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La Dimension du sens que nous sommes

politique

La Nouvelle Droite a enfin son chef...

1 Avril 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

Valls-haineux.jpgFrançois Hollande a donc choisi de séduire son électorat de droite. Un calcul cynique l'a fait pencher pour un dernier virage à droite. Pour achever sans doute de convertir le Parti Socialiste en Nouvelle Droite. Le peuple de Gauche, cet électorat qui lui a fait défaut aux municipales, il s'en fiche. La vraie Gauche est aujourd'hui sans abri. Homeless Left... De renoncements en trahisons, l'élu de cette transformation se nomme Valls, persécuteur des roms, dont la pensée est un désastre moral. Un homme dont le seul souci semble de rabaisser les critères du choix moral français. Rappelez-vous ses invectives contre les roms. Qu’y a-t-il au bout de ce sacrifice de la morale républicaine ? Nous ne le savons pas encore. Sinon que leur point de vue est fort simple : cette pseudo démocratie qui est la nôtre fonctionnera -un temps encore du moins-, de gré ou de force. Moralement irresponsables, les hommes de pouvoir appellent jour après jour de leurs vœux une société divisée, où l’on aurait enfin subordonné la notion de Droit à celle de Devoirs. C’est là le signe. Celui du danger qui nous menace, celui d'une morale qui n’est en réalité qu’un simple arrangement personnel permettant de satisfaire les rationalisations les plus abjectes. Une pseudo morale qui n’éclaire en rien ce qui pourrait nous engager dans un mode de vie à partir duquel affirmer pleinement notre humanité. Au contraire : chacun devra se faire chien pour vivre dans leur République. Jamais la conviction que les désaccords profonds qui traversent nécessairement toute société sur le sens que la vie peut prendre, n’entraînera chez eux, comme il se devrait dans un régime normalement constitué, l’idée qu’il est impératif de veiller aux liens moraux qui peuvent encore nous unir. C’est tout le contraire qui les inspire : ils défont ces liens les uns après les autres. Pour n'ouvrir qu'aux issues les plus tragiques et aux opportunités qui les accompagnent : celles des lois d’exception. Le Droit lui-même ne sera bientôt plus qu’une forme de prescription autoritaire qui disciplinera les conduites individuelles. L'abaissement moral est devenu la condition même de l’exercice du pouvoir.

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Municipales 2014 : La Grande escroquerie

31 Mars 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

hollande.jpgNe tergiversons pas : une escroquerie multiple ! Celle, tout d’abord, de maires qui dans la plupart des cas ne représenteront que 20% de leurs administrés. Faites le compte : 10% des français en âge de voter ne se sont pas inscrits sur les listes électorales, ils étaient 7% en 2012 selon l’INSEE. A ceux-là ajoutez le taux record au seconde tour frayant avec les 37%… Ajoutez enfin la promesse non tenue des socialistes d’accorder le droit de vote aux résidents étrangers et vous aurez le compte d’une démocratie vidée de tout contenu. Escroquerie politique en outre, d’un Parti socialiste incapable de tirer les leçons d’une défaite cuisante. Il fallait écouter hier soir les barons de l’aristocratie rose nous commenter en direct leur débâcle : un simple manque de pédagogie à les entendre ! A peine faudrait-il saupoudrer çà et là quelques euros supplémentaires de pouvoir d’achat… Décidément, aux yeux des socialistes, les français seraient trop bêtes et n’auraient pas compris leurs intentions qui demain fileront leur train coutumier… La surdité de François Hollande confine à l’autisme… Escroquerie d’une victoire sur laquelle l’UMP faisait fond dès hier, éradiquant d’un ciel par trop serein le camouflet reçu il y deux ans… Toute honte bue, le jeu des chaises musicales pouvait reprendre… Escroquerie enfin d’un Front National porté aux nues par la classe politico-médiatique –il n’est que d’analyser le temps de présence à l’antenne pour comprendre quel jeu nous jouent les médias de masse ! Un FN porté en outre au plus haut niveau par nos deux partis de pouvoir, avec l’espoir pour chacun que le réflexe républicain bien émoussé saura le jour J les préserver de sa victoire finale… Le cirque électoral, ad nauseam… Décidément, seule une révolte populaire pourra leur faire entendre raison.

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Hervé Le Bras, l’invention de l’immigré - Colonisation et Invasion…

27 Mars 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

Herve-Le-Bras.jpgL’ouvrage est ancien, écrit en 1992, mais actualisé. Quoi qu’il en soit, il est intéressant à reprendre de bout en bout, tant l’analyse est féconde, et  accablante. Hervé Le Bras s’est fait volontiers historien  de la longue durée pour asseoir son propos, décryptant dans l’épaisseur du temps cette invention d’un terme qui aujourd’hui enferme trois générations de français dans sa circularité, les condamnant à rester des immigrés toute leur vie et à léguer bien malgré eux le vocable infâmant à leurs descendants… Du plus loin qu’on remonte, force est tout d’abord de reconnaître que l’hexagone fut en tout premier lieu une terre de migrations et de peuplements étrangers… A ce titre, nous sommes d’une filiation de migrants… Même si certes, on peut évoquer un enracinement bien réel de populations ayant fait souche dans ce petit arpents de terre… Mais le français de souche, lui, demeure bien introuvable… Et une invention éminemment récente, quand l’INSEE et l’INED se mirent en tête de manipuler les statistiques pour donner raison au Front National en réarticulant le concept d’immigré dans les années 1990, définit désormais comme personne née étrangère à l’étranger, faisant fi des naturalisations : nul ne pouvant changer ni son lieu de naissance, ni sa nationalité de naissance. Mais passons, nous reviendrons sur ces manipulations que Hervé Le Bras dénonce avec vigueur et intelligence.

Le XIXème siècle colonisateur nous retiendra tout particulièrement aujourd’hui. Hervé Le Bras a étudié dans le détail les discours qui se faisaient jour alors : il ne s’agissait pas seulement de conquérir des terres et des peuples, mais littéralement, d’inséminer ces peuples, de les «blanchir». Et pour ce faire, on encourageait les français  à se répandre dans le lit des "indigènes"… Il s’agissait d’une part de revivifier le pays par l’excitation coloniale ainsi qu’on l’écrivait textuellement à l’époque, et, bénéfice secondaire, de repeupler leur monde : de métissage en métissage, allez, on finirait bien par avoir raison de leur couleur de peau… L’émigration coloniale française était même devenue l’expression de la puissance, sinon de la virilité du pays... mais quand ces anciens pays sous domination française se libérèrent, il y eut d’un coup comme une lueur d’angoisse qui traversa le monde intellectuel français. Le monde intellectuel ai-je bien écrit. Pas les populations. Car il en a fallu des efforts, pour convertir ces populations au racisme d’Etat ! Contraintes d’abandonner leurs colonies donc, ces élites finirent par prêter à leurs habitants leurs propres intentions de conquête raciale…  «Preuves» à l’appui, démographes et politiques calculèrent et recalculèrent, cherchant le bon vocabulaire pour faire passer leurs thèses odieuses : nous allions être submergés… Ils puisèrent dans le vocabulaire hydrologique leurs métaphores : elles parleraient sûrement au peuple… Ils racontèrent donc des histoires de flux, de déversement, en attendant que le langage des biologistes ne leur prête main-forte et que ce langage déjà exécrable ne glisse vers la microbiologie de l’idéologie nazie…  Il allait être impossible d’endiguer ces flux. Le péril jaune menaçait. Auquel bien vite se substitua, puisqu’il n’arrivait décidément pas, le péril musulman. L’Algérie libre, on y puisa d’abord ces travailleurs dont on avait besoin. Certains s’installèrent, qui étaient souvent déjà français au demeurant… Très vite, le thème des vases communicants permis de cristalliser les phobies racistes de nos élites : c’était mathématique. Leur fécondité était telle, leur économie si fragile, qu’ils ne pouvaient que «s’écouler» chez «nous». Leur surplus de populations déborderait. C’était mathématique. Mais seule déferla cette logorrhée de nos élites racistes. Avec une permanence incroyable jusque dans les années 2014 ! L’invasion allait être musulmane… On en comptait tant chez nous (sans aucune considération pour la réalité des chiffres), que par glissement la métaphore devint militaire : on parla de cinquième colonne, il ne pouvait se profiler qu’une confrontation entre «eux» et «nous»… Un discours construit sans aucun contact avec la réalité : entre 1980 et 2013, les chiffres permettent d’observer une singulière stabilité de l’émigration en France…  Ainsi, depuis plus de quarante ans, un discours promu par les élites de notre beau pays n’a de cesse de camper sur des tenants odieux, qui ont plus à voir avec les discours sur la fécondité nazie et l’eugénisme qui l’accompagnait, que sur toute construction intellectuelle argumentée en raison. Et aujourd’hui encore, nul ne s’avise dans le champ politique de se pencher sur la complexité des mouvements humains pour ne conserver que les arguments qui correspondent à des dispositifs idéologiques abjects…

 

Hervé Le Bras, l’invention de l’immigré, Editions de l'Aube, 8 mars 2012, 160 pages, 13,20 euros ISBN-13: 978-2815904544.

 

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Municipales 2014 : la confiance est rompue

24 Mars 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

ABSENTIONEt le fait est massif, têtu, clairement décryptable : l'abstention en question est une abstention politique, protestataire, d'électeurs en outre dont le Parti socialiste se croyait propriétaire. Une abstention de colère, d'amertume, de citoyens convaincus d'avoir été trompés par cette Gauche de Pouvoir qui n'en finit pas d'accumuler les trahisons. Victoire de l'abstention, donc. Et du Front National. Dans les bras duquel cette Gauche insupportable nous jette à son tour. Tandis que l'UMP se gausse stupidement de recueillir demain les sièges perdus par son rival. On tient bien, là, la manifestation de la plus évidente illusion du suffrage universel, qui est de masquer la fabrique d’une majorité n’exprimant qu'un jeu de dupes : l'UMPS. Alors le PS pourra bien tenter demain de nous ramener au deuxième tour dans le giron de ce jeu républicain malpropre. Il pourra bien tenter de nous appeler au sacrifice du vote responsable, ou souligner le caractère de proximité d'une élection dont il avait pourtant par avance scellé le sort (trente ans de régime des partis mettant à sac ce fameux caractère de proximité), il ne nous restera que le dégoût d’un geste auquel on a ôté ses vrais fondements politiques. 

 

La confiance est rompue. Celle qu'évoquait le sociologue Georg Simmel, aux yeux duquel cette confiance collective était "l’une des forces de synthèse les plus importantes au sein de la société", l'un des fondements de l’organisation sociale. Nous ne cessons au contraire d'apprendre jour après jour la défiance. Envers les politiques, envers les médias, envers le législateur, envers la science, l'éducation, la santé, etc. Comment un tel gouvernement, sourd au désarroi des citoyens, pourrrait encore prétendre remplir sa mission ? Comment même pourrions-nous encore avoir confiance dans cette pseudo-démocratie qu'il tente de nous refiler en douce et qui n'est créatrice que de méfiance ? D'autant qu'à l'horizon ne se profile pour méthode qu'un insultant remaniement ministériel annoncé depuis six mois déjà... Comment Hollande ne peut-il pas voir que la confiance ne peut être que le fruit d'un processus historique et politique global, plutôt que celui d'un replâtrage démagogique ?

 

La confiance est rompue. Clairement. C'est tout le fonctionnement du système qui est remis en cause. Et non de simples personnes. Comment refuser d'en prendre acte, comment ne pas réaliser que la demande de confiance s'est muée cette fois en exigence, en intelligence d'une société civile qui a compris que les mécanismes sociaux de confiance supposaient un encadrement juridique de cette souveraineté dont l'Etat abuse ? L'Histoire nous a montré qu'il fallait nous méfier de l'Etat. Chaque échéance électorale ne dit rien d'autre que cette méfiance. Mais tant qu'au PS succèdera l'UMP, et inversement, il semble que la surdité politique demeurera la règle... La défiance est collective désormais. C'est tout un climat de protestation qui s'affirme. Qui ne tend pas encore à se muer en décision politique, encore que : le Front national s'enracine, s'affirmant de plus en plus comme la dernière solution de ce funeste paysage politique dessiné par une UMPS forcenée. La confiance est rompue. Mais en favorisant cette rupture, le PS n'a fait qu'ouvrir les vannes à un horizon pire encore, celui du Front National prodigué désormais comme une routine, comme la sémantique frauduleuse de victimes qui parleraient aux victimes... La confiance est rompue, mais il nous faut dessiner de nouvelles solutions politiques sous peine de voir ce dernier virage à droite nous prendre de cours.

      

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L’ELECTION ININTERROMPUE : CE QU’IL RESTE DE LA DEMOCRATIE…

23 Mars 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

elections.jpgQuand Napoléon III décida d’assassiner la République, il proclama le suffrage universel. Quand Bismarck voulut garantir la victoire des libéraux prussiens, il proclama le suffrage universel. Dans les deux cas, l’octroi du suffrage universel scella le triomphe du despotisme.

On tient bien, là, la manifestation de la plus évidente illusion du suffrage universel, qui est de masquer la fabrique d’une majorité n’exprimant qu’un jeu de dupes féroce. Des leçons de Napoléon III et de Bismarck, il nous faudrait admettre que le cirque électoral ne vise rien d’autre que la confiscation du pouvoir. Un cirque qui fait vivre aux citoyens, démocrates épuisés, la prostration de l’illusion démocratique. Car nous vivons bel et bien les temps du pouvoir confisqué. Voyez les cinq années de présidence Sarkozy. Son règne d’arbitraire. Rappelez-vous l’une de ses premières décisions, très symbolique, face au referendum de 2005, biffé d’un trait de plume. Les français avaient mal voté ! Voter était brusquement devenu un acte sans fondement politique. Et quand on y regarde de plus près, ce que l’on constate en étudiant par exemple la question de la légitimité du pouvoir aux Etats-Unis, c’est qu’un Bush n’aura de fait été élu que par 25% des électeurs américains. La lutte des pouvoirs politiques contre la démocratie passe aujourd’hui par la tyrannie des majorités fabriquées et le dégoût d’un geste auquel on a ôté ses vrais fondements politiques.

La comédie des consultations démocratiques se double bien trop souvent de la comédie des promesses que l’on ne tient jamais. Doublées elles-mêmes de la comédie des engagements politiques – comme la comédie de la lutte contre le chômage, ou la comédie des réformes de l’Etat qui n’est l’expression que de son cynisme éhonté. Le tout relayé servilement par un défunt contre-pouvoir qui a cessé depuis belle lurette de jouer son rôle dans la société : les médias, la démagogie elle-même a baissé de niveau !

Le vote n’est plus une délégation de pouvoir mais l’abdication rabâchée, affirme Jean Salem dans son ouvrage. L’exacte traduction de notre misère civique, le modèle occidental de la corruption politique et de la domination des masses. Et l’élection ininterrompue est l’instrument de cette domination. Qui nous maintient dans l’illusion d’une démocratie fétiche où le processus électoral suspend plus efficacement les libertés politiques qu’aucun autre.

Quant au changement, ce slogan vide de tout sens de François Hollande, il sent à satiété une République qui fleure la péremption. A commencer par cet ordre politique électoral qui n'a cessé de s’affirmer contre l’ordre social. A commencer par la dénonciation de cette fumeuse pacification des mœurs politiques que l’on nous sert comme une nécessité faisant force de loi et qui ne fait qu’affirmer sa toute puissance sur les citoyens d'une République sans nation. Alors bien sûr, on nous dira que les municipales sont un vote de proximité. Vraiment ? Ne s'agit-il pas là encore d'élire de petits hobereaux qui sitôt au pouvoir sauront le confisquer avec conviction ? Je ne vois pas, sinon dans les communes les plus modestes, qu'il y ait dans les villes de quelque importance de vraies démocraties en place là encore. On y apprend au contraire bien vite l'art de conserver le pouvoir, loin des citoyens que l'on tient à distance de lambris pitoyables la plupart du temps.

 

Elections piège à cons –que reste-t-il de la démocratie, de Jean Salem, Flammarion, février 2012, 120 pages, 7 euros, ean : 978-2081248793.

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Le XXème siècle de Michel Rocard

7 Mars 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

rocard.jpgMoins un regard sur le XXème siècle au demeurant que le bilan d’un social-démocrate converti de bonne heure au libéralisme social. Son regard sur le XXème siècle se borne à quelques considérations il est vrai pertinentes, sur un siècle de «méchanceté» où la volonté de tuer aura surtout été le fait d’une intelligentsia cultivant avec un rare zèle l’art d’exterminer en masse, de Auschwitz à Hiroshima. Ou bien ces remarques d’un homme né en 1930, qui aura connu l’ère de la traction animale et vu s‘éteindre six mille ans d’histoire, que symbolisait alors le laboureur armant toujours dans les campagnes françaises sa charrue d’un soc romain.

 

Pour le reste, c’est de ce grand virage à droite dont nous parle Michel Rocard. Un grand virage dont il aura été l’artisan résolu, et ce dès la création du PSU et malgré les malentendus qui entourèrent cette création : classé à l’extrême gauche de l’échiquier politique français parce qu’il s’opposait à la Guerre d’Algérie, le PSU n’était en fait qu’un parti de scission, qui tentait d’actualiser les thèses socialistes des années 46 pour convertir les socialistes aux lois du Marché. La confusion, certes, lui permit de grossir très vite ses rangs en recrutant principalement des chrétiens de gauche dont les exigences sociales poussaient constamment les cadres du Parti plus à gauche qu’ils ne le souhaitaient. Car en réalité ces cadres étaient plutôt, à l’instar de Rocard lui-même, proches d’un idéologue américain comme James Burnham, lui-même artisan de la conspiration mise en place par les américains au sortir de la guerre de 39-45 pour convertir l’Europe au libéralisme. Reste qu’à décrypter pareille confusion, Rocard passionne de si bien dessiner le paysage politique français depuis une bonne cinquantaine d’années, à travers par exemple les relations qu’il entretint avec François Mitterrand, si méfiant à son égard, converti bientôt lui aussi aux pseudos contraintes du Marché. On retiendra du portrait de Mitterrand qu’il nous dresse la juste compréhension de son jacobinisme : cette volonté de tout ramener au politique et à la décision parlementaire et gouvernementale, sans jamais croire au dialogue social. Nous en sommes toujours là avec Hollande, malgré les travestissements qu’il déploie. Aux yeux de Mitterrand nous dit Rocard, le dialogue social n’avait pas de sens. Seul le champ parlementaire comptait. Calculs, tactiques politiciennes, on connaît ces dérives qui nous ont tant coûté, provoquant aujourd’hui le déficit démocratique que l’on sait. Dans ce passage à droite, Rocard aura tenté, affirme-t-il, de maintenir quelque chose de cette longue tradition chrétienne de gauche échouée désormais, soucieuse du dialogue social, de légalité républicaine et des institutions de la République, les meilleurs outils de gouvernance à son sens, qui ont fait de Matignon un vrai centre de pouvoir et d’organisation de la vie nationale, et dont il loue les vertus malgré les dérives que ces mêmes institutions autorisent. On découvre du reste un Rocard peu critique de la présidence Sarkozy, et in fine très attaché à cette Vème défaillante, crispée, arrogante et autoritaire qu’il ne songe pas à réformer. De son regard sur le monde d’aujourd’hui, une idée forte transparaît, celle de l’issue «verte» pour seule dynamique mondiale. Notre monde, Rocard le voit engagé dans une course contre la montre tant les menaces, principalement écologiques, se sont accumulées, imprévisibles, irréversibles, fomentant partout leur effet de seuil. Aucune nation ne pouvant par essence apporter de réponse, la vraie idée forte de cet entretien c’est au fond le sentiment que seule une gouvernance mondiale pourrait nous sauver et qu’il nous faut en conséquence dépasser le cadre des souverainetés nationales. Loin des identités chétives, ouvrir en grand un débat neuf sur le sens du devenir humain. Et c’est très intelligemment qu’il propose qu’au fond ce soit le levier sécuritaire qu’il nous faille travailler pour y parvenir, celui-là même qui partout dans le monde est en train de refermer son orbe funeste. Sécurité climatique, financière, alimentaire, identitaire, nous avons besoin de construire en effet les instruments qui permettront aux hommes de vivre demain, sous peine de voir s’éteindre, tout simplement, toute vie sur la planète.

MICHEL ROCARD, Une Histoire du XXème sicèle, entretiens avec claude imbert, FREMEAUX & ASSOCIES, PRODUCTION : CLAUDE COLOMBINI FRÉMEAUX , ÉDITORIALISATION : LOLA CAUL-FUTY , Nombre de CD : 4, isbn : 3448960543125.

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La Brutalisation du monde. T. K. Lecinsky, Democracy and Conspiracy

3 Mars 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

Financiarisation.jpgThelonious K. Lecinsky observait, dans son essai Democracy and Conspiracy , publié en 2010, que les démocraties occidentales, au fond, loin de combattre la mafia, la laissait au contraire croître, car les flux d’argent que le crime organisé reversait dans les secteurs clefs de l’économie libérale (banques, pétrole, armement, immobilier) permettaient à cette économie de survivre à ses crises. L’accumulation du capital mafieux trouvait ainsi, à ses yeux, sa justification dans ces systèmes complexes que ces démocraties avaient mis en place, de confiscation du pouvoir populaire par l’intermédiaire du droit législatif et procédural. De la poudre aux yeux que ce droit législatif, destinée à camoufler le vrai horizon de la logique néo-libérale, qui est la seule accumulation de Capital. Une accumulation qui a changé de nature ces dernières années. De vitesse plutôt, car dès la fin des Trente Glorieuses, le Capital sonnait déjà le glas des sociétés civiles. L’accumulation avait été telle, qu’il ne trouvait plus de lieux où s’investir : la société n’était pas assez riche, investir dans la santé, l’industrie ou les services ne pouvait suffire à résorber l’immense richesse dégagée. Alors l’argent des riches trouva d’autres lieux où garantir sa croissance démesurée. Avec pour la France, par exemple, la complicité des socialistes dans les années 80, qui furent les premiers à «libérer» les marchés financiers pour permettre aux banques d’inventer les formes arithmétiques de gains colossaux. Les groupes de pression s’organisèrent, lobbies multiples, intellectuels, politiques, économiques, qui ne visaient qu’à aider le Capital à concentrer ses intérêts sur le court terme, au mépris du développement du Bien Commun. Des flux de richesses colossales furent ainsi détournés de la société réelle vers le secteur financier, provoquant l’appauvrissement généralisé des économies -et de la citoyenneté, ne l’oublions jamais. Des milliers de milliards de dollars envolés, désertant brusquement le commerce et l’industrie, la financiarisation de l’économie leur faisant prendre le chemin de la spéculation financière et du vol des richesses naturelles du monde (aujourd’hui, le grand jeu est celui du rachat des terres cultivables à des fins de spéculation). Plutôt que la mondialisation, cet immense élan de destruction massive des économies mondiales conduisit d’abord à la désindustrialisation du monde occidental. Une désindustrialisation qui achevait en outre le grand rêve revanchard des capitalistes : écraser enfin, liquider les classes laborieuses, coupables désormais de s’accrocher aux piètres protections sociales qu’elles avaient gagnées… Les villes elles-mêmes durent se plier à leurs nouvelles exigences de gentrification. Les quartiers de la classe ouvrière furent transformés en ghettos, tandis qu’une élite sans foi ni loi développait ses produits financiers, dérivés de dérivés de dérivés de la vraie richesse. L’industrie financière était née, où l’argent se reproduisait comme par miracle. Des générations d'économistes et de politiciens nous ont enseigné depuis plus de trente ans que ce modèle, seul, devait nous sauver. Un modèle mathématique élégant, qui n’a cessé depuis de ruiner nos vies. Mais un modèle dont les conséquences politiques ont été considérables et qui s’est traduit par une démocratie entièrement vidée de son sens.

 

 

Thelonious K. Lecinsky, Democracy and Conspiracy, Samanthowatan University Press, 2010

 

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La République contre la Démocratie, David Graeber

4 Février 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

graeber.jpgLa Démocratie à la marge… Notre site politique. Aux marges, simplement, démagogiquement, piètrement...
Anthropologue, David Graeber fait ici travail d’historien des idées, traquant le concept de démocratie tel que promu dans les sociétés prétendument avancées, pour en révéler les origines, depuis son émergence dans le monde grec, qui en serait selon nous l’inventeur. Mais quand donc le mot est-il apparu lui-même en France par exemple ? Quand est-il devenu un concept politique, sinon politicien ? Nous ne voulons plus trop le savoir en fait, nous qui voulons le prendre pour argent comptant, y croire dans cette belle foi de l’innocence trompée.
Quand fut-il donc promu ? Au XIXème siècle très précisément, à l’heure où, sous la poussée des revendications populaires d’une plus grande justice sociale, les élites au Pouvoir, en Angleterre et en France, se virent contraintes d’élargir le droit de vote à ces couches qu’elles méprisaient tant. Un double mouvement s’opéra : les masses s’étaient emparées du terme ; s’accrochant à leurs basques, les élites, pour séduire ce nouvel électorat qui menaçait leur hégémonie, reprirent à leur compte le concept -non l'idée. 1820, 1830 donc, pour la France. Les socialistes français, chez nous, furent les premiers à comprendre l’intérêt qu’ils allaient pouvoir faire de l’usage de ce mot auréolé dans la bouche des manants de toutes leurs espérances d'une vie meilleure. Il y avait danger. Les élites se mirent à relire à toute vitesse la démocratie athénienne pour en faire le creuset d’un concept avec lequel elles n’étaient pas familières et avec lequel elles avaient beaucoup de mal : jusque-là en effet, la démocratie athénienne était perçue comme un vrai cauchemar grand ouvert aux désordre les plus sanglants. Le mot lui-même avait fini par s’entendre comme le spectre de tout ce qui pouvait menacer l’ordre bourgeois résolument opposé aux troubles que les masses livrées à elles-mêmes ne cessaient de générer. La démocratie, c’était l’anarchie, le tumulte des trognes avinées mettant à feu et à sang le pays, toujours prêtes à se jeter dans les bras du premier tyran venu. Or justement, le modèle athénien, c’était tout sauf de la démocratie. Les élites s’employèrent donc à le promouvoir. Masquant le fait que dans la fameuse Agora l’on délibérait les armes à la main. Cachant le caractère inégalitaire, misogyne, esclavagiste de cette prétendue démocratie. Taisant sa mise en œuvre qui supposait de réduire les poches d’opposition par le fer et nécessitant l’institution d'un Etat comme appareil coercitif autorisant le triomphe des vainqueurs sur les vaincus. Et quel triomphe… Démo-Kratos… Kratos, du grec ancien, qui ne cesse d’exhiber sa force dans la violence toujours sous-jacente aux conditions de possibilité de clôture du débat. Non la délibération en vue d'un consensus, mais l’imposition du régime majoritaire par la force des armes… Il y avait de quoi séduire, en effet. Le scrutin majoritaire fit le reste, qui ne cessa d’engranger les frustrations et les humiliations. Soumettre la minorité à la majorité. Soumettre ! Une démokratie de coercition. L’opportunisme des élites intellectuelles, pressées par l’élargissement de l’électorat (masculin), déploya sans compter son zèle pour promouvoir cette belle idée d’une démocratie sans démocratie. La République française devint démocratique. Cela collait parfaitement avec l’inspiration romaine de cette République dont les Consitutions n’ont cessé d’être calquées cette fois sur le modèle de la Constitution Mixte de la Rome Antique, organisant le Pouvoir Politique autour de deux classes "responsables" : la Monarchie et l’Aristocratie, pour tenir à distance le Tiers-Etat "irresponsable", une philosophie qui est, aujourd’hui encore, le principe même sur lequel se fonde notre vie politique. Rien d’étonnant alors à ce que très vite, dans les années 1830, la Droite emboita le pas aux socialistes pour promouvoir ce nouvel instrument de Domination, ce concept de démocratie vidé de toute substance démocratique. Il permettait à nouveaux frais de maintenir intactes les valeurs coercitives de leur République. A un point tel que l’on pouvait sans honte n’avoir que ce mot à la bouche et dans le même temps, se lancer à l’assaut des peuples du monde sans la moindre vergogne –là, le concept de civilisation fit le reste, suspendant l’idéal démocratique sans que personne n’y trouva à redire. Car au moment même où ces élites se disaient démocratiques, elles finançaient les pires dictateurs et posaient sur leur trône d’effroi des roitelets sanguinaires. Nous vivons aujourd’hui encore l'énorme supercherie d’une République dont le vrai ennemi est la démocratie, non les dérives oligarchiques totalitaires qui ne sont à tout prendre que l’ultime raison d'être de l’existence des Républiques occidentales.
La Démocratie aux marges, David Graeber, éditions BORD DE L'EAU, 15 janvier 2014, coll. La bibliothèque du MAUSS, 12 euros, ISBN-13: 978-2356872968
 
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Le Parlement des Invisibles, Pierre Rosanvallon

21 Janvier 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

rosanvallon-invisibles.jpgDes déchirements décisifs sont en train de se produire dans la société française. Valls, après Sarko, y travaille sérieusement, tout comme Hollande, et les uns et les autres nous conduisent au point de rupture, pariant cette fois encore sur la poussée du FN pour éviter le spectre de leur chute commune. Je parle de l’UMPS, cette formule si détestable mise au point par le FN et qui finit par refléter la réalité de notre situation politique. Pour Rosanvallon donc, le symptôme, c’est la poussée du FN dans l’électorat français.  Admettons, sans omettre toutefois de noter au passage qu’il ne condamne en rien la droitisation des partis de gouvernement. Le remède qu’il nous propose est plus trouble.  Le pays ne se sentirait pas écouter, écrit-il. A tout le moins… Il y a un gap cependant, entre l’expression d’un sentiment et la réalité d’une Nation pas écoutée du tout. Et cette réalité est nôtre, cher Rosanvallon. Le pays, en outre, ne se sentirait pas représenté. Et là encore, force est de relever cette distance prise par l’historien avec une réalité qu’il se refuse à analyser : car en vérité, le pays comme il dit n’est pas représenté. C’est bien là que le bât blesse… La situation serait donc alarmante. A tout le moins, nous serons d’accord sur ce point. Pour y remédier, Rosanvallon propose une… collection de livres… édités au Seuil, une maison d’édition non pas militante mais commerciale, et plus ou moins sous sa houlette… Une collection qui donnerait enfin corps aux «voix des invisibles», à cette complexité, à cette diversité que la France est devenue. Une collection qui, à elle seule ou peu s’en faut, parviendrait à redonner un souffle de vie à la notion de «peuple», celle-là même dont il avait naguère fait l’objet de son livre : Le Peuple introuvable. misere-bourdieu.jpgRosanvallon aurait-il donc fini par le dénicher ? Rassurez-vous : non. Il n’a trouvé qu’une niche éditoriale avec cette collection posée péremptoirement comme ambitieuse. Sans dire un mot sur le processus des choix éditoriaux. Sinon qu’elle serait très vaguement appelée à donner la parole aux invisibles et que cette simple prise de parole (est-on en 68 ?) suffirait à redonner de la vigueur à la démocratie française… Car la fonction de cette collection serait de construire une sorte de «Parlement» des invisibles… Quelle formule ! Un «parlement», mais pas un mot sur la Constitution de la Vème République, taillée pour assurer à une oligarchie sa dérive bien cordiale… Pas un mot non plus sur le pouvoir politico-médiatique tel qu’il s’est affirmé aujourd’hui. Certes, ce n’est pas une mauvaise chose que de vouloir libérer un peu cette parole des oubliés. Oui, il y a bel et bien une coupure entre le pays légal et le pays réel, comme l’écrit Rosanvallon, faisant curieusement référence à la phraséologie des années 30, si noires, si fascisantes. Certes encore, il y a bien une critique de l’électoralisme qui réduit la démocratie à une fiction et confond majorité de principe et majorité sociale. Mais le doute nous prend lorsque de nouveau Rosanvallon, qui se refuse à pousser trop loin sa critique politique de la société française, nous ressert son vieux plat réchauffé du Peuple introuvable, en le travestissant cette fois sous les allures d’une société qui serait devenue « illisible »… Et là encore, pas un mot sur la fabrique politico-médiatique de cette illisibilité. C’est que Rosanvallon tient à sa nouvelle marotte : puisque la société est illisible, il faut la rendre dicible et lui la rendra dicible. Certes, il y a quelque logique derrière tout cela : avant de fonder une nouvelle narration capable de rendre compte de ce que la société française est devenue, il faut l’entendre cette société. Mais qui prétend être en position non seulement de l’entendre, mais d’en rassembler le dire ? Il faut «ouvrir» la parole, affirme Rosanvallon. Mais… Est-il donc sourd à ces paroles qui fusent déjà de toute part ? On le dirait bien… Au fond, la seule chose qui semble compter à ses yeux est de pouvoir placer la bonne formule du jour : il faut aller vers une «démocratie narrative»… La belle affaire… Les socialistes de pouvoir n’ont cessé, avant les élections, de nous rebattre les oreilles avec leur formule pas moins mystifiante de «démocratie participative ». Une expression vide de sens politique dans les faits. Une formule démagogique destinée à confisquer le pouvoir souverain. Sans doute, l’initiative d’une telle collection n’est-elle pas à jeter, toute, aux orties. Il y a, il y aura des textes intéressants publiés dans cette collection. misereVG.jpgVraisemblablement. Et après ? Imagine-t-on Rosanvallon parcourir la France en quête de paroles ? D’autant qu’il campe sur des présupposés on ne peut plus contestables, comme celui de l’individualisme constitutif de la société contemporaine, calqué sur les formes qu’il a prises dans l’univers post-bobo des élites françaises... Son chapitre sur la question du travail, de la production et de la transformation de la classe ouvrière en témoigne, qui vaut son pesant de cacahuètes, Rosanvallon semblant oublier la précarisation et la paupérisation effroyables qui sévissent aujourd’hui en France. N’écrit pas La Misère du monde qui veut en quelque sorte… Son parlement des invisibles, tout de même, est sans doute à prendre comme un symptôme de plus que notre société craque de toute part et se cherche une voie politique nouvelle. Et là où finalement Rosanvallon la résume à des susceptibilités qu’il faudrait écouter sans rien changer aux institutions politiques de cette vieille machine à défaire la démocratie, il faudrait ancrer une vraie révolution, notre seule issue quand on y songe.
 
 
Le Parlement des Invisibles, Pierre Rosanvallon, édition Raconter la vie, seuil, collection Non Fiction, 2 janvier 2014, 68 pages, 5,90 euros, ISBN-13: 978-2370210166.
 
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Pour une planète équitable, Marie Duru-Bellet

17 Janvier 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

durable.jpgIl y a urgence. Tout le monde s’accorde sur ce point. Mais urgence pour une justice globale en fait. Et c’est bien là le problème : jusque-là les discours se centraient sur l’urgence écologique. Le réchauffement climatique. L’approche, systématiquement, évitait soigneusement d’élucider les liens que les inégalités sociales pouvaient entretenir avec cette urgence purement –on le prétendait- écologique. C’était à peine si l’on consentait à affirmer que l’empreinte écologique des pays riches était abusivement élevée. La Chine ouvrait le bal de la déculpabilisation, les nations pauvres polluaient décidément bien davantage et l’avenir qu’elles nous dessinaient paraissait bien sombre. Mais nul n’avait songé à étudier le lien qui existait entre les inégalités sociales et l’écologie, nul n’avait étudié vraiment l’impact non pas des pays riches, mais des riches sur les conditions de vie des pauvres et par ricochet sur leur empreinte écologique. Etude délicate à mener, tant les données qu’il faut prendre en compte sont nombreuses et peu aisées à spécifier. Que prendre en compte ? Que comparer ? Qui comparer ? On pouvait certes et depuis belle lurette, comparer les ressources disponibles : santé, éducation, voire dans le détail, la consommation d’eau par exemple. Mais cela revenait toujours à mettre dans le même sac des pays riches toutes les populations concernées. Voilà donc une synthèse intéressante qui nous est offerte, détaillant les conditions de mesures de ce lien entre les inégalités sociales et l’urgence écologique. Comme toutes les études actuelles qui portent sur les inégalités, les conclusions ne surprendront pas : force est tout d’abord de constater qu’elles sont aujourd’hui, et au niveau mondial, plus importantes qu’elles ne l’ont jamais été. Les écarts entre les pays s’accroissent et au sein de ces pays, entre les riches et les pauvres. Ces écarts donnent même le vertige sur l’état réel de l’humanité à la surface de la planète. Avec en supplément cette constatation de taille que la cause du décrochement des pays pauvres est provoquée par… la mondialisation. La dégradation des termes de l’échange est de ce point de vue terrible : ce qu’on observe, c’est la baisse continue des prix des produits exportés par les pays du Sud, baisse qui ne profite en rien aux pauvres des pays du Nord : les denrées agricoles, par le biais de spéculations criminelles, ne cessant de voir leur prix augmenter… Les pauvres des pays les plus pauvres paient la facture. Tout comme à l’intérieur des pays les plus riches, les classes moyennes et pauvres paient la facture. riches.jpgLa FAO souligne du reste depuis de nombreuses années maintenant que les pays africains en particulier ont été appauvris par cette mondialisation. Et lorsqu’on regarde de près comment les choses se passent, on est bien obligé d’avouer que le marché n’a de libre que le discours. La libre concurrence n’est qu’une rhétorique commode pour nous faire passer la pilule de notre paupérisation forcenée. Les règles de fonctionnement du marché dit libre sont en réalité fabriquées par les états occidentaux pour satisfaire l’appétit de quelques multinationales goinfrées de bénéfices. De l’aveu même de la Banque Mondiale, les marchés financiers entraînent désormais une volatilité des capitaux qui saigne littéralement les économies des pays pauvres. Aux yeux de la même institution, la politique du FMI (merci à leurs dirigeants français qui ont su maintenir un cap pareillement criminel), empêche l’essor de l’emploi dans ces mêmes pays. Seule crainte des puissants : le péril inégalitaire qui se profile à un horizon plus proche encore que le péril écologique… La mondialisation n’a fait qu’attiser l’exaspération des pauvres. Une étude menée récemment par la Banque Mondiale s’en inquiète : ces pauvres en question sont désormais conscients de la réalité de ces inégalités. Et la première réponse que cette étude révèle est celle du désir d’émigrer. 50% des habitants des pays du Sud le souhaiteraient, conscients qu’ils sont que naître chez eux est voir le jour dans une prison… On comprend mieux alors pourquoi les discours sur l’immigrations se sont tendus dans la bouche de nos politiques. Pour le reste, la Banque Mondiale s’inquiète aussi de voir ces inégalités provoquer des révoltes et le développement d’économies parallèles, fortement mafieuses. Plus réjouissant : une étude de 2003 affirme explicitement que ces inégalités sont un frein à l’efficacité globale du capitalisme (rapport Banque Mondiale 2003). Et qu’en outre, la croissance n’y changerait rien : elle ne profite qu’aux riches… D’autres institutions mettent elles en avant le lien qui existe entre ces inégalités et l’empreinte écologique, nous obligeant à nous poser enfin la question des droits face aux ressources globales de la planète, en particulier face aux cataclysmes qui se profilent inévitablement : quel niveau de protection pour les peuples démunis qui devront demain affronter de nouveaux tsunamis ? A leurs yeux, le seul moyen d’avancer sereinement passe par la… décroissance des riches. Nous disposons aujourd’hui de la possibilité matérielle d’éradiquer la misère et la pauvreté concluent nombre d’experts. Seule fait défaut la volonté politique de le faire.
Pour une planète équitable : L'urgence d'une justice globale, Marie Duru-Bellet, Seuil, 2 janvier 2014, Collection : La république des idées, 100 pages, 11,80 euros, ISBN-13: 978-2021158854.
 
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