politique
"Nous ne quitterons pas Paris !"
Juin 1848. Les ouvriers parisiens manifestent au cri de «Nous ne quitterons pas Paris !». Les journalistes de l’époque observent le Peuple en colère, «prêt à se suicider » tant est imposante sa détermination. Partout ils s’étonnent de voir poser avec autant d’intelligence la question urbaine, au moment où les nantis ont décidé de les chasser de Paris, cette ville que les bourgeois voudraient dédier au luxe, selon les termes mêmes de Haussmann, et débarrassée, bien évidemment, de ses classes populaires. Partout des barricades sont érigées, qui atteignent une taille inconnue dans l’histoire des révoltes urbaines. De vraies constructions architecturales. Les ouvrages insurrectionnels, reliés entre eux pour certains, permettent aux insurgés de passer discrètement d’un point à un autre de la capitale. Se fait jour un véritable urbanisme insurrectionnel des rues, construit en une poignée de journées mémorables, auquel toute la population de Paris a participé.
Au XIXe, malgré Haussmann, la ville produite autour de spéculations très coûteuses pour la société civile, s’organise cependant toujours en fragments épars. L’intervention de l’Etat sera décisive pour y mettre de l'ordre. Etat qui ne réfléchit pas la chose en termes de Bien Commun mais d’intérêts privés. L’urbanisme qu’il consacre est évidemment lié aux grands mouvements de spéculation qui occupent les nantis. Il vole donc à leur secours pour faire du foncier un outil moderne de spéculation. Mais la ville offre encore des interstices qui permettent aux populations ouvrières d’inventer des rapports politiques nouveaux. Le sens du lieu n’est pas encore appauvri par les décrets de l’état. La ville reste un objet polysémique, quelque chose qui permet d’impulser un dialogue, même rude, entre les couches sociales, et où l’étranger joue un rôle fonctionnel, incarnant même par excellence la figure du citadin contemporain. Cette figure qu’on nous promet, d’ici très peu de temps, avec le Grand Paris, d’éradiquer à tout jamais.
images : photos de 1848, une barricade sous occupation militaire
Le Grand Paris du séparatisme social, Hacène Belmessous
Le Grand Paris est, fondamentalement, un processus anti-démocratique mis en place par un Etat autocratique dans le but d’augmenter la concentration du capital financier et de permettre aux couches sociales supérieures de disposer d’un espace où cultiver leurs rentes. Il ne s’agit en fait de rien d’autre que de faire émerger une aire urbaine au service de ces classes supérieures, débarrassée des français les plus modestes (ne parlons même pas des plus pauvres), tout en conservant à l’intérieur de cet immense enclos doré qui se profile, la possibilité de loger encore quelques membres de la classe moyenne qui deviendront les serviles domestiques de la réussite des classes dirigeantes… Juste ces laquais dont les riches ont tant besoin pour exister. Projet d’un Etat autoritaire qui nie le Bien Commun, c’est au fond une société de bonne cour qu’il inaugure. Un projet urbain qui n’a donc que faire de la volonté populaire, bien que des millions de franciliens soient concernés. Un projet vendu clef en main comme une offre marketing, interdisant tout débat mais exaltant d’enthousiasme forcené, dans la plus pure tradition de la Chine de Mao… Mais quoi de plus naturel : le Grand Paris, c’est avant tout «une bonne affaire», dont Hacène Belmessous démonte les rouages avec une rare lucidité. C’est d’abord un marché de 70 milliards d’euros de bénéfices en perspective ! Qui cible en outre 500 000 riches à qui offrir ce Grand Paris, bien évidemment, vendu au nom de l’impérieuse félicité économique de la nation : il «nous» fallait entrer dans la compétition de la ville-monde. «Nous» ? Enfin… presque… Les architectes-urbanistes n’ont pas lésiné sur les frais de communication pour nous faire avaler cette couleuvre. Or ce n’’est pas une métropole qu’ils construisent, mais comme on le dit tout haut dans les officines du Pouvoir, un pôle destiné à attirer les classes dites «créatives», à savoir : les gens de Pouvoir. Qui eux seuls sont indispensables à la nation… C’est dire combien les lobbies marchands ont pris possession de la sphère publique, avec la bénédiction de l’UMP et du PS. Dans le dernier Think Tank à la mode, dénommé «La fabrique de la cité» (sic) (2010), sous l’égide de Vinci, toute la classe politico-médiatique est conviée à se goberger aux frais de la princesse République, qui ne porte plus ce nom que par raillerie. On y susurre tout haut désormais que le Grand Paris est un marché sacrément lucratif, est un formidable outil d’exclusion capable de définir avec une précision extrême les «nuisibles» dont il faudra bien se débarrasser un jour, à savoir, tous ces exclus de la rente mondiale qui ne cessent de troubler le bel ordre républicain agencé de main de maîtres par nos classes dirigeantes. Mais on y murmure aussi qu’il faudra bien, après avoir si bien réussi à livrer à la domination marchande la sphère de l’habitat, régler le problème des révoltes des pauvres, même repoussés loin de la ville lumière qu’on se partage. Nulle inquiétude : la loi Valls sur le renseignement sert à cela.
Le Grand Paris du séparatisme social : Il faut refonder le droit à la ville pour tous, Hacène Belmessous, Post-Editions, Collection : POST EDITIONS, 12 mars 2015, 165 pages, 16 euros, ISBN-13: 979-1092616057.
Ce qu’on dit des Rroms et ce qu’il faut savoir, Jean-Pierre Dacheux
Nomades les Rroms ? Par la force des choses, poussés à l’exil il y a des siècles, mais en réalité moins de 15 000 «itinérants» en France… Incapables de s’intégrer ? Sur les 500 000 Rroms vivant en France, l’immense majorité est parfaitement intégrée. Etrangers ? Européens depuis plus de sept siècles… En a-t-on assez conscience ? Non. Mais alors : pourquoi refuser d’en prendre conscience ? Les Rroms sont au contraire un Peuple étonnant qui a survécu à la haine, à l’extermination, au mépris, à l’exclusion et a su néanmoins, dans des conditions d’adversité invraisemblables, se construire et durer, à défaut de s’être parfaitement accompli. Au point que nombre d’entre nous pensent qu’ils détiennent peut-être les clefs du changement de paradigme dont nos sociétés ont besoin. Car nous n’avons plus que jamais besoin du regard que cette communauté ultra-minoritaire, solidaire, humaine, porte sur le monde d’aujourd’hui pour construire notre propre survie. Seule nation sans territoire, sont rapport à la terre s’est totalement dédramatisé, tout comme son rapport à la propriété privée, qui tant désormais nous aliène. Cette relation de simple usufruit qu’elle entretient avec la Terre, face aux menaces environnementales qui pèsent sur notre devenir, devrait au fond nous inspirer tout le sens de nos conduites de vie. La Terre est une propriété nécessairement commune. Nous commençons seulement à le découvrir, tandis que les multinationales achèvent leur plan de privatisation des terres fertiles, pour les vouer à la spéculation financière et provoquer demain les terrifiantes catastrophes que nous pouvons entrevoir dès aujourd’hui… Fermés sur eux-mêmes les Rroms ? Par la force des choses ils ont toujours formé une communauté ouverte sur l’extérieur : il n’est que d’étudier leur manière de s’insérer dans les diverses cultures européennes pour le comprendre et réaliser que chaque fois ils ont su s’adapter à ces cultures ! Indépendants, oui, ils vivent cette fluidité des mœurs et des représentations que nous ne pouvons que leur envier, nous qui sommes si prompts à condamner. Mais voilà : ils ont rompu, eux, avec le modèle consumériste qui gangrène nos vies. Et c’est sans doute parce qu’ils parviennent à vivre en dehors des critères du monde mondialisé qu’ils concentrent autant de haine. Ils sont en fait des dissidents, des résistants, des rebelles tranquilles, sans armée, sans révolte, défiant même nos imaginaires d’un monde autre, à déployer pareillement leur art d’être libres sous la domination. En marge de tout Pouvoir. Les marqueurs mêmes des fondements de l’idée européenne dans une économie vide de sens. Un peuple à côté et dedans. Alors oui, ils sont une chance pour nous.
Ce qu’on dit des Rroms et ce qu’il faut savoir, Jean-Pierre Dacheux, Le passager clandestin, mars 2015, 96 pages, 7 euros, ean : 978-2369350231.
De la banlieue rouge au Grand Paris, Alain Rustenholz
C’est moins du Grand Paris qu’il s’agit, que d’un mémorial dressé en l’honneur de cette banlieue rouge aujourd’hui disparue. L’Ivry de Gagarine ? Sans rire, qu’en reste-t-il ? Peut-être une librairie, Envie de lire, tellement investie politiquement, dernière support d’un espoir décati presque partout ailleurs. Vingt-cinq communes donc, de cette petite couronne qui effraya tant les bourgeois de Paris, aujourd’hui peu à peu reconverties de force en quartiers bobos au bon goût sirupeux. Vingt-cinq communes dont l’histoire convoquée articule les belles pages de l’été 36, juste avant que les socialistes de l’époque ne se décident, à la remorque des masses, de faire semblant de les avoir précédées. De Bicêtre à Montrouge donc, de Malakoff à Boulogne, vingt-cinq communes qui ont rythmé notre histoire sociale, ouvrière avant que d’être médiatique, politique en un mot, dans un horizon où l’on voudrait nous en refuser le partage. Vingt-cinq communes d’avant les banlieues, toutes de faubourg accoutrées, où, selon Haussmann, s’entassaient des populations «nomades, sans attache avec le sol», accueillant l’une après l’autre ces vagues d’immigrés qui firent la grandeur du Peuple français et que la préfecture de police désespérait de pouvoir contrôler. Communes de l’autre côté de la grande tranchée du périphérique bientôt, où Haussmann toujours, ne songeait qu’à repousser les ouvriers et leurs usines qui tant souillaient Paris à ses yeux, la ville Lumière, qui ne pouvait être «qu’une ville de luxe» (lettre du baron à Napoléon III)… L’histoire déroulée est belle et triste. Nostalgique, à mesurer cette richesse abusée.
De la banlieue rouge au Grand Paris : D'Ivry à Clichy et de Saint-Ouen à Charenton, Alain Rustenholz, préface de Eric Hazan, La Fabrique éditions, 12 mars 2015, 352 pages, 20 euros, ISBN-13: 978-2358720694.
"Je viens de mettre en ligne l'index d'environ 700 noms De la banlieue rouge au Grand Paris: http://www.alain-rustenholz.net/p/blog-page.html J'espère qu'il rendra quelques services. Il s'ajoute ainsi à l'index de Paris ouvrier qui s'y trouvait déjà, les deux titres s'en trouvant malheureusement dépourvus dans leur édition imprimée." (Alain Rustenholz).
La dynamique de la révolte, Eric Hazan
Partout dans le monde les peuples se rebellent. Partout en Europe, les peuples se révoltent. Sauf en France… Le seul pays occidental à se doter d’une loi de surveillance de ses citoyens digne des pires dictatures, sans que cela ne provoque d’explosion de colère -à peine une vague d’inquiétude vite rabrouée par des socialos plus réactionnaires que jamais.
Partout dans le monde les peuples tentent de se saisir de leur destin. Sauf en France, où aucune révolution ne paraît possible. Où il ne se passe rien. Bien que le quotidien y devienne invivable. Faut-il repenser l’action commune ?
Eric Hazan s’est penché, moins sur cette question que sur celle du surgissement de l’étincelle qui viendra à coup sûr mettre le feu à la plaine française. On a beau se rassurer, du moins la classe politico-médiatique au pouvoir a beau tenter de nous faire avaler la couleuvre d’un pays dépolitisé, tout le monde sait que c’est faux et que sous le désordre des conduites individuelles, une grande colère politique couve. Or les insurrections sont faites d’abord de colère, et d’espoir. De cet espoir qui surgit comme un impératif quand il n’y a plus rien à attendre de ses dirigeants. De la colère soutenue par l’espoir donc, non d’une poignée d’activistes qui sauraient pousser un peuple à sa résurrection, mais d’un agir désordonné de ces populations qui ne font pas encore peuple. Car d’où viendront, en France, les conditions du renouveau, nous n’en savons rien. De cette France périphérique sans doute, qui ne fait que survivre loin des centres de la décision politique. De ces périphéries relayées un jour par les banlieues plutôt que de ces cœurs urbains occupés par la nouvelle Droite bobo. Les grandes insurrections de 1789, de 1917 ont été anonymes, nous rappelle Eric Hazan. C’est de l’action commune, d’un agir désordonné qu’émerge le désir du changement et la réflexion politique, non de la diffusion d’idées magistrales. C’est de ces agir désordonnés que viendra le vrai changement, débordant les dérivatifs habituels. Même s’ils sont puissants en France aujourd’hui, à commencer par cet épouvantail du FN brandit toute honte bue par une Gauche subornée qui le porte jour après jour à son plus haut niveau d’étiage pour nuire à toute prise de conscience nationale. Car le fascisme français n’est qu’un leurre, ainsi que nous le rappelle opportunément Eric Hazan. Un leurre fabriqué par la classe politico-médiatique pour se maintenir au pouvoir. Un égarement construit. Tout comme le manque d’alternative politicienne, pour nous forcer à croire qu’il n’y a pas d’autre issue que le front républicain pour sauver une république qui n’est même plus digne du nom dont elle s’affuble. Une démocratie dont le seul objectif est de sauver les intérêts privés d’une poignée de négociants corrompus, FN en tête. Mais tout le fatras idéologique des élites a beau tourner autour de ces deux notions vides de sens –république, démocratie-, nul n’est plus dupe devant ces grands fétiches odieux qui ne nous consolent même plus de l’absence d’une vraie république en France.
D’où surgira cette révolte, nous n’en savons rien. Nous irons vers une cristallisation inattendue. Qui bousculera comme un château de cartes les vieux rapports de force appris. Il suffira alors de s’engouffrer dans la brèche. Ouverte ensuite en grand par les réseaux sociaux qui lui donneront une résonnance mondiale –on comprend l’acharnement de Valls à vouloir les contrôler avec sa loi infâmante : ils sont peut-être le lieux d’une offensive possible quand il n’existe plus de lieux symboliques du pouvoir. Sinon la radio « nationale » –et cette grève qui pourrait être, sans qu’on y prenne garde, le signe avant-coureur de nos défections prochaines.
Eric Hazan, La dynamique de la révolte, Sur des insurrections passées et d’autres à venir, La Fabrique éditions, mars 2015, 140 pages, 10 euros, ean : 9782358720717.
Tout peut changer, Naomi Klein
Un rapport de la Banque Mondiale, remis en 2012 par un aéropage d’experts et de chercheurs scientifiques, concluait qu’en acceptant un réchauffement climatique de 2°, comme nous l’avons consenti, nous risquions de déclencher à très court terme «des phénomènes non linéaires irréversibles». Il fut évidemment très vite enterré, nos dirigeants politiques ayant décidé qu’il y avait plus urgent : rembourser les dettes des banques occidentales… Sans avis sur la question plutôt que sceptique, peu motivée pour s’informer sur ce qu’elle ne pensait tout d’abord n’être qu’une querelle de savants, Naomi Klein a fini un jour par s’interroger : et si le grand danger, justement, était ce «devoir» d’ignorance que nos dirigeants attendaient de nous ? Alors elle s’est emparée de la question. Tous les débats, toutes les publications. Après tout, il en allait de notre avenir et de celui de nos enfants. Pour nous livrer aujourd’hui ce formidable plaidoyer, argumenté, infiniment citoyen, infiniment intelligent.
Nous vivons dans le déni. Continuellement. Sous l’empire d’une conspiration politicienne qui jour après jour veille à ce que l’ignorance l’emporte. Instruire le citoyen ? Jamais et cela, tout autant dans l’horizon de l’éducation que dans son sens juridique. Qui aurait la force, dans ces conditions, de vouloir changer quoi que ce soit au monde ? De prises de conscience larvées en amnésies chroniques, la seule chose que nous ayons apprise, c’est que le quotidien, qui nous submerge, doit l’emporter sur toute autre considération. Bien qu’il soit très probable que nous courions à notre perte. Naomi Klein a refusé qu’au nom de ce quotidien égoïste, l’ignorance citoyenne laisse une poignée de politiciens malhonnêtes nous conduire droit dans le mur. Elle n’a donc cessé d’interroger ces fameux experts, pour découvrir que non seulement des solutions étaient possibles, mais qu’elles existaient déjà ! Mais alors, pourquoi ne pas les mettre en branle ? C’est là toute la question, qui ressortit à celle du fumeux débat sur l’austérité : parce que ces solutions exigent de tout changer. A commencer par le modèle économique néolibéral qui est le nôtre, jusqu’au modèle politique prétendument démocratique qui l’encadre. Parce que ces solutions condamneraient les 1% qui nous dirigent à rendre des comptes. Parce que ces solutions nous laisseraient entrevoir que nos dirigeants politiques ne s’occupent pas de nous mais uniquement des privilèges de ces 1%.
Naomi Klein en prit conscience en 2009 précisément, presque au moment où les dirigeants des pays occidentaux sortaient de leur chapeau leur fameuse crise des dettes souveraines. Quand elle découvrit que les banques avaient déjà mis sur pied leur plan de bataille en inventant des produits dérivés spéculant sur les catastrophes écologiques ! Quand Naomi Klein découvrit que partout dans le monde ces mêmes banques s’étaient lancées dans le rachat de l’eau, des forêts, des terres cultivables qu’elles privatisaient à tour de bras. Quand elle découvrit que depuis plus de trente ans les politiciens n’avaient cessé de brader la sphère publique pour nous dépouiller de ce fameux Bien commun constitutif pourtant du sens de leur mission. Un travail de sape au nom de l’austérité, qui a conduit tout droit à la fantastique gabegie des ressources naturelles de la terre. Quand elle a compris qu’une course contre la montre était engagée par ces mêmes dirigeants pour imposer de nouveaux traités mondiaux organisant notre défaite pour la transformer en nouvel esclavagisme. Quand elle a compris que seul un sursaut citoyen pouvait nous arracher aux dangers qui nous menacent. A ses yeux même, le dérèglement climatique constitue l’occasion historique de changer de monde, à nous qui nous sommes trop habitués à la médiocrité de nos politiciens. «Oui, nous sommes livrés à nous-mêmes», avoue-t-elle, mais l’espoir ne pourra venir que d’en bas. Des dizaines de millions d’hommes vont mourir faute de décision politique, affirmait le rapport remis à la Banque mondiale en 2012. Nos dirigeants le savent. Mais ils ne feront rien. C’est dans cette solitude qu’il nous faut agir. Contre eux.
Tout peut changer, Naomi Klein, ACTES SUD, 19 mars 2015, Collection : Questions de société, 540 pages, 24,80 euros, ISBN-13: 978-2330047849
Le re-retour de la Droite, en attendant le re-re-retour du PS en 2022
Modeste victoire du Front républicain, défaite de la démocratie : moins d'un français sur deux a voté lors de ce deuxième tour, beaucoup moins même si l'on daigne totaliser les abstentions, les bulletins blancs et les non-inscrits (3 millions selon le journal Le Monde). Défaite de la démocratie : tant que les français DEVRONT voter pour empêcher le FN d'accéder au pouvoir, ils n'auront de choix qu'entre l'UMP et le PS, c'est-à-dire qu'entre une Droite frontiste et une Droite néolibérale (appelons ainsi l'ex Gauche réactionnaire). In fine, un choix tout juste politicien. Que l'UMP et le PS dorment donc sur leurs deux oreilles, ce qu'ils font au demeurant : tant que les français seront acculés à ce non-choix, ils pourront se gaver des restes de cette Vème pourrissante. Mais que Marine le Pen ne désespère pas : à moyen terme, le PS et l'UMP auront besoin de nous faire passer par la case FN pour re-reprendre durablement le pouvoir. D'ici là, ils continueront de le confisquer sans état d'âme. Valls est content. Sarko itou. Youpi, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Macron a rendu sa carte du PS, en attendant son recrutement à Droite, sa famille politique naturelle. Hollande peut continuer de jouer les chefs de guerre et le Peuple français croire qu'après le prochain tournant d'austérité tout ira mieux... Le prochain tour de vis arrive au demeurant à grands pas, Merkel oblige. La vie politique française est une immense conspiration politicienne destinée à confisquer tout le pouvoir et toutes les richesse entre les mains d'une classe politico-médiatique stipendiée. Avec à ses commandes nos trois larrons bénis sur les fronts baptismaux républicains : l'UMP, le PS et le FN. Ces trois-là ont de beaux jours devant eux, n'en doutons pas. Mais : chut, les urnes sont sans secret, c'est pour cela qu'elles sont républicaines.
Chômage record et dégradation de la qualité de l’emploi des jeunes…
L’Europe connaît une montée du chômage des jeunes à des niveaux inédits depuis 2008, accompagnée, chose plus grave encore, d’une spectaculaire dégradation de la qualité de leur emploi. L’étude du Céreq menée sur ce sujet est sans appel, malgré les cocoricos insanes poussés hier par le Ministre en charge de l’emploi. Or, dans les années qui ont immédiatement suivies le début de la crise, l’Europe, dont tout particulièrement la France, s’était engagée sur un principe qui semblait de bon sens et dont on nous promettait que les effets se feraient ressentir bien vite : il suffisait d’accepter une dégradation «temporaire» de ses conditions d’emploi pour que, quasi mécaniquement, autant dire magiquement, une décrue du chômage se fasse. Quelques années plus tard, non seulement ce postulat imbécile ne s’est pas vérifié, mais ce que le Céreq nous donne à contempler c’est que partout où ce principe a été appliqué avec zèle, comme en France, le chômage des jeunes n’a cessé de croître ! La Stratégie Europe pour les jeunes ne fonctionne pas. Les sacrifices sont demeurés vains et à terme, les jeunes auront été les grands perdants de cette idée stupide d’énarques passablement embouchés ! Il n’existe en Europe aucun exemple contraire qui puisse donner à espérer qu‘en abaissant la qualité de l’emploi des jeunes, contraints d’accepter des conditions de travail dignes du XIXème siècle, on réussirait à inverser la courbe de leur chômage ! Entre 2006 et 2012, le taux de chômage des jeunes a même augmenté deux fois plus vite que celui des autres actifs ! L’Espagne et la Grèce ont été les pays les plus durement touchés, tandis que la France n’avait pas de quoi pavoiser, alors qu’elle ne figure que dans la moyenne basse du tableau européen… Privilégier la quantité d’emploi à la qualité ne fonctionne pas. De même pour ce concept fumeux de flexisécurité qui a conduit tout droit à la dégradation et du chômage et du marché et de la qualité de l’emploi… L’évolution du chômage est strictement corrélée à la dégradation de la qualité de l’emploi ! Au point que l’inverse a pu être observé : les pays qui ont osé rompre avec la doctrine européenne du sacrifice de la qualité de l’emploi des jeunes, et miser au contraire sur des augmentations de salaire par exemple, ont vu le chômage des jeunes décroître ! Comme l’attestent les cas de la Pologne, de la Belgique et de l’Autriche… Mais non, les combinards qui nous dirigent iront jusqu’au bout de leur folie fiéleuse…
Bref du Céreq, n°332, février 2015, issn : 2116-6110. 2tude menée dans le cadre du programme de recherche SoclEtY : http://www.society-youth.eu
Ces minorités immorales qui nous gouvernent…
L’exercice de Valls à la télévision hier était un modèle du genre. Inédit de mauvaise foi et de mensonges, livrant le spectacle pitoyable d’un Premier ministre de la République tentant de nous faire croire que le score du PS était demeuré contre vents et marées «honorable».
Honorable ? Tout au long de la journée, les sondeurs étaient venus préventivement à sa rescousse pour essayer de nous faire avaler la couleuvre. Et dans un exercice de mauvaise foi achevé, on a pu entendre ledit Premier ministre, toute honte bue, agglomérer au score du PS celui des «divers gauches» pour gonfler le résultat, à savoir, des formations telles que le PCF, EELV, le PG, ou les Citoyens-PG... Soit des formations extrêment sévères à l’égard de sa politique, sinon dans l’opposition en réalité !
Pour la première fois de l’histoire de la République on aura vu un bateleur de foire prendre les français pour des crétins et les appeler au sursaut moral, dont ledit Ministre serait bien en peine, s’il le devait, en expliciter les fondements…
La vérité, les mathématiques nous la livre sans fard. La vérité, c’est que sur 42 489 590 inscrits, 21 171 307 se sont abstenus, soit quasiment 50%. Des inscrits, non des français en âge de voter : le Ministère de l’Intérieur n’est pas du genre à livrer aisément l’information concernant les centaines de milliers de français en âge de voter qui ne s’inscrivent plus sur les listes électorales, voire les millions (3 millions selon le Monde). Sur les votes exprimés, 698 746 inscrits ont voté blanc. Et 345 212, nuls. Ce qui fait qu’au total, c’est bien plus de 50% des français en âge de voter qui ont refusé de participer à cette élection. Une majorité.
Seule donc une minorité de français a voté. Sur les bulletins exprimés, le PS ne totalise que 13% des bulletins exprimés. En clair, compte tenu du fait que plus de 50% des français en âge de voter n'ont pas participer aux élections, le PS ne représente qu'à peu près 6% des français.
Inutile de poursuivre : c’est une extrême minorité qui est aux commandes… Une minorité dont il est difficile en outre d’avoir une traduction exacte en termes de voix, les binômes constitués rendant illisibles la carte qui vient de se dessiner sous nos yeux, à l’exception du FN, qui totalise, seul, 5 108 066 voix. Par comparaison, l’UMP, seul, aurait totalisé 4 246 149 voix, et le PS seul : 2 703 751 voix.
Moins de 3 millions de français ont voté PS… Le PS a beau imiter la Droite, on le voit, il est devenu aux yeux des français une organisation sans âme, sans être, sans avenir.
Droite frontiste, Gauche réactionnaire...
La Droite se frontise, la Gauche se droitise...
1 français sur 2 n’a pas voté. Si l’on y ajoute les non-inscrits que les médias se refusent à comptabiliser, c’est plus d’un français sur deux qui n’a pas voté, dans un système politique dont le caractère démocratique, voire républicain, est plus que jamais une farce.
Si bien que le Parti soit disant vainqueur, l’UMP, ne représente guère en réalité que 15% des français, tandis que le PS en représente moins de 10% et le FN un petit peu plus.
Le FN, ce parti brandi à bout de bras par l’UMP et le PS pour leur assurer la pitoyable victoire du second tour, ce fameux front anti-républicain sans lequel le Pouvoir leur passerait sous le nez...
Il est piquant aujourd’hui de lire dans ce torchon de propagande du groupe Bolloré qu’est Direct matin, distribué gratuitement dans le métro parisien, Colombani, cet ancien Directeur du Monde, qui insulta son lectorat dans les pages de son son propre journal il y a des années de cela, lorsque celui-ci refusa de voter la Constitution européenne, loi fourre-tout sur le principe de la Loi Macron, qui dissimulait dans ses replis l’obligation faites aux états d’emprunter leur argent non à la BCE mais aux banques privées lesquelles, sereinement, empruntaient à des taux défiant toute concurrence cet argent à la BCE pour nous le prêter à des taux usuriers, il est piquant de le voir voler au secours des partis nantis pour crier à son tour au loup. Piquant de voir comme tout cela est bien huilé, bien orchestré, chacun jouant son rôle avec détermination, y compris le FN, laissant à Valls le soin de la panique originaire pour convoquer son électorat face à la poussée frontiste… Piquant d’observer que le PS ne doit d‘éviter la déconfiture que grâce à cette mobilisation affolée de cet électorat, lequel a cru au trouble de son caporal.
Piquant d’observer qu’au fond, c’est une partie de la génération 68 vieillissante, passée en masse à Droite idéologiquement, qui sauve les deux grandes formations politiques sœurs du troisième larron pas moins objectivement allié, pour reprendre une formulation qui leur fut naguère familière. Des organisations faites pour confisquer durablement le Pouvoir et faucher les pieds de toute maturation démocratique. Des organisations qui ne se différencient que par ces fameux éléments de langage, oscillants désormais entre franche xénophobie et peur hygiénique.
Qu’est-ce que la politique ? Plus que jamais un art de la faconde mensongère et de l’illusion crapuleuse. Droite/Gauche/Droite/Gauche/Droite, le FN en embuscade pour assurer chaque fois le retour du même. Avec tout juste la surprise de découvrir une Gauche souvent plus réactionnaire que la Droite elle-même : que l'on songe à toutes ces Lois Macron passées dans le mutisme de son giron. A Droite toute, tel est le nouveau slogan de notre classe politico-médiatique, qui ne cesse de jouer avec le feu frontiste pour brutaliser chaque jour un peu mieux la société française et la conduire tout droit dans le mur.
Qu'est-ce que le Pouvoir ? Sinon, plus que jamais, un média symbolique de troc qui s'exerce par des processus langagiers engagés par des partis de pouvoir qui n'intégrent les demandes des groupes sociaux qu’à la condition de pouvoir les rétribuer en argent. Finalement, c'est l'argent qui est devenu le maître mot, à Gauche comme à Droite. L'argent, non l'humain. L’argent devenu médium symbolique du fonctionnement des démocraties contemporaines. Et l’ultime moteur des choix politiques.
L'argent qui permet à l'Etat d'occuper tout le centre de la vie sociale et politique de la Nation, nuisant ainsi à la vitalité fonctionnelle dudit système et nous embarquant, jour après jour, vers des nuits plus sombres...