CHANGER D’ECONOMIE, C’EST POSSIBLE !
Les économistes atterrés publient leurs propositions pour 2012. Atterrés mais pas résignés, ils explorent les alternatives possibles et en font la magistrale démonstration contre les experts aveugles de l’économie néo-libérale, imbus de leurs erreurs, et qui n’ont cessé de nous conduire dans le mur.
Sur les deux points cruciaux de la Dette et de la croissance économique, ils apportent à court et long terme des solutions des plus pertinentes, provoquant à tout le moins au débat qu’on nous vole.
A propos de la Dette, les économistes atterrés (2000 membres tout de même aujourd’hui), proclament avec force ses origines : le problème aujourd’hui en Europe n’est pas celui de la Dette Publique, mais bien de la Dette Privée. Il faut absolument dénoncer tout d’abord le transfert des dettes bancaires vers les comptes publics, et retirer aux marchés financiers la clé du financement des Etats. Car jusque là, les Etats européens ne pouvaient se financer que sur les marchés financiers ! Or les taux d’intérêt ahurissants pratiqués par ces acteurs privés de l’économie privée ont tout simplement étranglés les finances publiques des Etats en question. L’urgence est bien de rompre avec cette logique idéologique d’une Banque centrale inféodée aux intérêts privés : ces banques qui n’ont cessé de spéculer contre ces mêmes états européens !
Quant à la croissance telle qu’elle se conçoit aujourd’hui dans nos démocraties libérales, l’ouvrage en dévoile l’impasse : il faut en finir avec son dogme imbécile et profiter de cette crise non pas pour entamer une procédure de décroissance, mais au contraire, d’opérer au véritable rebond de cette croissance en assurant sa transition vers des activités économiques et industrielles capables d’assurer notre évolution vers un développement conçu en termes écologique et social. Il faut opérer à cette transition écologique et sociale, seule capable de relancer l’activité économique et d’ouvrir de formidables gisements d’emplois. Face aux néo-libéraux incapables gérer l’évolution économique des pays dont ils ont la charge, il n’est en outre que temps d’engager un vrai débat démocratique sur ces questions. Les politiques d’austérité qui s’annoncent ne règleront rien, bien au contraire. Tout le monde le sait au demeurant et dans ce jeu de dupes, il semble que la seule question soit celle de savoir combien de temps encore les riches pourront en toute insolence profiter d’un système taillé à la mesure de leur cynisme.
Changer d’économie ! Nos propositions pour 2012, Les économistes atterrés, éd. les liens qui libèrent, janvier 2012, 244 pages, 18,50 euros, ean : 9782918597445.
Rembrandt : l’étreinte pathétique de la chair
Tout commence et finit par ce que le corps éprouve. Le corps ? Ne serait-ce pas plutôt la chair ? Car les êtres incarnés sont des êtres souffrants, jouissants, traversés par le désir et la crainte.
Rembrandt peint la question du monde sensible : la pensée ne peut connaître la vie en ne faisant que la penser. Car le logos n’éprouve rien. Connaître la Vie, c’est le fait de vivre. Rembrandt sait que le savoir de l’humanité ne fait que traduire l’expérience mondaine du corps dans le monde –viscères, fonctions nutritives, digestives, la mécanique des poumons, etc. Lui nous offre autre chose : un corps habité. Un corps qui doit ses vrais contours à la sensation. Rembrandt peint une chair qui ne se fuit plus et ne veut plus ignorer le fardeau ni le plaisir d’être soi-même.
La sensualité répond Rembrandt, tout est là. Qui est ce lieu où la chair se sent elle-même. Qui est ce pouvoir d’atteindre la chair dans son esprit même. Le désir. Qui n’a rien à voir avec un phénomène naturel. L’agneau, dix façons de le préparer…
L’idée de génie de Gaborieau, c’est de sortir de l’éternel gigot de Pâques ou du carré des grandes occasions. Ses pieds d’agneau en petits farcis d’échalote, ou sa couronne cloutée aux anchois sont de vraies merveilles. Le tout dans une série de livres de cuisine qui fut proclamée la meilleure de l’année 2009 par le jury des Gourmand World Cookbook Awards. Un seul regret : qu’il ne soit pas fait mention du broutard des Causses, l’agneau le plus divin du monde, qui d’année en année se voit attribuer le label tant convoité de "meilleur agneau du monde". Car la recette est une chose, la qualité du produit une autre… SARKOZY ? UN BATELEUR DE FOIRE EN CAMPAGNE…
Nicolas Sarkozy n’aime pas le vin. Il lui préfère le Coca ligth. Il n’aime pas le fromage non plus. Ça pue. Il lui préfère les bonbons. Son dégoût du bon goût est sans borne. Sans complexe. Sa grammaire ? Approximative. Celle d’un parvenu sans gêne. Qui aime l’argent. La hausse du pouvoir d’achat était son cri de ralliement. Le pouvoir d’achat a dégringolé comme jamais sous son quinquennat. Et alors ? Les français ont parié sur lui en 2007. Ils ont perdu. L’outrance, l’exhibitionnisme, le mensonge auront été sa marque de fabrique présidentielle. Sans parler de l’arrogance, de la vulgarité, de la violence. Un vrai numéro de cirque à lui tout seul. N’était qu’il a ruiné la France : quand il est arrivé au pouvoir, l’économie française était en plein essor. N’était qu’il l’a divisée.
Sarko aspirait à la grandeur, affirme Philip Gourevitch, observateur étranger du barnum politico-médiatique français. Il y aspirait parce qu’il était petit, poursuit-il. Non par la taille : par la morale. Par la pensée. N’y accédant pas, il nous a servi ce mauvais soap opéra que Gourevitch décrit et commente par le menu, nous ouvrant grand les confidences des plus proches conseillers du boss. Un boss sans vergogne, impitoyable dans sa quête du pouvoir, autrocrate. La droite extrême ? C’est lui, n’en doutez pas. Un stratège hors norme dit-on, n’hésitant pas à user de la brutalité la plus féroce, de la mauvaise foi la plus extrême. Un impulsif. Un homme sans idéologie. Un homme sans convictions. Un homme décevant, juge-t-il. Qui n’aura jamais été qu’un bateleur de campagne, pas un président. Un chef qui ne savait pas gouverner. Mais qui voulait le pouvoir. Comme un gamin convoite le jouet du voisin. Sans trop savoir ce qu’il allait en faire au juste. Il voulait juste être adulé. Un homme dont on apprend que les guerres le rendaient euphorique. Qu’il en redemandait, l’œil rivé sur les sondages d’opinion –c’est bon pour moi coco ? Un homme qui aimait l’importance que la guerre lui donnait. Un homme de guéguerre donc, plus efficace comme candidat que comme président. Voilà ce que la droite s’est choisie. Elle méritait mieux.
L’ouvrage glisse ensuite volontiers sur une interprétation du phénomène Sarkozy qui en laissera plus d’un meurtri : Gourevitch voit dans la présidence Sarkozy le symptôme de la désillusion des français sur leur compte. La France était devenu un petit pays. Un petit président lui allait bien.
Avec au fil des pages l’humiliation qui monte, de voir égrenés les scandales qui ont ponctué cette présidence et qui n’ont jamais fait scandale… Comme si toute morale citoyenne avait définitivement déserté le périmètre républicain, l’immunité jusqu’au dégoût…
No Exit, de Philip Gourevitch, éd. Allia, traduit de l’anglais par Violaine Huisman, avril 2012, 94 apges, 3,10 euros, ean: 9782844855701.
De Serge July à Nicolas Sarkozy : ils ont tant aimé la crise...
"Vive la crise!" On se rappelle Laurent Joffrin accompagnant Yves Montang aux réjouissances de l’ex-deuxième droite (on l'espère vivement, François, qu'elle ressortisse au passé!) affublée de son nez rose (l’expression est de Jean-Pierre Garnier, 1986). On se rappelle Joffrin en pédagogue Simplicissimus, voulant réconcilier les français avec la Finance, invitant toute l’éditocratie issue de 68 à se mettre au service du Pouvoir Politique. Une histoire navrante, mais dont il ne faudrait pas oublier qu’elle est notre histoire commune, celle d’une déconvenue tragique, concomitante de l’invention du pouvoir politico-médiatique en France, concomitante de la construction d’une cléricature médiatique qui n’allait plus lâcher les jugulaires du pouvoir jusqu’à aujourd’hui et consacrer, réjouie, la fin du contre-pouvoir de la Presse. Libé en tête donc, avec July convertissant Libé en canard régimaire. De ce même July, Fontenelle nous rappelle l’édito du 22 février 84, titrant sans rire "Vive la crise!", invitant à renoncer au socialisme et se livrant à la surenchère des formules publicitaires pour tenter de convaincre ces idiots de français (décidément) que l’Etat-Providence, c’était has been… On se rappelle qu’il s’agissait déjà de nous faire avaler la pilule du marché, July nous encourageant non pas à changer la vie, mais à changer de vie. July toujours, claironnant dans son éditorial vertigineux qu’il fallait "faire des citoyens assistés des citoyens entrepreneurs"… On a bien lu : "assistés"… Non pas sous la plume de Sarko, mais de Serge July... "Assistés"… On a vu ce que cela a donné, trente ans plus tard… Reprenez l’article et dans la foulée, lisez celui de Joffrin lui emboîtant servilement le pas pour nous expliquer, toujours sans rire, que les socialistes de l’époque ne s’étaient pas brisés sur le mur de l’argent mais celui de la réalité : les lois du marché, auxquelles il fallait se soumettre… Joffrin raillant leur mot d’ordre, galvaudé à ses yeux, et assurant que si la vie était bien "ailleurs", c'était ailleurs que dans "le fort délabré de l’Etat-Providence", et qu’elle ne pouvait sourdre que dans l’initiative privée…
C’était l’époque bénie où toute l’élite politico-médiatique s’entendait à faire de la lutte des classes une lutte de pique-assiettes ! C’était l’époque où Libé pouvait tirer à boulet rouge contre la grève des postiers de Toulouse, qualifiés "d’égoïstes" ! C’était l’époque où pour Joffrin le salariat se vautrait dans l’hideux spectre de la revendication corporatiste… L’époque où ce même Joffrin, toute honte bue, n’hésitait pas à dire que le travail au noir était "utile" face aux trop grandes rigidités du Droit français du travail… Faut-il poursuivre cette lecture ad nauseam ? Trente ans plus tard, Sarko trouva à s’inscrire dans cette continuité, en digne héritier de Joffrin ! Avec cette différence que lui, Sarko, a su restaurer la lutte des classes, mais pour la mettre au service des plus riches, en une série d’agressions sociales sans précédent dans l’histoire de la République française. Une offensive d’une extrême brutalité, faisant sauter en quelques semaines, en 2007, tous les verrous qui empêchaient les inégalités de se creuser trop visiblement. Bouclier fiscal en tête. Affaiblissement du droit de grève en second front, avec pour solde l’indigence pour tous les retraités et l’on en passe, tant l’homme s’était mis en tête de finir pour de bon le travail de casse de l’Etat-Providence qu’un Joffrin appelait de tout son cœur…
C’est cela que nous rappelle Fontenelle : le sarkozysme de gouvernement est l’achèvement de trente années de renoncement. Trente années d’un pouvoir construit sans vergogne par la presse française, tous bords confondus. Trente années au cours desquels nos intellectuels se sont réjouis de voir la France enfin libérée de la tutelle de Marx. Trente années de glorification du syndrome Attali, expert en tout, compétent en rien, cynique et impudent, de droite comme de gauche, parangon d’opportunisme, voyez : il vient de se faire le partisan farouche de l’augmentation de la TVA et de la baisse des transferts sociaux ! Plus sarkozyste, tu meurs… Alors après la grande rupture avec le socialisme, qui fut largement à l’origine de nos défaites, de notre ruine et de notre anéantissement, avec quoi faut-il renoncer, aujourd’hui, pour qu’un vrai changement ait lieu ?
Vive la crise, Sébastien Fontenelle, édition du seuil, mars 2012, 184 pages, 14,50 euros, isbn : 9782021057713.
VIVE LA CRISE : la fabrique du consentement…
"Ou l’art de répéter dans les médias qu’il est urgent de réformer (enfin) ce pays de feignants et d’assistés qui vit (vraiment) au-dessus de ses moyens"…
"Vive la crise"… Dans son dernier essai, Sébastien Fontenelle n’y va pas avec le dos de la cuillère. La Crise ? Depuis les années 2000, la presse dominante n’a cessé de nous en rebattre les oreilles, martelant jour après jour le même message à la teneur si indigente, ne cessant de travailler, jour après jour, à "la fabrication du consentement", selon la très pertinente formule de Noam Chomsky. Une mise en condition sans précédent de l’opinion, pour une totale soumission au dogme libéral.
La révision générale des politiques publiques, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, la destruction de l’Administration française, de l’école française, des hôpitaux français, de la santé française, des transports français, de l’emploi français, de la Justice française, tout cela au nom de la crise, voilà qui fait beaucoup en effet, beaucoup a avaler et que nous n’aurions jamais avalé sans l’aide de médias stipendiés.
Certes, aucun doute sur le sujet, tout cela auquel ajouter les somptueux cadeaux fiscaux aux plus riches, cadeaux qui ont littéralement ruiné le pays, l’orientation éhontée de la dépense publique au service des mêmes plus riches, la confection de conditions de vie toujours plus précaires et plus difficiles pour les salariés, aucun doute, c’est bien à Nicolas Sarkozy que nous le devons, qui n’aura cessé de voler dans la poche des pauvres pendant cinq longues années.
Cela dit, il nous faut tout de même affronter notre histoire dans toute son étendue, et c’est ce à quoi se livre Fontenelle, décortiquant avec intelligence et un rien d’exaspération, la presse française qui, depuis plus de vingt ans, n’a cessé de marteler ses fumeux mots d’ordre pour nous faire avaler la pilule. De l’emploi du mot "tabou" -entendez par là tout ce qui va contre l’idéologie dominante d’exploitation éhontée des classes populaires-, jusqu’au "modèle social" estampillé pour l’occasion "français" pour mieux en dénoncer l’exception, en passant par "l’assistanat" salarié, tout y passe, d’un vocabulaire que nous n’avons cessé d‘entendre sinon de faire nôtre, au point de n’être plus jamais troublés par ses usages quotidiens pilonnés à longueur de journée par une journaille vendue à la cause néo-libérale.
La novlangue des élites est édifiante, qui a fait du progrès la désignation exactement contraire à son sens originel. Et quant aux "nécessaires réformes", elles ont fini par signer les pires reculs anti-sociaux jamais enregistrés dans l’histoire française. Des procédés langagiers dont on sait trop bien à quelle histoire les imputer. La crise ? Le mot était magique, il est devenu notre pain quotidien. Et c’est là que le bât blesse : une génération de clercs de médias s’est agrippée à ce vocable. Une génération arc-boutée sur ses privilèges, une génération, comme l’écrit si justement Fontenelle, qui s’est transformée en fan club de l’exploitation de l’homme par l’homme, depuis le Figaro, certes, mais jusqu’à Libé. Car à lire de près les articles des années 80 que Fontenelle déterre, un sentiment de nausée nous envahit sur le rôle joué dans cette funeste comédie par des acteurs sociaux issus de l’ex-gauchisme à la française, devenus des patrons de presse comme les autres. "Vive la crise", c’était précisément le titre d’un éditorial de Serge July en 1983, servant avant l’heure la soupe aux grands patrons, Laurent Joffrin en chien-chien jappant à ses côtés la même sérénade indigeste. Il faudra bien alors, tout de même, nous en poser la question si l’on veut un vrai changement. Ce n’est pas le moment, me direz-vous, de le mettre en péril par ces rappels intempestifs d’une époque révolue où la deuxième droite affublée de son nez rose, selon la moqueuse expression de Jean-Pierre Garnier (1986) accourut au service d’une classe politique convaincue que l’avenir de la France c’était l’entreprise, sinon la Finance, et non ces travailleurs qui l’avaient portée au pouvoir. Et cette histoire de l’ancrage du pouvoir médiatique dans le pouvoir politique devra elle aussi être ré-évaluée, si nous ne voulons pas d’un changement en trompe-l’œil. Le score atteint par Mélanchon dans les sondages en témoigne, qu’on aime ou non le personnage. Ce score témoigne d’une exigence plus grande qui se fait jour. Alors le changement ? Les forces sociales y sont prêtes. N’en ratons pas l’opportunité.
Vive la crise, Sébastien Fontenelle, édition du seuil, mars 2012, 184 pages, 14,50 euros, isbn : 9782021057713.
L’IMPOSSIBLE : vivre au RSA avec 456 euros par mois…
L’Impossible publie un long extrait d’une lettre ouverte de Nadia Mokaddem, écrite le 19 février 2012. Lettre ouverte adressée "à tous ceux qui estiment qu’avec 456 euros par mois nous parasiterions la société française". On se rappelle l’impudence du candidat sortant, proposant un referendum sur le chômage. Comme si les chômeurs étaient responsables de leur situation, quand Pôle emploi demeure en panne depuis sa création. Mutique. Ne proposant jamais rien. Sinon punir, dénoncer, fliquer. Pas le moindre stage, pas la moindre formation, pas le moindre emploi, pas le moindre remplacement. Nadia n’a pas reçu la moindre proposition de Pôle Emploi en quatre longues années de chômage. Déchirée. Epuisée. Quatre longues années sans emploi. Professeure, jadis. Avant de se voir licenciée, jetée à la rue, et puis le Rmi, et puis le Rsa. Tandis qu’elle ne baissait pas les bras, cherchait, cherchait cet emploi que Pôle emploi ne savait pas lui trouver. Rien. Pas le moindre travail à l’horizon d’une société française détruisant toujours plus d'emplois. Du travail ils ont fait table rase. Alors elle s’est reconvertie. Seule. Sans l’aide de Pôle Emploi. Il faut lire ce témoignage pour comprendre le scandale des propositions de Sarkozy. Intermittente ensuite. Et puis de nouveau plus rien. Naufragée du travailler plus. Une femme à la rue. Abîmée.
A ceux qui savent, trop nombreux, ce que c’est que la crise à répétition depuis plus de vingt ans, Nadia dédie sa Lettre. Fatiguée. Lessivée. Son balluchon de précarité sur le dos. Trop diplômée lui affirmait-on sans rire. De petits plans en petits plans. Survivre. Sans l’aide de Pôle emploi. Il faut lire son témoignage pour comprendre le scandale dans lequel nous enferme une droite qui n’a cessé de faillir. 456 euros de mina social. Et encore, obtenus à l’arrache, après des mois de galère, sans le moindre centime pour survivre le temps de remplir les dossiers administratifs, car Pôle Emploi a oublié de penser que l’on devait vivre en attendant son RSA. Une femme seule. Effondrée. Assommée sur le faux parquet d’un appartement vide : elle a tout vendu pour survivre. 40 ans. Et la CAF qui renvoie à Pôle Emploi qui renvoie à la CAF… En attendant, elle ne mange plus. Elle ne dort plus. Elle ne se chauffe plus. Novembre est terrible, janvier sera pire. Diplômée de troisième cycle. Sonder le web pour trouver un emploi qui n’existe pas. Noël. Là-bas, la fête. Il faut lire ce témoignage pour comprendre l’énormité du scandale du discours de Sarkozy ! Et toute honte bue, la vindicte de l’assistante sociale relayant les mêmes préjugés : "Quand on vient d’un milieu comme le vôtre, on ne s’obstine pas à faire un troisième cycle" !!! Un DEA de langue et civilisation allemande. L’Allemagne, le modèle cher à Sarko. Il faut lire ce témoignage pour comprendre l’insupportable de son discours ! --joël jégouzo--.
L’Impossible, n°1, février 2012, 5 euros, mensuel, 128 pages, en Kiosque depuis le 15 mars, en librairie depuis le 22 mars 2012.
L’IMPOSSIBLE (L’AUTRE JOURNAL)
L’Impossible est un journal. D’un autre genre, cela va sans dire. Un journal pour tout dire impossible, qui prétend marier la qualité à la profondeur, réinventée tout juste vingt ans après l’expérience de L’Autre Journal, qui devait tant à Deleuze.
Un journal en forme de manifeste, bien au delà de sa première livraison au demeurant, par nature, programmatique.
Un journal qui invite ses contributeurs, écrivains, personnalités de la culture, rédacteurs occasionnels, à creuser, creuser sans cesse sans jamais se défaire d’une exigence d’écriture portée à l’improbable des temps neurasthéniques que nous venons de traverser. Tout l’inverse de ce qui se pratique aujourd’hui en France, où la superficialité s'apprête d’une trivialité sans nom. Une utopie donc. Invitant à la création d’une communauté de lecteurs et d’auteurs. D’une communauté engagée dans un travail de réflexion et d’écriture sur ce qui fonde et le sens de notre vivre aujourd’hui, et les raisons d’en désespérer. Des hommes, des femmes, qui se promettraient de repenser nos droits et tous les droits, de ceux des glaciers à ceux des animaux, des minorités à ceux des citoyens de seconde zone. Des hommes, des femmes, qui ne détesteraient rien tant que la lourdeur de notre monde à simplement exister. Des hommes, des femmes, qui ne renonceraient ni à l’intime de leur vie, ni à l’universel de leur être. Des citoyens qu’une impossible jeunesse tarauderait. Ardente contre la banalité du Mal et contre le temps qui passe et ce pire qui nous dévaste, ce peu de choix qu’on nous laisse. Il s’agirait donc d’élargir l’offre des possibles aux frontières de cet impossible que de sots dirigeants nous assignent. Et en parler entre nous pour briser l’entre-nous qui nous assassine.
Les temps sont impossibles. The time is out of joint, affirmait Hamlet. C’est cela. Oui. Il faut dégonder les portes de ces temps assassins. Devenons impossibles ! Rendons-leur la vie impossible à notre tour, jamais rassasiés d’égalité, de liberté, de justice, jamais vaincus, pas du tout prêts à déposer nos possibles à leurs pieds. Qu’un secret mot d’ordre nous habite : rentrons en politique, notre destin. Ne respectons plus les puissants de ce monde, n’interrogeons plus les experts, palabrons ! --joël jégouzo--.
L’Impossible, n°1, février 2012, 5 euros, mesnuel, 128 pages, en Kiosque depuis le 15 mars, en librairie depuis le 22 mars 2012.
L'ECOLOGIE POLITIQUE A-T-ELLE ENCORE UN AVENIR ?
Les entreprises produisent quantité de biens, dont la plus grande vertu est d’entretenir l’illusion que la croissance indéfinie de la société de consommation est gage de progrès social. Mais bien évidemment, la pauvreté n’est pas éradiquée et les inégalités se creusent. Cette dégradation de la cohésion sociale provoque en retour l’aggravation de l’insécurité matérielle et psychologique : l’individu, sur lequel repose la justification de nos économies, ne parvient plus à exprimer son inquiétude que sous la forme d’un désarroi sans réponse. Et bien sûr, nous devinons tous que l’exigence de croissance indéfinie qui régit notre modernité est absurde : les ressources naturelles de la planète sont limitées, cette croissance nous conduira droit dans le mur… Un pessimisme dûment motivé, auquel s’ajoute une inquiétude plus diffuse, que nul ne parvient à identifier. Une sorte de pessimisme aliénant d’autant plus sourd que nul n'est parvenu à le thématiser. D’où vient-il donc ?
Pour Christian Comeliau, de la trop forte poussée des valeurs individuelles combinée à la dictature du marché. L’erreur du capitalisme aura été de faire du marché le fondement unique de sa philosophie et de son organisation. Ce qui aura conduit à la marchandisation de toutes les valeurs, comme celle du travail ou de la finance. Mais cette modernité est condamnée. Son histoire ne peut que se terminer mal : la menace écologique, également, pèse sur elle. Or l'on ne voit pas comment de nouvelles règles pourraient se dégager du fatras des discours qui interdisent de les penser. Un grand débat politique sur les finalités de l’économie serait, pour le coup, urgent à mener. Mais quelles pourraient être la base politique et sociale de ce débat ? Pour l'auteur, aucun doute : la base sociale est celle des plus défavorisés. Quant à la base politique, il peine à la définir. Une avant-garde sachant guider les masses opprimées dans leur choix de société ? Curieusement embarrassé en ce qui concerne le modèle économique et politique que ses idées soulèvent, son programme demeure problématique politiquement : l’avant-garde éclairée, écologique, ne peut que résonner singulièrement à nos oreilles, tout juste remises des dérives totalitaires.
Les impasses de la modernité, critique de la marchandisation du monde, Christian Comeliau, éd. Du Seuil, coll. Economie humaine, sept. 2000, 260p., 19 euros, EAN : 9782020407601.
LE FONDAMENTALISME DES MARCHES FINANCIERS
Ce n’est certainement pas un exercice auquel se plie volontiers l’historien, que celui de vouloir prédire l’avenir.
E. J. Hobsbawm, le père du Court XXe siècle, s’y est livré avec tout le scrupule de sa science, au cours d’une conversation certes informelle, mais menée avec le plus grand sérieux. Et plutôt que de se hasarder à parier sur un avenir incertain, sagement, mais avec une clairvoyance surprenante, il s’est contenté de dégager les tendances structurante du siècle qui venait, inscrites dans le présent parfaitement identifiable du siècle finissant.
De tous les indicateurs retenus au cours de cet entretien, deux se dessinaient comme particulièrement fondamentaux.
Le premier tient au hiatus ouvert entre logique du développement économique et logique politique. Selon Hosbawm, la faillite du fondamentalisme du marché nécessitait l’intervention conjointe et unanime des Etats. Mais ces derniers semblaient avoir perdu leurs moyens de coercition. On assistait même à une sorte de renversement historique : l’Etat moderne, parvenu à son apogée lorsque la protestation sociale s’y institutionnalisa, ne s’imposait plus avec la même évidence. Comment, dans ces conditions, ces états si peu souverains pourraient-ils contrer efficacement cette faillite et lui proposer une sortie pertinente ?
Second indicateur fort, dont nous entrevoyons mieux aujourd’hui les contours : l’individualisme liberticide qui régit les marchés et qui ne saurait en rien convenir aux exigences de la politique internationale. A quelques années de distance, la crise financière survenue, on ne peut qu’admirer la clairvoyance de l’historien !
Les enjeux du XXIe siècle, Eric J. Hobsbawm, entretien avec Antonio Polito, traduit de l’anglais par Lydia Zaïd, éditions Complexe, coll Questions à l’Histoire, mars 2000, 200p., 14,50 euros, EAN : 978-2870278123.