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La Dimension du sens que nous sommes

politique

DANIEL BENSAÏD : TOUT EST ENCORE POSSIBLE !

12 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

bensaid.jpgLes derniers entretiens d’un grand militant, et que l’on soit ou non trotskistes (je ne le suis pas), d’un réel penseur du changement social tout court.

Daniel Bensaïd raconte ici sa trajectoire intellectuelle, qui débuta bien avant Mai 68.

Une adhésion aux mouvements révolutionnaires qu’il sait inscrire dans le temps de l’Histoire, celle, en particulier, du mouvement ouvrier en France, tel qu’il voulut ne pas le trahir.

Au delà de Mai 68, c’est une leçon de militantisme qu’il nous livre, ponctuée de réflexions pertinentes, comme lorsqu’il évoque le Sartre de la préface aux Damnés de la terre , abordant sans détour le problème de la violence comme forme de subjectivation de l’opprimé, pour nous pousser à reformuler cette même question sous nos autres cieux : Quid de notre légitime défense face à l’insupportable violence qui nous est faite ?

On découvre ainsi un Bensaïd en forme, pestant contre cette "génération de vieux cabotins qui refuse de sortir de scène" à laquelle il aurait pu appartenir, incapable de solidarité avec le sous-prolétariat intellectuel qui s’est fait jour en France, satisfaite de sa promotion sociale, assurée par une Gauche de compromission des plus détestables. Une Gauche incapable de faire front contre Sarkozy, jetant aux oubliettes la lutte des classes, réactivée pourtant par ce dernier au profit des grandes fortunes françaises… Un Bensaïd pertinent quand il analyse les sommations caractérielles du même Sarkozy, articulant jusqu’à l’obsession Mai 68 en péché originel de la France qui va mal… Pertinent encore dans son analyse de l’échec des deux partis de pouvoir à réduire la vie politique française au bipartisme : l’exception française, cette résistance sociale qui a si souvent fonctionné à l’explosion et qui traduit l’absence d’un vrai dialogue démocratique dans ce pays, ne pouvant que se renforcer de l’effarante paupérisation de la classe moyenne à laquelle la nation a assisté sous ce triste quinquennat. "Il n’y a pas d’apaisement social qui permettrait d’instaurer un jeu tranquille d’alternance en France". Sagesse enfin, dans l’horizon qu’il dessine : si tout est effectivement encore possible, il reste que nous sommes les héritiers de vingt ans de défaites et de reculs sociaux.joël jégouzo--.

 

Tout est encore possible, Daniel Bensaïd, entretiens avec Fred Hilgemann, La Fabrique éditions, sept. 2010, 76 pages, 8 euros, EAN : 978-2-358-720113.

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LE PRESIDENT DES RICHES : A MORT LES PAUVRES !

5 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

president-riches.jpg"Il y a une guerre de classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner." Warren Buffet, l’une des plus grosses fortunes du monde, CNN, 25 mai 2005.

 

 

 

 

 

Le couple Pinçon, sociologues de la bourgeoisie, a tenu le compte, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, des fausses promesses, des mensonges, des vilenies accumulées jusqu’à l’écœurement par un invraisemblable Président, qui a fini par se payer jusqu’à la tête de la législature suprême. Petits chèques entre amis, légions d’honneur, depuis les premières mesures asseyant sa politique des nantis, ils n’ont cessé d’accumuler les documents attestant de sa volonté de mener sa guerre de classes au service de l’argent. De fait, sous Sarkozy, qui prétendait refonder rien moins que le capitalisme, la Finance a gagné en superbe. La France est devenue avec lui le camp d’entraînement de forces capables d’assurer une victoire totale aux riches. Du Fouquet’s où ses potes du CAC 40 (la liste des invités s’y consulte à loisir) se congratulèrent bruyamment, aux banquets des grands patrons de presse enterrant une liberté de la presse dont ils n’avaient que faire, le ton est donné : au menu, vulgarité et arrogance, tandis que les cadeaux pleuvent. Arbitraire, népotisme, double langage, tout est passé au peigne fin, y compris ces fameux brouillages idéologiques, fruits des compromissions sans précédent d’une gauche de pouvoir avide de trahison. Intrigante gauche qui proclama très tôt le dogme du capitalisme indépassable pour se débarrasser d’elle-même et rallier le camp des gagnants : celui des dirigeants français qui, sous le règne de Sarkozy, ont réussi à aligner leurs revenus sur les plus élevés à l’échelle du monde. Les voilà enfin libres d’en profiter tout leur saoul. Pendant que la gauche des bobos passait à des Warren Buffet le relais de la lutte des classes et se logeait confortablement dans son identité résidentielle fraîchement acquise. A nous les beaux quartiers ! Livrant les salariés au Capital financier le plus exécrable qui soit pour avaliser à son tour, sans complexe, l’appât du gain comme vertu cardinale. Les temps sont lourds de menace avec cette mise hors jeu des classes populaires. Et cette France là vous fiche une sacrée nausée ! Le dossier est accablant. Celui d’une mémoire monstrueuse aux contours terrifiants.--joël jégouzo--.

 

Le Président des riches, enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Zones éditions, septembre 2010, 224 pages, 14 euros, isbn : 978-2-355-220180.

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PROJET DE LOI BESSON "Immigration, intégration, nationalité" : L’INSULTANTE DERIVE AUTORITAIRE DE L’ETAT français…

28 Septembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 petain-france-nouvelle.jpg"L’année 2010 sera marquée par la présentation d’un projet de loi sur l’immigration, qui transposera la directive européenne sur le retour des étrangers en situation irrégulière dans leurs pays d’origine, la directive sur la lutte contre l’emploi des étrangers sans titre de séjour, et la directive " carte bleue ", qui crée un nouveau titre de séjour européen pour les ressortissants étrangers les plus qualifiés. Je présenterai ce projet de loi devant le Conseil des ministres lors du premier trimestre, vraisemblablement avant la fin du mois de février." (extrait des vœux à la presse du ministre de l’immigration, 18 janvier 2010).

 

 

 

La France n’est plus la patrie des Droits de l’Homme. Mais voici qu’elle s’apprête à s’enfoncer dans une dérive au terme de laquelle, l’Etat de droit aura fait long feu sur son territoire. C’est sans doute en ceci que résidait la rupture inaugurée par la présidence Sarkozy : l’entrée de l’Etat français dans une dérive autoritaire.

 

 Les députés entament aujourd’hui l’examen du projet de Loi Besson sur l’immigration. Un texte qui suscite la désapprobation y compris sur les bancs de la majorité – comme pour Nicole Ameline (UMP), décidée à voter contre ce projet s’il reste en l’état. Le cinquième depuis 2003 ! Comme si l’Etat se cherchait, revenant toujours, jusqu’à l’obsession, sur les fondamentaux de la droite la plus extrême pour en extraire l’essence même de son déploiement futur.

 

 90 articles de loi, 500 amendements déposés. Les mesures phares du projet ont été largement commentées par la presse, comme la fameuse extension de la déchéance de nationalité. Mais le texte présenté par le ministre de l’Identité Nationale recèle bien d’autres dispositions inquiétantes, sanctionnant la montée en puissance de l’Administration dans le Droit français… Comme la proposition de créer des ZONES D’ATTENTE SPECIALES, sans limites spatiales, qui pourront recouvrir tout le territoire national, la zone pouvant s’étendre "du lieu de découverte jusque la frontière la plus proche"… Ou bien cette clause dite d’ABUS DU COURT SÉJOUR, ciblant les ressortissants européens et étrangers pouvant constituer "une charge déraisonnable pour le système d’assistance sociale"… On croit rêver : la misère du monde n’a qu’à bien se tenir, nous enverrons demain des chars pour liquider les pauvres. Mieux encore, si l’on peut dire. Le texte de Loi prévoit l’EXPULSION EN CAS DE VOLS RÉPÉTÉS OU DE MENDICITÉ AGRESSIVE… De quoi vider le métro parisien, nettoyer les trottoirs des bobos et les parvis des ASSEDIC… Voire les squats ou les fêtes sauvages, le projet de Loi autorisant la reconduite à la frontière en cas d’occupation illégale d’un terrain public ou privé… Et puis, le dégueulasse le disputant au méprisable, l’Etat français, par l’intermédiaire de sa représentation démocratique, se propose de bouter les malades hors du territoire national, avec cette clause d’ENCADREMENT CARTE DE SÉJOUR "ÉTRANGER MALADE"… Une manière de limiter l’accès aux soins des étrangers les plus nécessiteux –qu’on se rassure : les dictateurs pourront toujours venir se faire soigner en fRANCE…

 

 Enfin, il y a aussi, peut-être même surtout, cette stupéfiante dérive administrative prévue dans cette Loi. Un fait presque sans précédent de spoliation du pouvoir judiciaire. Une clause dont nous avait pourtant prévenu de longtemps notre très singulier Ministre de l’Identité Nationale : "si les juges appliquent la loi alors changeons la loi", affirmait-il sans ambages…

 

Prétextant une transposition en droit français de trois directives européennes, le gouvernement avait déjà adopté le 31 mars 2010 un nouveau projet de loi qui prévoyait en particulier de retarder la possibilité de saisir le juge des libertés à cinq jours, au lieu des 48h auparavant. Ce qui, de fait, revenait à priver tout étranger de tout recours effectif, les mesures d’éloignement étant exécutées avant ce délai… Ce même Ministre avait déjà allongé le délai de rétention à 45 jours au lieu des 32 jours qui prévalaient. Mais là, c’est le Juge qu’il veut contourner, la Justice, qui ne pourra plus contrôler la régularité de la procédure : seul le préfet sera décisionnaire !

 

ON ASSISTE AINSI A LA MISE EN PLACE D’UN VERITABLE POUVOIR DISCRETIONNAIRE CONFIE A L’ADMINISTRATION !

 

Voilà qui nous rappelle les pires souvenirs du fonctionnement de la machine étatique française… Cette même volonté de mettre hors jeu les avocats, cette même volonté d’interdire à la Justice de se prononcer sur la légalité des pouvoirs de l’Administration ! Rien n’est moins inquiétant en vérité ! Car ce n’est pas que l’étranger ou des populations sciemment discriminées que l’on fait ainsi entrer de force dans des zones de non-droit : c’est toute l’Administration française qui se voit sommée d’entrer dans la suspension de la légalité républicaine, qui n’est rien moins que la suspension de l’exercice démocratique… Un mouvement sans précédent de régression des Droits. Et comme l’écrit si justement Jean-Louis BORIE, président du Syndicat des Avocats de France, "ne nous y trompons pas, le droit des étrangers a toujours été le "laboratoire du pire". Si nous n’y prenons garde, demain ce sont nos droits qui seront en cause !"--joël jégouzo--.

 

http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl2400.asp

http://www.lesaf.org/index.php?option=com_flexicontent&view=items&cid=45:informations&id=343:bannissement-des-etrangers-eloignement-du-juge-et-de-lavocat&Itemid=136

http://www.gisti.org/spip.php?rubrique448

www.gisti.org/pjl2010

http://www.contreimmigrationjetable.org/

Travaux parlementaires : Les discussion en séance publique sont prévues sur trois jours :

mercredi 29 septembre 2010 (1ère et 2e séances)

jeudi 30 septembre 2010 (1ère, 2e et 3e séances)

Commission nationale consultative des droits de l’homme :

 

Avis sur le projet de loi relatif à l’immigration, l’intégration et la nationalité, 5 juillet 2010. La CNCDH y estime que ce projet de loi " ne se borne pas à transposer les directives communautaires dans ce domaine, mais contribue à banaliser la privation de liberté comme technique de gestion de l’immigration, en marginalisant le rôle du juge judiciaire et en renforçant les pouvoirs de l’administration " (voir communiqué).
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ELITES ET CLASSES OPPRIMEES, LA QUESTION CULTURELLE.

23 Juin 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

isba.jpgL’ouvrage de Robert Linhart, publié en 1976 et réédité cette année, s’affirmait d’abord comme une réponse à l’offensive des nouveaux philosophes, prompt à liquider Lénine de la plus stérile des façons, au prétexte qu’ils avaient renoncé à leur révolte. Il vaut la peine aujourd’hui de relire cette analyse, exemplaire sur le plan de la réflexion intellectuelle, des conditions matérielles dans lesquelles la première dictature du prolétariat eut à s’inventer et durer. Analyse exemplaire en ceci qu’elle refusait de faire abstraction des conditions effroyables de formation du premier Etat prolétarien, conditions qui lui furent imposées -d’aucuns l’ont volontiers oublié-, par la barbarie impérialiste.

Quelles étaient ces conditions ? Se nourrir, se chauffer. La Russie de 1917 affrontait des réalités aussi élémentaires que de chercher à tout prix de quoi se nourrir et se chauffer. Le blé, le pain, le bois, les labours, les saisons… C’est cela, par parenthèse, faire de l’Histoire ! Les paysans russes périssaient sur les terres seigneuriales. La révolte grondait. Fallait-il prendre ces terres ? Fallait-il indemniser leurs propriétaires anciens ? Sur quelles bases devait-on partager ? L’automne arrivait et avec lui le temps des labours, qu’il ne fallait pas rater, car non seulement l’hiver en dépendait, mais la survie de l’année à venir. Que fallait-il donc faire, concrètement ? Fonder un Droit nouveau ? Certes, mais comment pouvait-on le conduire dans le concret du paysage russe ? Les masses paysannes, exaspérées, passèrent à l’action d’un coup, partout en Russie. Un soulèvement populaire. Qu’on relise les archives. Un vrai soulèvement populaire et non le décret de Lénine. Car si Octobre 17 eut lieu en octobre, ce fut d’abord parce que les paysans russes passèrent à l’action au moment crucial des labours. Ensuite vint l’insurrection armée, la décision de Lénine, convaincu qu’il fallait mettre les masses paysannes à l’abri d’une répression féroce et que c’était le seul moyen d’y parvenir. Une ligne politique ne se réduit pas à un corps de doctrine. Lénine avait hésité, certes : le programme des Bolcheviks était doctrinal. Mais devant le mouvement de masse, il n’hésita plus : il fallait libérer l’initiative révolutionnaire de la paysannerie.

Lénine-Linhart1918. La Russie crève toujours de faim. L’écueil idéologique est alors celui du ravitaillement des villes. C’est là encore avec une exemplarité intellectuelle sans équivalent que Robert Linhart rend compte de la complexité des luttes qu’il fallut engager, contre les blancs, contre les égoïsmes, contre les idéologues, pour mener à bien cette "croisade" du blé si cruciale pour la Nation en ruine. Mais dans le même temps, Lénine réalisait que cela ne pouvait se limiter à une politique de persuasion et de coercition menées de front. Ce sur quoi la Révolution achoppait était d’un autre ordre : culturel. Le terrain des valeurs. Du sens. En 1923, Lénine voulut engager une réflexion de fond sur cet aspect si déterminant, pour favoriser l’émergence d’une révolution culturelle, seule capable de jeter un pont entre les différentes couches de la société soviétique balbutiante, seule capable de permettre aux élites et aux masses de trouver un terrain d’échange à partir duquel inventer enfin vraiment un monde nouveau. La maladie l’en empêcha. Staline vint, qui ne voulait guère rêver à une offensive idéologique pour laquelle il n’existait, en effet, pas de forces politiques prêtes à s’y engager, et pour cause… In fine, il est intéressant d’observer que, et l’avant-propos du Lénine de Linhart le montre bien, c’est sur cette même question culturelle qu’achoppa en partie l’alternative "révolutionnaire" des années 60/70 en France, la liquidation des idéologies de révolte ayant par la suite ouvert à cette haine du Peuple que le sarkozysme a déployé depuis.--joël jégouzo--.

 

Lénine, les Paysans, Taylor, de Robert Linhart, éd. Du Seuil, mai 2010, 218 pages, EAN13 : 9782021027938.

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Lénine, Robert Linhart : d’une révolte dont nous avons fait table rase…

22 Juin 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

Lenine-Linhart.jpg"Toute cette bourgeoisie qui se goberge, tout ce sarkozysme, c’est ignoble, ça me fait vomir." Robert Linhart…

 

Mars 2010. L’avant-propos à cette édition de 1976 s’ouvre sur la photo de Lénine grabataire, les yeux exorbités, quelques mois avant sa mort. Sa jeune sœur est penchée sur lui. Un médecin les accompagne. "A quoi pense-t-il, au bord du néant ?", s’interroge Robert Linhart. A cette nouvelle de Jack London qu’il affectionnait tant (L’Amour de la vie  ) ? Et dont Linhart nous apprend qu’il se la fera relire deux jours avant sa mort, en janvier 1924. Ou bien à la brutalité de Staline, qu’il voudrait écarter du poste de Secrétaire Général ?

 

 En 1976, Robert Linhart publiait cet ouvrage comme une réponse aux démissions des nouveaux philosophes, Glucksmann en tête, qui s’apprêtaient à liquider la contestation sociale en attendant de rallier le sarkozysme, l’indigence théorique la plus spectaculaire que la France ait connue (le couronnement de cette démission insalubre). Mais en 76, personne ne voulait entendre Linhart. Personne ne lut l’ouvrage. Deux ans plus tard, on fut contraint de saluer du même L’établi  . Un chef d’œuvre, tout court, de littérature française. Une vision, un style, une émotion du monde et de ce qu’est écrire, proprement immenses.

 

 Dans l’avant-propos à cette réédition, on retrouve –enfin pourrait-on dire-, un Linhart accrocheur. Qu’en est-il aujourd’hui de la question de la résistance à l’exploitation ? La question est pertinente, quand aucune réponse ne se fait vraiment entendre à Gauche. L’URSS s’est effondrée et avec elle, les idéologies de la révolte. Mais le Tiers-monde ? Que plus personne n’appelle comme cela du reste, que Linhart est le dernier a appelé comme cela. Qu’en faisons-nous ? Les pays "impérialistes", que Linhart est le dernier a appeler par leur nom dans cette formulation lapidaire, qu’en dénonçons-nous aujourd’hui ? Quid encore de la "classe ouvrière", que Linhart est le dernier a appeler de son nom et dont il veut retenir, lui, qu’elle se bat toujours, "pied à pied pour défendre ses emplois" menacés par la mondialisation (son seul vocabulaire neuf, dirait-on). Une globalisation obnubilée par sa "course au profit capitaliste" qui non seulement ne s’est pas démentie depuis 1976, mais n’a cessé de s’amplifier sans que nos élites intellectuelles ne s’en soucient. Et pour cause : ces élites trahissaient en masse leurs engagements de jeunesse pour s’enrichir sans vergogne et se claquemurer, in fine, dans leurs identités résidentielles…

 

On retrouve dans cet avant-propos pourtant si bref, ce Linhart qui percutait tant dans les années 60. Qu’on daigne le lire, tout simplement : "La misère, dans nos pays, frappe avant tout les immigrés, les sans-papiers, les sans-droits, pendant que les riches affichent avec insolence leurs gains mirifiques". L’air de rien, ce que Linhart décrit dans ce constat édifiant, c’est rien moins qu’une stratégie de liquidation de toute contestation politique de gauche dans ce pays, qui n’est pas sans rappeler celle mise au point dans les années 30 par les nazis -toute proportion gardée-, nazis qui n’avaient alors qu’une certitude en tête : pour gagner nos franches coudées, il faut d’abord, dans l’ordre, se débarrasser de l’opposition morale (chez nous, la compromission des intellectuels de gauche), puis asséner la violence sur les catégories les plus fragiles de la population (chez nous les immigrés, les sans-papiers, les sans-droits), avant, enfin, de réprimer en grand et ouvertement… Débarrassée de son menu peuple, la Nation, saignée au flanc et contrainte de vivre ce poids de culpabilité, ne saurait s’en relever. Alors de grandes ambitions répressives pourront se faire jour.

Lisez Linhart parler de "l’affreuse nuit coloniale". Relisez-le nous exhorter à convoquer "les centaines de millions d’esclaves d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine". Voyez-le rappeler cette Europe de 14 qui s’enfonça dans la barbarie. Ecoutez-le raconter, déjà, la trahison des sociaux-démocrates et lui trouver un écho dans ce moment de décomposition du gauchisme en France, qui vit s’affirmer dans nos élites une véritable haine du Peuple. La misère d’aujourd’hui en est l’héritière. Vite, Linhart, ne te contente pas d’exhumer tes vieux libelles, écris, pense, publie de nouveau, enfonce de nouvelles portes, il n’est que temps !--joël jégouzo--.

Lénine, les Paysans, Taylor, de Robert Linhart, éd. Du Seuil, mai 2010, 218 pages, EAN13 : 9782021027938.

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DU TRAVAIL FAISONS TABLE RASE… LA FRANCE D’AUJOURD’HUI ? UN VRAI CRIME POUR EXCLUS.

3 Juin 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

arton125Retour en arrière : du temps de Sartre, la nécessité de fournir un travail était la norme éthique de la société bourgeoise. Aujourd’hui, c’est fini. Le pouvoir politico-médiatique, le plus scandaleux et le plus cynique qui ait jamais vu le jour, part, lui, du principe que les précaires ne sont plus des agents sociaux. De proche en proche, ce pouvoir instruit ainsi des groupes sociaux comme n’étant plus des sujets du Droit français. Voir, hors de ces définitions du travail, des couches de la population qui redeviennent des citoyens de seconde zone, des indigènes, les petits-enfants des immigrés, pourtant français. Ce n’est pas seulement que la norme ancienne, bourgeoise, ait été suspendue ; la visée est plus terrible que cela : il s’agit d’éliminer purement et simplement ces groupes sociaux qui ne doivent plus appartenir à la Cité sinon comme ré-articulant la nécessaire trope de l’ennemi… L’un des moyens pour y parvenir est simple : la violence des exclus. Cette violence inacceptable, irrécupérable, hors norme, mise en perspective dans l’espace social par des discours qui, dans le même temps, ne lui trouvent aucune justification. On se souvient du Kärcher. La violence symbolique de l’Etat, avec l’Etat sarko, s’exprime désormais ouvertement. Le populisme noir des années 30 paraît de nouveau taillé à notre mesure !

med-precariteLe populisme noir pour ultime vérité d’un Peuple moins introuvable que dissimulé. Une pathologie sociale terrifiante pour bilan, où le monde des citoyens de la France d’en bas a lentement pourri. La France d’aujourd’hui ? Une foule tragique qui somnole. Du sommeil de la défaite. Une foule sans légitimité, forclose dans ses gestes de désespérés, qui ne rencontre pour écoute que le sociologisme d’intellectuels en proie eux-mêmes à leur manque de légitimité. Un vrai crime pour exclus que ce roman noir de la société française contemporaine. Un vrai crime d’Etat, ce dernier ayant depuis belle lurette tranché : qu’on se le dise, il ne protègera que certaines vies, définies sous le manteau de cet ensemble social qu’est le milieu politico-médiatique. La précarité de masse ? Ils s’en fichent. Le travail ? Une simple variable d’ajustement. Tout centime financier vaut mieux que la vie d’un travailleur. Et l’on ne nous demande sûrement pas de donner notre avis sur cette option fondamentale de la société française. Au mieux, le discours se fait technique : le Capital France relève du bon usage des techniques financières. Plus d’interdit : la vie humaine n’est pas sacrée et les médias actualisent cette ultime vérité - quel journaliste s’indignerait réellement du scandale de la misère en France ? Cette amoralité sordide qui ne veut accepter l’interférence d’aucune éthique entre les deux compères, le journaliste et le politique, masque tout de même de plus en plus mal qu’il y a réellement un cadavre dans le placard de la Nation française : celui de la France d’en bas, et que sous ce cadavre repose une plage, une vraie, où les nantis se dorent la pilule. L’horreur est à venir. C’est peut-être notre seul avenir commun ! Il suffit même de porter la main à l’oreille pour l’entendre croître sous la précarité de masse qui est aujourd’hui le vrai destin de la France. Superbe pied de nez à l’Histoire : la France d’en bas est ruinée par une certaine idée libérale de la Nation française ! "Ruinée" : cela dit assez que la France d’en haut ne fait qu’imposer un cheminement pseudo éthique à l’opinion : on demande aux plus désespérés de garder une conduite exemplaire ! Enorme mystification : car l’option morale est en fait une option politique au sein de laquelle l’intolérance est devenue la norme. Une norme institutionnalisée par l’Etat lui-même!joël jégouzo--.

Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale, rapport 2009-2010 :

http://www.onpes.gouv.fr/Le-Rapport-2009-2010.html

le rapport lui-même, en pdf :

http://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/RapportONPES_2009-2010.pdf

Le Salarié de la précarité, de Serge Paugam, PUF, coll. Le Lien Social, mai 2000, 437 pages, ISBN-13: 978-2130508182.

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LE MEILLEUR DES MONDES, L’IMAGERIE DU XXème SIECLE…

21 Mai 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

meilleur-des-mondes.jpgUn monde parfait… L’art de la propagande politique n’a cessé, au cours du terrifiant XXème siècle, de nous promettre son (presque) immédiat accomplissement, nazi, soviétique, fasciste ou maoïste. La collection rassemblée par John Fraser sur les utopies politiques et léguée à la Bodleian Library d’Oxford, dont quelques images nous sont ici présentées, constitue à coup sûr un patrimoine que l’on ferait bien d’étudier de plus près, tant il témoigne d’un moment de l’Histoire particulièrement singulier dans la course collective des hommes au bonheur.

Des cartes postales… Des cartes paraphées de l’intime, l’affectueux, l’amical, dédicaces abandonnées aux avions de transports et aux rails des chemins de fer d’une conviction de soi et de l’autre devenues, par quel tour grimaçant d’une histoire s’insinuant dans nos pas, support publicitaire des régimes totalitaires. Une esthétique de la candeur, certes, comme l’observe l’auteur, avec ses mises en scènes empreintes d’allégresses et d’héroïsme candide. Une propagande grossière jusqu’à l’absurde, Hitler en armure argentée, en selle sur son destrier noir, Lénine posant parmi les paysans, affable, maître spirituel sinon religieux, éclairant les masses de son intelligence surnaturelle. L’artifice partout à l’œuvre, cette déformation outrancière de la réalité réalisant peut-être mieux qu’un art plus raffiné, l’audace et la violence de la quête révolutionnaire, le retournement ahurissant des valeurs qu’elle impliquait égaré en revanches populistes. Suspendre l’incrédulité (Coleridge). Dans la rage de n’avoir pu être encore. L’espoir d’advenir enfin.

Mais sans doute ne faut-il pas exagérément chercher l’explication de ce désir d’un monde meilleur, ainsi que le fait l’auteur de l’opus, dans le psychisme humain qui nous pousserait à croire dans l’avènement d’un système politique où règnerait la Justice. Non plus que dans quelque psychisme de masses commodes à dénoncer. Toutes ces visions esthétiques, à cette distance d’où nous pouvons enfin les observer, révèlent autre chose encore, comme le fait que, curieusement, cette propagande politique est celle de la suspension du politique.

Elle est celle de Partis refusant de déployer la conception d’un Etat neutre moralement. Elle est celle d’Etats mettant partout au poste de commandement des morales sectaires. Morale ouvriériste, morale patriotique, c’est ce recouvrement du politique par la morale qui est ici en cause. La suspension du politique dans le cadre d’un Etat au sein duquel l’adhésion morale est requise sans concession. Elle est celle d’un Etat moral qui subordonne le droit de ses citoyens à sa conception de la vie bonne. Celle de Partis ayant développé une philosophie de l’homme, plutôt qu’une doctrine politique. Car si l’expérience politique du XXème siècle aura été celle d’armées ignorantes s’affrontant dans la nuit, cela vient moins du psychisme de l’homme que de ce détournement du politique subsumé sous des visions morales sectaires. Le bonheur n’est pas un objet politique. La Justice, si. Et le désir d’un monde plus juste n’est pas celui d’un monde parfait, on aurait tort de l’oublier.joël jégouzo--.

 

Cartes postales du Meilleur des mondes : L'art de la propagande politique, de Andrew Roberts, traduction de Catherine Guillet, éd. Les Quatre Chemins,  avril 2010, 111 pages, 14,50 euros, ISBN-13: 978-2847842005.

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LA COMEDIE DE LA LUTTE CONTRE LES PARADIS FISCAUX…

18 Mai 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

hedge.jpgLes pouvoirs Publics donnent l’impression de vouloir lutter contre les paradis fiscaux, nous faisant oublier, rappelle Alain Deneault, que ce sont d’abord des juges qui furent mobilisés sur cette question dès 1996, à travers leur Appel de Genève. C’est que nos juges réalisaient qu’il leur fallait attendre des années pour obtenir une information juridique, sur des transactions exécutées en moins de 5 secondes…

Par la suite (en 2000), les paradis fiscaux devinrent un problème politique quand on s’avisa de mesurer leurs effets sur les économies du monde libéral. Les premières publications critiques virent alors le jour pour en dénoncer les dérives, dans le monde anglophone essentiellement. Puis furent établies les premières listes noires, dénonçant à la vindicte les places les plus stigmatisées. Mais très vite, Bush donna un coup d’arrêt aux investigations les plus sérieuses : dénoncer, on le pouvait, mais sanctionner, sûrement pas…

Dans la foulée et grâce à un lobbying subtil, méticuleusement démonté par Alain Deneault, les Bermudes et la Suisse se firent retirer de ces fameuses listes noires. Si bien qu’aujourd’hui la Suisse, par exemple, ne compte que 10 agents affectés à la surveillance des mouvements du tiers de la banque privée mondiale… Une farce.

 

Au cours de l’été 2009, la farce reprit : le G20 et l’OCDE exigèrent des états offshore, d’un ton commun et particulièrement virulent pour donner le change à une opinion publique agacée, l’accès à leurs comptes secrets. Mais du coup, l’on risquait de donner en pâture à la presse l’Europe des comptes à numéro… On se contenta alors de ramener la fameuse liste noire à une liste grise plus soft, dès la fin de l’été, et les Hedge founds (fonds d’investissements à risque), ceux-là même qui avaient ruinés nos banques, purent continuer à se faire enregistrer dans les paradis fiscaux assujettis à aucun contrôle d’aucun Etat constitué…

 

Enfin, le FMI de DSK édicta des règles dites de "bonnes pratiques", conditionnées à l’application volontaire des paradis fiscaux et autres acteurs offshore… On finit donc l’année sur une note optimiste : le FMI, l’OCDE et le G20 avaient fait leur boulot, ils avaient communiqué sur la question, laissant en sous-main des officines plus discrètes réduire le périmètre des comptes offshore aux occidentaux, autant qu’il était possible. Les listes noires, puis grises, furent soigneusement circonscrites, et dans les couloirs autorisés l’on se gaussait, ainsi que le rapporte Alain Deneault, parce que toutes ces grandes manœuvres n’avaient été en fait programmées que pour tenter de plumer la Suisse…--joël jégouzo--

 

Paradis fiscaux et souveraineté criminelle, Alain Deneault, La Fabrique éditions, avril 2010, 170 pages, 14 euros, ISBN-13: 978-2358720083.

 

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LES RACINES COLONIALES DES PARADIS FISCAUX…

18 Mai 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

paradis-fiscaux.jpgHors des frontières formelles du Droit, des puissances se sont constituées avec la complicité de décideurs de la Chose pourtant Publique. Une souveraineté offshore où des juridictions politiques furent taillées sur mesure pour accueillir la moitié du stock mondial des devises, ne constituant ainsi certainement pas cet ailleurs de la finance internationale auquel l’on voudrait nous faire accroire. Il n’y a du reste pas d’économie parallèle, martèle Alain Deneault dans son essai. Nous devons absolument cesser d’analyser les paradis fiscaux en termes d’évasion fiscale : ils sont nos économies réelles, qui mettent à mal le financement des Institutions Publiques et nos marchés commerciaux. Ils sont l’ordre normal de marche d’une Finance mondiale qui dépouille jour après jour les notions de Bien Public et de Bien Commun de leurs fondements républicains. Et ils sont le fruit d’une histoire peu reluisante mais fort ancienne : celle des mécanismes financiers de production d’avoirs fictifs qui, depuis le XIVème siècle florentin, ont construit des moyens efficaces pour échapper à tout contrôle politique démocratique.

 

C’est du coup un regard neuf qu’Alain Deneault nous invite à poser sur ces paradis qui défraient faussement la chronique et voient nos dirigeants pousser de temps à autres leurs cris d’orfraie avant de refermer cet épineux dossier sur une irrésolution éprouvée. Un regard qui invite à reconsidérer ce modèle de confiscation politique à la lumière d’un éclairage peu mis en perspective dans ce cadre : celui de la colonisation.

Deux exemples particulièrement éclairants illustrent bien le propos. Celui du Congo Belge tout d’abord, où, au lendemain de la Conférence de Berlin, Léopold II décida de fonder une colonie personnelle, en son nom propre et non celui de la Belgique, créant de fait une souveraineté privée au mépris du Droit des Peuples, le prototype même du paradis fiscal contemporain. Sur son territoire –un espace théoriquement politique mais dédié désormais exclusivement au commerce-, tout devint permis : sévices, massacres, servage et ce jusqu’en 1908, date à laquelle le récit des exactions commises se fit jour en Europe, obligeant la Belgique à reprendre officiellement la colonie à son compte.

 

javaB.jpgAlain Deneault est, sur cet exemple, d’une clarté édifiante. Rien n’est laissé dans l’ombre, des lectures bréviaires de Léopold II (James William Bayley Money : Java, or how to manage a Colony), à sa fascination pour l’explorateur vedette du Congo, Stanley, qui faisait signer aux chefs locaux des contrats d’abdication sur leurs propres terres, obtenus par la force quand la ruse n’y suffisait pas. Dans les salons, bien évidemment, ces factices transferts de souveraineté légitimaient à eux seuls l’appropriation d’un pays par les Blancs, qui créèrent de l’offshore à tout va : les intérêts d’exploitation demeuraient strictement privés. Léopold II confia ainsi le commerce du Congo à des entreprises signataires de chartes, tandis qu’il en restait l’actionnaire le plus important à titre privé…

 

Le second exemple est celui de l’Allemagne, avec l’Empereur Guillaume II confiant l’exploitation des côtes africaines à une société privée de gestion : la Deutsche Ost-Afrika Gesellschaft. Il ira jusqu’à offrir à des entreprises privées la "conquête" de l’Afrique, transformant de fait l’espace public en paradis commercial.

 

Mais aujourd’hui, captifs d’un vocabulaire perverti pour masquer des souverainetés de complaisance qui trouvent leurs assises en Europe et en Amérique du Nord, à vouloir toujours penser ces juridictions hors la loi comme lointaines, nous nous lions pieds et poings à de vagues discours nous interdisant d’en penser l’histoire.--joël jégouzo--.

 

 

Paradis fiscaux et souveraineté criminelle, Alain Deneault, La Fabrique éditions, avril 2010, 170 pages, 14 euros, ISBN-13: 978-2358720083.

Java : or, How to Manage a Colony, Volume I, James William Bayley Money, BiblioBazaar, december 8, 2008, 358 pages, 25 dollars, Language : English, ISBN-13: 978-0559875304.

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A quelques encablures du BAC : l’inégalité scolaire toujours aussi criante en France.

17 Mai 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

3303338301090_GF.jpegOn savait que l’accès des lycéens aux différentes filières du supérieur était lesté par leur appartenance sociale. Les enfants de cadres par exemple, qui ne représentent que 15% des enfants entrant en sixième, constituent plus de 55% des inscrits en classes prépas, tandis que les enfants d’ouvriers (38% des collégiens), ne représentent que 9% des entrants en prépas.

La construction du parcours scolaire, bien évidemment, obéit à des choix complexes, faisant intervenir des variables individuelles et d’autres, dont les effets sont cumulatifs : la réussite scolaire, l’orientation, etc. L’étude de Nadia Nakhili, du Laboratoire des Sciences de l’Education de l’Université de Grenoble, introduit une variable peu explorée jusque là : celle de l’environnement dans lequel les élèves effectuent leur scolarité. Or il apparaît de cette étude que ce contexte de scolarisation a un effet aussi important que celui de l’origine sociale, qu’il renforce en outre spectaculairement. L’effet établissement révèle ainsi qu’à niveau scolaire égal, les élèves des lycées favorisés ont près de 80% de chances de plus de s’orienter vers une classe prépa, lorsque cet établissement en héberge une. Poncif ? Voire : c’est un véritable bain sémantique qui se met en place dans ces établissements, négligé dans les études sur la ségrégation scolaire en France. Effet d’émulation, effet de pairs, voire effet sur la pratique même des enseignants, liée au public auquel ils s’adressent. Et il ressort de cette étude que l’effet établissement, qui joue évidemment à l’inverse, dans les lycées "défavorisés" par exemple, bride massivement les élèves de ces établissements. De sorte que pour réduire les inégalités d’orientation, les Pouvoirs Publics devraient peser sur la composition sociale des établissements et le rééquilibrage des offres de formation supérieure dans tous les territoires. Mais bien évidemment, la privatisation rampante de la carte scolaire, sous l’influence même d’une urbanisation ségrégationniste, n’incline pas l’Etat à prendre de pareilles mesures.

Inegalites_scolaires_-_OCDE.jpgL’étude, convaincante, mériterait d’être poursuivie sur ce front inédit, pour mettre à jour par exemple quelque chose comme la nature et la valeur du "bain sémantique" que propose chaque établissement. Loin de l’inscrire dans le cadre d’une simple étude sur la reproduction sociale, elle permettrait de mettre à jour les stratégies déployées par les établissements pour conquérir de nouveaux publics ou sélectionner avec plus de rigueur les leurs. Elle permettrait en outre de dévoiler les leurres introduit par les classements des lycées, et l’hypocrisie du discours ambiant sur la réussite scolaire.—joël jégouzo--.

 

Orientation après le bac : quand le lycée fait la différence, n°271, février 2010, Céreq issn : 0758-1858.

Centre d’études et de recherches sur les Qualifications, 10 bplace de la Joliette, BP 21321, Marseille cedex 02

www.cereq.fr

L'orientation scolaire et professionnelle dans un monde incertain (n.109 Janvier-Mars 2010), Céreq, Réf. : 3303338301090, 160 pages, 23 euros, ISSN : 0759-6340.

Culture écrite et inégalites scolaires ; sociologie de l'échec scolaire à l'école primaire, Bernard Lahire, PU de Lyon, 312 pages, 18,50 euros, EAN : 9782729706661.

Projet de Loi de finances pour 2009 : Enseignement scolaire – rapport du Sénat

http://www.senat.fr/rap/l08-099-313/l08-099-313.html

www.democratisation-scolaire.fr

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