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La Dimension du sens que nous sommes

politique

Un état commun entre le Jourdain et la mer, Eric Hazan, Eyal Sivan

19 Novembre 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

sivan.jpgFrançois Hollande a donc lui aussi rallié la cause mille fois entendue de deux états pour la Palestine… La cause de la partition, donc, celle dont on nous rebat les oreilles depuis des siècles (c’est une métaphore aujourd’hui, bientôt une réalité) et qui, sous couvert de négociations en cours, justifie le maintien d’une situation littéralement invivable. Eric Hazan et Eyal Sivan militent, eux, pour un état commun. Pour le partage plutôt que la partition. A première vue, il y a de quoi surprendre. L’idée de partition est tellement ancienne, tellement ancrée dans les esprits, pensez : elle remonte à l’année 1937 et au rapport de la commission Peel. Après les révoltes arabes, on pensait que les deux peuples ne pourraient d’aucune façon s’entendre jamais. Mais ces deux états promis dès 1937 n’existent toujours pas. Pourquoi ? Parce que, expliquent Hazan et Sivan, il ne s’agit que d’un «discours de guerre drapé dans une rhétorique de paix». Personne n’en veut. A commencer par les Occidentaux. Qui veulent au contraire perpétrer ce provisoire qui laisse les coudées franches à Israël. Et Hazan et Sivan d’énumérer les raisons de cette volonté, à commencer, en effet et quoiqu’en dise François Hollande, par celle qui consiste à rendre l’annexion des territoires acceptable, à l’usure, tout en gardant l’image d’une nation, Israël, contrainte de se défendre contre une bande de terroristes que le balai diplomatique ne parviendrait pas à soumettre. Ce qui légitime le caractère militaire de l’état d’Israël et les discriminations qui, à l’intérieur de cet état, affectent ses populations arabes. Les litiges quant à eux, qui autorisent des négociations sans fin, ne font qu’entretenir la machine bien huilée du balai diplomatique et couvrent l’état de guerre sans fin qui s’est installé en Palestine. Côté palestinien, Hazan et Sivan observent que cette situation d’un provisoire éternel a généré une bourgeoisie d’affaire corrompue qui ne tient guère à voire ses prérogatives dénoncées, et un statut de VIP internationaux pour les officiels de l’Autorité, qui a fini par suspendre toute démocratie en Palestine. Enfin, la persistance des négociations sauve les apparences pour le reste du monde. On est dans le temps de la négociation. Qu’importe si on y est depuis 70 ans… Israël poursuit sa colonisation, créant de nouveaux litiges qui nécessitent de nouveaux rounds de négociation. L’histoire est sans fin.

Un vrai état palestinien n’est donc plus possible. 1/3 seulement des palestiniens l’habiteraient : les autres sont en exil. En outre les colonies ont littéralement disloquées le territoire palestinien, peuplés de 500 000 colons désormais. Enfin, la circulation des populations et des marchandises dépend exclusivement du bon vouloir israélien. Mais un état juif n’est pas possible non plus, affirment Hazan et Sivan. D’abord parce que du point de vue du droit international, il pose de sérieux problèmes : quid des nationalités non juives au sein de cet état ? Qu’est-ce qu’un état laïc qui distingue nationalité et appartenance religieuse en donnant la priorité à cette appartenance ? 20% de la population israélienne est arabe, mais relève de 4 statuts différents… Dont nombre d’entre eux excluent les arabes, citoyens hébreux, de l’Administration Publique… Quid du renforcement du caractère juif de l’état israélien ? Interdisant par exemple que les populations arabes commémorent leurs propres tragédies. A bien y réfléchir, nos auteurs finissent par conclure qu’au fond, l’état de guerre permanent est le vrai garant de la cohésion nationale. Et qu’une sortie de cet état serait en fin de compte périlleuse pour la société juive d’Israël. Reste la solution d’un état commun. Ni juif, ni musulman. Un vrai laboratoire pour la démocratie mondiale ! Qui balaierait l’argument ethnographique trop souvent déployé, la fin de la souveraineté étatique juive ne signifiant pas la fin de la présence juive dans cette région. Un état commun est possible, nous disent Hazan et Sivan, d’autant que la partition reste source de violence. Mais cela demande de la part de la diplomatie mondiale une maturité politique qu’elle n’a pas.

 

 

Un état commun entre le Jourdain et la mer, Eric Hazan, Eyal Sivan, La Fabrique éditions, coll. La Fabrique, 24 mars 2012, 67 pages, 14 euros, ISBN-13: 978-2358720335.

 

 

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Comment les élites ont fabriqué le "problème" musulman…

18 Novembre 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

cif.jpgL’étude d’Abdellali Haijat et Marwan Mohammed est particulièrement intéressante sur ce sujet. On pense généralement que la montée en puissance de l’islamophobie est liée aux attentats perpétrés par Al Qaïda et/ou l’émergence d’une religiosité musulmane dans les populations immigrées, mais il n’en est rien. A creuser les archives racistes françaises, nos deux chercheurs ont découvert  qu’à l’origine de ce grand mouvement de fond il y avait l’Administration Française. Plus spécifiquemernt : les rangs de la Haute Fonction Publique au sein du Ministère du Travail, qui abritait alors nombre de rapatriés d’Algérie, pleins de ressentiment devant la perte de leur colonie. Dès les années 60, ces fonctionnaires produisirent de nombreux rapports sur la maîtrise des flux migratoires. Leur cible : les populations algériennes. A leurs yeux, les musulmans représentaient un danger pour la norme de l’homogénéité nationale. Le glissement s’opéra ensuite naturellement, du thème de l’immigration au «problème» musulman. Et là, tenez-vous bien, ce n’est pas l’année 89 qui en popularisa l’expression, autour de la première affaire du voile ou des versets sataniques, mais bien avant, l’année 82, dans le contexte des grèves ouvrières dans les usines Citroën. C’est là que prit corps la formule du «problème» musulman. 1982… Les socialistes étaient alors au pouvoir… PSA se chargea de diffuser largement auprès de la presse ces images d’ouvriers «étrangers» faisant leurs prières dans les usines occupées, interprétant le conflit comme une manipulation des musulmans. Selon PSA toujours, dont nos chercheurs ont compulsé les archives, les notes internes de la direction en particulier, il existait désormais en France un «problème» musulman, légitimant l’intervention des  forces de l’ordre et des reconduites aux frontières. Le Ministère du travail, dans le même temps, produisait des notes similaires adressées aux politiques de l’époque. Gaston Deferre vint à la rescousse des patrons de PSA pour dénoncer ces «guerres saintes» dans les usines françaises, et Pierre Mauroy insista sur l’action de musulmans séditieux que la République ne pouvait accepter... Les médias pouvaient dès lors diffuser àl'envi leurs images de musulmans en prière dans les usines occupées : la lutte des classes bradées, la France entrait dans l’ère islamophobe. Dans la foulée, de pseudos savants rallièrent la cause raciste. Bruno Etienne, de Sciences Po, affirma ainsi que les musulmans n’étaient pas intégrables (discours repris aujourd’hui au plus haut sommet de l’Etat à propos des rroms). Voire même, selon ses dires, qu’ils constituaient une menace pour la laïcité. islamophobieLa logique nationale de la stigmatisation des musulmans pouvait se développer à plein. Un genre littéraire apparut : celui du "problème" musulman. Nos chercheurs ont recensé un nombre tout simplement ahurissant de titres en relevant… Enfin l’Islam devint une variable électorale à forte rentabilité, l’islamophobie créée par les élites, largement diffusée par les médias ayant fini par prendre corps dans la société française, révélant aux yeux de tous cette effarante convergence idéologique de nos élites, au point que le "problème" musulman en est devenu l’un des vecteurs d’unification. Jusqu’à peser de tout son poids sur le Droit français, l’orientant peu à peu vers un régime d’exception. Puisque les musulmans devaient faire l’objet d’une discipline particulière, on légiféra en soumettant de plus en plus de situations sociales aux exigences de la nouvelle norme laïque : école, services publics, espaces publics, transports, entreprises privées (premières cibles : les crèches de droit privé)… Le privilège du droit national finit par s’imposer désormais dans le droit français.

 

 

Islamophobie : Comment les élites françaises fabriquent le « problème » musulman, Abdellali Haijat, Marwan Mohammed, Editions La Découverte, coll. Cahiers libres, 26 septembre 2013, 302 pages, 21 euros, ISBN-13: 978-2707176806.

 

 

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Le mirage du gaz de schiste, Thomas Porcher

16 Novembre 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

schistes.jpgLa France a refusé l’exploitation du gaz de schiste. Or elle dispose a priori des plus grandes réserves en Europe. Erreur ? Thomas Porcher passe en revue les raisons, bonnes et mauvaises, de refuser ou au contraire d'en accepter l'exploitation, dans une argumentation serrée, des problèmes de Droit d'abord que ce genre d’exploitation suscitent, le droit minier étant actuellement un droit sans juriste, à la création d’emplois, dont partout dans le monde où de telles exploitations sont en fonction, dont on observe qu’il ne s’agit au mieux que d’emplois précaires, la gestion d’un site, une fois la production en place, n’occupant guère… qu’une personne ! Mais le plus passionnant de l’ouvrage, c’est son volet santé, impact sur l’environnement. A ce jour, deux études seulement existent, l’une émanant de l’université du Colorado, l’autre d’une université canadienne. Deux études qui mettent en avant les dangers tant pour la santé que pour l’environnement, conduites toutes les deux non sans mal, tant les résistances auront été importantes. Il est ainsi impossible d’évaluer exhaustivement tous les impacts de ce genre d’exploitation, faute d’accès aux informations, jamais transmises, ni par les sociétés à qui ont été confiées les exploitations, ni les Etats en charge pourtant de leur évaluation ! Aucune surveillance de la contamination des nappes phréatiques n’a été ainsi mise en place, cette révélation, à elle seule, ayant de quoi effarer. Rien non plus, évidemment, sur les conséquences pour l’agriculture du détournement massif des sources liés à la fameuse technique de fracturation de la roche. Les conclusions de ces études restent cependant inquiétantes : augmentation des cancers, toxicité importante tout au long de la mise en place de l'exploitation et destruction d'emplois dans l'environnement immédiat des mines ouvertes... De quoi y réfléchir en effet à deux fois !

Le mirage du gaz de schiste, Thomas Porcher, Max Milo éditions, 2 mai 2013, coll. Essais document, 64 pages, 4,90 euros, ISBN-13: 978-2315004669.

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QU’EST-CE QU’UN MONDE JUSTE ?

15 Novembre 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

republique.jpgComment concevoir un monde juste ? Surtout à l’heure où les idéologies de la justice semblent avoir fait faillite…

Sans même évoquer ici les doctrines marxistes, voire anarchistes, il existe dans la tradition libérale, dont John Rawls fut le père fondateur, idéologie massivement dominante aujourd’hui jusque dans les rangs des socialistes de pouvoir, une idée selon laquelle la justice entre les citoyens d’une même nation doit être pensée sous la forme du "Maximin soutenable des possibilités".

Qu’entendre par là ? Prenez la liberté de mouvement des capitaux, à laquelle notre classe politique, Droite, Gauche confondues, reste tellement sensible. Le capital est libre de circuler partout ou presque dans le monde. On encourage même ses migrations, dont on nous dit qu’elles nous seront un jour profitables, selon cette bonne vieille théorie du ruissellement d'après laquelle le trop plein des riches finirait par se déverser dans nos bourses... Ou pour le dire autrement, on nous dit que pour réaliser la justice mondiale à long terme, que l'on fait curieusement dériver de l'enrichissement de tous, il faut d'abord accepter cette libre circulation du capital. Au nom de l’efficience économique globale, on nous demande d’accepter les sacrifices "ponctuels" provoqués par ce déplacement du capital, et de l’emploi vers les pays du Sud… Au nom de la justice sociale mondiale, on demande aux travailleurs "riches" de consentir au sacrifice momentané de leur emploi -quelques décennies, une paille dirait-on à les en croire. Cette rigueur apparaît comme la politique la plus juste pour l’humanité, la seule qui lui permette de trouver un souffle nouveau.

Au nom d’un principe prétendument "juste" sur le long terme (et du seul point de vue néo-libéral), celui de l’élévation du niveau de vie de tous (acceptons-en le mensonge provisoirement), on introduit entre les nations un état de concurrence tel qu’il précipite dans la misère des milliards d’individus. De fait, les mouvements des capitaux financiers se traduisent par l’appauvrissement des travailleurs du Nord, non par l’enrichissement des travailleurs du Sud.

Il faudrait pouvoir corriger cela à la marge, affirment les néo-libéraux socialistes. Ajuster. Simplement ajuster… Encadrer les mouvements financiers par une législation qu'on attend toujours, hypocritement puisque tout le monde sait que leur logique intrinsèque est la quête de profits immédiats, qui les empêcherait de porter atteinte à l’environnement économique et social des nations. Mais ce que l’on vérifie, c’est que la seule vertu de la recherche du profit n’entraîne qu’une augmentation des inégalités. Non cette réduction truquée que l'INSEE voudrait nous faire avaler dans son dernier rapport 2013, ayant soigneusement ôté de ses calculs les revenus du patrimoine qui constituent en France l'essentiel de la bascule des inégalités, contrairement aux Etats-Unis où les inégalités des salaires est constitutive de cette bascule... 

Le Maximin que j’évoquais plus haut ne devrait donc pas être calculé comme Maximin soutenable des états ou des firmes —ce qui est le cas aujourd’hui—, mais comme Maximin soutenable des personnes. Car la mobilité anarchique du capital érode la capacité de chaque nation à assurer une répartition équitable à tous ses citoyens. Dans la guerre financière qui est livrée par les banques aux Etats, dont les conséquences sont par exemple la prétendue "nécessité" de baisser le niveau des prestations sociales au nom du principe selon lequel ce qui est prélevé sur le territoire national n’a vocation qu’à servir de force de frappe économique "nationale", on le voit, ce qui est privilégié n’est ni plus ni moins que le consentement à l’extermination des pauvres. L’expression paraîtra excessive, sinon scandaleuse, mais si l’on y réfléchit bien, il ne s’agit de rien d’autre : la privation d’activité économique, qui s’accompagne statistiquement par la mise en danger physiologique des populations concernées, n’est que l’expression d’une politique consciente d’exclusion radicale des populations les plus fragiles, une exclusion qui se traduit par une mort réelle, souvent prématurée, et non le simple effacement de ces populations de la statistique nationale, qui sait mieux qu’aucun autre outil politique les rendre invisibles...

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Islamophobie, le racisme dénié...

14 Novembre 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

islamophobie.jpgUn bilan. Où en est-on, en Europe et en France tout particulièrement, de la lutte contre le racisme anti «musulman» ? L’Education nationale semble avoir donné le ton en la matière, en contradiction avec ses propres principes et le Droit International : elle exclut… Et nos auteurs de révéler le très édifiant exemple de Sirine, chassée de son collège le 4 avril 2013, sans que Vincent Peillon ait trouvé à redire quoi que ce soit, pour avoir porté des vêtements qui apparaissaient vaguement comme des signes religieux ostentatoires : un bandeau et une jupe longue… Au niveau européen, l’étude révèle qu’un musulman sur trois est l’objet de huit incidents discriminatoires chaque année… Depuis 2008, le nombre d’agressions s’est envolé vertigineusement. Le phénomène est en outre «genré», influencé par des rapports sociaux de sexe : les femmes musulmanes ou supposées telles, sont les plus touchées par ces agressions racistes, non parce qu’elle porte le voile, mais parce qu’elles sont supposées "islamistes" : une enquête menée au niveau européen révèle en effet que la multiplication des agressions n’est pas corrélable au port du voile ! Entre 2005 et 2011, les actes d’islamophobie ont été multipliés par 5. 77% des victimes en 2012 étaient des femmes. Les témoignages recueillis des jeunes françaises récemment converties à l’Islam sont sur ce point particulièrement édifiants : toutes se sentent désormais littéralement exclues de "la race blanche"… Regards, mépris, insultes, coups. Les discriminations affectent le vécu quotidien. Comment vivre avec ces expériences quotidiennes ? Dans la plupart des cas, les agressés ne font pas face. Beaucoup trouvent dans leur foi de quoi surmonter cette peste. Mais beaucoup d’autres vivent dans la peur de l’espace public. L’étude du travail effectué par les organismes chargés de mesurer les actes islamophobes est elle aussi éclairante : la statistique pénale occupe une place centrale dans ce dispositif. Or peu nombreux sont les agressés à porter plainte… La discrimination aveugle de l’appartenance supposée à l’islam est en outre telle, qu’elle concerne tous les aspects de la vie en société : études, logement, emploi… . L‘islamophobie est ainsi devenu un fait social total. Accumulation de discours islamophobes, climat idéologique hostile, on a même pu trouver sous la plume d’un responsable d’un centre de recherche de Sciences Po, l’école dédiée à l’étude des faits sociaux et politiques, cette phrase  hallucinante : «deux millions de musulmans en France, ce sont deux millions d’intégristes potentiels»… Un fait social qui engage la totalité des institutions de la République, de l’école à la Défense. Or, contrairement à ce qu’il se passe dans les pays angolphones, il n’existait aucuns grands travaux universitaires sur la question. Celui-ci est le premier du genre : une sociologie de l’islamophobie qui permet de comprendre les transformations de la société française dans sa totalité, nous renseignant au passage sur le fonctionnement de ses champs politiques, médiatiques, juridiques, culturels et autres. Et ce à quoi force est de conclure, c’est à l’engagement de cette société dans un processus complexe de racialisation, au sein duquel la solution envisagé paraît être l’édiction inquiétante d’une discipline des corps des présumés musulmans…
 
 
Islamophobie : Comment les élites françaises fabriquent le « problème » musulman, Abdellali Haijat, Marwan Mohammed, Editions La Découverte, coll. Cahiers libres, 26 septembre 2013, 302 pages, 21 euros, ISBN-13: 978-2707176806.
 
 
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11 novembre, un tombeau pour 300 000 africains morts pour la France

11 Novembre 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

editee-en-1914.jpgDe 1830 à 39-45, 1.000.000 d’africains sont morts pour la France.

La mention "Mort pour la France" fut accordée en vertu des articles L488 à L492bis du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre, instituée par la loi du 2 juillet 1915 et modifiée par la loi du 22 février 1922 au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Les textes qui ont étendu ultérieurement ce droit sont codifiés dans l'article L.488 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre qui stipule que "doit, sur avis favorable de l'autorité ministérielle, porter la mention "mort pour la France", tout acte de décès d'un militaire ou civil tué à l'ennemi ou mort dans des circonstances se rapportant à la guerre".

Avec cette réserve que la preuve devait être apportée que la cause du décès était bien la conséquence directe d'un fait de guerre.

Par ailleurs, la nationalité française était exigée pour les victimes civiles de la guerre, y compris les déportés et internés politiques.

Aujourd’hui, le Ministère des armées se refusent à donner la liste exhaustive de tous les algériens morts pour la France, au prétexte qu’un tel fichier n’existerait pas, ce qui est évidemment faux, puisque ces algériens ont été recensés ne serait-ce que pour l’attribution de la pension à laquelle la nature de leur mort ouvrait droit.

Sur son site, 1323 mentions seulement ont été retenues, offrant noms prénoms et date de naissance, très rarement le département de naissance de ces morts, mais jamais la date exacte de la mort, ni son lieu.

L’ensemble est regroupé sous la catégorie "Afrique"… 162 310 morts nord-africains pour la France sont officiellement recensés pour la guerre de 14-18. L’immense majorité de ces hommes était algérienne. Sur un décompte de 300 000 morts de l’Armée d’Afrique. 

 

image : une carte postale éditée en 1914...

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Première mesures révolutionnaires, Eric Hazan, Kamo

8 Novembre 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

mesures.jpgIl ne s’agit plus de critiquer l’ordre mondial existant, mais de le transformer… L’on sent bien, en effet, que partout s’énonce le désir d’en finir. On a donc raison de se révolter, rappellent Hazan et Kamo, comme un clin d’œil au livre publié dans les années 70 par Sartre, Gavi et Victor (Benny levy). Un slogan maoïste ! Alors que nous vivons un véritable basculement historique et que de nouveau nous voyons bien qu’il nous faudra rouvrir une perspective révolutionnaire pour changer un monde qui ne veut surtout pas nous voir le changer. Un monde dans lequel le Pouvoir politique a été réduit  à son expression la plus crue : la tyrannie du Marché. Un monde de promesses jamais tenues, sinon les pires, où notre argent dans les banques par exemple, est resté le coussin destiné à amortir les désastres de la spéculation financière. Le monde d’une société plus inégalitaire qu’elle ne fut jamais, aussi inégalitaire qu’elle l’était sous l’Ancien Régime, ce que nous ne réalisons même pas. Ce n’est du reste pas tant par cécité collective que du fait du verrouillage médiatique, qu’Eric Hazan pointe ici encore avec pertinence. Partout pourtant la révolte s’annonce, massive. Elle traverse de part en part l’Europe, pour peu qu’on veuille bien lui prêter un minimum d’attention. Partout l’on sent bien que les peuples deviennent ingouvernables. Après l’indignation, la colère. Désormais la révolte. Il nous faut maintenant créer de l’irréversible. La réflexion d’Eric Hazan fleure le Lénine du Que faire ? Appréhender autrement l’activité collective, l’organiser autrement, répond-il sans détour. Abolissons la centralité de l’argent : l’économie n’est qu’une science de la richesse des souverains. Elle ne traite que des besoins des puissants. Mettons en place une autre rationalité que celle du Maître. S’il y a un sens à se rassembler, écrit-il encore, «c’est pour élaborer l’option à laquelle on n’avait pas pensé». Inventons donc, sans rien attendre de Paris, sans rien attendre des bataillons d’experts qui n’ont cessé de nous bricoler un avenir sans horizon, sans rien attendre des élites trop soucieuses de leurs rentes. Et l’on voit bien, en effet, d’où nous viennent ces colères qui mobilisent loin de Paris des régions entières. Des révoltes dont le premier effet est de dévoiler le vide du Pouvoir, ces Etats échoués qui partout surnagent dans le dérisoire d’un discours politique de plus en plus pathétique. Reste évidemment, si nous n’agissons pas, l’alternative consternante de voir des états fascistoïdes comme les désignent avec justesse Hazan et Kamo, comploter contre des populations dressées opportunément les unes aux autres. Reste aussi le plus terrible sans doute, le deuxième terme d’une alternative possible, que l’on sent bien plausible désormais avec la venue au pouvoir de cette fausse Gauche à gros nez rouge : celle d’une fin sans fin de ce capitalisme relooké sauvagement, son effondrement éternel, sans explosion, qui maintiendrait éternellement sa domination. L’effondrement comme état stable et rentable, sous couvert d’une crise artificiellement entretenue. Le lieu même du discours de nos deux droites : l’UMP et le PS. Un chaos organisé, égrenant ad nauseam ses zones de relégation…
 
 
Premières mesures révolutionnaires, Eric Hazan, Kamo, éd. La Fabrique, 17 septembre 2013, 80 pages, 8 euros, ISBN-13: 978-2358720496.
 
 
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Pôle emploi organise la chasse aux fraudeurs

7 Novembre 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

pole-emploi.jpgPôle emploi annonce le renforcement des mesures de contrôle des chômeurs, dont une poignée serait suspecte de fraudes... L'effet d'annonce, nauséeux, n'est pas sans convoquer le style du précédent quinquennat...

Voilà en outre de quoi réjouir les millions de chômeurs qui cherchent désespérément un travail ! Un vrai travail, pour reprendre l'immonde mot d'ordre du temps de la présidence sarkozy... Un vrai travail... Parlez-en aux millions de travailleurs précaires ! Car ils se comptent par millions, si l'on veut vraiment tenir le discours de la vérité du travail en France. Des millions et non ces statistiques politiciennes qui d'année en année ne visent qu'à exclure de la comptabilité du chômage les salariés désespérés qui viennent grossir les rangs d'une politique honteuse. Des millions de précaires, des millions d'hommes et de femmes exclus d'un marché du travail cassé, saboté, des millions exclus même du moindre secours. "Un suivi plus strict des chômeurs"... Faut-il manquer à ce point de vergogne que l'on puisse s'autoriser d'un tel langage ! Jour après jour, ouvriers kleenex, employés poussés à bout, paysans poussés au suicide, ouvriers poussés à la rue... Un bel exemple de jactence sordide quand le travail n'est devenu que la variable d'ajustement d'une économie prédatrice !

Et ce, partout où le néo-libéralisme s'est imposé à la surface de la planète, soustrayant au monde ses richesses pour n'en faire qu'un village apeuré par une lie infâme. Prenez le Japon pour l'exemple, perclu d'horreur, ravagé par une catastrophe nucélaire dont on ne révèle même plus aujourd'hui la vérité. Prenez ce Japon de Fukushima, passé pour pertes et profits d'une actualité de toute façon immonde sous la plume des éditocrates stipendiés. Prenez le Japon, un jour comme un autre. Dans cet édifiant roman qui dit l'atroce d'une réalité plus horrible qu'on ne saurait l'imaginer.

gratitudeKyoko, 36 ans, célibataire, est sans emploi depuis qu’elle a été licenciée pour avoir molesté son patron qui ne cessait de la harceler. "Quel est votre but dans la vie ? ", lui a-t-on demandé lors d’un entretien d'embauche. " Vivre vieille ", a-t-elle répondu… L'horizon le plus incertain désormais, après Fukushima. La lutte pour la survie dès lors, les portes des entreprises fermées à ce trop plein de sarcasmes. Kyoko qui, comme toutes ses camarades d’enfance, a bossé comme une folle pour réussir ses études et voilà le résultat : il n’y a plus de travail. Ou bien il faut en passer par l’obscénité des petits chefs arrogants. Se marier peut-être. La voilà qui accepte une "rencontre arrangée" avec un fat entiché de lui-même et de ses pitoyables réussites en affaires… Alors, bien qu’il soit très mal vu au japon d’être sans travail et célibataire lorsqu’on est une femme de plus de trente ans, au mépris de cette réalité morale énoncée à longueur de journée par la brutalité médiatique, Kyoko le plante et va noyer son découragement dans un bar. "C'est chiant, d'être une femme", conclue-t-elle, une boule au travers de la gorge et c’est bien tout ce qui lui reste, cette gorge nouée. Nous arrive-t-il quelque chose de bien dans ce monde qui a tout fait pour nous faire croire aux vertus du travail avant de nous déposséder de tout accès au travail ? Pas de risque…

Dans le second récit délicatement fantastique, Oikawa est liée par un pacte singulier à son collègue de travail, Futo : celui qui survivra à l’autre devra détruire toutes les traces des petits secrets du défunt, même les plus futiles. Futo meurt bêtement : un suicidé lui est tombé dessus. Son fantôme apparaît à Oikawa. Un rien dépité, mais délié de lui-même, du monde, de l’allégeance passée à l’idéologie du travail, en pleine déconfiture dans le Japon contemporain. Il convoque Oikawa sur le bord de ses souvenirs. Oikawa méprisée, qui découvre qu’elle a toujours vécu dans l’ombre d’un supérieur, forcément masculin. Solitaire là encore, incomprise.

Deux récits très crus d’une situation japonaise insoutenable pour les femmes, victimes toutes désignées d’une société qui célèbre néanmoins avec toujours le même cynisme la date du 23 novembre, comme Jour de la "Gratitude au Travail". Un jour de honte pour les sans-emploi, pas davantage serein pour les autres, et qui ne sert qu’à cacher la misère de ces vies exemplaires des salariés modèles. Deux récits presque naïfs, ouverts à la banalité d’un monde sordide, le nôtre.

 

Le Jour de la Gratitude au Travail, de Akiko Itoyama, traduit du japonais par Marie-Noëlle Ouvray, éd. Philippe Picquier, avril 2008, 100 pages, 13 euros, EAN : 978-2877309905.

ilmage tirée du site d'analyse critique : celleule de crise : http://cellule-de-crise.tumblr.com/

http://cellule-de-crise.tumblr.com/post/43943116849/la-grande-fraude-de-pole-emploi 

 

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François Hollande, ou l'évaporation du Pouvoir...

5 Novembre 2013 , Rédigé par du texte au texte Publié dans #Politique

Barel-Yves-La-Societe-Du-Vide.jpgOn se rappelle la conférence de presse de François Hollande offrant à Léonarda un choix scandaleux et plus piteusement encore, lui proposant de décider là où lui ne savait pas le faire. On se rappelle les annonces puis les reculades du gouvernement Ayrault à propos de la levée d'un nouvel impôt sur l'épargne populaire. Quel contraste, ces tergiversations, avec l'agitation brutale d'un Sarkozy. Ni Chef ni Sauveur, Hollande se mettait à incarner le Pouvoir évaporé, incapable cette fois de dissimuler que son gouvernement n'avait pour seule vocation que de servir les intérêts de l’élite fortunée, avec une mauvaise foi confinant aux œuvres de basse rapine. 

Décidément, l'histoire des libertés ne peut être que celle des luttes et des conquêtes populaires. 

Le changement, affirmait Hollande, c'est maintenant... N'en doutons pas : il arrive. Mais il sera celui qu'un mouvement social enclanchera, dans le prolongement du symptôme que fut son élection à la Présidence de la République : celui de l'attente d'un vrai changement. Non cette farce qui tourne court, inquiète d'éteindre partout les révoltes qui surgissent, loin du trouble même que provoque en France l'émergence, en guise de sentiment national, d'une mentalité déchirée. Une mentalité déchirée plutôt que simplement manipulée, où désormais la nécessité de la désobéissance est devenue une nécessité fondatrice du vouloir vivre ensemble. Car si l’époque moderne a été celle de la Loi, sans doute est-il grand temps de passer à celle de la Justice.

Hollande avait cru pouvoir jouer d'un simple élément de langage pour se faire élire : le changement, maintenant, levant un espoir dangereux aux yeux des élites. Mais voilà qu'il ne veut pas voir que l'espoir levé était en fait le symptôme d'une sourde et puissante revendication sociale qui se cherchait. Pour espérer, on n’a pas besoin de certitudes : on a besoin de possibilités, comme l’invite à le penser le sociologue Luc Boltanski (Critique de la critique). Mais c'est Yves Barel, ce sociologue français oublié, qui pourrait bien avoir eu raison : le silence des «minorités invisibles» a trop été assourdissant en France, pour ne pas bientôt surgir au grand jour.

 

Yves Barrel :

http://joel.jegouzo.over-blog.com/article-dissidence-sociale-et-marginalite-invisible--43604149.html

 

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ALORS, LA COLERE, DE NOUVEAU ?

4 Novembre 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

bonnets_rouges__bretons.jpgNotre sort dépend maintenant du degré de colère que nous pourrons atteindre, pourrait-on dire aujourd'hui, en paraphrasant l'invective de L. Kramer, le 14 mars 1983, (repris dans New-York Native), lors d’une réunion d’Act Up N.Y.
On n'en finirait pas, aujourd'hui, d'énumérer les vagues possibles de colère, de la paupérisation de tout un Peuple pris en otage du monde de la Finance, à la brutalité du traitement dont sont victimes les rroms et les émigrés qu'on laisse mourir en Méditerranée.
Mille questions se posent donc à nous, qu'il nous faudra bien relever...Comme de savoir si devant le danger du mépris qui plombe les revendications sociales, il faut oser de nouveau la colère.
Comme de s'interroger sur le prix à payer pour être entendu par les pouvoirs politiques. Ou de savoir où situer la lutte désormais, quand les Lois de la République invitent pareillement au silence et à la normalisation hâtive de contestations en réalité radicales.
Comme de savoir si du reste la Loi est le meilleur instrument de production d’égalité ou de justice.
Comme de mesurer ce que sont les conséquences, sociales, politiques, de la mise en forme juridique de Lois si peu convaincantes.
Il nous reste à réfléchir, dans la foulée, aux modalités de la construction des problèmes publics.
Il nous revient de redéfinir les égalités à l’origine des revendications qui se font jour.
Et à poser le problème de l’urgence sociale, quand existe un tel réservoir de pauvreté en France.
 
leonarda.jpgQuoi, aujourd’hui, de l’identité de ce sujet collectif : notre misère sociale et politique ?
Faut-il changer le cadre de la légalité républicaine, plutôt que de se contenter de replâtrer l'univers mensonger du discours politico-médiatique dominant ?

La possibilité de la contestation ouverte, revendicative, si l’on en croit le sociologue Boltanski, ne trouve à s’épanouir que dans un horizon où ce désir paraît jouable et non enfermé dans l'étau d'un échec possible. Mais cet horizon ne s’ouvre jamais d'abord que comme espace d’un imaginaire collectif partagé. Quelle visibilité lui donner donc, aujourd’hui, pour qu’il puisse prendre forme dans une société dominée par des médias vendus à l’ordre dominant ? Partout des luttes, des dissidences, des expériences se sont ouvertes, dont il faudrait témoigner enfin : l'espoir à portée de mains, derrière cette colère qui monte.
 
 
 
 
 
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