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La Dimension du sens que nous sommes

politique

Bastille, la victoire fielleuse de Valls

24 Juin 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Bastille, la victoire fielleuse de Valls

Tout était honteux hier à Bastille, hormis l’intervention de Nuit Debout, sur laquelle je reviendrai. Le dispositif policier tout d’abord, sur-dimensionné cette fois. Dès 10h du matin, les bus contournaient Bastille, voire tous les quartiers limitrophes. Le 87 par exemple, que j’ai emprunté et qui descendait de Saint-Germain, nous a déposé à la hauteur du marché Mutualité. A pied, on pouvait croiser dès le quai des Célestins, un peu avant le quartier Saint-Paul, des escadrons de CRS qui stationnaient en réserve. Le Boulevard Henry IV était fermé à la circulation. 2 escadrons de CRS, 2 escadrons de Gardes Mobiles y stationnaient, ainsi qu’une noria invraisemblable de camions de grilles anti-émeutes. Toutes les rues adjacentes à Bastille peu à peu se verrouillaient. Dès 11h des check points étaient opérationnels. Les CRS, Gardes Mobiles, et autres CDI se voyaient distribuer leurs gazeuses, individuelles ou familiales, leurs boucliers, leurs grenades. Rations généreuses. J’ai tenté de faire le tour de ce dispositif choquant. Un escadron de chiens d’assaut prenait position dans une petite rue discrète, le canon à eau arrivait. Dès 11h30, la plupart des check points autour de Bastille étaient en place. Valls venait de rétablir les frontières : impossible à présent d’accéder à la place sans passer par une fouille humiliante. Quiconque portait sur lui une écharpe ou un casque devait choisir : la ou le laisser au poste frontière, ou se voir interdire l’accès à la Place… Les CRS négociaient le plus grand vestiaire de leur histoire… Mais quiconque tentait de passer avec un masque ou du liquide physiologique se voyait arrêter, menotté, embarqué ! Une centaine d’arrestations arbitraires ont ainsi été effectuées par les forces de l’ordre, dont ce postier, dont la vidéo circule sur les réseaux sociaux, menotté et emprisonné parce qu’il avait dans son sac des lunettes de soleil «non-conformes»… J’ai vu des jeunes gens poussés derrière les camions de la police, rue de la Roquette, contraints de se mettre en slip. Boulevard Richard Lenoir, les flux ininterrompus de manifestants devaient patienter au bon vouloir d’agents plus ou moins zélés. Car l’ensemble était brouillon, sans ordre bien établi : ici on passait avec drapeaux et sacs à dos, là, niet. Rue Saint-Antoine, 30 militants CGT se sont vus refuser l’accès à la place au prétexte qu’ils arboraient des drapeaux... Devant l’agacement du groupe et le rassemblement des mécontents de l’autre côté de la frontière, un adjudant responsable de la position a fini par laissé passer tout le monde sans fouille, tandis qu’une rue plus loin une jeune femme se voyait refoulée parce qu’elle refusait de se soumettre à une palpation… Curieuse ambiance du coup, des flics partout, la BAC parano qui errait parmi les manifestants en traque de profils «louches»… 3 jeunes porteurs de sacs à dos furent ainsi pris en chasse, tout près de la tête de manif qui se mettait en place. Pour rien : leurs sacs vidés, il ne restait sur le trottoir que des mouchoirs en papier et quelques livres séditieux à leur reprocher.

Bastille, la victoire fielleuse de Valls

Drôle d’ambiance, celui d’un drôle de siège, avec ses flics paranos et de très nombreux autres, soulagés : ça allait être une partie de plaisir finalement, cette foule docile, qui arrivait en flot continue, du moins ceux qui parvenaient à passer les barrages, innombrables à présent –jusqu’à quatre dans certaines rues ! En tête de cortège, une ligne de flics et les S.O. de la CGT et de F.O. qui tenaient gentiment leur fil anti-débordement par la main. Martinez en guest star, assailli par une foule de journaliste, le leader de FO derrière, moins sollicité et puis les inévitables voitures-ballons des fédérations. Les syndicats renouaient avec leur vieille tradition inoffensive du ballon-merguez. Et tout ce petit monde s’est mis en branle pour filer la parade accordée par Valls. Tandis que des milliers de manifestants ne parvenaient pas à rallier la place. Le tour s’annonçait pitoyable. Drôle d’ambiance : au fond, personne n’était dupe. On marchait sans guère de conviction. Les refoulés de Bastille s’en allaient, eux, porter ailleurs leur colère. Par téléphone, on apprenait que ça pétait à garde de Lyon. Devant le palais Brognard aussi. Mais il y avait tellement de policiers ce jour-là dans Paris que les escarmouches étaient vite neutralisées. Partout du reste, en dehors de Bastille, la police semait l’embûche de ses barrières anti-émeutes. Le cortège, funèbre, avançait donc son pas de sénateur quand enfin la journée s’anima un peu. Nuit Debout débarquait, prenant la manif en sens inverse. «Chef, ils défilent dans le mauvais sens, on fait quoi ?» Panique des casques bleus. Le temps qu’ils tergiversent, on a bien parcouru une centaine de mètres derrière la fanfare de Nuit debout, ralliée par une foule de manifestants que le défilé à la Valls ne séduisait guère. Puis les renforts en bleu sont arrivés. «Faut tourner dans le bons sens»… Le ridicule ne tue plus… Les discussions s’engagent avec la première ligne : «ça vous fait quoi d’obéir à des ordres imbéciles ?», tandis qu’au fond du Boulevard Bastille, la tête du cortège arrive… Mais les ordres sont les ordres : il faut tourner dans le bon sens, c’est Valls qui le veut… Les gamins en arme de la première ligne lèvent les yeux au ciel. Des ordres crétins, en effet… Pas les premiers, pas les derniers… Lorsque la tête du cortège arrive à moins de cent mètres, l’ordre de repli est donné, dans une belle pagaille… La fanfare de Nuit Debout accompagne la déroute des forces de l’ordre. Nous avançons à la rencontre du cortège, dont nous sommes la queue. Le service d’ordre de FO, agacé, tente le coup de poing. C’est que Nuit Debout n’a pas respecté leur préséance. Les syndicats ont bien ré-endossés eux aussi leurs uniformes. Du moins les appareils, calculateurs, susceptibles quant à l’Ordre politique de la société civile. Et l’on comprend cette réaction : en tournant dans le mauvais sens, Nuit Debout leur révélait l’inanité d’un tel cortège ballon-merguez.

Bastille, la victoire fielleuse de Valls

Curieuse ambiance. Qui laisse un fort goût d’amertume. Sitôt la boucle bouclée, FO décidait la dispersion de la manif. 55 minutes de marche, en rond. «On fait quoi maintenant ?». Partout des citoyens dépités. La CGT emboîta le pas. Le canon à eau se positionnait, les flics mettaient leurs casques. Un goût de défaite. La CGT a accepté l’humiliation proposée par Valls, qui en sort victorieux, quand bien même cette fois encore le décompte de la préfecture aura été lamentable. Nous étions 60 000, dans un cirque à ciel ouvert, à tourner comme des bourriques pour la plupart, dans ce bon sens de marche décrété par Valls. Une petite heure de déambulation. Restaient les autonomes, peu enclins à satisfaire cette vilenie. Ils sont allés faire la fête au siège de la CFDT, la centrale supplétive de l’ordre vallsien. On comprend. Reste la propagande, le coup de force des médias, le coup de force du gouvernement, pour jeter les forces innombrables de la contestation sociale dans le plus grand désarroi. Reste la montée en puissance de la violence dans l’espace théoriquement pacifié qui aurait dû être celui des démocraties, qui signe l’échec des conceptions démocratiques de l’autorité souveraine : le Souverain, en France, n’est plus le Peuple, ni la Nation, mais l’Etat. Et sa violence n’est que l’expression d’une violence privée : celle de la ligue au Pouvoir.

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Petra scandali – la pierre de scandale (à Balkany et aux Républicains)

22 Juin 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Petra scandali – la pierre de scandale (à Balkany et aux Républicains)

Malgré ses casseroles, les républicains ont décidé d'investir Patrick Balkany pour les prochaines législatives... Ce matin, un chroniqueur de Rance Inter s'en prenait aux électeurs de Levallois : après tout, si l'on en arrivait là, c'était bien de leur faute et leur refus de sanctionner Balkany les élisait au partage du "tous pourris", en omettant de dire que Levallois était une banlieue riche et que les abstentions, élevées, y sanctionnaient une farce d'année en année consommée...

Toute honte bue (mais rassurez-vous, il en reste toujours à boire dans cette Vème Ripoublique abjecte), le jeu politique must go on... C'est pas demain la veille, pour le dire familièrement, que l'on verra ce jeu se casser brusquement le nez sur un mur de honte. Ces temps de misère politique absolue nous feraient presque regretter ceux de la Rome antique... A Rome il y avait une pierre dressée devant le principal port du Capitole, sur laquelle pouvaient venir s’asseoir les banqueroutiers. Ils devaient alors remettre tous leurs actifs à leurs créanciers et crier trois fois Cedo Bona (je cède mes biens) avant de frapper trois fois la pierre de scandale, fesses nues. Après quoi, il n’était plus possible de poursuivre les débiteurs qui s’étaient livrés à ce rituel humiliant. Mais ils perdaient dès lors toute crédibilité dans la ville, et aucun tribunal ne recevait plus leurs plaintes. Sort peu enviable, mais à tout prendre plus enviable que celui qui frappait auparavant ces mêmes banqueroutiers : la Loi romaine autorisait alors les créanciers à tuer et couper en morceaux leurs débiteurs, ou les vendre comme esclaves pour récupérer leur argent. Dès le premier siècle Apr. J.-C. leur punition fut donc cette vente des biens à nu, les fesses posées sur une pierre de scandale. A la Renaissance cette peine resurgit à l’encontre des commerçants qui ne respectaient pas leurs engagements. La pierre était généralement dressée dans la Loggia dei Mercanti, sculptée en deux teintes de marbre, blanc et vert. Par la suite on y enchaîna les condamnés, pantalon troussé sur les chevilles, pour recevoir en public leur fessée. On utilisa enfin ces mêmes pierres pour exposer les corps des suppliciés. Puis elles furent révoquées et on érigea curieusement des pierres un peu semblables pour les discours des orateurs publics... Curieuse destinée de l’art oratoire… Tout comme des expressions qui enveloppèrent ces pierres de scandale : de l'ancien supplice romain évoqué plus haut semble venir l’expression "être la cause du scandale". Les linguistes ne sont toutefois pas tous d’accord sur cette origine judiciaire. Selon certains, l'expression ne découlerait pas tant du droit romain que des textes de l'Évangile selon saint Jean, dans ce passage où il raconte la lapidation d'une femme adultère. Une histoire de pierre, là encore… Pour d’autres, l’analyse attentive des lois romaines et de la langue parlée permet de mieux situer l'origine de l'expression. Ce qui est certain c’est qu’à l’époque où trônait cette pierre de scandale dans le port de Rome, Jean n’avais pas écrit son évangile. Du nom de cette pierre de scandale naîtra l’expression Lapis offensionis – puis Lapis offendiculi, sous la plume de Tertullien qui deviendra notre pierre d’achoppement… Là où l'éthique achoppe, en politique... Imaginez Balkany, les fesses posées sur une pierre de scandale. Hélas, il n'y aurait pas assez de pierre de scandale pour les asseoir tous, nos chers politiques et autres Lafarge...

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Loi Travail, le 18 Brumaire de Valls

21 Juin 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Loi Travail, le 18 Brumaire de Valls

Voici que le Premier Ministre exige de la CGT qu’elle renonce à notre manif jeudi… Cazeneuve lui emboîtant le pas pour adjurer, lui, que la manif soit «statique»… Tout cela au prétexte fallacieux que la République ne pourrait assurer ni la sécurité des manifestants, ni celle des riverains… A en croire Cazeneuve, même, des groupuscules néo-fascistes seraient prêts à faire le coup de poing. Et sa police ne saurait les arrêter ! Qu’on réalise un peu ce que cela veut dire : la police française, placée en état d’urgence, serait incapable d’assurer l’ordre public… Elle ne pourrait pas même nasser une poignée de fachos, elle qui sait si bien tabasser les opposants à la Loi Travail… Comment dans ces conditions pourrait-elle nous protéger de la menace terroriste ? Qu’on réalise un peu ce que cela donne aussi à entendre : des groupes paramilitaires néo-nazis, identifiés, pourraient en toute liberté envahir, jeudi, les rues de Paris ! C’est comme de nous dire que l’Ordre souhaité en France se réalisera avec la complicité de supplétifs fascistes…

Mais il y a pire : pour la première fois en France, un gouvernement somme la première centrale syndicale du pays de renoncer à l’exercice du droit républicain de manifestation ! Pour la première fois dans ce pays, un gouvernement voudrait museler toute opposition à sa politique !

Et cela bien que l’immense majorité des français se soit prononcée à de nombreuses reprises contre cette Loi inique ! Et cela alors même que la représentation syndicale voit ses rangs grossir de jour en jour d’organisations que cette Loi inquiète ou, à tout le moins, interroge : voyez la CGC des cadres se poser la question de son bienfondé… A l’exception bien sûr de la CFDT, qui peaufine déjà en coulisse les conditions de notre servage. Et cela alors même que la représentation politique doute du sérieux d’une telle loi, obligeant le gouvernement à préférer ne pas entamer de débat public pour contourner l’Assemblée Nationale et passer en force contre tout le monde !

Loi Travail, le 18 Brumaire de Valls

Il y aurait presque du 18 brumaire là-dessous, n’était le manque de grandeur des personnages, cherchant à clore la Révolution Française, quand Napoléon décida de privilégier l’Ordre au débat politique. Un tournant que justifiait à ses yeux l’état de désordre dans lequel était tombée la France, et de violence, diffusée avec les encouragements de la police à tous les corps de la société française… On plaça ce jour-là la ville de Paris sous le contrôle de la police… En sachant que la remise au pas se paierait au prix fort : arrestations massives, déportations, exécutions sommaires, massacres… Les élections furent maintenues, mais elles ne servirent qu’à désigner une liste de notables. Et Napoléon sortit du jeu politique l’opposition. La comparaison s’arrête ici. La guerre civile, aujourd’hui, c’est celle que mène un gouvernement minoritaire contre la population française. L’Histoire, la nôtre, est désormais prise dans une contradiction qui pousse Valls à chercher à détruire ses adversaires, tout en prétendant incarner les principes de la démocratie française. Ses principes, pas le peuple, qui lui a tourné le dos et dont il oublie qu’il est le souverain, en République. Aux yeux de Hollande Valls, Cazeneuve, l’état doit combattre, éradiquer toute contestation pour asseoir sa domination. Et leur pari, en ne laissant aucune issue à la contestation, c’est de la pousser à bout, ce bout où seul un soulèvement populaire pourrait stopper leur acharnement à gouverner contre la Nation française. Parce qu’ils font le pari que le peuple français n’osera pas se soulever, ne risquera pas une opposition aussi extrême. Face à cet état puissant, en effet, leur surenchère criminelle mise sur la faiblesse de la politisation de la population civile, pourtant clairement inscrite dans le refus des logiques politiciennes. Depuis près de trois mois, l’état français a mobilisé de gros moyens pour intimider le Peuple, et mobilisé un outillage mental qui s’apparente à celui des pires dictatures. Si bien que l’enjeu majeur est en effet celui de la place du Peuple dans le processus de rupture qui est désormais engagé.

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Euro débile, police néandertalienne, médias abjects…

16 Juin 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Euro débile, police néandertalienne, médias abjects…

L’euro le plus insipide de l’histoire du football européen. Des matchs ennuyeux, des victoires sans intérêt, affirment les footeux, du moins ceux qui osent ne pas s’en laisser conter cette fois encore par des médias ahanants à longueur d’antenne que, oui, c’est juré, il se passe quelque chose comme un grand événement sportif en France. Quant à l’équipe de France (je n’ai pas suivi un seul match de cet euro et n’en suivrai aucun), aux dires de ses propres supporters, elle n’est plus guère qu’un ramassis de vedettes maussades, égoïstes et surpayées. Par parenthèse, la totalité des gains des footballeurs présents sur les terrains de cet euro fétide permettrait d’éradiquer la faim dans le monde, à savoir celle de près d’un milliard d’êtres humains… Un euro qui ne se signale au demeurant dans notre actualité que par ses exploits hors des stades, transformant la France en grand rassemblement d’identitaires haineux… L’euro de foot ? De la fête il ne reste déjà que les dégueulis d’une beuverie triviale et les basses besognes des bras levés (heil) au-dessus d’une immonde bêtise à front de taureau…

Face à eux, allais-je écrire, mais non, justement, ne leur faisant pas face puisqu’elle a mieux à réprimer ailleurs, une police néandertalienne, dont tout de même les supporters anglais ont fait les frais mercredi alors qu’ils chantaient, sans doute trop bruyamment aux oreilles de Cazeneuve. Quelle ne fut pas leur surprise de se relever gazés et chargés, eux qui jusque-là ne connaissaient guère que le traitement intelligent de leur comportement par la police anglaise, on ne peut plus habituée à leurs pratiques rugueuses. Nous parlons ici de «supporters», non de «hooligans» : le traitement, en France, a été distinct entre ces deux catégories : pas d’intervention contre les hooligans de Marseille, le gazage et le matraquage des supporters de Lens ou Lille… Alors qu’en Angleterre la police s’avance désarmée au contact des supporters avinés, et parvient à les calmer sans déployer l’arsenal d’une guerre civile... A de nombreuses occasions, les polices allemandes, suédoises, danoises, anglaises, etc., ont eu l’occasion de s’étonner de cette claustration néandertalienne (c’est pas gentil pour l’homme de Neandertal, je vous le concède) de la stratégie du (non)maintien de l’ordre à la française, qui l’apparente plus aux pratiques totalitaires d’agression des populations civiles qu’aux exigences d’un maintien de l’ordre réellement efficace. Au point qu’elle est prise désormais en exemple dans leurs écoles de police, de ce qu’il ne faut pas faire, tant ce qui est fait non seulement ne sert en rien la cause du maintien de l’ordre, mais la dessert, provoquant des flambées de violence indignes d’une «démocratie avancée». Une conception au sein de laquelle, inutile d’y revenir, les études abondent sur le sujet, ce qui est visé est la destruction de la cohésion sociale, non son affermissement.

Des médias abjects enfin, à la solde d’une poignée de milliardaires qui dicte leurs papiers... Voyez la presse nationale (au demeurant sous perfusion des deniers publics, les nôtres, pour nous abreuver d’insanités pas mêmes dignes d’un libelle revanchard). Voyez la télévision publique… Pour dernier exemple, le traitement de l’une des plus grosses manifs de l’histoire syndicale française, celle de mardi 14 juin, par Pujadas sur France 2, nous proposant des images tournées non sans farce par un cameraman qui avait sans doute reçu comme ordre de ne filmer que des groupes épars pour donner l’illusion d’un rassemblement chétif, enrichies d’une incrustation affirmant : « mobilisation, la fin ? »… On ne pouvait faire mieux dans l’abjection. Mais si, finalement : avec cette reprise du discours odieux d’un gouvernement aux abois pour évoquer le «saccage» de l'hôpital Necker, celui des enfants malades, «pris comme cible des manifestants»… J'y reviendrai.

Euro débile, police néandertalienne, médias abjects…

Cette propagande, sans rire, rappelle les pires heures des états totalitaires staliniens, avec ses discours navrants qui ont fini par tomber dans la crétinerie la plus invraisemblable. Tout cela rappelle aussi ce film de Milos Forman : Au Feu les pompiers (1967), qui vit le syndicat officiel des pompiers demander son interdiction tant il attentait à l’image de leur corps, et le gouvernement tchèque l’accorder… Jetez-y un œil… Le problème avec ce genre de propagande, dont la débilité frappe autant qu’elle inquiète, c’est que d’une part elle ne tient pas la route à l’heure où il est possible de vérifier beaucoup, et que d’autre part elle ne convainc que ses auteurs, les enfermant dans une bêtise inouïe et pour finir, aidant à généraliser la crétinerie ambiante de la classe politico-médiatique…

Enfin, pour cimenter le tout, des politiques hystériques, on ne peut plus grotesques. Prenez le décompte ordonné par Cazeneuve des manifestations du 14 juin 2016… Tout simplement renversant. Mais le plus fort, c’est qu’il doit croire au fonctionnement de sa supercherie ! Là n’est pas le plus grave. Le plus inquiétant, c’est que ce gouvernement s’emploie à fomenter de l’immonde, à encourager les émotions les plus basses, de celles qui sollicitent le réveil de la Bête, notamment au niveau de ses discours de propagande, qui rappellent ceux d’un Ceausescu aux pires jours de la Roumanie défaite. Prenez leur indignation devant ces vitres cassées de l’hôpital Necker. "Lorsqu’ils mettent sur le même plan «émotionnel» des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ?", s’est écrié à juste titre l’un des parents de ces enfants malades. «Certes, briser les vitres d’un hôpital, poursuivait-il, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.» Il y a là un pas franchi vers un horizon particulièrement délétère dont il faudra bien un jour cesser de taire le nom !

Imaginons maintenant que ce gouvernement vienne à bout de la contestation sociale qui partout en France a libéré les langues. Qu’y aurait-il gagné ? D’avoir fait surgir ce qu’il y a de plus immonde dans le collectif quand celui-ci se prend pour sa propre fin ? Cet immonde seul capable de le maintenir à flot, dans cet équilibre de la Terreur politique soigneusement mis au point et dont le FN est la pièce maîtresse, est-ce bien cela ce qui est visé ? Un faux équilibre en fait, dont même l’analyse ne traduit pas la réalité, cette réalité où le FN n’est même plus un repoussoir, mais la justification de toute politique en France. Une réalité au sein de laquelle il n’y a plus de lepénisation rampante, mais une méthode de gouvernement à la hussarde, où le 49,3 est devenu la condition même de l’exercice du pouvoir. Ce n’est ainsi même pas au surgissement de la Bête que ce gouvernement travaille : il a déjà inscrit le Gros animal de Platon, qui terrorise, qui avilit, dans l’horizon de la nation française. La Bête est la condition de l’exercice socialiste du pouvoir, dont la vérité est contenue dans ces discours d’avilissement. L’avilissement de la France, voilà le grand projet socialiste, où le #çavamieux de Hollande sonne comme une absurdité joyeuse, l’hallali entonnée férocement contre un peuple que l’on chasse désormais en meute.

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K.-O. Debout ?

13 Juin 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

K.-O. Debout ?

Libération (Rothschild), à une semaine d'un rendez-vous social crucial, celui de demain, mardi 14 juin, a cru bon d’ouvrir largement ses colonnes à Ruffin (Merci Patron), qui s’y est affiché en liquidateur du mouvement NuitDebout, dont on devinait bien depuis des semaines sinon des mois, depuis très exactement ce jour où il tenta de doubler l’Assemblée Générale de la Place de la République avec son meeting à la Mutualité, qu’il l’embarrassait alors qu’il avait autre chose en tête. Quoi ? Un rêve. Celui de construire un grand mouvement «populiste» à même de l’emporter dans les urnes de cette Vème honnie… Un Front de Gauche réactualisé en somme, revivifié. Quand ce même Front de Gauche, au tout début du mouvement NuitDebout, devant l’ampleur qu’il prenait soudain, s’interrogea pour savoir s’il ne valait pas mieux se fondre dans cette impulsion, bazarder le FG et le reconstruire dans ce sursaut frondeur. Ruffin s’interroge lui aussi sur les opportunités qui s’offrent : rallier la France insoumise de Mélenchon ou créer son propre mouvement. Après tout, le vivier est à portée de main, tant les séquelles de ce mouvement social sont grandes. Un Podemos à la française, que l’on sentait venir depuis des mois encore une fois, en particulier à travers le choix des invités «autorisés», Place de la République. On ne s’interrogera pas sur le calendrier de cette entretien, tant Libé(Rothschild) nous a habitué à ce genre de manœuvre depuis que Joffrin est à la barre. Il y a du Tsipras là-dessous, la volonté de liquider autoritairement un mouvement anti-autoritaire, fécond bien que brouillon. NuitDebout était donc une blague, aux yeux de Ruffin… Les milliers de blessés des manifs apprécieront… Une structure d’écho tout au plus, où donner de la voix. Un moment d’une stratégie plus ample, où mettre en place et en ordre de bataille les futurs militants de son propre mouvement. Que penser de telles intentions, du point de vue de Ruffin, non de celui des sombres manigances de Libé (Rothschild). Change-t-on de politique sans changer sa manière de faire de la politique ? Place de la République et partout en France, ce qui s’invente, précisément, c’est une autre manière d’entrer en politique. Pas dans toutes les instances mises en place sur la Place bien sûr, en particulier au niveau de son premier «media center» à l’appellation si crétine, si marketing et témoignant de toutes les opérations louches qui avaient abouti par exemple au dépôt de NuitDebout comme «marque déposée»… Curieusement, pas au niveau de ses premiers outils de communication d’une manière générale (qui sont en fait des outils de Pouvoir), avec cette TV Debout par exemple qui n’a cessé de reproduire un schéma de parole magistrale avec lequel nous devons tellement rompre. TV Debout et ses invités prestigieux, ses «experts» entérinant la longue dérive de dépossession de la parole populaire. Mais qu’importe : Place de la République, la vie continue. La lutte aussi. L’une et l’autre de conserve : la polis et la zoê. Dans leur union chaotique, autour de militants sincères, épuisés, qui se refusent à apporter trop vite leurs suffrages aux défaiseurs de rêve. Un autre mouvement prend pied. #NUIT DEBOUT DEMAIN, pour creuser la pérennisation de ce qui fit et la force et la faiblesse de NuitDebout. Une réponse indécise, nécessairement, à l’heure où certains se cherchent déjà une clientèle électorale.

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Benjamin Stora, Alexis Jenni, Les Mémoires dangereuses

9 Juin 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Benjamin Stora, Alexis Jenni, Les Mémoires dangereuses

De l’Algérie française à la France postcoloniale, qui a réactivée aujourd’hui tous les discours racistes des années 1950 sur l’impossible assimilation des populations issues des cultures maghrébines… Avec une rare pertinence, Benjamin Stora décrypte les origines coloniales des thèmes racistes, identitaires, qui ont envahi la scène publique contemporaine. Passant au crible l’histoire et la recomposition historique du FN bien sûr, mais ouvrant la réflexion à de plus vastes ambitions. Celle d’une réconciliation (presque) impossible entre ces générations montées les unes contre les autres, celles des jeunes français d’origines algériennes, ghettoïsées, et celles des rapatriés d’Algérie et de leurs enfants, enfermées, toujours, dans un désir de revanche. Ils sont ainsi des millions à se faire face dangereusement, dans la France d’aujourd’hui. Près de dix millions pour être exact, qu’une classe politique irresponsable maintient en état d’affrontement, la plupart du temps pour des raisons électoralistes. Quand il faudrait agrandir le périmètre géographique de notre histoire pour la rendre vraiment commune aux enfants issus de l’immigration algérienne. Quand il serait plus pertinent d’en finir avec l’idiotie intellectuelle d’une identité française originelle qui n’a au demeurant jamais existée. Quand il faudrait avoir l’audace de rallier l’autre rive de la Méditerranée, constitutive de notre histoire, pour réécrire notre grand récit national. Quand il faudrait avoir le courage de réaliser que la redistribution des espaces urbains, en France, s’est faite selon ce vieux modèle colonial. Quand il faudrait l’énergie d’aider les enfants d’immigrés à repenser leur propre trajectoire. Quand il faudrait avoir la bravoure de se défaire de ce marqueur infâme que nous avons promu au rang de déterminant historique : celui de la religion. Quand il faudrait avoir le cran de restaurer des transmissions, plutôt que de les rompre.

L’imprégnation coloniale de la France. C’est la thèse forte de ce livre. Qui montre combien les origines du FN sont coloniales avant que d’être racistes. Qui montre combien notre mémoire est en souffrance et comme telle, incapable de nous faire entrer dans une Histoire commune. Qui montre combien notre représentation politique est coupable de n’agiter pour tout imaginaire publique que celui de la violence. Violence qui n’est au fond désormais rien d’autre que le mode de fonctionnement inouï de la république française. On le voit s’exprimer au grand jour, ce mode de gouvernement, sous présidence socialiste, avec ses violences policières ahurissantes qui frappent jour après jour la Nation Française, dessinant les contours d’une nouvelle frontière idéologique dont les racines plongent dans cette France coloniale que l’on croyait défaite. L’imprégnation coloniale, dont le FN est l’expression la plus achevée de notre système politique, promouvant jour après jour un modèle sociétal d’exclusion, d’intimidation, de domination dont on voit comment il contamine toute la pensée politique contemporaine, verrouillant la société civile sur une problématique de revanche destinée à la forclore durablement de toute vie publique…

Les Mémoires dangereuses, Benjamin Stora, Alexis Jenni, suivi de Transfert d’une mémoire, Albin Michel, janvier 2016, 232 pages, 18 euros, isbn 13 : 978-2-226-32025-4

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LOI TRAVAIL VERSUS DROIT A LA PARESSE…

9 Juin 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

LOI TRAVAIL VERSUS DROIT A LA PARESSE…

Paul Lafargue, le gendre de Karl Marx, publia en 1880 une série de textes consacrés au Droit à la paresse. En fait un pamphlet violent et singulier, qui lui vaudra une sérieuse remontrance de son beau-père, mais la sympathie des milieux anarchistes jusqu’au XXème siècle. Un texte étonnant, quand on songe que le droit au travail fut le socle de toutes les revendications ouvrières au XIXème siècle.

Pour lui, l’idéologie du labeur n’était rien moins que l’expression de la morale de la bourgeoisie rurale, provinciale, qui voue sa vie à l’ascèse du travail. Ascèse qui est une véritable aliénation mentale, propre à notre civilisation : le bon sauvage en est en effet exempt ; seules les races abâtardies ont érigé le travail en vertu (dont les auvergnats dans son esprit !). Au cœur de son argumentation surgit la figure du boutiquier. L’anarchisme de Lafargue sur ce point, s’exprime dans la langue de l’aristocrate : les nobles ne fustigeaient-ils point les boutiquiers eux aussi, et pour les mêmes raisons ? Et comme pour l’aristocrate, on sent affleuré le mépris, y compris pour ce prolétariat, qui s’est laissé subjugué par l’amour du travail.

La société industrielle a donc produit une race d’homme singulière, celle du prolétaire : « Les ateliers modernes sont devenus des maisons idéales de correction où l’on incarcère les masses ouvrières, où l’on condamne aux travaux forcés pendant douze et quatorze heures, non seulement les hommes, mais les femmes et les enfants ! » L’atelier capitaliste est perçu comme « le Minotaure moderne ».

Et quant aux Droits de l’homme, d’origine bourgeoise et que l’on propose aux ouvriers, ils lui apparaissent comme une médiocre consolation, voire l’expression de valeurs opposées à celles qui émaneraient d’un vrai Droit à la paresse. Analysant les conséquences de cette folie du travail dans nos sociétés, Lafargue explique qu’in fine, le vrai problème du monde capitaliste n’est pas tant de produire que de trouver des débouchés. Ce qui du coup le pousse à créer de nouveaux besoins, factices, pour entretenir la logique de production de la machine économique. Et à transformer les citoyens en consommateurs. Ce que précisément tente de faire la Loi Travail de 2016, arguant de cette logique de consommation pour assujettir le travail à l'aliénation marchande...

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Nuit Debout vu par le rédacteur en chef d’El Watan week-end (Alger)

6 Juin 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Nuit Debout vu par le rédacteur en chef d’El Watan week-end (Alger)

jJ : Que pensez-vous de Nuit Debout, dans ses deux composantes, l’une réformiste, l’autre citoyenne, campant sur des positions plus radicales et se refusant à entraîner le mouvement dans une traduction politique électoraliste à la Podémos ?

Adlène Meddi : Nuit debout pose plus de questions qu’elle n’en résout et c’est pas grave. C’est même essentiel en ces temps de recomposition du monde. Est-ce le système représentatif démocratique qui est arrivé à bout ? Faut-il tout détruire ou garder des bases du monde actuel pour construire demain ? Faut-il plier bagages et dégager les places car les vacances arrivent (ce fut le cas en Espagne ou la Puerta d’El Sol a été vite désertée… vacances d’été oblige). Ceci étant dit, il faut toute une profonde analyse des formes d’organisations politiques pour trancher entre les deux tendances que vous citez. Souvent, le discours à la mode est de claironner la fin du modèle partisan qui ne fait que reproduire une élite qui joue la montre entre opposition et majorité gouvernante. Le souci est que les tenants de ce discours servent indirectement les autocraties dans nos pays qui ont transformé les partis en alibis démocratiques, qui ont humiliés les assemblées élues et dénigré l’acte électoral face à la primauté de l’Etat régalien. Il faut critiquer les modèles de la représentation électorale directe ou indirecte, mais tout en se gardant de verser dans le nihilisme nourri par l’extrême droite en Occident et les islamistes chez nous dans le monde arabo-musulman. Bien des expériences à travers le monde, surtout dans les pays dit émergeants, où des forces sociales ont pu peser sur le cours des choses et tout en se soumettant au jeu électoral (avec ses tricheries et ses pots-de-vin, ses mafiosi en costard parlementaire et ses compromis « juteux »). Il faut revenir à l’expérience de Allende au Chili, malgré la fin tragique ourdie par les suppôts du plan Condor : une vraie tradition parlementaire soutenue et portée par des politiques directement connectés avec les mouvements tectoniques de leurs sociétés. Allende a, bien sûr, fait des compromis, mais il nous a donné une leçon magistrale : il n’a jamais lâché le plus important, l’essence même de son engagement et de son contrat avec la population. Ce n’était plus un mandat. C’était un projet politique. C’est cela la piste à creuser : comment sortir de l’électoralisme pour ne garder que l’électorat.

Adlène Meddi est le rédacteur en chef de El Watan week-end, à Alger. Ecrivain, il a publié le remarquable roman : "La prière du Maure", aux éditions Jigal.

Entretien par joël Jégouzo sur le site K-libre.fr : « L’incommensurable force de continuer à être humain en plein charnier »

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=interview&id=62

roman : La prière du Maure, Jigal,février 2010

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=735

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Etat d’urgence, du modèle algérien au modèle français

31 Mai 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

j.J : L’état d’urgence est prolongé en France, qui permet toutes les dérives au prétexte de menaces terroristes et de la logique qui veut que pour notre sécurité, nos libertés individuelles et collectives soient suspendues. Vous connaissez bien ce type de discours en Algérie. Qu’en pensez-vous ?

Adlène Meddi : D’abord, il faut toujours sous-peser les procédures exceptionnelles dans un pays à l’aune de :

1. l’indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs

2. le poids et l’efficience des contre-pouvoirs et leur soutien au sein de la société civile.

En l’absence de ces deux paramètres, les prétoriens de l’Etat, sécuritaires et politiques, peuvent disposer de la société et de la vie même des citoyens comme ils l’entendent dans des objectifs qui dépassent ceux justifiant un cadre juridique d’exception (état d’urgence par exemple).

En Algérie l’état d’urgence, perpétué illégalement de 1992 (pour cause d’insurrection armée islamiste) à 2011, a permis toutes les dérives, y compris la plus importante : diluer les responsabilités de la contre-violence puisque aucun texte d’application n’encadrait l’état d’urgence. Cela parce que la justice est au pas en Algérie (elle le reste toujours) et qu’il n’existe aucune séparation des pouvoirs. Par contre, le combat de certains médias indépendants, des associations de victimes du terrorisme ou des proches de disparus par le fait des agents de l’Etat a permis de casser le mur de la peur imposé par l’interdiction des manifs et les attentats quotidiens. Nous étions entre deux feux, même si je me suis engagé personnellement contre le terrorisme qui a tué des proches à moi et fait pas moins de 200 000 morts. Mais cela ne nous a pas fait perdre de vue que l’état d’urgence, dans ses dérives, servait un régime dans le désarroi.

Il y a quelques années, j’ai écrit cela dans un édito de El Watan Week-end dont je suis le rédacteur en chef : « Comment ose-t-on parler d’élection ou de recours, de législation ou de parti sous les matraques d’un état d’urgence qui ne dit pas son nom ? Arrestations arbitraires, répressions contre les acteurs sociaux, fermeture des espaces publics, prépondérance des services spéciaux (et parallèle depuis peu) dans la vie économique, administrative et sociale, étouffement des libertés… La liste est longue. On la retrouvera dans les PV pointilleux des services de sécurités – tous corps confondus – érigés en appareils de gouvernance. »

Il faut accepter le consensus contre un danger horrible, dans le sens de la solidarité avec l’Etat, non avec le POUVOIR. C’est toute la nuance qu’on ne doit pas perdre de vue. Et si le pouvoir, ou les segments les plus conservateurs de la société, tentent de brandir cette menace comme un croquemitaine paralysant l’initiative sociale, il faut inverser alors le paradigme : nous ne quitterons pas la rue parce que nous avons peur de vous et de votre arsenal juridique et répressif, non ; nous sommes là, dans la rue, parce que vous nous faites peur avec votre logique de destruction de nos liens sociaux et de notre fonds humain, avec votre logique qui vise à nous transformer en esclaves productifs et consuméristes. Il ne faut pas avoir peur de l’état d’urgence, il faut avoir peur de l’urgence qu’adopte d’Etat pour assujettir la société humaine.

In fine, pour résumer : face aux décisions du régime français (commencez à employer ce terme au lieu que cela ne soit attribué par les ingénieurs des médias occidentaux qu’aux pouvoirs «tropicaux» et exotiques), seule une conscience populaire ancrée dans la nécessité impérieuse de sauvegarder, de garder vivants des droits arrachés (pas acquis : arrachés) après tant de luttes à travers le monde entier et non seulement dans les sociétés industrialisées, pourra sauver l’humanité des menaces qui pèsent sur elle.

Adlène Meddi est le rédacteur en chef de El Watan week-end, à Alger. Ecrivain, il a publié le remarquable roman : "La prière du Maure", aux éditions Jigal.

Entretien par joël Jégouzo sur le site K-libre.fr : « L’incommensurable force de continuer à être humain en plein charnier »

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=interview&id=62

roman : La prière du Maure, Jigal,février 2010

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Les Violences policières en France vues par un journaliste algérien

30 Mai 2016 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Les Violences policières en France vues par un journaliste algérien

jJ : Tronçonnage des manifestations autorisées, nassage des manifestants, attaques des têtes de manifs, CRS au contact permanent, encadrant les files des citoyens pour leur prescrire leur pas, leur cheminement, les maintenir à l’arrêt, les disperser sauvagement, détention en plein air de ces mêmes manifestants des heures durant, interdictions de manifester envoyées à nombre d’entre eux, interdictions de couvrir en reportage ces manifestations à l’adresse des journalistes de la presse alternative, utilisation systématique du flash ball en tirs tendus, des grenades de désencerclement sans sommations, gazages «préventifs» avant même qu’aucun mouvement de foule ne se fasse jour, matraquage systématique, déchaînement de coups contre les plus jeunes, les femmes, les retraités, etc. On n’a jamais connu, en France, ces vingt dernières années, de tels épisodes de violences policières. Que vous inspire cette montée en puissance de la répression policière en France ?

Adlène Meddi : Jamais vu en vingt ans, peut-être, mais rappelez-vous Napoléon faisant tirer au canon dans les rues de Paris contre les civils manifestants, ou Papon massacrant en 61 et en 62 les Algériens puis les antifascistes, tuant à profusion, noyant dans la Seine ou écrasant sous les grilles du métro Charonne… Les protocoles d’interventions de la police ne sont pas seulement des livrets techniques et pratiques pour la gestion des foules et l’avortement des mouvements de masse. C’est une idéologie qu’on inculque aux éléments de la police en déshumanisant l’en-face, l’ennemi, le «p’tit jeune con» à qui on va expliquer la vie puisque ses parents ne l’ont pas fait. Ça dure depuis le début du XXe siècle : La rage au bout de la matraque n’est pas le fruit de la «méchanceté» du flic, mais le résultat du brain washing qui a structuré la formation des forces de l’ordre, en instaurant une sorte de doxa de l’Etat manichéiste, simpliste et nourrie par les pressions sociales et culturelles que subissent ces mêmes éléments des forces de l’ordre. Le premier objectif de chaque mouvement révolutionnaire est de renverser cette logique et de casser la logique de l’affrontement pour imposer une seule vision : celle qui fédère le peuple contre les forces qui l’oppriment. Tous ceux qui l’oppriment, pas seulement le flic, mais aussi la fiche de paie et «l’inhumanisme» de l’hypermarché… Il y a une sorte de guerre sociale violente muette en France et ailleurs, comme le décrit si bien Alexis Jenni dans L’art français de la guerre. Une violence transparente, qui se ressent parfois quand on parle de taux de suicides à France Télécom ou quand on vous explique que la mobilité au travail c’est super grâce aux belles tablettes connectées et à la 4G, alors qu’il s’agit de pratiques esclavagistes quasiment acceptées banalement par tout le monde. C’est ce qui nous mène vers la loi du travail et à son passage en force : comment voulez-vous qu’il en soit autrement alors qu’une partie de la société a accepté cette forme horrible de la politique de l’emploi précaire, volatile (j’ai vécu brièvement l’enfer et l’humiliation des boites d’intérim en France, étudiant à l’époque, cherchant à vendre mes muscles et ma chair, mon temps et mes matins glaciaux). Je pense qu’au-delà de la loi du travail il est intéressant de voir que les questionnements parcellaires sur la condition citoyenne face à la machine fascisante du tout-productif commencent à se fédérer. Il faudrait maintenant aller plus loin peut-être, étudier des pistes, sortir de la politique politicienne et dire que la société, le voisin d’à côté et la vieille du palier d’en face ont autant d’expertise de la vie et de l’humain (et sans faire de populisme) qu’un costard-cravate aux crocs acérés qui ne regarde que la courbes de la bourse. Tout un monde à refaire à condition d’être conscient de la constitution actuelle du citoyen qu’on a effacé pour en faire un consommateur bien obéissant. Pourtant, en France et ailleurs en occident, j’ai rencontré beaucoup de gens qui ont choisi la voie de la citoyenneté, au prix de sacrifice. Je pensais que c’était des hippies des temps modernes. Hé bien c’est carrément eux le présent. Et, pourquoi pas, l’avenir.

Les Violences policières en France vues par un journaliste algérien

Adlène Meddi est le rédacteur en chef de El Watan week-end, à Alger. Ecrivain, il a publié le remarquable roman : La Prière du Maure, aux éditions Jigal, 2010.

Entretien par joël Jégouzo sur le site K-libre.fr : «L’incommensurable force de continuer à être humain en plein charnier»

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=interview&id=62

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=735

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