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La Dimension du sens que nous sommes
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La neige dans la peinture de la Renaissance : l’étreinte sans écart

2 Avril 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #DE L'IMAGE

brueghel_retour_chasse.jpg

Tout était neige. La neige elle-même n’avait plus de rivage.

 J’ai connu cette année la Toscane sous la neige, son paysage biffé sous un ciel opaque, au loin les arches fantômes des branches ployant sous les paquets de neige et puis cette lumière blanche, liserai finement découpé dans le blanc du ciel.

La neige ne cessait de peaufiner son travail d’ensevelissement.

Sur l’autoroute, des mastodontes attendaient le secours des chasse-neige. De longs cortèges de voitures coulissaient en patientes processions. Partout des capuchons neigeux recouvraient les installations humaines.

Dans le ciel, de lourds oiseaux cherchaient leur vol, solitaires.

Roncobillaccio. Dans le creux des vallées, les villages sont des ombres dormantes.

A Florence il ne restait que des paquets de neige sale et l’Arno embourbé dans ses eaux, coulant entre deux berges aux verts sublimes.

Je n’ai pas le souvenir d’un seul tableau de la Renaissance italienne représentant la Toscane sous la neige. Quelle saisons les peintres représentaient-ils donc ?

Peut-être parce que la neige ne cesse de défaire ce qu’il reste d’humain et que l’humain devait déployer au centre de ses toiles son puissant telos ?

Animaux, plantes, fruits, paysages, campagnes, écroulements de montagnes, les vents soufflant leur forge terrible, les rivières cambrée de fougue, la mer, parfois la tempête, mais pas de neige.

Peut-être faut-il accepter l’idée d’Hubert Damisch selon laquelle les peintres écartaient de leur art ce qui pouvait désintégrer la lisibilité de l’image, la neige recouvrant tout espoir perspectif ?

Les historiens de l’art témoignent du caractère exceptionnel de la représentation des phénomènes atmosphériques au Quattrocento et au début du Cinquecento. Tout juste la tempête y était-elle entrée, timidement.

Il y a bien cette Novicella de Giotto. Et le souvenir toscan de cette neige tombée en août 356. Mais elle était avant tout un miracle marial qui témoignait de la souffrance de la Vierge accablée par la vindicte des hommes.

La Madone de la neige, de Gorolamo di Benvenuto en témoigne. La neige n’y est qu’un signe inscrit à la surface du tableau. Un signe, un symbole, dépourvu de toute matière, de toute sensibilité. Dans le polyptyque de Masolino da Panicale, à Naples on trouve également la trace de cette même neige désincarnée. 

Mais il faudra attendre l’année 1567 pour que la neige fasse enfin son apparition sur une toile, loin de l’Italie, sous le pinceau de Pierre Bruegel l’Ancien, dans son Adoration des mages. D’un coup elle occupe la toile, elle est présence, matière, flocons épars inscrivant leur existence tangible au cœur de la surface picturale. 

Brueghel_adoration.jpgQue s’est-il passé pour qu’enfin la neige pût nous sauter aux yeux ? Outre la difficulté technique de la représenter, c’est que d’un coup la vie humaine changeait de sens : l’homme découvrait sa condition dans cette contingence où Dieu, jadis extérieur au monde, s’était fait homme lui même pour venir éprouver la chair du monde et naître dans cette Bethléem exposée aux rudesses de l’hiver. La neige de Bruegel révèle l’intrication des états du monde dans le déroulement de la vie humaine et nous rend solidaire de ce monde dont nous sommes enfin. Pas d’abstraction ici, la neige est vraie et rend sensible l’inéluctable effet du temps. Et si le paysage ne s’est pas encore affranchie pour devenir le lieu du sublime qu’un peintre pourrait choisir comme seul objet de son art, c’est que le sublime, ici, relève de l’histoire des hommes et que cette histoire est devenue celle d’une rencontre de l’homme et de sa nature, dans l’étreinte sans écart de la chair du monde, dans l’auto-révélation pathétique de sa propre chair au monde.

 

Images : Bruegel l’Ancien, retour de chasse et Adoration des mages.

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Le terrible décompte

1 Avril 2013 , Rédigé par texte critique

jac-epis.jpgVoici à présent le terrible décompte qui se met en place !
Cela fait déjà si longtemps que nous voyons partir nos aimés.

Je ne supporte pas de le faire pour toi.
L'heure des "jamais plus" commence a prendre fin et laisse la place aux souvenirs qui ne se gênent pas pour encombrer même de force mon esprit.
Parler comme tu le faisais avec ton pote Patrick.

Cela aussi j'ai pu le faire.
Parler de toi sans un sanglot est très difficile mais je vais y arriver c'est promis,

pour que tu sois libre,

enfin .
Le temps fait son œuvre dit-on.
A présent je me souviens de toi enfant, adulte,

on se souvient même de ce que nous n'avons pas vécu ensemble et de ce que nous aurions pu vivre si…
Alors pour me consoler je me suis souvenue du "je t'aime" que je t'ai dit un jour,

du nous t'aimons Jacky,

Pour te garder…
Mais, promis, je ne t'emprisonnerai pas dans mes souvenirs.

Ils seront libres comme toi de venir ou pas
Et de ce qu'ils seront
Je t'aime.

Josy, le 25 mars 2013.

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Jacques, une pensée (Josy)

31 Mars 2013 , Rédigé par texte critique

 

jack-portrait-giroflee.jpgMe voici confrontée à la nuit
Noire
Froide .....
Triste, si triste
J'ai peur!
Du calme, du silence, du rien
Du vide, de cet espace subitement inconnu.

Un mois et demi.

J'espère que le passage obligé que tu as pris était moins difficile pour toi que pour nous, qui restons là sous le choc de ta disparition.

Le printemps.
Parce que je suis souvent en noir,
Là maintenant, je choisi la couleur bleue, pour toi.
Joël a écrit :
«Mon frère est mort le lundi 11 février 2013.
Je suis parti en Toscane porter son deuil.
La Toscane est une belle terre,
à vrai dire,
pour arpenter les territoires de ce qu'il reste, d'être.»

Moi.
Un sourire,
Une pensée.
Regardez, voyez,

et comme des papillons laissez vos souvenirs s'éveiller, s'envoler,

et dans un sourire,

laissez-vous guider.
Un sourire.
Une pensée.

 

Josy, ce 27 février 2013.

 

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Adieu Jacques (Josy)

30 Mars 2013 , Rédigé par texte critique

 

jack-bateau.jpgPour toi Jacky.
Pour toi mon frère.
Mes pensées mes souvenirs,
Mes regrets.

Aujourd'hui
Te voir avec ce sourire... Figé.
Tu es là, mais toi où es-tu parti ?
Je sens bien que tu n'es plus avec nous et tu me manques.
Tu nous manques...
Viennent les souvenirs, les cocasseries que tu nous offrais, ces situations mémorables, extrêmes parfois.
Toute notre vie ensemble…
Désormais je reste là a me demander quelle est ta nouvelle vie, dans cette nouvelle forme?  
Apprends tu à devenir un ange ?
Qui t'aide à cela , nos parents ?
Vas-tu nous faire un signe ?

Rien rien rien ...

Adieu Jacques.

 

Josy (après le 14 février)

 

  

 

images : Jacques sur le Giroflée, avec un pote. Jacques porte son bonnet de marin sur la tête.

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Patti Smith, La Mer de corail (à Robert Mapplethorpe)

29 Mars 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

patti-smith.jpg

Robert (Mapplethorpe) va mourir. Ils le savent tous deux. A son chevet Patti lui demande comment elle pourrait le servir au mieux en son absence. Roberte est mort. Patti passe une saison dans la douleur. Puis elle écrit ces poèmes en prose à la mémoire de son compagnon. Des fleurs dispersées sur son tombeau. Qui s’ouvrent sur une photo d’une Piéta de Michel-Ange, à Madrid. Robert adorait Michel-Ange, "démon aux chaussures de cordes". Patti s’élance dans cette courte aventure : réfléchir Robert. Moins le réfléchir du reste, que tenter de le saisir pour en revenir quelques poèmes en mains. Robert, "garnement fabuleux", dont elle se rappelle la première fois qu’elle l’a vu : il dormait. La paupière close cette fois, non pas scellée, immédiatement ouverte à l’approche de son visage, ses lèvres dessinant un sourire complice avant même qu’il l’ait connue. Patti Raconte Robert, gamin espiègle de Long Island, fasciné par l’inattendu. Elle évoque le jeune garçon timide, affable, à la poursuite de regards neufs, chuchotant Baudelaire à l’oreille étonnée. Superbe Mer de corail, ce poème en prose qui donne son titre au recueil, détaché des petits plis amers de la vie, évoquant Robert, endormi cette fois encore, "dans l’étoffe d’un voyage qui s‘étale".

  

 

La Mer de Corail, Patti Smith, éd. Tristram, coll. Souple, traduit d el’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Mourlon, mars 2013, 88 pages, 5,95 euros, isbn : 9782367190105.

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Fra Angelico, Piero Della Francesca, Lorenzetti, la boue d’Arezzo…

28 Mars 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #DE L'IMAGE

 

AmbrogioLorenzetti.jpgLe rapport indiciel.

Trace du corps dans le paysage, et l’inverse ?

Arezzo, la Légende de la Croix, de Piero Della Francesca,

les deux petits tableaux de Lorenzetti au musée de Sienne,

les graffitis de Michel-Ange dans la cave à charbon de la chapelle des Médicis.

Comment s’invente la loi d’équilibre du monde ? Quand le plan de l’écliptique semble devoir partout basculer…

La géométrie est inhérente à la construction du monde, à la domestication des forces du chaos. Mais Simone Martini… Cette infinité d’échelles. Milieu spatial plutôt qu’espace.

Et l’empreinte de mes pas dans la boue d’Arezzo…

Piero Della Francesca, homme quelconque frappé de cécité dans son vieil âge, se cogne aux murs des rues de Borgo san Sepolcro, ce qui fait rire les enfants.

Lorenzetti. L’espace pittoresque rabroue la superbe de l’espace monumental.

Là, l’émotion d’un corps. Ici une femme, générique d’une émotion qu’on ne s’avoue que dans l’intimité de son être.

Soumis à la vulnérabilité du geste qui lui révèle son audace, le peintre ne peut se sauver qu’en sauvant son geste, c’est-à-dire en lui conférant un statut dans le lieu de la toile, mais aussi hors de cette toile, là où, précisément, le surprend le regard du spectateur.

Un prodigieux dehors hante dès lors l’œuvre d’art.

Peindre, écrire, prennent appui dans ce vide.

Reflux incessants, échappées soudaines, trouées d’espaces fleurés. Rien ne soulage le peintre de l’inquiétude qui l’atteint en tant qu’individu, puisque la peinture ne résout pas les conditions de précarité de son histoire personnelle. Le tableau, comme le poème, est sans cesse un problème nouveau qui vient de surgir.

  

 

Lorenzetti, les deux petits tableaux de la Pinacothèque de Sienne, datés habituellement de 1338 ou 1339. (détails)

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Tabucchi, Fra Angelico, récits vagabonds

27 Mars 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

Tabucchi nous offre dans ce curieux recueil quelques courts textes écrits lors de crises d’anxiété ou d’insomnies. Récits vagabonds, incertains de leur statut, bribes à la dérive d’espaces confidents, paroles lancées pour rien, sinon le plaisir des mots et parfois pas même : les textes sont «ratés», mais cela n’a guère d’importance.
La nouvelle qui donne son nom générique au recueil raconte l’histoire de Fra Angelico. Penché sur un rang d’oignons, un oiseau l’apostrophe. Une sorte de poulet déplumé, venu s’empêtrer dans les branches d’un poirier. Angelico vole à son secours. Débarrassé de sa robe de bure, il constate que ses jambes maigrelettes rappellent celles de l’oiseau. Deux autres créatures célestes, pas moins pitoyables, tombent à leur tour sur terre, où elles se mettent à gigoter ridiculement. La fable se poursuit sur le même ton : ils sont venus sur un commandement divin pour être peints par Angelico. Le peintre s’exécute, les place dans ses fresques du couvent de San Marco. Le lecteur se prend ici à rêver : à quoi aurait pu ressembler l’ajout d’un tel volatile dans le chef-d’œuvre d’Angelico ? Mais c’est la force de Tabucchi que de s’en tenir là, sollicitant d’un coup notre imaginaire comme peu savent le faire. Et c’est un vrai bonheur qu’il puisse exister ce genre d’ouvrage, pratiquement sans enjeu, pas même celui de la littérature, tant Tabucchi ne cherche pas à faire oeuvre mais à partager, sereinement plutôt que simplement, le goût de lire.



Les Oiseaux de Fra Angelico, de Antonio Tabucchi, 10/18, juin 2000, 88 pages, ISBN-10: 2264027789, ISBN-13: 978-2264027788

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Conversations Hitler – Mussolini (1934-1944)

26 Mars 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

 

hitler-mussolini.jpgDix-sept rencontres au total, longues de plusieurs jours la plupart du temps, en présence des militaires de haut rang des deux Etats, de Ribbentrop, du comte Ciano et de l’interprète Paul Otto Schmidt : Hitler ne parlait qu’allemand (et quel allemand !), tandis que Mussolini, sans le parler couramment, parvenait à se débrouiller dans la langue de son homologue. Dix-sept rencontres qui montrent à quel point les deux hommes auront été liés, d’une amitié bien réelle, même si elle peina à démarrer.

Les sources sont officielles. Celles des PV de retranscription tout d’abord (dix à quinze pages chaque fois) qui ne laissent guère deviner l’atmosphère et l’émotion de ces rencontres. Mais Pierre Milza a su bien évidemment exploiter toutes les autres sources disponibles pour restituer ces entrevues au plus près de leur authenticité. Celles des archives diplomatiques des deux pays, les notes sténographiées des présents et surtout leurs journaux et mémoires, qui laissent filtrer beaucoup d’informations, en particulier le Journal du comte Ciano, toujours très explicite et direct.

La première rencontre eut lieu du 13 au 16 juin à Venise. Hitler voulait Rome, Mussolini imposa Venise, où se tenait la Biennale, capitale culturelle donc et symbole de la résistance italienne aux allemands et aux ottomans. Mussolini n’avait guère de considération pour Hitler, qu’il trouvait grotesque, parvenu, et quelque peu obséquieux. Ce dernier avait fait des pieds et des mains pour obtenir de Mussolini l’affiche dédicacée de son portrait, Mussolini avait pris grand soin de ne pas satisfaire trop vite son attente…

Mussolini triomphe donc, et attend plein de morgue le petit allemand, en grande tenue militaire d’apparat, uniforme noir impeccable, bottes en cuir à éperons. Hitler sort de son avion en civil, dans un costume avachi, en imper mastic, un pantalon trop long qui balaie la poussière du tarmac et des chaussures défraîchies. Le comte Ciano n’en croit pas ses yeux… Blanc comme un linge, très, très impressionné par Mussolini, il donne l’impression d’un petit garçon endimanché.

hitler-seeing-mussolini-off-from-the-trainL’enjeu géopolitique de cette rencontre, c’est bien sûr la question de l’Autriche que Mussolini veut placer au cœur de leurs causeries. Il redoute son annexion et fait savoir sans détour qu’il n’en veut pas. Hitler rassure, ment, s’en tire par des pirouettes.

Les entretiens eux-mêmes, dans leur déroulement, ahurissent les observateurs italiens, qui doivent subir la faconde débridée de Hitler, un déluge de propos insensés entrelardés de longues digressions crétines… L’une d’entre elle, sur la supériorité de la race aryenne, agacera au plus haut point Mussolini. "Hitler ? Ce polichinelle !", commentera-t-il sans réserve. "C’est un fou ! Un obsédé sexuel"…

La seconde rencontre aura lieu en Allemagne, du 25 au 30 septembre 1937. Hitler veut impressionner Mussolini. A Munich et Berlin, les préparatifs sont grandioses. Hitler est aussi aux petits soins et veille personnellement sur le confort de son ami. Sur les plages de la Baltique, son armée attend de pied ferme pour présenter le plus grandiose spectacle jamais offert à un chef d’Etat européen. Des milliers de fusils, de mitrailleuses, de canons sur rails vont déchaîner un spectacle de pyrotechnie sans précédent. Mussolini découvre alors stupéfait la force de frappe allemande et prend conscience, immédiatement, de la supériorité militaire et économique de l’Allemagne. L’apothéose berlinoise change ensuite définitivement la donne : Hitler est devenu le destin de l’Europe, ou peu s’en faut.

03-hitler-e-mussolini.jpgMussolini voudra lui rendre la pareille l’année suivante à Rome, mais il sait qu’il ne peut rivaliser avec lui. Il est inquiet, humilié, doublement parce que le protocole veut que ce soit le petit roi italien qui reçoive Hitler et non lui, et parce ce que le colonel Horsbach, maître idéologue de l’espace vital allemand, vient de poser la date de 1940 comme celle de la réalisation du rêve allemand. Mussolini sait désormais que la question autrichienne est scellée : les instruments de la politique d’agression de Hitler sont en place, au grand jour.

Septembre 1938, Hitler reçoit Mussolini à Munich. La fameuse conférence, où l’on voit un Hitler agacé parcourir les couloirs à la hâte, pâle, irrité au plus haut point, méprisant comme jamais face aux représentations diplomatiques, en particulier face aux français, dont le Chef du Conseil, l’idiot, a égaré ses documents juste avant d’entrer dans la salle de conférence… Hitler reçoit cette fois Mussolini sans protocole, parlant seul, sans cesse, improvisant, trivial, arrogant, sûr de lui : il est à présent Le maître du jeu. Rien ne doit s’opposer à sa volonté. La suite, on la connaît…

  

 

Conversations Hitler – Mussolini (1934-1944), Pierre Milza, éd. Fayard, janvier 2013, 408 pages, 24 euros, ISBN-13: 978-2213668932.

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La crise du mariage d’amour (Pascal Bruckner)

25 Mars 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Amour - Amitié

 

la-crise-du-mariage-amour-pascal-bruckner.jpgAlors que le mariage pour tous demeure l’objet d’une actualité fiévreuse, les éditions Frémeaux publient un long essai sonore de Pascal Bruckner sur la question du mariage d’amour. Une formule, on le voit, qui contourne savamment la crise de la réflexion anthropologique qui secoue la France d’aujourd’hui. Mais si l’amour individuel moderne, si jeune dans l’histoire humaine, n’a que très peu à voir avec l’institution du mariage, on voit bien dans la démarche du philosophe combien il demeure malaisé de s’en saisir jusqu’au bout quand il est question de s’unir à l’être aimé, tant l’horizon de cette union, quelle qu’elle soit, est compliqué désormais. Qui aimerait d’amour sans lendemain, transformant souvent la déclaration d’amour en crime parfait ?…

Et l’on voit bien alors notre philosophe, ex-soixante-huitard, troublé par ses égarements passés peut-être, se jeter à l’eau pour sauver quelque chose qui pourrait enfin durer, saluant au passage le divorce qui a explosé pour, peut-être encore, rendre au mariage sa dignité, en faire un destin choisi plutôt qu’une norme aveuglée, déroulant ses ors pour mieux masquer le retrait de l’être où si souvent le bel émoi prend fin. Etrange paradoxe au demeurant, que cette pompe du mariage qui éblouit toujours et au-delà du cortège, que cette institution à l’agonie réveillée soudain par des minorités s’engageant à leur tour pour parier qu’il pourrait rester ce don que tant n’ont pas su tenir : celui de survivre à l’instant où l’incompatibilité l’emporte.

Etrange société où le mariage pour tous ne veut plus tuer la norme mais l’élargir, et qui devrait au fond nous porter à nous poser la question de savoir si au vrai, ce n’est pas tant le mariage qui est en crise que l’amour comme passion. Car le mariage n’est pas demeuré ce qu’on lui reprochait au civil, de n’être qu’une simple formalité administrative, mais l’emblème social qui paraît assurer quelque chose comme un ancrage possible dans une société de libertés où la liberté donne le vertige.

Etrange poésie du mariage, quand la liberté sensuelle aurait dû l’emporter… Peut-être parce qu’il pointe autre chose que notre société ne sait pas nommer, un trouble, dans son acharnement à ne plus vouloir organiser la famille, ballottée au gré des humeurs, des émotions, des béguins. Ou bien il y a que les intermittences du cœur, indéterminées dans leur longévité, n’inscrivaient pas la promesse de l’enfant qui fait peut-être retour comme jamais dans notre société pour rouvrir la question cachée de cette crise anthropologique que nous vivons.

Comme revenu de tout, la gueule de bois en guise de sagesse, Bruckner s’est entouré des textes des autres pour y voir clair dans cette longue histoire contemporaine du mariage, défendant désormais sa ligne comme un cordial, où la persévérance féconde de raison les sentiments et nourrit de douceur les conjoints vieillissants.

  

 

La crise du mariage d’amour, Pascal Bruckner, essai lu par l’auteur, éd. Frémeaux & Associés, coffret 2 CD-roms, 9782844681195.

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Le roi Lear et les espions de Dieu…

24 Mars 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Amour - Amitié

 

maman et jacques„Non, non, non, viens, partons pour la prison.

Nous deux seuls chanterons comme des oiseaux en cage.

Quand tu me demanderas de te bénir, à genoux

J‘implorerai ton pardon. Ainsi nous vivrons et prierons,

Et chanterons, et conterons de vieux contes et sourirons

À des papillons d‘or ; et nous écouterons de pauvres diables

Parler des nouvelles de la cour, et parlerons aussi avec eux

De qui perd et qui gagne, qui est dans le vent, qui pas,

Et nous prendrons sur nous le mystère des choses

Comme si nous étions les espions de Dieu, plus vivaces

En prison murés que les meutes et factions des grands

Qui croissent et décroissent sous la lune."

 

 

 

Le Roi Lear, Shakespeare : Acte V, sc.3, Arche éditeur, traduit de l‘anglais par Luc de Goustine. Cordelia vient de mourir, Lear la tient dans ses bras, avant de la rejoindre dans la mort.

A ma mère et mon frère, qui se sont rejoints dans la mort à quelques années d’intervalle, pour prendre sur eux désormais le mystère des choses et se faire à ces mystérieux espions de Dieu qu’évoque Shakespeare.

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