leur misère… Hors propos, anachronique n’a –t-on cessé de clamer depuis, et ce jusqu’à Christiane Taubira. Anachronique ? L’essai de Louis Sala-Molins montre en fait combien cet anachronisme a été construit… Car dès le XVIIème siècle, quelques rares voix éclairées posèrent avec force la question des réparations ! Deux capucins en particulier, que l’auteur sort de l’anonymat. Francisco José de Jaca et Epiphane de Moirans. Deux hommes d’église que l’Histoire officielle s’est empressée d’ignorer, pour nous filer aujourd’hui le récit de l’anachronisme… L’un était aragonais, l’autre jurassien. «Les Noirs, affirmaient-ils dès 1678, qu’on marchande et qu’on tient pour des esclaves sont libres. Leurs maître sont obligés de les libérer à l’instant, et de leur payer ce qui leur est dû pour leur travail.» Le Pape reçut copie de ces mémoires, qui décrivaient par le menu tout l’ignoble système en place. Le Roi d’Espagne reçut ces mémoires, toute la hiérarchie cléricale et la noblesse européenne également. Rien n’y fit. On les jeta en prison, on leur confisqua leurs manuscrits, leurs papiers, ils furent envoyés en exil et pour réponse, le Code Noir (1685) vint clôturer le débat. Bien avant les Lumières donc, et leurs interminables moratoires, Francisco José de Jaca et Epiphane de Moirans avaient démontré l’évidente liberté naturelle des noirs, et pointé la réparation économique comme seul moyen de reconnaître entièrement leur droit naturel à la liberté et la dignité… Sénatoriales : je te tiens, tu me tiens par la barbichette…
La nouvelle droite (socialiste) perd ses prébendes. La vieille droite les récupère. Et deux sénateurs Fn font leur entrée au Sénat. De quoi alimenter l’effraie républicaine et préparer demain le terrain du prétendu vote républicain. C’est lassant… Prochainement sur nos écrans, la Droite récupérera vraisemblablement le pouvoir. Le jeu de bascule y pourvoira, contre la peur du FN et malgré la déferlante abstentionniste. Le PS, lui, comptera les points, ne sachant trop où camper pour récupérer des voix. Son ancien électorat de gauche lui tournera le dos, avant même qu’il ait su convaincre l’électorat de droite de voter Valls. La fin du PS, entamée par François Hollande, son grand liquidateur, interviendra sans doute trop tard : il sera peut-être pris de vitesse par la recomposition made in Sarko, elle-même sur le doute mais s’offrant comme une nécessité pour sauver le camp des postiches républicaines. Valls, un temps, pouvait espérer organiser cette merveilleuse synthèse de l’UMPS. Mais il est sans doute trop tard. Encore que… Peut-être aura-t-il le temps de refiler le mistigri à Sarko. A vrai dire, seul le vieillissement du corps électoral parviendra à sauver nos vieux briscards de la votation… Et maintenir peut-être une dernière fois l’idée mensongère d’une partition gauche / droite. Une course est donc engagée, pour que le FN ne parvienne pas au Pouvoir mais fasse semblant d’y parvenir. Une course engagée par les partis de pouvoir : l’UMP, le PS et le FN. Qui n’est pas exclu de cette stratégie, bien au contraire : il en est la pierre de touche, fondamentalement nécessaire pour le maintien au pouvoir de nos compères de l’UMPS. Qui ne représentent plus rien, ni l’un ni l’autre. Faites le vrai décompte des suffrages exprimés, des nuls, des abstentions, vous le verrez assez ! La fin du PS est entamée. Donc. Son socle électoral se réduit comme une peau de chagrin malgré ses débordements à droite. Certes, il lui reste encore à piocher du côté des couches intellectuelles –en transit vers la droite historique. Du côté des cadres supérieurs aussi. Il lui reste bien sûr ses bobos attachés à leur gauchisme culturel, gauchisme culturel qui l’embarrasse tout de même un peu : un temps, Hollande avait courtisé les musulmans de France, mais si éloignés de nos bobos parisiens qu’il lui a fallu faire un sérieux grand écart pour tenter de les maintenir dans son giron. D’autant que le racisme souterrain des discours de Valls n’a pas non plus contribué à aider… Peut-être restera-t-il tout de même quelques fonctionnaires pour voter PS, ou sa refondation. Et quelques territoires privilégiés, dans tous les sens du terme : Paris… Mais il prend tout de même sérieusement le chemin de la disparition. Valls a beau rivaliser sur le même terrain que celui de Sarko, il lui sera difficile de séduire les abstentionnistes qui vont se compter par millions de nouveau. Ou ces français des territoires « périphériques » comme les nomme très justement le sociologue Christophe Guilluy, exclus de la richesse nationale. Reste à se partager avec l’UMP le gâteau des bénéficiaires de la mondialisation. Les derniers discours de Valls, relayés par le patronat, allaient dans ce sens. Mais il est bien tard tout de même…
EDWARD SAÏD, L’ISLAM DANS LES MEDIAS.
Les éditions Sinbad ont publié une étude d’Edward Saïd parue en 1997, fort heureusement actualisée quelques mois avant sa mort. Or de 97 à nos jours, force lui aura été de constater que le regard porté par les médias sur l’Islam a gagné en manichéisme brutal, en hostilité et en bêtise. Au point que l’Islam incarne aujourd’hui la menace suprême, la seule –un vrai complot contre l’humanité. Le sondage publié par le Figaro mercredi 24 septembre 2014 en témoigne largement (un complot pour l'occasion, en vrai, contre la communauté française musulmane), suivi de son article partisan intitulé «L’image de l’islam se détériore fortement en France»... Et de la question hallucinante posée en toute bonne conscience : "estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ?"... Et j'en passe, d'aussi insultantes, terrifiantes, attentatoires à l'idée nationale même...
Qu’y a-t-il donc derrière une telle unanimité ? Qu’y a-t-il donc derrière cette insistance à souligner le caractère menaçant de la foi, de la culture, des populations musulmanes, sinon un fol aveuglement qui nous détourne de réaliser que les Etats-Unis bombardent, envahissent, occupent les pays musulmans et n’ont cessé d’être en guerre, depuis la Libération, contre les Peuples du monde pour asseoir leur domination ! Comprendre Fanon, Michael Azu
« Oui à la vie. Oui à l’homme. Oui à la générosité »… Franz Fanon, Peau noire, masques blancs… Quand l’austérité tue, David Stuckler, Sanjay Basu
Deux chercheurs se penchent sur l’impact de l’austérité sur la santé publique. Tout en réfléchissant aux vrais buts de cette austérité programmée presque partout en Europe, dernier bastion de l’intégrisme néolibéral. Et bien évidemment, ce qu’ils découvrent c’est que l’austérité n’a aucun fondement économique rationnel : elle n’est qu’une décision politique visant à enfermer les nations dans la soumission de la pauvreté matérielle, sociale et morale. Le vrai visage de cette austérité déploie dans leurs travaux toute son horreur : elle ne crée à court terme que des morts, qui ne risquent pas de générer de la richesse à long terme… Le coût humain de toute économie, voilà la grande question jamais abordée, y compris par les socialistes de pouvoir. Forts d’une dizaine d’années d’études et d’analyses assidues, nos deux chercheurs montrent au contraire de tout ce qui se dit en France par exemple, que les dépenses sociales et de santé permettent de réduire la Dette en créant de la croissance. Tableaux à l’appui, couvrant des périodes longues de plus d’un siècle, ils montrent que tous les pays qui ont pratiqué des coupes drastiques dans leur budget de santé n’ont fait que connaître un réel déclin sur le long terme. Mais bien sûr, l’enrichissement spectaculaire des plus riches sur le court terme… L’austérité a ainsi toujours eu l’effet inverse de celui escompté ! La dette augmentant au fur et à mesure que ralentit l’économie. «Quand on coupe les filets de sécurité, le choc économique que représente la perte d’un emploi ou d’un logement peut se transformer en crise sanitaire». L’exemple de la Grèce vient à l’appui de cette démonstration, qui s’est enfoncée dans une crise sanitaire sans précédent dans son histoire ! Que signifie être une société dans ces conditions ? Très opportunément, nos deux chercheurs en santé et économie publiques nous rappellent que les choix économiques sont d’abord des choix de vie ou de mort. Et très pertinemment, ils nous rappellent ce que devrait être le devoir d’un bon gouvernement : la protection de ses citoyens. D’autant que la santé, analysent-ils, n’est pas liée aux crises mais aux réponses fournies par les politiques. La richesse d’une Nation, veulent à tout prix oublier nos politiciens, c’est sa population. Pas ses banques. Il faut donc soigner de préférence le corps économique plutôt que le corps financier, tant la santé publique est le bien le plus précieux d’un pays. La France ? Une fiction de la classe politico-médiatique...
La France relève désormais de catégories fictionnelles.
Observez les "grands" médias emboîter le pas à cette fiction sordide. Mesurez leur degré de compromission à leur mouillage dans une pseudo réalité sociale tronquée. Relevez les indices textuels (pour faire savant) de la fictionnalité de cette actualité. Le moins qu’on puisse dire, c’est que si le roman déploie tout une série de stratégies textuelles pour favoriser l'illusion référentielle, la société politico-médiatique en fait autant. Voyez comme elle produit cette fiction, goûtez la merveilleuse manipulation d’une vraie crise dont les conséquences ne portent que sur les plus démunis. Ecoutez Monsieur 20 heures à sa télévision, déversant ses mensonges dans une énonciation impeccable, escamotant les indicateurs qui pourraient faire sens. Que dire de ces bouffées énonciatives, sinon qu’elles jouent crapuleusement de l’effet de réel, mais que dans le même temps, c’est typiquement bâtir une fiction qui n’articule qu’un récit vandale.