Vote Démocratique, Voix du Peuple…
Dolar, dans son dernier essai publié aux éditions NOUS sur les métaphores de la voix en usage dans nos sociétés, consacre un chapitre à la Vox Populi, telle qu’elle s’est construite puis soustraite aux démocraties occidentales. Un regard intéressant sur ce qui, au filtre de l’isoloir, se perd et que l’on entend ici et là gronder dans les votes protestataires : ces voix que l’on n’aimerait pas entendre, que les gouvernements plutôt ont peine à entendre et que leur ordre ne satisfait pas. Mais qu’a-t-on perdu au juste, de la rue à au bulletin de vote ?
A la voix vive de la Révolution française, nous avons substitué la voix réfléchie de l’électorat national. Une maturation, nous dit-on, tant la Vox Populi a mauvaise presse –Sarkozy ne s’est-il pas enorgueilli de n’avoir pas céder à la pression de la rue ? La Vox populi, cette image ritualisé de la voix populaire, de la voix du Peuple à laquelle nous avons préféré les voies d’une société plus organisée, pacifiée, a pourtant immortalisé un mirage toujours en grâce : celui d’une Nation qui par le miracle des urnes parlerait d’une même voix, celle de son Président. Celui d’une nation unie plutôt qu’unifiée, fantasme des démocraties acculées à des choix douloureux, sommation des Républiques installées sous le feu des menaces internationales.
Une voix pourtant réduite bien souvent au silence, non pas tant de l’isoloir, cette cellule qui supprime l’éclat collectif de la Voix populaire, écrit superbement Dolar, que dans sa sortie des urnes, la déversant aussitôt dans l’éloquence des majorités promptes à ramasser les moindres miettes de leur victoire. Car sitôt passé le vote, cette voix électorale devrait rester silencieuse… Dénombrée, mesurée, soumise à l’arithmétique, confiée à un signe écrit, privée désormais de toute l’intensité de la campagne électorale, sinon étouffée, parfois divisée comme ce fut le cas avec le candidat sortant, elle est appelée à rentrer dans le rang, à se taire, à attendre le prochain temps de parole qui lui sera accordé.
Rappelez-vous cependant ce que furent jadis les grands moments de la parole du peuple français, ce Peuple appelé, appelant à donner de la voix, à légitimer, par son vacarme, ces clameurs, toute promesse d’investiture en son nom.
Reste il est vrai l’acclamation de l’investiture. Partielle, on l’a dit, puisque celle d’une majorité, celle des vainqueurs, cris exclusifs dont sont exclus ceux des perdants, qu’il faudra bien entendre pourtant…
A la voix du Peuple, on a substitué la voie électorale. Contre la nature fugace de la voix, nous dit Dolar, nous avons cherché à inscrire cette voix du bulletin de vote dans une durée. Nous avons cherché à la circonscrire, à la domptée.
Mais que faisons-nous du supplément indomptable ?
La voix du vote bien trop souvent a autorisé tous les chantages. On l’a vu dans la rhétorique légitimaire du candidat sortant. A commencer par le plus vil d’entre ces chantages, celui fait sur le peuple. Sur sa moitié abandonnée, perdue, confisquée. On l’a bien connu avec le candidat sortant. Sa représentation publique, sur-codifiée, scella le destin de la France d’en bas, tragique, de soumission. Le sceau d’une conception de société.
Mais comme il est impossible de faire taire longtemps cette France là, on a pu l’entendre clamer de plus en plus fort sa colère, tandis que les autorités parlaient à l’endroit de cette Voix soudainement ressurgit d’obscénité. Lorsque la Voix du Peuple surgit, nous dit Dolar, elle produit en effet toujours un effet d’obscénité. Mais, ajoute-t-il, c’est cette voix seule qui préserve des abus de l’autorité. Contre la Voix autoritaire du Chef d’Etat, il n’est d’autre possibilité que cette voix obscène aux yeux des autorités. Obscène parce qu’elle refuse de se mettre en scène, comme le fait la voix de l’autorité, décalquant son modèle de ceux hérités des régimes les plus durs. Une voix affublée, qu’elles opposent à cette voix obscène du peuple en colère. Une voix affublée qui porte bien souvent au delà de tout sens, celle que l’on a fini par entendre dans la bouche de Sarkozy, incantatoire, la voix de la promesse d’une suspension de la Loi démocratique pour en appeler au "vrai" peuple, clivé, haineux, revanchard. Une voix qui aura fini par refuser de fournir un énoncé politique à cette voix du peuple, pour l’enfermer dans des résonances idéologiques douteuses. Reconstruisant la voix populaire dans cette petite fabrique symbolique que l’on a connue, qui sollicite l’excès, les voix d’interpellation privées de tout contenu positif, les voix sonores de l’affabulation de l’ordre. Des voix logées dans la sphère de la subjectivité, articulant un secret qui leur échappe infiniment. Or quand le peuple ne peut accéder à son lieu, conclut Dolar, quand la Loi se met à devenir énigmatique à ses yeux, car autorisant toutes les dérives personnelles, quand le peuple ne peut plus localiser le lieu symbolique depuis lequel sa voix est réellement proférée, xénophobie ou simple élément de langage, quand il ne peut plus en définir la logique, la seule chose qui soit sûre, c’est que son destin lui a échappé.
Fasse donc que notre destin ne nous échappe pas, et qu'une fois nos voix entendues, nous saurons les relayer au-delà des seuls résultats électoraux : elles sont le prototype d’une société nouvelle que nous portons en nous, la texture du social, des voix cette fois réellement dotées d’un sens, qu'il ne faudra pas disperser à la hâte.
Nicolas Sarkozy, le président qui n’avait jamais été président…
Insignifiant. Signifiant le pire plutôt, toujours, sans vergogne, sans mesure, approximatif et démagogue, osant un mensonge après l’autre, agitant le spectre de la peur, toujours, toujours menaçant, toujours comminatoire, mais ignorant fondamentalement qu’il aura été au pouvoir ces dix dernières années. Se plaignant donc, sans rire, des égarements de son prédécesseur, lui-même, sur l’immigration dont il aurait laissé filer les comptes, revenant, en creusant un trou politique (une fosse) de près de trente ans dans l’histoire, sur les égarements de François Mitterrand, accusant encore et toujours les 35 heures, que la droite avait tout loisir d’abroger tout au long de ses années de pouvoir et dont elle donne le sentiment de n’en avoir conservé les restes que pour les exhiber au gré de ses propres désastres et pour dissimuler ses insuffisances en matière de relance économique…
Un président sortant ignorant donc qu’il aura été le responsable de la décision politique ces cinq dernières années, et l’ignorant essentiellement, tant il semble avoir fait siens les conseils d’un Carl Schmitt, l’idéologue des droites les plus rogues, affirmant que l’homme du pouvoir autoritaire devait se comporter vis-à-vis de l’Etat comme si l’Etat n’était qu’une modalité de la politique, l’autre étant son constant effort pour rompre la communauté nationale, la diviser, la cliver. Le partisan, ainsi que le rappelait très à propos François Hollande. Un chef d’Etat partisan, nommant au gré de ses caprices, légiférant au gré de ses anxiétés politiciennes, qui aura finalement passé ses cinq années à fabriquer de l’opinion publique et quelle : celle qui le reconduirait dans ses fonctions –il le pensait du moins.
Un partisan œuvrant contre l’Etat lui-même, selon l’enseignement du même Carl Schmitt, confiscant les pouvoirs, combattant irrégulier, déloyal, conscrit du pire qui n’avait besoin que d’un récit de légitimation pour justifier ses actes et sa petite fabrique d’opinion, brandissant le chiffon de l’immigration érigée en souci majeur du peuple français quand ce dernier ne cessait d’exprimer son inquiétude devant la dégradation de l’emploi, sa peur devant la formidable montée en puissance de la précarité, sa détresse devant notre paupérisation forcenée !
Un président construisant jour après jour une légalité factice, un président en sécession, exactement comme le conseillait Carl Schmitt à l’homme que le Pouvoir inconditionnel tenterait. En sécession vis-à-vis de la communauté politique officielle et souveraine, à commencer par ses propres rangs, demain liquéfiés. Un président partisan, détaché de l’Etat, nécessairement conseillait Carl Schmitt, mais rattaché à une seule cause poursuivait-il : celle de la crispation identitaire. La crispation pour seule légitimité acceptable, prétendait Carl Schmitt, que le Chef de cet Etat autoritaire devra brandir comme supérieure à la légalité étatique. Tout le discours de Nicolas Sarkozy repose au fond sur cet imaginaire du partisan tel que le définissait Carl Schmitt, divisant, montant les français les uns contre les autres, et engagé dans un combat défensif (c’était exactement sa posture hier soir) : la défense d’une certaine idée française, nourrissant et circonscrivant son hostilité à ces français d’origine maghrébines, incroyablement rabattus sur une religion que l’on n’aura cessé cinq années durant de stigmatiser. Une hostilité technique, disait Carl Schmitt, technique parce qu’il s’agit simplement de créer les conditions de l’exercice d’un pouvoir autoritaire, c’est-à-dire politicien, pratiquant le media-activisme comme art du pseudo gouvernement, tant ce qui importe le plus aux yeux de ce type de pouvoir est la construction d’une opinion publique estropiée. Il est de ce point de vue incroyable de réaliser combien Nicolas Sarkozy aura été si peu président. Il le dit lui-même quand il parle du nucléaire par exemple, incapable de prendre non pas la décision qu’il feint de reprocher à François Hollande, d’affaiblir l’indépendance énergétique de la France, mais quand il avoue qu’il n’est pas capable d’impulser un souffle nouveau quand notre croissance, au bout du rouleau, exhibe à l’évidence la nécessité d’en finir avec son dogme imbécile et de profiter de cette crise non pas pour entamer une procédure de décroissance, mais au contraire, d’opérer au véritable rebond de cette croissance en assurant sa transition vers des activités économiques et industrielles capables d’assurer notre évolution vers un développement conçu en termes écologique et social. Mais non, voilà un président calfeutré derrière la décision d’experts en sécurité, sans vision pour l’avenir, confiant à ces experts non pas notre sécurité, mais la décision politique ! Un président incapable donc de fixer des axes d’avenir, le nez dans le guidon des sondages fabriquées, incapable d’orienter, d’impulser, incapable de tracer un autre chemin que celui de la division et de la précarité généralisée. Alors oui, il est sans doute temps de donner un locataire à l’Elysée, nous le méritons bien !
D'une civilisation que l'on voudrait bornée...
Imaginez 500 000 immigrés déboulant en une nuit sur le sol national !
Sarko apopleptique, Guéant halluciné... 500 000 barbares, d'un coup, déferlant sans que rien ne les arrête... 500 000, c'est pourtant bien ce qui se produisit aux origines de ce que l'on voudrait nous faire passer pour une Nation identitairement unanime depuis la nuit des temps... 500 000 qui profitèrent des grandes gelées de l’hiver 406 pour traverser le Rhin à pied et débarquer en Gaule !
La plus grande vague d’immigration que connut l’Empire romain, fort de seulement 25 millions d'âmes à l'époque... Imaginez du peu que représentaient alors ces 500 000 barbares à l'échelle de la Gaule !
Des Vandales et des Francs pour l'essentiel, qui fuyaient les barbares de l'Est et qui vinrent, une nuit, s'établir "chez nous"... Des francs, du norois Frekkr : hardis. Germains en gros, nos ancêtres, aussi sûrement que les gaulois furent rétrospectivement les nôtres... Sacrés gaulois, relevant d’une construction historiographique rudimentaire qui supposait qu’avec eux, la France avait déjà implicitement conscience d’exister comme Nation ! Magnifique reconstruction a posteriori de l’Histoire française conçue comme (grande) marche de la nation unanime vers son destin «français». Il vaut la peine d’en décrypter les présupposés, qui tournaient autour de deux grands axes : celui de la constitution de la Nation autour des rois d’Ile-de-France puis de l’Etat centralisateur (autorisant la construction d’un thème national articulé par la notion de Peuple), celui de l’évolution de ce Peuple vers une République de citoyens façonnés par l’Instruction Publique (autorisant la construction d’un thème démocratique articulé par l’idée de Nation républicaine).
Le tout savamment localisé par le tracé d’une géographie impeccable, nous calfeutrant à l’intérieur de frontières prétendument «naturelles». Mais en France moins que partout ailleurs il n'exista de frontières naturelles : les Alpes ouvraient de grands boulevards aux vallées transversales, le Rhin, bien qu’impétueux, offrait de multiples occasions de traversée et quant aux Pyrénées, elles étaient elles-mêmes déchirées par de grandes coulées qui autorisaient bien des passages (parlez-en aux Basques).
Quelles frontières naturelles, dès lors, d’autant que, paradoxalement, le seul fleuve à faire frontière en France fut pendant des siècles le Rhône… Alors pensez : les Gaulois !… Mais certes, quel bel outil de réconciliation nationale… Quel levier de fabrication de l’estampillage made in France, de cette France articulée secrètement par la volonté d'un bien étrange Souverain confisquant par tradition tout les pouvoirs entre ses mains pour n'en faire qu'un fief corvéable à merci... A cette exception près que, par un sacré bon sens, cette Nation a toujours été moins bornée que ne l'ont été ses dirigeants...
Image : anonyme. Dans cette troublante iconographie, remarquons que l’imaginaire de l’invasion barbare ouvre à l’idée de son retrait, une fois l’invasion repoussée (tôt ou tard). Sauf qu’en ce qui concerne cette invasion, nombre d’entre eux s’établirent dans le pays "envahi" pour y faire souche et enrichir le fait local de leur propre culture…
LINGUA FRANCA, L’USAGE METISSE DU FRANÇAIS
On le sait : l’unité linguistique de la France ne s’est opérée que très tardivement. Il n’y a qu’à lire les rapports d’inspection pédagogique du XIXème siècle pour comprendre en outre dans quelles conditions s’est opérée cette unification linguistique : brimades, sanctions, répressions, les petits ardéchois n’étaient par exemple pas à la fête, conviés à apprendre une langue qui leur était étrangère, enseignée qui plus était par des maîtres qui eux-mêmes ne la parlaient pas – en Haute Ardèche, les archives des rapports d’inspection des maîtres fourmillent d’observations truculentes à ce sujet, surtout pour la première moitié du siècle : quand un maître faisait moins de vingt fautes à sa dictée, l’inspecteur était aux anges…
On parla donc tardivement français en France. Tardivement, signifiant ici qu’il a fallu attendre la fin de la première guerre mondiale pour espérer entendre les français parler en français. Jusque dans la boue des tranchées, en 14-18, les ordres pleuvaient dans toutes les langues : il fallait sauver les restes de l’Empire défunt en sacrifiant encore des bataillons de bons et loyaux serviteurs étrangers, tirailleurs sénégalais et autres indochinois, enrôlés par abus de misère pour tomber sur des champs qui n’étaient pas les leurs. Et quant aux troupes formées des indigènes du terroir, ardéchois, bretons, etc., les ordres leurs demeuraient souvent opaques dans ces français approximatifs dans lesquels ils étaient formulés.
Et bien évidemment, le français que l’on "baragouinait" ici et là dans l’Empire n’était pas plus considéré que l’on avait considéré jusque là, dans ce que l’on continue d’appeler le trésor de la langue française, les apports des classes "dominés". Il n’est que de se rappeler la fameuse querelle des "gemmes", qui vit un Vauvenargues narquois entrer le sourire aux lèvres dans cette dispute visant à déterminer les origines d’un terme que les banquiers et les paysans semblaient se partager (le gemme, pierre précieuse, et l’action de gemmer, qui signifiait à la campagne greffer deux plantes). Les paysans ne pouvaient avoir fait preuve d’invention… Les banquiers, mais c’était bien sûr, avaient certainement créé le mot dans leur beau latin d’aigrefins… Or il fallut en rabattre… On oublia la querelle dès qu’il fut établi que la création relevait des paysans…
Pendant des siècles, les échanges entre riverains de la Méditerranée se firent dans une langue étonnante : la lingua franca. Méprisée, ignorée par les universitaires, les travaux de Jocelyne Dakhlia (EHESS) viennent aujourd’hui en révéler l’importance. Cette langue a surgi dans un contexte complexe, au sein de cet espace méditerranéen fragmenté en mille familles linguistiques, romanes, sémitiques, slaves, etc., articulant des clivages religieux sévères. Elle apparut semble-t-il dès le XIIème siècle, au Proche-orient, pour connaître son apogée à l’époque moderne. A quoi devait-elle son succès ? A la simplicité de son apprentissage, certes, indique Jocelyne Dakhlia, mais tout en soulignant ce qui, au fond, était sa caractéristique majeure et pour nous la plus intéressante : l’absence de dimension identitaire dans sa structure même, laissant le grain des voix filer comme il le voulait entre les rives de ces mondes allochtones.
Aucune des cultures concernées ne se l’appropria donc. Essentiellement parlée, sans postérité littéraire, sa forme resta labile, ouverte aux apports, sans cesse renouvelés. Une langue qui ne connut pas non plus le phénomène de la créolisation. Mais pour le monde cultivé d’alors, un jargon. Dépréciée mais efficace, avec son socle roman, franco-provinçal plus exactement, italien sur les versants du Levant, espagnol au Maghreb, s’enrichissant de mots arabes, turques, etc. Il n’est pas jusqu’à Molière qui ne s’en soit fait l’écho dans ses pièces (cf Le Bourgeois gentilhomme).
Une langue dont l’usage, étudie Jocelyne Dakhlia, ne se limitait en outre pas aux seuls échanges entre maîtres et esclaves, comme on a pu le croire longtemps, mais partagées entre esclaves, razziés de tous les coins du monde, l’apprenant pour communiquer entre eux et s’assurer d’un espace où témoigner de leur condition. Mais aussi nous apprend-elle, la langue des marchands et des populations urbaines, poussant même ses mérites jusque dans les négociations diplomatiques.
C’est la colonisation française qui mit fin à cette expérience linguistique. Au départ, on fournit aux soldats de l’Expédition d’Alger (1830) des lexiques en lingua franca. Mais très vite son usage fut interdit, pour être remplacé par celui du français. Ironie du sort, de nos jours, une lingua franca s’invente de nouveau en Algérie, dans les relations marchandes entre algériens et… chinois. Ailleurs, en Afrique par exemple, un français s’invente, truculent, comme dans le cas des romans de Janis Otsiémi, spectaculaire, véritable indigénisation de la langue française, la déployant dans de nouvelles ressources langagières, trépignant de trouvailles en richesses, inventives à l’extrême et ne gaspillant jamais son français en formulations marmoréennes. Une chance pour nous qui parlons trop souvent notre mauvais français d’apparat : l’espoir d’un monde plus complexe !
J. Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerranée, Actes Sud, 2008, 591 pages, EAN13: 9782742780778http://plurilinguisme.europe-avenir.com/index.php?option=com_content&task=view&id=2127&Itemid=88888944
Article du Monde du 17 février 2010, sur l’usage d’une langue cassée entre chinois et algériens.
NRP, septembre 2010, n°619, issn : 1636-3574, 7,50 euros
Janis Otsiémi, La Bouche qui mange ne parle pas, éditions Jigal, septembre 2010, 15 euros, ISBN 978-2-914704-73-1
http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=1058
Observatoire européen du plurilinguisme :
DU TRAVAIL, SARKOZY A FAIT TABLE RASE...
Discorde nationale, son 1er Mai à lui !
Relayant la stratégie patronale de destruction des emplois, Sarkozy veut de nouveau monter les français contre les français et célébrer une "vraie fête du travail" dont les relents pour le coup pétainistes ne font plus aucun doute -on se souviendra en effet que c'est Pétain qui instaura ce 1er Mai comme «la fête du Travail et de la Concorde sociale», le 24 avril 1941. Réappropriation sauvage, comme l'affirme à juste titre Libération, dont les accents anti-syndicaux augurent bien de ce que serait son deuxième quinquennat si par malheur Sarkozy devait reprendre le Pouvoir ! Une fête qui aboutirait à célébrer la vraie précarité pour tous, inutile de revenir sur le bilan de Sarkozy en la matière, désormais bien connu, tout comme il est inutile de préciser que la crise n'est qu'un prétexte.
Alors revenons un peu en arrière à propos de travail : du temps de Sartre, la nécessité de fournir un travail était la norme éthique de la société bourgeoise. Aujourd’hui, c’est fini. Le pouvoir politico-médiatique, le plus scandaleux et le plus cynique qui ait jamais vu le jour, part, lui, du principe que le travail n'est qu'une variable d'ajustement des marchés financiers, ou qu'un élément de langage que l'on peut jeter comme un os à ronger aux plus fragiles pour leur faire avaler des couleuvres. De proche en proche, ce pouvoir aura fini par instruire des groupes sociaux comme n’étant plus des sujets du Droit français. Ce n’est pas seulement que la norme ancienne, bourgeoise, ait été suspendue ; la violence hors norme qui a été mise en perspective dans l’espace social s’est exprimée comme aucune autre avant elle, rejoignant, tout bien considéré, les discours enflamés du populisme noir des années 30 qui paraît soudain de nouveau taillé à notre mesure !
Le populisme noir pour ultime vérité d’un Peuple moins introuvable que dissimulé, exhibé aujourd'hui sans vergogne par un Pouvoir qui témoigne d'une pathologie sociale terrifiante. La France d’aujourd’hui ? Sarkozy voudrait en faire une foule sans légitimité. La précarité de masse ? Un élément de langage. Le travail ? Une simple variable d’ajustement. Tout centime financier vaut mieux que la vie d’un travailleur. Et l’on ne nous demande sûrement pas de donner notre avis sur cette option fondamentale de la société française : le Capital France relève du bon usage des techniques financières. Plus d’interdit : la vie humaine n’est plus sacrée. Demain, des millions d'autres à la rue. Un vrai crime d’Etat, qu’on se le dise, car ce dernier ne protègera que certaines vies, définies sous le manteau des barons de la Finance. Cette amoralité sordide masque tout juste qu'il y a un cadavre dans le placard de la Nation française : celui de la France d’en bas, et que sous ce cadavre repose une plage, une vraie, où les nantis se dorent la pilule. L’horreur serait donc notre seul avenir commun... La précarité de masse, le seul vrai destin de cette France de Sarkozy. Superbe pied de nez à l’Histoire : la France est ruinée par une certaine idée libérale de la Nation française ! "Ruinée" : cela dit assez que la France d’en haut ne fait qu’imposer un cheminement pseudo éthique à l’opinion nationale : on demande aux plus désespérés de garder foi en toutes les trahisons à venir ! Enorme mystification : l’option morale n'est en fait qu'une option politique au sein de laquelle l’intolérance est devenue la norme. Une norme institutionnalisée par l’Etat lui-même. La norme de cette "France bourgeoise au dos facile", comme l'écrivait Verlaine dans un poème d'hommage à Louise Michel, de cette France arrogante que la rage mord et qui croyait avoir trouvé son commissionnaire, à défaut de hérault !
Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale, rapport 2009-2010 :
http://www.onpes.gouv.fr/Le-Rapport-2009-2010.html
le rapport lui-même, en pdf : http://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/RapportONPES_2009-2010.pdf
L'idée de frontière...
Voilà que Nicolas Sarkozy se fait le champion des frontières, qui en appelle aux civilisations bornées...
L'occasion d'en explorer un peu les fondements...
A l’origine, le poids de la frontière grecque n’était pas politique.
Seule la polis inscrite dans les limites du cœur de la Cité l’était.
Mais c’est de ce schéma spatial de la Cité grecque réduite à son cœur qu’est issue notre rhétorique de sacralisation des frontières.
Or pour les grecs, la frontière était d’abord une "fange pionnière", profonde et perméable, moins un lieu politique qu’un espace ouvert à d’autres possibilités de l’être. Ce n’est que tardivement qu’on l’a assimilé à une ligne que l’on ne devait plus franchir : les eschatiaï grec étaient plutôt, par excellence, l’espace des échanges pluri-ethniques et culturels, terres d’attribution incertaines, bouts du monde, confins ouverts parcourus d’altérité.
Pas vraiment sauvages, ces eschatiaï relevaient d’une géographie qui, sans appartenir en propre à la cité, lui revenait pourtant. Domaine des bergers et des apiculteurs, des charbonniers et des bûcherons, ces civilisateurs isolés et silencieux, une sorte de jachère abandonnée aux friches de la connaissance. On y construisait néanmoins des sanctuaires communs !
Mystérieuses, ces terres mal délimitées géographiquement et conceptuellement, formaient ainsi le lieu idéal des frottements civilisationnels, un espace riche de rencontres et de heurts. La tombe d’Œdipe s’y trouve, et bien d’autres de ce genre, ouvrant à la nécessité de comprendre ce qui fonde le sens de l’humain. Artémis y demeure, et les éphèbes par exemple y tenaient garnison, eux qui, après avoir perçu leur bouclier rond et leur lance, devaient se jeter dans l’aventure de la construction de soi –à remarquer : ces éphèbes n’y assuraient pas à proprement parler la défense du territoire. Peripoloï, ils parcouraient, en reconnaissance, ces confins placés hors de toute connaissance assurée.
Sans entrer dans le détail de l’organisation stratégique et géopolitique du territoire grec, peut-être n’est-il pas indifférent d’avoir à l’esprit sa hiérarchisation, ce territoire se composant d’abord de celui, strictement démarqué, de la cité (l’asty), entourée de champs labourés (la chôra) volontiers abandonnés aux envahisseurs, et de confins (les eschatiaï). Le tout formait un espace politique parfaitement hétérogène – en d’autres termes : la cité, discriminée de son territoire, était seule revêtue d’une importance stratégique. Mais si, de fait, cette discrimination témoignait de ce que la dimension politique de la vie humaine paraissait la seule à devoir être défendue avec acharnement, il est cependant important d’avoir à l’esprit que cette dimension politique n’épuisait en rien les autres contenus humains, l’affectif en particulier, que justement ce monde double, trouble, troublant des eschatiaï recelait.
C’est le nationalisme des Etats modernes du XIXème siècle qui est parvenu à enfermer les cultures dans des frontières politiques, par une action d’évidemment culturel conjuguée à une action de spécifications nationaliste des cultures, à commencer par leurs littératures. Et que leur importait que partout aient surgi de sérieuses contradictions entre cette construction nationaliste et le droit des ethnies…
Le néologisme de frontière, lui, fut forgé en 1773. Il ne parvint à s’imposer que très tard encore une fois, car jusqu’au XIXème, deux vocables coexistèrent pour désigner ce que l’on souhaitait entendre par là : celui de frontière et celui de "ligne". L’un et l’autre ne parvenant pas à dissimuler, ainsi que Lucien Febvre le fit observer, leur vieux sens militaire. Comment oublier en effet que la frontière, dans le vocabulaire militaire, n’a jamais désigné autre chose qu’un ordre de bataille ?
Quant à ce qu’il désigne aujourd’hui, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que longtemps, la maîtrise de l’espace n’est pas passée par l’établissement de lignes continues de fortification : on avait les Marches pour cela. Et jusqu’à Louis XIV, on disposait de portes d’entrées en terres étrangères. Tactique militaire là encore, ces "portes", ces "avenues", étaient censées nous permettre de couper les "rocades" des armées ennemies. Ce n’est qu’au terme des sévères échecs de la stratégie militaire française que l’on abandonna ces concepts offensifs de frontière, pour celui de la ligne frontalière défensive, dont on confia à Vauban la fortification.
Déjà la France songeait à s’enfermer dans ses quatre pitoyables murs. Un vieux réflexe national, en somme…
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1996_num_140_2_15625
Frontières et Contacts de civilisation. Colloque universitaire franco-suisse, sous le patronage du Comité français des Sciences historiques et de la Société générale suisse d'Histoire (Besançon-Neuchâtel, octobre 1977). Avant-propos de Louis-Edouard Roulet. Introduction de Michel Devèze, Collection Le Passé Présent (Etudes et Documents d'Histoire). Neuchâtel, Editions de La Baconnière, 1979. In-8, broché, couverture illustrée à rabats, 240 pp. Illustrations hors texte.
Voir aussi la Périégèse ou les Arkadika de Pausanias.
Journal d’un juif algérien combattant indépendantiste du FLN
La Loi de 1954 instaurait le dernier dimanche d’avril comme celui de la journée nationale du souvenir de la déportation. Nicolas Sarkozy aura-t-il le courage d’étendre ce souvenir aux algériens déportés dans les camps français de la sale guerre d’Algérie ? Rien n’est moins sûr, à l’évidence… C’est pourquoi, en cette journée de commémoration, pourrions-nous convoquer la mémoire de Daniel Timsit, petit-fils de rabbin engagé très tôt aux côtés des indépendantistes algériens, déporté puis incarcéré dans une forteresse française.
Récits de la longue patience (Journal de prison 1956 – 1962), de Daniel Timsit Flammarion, janvier 2002, 476p., ISBN : 9782080682830.
Les marches nazies de la mort -MIKLÓS RADNÓTI.
«Va-t’en pour toi, quitte ta terre, ton lieu de naissance.» (Genèse, XII, 1).
Voilà comment, par cet ordre donné à Abraham, commence l’histoire du peuple hébreu…
«Il faut laisser maisons et vergers et jardins» (Ronsard), note MIKLÓS RADNÓTI dans son carnet. Ne pas s’habituer. C’est pourquoi le thème de la marche est omniprésent dans la pensée juive : le peuple reçoit la Loi dans le désert où il erre quarante ans, puis, arrivé en Terre Sainte, il reçoit encore l’ordre de demeurer huit jours par an dans des cabanes. Et c’est pourquoi de nombreux maîtres prirent l’habitude de s’imposer des périodes d’exil, comme Rabbi Na’hman de Breslev, qui disait : «Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît, de peur de ne jamais te perdre !»
Mais là, il s'agit d'autre chose, de tout le contraire même, d'un destin choisi, puisque ces marches abjectes dont il est question dans le texte de Radnoti sont celles imposées par le bourreau nazi.
MIKLÓS RADNÓTI écrit son dernier recueil de poèmes déporté dans un camp de travail. Fuyant l’avancée soviétique, les nazis poussent leurs prisonniers dans une marche forcée qui durera des mois. Une marche de l’épuisement.
«La mort, dans la poussière / ardente de la Voie Lactée /, marche et poudre d’argent / ces pauvres ombres qui trébuchent.»
Une marche imposée par le boucher nazi vers une destination de longtemps mûrie, celle de la mort bestiale. A la première halte, 500 prisonniers sont massacrés. Il en reste 400. Tueries, boucheries se succèdent.
«Toujours en quelque lieu l’on tue : au sein d’une vallée aux cils clos, sur une montagne fureteuse, n’importe…»
MIKLÓS RADNÓTI écrit encore, les pieds ensanglantés.
«Du mufle des bœufs coulent sang et bave, / tous les prisonniers urinent du sang, / nous piétinons là, fétides et fous, (…)», et meurt.
Marche forcée, MIKLÓS RADNÓTI , Œuvres 1930 – 1944, traduit du hongrois et présenté par Jean-Luc Moreau, éd. Phébus, avril 2000, 190p., 19 euros, EAN : 9782859406080
«N’hésite pas à t’éloigner de toutes les patries...» Amin Maalouf
Lors de sa Conférence Marc Bloc (EHESS), prononcée le 13 juin 1995, Nathalie Zemon-Davis s’était emparée avec une rare pertinence de la question du métissage culturel à travers deux figures importantes du monde méditerranéen : Hassan ibn Muhammad al-Wazzan et David Nassy.
Il s’agissait surtout pour elle d’explorer les médiations, la fortune, les usages que le monde contemporain avait fait de ces deux figures, à travers l’écrivain Amin Maalouf pour le cas de Hassan al-Wazzan, l’exemple que j’ai retenu.
Avant cela, cette conférence pleine d’espoir convoqua l’écrivain Elias Canetti, évoquant avec nostalgie, au début de ses mémoires, «le mélange qui colorait sa ville natale de Ruschuk», sur les rives du Danube dans les premières années du XXème siècle – bulgares, turcs, sépharades espagnols, grecs, albanais, arméniens, tziganes, roumains, russes et d’autres encore, enrichissant de leur présence un monde qui bientôt allait se fermer. De ce métissage, Canetti comprenait qu’il ouvrait, voire forçait la connaissance à franchir les frontières provocant un chevauchement des valeur et le patchwork si salutaire des identités. Car toute identité féconde a pour lieu la complexité. Nathalie Zemon-Davis devait aussi rappeler Homi Bhabha révélant dans ses études combien l’hybridité hantait la culture des élites, l’effrayait, tant à ses yeux elle risquait de donner naissance à une culture faite de «brouillages». Brouillons alors, en rêvant à Hassan et à sa re-médiation sous la plume d’Amin Maalouf.
En 1524, à Bologne, un voyageur lettré venu d’Afrique du Nord achève son dictionnaire arabe-hébreu-latin. Il est né à Grenade, à l’époque de la Reconquête. Au cœur d’un siècle où tout mélange paraissait transgressif, était présenté comme «contre-nature», monstrueux. Natif de Grenade, Hassan s’embarqua pour Fez, dont il devint le diplomate. Puis il inaugura une vie de voyages, vers Tombouctou, Gao, au lac Tchad, l’Egypte, la Mer rouge jusqu’à L’Arabie, son pèlerinage à La Mecque, Istanbul, Tripoli, Tunis. Il enregistra tout, nota tout, témoignant de cette grande curiosité culturelle qu’il partageait avec les autres musulmans lettrés de son époque.
En 1518, de retour d’Egypte, il fut capturé par des corsaires, vendu et incarcéré au Château Saint-Ange. Catéchisé, il finit par recevoir le baptême chrétien à la Basilique Saint-Pierre et devint Johannes Leo Giovani Leone (du nom du pape qui le convertit). On le retrouve ensuite à Bologne, où il travaille à son dictionnaire pour le compte de Maître Jacob ben Simon le Juif. Revenu à Rome, il traduit en italien le grand récit de ses voyages, traduction qu’il achèvera en 1526, date de parution de l’ouvrage. Dans cette première édition, observe Nathalie Zemon-Davis, l’éditeur ré-enracine Hassan/Léon dans le monde chrétien, laissant entendre combien il était attaché à sa foi chrétienne, alors que le manuscrit de ce dernier exprime clairement le désir d’Hassan de pouvoir un jour rentrer en Afrique. Où il mourut du reste, sous le nom d’Hassan al-Wazzan.
La Description de l’Afrique d’Hassan est le récit d’un métissage culturel, entre Chrétienté et Islam essentiellement, entre Europe et Afrique. Un récit qui invite, nous dit Nathalie Zemon-Davis, à entrer dans une «stratégie» identitaire : peu importait pour Hassan les marques administratives dont on voulait l’affubler : il savait y sacrifier sans renoncer pour autant à la complexité de son identité réelle. De fait, sa relation tranche sur les publications de l’époque. Hassan/Léon y traite des trois religions monothéistes avec un souci d’objectivité que l’on ne rencontrait alors pas. Une impartialité mémorable, si l’on songe que son traducteur français crut bon d’en gauchir l’honnêteté, en rajoutant par exemple de l’Islam qu’elle recelait «la damnable secte mahométane»… Hassan, lui, tient balance égale entre l’Europe et l’Afrique. On le voit discourir avec la même ferveur des poètes italiens ou numides, et dans cette Description de l’Afrique, bien qu’il se montre en prise sur plusieurs mondes, rien ne paraît l’écarteler.
Or dans son roman de 1986, Léon l’Africain, avec Amin Maalouf la prise sur ses mondes ne paraît plus ouvrir à une identité aussi imperturbable. Amin Maalouf dresse cette fois le portrait d’un être écartelé, traversé par des conflits intérieurs. Certes, cela tient à la propre trajectoire de Maalouf, choisissant le français pour raconter le passé et le présent des peuples arabes, mais un français traversé par des conflits intérieurs. Si bien que le roman qu’il consacre à Hassan/Léon le force à ouvrir de nouvelles stratégies identitaires. Maalouf ne peut vivre aussi sereinement qu’Hassan ses multiples identités. Il trouvera la solution dans une nécessaire transcendance.
Dans ce roman, si Maalouf suit au plus près les faits, nous rappelle Nathalie Zemon-Davis, il se croit cependant obliger d’inventer des événements pour donner du sens à la force du personnage dont il veut transposer dans notre siècle l’intelligence. Maalouf le lie de façon passionnelle aux cultures qu’il traverse. Le roman noue alors une tension qui longtemps demeure irrésolue, et finit par trouver son dépassement dans cette identité nomade que Maalouf lui invente. C’est Hassan léguant à son fils imaginaire sa double identité : «A Rome, tu étais fils de l’Africain ; en Afrique, tu seras le fils du Roumi». Et ce conseil, si précieux pour nous désormais, aux yeux de Nathalie Zemon-Davis : «N’hésite pas à t’éloigner, au-delà de toutes les frontières, de toutes les patries, de toutes les croyances».
La voie qu’ouvre ainsi Maalouf, nous convainc Nathalie Zemon-Davis, est celle d’une transcendance : celle de la psychologie de l’homme nomade, celle de l’habitant du désert d’Islam, où l’on peut entendre l’écho du pèlerin chrétien ou de l’exilé juif. Une transcendance dont Nathalie Zemon-Davis affirmait, en 1995, qu’elle lui semblait «pouvoir répondre aux passions et aux revendications de notre fin de siècle.»
Métissage culturel et méditation historique, Nathalie Zemon-Davis (EHESS), Conférence Marc Bloch du 13 juin 1995. texte intégral :
http://cmb.ehess.fr/document114.html
Léon l'Africain, de Amin Maalouf, LGF, poche, janvier 1987, 346 pages, 6 euros, ISBN-13: 978-2253041931.
Léon L'Africain : Un voyageur entre deux mondes, de Natalie Zemon Davis, traduction Dominique Peters, éd. Payot, avril 2007, Collection : Biographie Payot, 472 pages, 25 euros, ISBN-13: 978-2228901758.
Une édition française est consultable sur le site de la BN Gallica numérique :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1047539.r=l%C3%A9on+africain.langFR
The History and description of Africa, and of the notable things therein contained, written by Al-Hassan Ibn-Mohammed Al-Wezaz Al-Fasi, a Moor, baptised as Giovanni Leone, but better known as Leo Africanus, done into English in the year 1600, by John Pory, and now edited, with an introduction and notes, by Robert Brown (Reliure inconnue), de Hasan ibn Mohammad al-Wazzân al-Fâsî, dit Jean Léon l'Africain (Auteur), Hasan ibn Mohammad al-Wazzân al-Fâsi, dit Léon, introduction Robert Brown et John Pory, édition anglaise : The Hakluyt Society, 1896.
JEAN-LEON L'AFRICAIN, Description de l'Afrique. Nouvelle édition traduite de l'italien par A. Epaulard, Adrien Maisonneuve - Paris – 1980, 2 volumes in-4° . Vol.1 XVI-319 p., cartes. Vol. 2 pag. 320-629, cartes, index, ISBN: 9782720004551.
Instituer le Citoyen, ce n’est pas cliver la République…
Condorcet fut le premier à concevoir que l’institution du citoyen relevait du Bien commun. Au cœur de cette institution, l’Ecole de la République, dont l’objectif à ses yeux ne pouvait être celui de produire ou de reproduire des citoyens conformes à l’attente des pouvoirs publics, mais au contraire, une école que l’on aurait délibérément placée dans une relation critique à l’égard de la Constitution républicaine. Pour Condorcet "le but de l'instruction n 'est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capables de l'apprécier et de la corriger".