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La Dimension du sens que nous sommes

politique

SOUVERAINETE NATIONALE ET PEUPLE EUROPEEN INTROUVABLE

17 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

Quelle est la place du politique dans notre société?
On s’en rappelle : le projet de Constitution européenne avait ouvert une crise aux puissantes répercussions sur ce questionnement : quoi des frontières, des Etats, des Peuples ?
Souveraineté politique et identité politique semblent ne plus coïncider avec souveraineté nationale et identité nationale. Aux enjeux transnationaux qui devraient, nous dit-on, s’imposer à nous, paraissent répondre des communautés ouvertes, au sein desquelles le territoire perd de plus en plus sa fonction discriminante.
Comment, dans ces conditions, clarifier l’écart qui s’est ouvert avec nos représentations classiques de la souveraineté et du politique ?
Si les processus délibératifs doivent s’élargir au-delà du cadre national, et on l’imagine volontiers face aux enjeux écologiques par exemple, comment de nouvelles communautés politiques pourront-elles prendre forme ?
La constellation post-nationale dans laquelle nous nous trouverions, ouvre des enjeux décisifs pour l’avenir du politique. En son temps, La revue Les Temps Modernes ouvrit une belle promesse de débat sur ce sujet. Même si l’on pouvait y regretter l’absence de penseurs tels que Michaël Zürn, ou ceux de l’école allemande regroupée autour d’Ulrich Beck (élève de Niklas Luhmann), qui auraient apporté une contradiction plus profitable, en particulier sur la question européenne.
Et justement, où en sommes-nous aujourd’hui de l’identité politique européenne ?
Quand est-il, surtout, de la démocratie en Europe ? Deux arrêtés pris il y a quelques années n'ont guère soulevé d'interrogation quant à cette question, alors qu'ils pointaient précisément l'ampleur du mal européen.
Celui de la Cour allemande (du 30 juin 2009), était sans doute celui qui disait le mieux cette crise que l’Europe ne cesse de connaître. Il nous importe pour ce qu’il pointe, en particulier de «déficit structurel de démocratie» en Europe, ouvrant à une vraie défiance politique, en exigeant nommément que les peuples européens, à travers leurs Parlements nationaux, «restent maîtres des traités», ce qu'ils ne sont pas. L'arrêté rappelait alors avec pertinence que la source de la légitimité du Parlement de Strasbourg, faute d’un Peuple européen, ne restait que très vague, en tirant la conclusion que la primauté du Droit européen ne prévalait qu'en campant sur ce déficit démocratique. En conséquence de quoi la Cour constitutionnelle allemande se réservait le droit de bloquer toute loi européenne ne garantissant pas sa souveraineté ou son identité constitutionnelle.
«Il n’est pas de démocratie en dehors de la nation, l’échelon supranational n’étant que le produit d’un traité entre nations», conclueait-il, refusant, comme c’est bien souvent le cas aujourd’hui, que les Parlements nationaux soient mis devant le fait accompli au terme de décisions prises souvent dans des conditions hâtives, sans vraies délibérations, ou réduites à leur minimum.



LAW AND GOVERNANCE IN POSTNATIONAL EUROPE, by Michael Zürn and Christian Joerges (eds.). Cambridge University Press, Cambridge, 2005. 312pp.,, £45.00. ISBN: 0521841356.

La Souveraineté, Horizons et Figures de la Politique Les Temps Modernes, n°610, nov. 2000, 450p, 84F, ISSN : 00403075

 

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Dosta ! Voir les Rroms autrement, Michaël Guet

13 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

Dosta-les-rroms.jpgMichaël Guet est en charge du Comité européen intergouvernemental d’experts sur les questions rroms. Devant la situation faite aux rroms en Europe, il a éprouvé le désir de remettre les pendules à l’heure pour rétablir la réalité les faits et les chiffres les concernant. Un florilège contre les idées reçues particulièrement décapant, jugez-en vous-mêmes…
 
Qui saurait affirmer par exemple que 85% des rroms européens sont sédentarisés ? Que 87% d’entre eux ne sont pas d’origine roumaine ? Que les premières Lois d’exception les concernant ont été françaises, dont celle du 16 juillet 1912 par exemple, qui a longtemps régi le statut des gens du voyage, leur imposant de posséder un carnet anthropométrique fichant jusqu’au diamètre bizygomatique, ou la longueur des doigts et des coudées, et ce, dans la France de la IIIème République qui n’était pas encore celle de Vichy… Par parenthèse, qui saurait nous dire pourquoi les tsiganes internés par Vichy n’ont été libérés qu’en 1946 ? Qui saurait de même que l’abrogation de la loi de 1912 fichant les gens du voyage comme des criminels, ne date que de l’année 1969 ? Et que la Loi qui lui succéda n’en fut pas moins discriminante, leur imposant de disposer de trois titres de circulation qu’ils devaient faire contrôler à chacun de leur déplacement dans les gendarmeries ou les commissariats… Une approche sécuritaire sans équivalent en Europe. Qui saurait toujours nous dire que l’appellation «gens du voyage» est en fait une invention de l’Administration française qui date de l’année 1970, et qui désigne non seulement les rroms, mais tous ceux qui, de par leur profession, gens du cirque, des marchés, etc., sont appelés à vivre d’une manière itinérante ? Appellation dont l’usage fut entériné par la Loi du 5 juillet 2000, nouvelle Loi qui reconnaissait la caravane comme «habitation» soumettant ainsi les populations en disposant à la taxe d’habitation, mais ne les reconnaissant pas comme «logement», et leur interdisant de fait l’accès aux aides au logement…
Qui saura encore que ces Lois furent en partie abrogées par la Loi Besson de 2012, reconduisant pour l’essentiel les mesures discriminatoires à l’encontre de ces populations ? Qui saura du reste que cette Loi Besson de 2012 prévoyait un volet contraignant à l’égard des municipalités françaises, imposant à toutes celles de plus de 5 000 habitants de construire des aires d’accueil pour les gens du voyage ? Mais qui saurait dire que plus de la moitié des municipalités françaises sont aujourd’hui en infraction avec cette Loi, sans qu’aucune sanction ne soit prise à leur encontre, quand les préfets disposent, avec cette même Loi, de procédures accélérées pour expulser les rroms de leurs campements forcément illicites, puisque les municipalités françaises refusent de leur construire ces aires dont ces populations ont besoin… Et par parenthèse, qui saurait toujours nous dire pourquoi l’autre moitié des municipalités, dans son plus grand nombre, s’est contentée de terrains sans eaux ni électricité ?
Qui saurait nous dire encore qu’il n’existe en France que 17 000 rroms itinérants, soit 0,025% de la population française ? Contre 90 000 en Allemagne, 200 000 au Royaume-Uni, 70 000 en Italie…
Qui sait que la circulaire du 29 août 2012 adressée aux préfets ne parle pas d’intégration, mais d’évacuation des camps. Et que les familles expulsées n’ont d’autre choix que de s’installer dans des campements illicites, où le nomadisme le plus précaire leur est imposé ? Les rroms ne sont pas intégrables, prétendait il y a peu le ministre français de l’intérieur… Encore faudrait-il le leur permettre ! Mais les préfets, eux, se rappellent que les rroms arrivés en 1970 en France ont été parfaitement intégrés…
Pourquoi nul ne dénonce, au plus haut sommet de l’Etat, ces expulsions collectives, au mépris du Droit européen qui impose l’expulsion individuelle ?
En fait, nous dit Michaël Guet, le traitement des rroms en France préfigure du traitement des pauvres. Les rroms sont des pauvres mal logés visibles, qui nous font oublier qu’il existe 1 million de mal logés en France, et près de 9 millions de français qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté…
 
 
Dosta ! Voir les Rroms autrement, Michaël Guet, éditions de l’Aube, 3 avril 2014, 224 pages, 14,90 euros, ISBN : 9782815909761.
 
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L’Europe maltraitée...

12 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

economistes.jpgPublié en juin 2012, ce petit opuscule entendait combattre le passage en force de la fameuse règle d’or européenne, consistant à maintenir à perpétuité des budgets équilibrés. Une stupidité au regard des centaines d’économistes signataires de la Charte des économistes atterrés, qui interdit par exemple le moindre investissement stratégique, doublé d’un scandale, car radicalisant les principes néo-libéraux qui nous ont pourtant conduit à la faillite. Un Pacte qui, en outre, ne contient pas une ligne sur le comportement des milieux de la Finance, pas un mot sur l'incongruité d’une Banque Centrale Européenne à qui l’on interdit de financer directement les déficits publics. Rappelons que ces déficits sont financés sur les marchés privés, lesquels ne font que nous prêter l’argent que la BCE leur a généreusement offert (le nôtre donc), à des taux inférieurs à 1% tandis que ces mêmes banques privées nous re-prêtent notre argent à des taux oscillant entre 3,5% et 10% !

Rien, toujours, dans ce pacte, sur l’accroissement des inégalités sociales, chômage, précarité, etc., rien sur les cadeaux fiscaux qui ont gonflé les niches et vidé les caisses publiques, rien sur les paradis fiscaux qu’on nous avait promis de combattre et qui subsistent sous Hollande, rien sur les transitions écologiques nécessitant de très forts investissements communautaires, rien : c’est-à-dire une cécité volontaire révoltante.

L’analyse de nos économistes ne s’arrêtent pas là. Décryptant les éléments de langage complaisamment relayés par une presse servile, ils répondent clairement aux questions qui ont soit-disant légitimées ce Pacte : le manque de discipline budgétaire est-il réellement à l’origine de nos difficultés ? Les Etats européens laissent-ils filer leur déficit pour financer un modèle social obsolète ? Mais… observent-ils : avant 2008, c’est-à-dire avant la crise financière provoquée par les banques, la Dette Publique n’augmentait plus en Europe !

Ce Pacte, au fond, inscrivant dans les Constitutions sa règle intangible, n’est rien moins qu’une attaque en règle des fondements de la Démocratie en Europe, restreignant de fait comme une peau de chagrin les espaces de délibération, marginalisant les Peuples pour leur soustraire leur souveraineté et confisquer le pouvoir politique, sous couvert d’expertise économique, entre les mains de techniciens issus pour la plupart de la Finance privée…

Que faire face à une telle résolution coercitive ? Douze propositions sont exposées, connues de longues dates, depuis la restitution à la BCE de son rôle à la renégociation des taux éhontés pratiqués par les banques privées sur nombre de pays européens. Douze propositions qui commencent de rencontrer un écho certain y compris dans les rangs des libéraux eux-mêmes, Habermas, naguère partisan du Traité Constitutionnel, dénonçant enfin cette marche forcée de l’UE dans la voie post-démocratique au terme de laquelle, c’est tout simplement la Démocratie qu’elle aura enterrée.

  

 

 

L’Europe maltraitée, Les économistes atterrés, éd. les Liens qui Libèrent, juin 2012, 142 pages, 8 euros, isbn : 9781020900005.

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L'HISTOIRE S'EST-ELLE SOUDAIN DEROBEE A NOUS ?

7 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

"J'ai l'histoire, là, tout entière sous mes pieds, qui se dérobe"...

Xavier Durringer avait d'abord donné pour titre à sa pièce : "Politique et Pornographie".
Comme si l'une et l'autre occupaient désormais le même espace trouble.
Ainsi, avant même le tournant du siècle (le texte date de 1998), le peep-show et le surf formaient-ils les grandes allégories d'une société déjà condamnée au fascisme ordinaire, où les seuls espaces de liberté allaient s'y épuiser tantôt en vain cynisme, tantôt dans la douleur du renoncement.

Au peep-show s'attachait la tâche symbolique de pointer une sorte de fin de la culture - "le théâtre est terminé", proférait son tôlier-, tandis que la figure du surfeur désignait quelque chose comme la fin de l'idéologie - "la Révolution n'a pas besoin de surfeurs". On reconnaîtra là une problématique bien rebattue. Et le propos de la pièce, son "scandale" comme on l'écrivait à l'époque, était bien mince au fond. Fort heureusement, son intérêt n'était pas là. Mais dans le fait qu'elle pointait très tôt le ressassement dans lequel nombre d'intellectuels sombraient, sinon le déni. Déjà Durringer suspectait le modèle démocratique français d'être bancal. Mais le secret espoir d'une Nation unanime qu'aurait surplombé un Etat farouchement en charge du Bien Commun, encombrait trop son théâtre pour lui laisser entrevoir une sortie de crise.
Il y avait tout de même une première conséquence intéressante qui découlait de son parti pris : "Raconter une histoire, s'obliger à ça, coûte que coûte" (X.D.).
Les grandes oeuvres littéraires du XXème siècle étaient restées inachevées : ce n'était pas simplement parce que l'Histoire était devenue problématique, mais parce que les sujets de cette histoire étaient devenus confus. Mais pour n'en pas rester au niveau du slogan, que fallait-il creuser de ce "Maintenir coûte que coûte" la possibilité de l'Histoire, sinon l'abîme qui en constituait désormais le fondement, et où s'était logée la voix d'un sujet exténué -la Révolution, l'Insurrection-, devenues à l'époque les sorties rassurantes des dîners mondains. Car c'était bien cela que ce texte nous donnait à entendre : le petit bruit des cintres que l'on remontait, un décor où précipiter l'Histoire pour n'avoir pas à la penser à nouveaux frais.
Une deuxième conséquence découlait de ce bric-à-brac idéologique : l'invention d'une scénographie de la contiguïté. Les espaces scéniques, dans cette écriture, étaient à poser les uns à côtés des autres, sur un même plan, sans cette profondeur dont l'Histoire a tant besoin pour se déployer. Quand le sujet n'a plus d'épaisseur, il lui reste la surface où étaler ses plis.
Nous sont restés depuis dans la gorge les mauvais plis de l'Histoire. Curieuse consolation.

Surfeurs, de Xavier Durringer, éd. théâtrales, mai 1998, 15 euros, EAN13 :   9782842600280

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Du sens et de la place de la culture aujourd'hui...

30 Avril 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

KULTUR.jpgRelativité des normes, des goûts, l’éclectisme, conclut dans son essai Philippe Coulangeon, est le nouvel opérateur de la domination symbolique. Un opérateur qui pourrait perturber bientôt notre vision du sens et de la place de la culture dans notre société, tout comme celle des combats qu’il nous faudrait mener pour une société plus juste. Car il s’agit là d’un opérateur qui donne à penser que toutes les cultures sont légitimes alors qu’il ne fait que les recycler à l’intérieur d’une hiérarchie sédimentée de longue date. Un opérateur donc, dont la visibilité sociale a pour paradoxe de rendre parfaitement invisibles les inégalités économiques et sociales que le champ de la Culture ne sait que trop bien dissimuler. Et de ce point de vue, toute approche du fait culturel et de sa fonction dans la société ne peut faire l’économie d’une évaluation sociologique : le niveau des inégalités culturelles par exemple, est aujourd’hui celui que l’on connaissait dans le début des années 70… Soit une régression sans précédent ! Les équipements culturels, pour le dire à la hâte et non sans provocation (et en toute connaissance de cause des relents réactionnaires qu’une telle provocation est susceptible de véhiculer), ne servent de fait, tels qu’ils sont conçus et fonctionnent, qu’à renforcer les structures de domination de la société française, arrimant les discours sur la culture à leurs attributs les plus falsificateurs, au niveau desquels l’apprêté le dispute à l’hypocrite. Etudiant la structure des inégalités sociales en France, Philippe Coulangeon montre assez que désormais, c’est l’impact des conditions et des lieux de logement qui est prépondérant, et non celui des ressources culturelles des parents, qui ne compensent plus guère ces inégalités. En gros, si vous êtes un parfait crétin mais que vous habitez le 5ème arrondissement de Paris, vos enfants s’en sortiront mieux socialement que si vous êtes cultivé mais habitez Vitry-sur-Seine… Il y a de quoi réfléchir alors, sur les engagements de la petite bourgeoisie intellectuelle par exemple, si souvent obsédée par son identité résidentielle… La seule question n’est ainsi pas d’évaluer la production artistique de cette petite bourgeoisie résidentielle du point de vue de l’histoire de l’art, mais cette histoire de l’art qu’elle construit et dont il serait bon de se poser la question de savoir où elle s’écrit, dans quelle dimension fictive de notre vie sociale et politique.

opera-news.jpgEtudiant le rôle effectif de la culture dans la structuration des rapports sociaux, les conclusions de notre auteur sont de fait terrifiantes : le capital culturel ne classe plus grand monde… Constat d’importance, quand on sait l’investissement reconduit de génération en génération dans le combat pour l’éducation et sur le front de la culture, conçus l’un et l’autre comme vecteurs d’une meilleure intégration sociale. Une rhétorique par trop systématique au fond, masquant désormais avec difficulté ses impasses sous des tonnes de bonne conscience artistique…

Trente ans après la Distinction, les codes culturels sont devenus autres. Tout comme la stratification sociale des goûts. Et il y a là de quoi s’interroger. Brutalement. La lecture par exemple, est devenue quasiment inopérante. Le livre n’est plus discriminant, même si la pratique de la lecture est plus que jamais celle des classes aisées. Par parenthèse, la fin annoncée de la librairie française n’est de ce point de vue rien d‘autre que l’immense farce de la confiscation définitive d’un Bien culturel par les classes dominantes. D’autres suivront, n’en doutons pas. Sous couvert du reste, autre paradoxe, de la désaffection des installations culturelles par les masses, poussées à déserter les Biens culturels –cqfd- pour des tonnes de mauvaises raisons, y compris par les opérateurs eux-mêmes d’une conception pédagogique de la Culture à l’usage des dites masses populaires…

Par ailleurs, autre segment implacable de l’essai mentionné, si l’on veut bien décrypter le poids des pratiques culturelles dans la discrimination sociale, force est de reconnaître que ce qui importe désormais, c’est la visibilité de ces pratiques et non leur contenu. Si bien que ces pratiques peuvent parfaitement s’avérer superficielles, le conformisme culturel fera le reste, suppléant à toute superficialité, pourvu que l’on sache se montrer là où il faut se montrer, et du point de vue des artistes, que l’on sache exhiber ce qu’il faut montrer… La visibilité maximale étant celle de l’Opéra, Bastille en particulier, confisqué par une élite financière, cela va de soi : la sociabilité grande bourgeoise n’est pas partageuse.

power.jpgLe brouillage des frontières qui s’est opéré entre les cultures de masses et les cultures des élites, anoblissant le divertissement et gommant les différences entre les registres savants et les registres populaires, largement favorisé par l’effritement du monopole culturel de l’école, qui a ainsi contribué puissamment à favoriser l’émergence de cet éclectisme des goûts et des pratiques, n’aura été à tout prendre (provisoirement, on l’espère), qu’une cautère sur une jambe de bois… Rien dont on puisse se réjouir en somme : la distinction se fait plus que jamais en France non par le capital symbolique mais par les ressources financières et patrimoniales. De quoi méditer sur la priorité de nos engagements. Certes, que cette culture de l’éclectisme puisse théoriquement nous aider à renouer avec des visées émancipatrices, voilà qui distraira. Mais au fond, l’étude commande de relativiser le poids de la culture et de l’éducation dans ce tournant de l’Histoire française. La faible visibilité politique (et non sociale ou idéologique) de la culture n’en diminue certes pas l’enjeu, mais la relativise beaucoup : pour que la culture ne devienne pas une danseuse neurasthénique des Pouvoirs en place, pour que la diversité des ressources culturelles mobilisables devienne une vraie force de transformation du social, il faut sans doute faire face, d’abord, à la tragédie qui est la nôtre : celle de la disparition d’une société où nous ne faisions déjà que survivre. Survivre : c’est dire l’embarras dans lequel nous nous trouvons, qui ne fait que traduire notre impossibilité à formuler de véritables tâches politiques autres que celle du "mon ennemi c'est la Finance". Car il existe une sorte de véritable tragédie structurelle propre au réformisme politique néolibéral, que l’on voit partout à l’œuvre en Europe, quelle que soit la couleur du gouvernement en place. Enfin, la démocratisation feinte des savoirs et des cultures qui se pratique aujourd’hui sous couvert d’éclectisme, ne peut occulter les dimensions économiques et politiques des vrais enjeux qui s’offrent désormais à nous. La barbarie est l’ordre des lieux du Pouvoir, y compris de sa conception et de sa pratique de la culture, et tels qu’ils se sont construits institutionnellement et pratiqués constitutionnellement en France depuis l’avènement de la Vème République… On ne change pas cette situation en échangeant des rôles, fussent-ils présidentiels.

 

 Philippe Coulangeon, Les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d'aujourd'hui, Paris, Grasset, coll. " Mondes vécus ", 2011, 168 pages, 15 euros, ean : 978-2246769712.

Image : Power, de Sanchstar et Slavoj Žižek on life, happiness and Hegel , Lacanian cultural theorist interviewed by The Guardian.

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Les enfants du Rwanda, Angelique Umugwaneza

29 Avril 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

rwanda.jpg 

Angelique avait 13 ans lorsqu’elle a dû fuir le Rwanda aux côtés de sa mère, le 18 août 1994, très exactement à 5 heures du matin, à pieds vers la frontière du Zaïre, distante de 150 kms. Il fallait fuir, vite : les forces françaises de l’opération turquoise allaient plier bagage, livrant les populations civiles à leur massacre annoncé.  Ce qu’elle ne savait pas, c’est que cette fuite durerait 7 ans. De camp de réfugiés en camp de réfugiés, certains sous protection de l’ONU, d’autres non.  Sept longues années d’un calvaire qu’elle décrit dans ce témoignage saisissant sans rien rajouter aux faits.  Angelique était hutue. Elle vivait jusque-là dans la région de Gikougoro, une région de paysans relativement aisés, où tutsis et hutus vivaient en bonne intelligence.  De treize à vingt ans, elle ne connaîtra que la terreur, les massacres, la fuite, la famine, la misère.  Rappelez-vous : avril 94, l‘avion du président rwandais était abattu. Par qui, on ne le saura jamais. La France diligentera bien une enquête, le Rwanda une autre, jamais l’ONU ni aucune instance internationale ne prendra la peine de mener une recherche approfondie sur cet événement, si important pour l’Afrique contemporaine.  La suite, nous la connaissons :  plus d’un millions de rwandais seront massacrés en quelques mois, et tout autant en RDC.  Car en 96-97, la RDC se verra envahi par les troupes rwandaises qui ne cesseront de s’en prendre aux camps de réfugiés pour les massacrer. Par vengeance. L’ONU a bien mis en place un tribunal pour juger les crimes de génocide au Rwanda, mais pas les massacres des réfugiés huttus en RDC, bien que reconnus à leur tour comme génocide. Et cela, bien que les pays occidentaux, la France en tête, aient créé les conditions économiques, politiques, culturelles de ces tragédies…

Angelique raconte donc, le meurtre de tous les tutsis de sa région d’enfance, les tortures, les barrages sur les routes du jour au lendemain, tenus par des hommes armés de machettes. La terreur. Elle raconte l’arrivée des troupes françaises, l’amélioration qui s’en suivit, et leur départ précipité, la confusion de nouveau, de nouveau la terreur des populations livrées à la haine. L’ambiance qu’elle décrit est celle d’une panique gigantesque, à l’échelle d’un pays. Il faut marcher jour et nuit, traverser la grande forêt de Nyungwe, établir des camps de fortune. Ils sont 50 à fuir ensemble, en route vers quelque chose de très sauvage qui les apeure nuit et jour.  Partout ils croisent d’autres réfugiés hagards, qui ne savent où aller : les rumeurs se contredisent, aucune destination n’est sûre. Tout le monde marche, dans toutes les directions. Angelique raconte la fatigue, la faim, l’épuisement, les soldats zaïrois livrés à eux-mêmes qui détroussent aux frontières les réfugiés, les dépouillent de tous leurs maigres biens. Et puis les camps, régulièrement pillés malgré la protection de l’ONU.  Les violences sont telles qu’elles obligent ces populations martyrisées à cheminer d’un camp l’autre en quête d’un meilleur refuge. Il ne s’agit pourtant que de survivre. Elle raconte cette survie dans les camps, où les réfugiés s’installent pour des années dans la précarité.  Le camp de Kabila en particulier, tenu par le HCR. Des milliers d’indigents qui tentent de reconstituer une vie sociale sous la pression rwandaise constante, qui réclame la fermeture de ces camps et le retour des hutus au Rwanda, où les tutsis attendent leur revanche. Elle raconte les conditions de cette survie, tandis que le monde détourne les yeux. Angelique a choisi in fine de demander l’asile à un pays du nord de l’Europe. Elle y a repris ses études, accompli un cycle supérieur entier dans les sciences politiques, pour tenter de comprendre.  De comprendre comment il est possible à de simples citoyens de n’être plus les jouets de leurs dirigeants.  Comment de simples citoyens pourraient poser des exigences enfin démocratiques, et ce que signifient exactement les droits inaliénables des individus, dans un monde pareillement indifférent.

 

Les enfants du Rwanda, Angelique Umugwaneza, Peter Fuglsang, traduit du danois par Inès Jorgensen, éd. Gaïa, coll. Gaïa Littérature, février 2014, 345 pages, 22 euros, EAN : 978-2847203714.

 

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L’INDUSTRIE DU MENSONGE POLITIQUE

28 Avril 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

mensonge.jpgMachiavel nous assurait que la finalité du politique était de prendre et de conserver le pouvoir. Ce qu’il ignorait, c’était que cette finalité allait devenir plus radicale encore : mettre le pouvoir à l’abri des démocraties.

C’est à cet effrayant constat que nous introduit l’essai de John Stauber, passant au crible l’industrie des relations publiques, des origines à nos jours. Soit un siècle de mensonges. Certes, l’étude est davantage concentrée sur le premier quart du XXème siècle, et plus particulièrement encore sur la machinerie américaine, la plus performante au monde. Mais il y a là bien des leçons à tirer pour nos propres démocraties européennes… Grand patronat, Pouvoirs Publics, personnel politique, médias, la belle entente règne, où l’on s’accordent à maquiller des pratiques illégales et immorales, dans le but non seulement de maintenir l’ordre politique, mais l’ordre social. Un préalable, sinon l’incontournable du genre : orchestrer l’ordre électoral. On en sait quelque chose en France désormais. La fabrique de l’opinion publique ne tourne jamais autant que dans ces moments là. Une vraie machine de guerre bricolée par les élites pour légitimer leurs revendications et les faire approuver par les couches populaires et moyennes de la population. Une méthode : l’ingénierie politique. Un but : cibler le vrai danger, à savoir, le citoyen de base. Qu’il puisse en arriver à prendre des décisions publiques, voilà la vraie horreur… Et l’on ne parle pas ici de referendum, cette machination politique conçue la plupart du temps pour confisquer les vraies prérogatives populaires. Le jeu politique doit être confisquée de toute façon, voilà la vraie leçon, le rôle du plus grand nombre étant de demeurer spectateur. Un spectateur régulièrement convoqué aux élections, avant d’être congédié, ou encourager à vaquer ensuite à ses affaires privées, en attendant les prochaines élections.

Aux Etats-Unis, ce qui assure ce fonctionnement, c’est le mythe fondateur du pays de la Liberté d’expression. Le premier amendement donc, tandis que les dix suivants fonctionnent comme parfaite régulation de la domination.

Et aujourd’hui, note l’auteur, ce à quoi l’on assiste, c’est à l’élargissement des missions de l’industrie de l’opinion publique. Celle-ci ne doit-elle pas transformer par exemple les pollueurs en défenseurs de l’environnement ? Ou maquiller les guerres de conquête en actions humanitaires, convertir le nucléaire en énergie propre, etc.

Si bien que l’industrie des relations publiques est devenue le bras armé des élites contre la démocratie. Une industrie qui s’emploie à fabriquer du rêve à bon marché, du renoncement à tour de bras, de la fatalité publique et du consentement, les seuls vertus autorisées, susceptibles d’aider à "gouverner" le peuple, spontanément ingouvernable. C’est ce gouvernement invisible de manipulations éhontées qui préside de fait au destin des démocraties occidentales…

 

L'industrie du mensonge : Lobbying, communication, publicité et médias, John Stauber et Sheldon Rampton, traduit de l’américain par Yves Coleman, préface de Roger Langlet, édition Agone, oct. 2004, coll. Contre-feux, 363 pages, ean : 978-2748900125.

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La Gauche socialiste sans abri… Homeless Left…

11 Avril 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

ps-rose.jpgHomeless Left… C’était le nom de cette masse d’intellectuels allemands de la République de Weimar que la gauche de pouvoir avait trahis et qui se retrouvaient littéralement sans abri. Dont l’une des plus éminentes figures fut Kracauer. Le tout dans un contexte politique sur lequel nous ferions du reste bien de revenir, tant il ressemble au nôtre, avec tout particulièrement cette volonté des libéraux de l’époque attendant des juifs qu’ils paient le prix de leur intégration en abandonnant ce qu’ils nommaient non sans mépris les derniers vestiges ethniques ou religieux de leur appartenance communautaire. L’Allemagne de l’époque voulait alors former une communauté nationale unanime, d’où le pluralisme culturel aurait été éradiqué. Remplacez la communauté juive par le monde musulman et rrom, et vous aurez une idée de la situation qui est la nôtre en France sur ces questions… Il ne fallait pas être grand devin alors pour comprendre, à l’époque de Weimar, que la société allemande restait fermée aux juifs, tout comme il ne faut pas être grand devin pour comprendre à quel point la société française contemporaine se montre fermée à l’égard des communautés rrom, musulmane ou maghrébine.

La vraie Gauche de Weimar errait donc, à la recherche d’une expression politique qui n’allait plus venir bientôt que sous le pari d’une révolution qu’elle avait trop tardé à lancer et qui se brisa net sur la répression fasciste qui se lançait déjà à l’assaut de la société allemande.

 

hollande-vallsHomeless Left. C’est notre situation aujourd’hui, celle du moins d’une grande partie de l’électorat de Gauche trahi par le Parti Socialiste et un François Hollande plus cynique qu’aucun autre homme politique sous la Vème République, qui a fait le pari de vider de son contenu idéologique le Parti Socialiste pour mieux préparer sa réélection personnelle. Véritable Cheval de Troie de la droite néo-libérale, son calcul est simple et redoutable pour l’avenir de la société française : en nommant Valls Premier Ministre, il espère repousser assez la Droite sur ses marges frontistes pour la réduire à jouer la portion congrue aux prochaines présidentielles et emporter de nouveau la mise en nous refaisant le coup éculé du vote républicain. Quelle honte ! Et quel risque pris avec la démocratie, qu’il ne fait rien moins que prendre en otage de sa propre carrière politique !

Valls campe donc sur les terres du Front National. Sa politique est plus droitière que jamais. 1/3 des SDF sont des travailleurs salariés qui ne peuvent accéder au logement tant ce dernier est coûteux en France, mais ses économies, Valls songe déjà à les faire sur les allocations logement… Et sur l’éducation, et sur la santé publique. On connaît le refrain : Sarkozy nous l’avait servi. Et s’il vient d’octroyer aux bas salaires une prime à l’embauche, c’est pour vider de son sens l’ascenseur salarial : on connaît aussi l’effet mécanique de ce genre d’aides qui n’ont cessé de proliférer sous la Vème république pour tirer les salaires vers le bas et casser définitivement le marché du travail.

Demain nous voterons en outre pour un parlement européen vidé de sa substance politique, puisqu’il n’’exerce aucun contrôle réel sur la politique européenne dictée par le Conseil de l’Europe et quelques officines privées qui ont la main mise sur ce Conseil. Il y a 124 millions de pauvres en Europe, où la famine vient de refaire son apparition. Le pire est ainsi à venir.

La Gauche sincère est sans abri. L'autre fausse gauche, les grandes manœuvres du Parti Socialiste la vouent à la misère morale et politique. Tout comme l’était celle de Weimar, dont l’affaiblissement moral forcené se jaugeait à l’aune de la situation faite aux immigrés, abjecte, et qui emporta cette République vers la sombre catastrophe de l’Allemagne nazie qui se profilait dans la droite ligne du renoncement de la Gauche de Pouvoir…

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Le rôle social du patronat : Du paternalisme à l'urbanisme

8 Avril 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 
 
role-social-patronat.jpgOn ne sait trop par quel bout prendre l’ouvrage. Conceptuellement consacré à l’étude des réalisations sociales du patronat français, le découpage historique est trop clairsemé pour autoriser une vision d’ensemble. Centré sur la question de l’habitat, appréhendé essentiellement à travers l’histoire d’une ville, Le Creusot, l’essai fait fond sur les rapports entre la production du discours des sciences sociales et les politiques patronales de maîtrise des rapports sociaux, paraissant ainsi relever davantage d’une propédeutique que d’une démarche totalisante. Quant aux pratiques vertueuses du patronat du Creusot, à elles seules, elles ne permettent pas de tirer de conclusions décisives sur à la manière dont le patronat français a traité dans son ensemble la question urbaine. Si bien que l’on se trouve en fin de compte face à une défense en creux du paternalisme patronal qui tire parti des politiques urbaines plus récentes des Pouvoirs Publics, effectivement plus contestables encore. cela dit, lorsque l’auteur s’en réfère aux pratiques mêmes au Creusot, force lui est d’avouer qu’en fait il s’agissait déjà, essentiellement et sous couvert d’un discours vertueux, de contrôler les lieux de production des pratiques quotidiennes ouvrières. Le regard compatissant et condescendant des patrons français sur la classe ouvrière trouve ainsi comme un écho dans l’essai, fort soupçonneux à l’égard d’une classe toujours jugées rétrospectivement avec mépris. Rien en particulier n’est jamais dit sur les initiatives ouvrières, nombreuses, qui ont jalonné le XIXème siècle, comme la création de caisses de Prévoyance que les patrons s’employèrent systématiquement à détruire, de peur que les ouvriers ne parviennent à s’organiser eux-mêmes… La fabrique de l’habitat par le patronat, elle, ainsi que l’auteur ne peut le cacher, aura tout de même relevé pour l’essentiel de la relégation : il fallait le réduire strictement au logement de survie, caserner la classe ouvrière et l’isoler du reste de la population de peur que ses révoltes n’y trouvent un écho. On fit ainsi très tôt le vide autour, ce qui est l’expression d’un paternalisme pour le moins suspect. Quant aux ruraux qui débarquèrent jour après jour pour grossir le rang de la classe ouvrière, ils furent traités comme des immigrés dans leur propre pays, auxquels le droit à la ville, sinon à la vie, leur fut purement et simplement dénié. Rien d’étonnant alors que dans ce prolongement idéologique, lorsque les Pouvoirs Publics prirent le relais des patrons, la morphologie urbaine ait conservé la trace de cette pensée. Contrôler la centralité urbaine demeura le réflexe salvateur, même si, l’évolution du tissu industriel aidant, on s’engagea à créer des équipements dans ces zones de relégation : c’est qu’il y avait alors nécessité, pour les patrons du XXème siècle, de puiser dans une main-d’œuvre endogène à la population de la ville où s’installaient leurs usines.  Le plus intéressant de l’ouvrage reste le seuil sur lequel il s’arrête : quid de la ville aujourd’hui, sous la pression du devenir désindustriel ? Jusque dans les années 1970, l’heure était à la territorialisation des groupes sociaux dévolus aux usines. Un marquage social qui a conduit à cette faillite que nous connaissons, livrant des territoires entiers au déclassement. La mobilité exigée aujourd’hui par ce même patronat conduit désormais le capital à disloquer l’espace urbain, à le désarticuler. L’errance territoriale des entreprises conduit ainsi à la mise à sac des territoires, interdisant leur appropriation par les populations qu’on y loge, non sans rencontrer leur farouche résistance, tant l’habitat est devenu identitaire. Une vraie question en somme, à laquelle les réponses du Grand Paris ne semblent pas en mesure de répondre encore
 
Jean-Pierre Frey, Le rôle social du patronat : Du paternalisme à l'urbanisme, éd. L'Harmattan, coll. Habitat et sociétés, 3 mai 2000, 384 pages, 33,87 euros, ISBN-13: 978-2738435149
 
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François Hollande : « Mon ennemi, c’est la finance »… (Ah, Ah !)

7 Avril 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

la-capture.jpgRappelez-vous le candidat François Hollande clamant à corps et à cris qu’il avait le monde de la Finance dans le collimateur et que ces gens-là qui avaient provoqué notre malheur économique n’avaient qu’à bien se tenir… Rappelez-vous Mosconi se félicitant d’une Loi qui allait mettre les banques au pli républicain. Enfin on y était, les banques allaient cesser avec leurs mauvaises manières de mélanger les comptes. C’était fait, elles qui ne souhaitaient rien tant que gagner toujours plus d’argent dans la plus folle des libertés tout en nous faisant croire que plus elles s’enrichissaient, meilleur devenait notre vie au nom de leur fumeuse théorie du ruissellement, allaient devoir solder leur compte moral et se défaire de leur cynique «pile je gagne, face vous perdez»…  Mais rien n’a changé : les profits des banques restent privatisés et leurs pertes socialisées. Mosconi, avec un cynisme pas moins éhonté que celui de son patron Hollande pouvait se féliciter, toute honte bue, d’une Loi juste et efficace, tandis que quelques députés socialistes tombaient des nues en découvrant que ladite Loi ne concernait pas même 1% des activités des banques. La séparation tant bramée n’existait pas. Et pour cause : la Loi de 2013, rédigée par des socialistes, permet aux banques de créer une filiale, nourri par l’argent des particuliers, pour gérer leurs fonds spéculatifs… Mieux, le texte de loi introduit comme critère de distinction le concept d’utilité (sic !). «Utile» traduisant le fait de réaliser une opération avec un «client»… Les opérations de spéculation étant réalisées avec des «clients», tout est devenu «utile» désormais, y compris les opérations les plus spéculatives. Car dans cette Loi française, le montage d’une opération avec un Hedge Fund basé aux îles caïmans est désormais considéré par la Loi comme «utile», parce que réalisé avec des contreparties baptisées «clients» par la banque… Le Ministre socialiste devait même au lendemain de ce vote honteux vanter les fonds spéculatifs parce que servant «utilement» le financement des PME… Une farce quand on sait que ces fonds n’ont d’intérêt qu’à très court terme ! De fait, en 2014, les banques ont de nouveau repris leurs mauvaises habitudes et ne sont toujours pas à l’abri d’une crise financière, n’ayant pas renforcé leurs fonds à bonne hauteur. La seule prévention qu’elles aient prise aura été de complexifier leurs montages et de grossir encore, pour atteindre des seuils critiques les mettant à l’abri de toute rétorsion. La Loi de juillet 2013 expose ainsi toujours le contribuable français aux pertes privées des banques ! Mais il y a mieux en terme de cynisme. On se rappelle François Hollande, à la veille des débats européens sur les paradis fiscaux, vitupérant contre ceux-ci. En avril 2013, à la tribune de l’OCDE, un Haut Fonctionnaire français venait remettre à la suite de ce discours, discrètement, les pendules à l’heure : la France n’entendait pas les condamner. Dans cette droite ligne, en janvier 2014, l’UE voulut conduire des débats sur les mêmes questions. La France et l’Allemagne s’allièrent pour les faire échouer. Il n’était pas question de s’en prendre à la Finance… Qu’est-ce que l’Europe, dans ces conditions ? Bruxelles, nous disent les auteurs de cet essai, preuves à l’appui, est une place forte de la capture des élites politiques par les milieux de la Finance. Qui n’a du reste pas trop à se forcer : ils sortent du même moule. Une oligarchie, savourant sa victoire avec la complicité de médias stipendiés. Une place forte où les textes de Loi eux-mêmes, sur cette question, sont rédigés par les milieux de la Finance… Sans que jamais ne puisse s’exercer aucun contrôle démocratique, puisque le Conseil prévaut sur le Parlement… Le cynisme politique a de beaux jours devant lui !
 
La capture, de Christian Chavagneux et Thierry Philipponnat, éd. La Découverte, 20 mars 2014, coll. Cahiers Libres, 131 pages, 12 euros, ISBN-13: 978-2707177865
 
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