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La Dimension du sens que nous sommes

politique

L’Hypocrisie républicaine du baccalauréat…

24 Juin 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

L’Hypocrisie républicaine du baccalauréat…

Voilà, les dés sont presque jetés. Reste une épreuve et à attendre les résultats et pour certains candidats, à préparer la session la session de rattrapage. Baccalauréat en poche, nos chères têtes blondes pourront s’inscrire dans l’université de leur choix. C’est du moins ce qu’on aimerait nous faire croire : que le baccalauréat est un ticket d’entrée, un diplôme national, évaluant objectivement les élèves à leur mérite. Les mêmes conditions d’accès au supérieur pour tous… Dès la journée d’ouverture (c’est en effet un spectacle en France), la grand messe s’organisa autour de la fumeuse épreuve de philosophie, chaque canard y allant de son commentaire de comptoir de bar quand dans la réalité, l’épreuve ressemble plus à un devoir de scholastique qu’un effort de pensée...

Demain, cette même presse à l’enthousiasme infécond se hâtera de classer les établissements en fonction de leurs résultats au bac, le taux de mention venant ajouter en bêtise pour peaufiner la hiérarchie et ranger les lycées au mérite, lequel mérite récompensera in fine les lycées les plus «vertueux» pédagogiquement : ceux qui auront su accompagner une classe d’âge au bac sans être tentés de se débarrasser au passage de la seconde des élèves les moins «porteurs» en terme de réussite scolaire…

Mais la réalité est tout autre : en mai, les élèves savaient déjà s’ils étaient ou non reçus dans l’établissement supérieur de leur choix. La sélection s’était opérée déjà, bien avant l’obtention du fameux ticket, sur quatre trimestre exclusivement : les trois de classe de Première et le seul premier trimestre de Terminale. A l’exception des meilleures prépas de France, qui tiennent compte des résultats de seconde. Point final. Il suffit ensuite de présenter son diplôme pour concrétiser la décision.

Mieux : reçus sur dossier, les résultats de ces élèves n’est pas le seul critère «objectif» de sélection. Les établissements, qui ne sont pas dupes, savent qu’il existe des «différentiels» entre les lycées. Un 15 dans celui-ci ne vaut pas un 15 dans tel autre. Comment dès lors opérer dans un tel maquis de niveaux ? C’est très simple : les établissements fonctionnent désormais par réseau, ou reconnaissance du travail des équipes pédagogiques en place. De sorte qu’un élève sorti avec une mention très bien au bac, d’un lycée «non reconnu», n’a aucune chance d’entrer dans telle prépa réputée, faute d’être passé par le bon circuit. Bien sûr, il y a des exceptions. Peu nombreuses et seulement utiles pour justifier la prétendue égalité des chances. Dans cette gestion souterraine des cursus, les prépas dites «parisiennes» se taillent la part du lion, qui ne travaillent presque exclusivement qu’à partir de ces données finalement confidentielles. Au final, ce sont les établissements publics des beaux quartiers comme l’on dit pudiquement, et les établissements privés qui fournissent les meilleurs cursus : la gentrification des villes a achevé de peaufiner le paysage scolaire français, en confisquant les «meilleures» écoles de la république pour les privatiser. Le capital symbolique s’accorde au capital tout court, pour sanctionner une éducation française plus inégalitaire que jamais. Depuis une bonne vingtaine d’année, les sociologues répètent à l’envi que l’éducation en France est aujourd’hui plus inégalitaire qu’elle ne l’était il y a trente ans. Mais nul ne veut entendre ce discours déprimant et le bac continuera d’émerveiller une population convertie contre son gré par la classe dominante au sacrifice social.

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Détroit : pas d’accord pour crever, Dan Georgakas, Marvin Surkin

16 Juin 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Détroit : pas d’accord pour crever, Dan Georgakas, Marvin Surkin

Dans les années 50, la ville de détroit était la cinquième plus grande ville des Etats-Unis. La ville de l’automobile : Chrysler était alors la septième plus grande entreprise américaine, General Motors caracolait en tête. Le bassin de Détroit était le plus important bassin industriel de l’Amérique. Et puis les patrons des grandes firmes automobiles comprirent qu’ils pouvaient gagner beaucoup d’argent en faisant sauter le verrou de la législation sur l’emploi pour libérer la productivité. Travail du dimanche, heures supplémentaires, augmentation de la durée du temps de travail hebdomadaire, le travailler plus pour gagner plus remporta les suffrages. Ils comprirent ensuite qu’ils pouvaient gagner encore plus d’argent en rognant sur la qualité des matériaux utilisés et en externalisant tout ou partie de leur production. Ils comprirent encore qu’ils pouvaient gagner toujours plus d’argent en organisant la pénurie du travail et la concurrence entre les ouvriers. Ils sous-payèrent les noirs américains, détruisirent toutes les avancées sociales, liquidèrent le service public dans le bassin de Détroit, l’enseignement, la santé, toutes ces charges qui grevaient décidément leurs profits, avec la bénédiction des médias : il fallait être concurrentiel au niveau mondial désormais, et donc accepter des sacrifices. Ils comprirent enfin qu’ils pouvaient gagner mille fois plus d’argent en redistribuant les dividendes à leurs actionnaires plutôt qu’en investissant dans l’outil de production. Ils comprirent finalement qu’ils pouvaient gagner des sommes monstrueuses en délocalisant tout le processus de la construction automobile et en sacrifiant tout le bassin au profit de la rentabilité financière des entreprises. Chrysler fit faillite, General Motors suivit. Le bassin de Détroit fut saccagé. Les élites plongèrent la ville dans un chaos social sans précédent. On demanda pourtant encore aux ouvriers d’accepter des réductions de salaire pour sauver leur emploi… Ils perdirent et l’emploi et leurs logements, juste avant de sombrer, par centaines de milliers, dans la misère. Par centaines de milliers, les ouvriers de Détroit furent jetés au chômage. En juillet 1967 commença alors la Grande rébellion des ouvriers de Détroit. On envoya l’armée s’en occuper. Pas la police : la Garde Nationale du Michigan. 47 manifestants furent tués, des milliers d’autres gravement blessés, des centaines de milliers d’autres blessés. 5 000 ouvriers furent arrêtés. 5 000 autres furent privés de leurs logements. 1500 bâtiments furent détruits, 2700 magasins.

Alors les élites conçurent un nouveau plan diabolique pour ramasser l’argent que l’on pouvait encore ramasser à Détroit. Un New Detroit Committee fut formé. Pour sauver la ville, prétendaient les élites, il fallait la rendre attractive. On rasa le centre pour le gentrifier. Un Renaissance Center sortit à grand renfort de milliards prélevés sur l’infortune des habitants de Détroit. Le programme était simple : il fallait construire des logements de luxe pour attirer les classes fortunés, des complexes de culture et de loisirs high-tech, un centre d’affaire, un immense complexe sportif. La ville fut définitivement ruinée. Un exode sans précédent la frappa. Les élites l’abandonnèrent purement et simplement, sans jamais avoir eu à rendre compte de cette gabegie. Aujourd’hui encore, Détroit est une ruine.

C’est cette histoire édifiante que nous relate l’essai. Une lutte exemplaire et surtout, pour nous aujourd’hui qui tardons à le réaliser, une formidable prise de conscience de la classe ouvrière noire, qui dut faire face à la faillite du Pouvoir et de l’économie capitaliste. Il nous raconte l’émergence de la Ligue des travailleurs révolutionnaires, qui pied à pied lutta contre le New Detroit Committee pour dénoncer ses errements dans une argumentation fine et brillante. La Ligue s’efforça surtout de contrer l’idéologie néo-libérale qui pointait le nez et allait dévaster bientôt le monde entier. La ligue détailla dans des documents exceptionnels cette liquidation du socle industriel américain. Ses fondateurs avaient les premiers compris que les financiers allaient prendre le pouvoir et abandonner les américains après avoir fait fortune sur leur dos. Ils avaient compris que l’ère du sous-emploi venait d’être inaugurée à Détroit et qu’elle allait être le modèle de développement du capitalisme à venir. Ere de détérioration systématique des conditions de travail. Ils avaient compris les premiers que les syndicats réformistes pencheraient du côté du pouvoir, tout comme les médias. Et c’est peut-être le plus frappant de cette prise de conscience : l’ennemi, c’étaient les médias, ce soit disant quatrième pouvoir, qui ne défendait plus que la cause de la grande finance, déjà. Les trente années qui ont suivi n’ont fait que confirmer les analyses de la Ligue : la liquidation des peuples est en marche. Le problème ne vient pas d’un dysfonctionnement du système capitaliste : c’est le système capitaliste lui-même qui engendre un tel chaos. Et en son sein, le rôle des médias est central.

Détroit : pas d'accord pour crever : Une révolution urbaine, de Dan Georgakas et Marvin Surkin, traduit de l’anglais par Laure Mistral, éditions Agone, collection Mémoires sociales, 22 avril 2015, 358 pages, 24 euros, ISBN-13: 978-2748902266.

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Il y a un cadavre dans le placard de la Vème République

15 Juin 2015 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

Il y a un cadavre dans le placard de la Vème République

Celui des Peuples français acculés à la misère et des populations étrangères que la France, pendant des millénaires, a accueillies et sans lesquelles elle n’aurait pas été la Nation qu’elle est.

Et tandis que certain ministre promène ses deux enfants en Falcon, 1,5 millions d’autres enfants vivent dans la pauvreté. Entre 2008 et 2012, 440 000 enfants supplémentaires ont plongé avec leurs familles sous le seuil de pauvreté en France (Insee).

600 000 enfants grandissent dans des environnements destructeurs, sinon à la rue : c’est le cas pour 31 000 d’entre eux ! Un chiffre en augmentation de 44% entre 2001 et 2012 sur tout le territoire, et de 84 % pour la seule agglomération parisienne… Selon le rapport d’enquête ENFAMS (enfants et familles sans logement personnel en Ile-de-France) de l’Observatoire du Samu Social de Paris, les familles constituent aujourd’hui entre 35 % et 40 % des SDF.

Par parenthèse, les bidonvilles ont fait leur retour dans cette France néolibérale : on en compte aujourd’hui 400, de véritables villes selon l’état des lieux réalisé fin 2013 par la Délégation Interministé­rielle à l’Hébergement et l’Accès au Logement (DIHAL), Et c’est sans compter les «campements» que le gouvernement s’évertue à démanteler sans proposer de solution aux êtres humains qui les habitaient, l’état se contentant de les chasser jour après jour sans considération pour les enfants que leurs parents, dans ces situations extrêmes, avaient réussi à scolariser. Les enfants les plus discriminés en matière d’accès à l’édu­cation en France sont ainsi ceux qui vivent en bidonvilles : à peine la moitié d’entre eux peuvent aller à l’école ou au collège et plus rarement encore au lycée. Le collectif ROMEUROPE estime que «5 000 à 7 000 enfants roms migrants en France arrivent ou arriveront à l’âge de 16 ans en France sans avoir jamais ou presque été scolarisés.»

En octobre 2012, le Défenseur des droits avait alerté le Premier ministre quant au phénomène de déscolarisa­tion des enfants des bidonvilles provoqué par les opérations d’évacuation. Ces démantèlements à répétition des camps, outre leur impact traumatisant sur les enfants, qui dans la plupart des cas appréhendent d’être de nouveau scolarisés, devinant que c’est cette scolarisation qui conduit les Pouvoirs Publics à ordonner l’opération, ont évidemment des conséquences extrêmement néfastes sur la scolarisation des enfants. Le dernier rapport Innocenti paru à l’automne 2014 place la France en queue de classement des pays de l’OCDE sur ces questions.

Selon l’Insee, la cause la plus évidente de la pauvreté des enfants est bien évidemment la situation professionnelle des parents : un chômage à vie et qui conduit rapidement à ne vivre qu’avec des minima sociaux inférieurs au seuil de pauvreté. Des centaines de milliers d’enfants vivent ainsi dans l’insécurité économique et sociale et demeurent à l’écart des normes de confort dont bénéficient les autres enfants, ceux qui peuvent se balader en Falcon pour assister à un match de football...

Les répercussions de cette insécurité sont nombreuses, en particulier sur la santé : ces enfants souffrent davantage d’obésité par exemple que le reste des enfants, mais surtout, la pauvreté appelle la pauvreté : ces enfants sont condamnés à ne jamais pouvoir travailler au calme, et donc à ne jamais pouvoir «réussir».

Les évaluations internationales, notamment PISA, soulignent que la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus marquée en

France que dans la plupart des autres pays de l’OCDE. Le système d’éducation français est plus inégalitaire aujourd’hui qu’il ne l’était il y a trente ans… Les inégalités sociales se sont surtout aggravées : de 43 points entre 2003 et 2006 par exemple à 57 points entre 2006 et 2012… En France, lorsque l’on vient d’un milieu défavorisé, on a clairement aujourd’hui moins de chance d’en sortir qu’il y a 30 ans… Et comme le rappelle Stephane Bonnery, Démocratisation et inégalités ne s'excluent pas : elles vont de pair. Depuis 150 ans, rappelle-t-il, chaque fois que l'école s’est ouverte à une plus large population, elle a mis en place des mécanismes de sélection plus insidieux, les déplaçant chaque fois pour les rendre moins voyants. En France, on n’a pas l’équation Démocratisation ou inégalités, mais les deux se conjuguent pour annihiler tout espoir de changement.

Fin mars 2015, le nombre de chômeurs s'élevait en France à 5 997 800 toutes catégories confondues. Rappelons que la moitié des chômeurs touche moins de 500 euros par mois. Qu’un tiers des chômeurs ne touche aucune indemnité. Et que 1,691 millions de personnes vivent au RSA, tandis que le nombre de SDF, s’élève à plus très loin de 200 000, dont 1/3 sont des salariés pauvres… (« Plus très loin signifiant que l’Insee a cessé d’en tenir els comptes…).

Le montant du RSA, pour un parent isolé avec un enfant s’élève à 770,82 euros. A 924,99 euros s‘il a deux enfants. Essayez de vivre avec un tel montant… Pour une personne sans enfant, il s’élève à 492 euros mensuel.

La France compte 8,8 millions de pauvres selon les données 2011 de l’Insee. Soit 14,3 % de la population…

Quelle nouvelle narration politique rendra justice du sort réservé au grand nombre ?

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Les émeutes libertaires de juin 1780 à Londres

11 Juin 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Les émeutes libertaires de juin 1780 à Londres

Un livre tout entier consacré aux fameuses journées de juin 1780, à Londres, à une époque où ce genre d’émeute était hebdomadaire. Il est vrai que dans ce XVIIIème siècle britannique, l'insurrection était alors la forme habituelle et périodique de la protestation sociale, dans un pays où le débat social était mené comme une guerre –on sait en France, aujourd’hui, ce que cela veut dire…

Mais des émeutes festives, troublantes, justement, par ce caractère de liesse désordonnée, déroutant les analyses politiques et les hommes de Pouvoir tant leur visée ne pouvait se comprendre dans le cadre des discours habituels. Emeutes joyeuses, "émotions populaires" comme on le disait alors non sans mépris dans les classes supérieures, provoquées par le ressentiment général d’un Peuple quotidiennement humilié, asphyxié, biffé des tablettes de l’Histoire. Emeutes farouchement arrosées de gin et tournant au délire collectif, à la débauche bachique, Sa Majesté la Foule soudain prise d’une folle envie de cuite mémorable, quand bien même elle se terminerait par une douloureuse gueule de bois -mitraille, prisons et lois iniques au réveil.

Des Emeutes séminales dans l’histoire qui s’ouvre alors en Europe et pour le monde, parce que cette première insurrection prolétarienne de l’ère industrielle fut pour les ouvriers l’occasion de la révélation fulgurante de leur être-ensemble : ils découvrirent en effet soudain qu’ils formaient la force centrale de la société urbaine naissante et en faisant front, ils révélèrent à toute l’Europe qu’ils pouvaient devenir une classe sociale non seulement motrice de l’Histoire, mais capable d’abattre des Bastilles.

C’est cette histoire, dans la plus grande ville du monde d’alors, que décrit le présent essai. Heure par heure, une poignée de journées exceptionnellement documentées, fascinantes à bien des égards pour quiconque veut construire une réflexion de classe, mais surtout, eut égard à leur caractère anarchique, pour quiconque veut comprendre le sens profond du soulèvement populaire.

Les Conservateurs sont au pouvoir, ruinés par leurs coûteuses guerres. Ils se préparent à voter des lois iniques bien sûr, car il leur faut de l’argent, et beaucoup, pour mener à terme leur politique dispendieuse. Accessoirement, ils ont besoin de troupes fraîches, qu’ils pensent puiser cette fois dans les milieux catholiques. Aussi s’emploient-ils à monter les religions les unes contre les autres pour mieux diviser un Peuple déjà exsangue, sur des clivages ouvertement xénophobes –voilà qui nous rappelle quelque chose.

Des foules dépenaillées parcourent la ville en tous sens, s’agrègent aux manifestations organisées sans trop savoir pourquoi. Pétitionnaires et peuples des ruelles confondus, "nègres" rescapés de l’esclavage antillais (7% de la population londonienne !). Des leaders tentent de structurer cette agitation qui leur échappe, part dans tous les sens, en conduisant la foule du matin, énorme, devant le Parlement. La Représentation Nationale se voit soudain sommée d’agir. Elle est encerclée, isolée, bousculée. On attend des élus des réponses, ils discourent et tergiversent comme à l’accoutumée, ou dénoncent la manipulation d’une foule "visiblement" peu politisée, enrôlée contre son gré dans une lutte dont elle comprend mal la finalité. Que veulent-ils au juste, ces loqueteux ? Rien, précisément. Rien, politiquement s’entend, ou plutôt non, ils veulent tout : abattre le Pouvoir et peut-être même, "Tout Pouvoir"…

L’incongruité bouffonne de la situation saute bientôt aux yeux de tous : une partie de la foule se disperse tandis qu’une autre prend en otage les parlementaires. La nuit, les insoumis s’arment de gourdins, de hachoirs, s’enivrent, brûlent une chapelle. Des gueux avinés affluent sans cesse, qui veulent simplement voir flamber les bagnes et semblent ne désirer qu’une chose : la fin de ce vieux monde corrompu.

Ils envahissent la ville, courent dans tous les sens, s’éparpillent. Impossible de centraliser l’action : la foule ne veut pas prendre le Pouvoir, elle veut l’abattre.

Les gueux se rassemblent, s’égaient littéralement dans Londres, pactisent avec les forces de police dont nombre d’entre elles rallient les bombances improvisées ici et là. Les émeutiers brûlent des bâtiments, pillent les magasins de luxe, mais dans un incroyable climat bon enfant ! Peu d’échauffourées, peu de blessés, ils ne montent aucune barricade qui viserait à fixer un front, ne s’enferment pas en ghettos dans leurs quartiers mais déferlent, tout simplement, partout à la fois, au pas de course plutôt qu’ils ne défilent sous un rassemblement unitaire dont l’objectif politico-symbolique aurait été mûrement réfléchi. Et c’est bien la force de ce mouvement que cette dispersion, cette foule sans stratégie qui ne livre aucune bataille, va et vient sans que l’on puisse la circonvenir dans la ville : elle gagne.

Certes, dans les jours qui suivirent, sept mille soldats en armes venus de l’extérieur de Londres furent envoyés pour «maîtriser» la situation. Ils plongèrent alors la ville dans un bain de sang, mirent le feu à Londres, instaurèrent le carnage généralisé. L’essentiel n’est pas là. Il est dans l’analyse que l’on peut faire de l’essence même de ce mouvement, moral s’il en est, attaché à défendre une seule valeur, celle de la vie humaine.

Un soulèvement populaire n’a pour objet que de faire tomber un Pouvoir, pas d’en relever un autre. Construire le Pouvoir n’est pas l’objet des émeutes populaires, qui sont en réalité de grandes protestations morales.

C’est en cela que les minorités sont morales, en cela que le désordre est moral, en cela que l’éthique se révèle un puissant levier d’action révolutionnaire.

Les soulèvements populaires sont une formidable machine à abattre les Bastilles. Des machines non politiques qui pointent l’essentiel de ce qui fonde l’homme dans son humanité : sa dignité pour l’autre.

Prenant conscience de soi, Sa Majesté La Foule soustrait l'individu à lui-même et l’entraîne dans le cercle d’une vie supérieure. Balayant l’utile elle pointe le Juste. L’ambition morale de ces mouvements n’est ainsi pas de changer l’homme mais de changer la vie sociale, en y réintroduisant le devoir de justice. Et c’est au nom d’une philosophie de l’Homme, larvée, à peine murmurée, que l’émeute s’élance et énonce la seule norme qu’un Etat doive tenir, qui est celle de l’égal respect des personnes. Traiter l’individu comme fin, non comme moyen. Distinguer nos droits de citoyens des conceptions de la Vie Bonne qui se font jour ici et là, entendu que nul ne peut définir à la place d’autrui ce que doit être cette Vie Bonne.

La finalité des mouvements populaires est de fixer une limite morale au gouvernement en place. De lui rappeler par exemple sa nécessaire neutralité devant les fins, de lui rappeler que la norme d’égal respect des personnes, seule, fonde la légitimité de son action Publique. Entendu ainsi, cela signifie par exemple que l’Autre doit être perçu comme un autre sujet ayant sa propre perspective qu’il faut respecter, fût-il rrom ou musulman. C’est en cela que les mouvements populaires nous donnent le sentiment de redonner des couleurs aux nations qui les portent : ils ré-humanisent la société, parce qu’ils l’inscrivent dans une visée éthique de Justice et de Dignité de l’Homme pour l’Homme.

Beau comme une prison qui brûle, de Julius Van Daal, éd. L’Insomniaque, avril 2010, 94 pages, 7 euros, ean : 978-2-915-694451.

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CAP-BEP : des difficultés d’insertion aggravées par la crise

5 Juin 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

CAP-BEP : des difficultés d’insertion aggravées par la crise

Le temps des examens est revenu, tout comme celui des orientations scolaires. L’occasion d’évaluer les dispositifs en place, dont ceux concernant les titulaires d’un CAP ou d’un BEP. L’enquête 2013 menée auprès d’une génération de jeunes diplômés de l’enseignement professionnel est à ce sujet stupéfiante : 24% d’entre eux n’ont pour seul horizon que celui du chômage. Les bacheliers du technologiques suivent la même inflexion. A terme, c’est toute la pertinence de ce niveau dit V de qualification qui devrait être remise en question… Clé de voûte de la «scolarisation des apprentissages», facteur d’accès au baccalauréat pour un nombre croissant de jeunes d’origines populaires, l’outil CAP-BEP ne fonctionne plus, et cela pour près du tiers des jeunes entrant sur le marché du travail ! Pourtant, dans les années 2000, on avait cru assister au décollage du niveau V. Aujourd’hui, il représente une part marginale y compris dans le secteur du bâtiment ou les spécialités sanitaires et sociales : le report des bacheliers, y compris de l’enseignement général, vers ces métiers, pénalise durement les titulaires de CAP ou BEP. Le CAP, qui avait joué un rôle historique dans l’insertion des jeunes issus des milieux populaires produit désormais un effet de nasse. Cela dit, les diplômés du niveau IV (bac) qui ont envahi leurs emplois, connaissent à leur tour une dégradation importante de leurs conditions d’insertion. Le phénomène est massif et touche tous les secteurs, y compris ceux qui jusque-là restaient privilégiés : électricité, mécanique... Il en va de même au niveau de la comptabilité-gestion et du commerce-vente, comme dans le cas du secteur du tourisme où les bac + 3 bouleversent le secteur en occupant des postes réservés autrefois aux titulaires de niveau V… Par ailleurs les indicateurs de qualité de l’emploi sont eux aussi en nette détérioration. L’intérim est en déclin, la part des emplois aidés en expansion bien que n’offrant aucune solution d’avenir, et les rémunérations sont en chute libre. Les emplois proposés demeurent ainsi sous-payés et précaires pour plus de la moitié des sortants de niveau V dont près d’un tiers d’entre eux risquent fort de ne connaître dans leur vie professionnelle que le chômage constant…

Bref du Céreq, n°335, mai 2015, issn 2116-6110 (sur abonnement) www.cerq.fr

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Ruptures post-coloniales : les nouveaux visages de la société française.

28 Mai 2015 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

ruptures.jpgIl y a deux jours de cela, les élèves du lycée René Cassin, dans le XVIème arrondissement huppé de Paris, ont agressé en bande un jeune rrom. lL police a dû inetrvenir pour éviter son lynchage. De très nombreux autres jeunes lycéens ont alors rallié le clan de cette barbarie pour tenter de soustraire le jeune rrom à la protection de la police... Les rroms sont aujourd'hui l'objet d'un racisme qui ne cache plus son nom, encouragé au plus haut sommet de l'état... Haro sur les rroms, on se croirait revenu aux temps de l'Action française... Le racisme anti-musulman, lui, a fait surface dans le lit de ce même racisme d'état stigmatisant une population discriminée à cause de sa religion et de ses origines ethniques, bien que là encore, poitant du doigt une population en réalité française depuis plusieurs générations désormais... Voici que la France refabrique, comme au bon vieux temps des colonies, des citoyens, européens ou français dépouillés de leurs droits le splus fondamentaux... Des sous-citoyens français. L'Histoire est nauséabonde, qui rappelle ces massacres ordonnés de la france coloniale. Pour parenthèse, le dernier massacre que la République française se soit autorisé date de l'année 1967 et n'a jamais donné lieu à aucun repentir...

De la fracture coloniale aux ruptures post-coloniales… L'ouvrage collectif dont il est fait mention ici est des plus revigorants pour la pensée en France (et non la pensée française). Edward Saïd en exergue, expliquant que nous disposions naguère d’une raison commode pour justifier nos égarements : chaque peuple avait (soit-disant) son identité, mais une seule. Une explication quelque peu réductrice qui envisageait les relations entre les peuples sur un modèle très simpliste, les enfermant chacun dans les belles cages dorées de cultures nécessairement écrites (…) sans concession depuis leurs orgueilleuses solitudes… Des cultures nationales quand l’heure fut venue, n’offrant aucune porosités entre elles –les savants en juraient-, soustraites avec bonheur à l’influence des modèles étrangers. Une antienne qui n’était en outre pas à une contradiction près, hiérarchisant évidemment ces cultures entre elles pour tailler à l’Occident la part du lion et décrire avec force arrogance la franche authenticité -quoique passablement rustique-, des cultures "mineures". Comment, désormais, penser le monde et les relations entre les nations de ce monde dans un périmètre aussi étriqué ?

Voici un livre stimulant qui vient moins panser les plaies ouvertes par les contradictions de ce vieux modèle civilisationnel que nous inciter à repenser radicalement notre vision de ce même monde, et sa globalisation. Vue de l'Europe, cette dernière n'a fait qu'ouvrir en grand les vannes des peurs archaïques, des passions xénophobes, cultivant à loisir le fantasme d’une Europe assiégée par des hordes barbares...

Mais comment n’a-t-on pu voir que le plus grand fait de ces trente dernières années aura été celui des flux migratoires, celui de la montée en puissance des minorités visibles (des gays aux minorités ethniques), celui de la démultiplication des modes de vie et des imaginaires culturels ? Comment n’a-t-on pu comprendre que la modernité ne pouvait que se conjuguer au pluriel ?

Voici un livre contraignant pour la pensée dominante, qui fait retour sur un autre impensé soigneusement dissimulé : l’impensé colonial. Un impensé qui nous a conduit tout droit à cette mise en scène publique ridicule, sinon abjecte, du faux problème de l’immigration. Un impensé qui ne nous a pas permis de comprendre ce que les émeutes urbaines, tout comme les émeutes d’outremer, exprimaient : les périphéries s’invitaient au centre de l’Hexagone pour contraindre la France à assumer enfin son devenir post-colonial. Prolifération des différences, fragmentation de l’espace public, comment nos hommes politiques ne parviennent-ils pas à réaliser qu’il nous faut désormais explorer de nouvelles dimensions du Vivre ensemble, de nouveaux territoires du social, du culturel, du politique, si l’on veut répondre réellement à la crise qui menace toujours de nous replier stupidement sur une vergogne sans avenir ?

Nul doute : la recomposition à l’œuvre aujourd’hui, convulsivement, embrasse toutes les dimensions de la société française : urbaines, culturelles, économiques, sociales, politiques, idéologiques… Nous vivons un véritable Tournant post-colonial, dont le diagnostic est posé dans cet ouvrage. Un diagnostic, plutôt qu’un panorama : le paysage est en effet à construire –non à reconstruire. Histoire, société, ethnographie, sciences politiques, sciences de la communication, quelle lecture stimulante, ouvrant à la fébrilité de tenir en main, enfin, une étude levée pour faire date, aussi importante que le fut, sur le plan intellectuel, la Nouvelle Histoire d’un Braudel, d’un Bloch. Une pensée dont les enjeux sont autant scientifiques que politiques, tant "nous sommes aujourd’hui parvenus à un tournant des relations interculturelles ou interethniques, qui impose un nouveau regard sur les objets du monde".

Ruptures postcoloniales : Les nouveaux visages de la société française, collectif, Nicolas Bancel, Florence Bernault, Pascal Blanchard, Ahmed Boubeker, Editions La Découverte, Collection : La Découverte Langue, mai 2010, 538 pages, 26 euros, ISBN-13: 978-2707156891.

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26 mai 1967, Guadeloupe, un massacre républicain passé sous silence…

27 Mai 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

26 mai 1967, Guadeloupe, un massacre républicain passé sous silence…

Mai 1967… Une guerre semble imminente entre l’Egypte et Israël. Personne ne prête garde du coup au malaise social qui grandit en Guadeloupe. Le 22 mai, les ouvriers du bâtiment se mettent en grève à Pointe-à-Pitre. Une foule immense les soutient. De plus en plus exaspérée. Le 25 mai, une émeute éclate à pointe-à-Pitre : un militant du GONG (Groupe d’organisation Nationale de la Guadeloupe), d’obédience marxiste, vient d’être abattu par un tireur d’élite de la gendarmerie française, avec des balles dum-dum ! Un autre l’est quelques secondes plus tard sur la grande Place de la Victoire où sont rassemblés des milliers de guadeloupéens, en solidarité avec les grévistes du bâtiment. La réponse du gouvernement est hallucinante : le préfet fait relever les CRS, dont certains ont pactisé avec les manifestants, pour les remplacer par des pelotons de gardes mobiles –des militaires. Des infiltrés du SAC tirent par deux reprises sur ces gendarmes. Il n’en faut pas plus pour déclencher la tuerie : les gardes mobiles ripostent en tirant sans sommation sur la foule des manifestants. On tue à Pointe-à-Pitre, dans un carnage digne d’un revival de la Guerre d’Algérie. Mais silence radio dans les médias. Officiellement, le préfet reconnaîtra 7 morts au lendemain de ces journées, le dimanche 28 mai 67.

26 mai 1967, Guadeloupe, un massacre républicain passé sous silence…

En 1985, l’état français finira par en reconnaître 87. Mais on est loin du compte : les témoignages recueillis parmi les manifestants, le personnel hospitalier, les CRS eux-mêmes, font état de près de 200 morts. On ne sait toujours pas aujourd’hui quelle fut l‘ampleur de ce massacre : pour n’être pas fichées comme séditieuses au lendemain des émeutes, nombre de famille ne sont pas venues déclarer leurs morts, tués par balles… A la mairie, des pages entières des registres d’état civil ont été déchirées… L’état français, Droite/Gauche confondues a depuis caché la réalité des faits pour s’en tenir à une version officielle de moins en moins crédible. Que s’est-il passé à Pointe-à-Pitre dans cette dernière semaine de mai 67 ? Comment expliquer une telle sauvagerie étatique ? Le plus important massacre de civils en France depuis la Guerre d’Algérie !

Nos deux auteurs ont longuement enquêté, compulsant les dossiers, recueillant les témoignages de toutes les parties, y compris d’ancien militaire ou de CRS. On y voit donc un peu plus clair aujourd’hui, mais à peine, tant la volonté d’empêcher la vérité d’éclater au grand jour est grande aujourd’hui encore ! Ce que l’on sait, c’est que dans la nuit du 25 au 26 mai deux bataillons de commandos français ont été acheminés depuis la métropole pour sécuriser l’aéroport et les champs alentours, massacrant au passage les populations civiles qui s’y trouvaient… Ce que l’on sait, c’est que le 5 juin devait avoir lieu un essai nucléaire français à Mururoa, celui de la bombe H et que le général de Gaulle, après avoir fait quitter l’OTAN à la France le 8 juin 66, tenait beaucoup à cet essai qui allait consacrer l’indépendance stratégique du pays. Il y tenait dans les temps choisis par lui, parce que les Etats-Unis, l’URSS et le Royaume Uni faisaient tout pour empêcher ce tir de la fameuse bombe H, thermonucléaire. Et ce que l’on sait encore, c’est que cette fameuse bombe H était stationnée sur le tarmac de l’aéroport de Pointe-à-Pitre, en attendant d’être larguée sur Mururoa le 5 juin 67… Foccart, le conseiller de de Gaulle, le tenait au courant minute par minute de l’évolution de la situation en Guadeloupe, insistant sur le fait qu’elle pouvait compromettre leurs plans.

26 mai 1967, Guadeloupe, un massacre républicain passé sous silence…

Cela faisait des semaines même que des notes avertissaient l’Elysée et préconisaient de se débarrasser des meneurs, dont Jacques Nestor, assassiné par l’armée française le 25 mai 1967, pour raison d’état. Ce que l’on sait toujours, c’est que le préfet et le commissaire en place tenaient leurs ordres directement de l’Elysée. Et que ces ordres étaient clairs : celui de tirer à vue sur la foule des civils. Des civils abasourdis par la violence de la répression : des hommes, des femmes, des enfants, tirés comme des lapins, tués, blessés par milliers, dès lors qu’ils étaient dans les rues de leur ville à s’inquiéter de ce qui leur arrivait ! Un couvre-feu fut décidé à la hâte, dont beaucoup ignorait l’existence, s’exposant ainsi sans le savoir aux balles des gendarmes ! Un massacre. Enorme. Hallucinant. Tu aujourd’hui encore. Une ville en état de choc. Depuis. Toujours. Que s’est-il passé les 26 et 27 mai à Pointe-à-Pitre ? Une bombe H stationnait dans un hangar de l’aéroport, attendant d’être largué à des milliers de kilomètres de là. Près de deux-cents guadeloupéens sont morts en ignorant qu’aux yeux des autorités, leur grève menaçait de compromettre l’«opération Altaïr» : le largage de la première bombe H française !

Le sang des nègres : Mai 1967 à la Guadeloupe, le dernier massacre de la Ve République, Xavier-Marie Bonnot et François-Xavier Guillerm, Editions Galaade, coll. ESSAIS, 5 mai 2015, 160 pages, 18 euros, ISBN-13: 978-2351763773.

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Cher Pôle Emploi, Nora Philippe

20 Mai 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Cher Pôle Emploi, Nora Philippe

Suite à des avis de radiation, la plupart du temps intempestifs, pour un retard de dix minutes à une convocation par exemple, la réalisatrice du film Pôle Emploi a eu accès à des milliers de lettres d’appel au secours écrites par des chômeurs –dans 50% des cas, la suspension de deux mois d’allocations, qui est la punition commune même dans les situations d’erreur de Pôle Emploi, provoque la paupérisation immédiate de l’allocataire. Nombre de ces courriers témoignent ainsi de l’angoisse, de la colère, de la panique de chômeurs poussés à bout. Pathétiques souvent, écrits sur des bouts de papier déchirés plutôt que des lettres à en-tête, dans une orthographe approximative, ces courriers disent une misère de masse, celle de notre pays, et un tragique sur lequel jour après jour les médias ferment les yeux. Des millions de nos concitoyens sont jetés dans ces affres et doivent quotidiennement subir la brutalité d’une administration aveugle. Et folle. Littéralement, qui leur commande de justifier avant toute absence, l’empêchement que nombre d’entre eux ne peuvent prévoir, et pour cause : il leur faudrait par exemple anticiper un décès ou une naissance et arracher un certificat médical à son médecin avant ce décès ou cette naissance pour n’avoir pas à risquer sa radiation ! «Ne me gérez pas, gardez-moi !», crie celui-ci face non seulement à la surdité de l’administration, mais sa stupidité meurtrière. Les lettres publiées témoignent en outre de réponses qui ressortissent toujours à l’ordre de l’intimité exhibée, bafouée, réduisant à néant la dignité de l’allocataire. Pôle Emploi est une machine à avilir la nation française. Et ces lettres sont des bouteilles à la mer qui nous font toucher du doigt la condition ignoble faite à des millions de nos concitoyens, suspects a priori aux yeux de l’Administration, qui se comporte comme une administration pénitentiaire assurant, de comparution en comparution, l’ordre en marche d’une société inégalitaire, despotique, aux inflexions discrétionnaires.

Cher Pôle Emploi, Nora Philippe, préface Philippe, Artières, éditions Textuel, 27 mai 2015, 112 pages, 11,90 euros, ean : 978-2845975217.

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Quels délinquants traquer ?

7 Mai 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Quels délinquants traquer ?

La loi de surveillance généralisée de la totalité de la population française a été faite pour 3 000 personnes suspectes, selon les propos de Valls. 3 000 suspects comptabilisés, fanatiques ou adolescents perdus en voie de radicalisation, identifiés par les services de renseignement, lesquels services, semble-t-il, ont le plus grand mal à les traquer et s’imaginent que cette poignée de «djihadistes» potentiels sera assez débile pour échanger sur les réseaux sociaux des informations capitales quant aux crimes qu’ils voudraient commettre… Nos «idiots utiles» en somme, selon l’expression de Lénine, qui ont permis l’adoption d’une Loi liberticide en France, ex-pays des droits de l’Homme et du Citoyen. Une Loi votée sans débat Public, sanctionnant la mort de la Représentation Publique, à la remorque désormais d’une idéologie de défaite qui risque fort d’entraîner dans sa dérive toute la nation française… L’occasion pour nous, citoyens d’une société civile refusant le mur dans lequel nous précipite cette classe politico-médiatique, de réfléchir sur les conditions d’un vrai débat public, qui tant fait défaut à cette pseudo démocratie que les néo-libéraux les plus réactionnaires de notre histoire ont fini par imposer. Et de nous interroger sur les choix du système répressif français : qui surveiller, qui punir ?

Quels délinquants traquer ?

Le 12 avril 2012, trois semaines après la première parution du livre d’Antoine Peillon (Ces 600 milliards qui manquent à la France), le Parquet de Paris désignait (enfin) un juge d’instruction pour mener une information judiciaire sur l’évasion fiscale en France.

Le 17 avril, ce même Peillon était (enfin toujours) auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur l’évasion fiscale. L’auteur exposa ce que tout le monde savait, à savoir que la police et la Justice françaises disposaient d’une masse invraisemblable d’informations sur la question -dont elles n’avaient jamais rien fait. Et pour cause : le 23 mai 2012, le Juge témoignait à son tour devant la même commission sénatoriale, pour révéler l’existence d’un verrou politique : il devait attendre une plainte du Ministre du Budget pour instruire officiellement son enquête. Jamais aucun ministre du Budget, en France, ne s’était soucié de porter plainte contre l’évasion fiscale.

Le 3 juillet 2012, Jean-Marc Ayrault promettait de régler une fois pour toute la question de l‘évasion fiscale.

Le 24 juillet 2012, la commission d’enquête sénatoriale publiait 59 propositions pour contrôler cette évasion fiscale. Le rapport de ladite commission devait être remis au Ministre de l’économie et proposé à l’Assemblée nationale dans le cadre du débat budgétaire.

On l’attend toujours. La Crise, elle, n’attend pas, qui commande de récupérer ces milliards qui nous sont dus.

L’affichage d’une prétendue indignation morale laisse, aujourd’hui encore, aujourd’hui toujours, à l’heure où l’Administration policière s’apprête à arrêter des centaines de milliers de français par erreur, selon les mots même du Ministre de l’Intérieur, intacte la délinquance en col blanc. Aucune mesure radicale n’a été prise à son encontre. Aucune régulation publique n’est à l’ordre du jour, sinon comme effet d’annonce : aucune réponse politique n’a jamais apporté de solution, aucun débat public n’a jamais été lancé sur la question. 600 milliards d’euros s’évaporent chaque année des poches de la Nation sans que cela ne préoccupe outre mesure les autorités. Les décisions judiciaires, quand elles sont prises, restent pitoyables, les personnalités publiques en cause s’acquittant d’une modeste amende avant de retourner à leurs affaires… Zone d’ombre de la démocratie française, la presse s’en détourne sitôt le scoop publié, en faisant comme si cette lâcheté juridique était l’affaire de tous, alors que tous savent bien qu’il existe une connivence politique qui interdit de mettre en cause la classe politico-médiatique, celle-là même qui chaque jour instruit un débat moral débile sur la nécessité de suspendre les libertés civiles des français face à la menace terroriste. Seule la dangerosité des classes populaires est d’actualité. La délinquance des élites, elle, n’est jamais perçue comme une menace pour l’ordre social. Bien qu’il s’agisse d’une délinquance organisée, planifiée, préméditée. Rappelez-vous la banque Goldman Sachs spéculant sur l’effondrement de ses propres titres, contre ses clients… Une délinquance qui s’est traduite par la montée en puissance d’une collusion de plus en plus efficiente entre les cercles mafieux et financiers : c’est la British Petroleum communiquant des informations aux escadrons de la mort en Colombie pour éliminer les militants écologistes qui l’ennuyaient.

En France, toutes les instances de surveillance des délits financiers sont… corporatistes ! Les régulés font partie de ces instances de régulation… Voyez l’organigramme de la Commission consultative des marchés publics… Et quant à la sanction, elle relève la plupart du temps d’organismes administratifs plutôt que judiciaires : seul 1% des infractions observées est transmis aux autorités judiciaires… La délinquance des élites occupe ainsi une place ultra marginale dans le traitement répressif de la Nation, tandis que nous assistons à un durcissement de la répression de la petite délinquance et à la surveillance généralisée de la population française. L’essentiel de l’argent des contribuables est mobilisé pour entretenir un système pénal focalisé exclusivement sur des délits de faible importance. Les détournements d’argent, extrêmement dommageables, économiquement, socialement, éthiquement, à l’ensemble de la société française, ne font jamais l’objet d’un processus de criminalisation, pas même celui d’un Débat Public. La justice française est clivée : pénale pour les pauvres, administratives pour les riches. Quid de la Démocratie dans ces conditions ?

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«L’essence de la France» selon Valls le 22 avril 2015

23 Avril 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

«L’essence de la France» selon Valls le 22 avril 2015

En ces temps de commémoration du génocide arménien, son centenaire même, tous les arméniens de France goûteront avec humour l’hommage involontaire rendu à leur Roi Tiridate IV qui, en l’an 301 et ce bien avant la France, embrassa la foi chrétienne pour faire de son royaume le premier état officiellement chrétien du monde… Même si tous ne sont pas chrétiens, ni catholiques, et surtout si tous ont eu à souffrir justement de ce genre de conception essentialiste de la Nation, qui présida à leur extermination…

Les musulmans français seront eux aussi content d’apprendre qu’ils ne font pas partie de cette essence française, tout comme les juifs, les rroms bien que nombre d’entre eux soient chrétiens, les protestants qui sont peut-être restés trop huguenots à ses yeux, ou les républicains laïcs, non baptisés…

Il est des phrases que l’on ne peut sans frémir entendre prononcer… Sans rire, il entre de l’hystérie politique dans ce propos déconcertant de notre Premier ministre, qui vient de nous fabriquer, hier, un monde factice en appelant aux civilisations bornées pour réinscrire la polis française dans les canons d’une France catholique imaginaire à rebours de la lente marche du Peuple français vers son identité républicaine.

La France serait ainsi assimilable à la catégorie du religieux, constitutif, il va sans dire, d’un «corps français traditionnel» sans doute, ainsi que l’évoquait avant lui un Longuet, tout entier rabattable sur son histoire catholique… Notre Premier ministre, qui se dit républicain, a restauré par ce simple mot qu’il voulait fort, les effrois de l’aliénation identitaire religieuse, au sein de laquelle la France redeviendrait une géographie plutôt qu’une histoire, une religion plutôt qu’une culture…

Une vieille ritournelle à vrai dire que cette fabrique de l’imposture. Une vieille histoire qui présida à la fabrication du français de souche. Valls, sans le faire exprès, nous a d’un coup renvoyé à cette vieille histoire instruite dès l’époque des rois capétiens, lorsque l’Eglise «très chrétienne» décida de jouer un rôle décisif dans la mise en place de la nature du Pouvoir capétien, en l’ancrant dans le sol et des lignages (le sang) pour mieux dévoyer la réflexion sur la nature de l’autorité, à laquelle nos bons rois, tout comme semble-t-il notre cher Premier ministre, préférèrent les fumets de la Domination. Valls en est là, tant son besoin de reconnaissance est grand, tout entier enrôlé sous la quête de l’autorité. Tout comme notre bon roi capétien qui, à défaut d’installer un royaume, s’était construit comme le chef de la noblesse et non celui des français, Valls vient nous dire clairement que son Pouvoir n’est pas assis sur les attentes de la totalité du peuple français…

Peut-être se rappelle-t-il, lui qui convoque par son expression moins la foi chrétienne que ses institutions, que l’Eglise joua alors le rôle de ferment de l’unité de ces espaces par trop desserrés qu’étaient les nébuleuses que le royaume d’alors constituait. Il n’est pas inutile de rappeler ici que cette Institution de l’Eglise l’avait compris et qu’elle avait compris qu’avant de se lancer dans une fonction d’ordre, il lui fallait d’abord affermir la hiérarchie en son sein et proclamer bien fort que les laïcs étaient au service de l’Eglise… On pourrait, ici, remplacer avantageusement le mot Eglise par celui de Pouvoir, qu’on ne changerait rien à cette problématique.

Le "Blanc manteau de l’Eglise", selon la formule consacrée à l’époque, recouvrait ainsi exclusivement les épaules de la noblesse. Tout comme le Blanc manteau de la France de Valls ne semble recouvrir qu’une poignée de hiérarques à la solde du Pouvoir. Restait à construire la conformité d’un Peuple qui n’existait pas. Ce fut l’invention de l’Eglise justement. Amusant : l’Eglise installa le sacré dans tous les territoires qui lui étaient subordonnés. Elle l’établit, en inventa les formes, les usages et les vertus, en se lançant très concrètement dans un programme de construction sans précédent, lui permettant d’élever partout ses monuments, des églises précisément, aux calvaires et autres mobiliers du sacré chrétien.

C’est alors que les cimetières entrèrent dans l’espace habité, inscrivant non seulement l’Au-delà de ce côté-ci de la vie, mais en ramenant les morts "chez eux", en les plantant en terre pour qu’ils y fassent souche, elle enracina les êtres dans la terre du village, désormais inscrit dans l’eschatologie chrétienne.

Outre la construction de monuments, l’Eglise mis en œuvre une campagne sans précédent de processions («Je suis Charlie»). Il s’agissait d’inscrire les déplacements, les gestes de tous dans le sacré du sol et sceller l’unité nationale. L’unanimité chrétienne («Je suis Charlie»), put alors prendre son essor, tant il était difficile (de n’être pas Charlie), d’échapper à l’obligation d’un itinéraire processionnaire explicitement voué à unifier les différentes parties du village et à en marquer les terres du sceau chrétien.

Au XIème siècle, les gens qui habitaient les Principautés bougeaient beaucoup. On leur fit faire souche. Ils devaient être d’ici. Mais d’un ici déterminé là-bas, dans les sphères d’un Pouvoir qui ne leur laissera bientôt plus le choix d’être autre chose que ce qui aura été décidé pour eux…

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