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La Dimension du sens que nous sommes

politique

UNE CONCEPTION DU TRAVAIL SALARIE HISTORIQUEMENT CRAPULEUSE

10 Novembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

 

spean.jpgLa Grande-Bretagne envisage le travail gratuit des chômeurs… Son gouvernement présentera cette semaine son nouveau plan anti-chômage, deux semaines après avoir rendu public un plan de rigueur assassin. Le dispositif présenté par le ministre britannique du Travail, Iain Duncan Smith, affiche un objectif abject : réduire la facture des allocations et casser le cycle de la dépendance… Comme si les chômeurs souffraient d’addiction à la paresse, quand tous ne réclament en réalité qu’une chose : du travail, que ce même Ministre est incapable de leur fournir… Voilà qui pourrait bien inspirer la clique au pouvoir en France… Voilà qui, surtout, convoque un vieux travers anglo-saxon face à la misère du Peuple, que des dirigeants incapables n’ont jamais su régler autrement que par une répression féroce.

 

 Pour mémoire, les débats qui secouèrent l’Angleterre au plus fort de la Révolution industrielle, poussant les patrons à ne se soucier d’un Bien dit commun qu’entendu comme condition d’affrontement des enjeux de la concurrence internationale, à l’exclusion du sort des salariés. En voici un exemple pertinent, dans lequel il ne s’agit rien moins que de demander que soit libéralisé la traite des travailleurs britanniques pour faciliter leur exploitation sauvage… Rhésus Gregg, industriel à Styal (commune de Manchester), parvenait difficilement à recruter de "bons" ouvriers pour ses fabriques. Il réfléchit à la question. Voici ce qu’il écrit à Edwin Chadwick, Secrétaire de la Commission Loi sur les Pauvres :

 

" Manchester, 17 septembre 1834.

Je prends temporairement la permission de m’adresser à vous sur le même sujet que mon ami Ashworth, dont je sais qu’il vous a fait parvenir des conclusions identiques, à savoir, la convenance d'ouvrir un système d’échange entre les espaces où vivent nos "sous-hommes" (underpeople). J’ai le sentiment que ces suggestions sont telles qu’elles méritent d'être rendues opérationnelles immédiatement. Nous considérons même cela comme une coïncidence heureuse, au moment où l’on songe à supprimer ou du moins à diminuer fortement les allocations à une moitié de la population vivant en Angleterre, et au moment où, par ces décisions, une grande partie de cette population risque de se voir précipitée dans une très grande misère du fait du niveau très bas des salaires que l’on connaît aujourd’hui, chute dont nous savons qu’elle pourrait provoquer une bousculade vers l’emploi, qui pourrait introduire une difficulté nouvelle à gérer l’afflux des travailleurs des comtés du nord, où par ailleurs les salaires sont encore beaucoup trop élevés. De cette occurrence, nous devrions pouvoir tirer le meilleur profit. Mais en ce qui concerne le système des Lois sur les pauvres, qui lient encore trop souvent les travailleurs à leurs paroisses respectives, en mode et en degré, je n'ai pas besoin de vous expliquer, surtout à vous, ce que l’établissement d’une libre circulation des travailleurs pourrait nous procurer comme avantages. D’autant que rien, pas même les règlements des Lois sur les pauvres, n’a jamais empêché cette circulation, les travailleurs ne s’étant pas privés de courir d’ici et de là, réduits qu’ils étaient à l’état de glebae d'adscripti (attaché au sol).

Dans mon entreprise, le travail proposé atteint un volume de douze mois non pourvus en travailleurs. Dans un autre moulin, nous ne pouvons pas mettre en marche nos nouvelles machines, pour les mêmes raisons de pénurie d’ouvriers. Si j’en reviens à ma propre demeure, je ne peux constater que ma frustration : mes salons ne sont toujours pas pourvus des portes adéquates, ces dernières ayant été envoyées il y a un certain temps déjà pour être changées, du fait que le progrès de ce travail a été stoppé par un mouvement de contestation d’ouvriers du bois. Le charpentier du village dans lequel je réside ne peut en effet achever ma commande, ayant, comme il dit, été à court de manœuvres toute l'année. Je ferai donc cette suggestion : des voies de circulation devraient être ouvertes officiellement entre deux ou trois de nos grandes villes, par l’intermédiaire de vos bureaux, qui pourraient alors gérer les travailleurs que les paroisses les plus surchargées ne peuvent entretenir, et que vous obligeriez en leur demandant de nous transmettre leurs listes des familles concernées. Les Fabriques en difficulté de recrutement pourraient alors consulter ces listes et choisir soit de faire déplacer des familles vers leur paroisse, soit des enfants en bas âge ou des hommes, des veuves, des orphelins, etc. Si ceci pouvait être fait, je ne doute pas qu’en peu de temps, nous puissions absorber un nombre considérable de travailleurs en surplus dans le Sud par exemple, qui pourraient nous êtes fournis plutôt que de les voir partir en Irlande. Vous devez évidemment comprendre que nous ne pouvons pas mettre en place ce système avec la population de rebuts et les pauvres insoumis qui vivent chez nous. Nous devons donc jouer franc jeu : les ouvriers durs à la tâche, ou les veuves avec leurs familles, qui ont choisi de vivre une vie honnête dans un workhouse, j’en suis confiant, sont certainement en demande d’une telle solution. Je puis ajouter, qu’il me semble que cela pourrait être expérimenté très vite sur une petite échelle. Nous voulons tous du travail. Est-il donc permis d’envisager que l’année prochaine, à moins d’un imprévu, soit une année de croissance de la production de notre fabrique ? Car sans cela, en repoussant plus loin un tel accord, ne redoutez-vous pas que cela ne devienne un encouragement à la débauche, à l’organisation en syndicats de travailleurs protestataires et ne conduise finalement à des revendications d’augmentation de salaire ? Et si, imaginez que la nourriture devienne bon marché, que le désir d’éducation (je ne veux pas dire simplement la capacité de lire et écrire qui, ici, ne concerne que très peu de gens), mais l'éducation capable d’affecter les façons, les morales, et l'utilisation appropriée de leurs avantages, venaient à devenir une revendication, ne pourraient-elles pas aussi, devenir les objets d’une vive déploration ? Je souhaite que le gouvernement ne permettra pas à une autre session de passer sans œuvrer pour que nos projets ne soient mis en place."

 

A mort les pauvres !

Le système de Speenhmaland avait créé une distinction décisive entre la "pauvreté utile", positive car elle motivait les pauvres à trouver à n’importe quel prix un emploi, et "la pauvreté stérile", qui résultait d’une disposition à la paresse, une pathologie en quelque sorte, poussant évidemment au crime. Seuls les pauvres utiles devaient être sauvés. On mit ainsi en place une politique de tranquillité — ce fut son nom—, qui visait à les récupérer (en échange d’un salaire le plus bas possible). Evidemment : l’un des objectifs moins charitables de cette politique de tranquillité visait à ne plus avoir de taxe à payer pour le soulagement des pauvres, cela va sans dire…--joël jégouzo--.

 

Rapport annuel de la Commission des lois sur les pauvres, Manchester, annexe C, numéro 5 (1835). Traduit par mes soins.  

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A MORT LES PAUVRES, A MORT LES SANS-PAPIERS…

6 Novembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

le pauvreL'examen du projet de loi de finances de la Sécurité sociale a permis au gouvernement, la semaine dernière, de s'attaquer à l'accès des étrangers à la couverture maladie universelle (CMU). Le 2 novembre, le député UMP marseillais Dominique Tian et ses collègues du collectif Droite populaire, ont déposé une série d'amendements visant à restreindre le dispositif de l'Aide médicale d'État (AME). Plus de 200 000 personnes seraient concernées, pour un coût à peine supérieur à celui de 2 airbus présidentiels…

Au delà du spectre des maladies infectieuses contractées et véhiculées par ces travailleurs du bout du monde, contaminant nombre de mises ne garde de nos chers députés et qui ne sont pas sans rappeler les assignations biologiques les plus odieuses des discours européens sur le thème de l’étranger, il est admirable de voir à quel point les thèmes racistes, aujourd’hui, rejoignent les figures politique de la lutte non contre la pauvreté, mais contre les pauvres…

Relire Simmel en associant la figure du pauvre à celle du sans-papier (qui est au fond un étranger pauvre), dans cette perspective, apparaît plutôt instructif. Simmel se posait en particulier la question de savoir ce que faisait apparaître l’aide aux pauvres, en tant qu’institution publique. Et non sans pertinence, il montrait que l’aide fournit aux pauvres, sous couvert d’assistance, n’avait de raison d’être que de subvenir à leurs seuls besoins vitaux, se présentant in fine comme des mesures techniques de maintien des pauvres dans l’exclusion.

"L’assistance publique occupe, dans la téléologie juridique, la même place que la protection des animaux", observait-il. Personne, par exemple, n’est puni pour avoir torturé un animal, mais pour l’avoir fait ouvertement. Idem des pauvres ou des sans-papiers : personne n’est punissable, car personne ne les malmène ouvertement.

Par ailleurs, Simmel observait l’absence de droit des pauvres à être aidés : le pauvre, tout comme le sans-papier, n’a aucune légitimité à porter plainte. Il n’existe pas de droit opposable du pauvre en cas de défaillance de l’assistance, tout comme il n’existe pas de droit opposable du sans-papier plongé pourtant dans une situation de précarité telle, qu’elle menace sa vie. Cette élimination du pauvre, tout comme du sans-papier, de la chaîne juridique est ainsi ce qui peut se concevoir de pire du point de vue des Droits de l’Homme. Si bien que le pauvre, en tant que pauvre, peut bien certes appartenir à la réalité historique de la société, tout comme le sans-papier, juridiquement, ils sont l’un et l’autre "sans âme". L’un et l’autre sont placés (de force) en dehors des espaces auxquels, pourtant, ils appartiennent : ceux du milieu historique réel. Cette négation les enferme de fait dans une totale négativité de leur être, les renvoyant l’un et l’autre à la typologie du lien social conflictuel. Le devoir d’assistance, ainsi que le député Dominique Tian le conçoit, ne sera plus un devoir de secours mais de stigmatisation du pauvre, comme du sans-papier, dans le seul but d’en contrôler les déplacements avant de les nier purement et simplement pour l’enfermer là où sa vie prend son seul sens possible : son élimination.joël  jégouzo--.

 

Georg Simmel, le Pauvre, éd. Allia, traduit de l’allemand et présenté par Laure Cohen-Maurel, janvier 2009, 92 pages, 6,10 euros, EAN : 978-2-84485-300-4

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LE CASSE DU SIECLE : NOTRE ARGENT POUR RENFLOUER LES BANQUIERS…

5 Novembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

casse-dub-siecle.jpgLe document n°1 des ventes aux Etats-Unis. Mais pas en France. On ne se demande plus pourquoi. Mais on se rappelle comment les banquiers américains nous avaient vendu leur crise, l’art de la titrisation, ou comment couper de l’héroïne pure avec de la farine pour la refiler à l’étranger. Et tout le monde avait marché. Mais il y avait mieux : le Big Short made in US, ou l’art de gagner des fortunes en spéculant à la baisse sur un produit. De nombreux mois avant le Krach, une poignée de traders avaient engagé des sommes énormes sur l’espoir de ce krach, empochant par la suite jusqu’à 50 fois leur mise ! C’est cela que l’ouvrage raconte, jusque dans le détail des calculs, des combines, des alliances, des noms. Un livre qui eut un énorme retentissement aux Etats-Unis et de nombreuses implications juridiques, car il décrivait avec précision les méthodes, les prises d’intérêt et le laxisme des banques, peu effrayées à vrai dire de faire faillite, assurées qu’elles étaient de voir le monde politique voler à leur secours… C’était l’époque bénie où un trader pouvait fabriquer un titre pour miser sur son échec et gagner un maximum à ce jeu… C’était l’époque bénie de la corruption massive des agences de notation qui garantissaient les actions les plus pourries pour mieux les revendre à une banque française un peu lente à la détente, sans trop avoir à se préoccuper des conséquences. C’était l’époque bénie…, mais le livre nous apprend que rien n’a changé, que les Etats se sont simplement endettés pour sauver ces banques véreuses, prêtes à nous en remettre une couche. Un pamphlet saignant, loin de la langue de bois de nos Ministres, accumulant page après page les témoignages d’incompétences avouées. La confession d’une imposture, les confessions de ces traders voyous qui ont réussi le casse du siècle avec la complicité des banques et des politiques, celui de dettes personnelles remboursées avec les deniers publics ! --joël jégouzo--.

 

Michael Lewis, Le casse du siècle, titre original : The Big Short, éditions Sonatine, traduit de l’américain par Fabrice pointeau, avec la collaboration de Guy Martinolle, septembre 2010, 322 pages, 20 euros, EAN : 978-2-355-840531.

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GRENELLE DE L’ENVIRONNEMENT : 3 ANS APRES, LE BILAN – UNE FOIRADE...

26 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

grenelle.jpgTrois ans après le discours lyrique de Nicolas Sarkozy (25 octobre 2007), le Réseau Action Climat a fait le point sur le dossier "climat-énergie". Ses conclusions sont on ne peut plus claires : "Le moins que l’on puisse dire c’est que le New deal écologique promis par le Président de la République n’a pas eu lieu", observe laconiquement Olivier Louchard, Directeur du RAC-France (22 octobre 2010). Aucune mesure structurante n’a été prise. Mieux : la taxe carbone a été enterrée sans gloire, nouvel exemple de l’hypocrisie d’un gouvernement plus soucieux de son carnaval grandguignolesque que du service de l’Etat. La situation paraît même plus compromise qu’elle ne l’était avant la prise en main de ce dossier par la jactance présidentielle, comme c’est le cas des transports, où la consternation est désormais la règle. Aucun financement n’est en place, le vélo semble n’avoir pas encore été inventé aux yeux du gouvernement et les investissements routiers repartent de plus belle, au mépris du bon sens le plus élémentaire.

 Sur le chapitre de l’énergie, ce n’est pas mieux semble-t-il. Des objectifs avaient bien été fixés - 23 % d’énergies renouvelables en 2020, - 38% de consommation d’énergie pour le bâtiment existant-, mais aucun dispositif de contrôle n’a été prévu. Bref, les bras devraient nous en tomber cette fois encore, si nous n’étions déjà habitués aux foirades élyséennes. Rageons simplement que, comme à l’accoutumée, les intelligences qui se sont levées ici et là n’aient pu trouver une écoute responsable du côté de Pouvoirs Publics très peu au fait du Bien Commun. --joël jégouzo-

Téléchargez le Bilan détaillé par le Réseau Action Climat :  http://www.rac-f.org/IMG/pdf/3_ans_-_Note_detaillee.pdf

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L’AVEU DES DEPUTES FRANÇAIS : LES BANLIEUES SONT DES GHETTOS

25 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

smdestruction.jpg

Huit députés membres du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques ont remis leur rapport sur la politique menée en faveur des quartiers défavorisés depuis 2003. Lors d’une conférence de presse organisée le jeudi 21 octobre 2010 à l’Assemblée Nationale, ils en résumaient les grandes lignes : l’échec est total, mais bien évidemment «partagé», selon la formule consacrée.

"Les écarts en termes de pauvreté, de chômage, d’accès aux soins et de résultats scolaires ne se sont pas réduits depuis la loi du 1er août 2003, qui avait fixé des objectifs en la matière et demeurent à des niveaux parfois très préoccupants", constate ce rapport intitulé Quartiers défavorisés ou ghettos inavoués : la République impuissante.

La République impuissante ! Belle formule pour se disculper à peu de frais dans l’évocation justifiée des responsabilités de la Gauche et du fiasco chiraquien en la matière. Mais surtout, quelle formulation, inscrivant au creux d’une béate démission l’abandon de toute réflexion politique face à l’urgence de la situation ! Quand par ailleurs les mêmes se permettent de lâcher avec condescendance et non sans mépris, que «la question des banlieues et des quartiers sensibles est plus que jamais au centre de l’actualité et des préoccupations de la représentation nationale»…

Ben voyons… Comment le croire quand dans ce même bilan, l’évaluation de la misère qui frappe les banlieues est systématiquement minorée ? Prenons les chiffres du chômage, «préoccupant» nous confient nos députés, avouant que 30% de la population en âge de travailler dans les banlieues est sans emploi. 30% royalement consentis, quand cette comptabilité ne prend en compte ni les chômeurs sortis de leurs doits, ni les Rmistes, ni quantité d’autres inscrits comme «stagiaires» par les bons soins du Pôle Emploi, quand ils ne sont rien d’autres que des chômeurs mal ou pas du tout indemnisés ! 30% auxquels ont refuse donc, selon le tour de passe passe habituel, d’additionner tant et tant d’autres, sans parler des précaires et des salariés au rabais… Il y aurait de quoi rire, si la situation n’était tout simplement tragique !

Et au moment où se profile le renouvellement ou l’évolution des dispositifs en place, il y a tout lieu de s’inquiéter. D’autant que, le plus grave au fond, est le refus de notre représentation nationale à considérer qu’il s’agit en réalité d’un phénomène plus profond, plus discriminatoire et plus ancien que celui d’une ghettoïsation : il s’agit d’un véritable apartheid urbain, d’une politique d’exclusion systématique et raisonnée, héritière d’une longue tradition française coloniale, qui voit la fracture coloniale passer désormais à l’intérieur du pays légal lui-même. Une fracture qui se répète à l’envi et jusqu’à la nausée, et contre laquelle la politique pudiquement dénommée de rénovation urbaine ne peut rien, faute de vouloir en réfléchir les vrais soubassements.joël jégouzo--.

 

http://www.assemblee-nationale.fr/presse/communiques/20101018-02.asp

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NOUS NE RETOURNERONS PAS DANS LA TERRIBLE NUIT FRANÇAISE !

23 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

avis_population.jpgLe Peuple français n’a pas disparu sous le carcan des nouveaux maîtres. Voilà la bonne nouvelle de ces journées de grèves et de manifestations.

Et même si demain vous deviez provisoirement l’emporter, rien ne serait perdu puisque comme tant d’autres peuples, nous avons appris désormais à respirer sous l’eau !

 

La première réaction instinctive au désespoir est souvent de croire que dans la solitude, la souffrance se sublimera comme dans un feu purificateur. Et chaque jour des millions d’hommes et de femmes en France s’allongeaient sur leur couche après le travail, comme des êtres que le désespoir étouffait.

 

"L’Histoire, c’est la dimension du sens que nous sommes" (Marc Bloch)

Il fallait donc commencer par là : dans ce qui fonde ce rapport tout à la fois individuel et collectif au sens. Et chercher à comprendre comment ce sens s’inscrivait dans le présent de nos vies individuelles, tout comme dans celui de notre histoire commune. S’y inscrivait ou s’y absentait.

Il fallait commencer par là : marteler que depuis des années, seule l’absence du sens était perceptible dans le champ clos de cet étrange pays français.

Il fallait commencer par là, à l’heure où la société s’enlisait dans la misère de masse, à l’heure où les grands médias d’information ne savaient convoquer que le discours putassier du patronat sur le chômage, à l’heure où le pouvoir politique ne cessait de diviser les français et les monter les uns contre les autres, et concevoir qu’il était temps de nous rappeler les lieux de notre excessive parole.

Heureusement, les français ont derrière eux une assez longue histoire pour se rendre compte que dans cette France occupée par ceux qui cheminent sur la voie de la folie et de la fureur, demeure l’espérance indomptable.

 

Nous ne retournerons pas à votre terrible nuit française. Ni Vichy, ni la terre insultée, partout déchirée de barbelés derrière lesquelles vous jetez ceux que vous considérez comme des déchets de la République, ne ferons que nous vous accompagnions vers ce fond où tout s’égalise par le hideux.

 

La vie ne se referme jamais. Il reste la grande simultanéité des existences bafouées, ces français sur leurs trottoirs qui observent sans plaisir ce monde à part que vous vous êtes bâti. Dans dix ans, un sourire de pitié naîtra sur les visages de ceux qui se rappelleront vos trahisons. Mais avant que cela n’arrive, la pitié restera inconnue. Elle le restera parce que votre société politico-médiatique est une vaste conspiration contre toute espèce de vie sociale. Elle le restera parce que, même si l’essentiel de votre philosophie repose dans le fait que l’illusion est partie intégrante du raisonnement et que votre échec révèlerait la fausseté de cette dialectique artificielle, il nous faudra lever un à un les termes de votre duplicité. –joël jégouzo--.

 

En médaillon : une affiche de Vichy.

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ALIENATION JOYEUSE ET DESIRS SEDITIEUX (2) : UN MONDE DESENCHANTE.

21 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

lordon-2.jpgAujourd’hui, la savoureuse cause du capitalisme fordien s’écroule -l’aliénation joyeuse à la marchandise, les droits du consommateur en horizon inaliénable des Droits de l’Homme. Le pouvoir actionnarial, qui a radicalement changé le visage du capitalisme contemporain pour lui substituer celui d’un capitalisme financier sauvage, est en train de mettre à bas toute cette belle construction. Car ce qu’il produit n’est autre que le chômage de masse et la précarisation. Et ne croyez pas qu’il ne s’agirait que d’une crise passagère, qu’une croissance à deux points enrayerait haut la main. Non : il s’agit d’un état durable, dont les mécanismes sont transparents : la croissance ne peut que consolider les mécanismes d’oppression et de précarisation au sein d’un capitalisme financier qui ferme les entreprises parce qu’elles vont bien.

Cessons donc de croire que nous devons consentir à faire des sacrifices pour sauver nos emplois, ou notre industrie, ou notre compétitivité. Notre enrichissement ne passera pas par l’enrichissement des plus riches : pour preuve, si la crise financière nous affecte, en revanche, jamais les patrons du CAC 40 n’ont réalisé d’aussi imposants bénéfices…

Une véritable tyrannie s’est ainsi installée, en France, avec cette brutalité sans précédent du chantage à l’emploi qui nous est fait. La retenue fordienne du licenciement n’est plus la norme du patronat. Licencier est même devenue une cause nationale… Nous ne nous le répéterons jamais assez : la tyrannie qui s’affirme est destinée à occuper tout l’espace disponible car elle trouve ses conditions de possibilité dans le nouvel état des structures économiques du capitalisme financier. Keynes avait déjà analysé le caractère fondamentalement anti-social de la liquidité financière, son refus de tout engagement durable. Elle n’est que l’expression d’un individualisme poussé à son comble, qui plonge en retour le salariat dans la terreur.

Mais le chômage de masse et la précarisation sont des variables à double tranchant. Qui invitent désormais à la révolte. Reste le problème de savoir comment sortir de la nasse dans laquelle nous nous sommes précipités.

L’analyse de Frédéric Lordon pourra paraître un peu courte sur cette question. Elle demeure pourtant pertinente et pointe très exactement et la nature du malaise qui traverse le pays et les réponses que ce pays invente, aujourd’hui même, sans préjuger de l’issue des luttes qui sont menées.

lordonPour s’en sortir, il faudrait être en mesure de promouvoir de nouveaux objets de désir. C’est, on l’a vu à partir de la compréhension spinoziste du désir, le rôle de la société que de promouvoir des objets de désir. L’épanouissement, la réalisation de soi étaient des mots d’ordre ambivalents, qui ont permis au capitalisme de se régénérer en ouvrant de nouveaux champs d’exploitation du désir nous enfermant dans l’aliénation joyeuse d’un monde condamné à sa perte. Refusons de croire au bonheur en Hdi. Refusons de croire au bonheur individuel enfermé dans des logiques strictement domestiques. L’ethos individualiste est radicalement anti-spinozien. Car pour Spinoza, personne ne peut revendiquer une action comme parfaitement sienne : "nous faisons quelque chose s’il nous arrive quelque chose".

Le salarié du vieux modèle capitaliste, qui n’a plus cours que sous les traits d’un discours mensonger, racoleur, démagogique, et qui pouvait croire au ré-enchantement du monde et de sa vie par la consommation, ne peut plus se leurrer. Ce n’est d’ailleurs plus un conseil mais un constat, la précarisation l’ayant frappé à son tour.

Nous avons intérêt à mettre un terme à la domination non pas des affects joyeux, mais à l’illusion coûteuse qui nous est proposée en guise de satisfaction de nos désirs. Ou, comme l’écrit Frédéric Lordon, il nous faudrait passer d’une économie de la plus-value à une économie de la "capture" : ce que nous voulons ? Rien d’autre que de la puissance d’agir !

Mieux : une puissance d’agir commune ! Ce qu’ont largement démontrées les manifestations de ces dernières semaines.

Moins s’émanciper par le travail que s’émanciper du travail, pour parcourir le champ vertigineux des passions séditieuses : la Révolution, c’est d’abord un magnifique moment de liberté.

Devenir "perpendiculaires" donc, via l’indignation qui renverse les balances affectives et conduit les individus à refuser de se soumettre aux rapports institutionnels.

Renouer avec sa puissance d’agir - sa puissance d'être, persévérer dans son être, dirait Spinoza. Car Pouvoir, être et faire sont une seule et même chose. Aujourd’hui, il importe ainsi d’écrire l’Histoire comme un mécontentement qui est, rappelle Frédéric Lordon, la force historique capable de faire bifurquer le cours des choses.--joël jégouzo--.

Capitalisme, désir et servitude, de Frédéric Lordon, La Fabrique éditions, septembre 2010, 214 pages, 12 euros, EAN : 978-2-358720137.

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ALIENATION JOYEUSE ET DESIRS SEDITIEUX (1)...

21 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

lordon-1-1.jpg"On nous apprend que les entreprises ont une âme, ce qui est bien la nouvelle la plus terrifiante du monde!" (Deleuze, Pourparler).

 

 Dans son essai Capitalisme, désir et servitude , Frédéric Lordon a tenté de penser à nouveaux frais les questions de l’exploitation et de l’aliénation. Il s’est ainsi proposé de relire Marx à l’épreuve de Spinoza, pour mettre à jour ces mécanismes sous une lumière nouvelle, en tentant de combiner la vision marxiste des rapports de production à l’anthropologie spinoziste des passions – Spinoza, en somme, pour démonter la machine des affects et reprendre la question salariale sous l’angle des passions.

Par quels processus certains hommes parviennent-ils à obtenir que le plus grand nombre non seulement se mette au service de leurs désirs, mais y entre, alors qu’il demeurera exclu de l’essentiel de leurs satisfactions ?…

Ce faisant, Frédéric Lordon s’est moins intéressé à la question de savoir comment enrôler, qu’à celle de comprendre où ce désir de se mobiliser pour autrui se formait. Réponse en apparence évidente : le salaire qu’il est possible de retirer de cet enrôlement. L’argent comme "condensé de tous les biens" (Spinoza), ce que Marx avait parfaitement décrit lui aussi.

L’argent donc, non comme fin en soi, mais moyen d’accéder à la satisfaction de ses propres désirs. Encore faut-il comprendre le statut de ces désirs.

Pour Spinoza, le désir ne pointe rien d’autre que lui-même, il est sans but ni objet. Forme désirante, première et absolue, "le désir circule entre les individus qui s‘induisent les uns les autres à désirer par le spectacle mutuel de leurs élans".

Ce n’est que bien plus tard que surgira dans l’horizon du désir un objet. Objet au demeurant non pas débarqué de nulle part ou né de la volonté de celui qui désire, mais surgi pour l’essentiel des structures qui fondent le rapport de l’être au monde et à lui-même. On l’aura compris : la société se charge de fournir des objets de désir et c’est dans cette masse des possibles que nous allons choisir où investir les nôtres. Les rapports de production configurent ainsi les désirs, de sorte qu’ils ne sont jamais autonomes, ni autotéliques –y compris le désir amoureux. D’où émergent-ils donc ? Leurs causes sont si multiples (ce sont les fameuses propositions de Spinoza sur le conatus et la métaphore de la pierre lancé dans les airs), que nul ne peut les remonter ni moins encore affirmer qu’il en est la cause première, authentique et unique. Une biographie, une rencontre (thème si cher à Spinoza), les rapports sociaux font qu’il existe une hétéronomie radicale du désir. Avec pour conséquence, chez Spinoza, que la servitude volontaire est une proposition dénuée de sens : il n’existe que des servitudes passionnelles, l’homme est soumis à ses désirs.

 

spinoza.jpgDans les rapports de production au sein du monde capitaliste, la question du désir et de ses satisfactions a trouvé une solution originale, puissante, qui semble même quasiment définitive, avec l’émergence de la société de consommation. C’est dans l’aliénation marchande que le désir s’est engouffré, aliénation séduisante sinon valorisante, offerte comme un puissant levier du rapport salarial et vécue par chacun comme un vrai moment de joie de son rapport salarial –et qui, bénéfice non négligeable, le fait perdurer.

Ford avait tout compris ! Et en comprenant cela, il ouvrit en grand les portes du paradis au capitalisme triomphant, inaugurant d’un vrai tournant dans son histoire, lui offrant sa plus grande réussite, qui le fait tenir, encore aujourd’hui, comme notre horizon indépassable.

Le droit des consommateurs est devenu ainsi la cible première des Etats. Un droit qui leur aura permis de brader celui des citoyens. Avec la bénédiction du plus grand nombre et de l’ex-gauche marxisante : la mondialisation, via la nécessaire mise en concurrence à l’échelle planétaire des forces de travail, commandait de délocaliser pour le bien de tous, c’est-à-dire pour le plus grand profit de la consommation, devenue l’espace ultime de définition de la liberté des hommes. Manipulation suprême : la post-modernité transformait les citoyens en consommateurs, à la satisfaction générale de ces derniers.

Ou presque. Et du moins, tant que le processus fonctionnait, que le coût de la vie paraissait baisser, qu’un enrichissement se faisait (presque) jour, que la consommation se portait bien : le moral des ménages au beau fixe…

Tant que le processus fonctionnait en effet, impossible de rêver à un dépassement quelconque du capitalisme.

Le système du désir marchand consolida ainsi la soumission des individus, qui parvenaient à tirer de leur aliénation de vraies satisfactions (voitures moins chères, ordinateurs moins chers, télévision, etc.). L’aliénation joyeuse à la marchandise tourna un temps à plein régime, avec force et bonheur.--joël jégouzo--.

Capitalisme, désir et servitude, de Frédéric Lordon, La Fabrique éditions, septembre 2010, 214 pages, 12 euros, EAN : 978-2-358720137.

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17 OCTOBRE 1961 : UN CRIME D’ETAT A PARIS

16 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

octobreMardi 17 octobre 1961, Paris. Trente mille Algériens manifestent en famille contre le couvre-feu raciste qui leur est imposé par le préfet de police : Maurice Papon. Une répression d'une férocité barbare va s’abattre sur eux. La police a reçu l’ordre de tirer sur la foule. 15 000 manifestants sont raflés, parqués dans des stades, encagés dans des sous-sols d’immeubles, affamés, battus, torturés, assassinés. Nombre d’entre eux seront jetés dans la Seine par des miliciens sortis du plus glauque de l’histoire française, sous le regard complaisant de la police. Jusqu’à aujourd’hui, on ignore le nombre exact des victimes. Officiellement : 300 morts. L'État colonial sait mener sa vile guerre ! Et dès le lendemain, silence radio. Le 17 octobre n’a jamais existé. Il faudra attendre les années 90 pour que, sous l’impulsion de quelques associations et d’une poignée d’intellectuels, le silence soit rompu. Les signataires de cet opus témoignent, pensent, livrent enfin une réflexion que l’on a attendu longtemps. Trop longtemps pour que l’on n’attende pas toujours plus d’explications. Quand donc l’Etat français reconnaîtra-t-il toute l’étendue de son crime ?

Le 17 octobre 1961, une aube de fin d’humanité s’était levée. Des hordes barbares avaient lancé leurs hurlements. Tout Paris fut témoin que le jour s’aventurait en longs cris de douleur. Dans les sous-sols des immeubles, on enfouissait déjà les membres épars des manifestants. Au soir de cette journée, il ne devait rien rester du monde des hommes : ici désormais, au cœur même de l’une des villes les plus célébrées pour sa culture, venait d’être installé le territoire des chiens. A l’assaut d’enfants, de femmes, d’hommes, des hordes barbares avaient assassiné, avaient massacré. Une violence ahurissante venait de s’épanouir en plein Paris, sans qu’aucune belle âme n’y vit rien à redire. Vertige : la France livrée à ses débauches meurtrières. Dans un halètement sauvage, la vie avait reflué. On jetait à la Seine des hommes vivants, pêle-mêle, les cadavres s’amoncelaient, observateurs pétrifiés de la bestialité d’un temps gourd. Où sommes-nous donc morts ce jour-là ?—joël jégouzo--. 

 

Le 17 octobre 1961 : UN crime d’Etat à Paris, collectif, sous la direction de Olivier Le Cour Grandmaison, éditions La Dispute, coll. Essais, août 2001, 282 pages, 19 euros, EAN : 978-2-843030475.

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QUE TRAHIT LA VULGARITE DE NICOLAS SARKOZY ?

14 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

berlusconietlesfemmes5.jpg"Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde." Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme.

 

Nul besoin de grandes démonstrations, tout le monde sait de quoi il retourne ici. Du reste, chacun d’entre nous a en tête assez d’exemples affligeants pour ne pas attendre de nouvelles preuves de cette vulgarité agressive.

 

Guère d’exemple, en revanche, au sein de notre histoire nationale. Il faut remonter à la (f)Rance de Vichy pour retrouver trace d’une telle vulgarité –Alain Badiou n’avait pas tort de laisser errer le spectre de Pétain dans l’ombre de ce Pouvoir. Et en Europe, il n’y a guère que Berlusconi qui se flatte d’une aussi franche vulgarité. Plus en amont dans le temps, il y eut l’immense trivialité à front de taureau des Maîtres du IIIème Reich.

 

deux larronsLe fin mot de cette séquence de pouvoir sera sans doute celui de la médiocrité de son héros, fort de succès obtenus sur des moribonds (cette Gauche qui avait tant trahi), et de victoires arrachées d’un sûr instinct politique, celui du vautour plutôt que de l’aigle.

 

 Un narcissique pervers, analysait le psychiatre Serge Hefez, dans sa "Petite leçon de psychologie : le pervers narcissique et ses complices". Un chef qui n’aura cessé de mettre en avant son ego, accréditant par le discrédit. Un style, une marque de fabrique.

 

 Inutile de poursuivre sur ce terrain. La seule question digne d’intérêt aujourd’hui, est celle des raisons d’une telle inconvenance. La réponse est contenue en filigrane dans l’ouvrage de Frédéric Lordon (Capitalisme, désir et servitude) : nous vivons dans une société de la crainte généralisée, au sein de laquelle une brutalité économique sans précédent a surgi. Une véritable tyrannie –chantage à l’emploi, chantage à la croissance-, s’est installée, "qui trouve ses conditions de possibilité dans le nouvel état des structures économiques " de ce capitalisme apparu depuis peu. Un capitalisme dont le caractère fondamentalement anti-social s’affirme jour après jour, un capitalisme exprimant avec force son refus de tout engagement durable : les liquidités vont là où elles rapportent le plus, plongeant le salariat dans un monde de terreur. Les mécanismes de ce capitalisme financier sont simples, pour peu qu’on veuille les connaître : la finance n’a que faire de notre force de travail, désormais fongible. Une dissymétrie sans précédent affecte ainsi les rapports de production : le Capital financier a toujours le temps d’attendre, même quand la force de travail entre en rébellion. En revanche, la précarité des salariés est telle, qu’ils ne peuvent engager le bras de fer salvateur qu’au prix d’un effarant sacrifice.

 

vulgaritéLa violence qui pèse ainsi sur le monde du travail n’est plus celle de patrons aux allures fordiennes –ceux-là sont eux-mêmes soumis aux pressions des marchés financiers-, mais celle de la finance, coupées des réalités du monde. La crainte s’est non seulement généralisée, mais intensifiée avec la montée en puissance de ce pouvoir financier.

 

Un pouvoir qui s’est mis en place lorsque l’on nous sommait de ne voir dans la mondialisation que le salut d’économies en fin de course. Mais la globalisation n’aura jamais été d’abord que l’acte de décès de la notion de Peuple (qui était une notion politique), remplacée par celle de Populations (qui est une catégorie biologique, comme l’affirmait si pertinemment Foucault).

La manipulation suprême aura été de transformer à l’occasion et définitivement, le citoyen en consommateur.

 

Car sous le discours de la libre concurrence nécessaire exigeant toujours plus de délocalisations, libre concurrence au service de nos rêves de consommation les plus fous, c’est autre chose qui arrivait : on fermait des entreprises non parce qu’elles n’étaient pas rentables, mais parce qu’elles l’étaient et rapportaient assez de dividendes à leurs actionnaires pour l’investir sous forme de liquidités ailleurs, loin là-bas hors du monde, pour ramasser une mise plus énorme que celle à laquelle ils venaient de rêver…

 

lordonLa vulgarité présidentielle ne traduit ainsi rien d’autre que ce nouveau rapport de force, au sein duquel vient d’émerger un Capitalisme Financier triomphant. Elle n’est rien d’autre que l’expression d’une permissivité sans précédent qui s’est forgée dans la conscience de ces nouveaux capitalistes. L’ivresse dont elle témoigne, son pathétisme vulgaire, n’est l’expression que d’un délire de l’illimité. Tout est possible. Et son représentant légal peut même courir le risque de l’opprobre, pratiquer l’insulte et la menace à découvert : cette radicalisation du gouvernement actionnarial par la crainte est sans précédent dans notre histoire et lui assure l'impunité. Et croyez bien que la finance poussera son avantage partout, tant qu’elle ne rencontrera pas une force de résistance égale à la sienne.

 

C’est peut-être là que le bât va blesser : du politique, puisqu’il s’agit encore de cela, d’un rapport de force politique en fin de compte, même si cette Vème République agonisante est à même de confisquer le pouvoir politique entre de bien indélicates mains. Car malgré la complexité des formes de la domination, empilant les niveaux les uns sur les autres en chaînes de dépendances, une architecture que décrit parfaitement Lordon dans son essai, toute cette belle architecture reste sensible à l’ultime déconvenue d’une déroute électorale qui signerait le désaveu dans le camp même du Président -il faut disposer du Pouvoir politique pour manœuvrer sans complexe. A quelques encablures des Présidentielles, un grand séisme social et politique est possible.--joël jégouzo--.

 

 

Capitalisme, désir et servitude, de Frédéric Lordon, La Fabrique éditions, septembre 2010, 213 pages, 12 euros, EAN : 978-2-358720137.

Serge Hefez, "Petite leçon de psychologie : le pervers narcissique et ses complices " :

http://familles.blogs.liberation.fr/hefez/2007/05/petite_leon_de_.html#more

Triomphe de la vulgarité : ou le Tout-un-chacun, Marc-Vincent Howlett, éditions de l’Olivier, coll. : ED.L’Olivier, mars 2008, 219 pages, 16,50 euros, EAN : 978-2-879296234.

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