Comment se défait-il, le nœud magique du corps ?
Cela fait un an, jour pour jour, que mon frère est mort et cet improbable présent me retient auprès de lui, dans l’étrangeté du monde minéral où il repose désormais.
Je me rappelle Jacques qui soutenait jour après jour le regard d’un homme en proie à son existence, ramassant d’un air entendu les rires de l’enfance et l’ironie de ne jamais savoir.
Philosopher, c’est apprendre à mourir, disait Montaigne. Je n’ai pas appris grand-chose. Sinon ce poids de chair sans lequel le Verbe n’est rien, la forge des poumons qui fonde l’usage de la parole, et nos lèvres humides dans la dilection des sons que les mots nous prodiguent.
«Sous mes yeux vient ramper une nuit de Ténèbres» (Alceste, d’Euripide). Ma voix est comble de cette clameur insatiable d'une terre qui se dérobe toujours. Nous pleurons de ce côté-ci de la rive n’est-ce pas ? Tandis que là-bas devant le vieux rocher quelqu’un l’a entraîné. Ne voyez –vous pas ?
L’œil en biais effritant les photos béantes je soupèse leur silence. Jacques repose sous la neige. Et dans ces moments où je pense à lui avec tendresse, je crois trouver la paix. Je n’hésite plus : il est heureux dans la pensée que je me forme de lui. Son visage m’apparaît. Il sourit. C’est le visage d’un enfant espiègle. Dans ces moments je le revois tel que nous partagions nos heures -ses battements d’ailes immenses. Si peu de paroles depuis : le léger sifflement de la courbure des temps.
L’immémorial geste vacant de sa mort m’enveloppe d’un calme narcotique. Fermer le livre, les registres, souffler toutes les bougies d’un coup tandis qu’à l’étage l’horloge rafle la mise. Quelque chose suit son cours.
Je l’entendais rouler dans sa gorge le grain ancestral de nos voix, «ce certain ton lentement élaboré et mûri par une famille» qu’évoque Claudel. Une langue plombée d’inquiétudes, déferlante mille fois rebattue. Jacques plié, courbé, tentait de soupeser le mouvement de nos âmes et devenait le moins sage d’entre nous dans cette parole incroyable qu’il habitait. Mais c’est bien lui, le bègue, qui seul d’entre nous a réalisé l’idéal scolastique auquel j’avais songé, d’une inspiration poétique entée dans le concupiscible et l’irascible, qui sont les seuls vrais lieux où parler.
Jacques n’a jamais su ranger les mots, les aligner, les trier, et cela caracolait sous sa langue. J’entends encore cette cavalcade. Quelle force démente dans ce langage qui ne servait en rien l’usage d’un monde bien-disant. Et tellement délectable. Cette façon qu’il avait de vouloir se saisir du sens avec les dents ! Cette manière qu’il avait d’en embarrasser votre propre parole, donnant de l’esprit comme du clairon dans la parfaite intelligence de ce qu’il voulait dire, de ce qu’il s’abandonnait à dire en désertant chaque fois les mots sans songer à leur porter secours. Le reste est littérature, l’abus du langage et de la pensée sur l’épaisseur réelle de la vie.
Par la mort, écrivait Rilke, «nous regardons au-dehors avec un grand regard d’animal». Non. Pas d’animal. Même si de ce regard qui ouvre notre chemin vers l’inconnu nous ne connaissons rien. Car tapis dans la grâce infinie d’être humains, nous révélons en ce regard effaré notre souveraine condition, pour nous faire peut-être «ces espions de Dieu» auquel songeait Shakespeare dans le Roi Lear, mystérieux détenteurs d’une connaissance indécidable.
Jacques s’en est allé émerveiller l’humanité que nous portions sans le savoir en nous.
image : détail Caravage, l'incrédulité de Saint Thomas
Les amants du bord de mer, Giorgio Scerbanenco
Banlieue de Milan, dans les années soixante. Des tours en construction entre des chemins de charretiers. La boue, l’énorme lassitude partout. Deux gosses veulent voir la mer. Ils ne verront qu’une immense flaque au milieu de leur cité. Les années passent, ils ont grandi dans ce décor sordide, au sein duquel les filles perdent leur virginité dans des caves crasseuses. Un jour, Duilio et Simona finissent par préparer un mauvais coup. Un casse minable : piquer la recette du garage d’à côté. Alors tout bascule : le garagiste tire et tue Simona. Duilio s’enfuit au volant d’une voiture volée. Le même soir, Edoarda quitte Milan. Edoarda, une femme quelconque à qui l’on ne parle plus que par déférence, démonétisée, en qui personne ne voit la femme qu’elle est toujours. Pourquoi ne pas aller à Rimini ? Voir la mer. Pendant que Duilio roule, le cadavre de Simona repose dans le coffre. Il la conduit à la mer lui aussi, grande consolatrice des années soixante. Sur la plage, Duilio tient la main imaginaire de Simona. Il lui raconte les vagues, les foules allongées sur le sable. Mais on lui vole l’alfa dans laquelle se trouve le cadavre de la jeune fille. La voiture finit en rase campagne, où des motards de la police la découvrent. Edoarda songe de son côté qu’elle aimerait tomber amoureuse. Elle croit l’être d’Ernesto. Au volant de sa voiture, elle tombe sur Duilio, défait sous un soleil accablant. Il délire, lui raconte tout. Elle lui porte secours, le cache chez Ernesto. La boucle se referme. L’événement est trop grand pour les deux protagonistes de ces rêves ratés et appelle soit à plus de compassion et de lucidité entre les êtres, soit au mensonge.
Roman d’une lucidité bienveillante, Ernesto s’engagera dans son amour pour Edoarda et Duilio s’en ira reprendre son chemin jusqu’à la mer, avant de se livrer à la police.
Dans ce texte poignant où souffle une vraie empathie, la violence sourd d’une grande tristesse, celle, par-delà le naufrage que l’on sent poindre, d’une humanité lasse de sa condition. Dans cette écriture sensible aux détails de la rue, de la vie, des êtres, c’est aussi un autre visage de l’Italie que nous offre Scerbanenco : celle d’un peuple méthodique, froid, rationnel, acculé à des gestes de désespérés, qui ne peut trouver de rédemption que dans cette fraternité qui s’effrite pourtant et promet de disparaître bientôt entièrement.
Giorgio Scerbanenco, les amants du bord de mer, traduit de l’italien par Laurent Lombard, Rivages / noir, mars 2005, 170p., 7 euros, isbn : 274361398X
DE L'AMITIE EROTIQUE… (Hakim Bey, Zone interdite)
Dans sa réflexion sur le caractère indépassable mais parfaitement impraticable du capitalisme, Hakim Bey proposait des pistes de résistance. Parmi ces pistes, l’amitié érotique, comme d’un espace qu’il serait possible de soustraire aux passions tristes d’une société qui a fini par nous donner le goût de nos défaites. Défaites devant la vie, nos vies en tout premier lieu, résolues en quelques accords conclus à court d’histoire.
Défaites masquées par de pitoyables contorsions, au rang desquelles, étonnamment, radicalement, à contresens de tout ce qui se pense aujourd’hui, Hakim Bey place l’ambition artistique, le devoir artistique pourrions-nous dire, tel que la société du spectacle, avide de créativité, nous l’a prescrit. Tous originaux, singuliers, à battre des deux mains devant des œuvres trop bien ficelées pour être dérangeantes, ne soyons plus en rien originaux, conseille Hakim Bey. Désertons l’art et son spectacle flatteur. Ne jouons plus aux subjectivités radicales, refusons d’être artistes, que notre désir ne nous revienne plus dans la figure sous les traits d’une vulgaire marchandise ! Et si pour réussir il faut «être vu», cachons-nous : «le vrai plaisir est plus dangereux que le braquage d’une banque !».
C’est dans le cadre d’une pareille stratégie de recouvrement de soi qu’il faut tenter de comprendre ce que Hakim Bey veut nous signifier quand il évoque cette fameuse amitié érotique comme seule alternative aux passions tristes.
Refuser l’obsession de l’amour, cette romance obligée où chacun écume toujours trop à la hâte ses désirs.
Avec une érudition implacable, Hakim Bey reconstruit en quelques pages toute l’histoire du sentiment de romance, tel qu’il nous est revenu du lointain monde musulman par les Croisades. Déformé évidemment, perverti. Et nous livre au passage des notes somptueuses sur le soufisme et la manière dont il érotisa la littérature sentimentale, ouvrant une vraie tension irrésolue en le désir et sa satisfaction. Il montre avec talent comment l’amour romantique s’est ensuite emparé de cette tension pour reconstruire tout autre chose sur les décombres du seul désir insatisfait, creusant sous nos pieds la tombe de la séparation plutôt que de l’union, qui ouvre à cette langueur amoureuse où consumer nos temps. Une langueur qui, justement, a fourni le genre de cette convention envahissante : la romance. Une convention délestant notre héritage musulman du mystère de la sublimation, en rien réductible à cette seule langueur exaspérée de la romance.
Il nous rappelle alors avec force que dans la tradition musulmane, le désir fut construit en dehors des catégories de la reproduction, pour trouver à se libérer et libérer du même coup mille objets possibles. Et piste ensuite comment, en Occident, s’est fabriquée l’idée selon laquelle l’esprit et la chair devaient occuper des positions antithétiques, idée réinscrite à l’intérieur même de l’intuition musulmane de la nécessité d’exaspérer nos sens en les articulant à l’exaltation de l’émotion qui repousse, mais pas indéfiniment, le moment de la satisfaction pour en creuser l'appétit –et au passage, permet d’accéder à une conscience non ordinaire.
Hakim Bey retrace pour nous en quelques lignes toute la bibliothèque du désir libertin, de l’Iran aux troubadours occitans, via les Croisades, voyageant jusqu’à la Vita Nuova de Dante, doctrine de la sublime chasteté qui conduisit maints amoureux au bord de l’abîme. Revenant à son sujet, il analyse enfin ce qu’est devenu le sentiment amoureux sous le joug de l’esprit du capitalisme, au sein duquel l’être aimé est symboliquement une marchandise parfaite, dont nul jamais n’est parvenu à jouir. Car en retirant le plaisir du désir, le capitalisme a inoculé du désespoir dans la relation amoureuse. Il y eut bien certes des stratégies menées pour lutter contre les impasses de l’amour dans le monde occidental, comme celle des Surréalistes, tentant de combiner la sublimation musulmane à l’appétence tantrique de consommation de la jouissance. Mais elles furent bien vite repliées sur la romance.
Il faut autre chose aujourd’hui, affirme Hakim Bey. Parce que «l’amour romantique est une maladie de l’ego et de sa relation à la propriété» (Mackay). Parce que nous crevons de si mal aimer aimer. Il faut, affirme Hakim Bey, substituer à cette conception de l’amour celle de l’amitié érotique, libre de toute relation de propriété, fondée sur la générosité et non la langueur. L’amitié érotique comme amour entre égaux autonomes, dans l’union libre, voire, à ses yeux, dans cette stratégie pourtant souvent pitoyable mise en place par l’homme contemporain : l’adultère, où éprouver un peu de gratuité dans sa vie sentimentale et sexuelle… Car l’héritage de la langueur est devenu autodestructeur. Pour autant, avec prudence, Hakim Bey réfléchit évidemment aux dérives d’une amitié érotique qui ne s’inscrirait en définitive que dans sa seule énonciation dionysiaque, où le plaisir n’aurait d’autre finalité que le plaisir. Il y introduit un zeste d’éros apollinien : jouir de la séparation comme ajournement de l’union,où viser encore le désir dans le plaisir et non sa seule satisfaction, pour éprouver ces états non ordinaires depuis lesquels, seulement, l’être peut surgir à lui-même, faire surrection, advenir. Loin de cette langueur qui ouvre pourtant bien elle aussi à un état mystique qui n’a besoin que d’un soupçon de religion pour se cristalliser, réintégrer, commande-t-il, l’ordre du Bonheur comme une fête, où le plaisir ne peut, dès lors qu’on lui a donné cette place dans notre société, que revêtir une dimension festive, sinon insurrectionnelle !
Zone interdite, de Hakim Bey, éd. De l’Herne, Collection : Carnets de l'Herne, traduit de l’américain par Sandra Guigonis, 80 pages, 5 janvier 2011, 9,50 euros, ISBN-13: 978-2851979292.
Ibn Hazm 944-1064, Le Collier de la Colombe De l'amour et des amants), traduit de l’arabe par Gabriel Martinez-Gros, éditions Actes Sud, novembre 2009, 251 pages, 8, 50 euros, ean : 978-2-7427-8828-6.
Il était dix fois, douze fois, chloé delaume...
La raison d’être de la fiction, non de la littérature, c’est la composition. L’autofiction n’y échappe pas, qui sait ruser avec la succession des émotions et des événements. Sa logique interne est celle de l’ordre, dans lequel, justement, les distribuer. Sinon les réquisitionner, la réquisition formant l’horizon ultime de l’écrivain à la poursuite du recommencement (du prochain opus), non d’un texte qui aurait la force de rompre la répétition du même. La composition donc, dans cette forme ultime du conte où la fin n’achève en rien les commencements mais les autorise plutôt, pour ouvrir de nouveau la lecture à son appel. La structure des contes, cette machinerie attrayante, est assez connue pour qu’on se passe ici d’y revenir. Sauf que dans le cas de cette Femme sans personne dedans, la figure du désordre est la stabilité de départ que le conte présuppose toujours. Au départ donc, il y a ce suicide pour état stable sur lequel édifié son récit. Un suicide qui ne fait en rien événement, mais autorise la mise en abîme du roman tout entier : une post-adolescente s’est crue chloé delaume. Elle lui a fait parvenir son manuscrit, une sorte de double mimant ses grimaces, ses tics, ses trucs, son style. Un manuscrit dont le personnage chloé delaume n’a su que faire. Sinon lui dire qu’il n’était peut-être pas des meilleurs… De quoi chloé delaume est-elle le nom ? Voici qu’elle épelle ce nom dans cette mise en abîme : le personnage chloé delaume rencontre son simulacre sous les traits d’un autre personnage, celui d’une jeune fille incapable d’accéder à sa propre fiction et qui finit par décider d’en finir avec ses jours, d’autant plus navrants qu’elle a dû en affronter la nullité : une besogneuse fiction. Et qu’importe ici que ce suicide ait été réel ou non : il n’est qu‘une matière, inerte pourrait-on dire, informe, impropre, grossière, que l’auteure a ramassée dans la rue quasiment pour la mettre enfin dans une forme digne, accomplissant la destinée de cette femme sans destinée autre que d’appartenir à la fiction chloé delaume. Qu’importe ? Rien n’est moins certain cependant : chloé delaume ne cesse de jouer sur la réalité de l’événement. Il serait vrai. La presse, en son temps, l’a attesté. La presse… cette autre machine à fabriquer du leurre… et l’auteure, venue à la rescousse de son personnage chloé delaume, pour en avancer la foi. Une vraie mort tragique. Dont se dessine ici la raison d’être, c’est-à-dire la fonction : l’irruption d’un réel au sein d’un conte dont on nous dit à la fois qu’il n’est qu’un conte et qu’il doit bien être plus que cela, pour fonctionner –retenir l’attention, si vous voulez. Cette fonction d’empathie au demeurant, propre aux mauvais romans de gare et à toute cette littérature romantique du XIXème siècle, où les auteurs n’avaient de cesse d’affirmer haut et fort, pour ainsi dire : «Mme Bovary, ce n’est pas moi»… La presse donc, convoquée au chevet du lire et l’auteure elle-même ne se faisant pas faute de nous signaler que le suicide a réellement été. Que cette matière inerte, informe, grossière, avant que d’être disposée en un certain ordre a d’abord été le désordre pathétique d’une jeune femme souffrante, infiniment. Etrange rappel au vrai de la chose pour enrôler l’empathie du lecteur. Mais un simple effet de réel, rien de plus. Dont chloé delaume use pour relancer l’attention, tout comme elle use d’une autre variété d’effets de réel : ses embardées qui nous font saluer le joli trait de plume dont elle dispose. 2maillant le texte quand il perd de son souffle. Rien d’étonnant alors à ce que la figure de style centrale de cet écrit soit l’anaphore («dans la tour elle est seule », convoquant à juste titre l’imaginaire de la princesse), relançant chaque fois la lecture d’un nouveau chapitre pas moins circulaire que les autres. Avec en fin de course, l’appel au lecteur, le seul esseulé à vrai dire, à sortir du livre qu’elle soupçonne de n’être pas dévoré assez et de lui être tombé des mains par trop souvent, à déserter son œuvre pour s’adonner à l’écriture de sa propre autofiction. Non merci, serions-nous tentés de répondre au souvenir du premier chapitre, ouvert au suicide, justement, d’une lectrice présomptueuse qui s’est crue capable d’opérer seule à ce soulèvement… Appel moins à l’insurrection du reste qu’écho d’une fausse candeur postulant cet improbable mouvement de soulèvement comme salvateur. Que mille autofictions s’épanouissent… Comme si chacun pouvait courir la chance d’écrire avec le talent de chloé delaume et menacer du coup d’arrêt de mort son œuvre. Retour à la case départ, qui ajourne rétrospectivement la prise de pouvoir du lecteur, comme si tout le texte n’avait été qu’une mise en demeure du lecteur tenu de garder sa place. Le reste est littérature. Celle d’une souffrance qui «permet juste de se noyer avec grâce», à laquelle chloé delaume ne manquera pas d’offrir de nouvelles chances –un nouvel opus : le treizième reviendra et ce sera encore le premier… Il n’y a pas d’issue, quand il n’y a que soi pour seule issue au monde… Chloé Delaume ne le sait que trop bien. Et l’histoire de ses nombreuses morts et de ses non moins innombrables résurrections n’est en fin de compte que celle des prouesses langagières qu’elle doit accomplir pour durer. Ces notations désabusées, bien vues, bien dites, avec un peu de chair autour, tout entière au service du je me suis tant aimé, chloé delaume égrenant sans fin le nom de l’idiotie d’une souffrance dans les filets de laquelle elle compte bien prendre encore ses lecteurs à venir, et qui est le nom si incertain de l’empathie que sa demande d’amour ne parvient pas à épuiser. Qui nous ferait presque oublier que cette femme avec personne dedans n’est pas tant chloé delaume que cette jeune vraie suicidée qui attendait trop de la littérature. Comme quoi, avec l’autofiction, il ne faut pas en attendre tant… La Philosophie à la petite semaine…
Léna est agacée. Charlotte, sa grande sœur, monopolise la parole tous les soirs à la table familiale. C’est que Charlotte vient de commencer la philosophie au lycée, et se prend du coup pour Sophie… Entre la quiche et le jambon, c’est littéralement insupportable. Ça, Léna le sait. Qui se met elle-même à deviser savamment sur ce qu’elle sait et ne sait pas. Tellement de choses, qu’elle sait ne pas savoir… Encore que, se demande-t-elle, savoir qu’on ne sait rien serait encore savoir… C’est merveilleux, la philosophie ! Un soir, Charlotte leur plante l’allégorie de la caverne. Une histoire de bonshommes qui, découvrant sur le mur de la caverne leurs ombres, pensent qu’elles sont la réalité. Léna n’en revient pas : j’ai bien entendu ? Ton Platon ils posent ça comme hypothèse des crétins pas fichus de se tourner pour vérifier qu’il s‘agit de leurs ombres ??? Et Charlotte de prendre ses airs sérieux : c’est plus compliqué que ça. Ben voyons ! C’est comme si en regardant ma mère je me posais la question de savoir si c’est bien ma mère ou des fois pas un frigo… Un autre soir Léna a droit au cogito. Facile ! Puis Kant, avec sa morale à deux balles du mal qu’il vaut mieux ne pas se faire. Imparable, la petite sœur, face à la famille qui s’est mise en vrac à la philo avec de grands airs idiots. Car mine de rien, le bon sens d’une fillette de 8 ans tient sacrément la route face à nos penseurs de fond ! A lire de toute urgence à vos enfants, d’autant que les illustrations sont complètement géniales !
Philo à la petite semaine, de Rachel Corenblit et cécile Bonbon, éditions du Rouergue, 21 août 2013, Collection : A la petite semaine, 24 pages, 7,50 euros, ISBN-13: 978-2812605710.
La République contre la Démocratie, David Graeber
La Démocratie à la marge… Notre site politique. Aux marges, simplement, démagogiquement, piètrement... La France du XXème siècle : la brutalisation de la société
Trois leçons de Jean-François Sirinelli sur ce vingtième siècle charnière, aveugle, forcené. Trois leçons sur l’histoire d’une communauté nationale soudain emportée dans des jeux d’échelles qui la bousculèrent sans ménagement. Trois leçons passionnantes qui débutent bien évidemment en 14 pour nous livrer de la Grande Guerre une vision en tout point exemplaire, celle d’un historien qui s’est attaché non pas à compulser tout ce qui existait sur la question mais à tout ramener dans le giron du vivant pour nous donner à éprouver la chair d’un monde dont les soubresauts ont parcouru de part en part notre histoire commune. Il vaut la peine de l’entendre évoquer ce que fut la réalité de cette guerre tellement fondatrice, tout comme de réaliser l’égarement des élites, incapables de comprendre les processus à l’œuvre et répondant à une guerre techniquement nouvelle (le canon, la mitrailleuse) par des stratégies héritées du XIXème siècle (l’assaut). Il vaut la peine de réaliser combien la conscience des hommes de l’époque était alors à mille lieux de comprendre ce qui se faisait jour, qui leur tomba littéralement dessus sans crier gare. 14-18 marqua l’entrée féroce, véhémente, de la société française dans un monde nouveau, dont l’empreinte est toujours la nôtre aujourd’hui : celle de sa brutalisation, qui pourrait bien nous recouvrir demain de son voile obscur.
Il y a pourtant dans l’exercice de l’historien un point qui mériterait quelques éclaircissements. Au fond, quand on regarde cette histoire avec des yeux neufs, force est d’en tirer d’autres conclusions que celles de Sirinelli. L’Histoire qu’il nous décrit n’est d’abord pas, comme il aimerait le croire, celle d’une communauté nationale effective. C’est celle d’une communauté décrétée par des élites qui ne se souciaient que très peu de l’héritage culturel et politique réel du pays. Rappelons que l’unité linguistique de le France n’était pas même établie en 14-18, et qu’elle mettra encore bien des décennies à s’opérer, non sans mépris à l’égard des cultures qui traversaient l’espace français. Notons aussi que sa géographie était celle d’un empire refusant d’assumer ses diversités. La densité de cette histoire, Sirinelli veut la saisir à juste raison dans sa dimension politique, évoquant le nombre invraisemblable de régimes politiques qui se sont succédés en si peu de temps. Une République, certes, mais d’à peine plus de quarante années en 14, sombrant bientôt dans le régime de Vichy, moins une exception pourtant que l’aveu d’un fil conducteur traversant souterrainement la vie politique nationale et que l’on peut envisager sous les traits d’une lutte incessante des élites pour la reconquête d’un pouvoir que les peuples de France lui disputait. Les aménagements successifs qui auront conduit à des changements de régimes n’auront au fond été que l’expression de la volonté des élites à confisquer cette souveraineté populaire. C’est celle, in fine, de la longue et constante trahison des clercs, poussés par une communauté qui a fini plus ou moins par faire corps, pour lui opposer des réponses parfois brutales, parfois sophistiquées (qu’on examine sous cet angle la Constitution de la Vème république et l’on verra bien de quoi l’on parle ici), mais convergeant toutes dans la même direction : celle de l’empêchement démocratique.
| LA FRANCE DU XXe SIÈCLE, 1914 À 1958, UN COURS PARTICULIER DE JEAN-FRANÇOIS SIRINELLI |
, HISTOIRE DE FRANCE - LA COLLECTION FRÉMEAUX / PUF, JEAN-FRANCOIS SIRINELLI, Label : FREMEAUX & ASSOCIES, Nombre de CD : 4.
Le Parlement des Invisibles, Pierre Rosanvallon
Des déchirements décisifs sont en train de se produire dans la société française. Valls, après Sarko, y travaille sérieusement, tout comme Hollande, et les uns et les autres nous conduisent au point de rupture, pariant cette fois encore sur la poussée du FN pour éviter le spectre de leur chute commune. Je parle de l’UMPS, cette formule si détestable mise au point par le FN et qui finit par refléter la réalité de notre situation politique. Pour Rosanvallon donc, le symptôme, c’est la poussée du FN dans l’électorat français. Admettons, sans omettre toutefois de noter au passage qu’il ne condamne en rien la droitisation des partis de gouvernement. Le remède qu’il nous propose est plus trouble. Le pays ne se sentirait pas écouter, écrit-il. A tout le moins… Il y a un gap cependant, entre l’expression d’un sentiment et la réalité d’une Nation pas écoutée du tout. Et cette réalité est nôtre, cher Rosanvallon. Le pays, en outre, ne se sentirait pas représenté. Et là encore, force est de relever cette distance prise par l’historien avec une réalité qu’il se refuse à analyser : car en vérité, le pays comme il dit n’est pas représenté. C’est bien là que le bât blesse… La situation serait donc alarmante. A tout le moins, nous serons d’accord sur ce point. Pour y remédier, Rosanvallon propose une… collection de livres… édités au Seuil, une maison d’édition non pas militante mais commerciale, et plus ou moins sous sa houlette… Une collection qui donnerait enfin corps aux «voix des invisibles», à cette complexité, à cette diversité que la France est devenue. Une collection qui, à elle seule ou peu s’en faut, parviendrait à redonner un souffle de vie à la notion de «peuple», celle-là même dont il avait naguère fait l’objet de son livre : Le Peuple introuvable.
Rosanvallon aurait-il donc fini par le dénicher ? Rassurez-vous : non. Il n’a trouvé qu’une niche éditoriale avec cette collection posée péremptoirement comme ambitieuse. Sans dire un mot sur le processus des choix éditoriaux. Sinon qu’elle serait très vaguement appelée à donner la parole aux invisibles et que cette simple prise de parole (est-on en 68 ?) suffirait à redonner de la vigueur à la démocratie française… Car la fonction de cette collection serait de construire une sorte de «Parlement» des invisibles… Quelle formule ! Un «parlement», mais pas un mot sur la Constitution de la Vème République, taillée pour assurer à une oligarchie sa dérive bien cordiale… Pas un mot non plus sur le pouvoir politico-médiatique tel qu’il s’est affirmé aujourd’hui. Certes, ce n’est pas une mauvaise chose que de vouloir libérer un peu cette parole des oubliés. Oui, il y a bel et bien une coupure entre le pays légal et le pays réel, comme l’écrit Rosanvallon, faisant curieusement référence à la phraséologie des années 30, si noires, si fascisantes. Certes encore, il y a bien une critique de l’électoralisme qui réduit la démocratie à une fiction et confond majorité de principe et majorité sociale. Mais le doute nous prend lorsque de nouveau Rosanvallon, qui se refuse à pousser trop loin sa critique politique de la société française, nous ressert son vieux plat réchauffé du Peuple introuvable, en le travestissant cette fois sous les allures d’une société qui serait devenue « illisible »… Et là encore, pas un mot sur la fabrique politico-médiatique de cette illisibilité. C’est que Rosanvallon tient à sa nouvelle marotte : puisque la société est illisible, il faut la rendre dicible et lui la rendra dicible. Certes, il y a quelque logique derrière tout cela : avant de fonder une nouvelle narration capable de rendre compte de ce que la société française est devenue, il faut l’entendre cette société. Mais qui prétend être en position non seulement de l’entendre, mais d’en rassembler le dire ? Il faut «ouvrir» la parole, affirme Rosanvallon. Mais… Est-il donc sourd à ces paroles qui fusent déjà de toute part ? On le dirait bien… Au fond, la seule chose qui semble compter à ses yeux est de pouvoir placer la bonne formule du jour : il faut aller vers une «démocratie narrative»… La belle affaire… Les socialistes de pouvoir n’ont cessé, avant les élections, de nous rebattre les oreilles avec leur formule pas moins mystifiante de «démocratie participative ». Une expression vide de sens politique dans les faits. Une formule démagogique destinée à confisquer le pouvoir souverain. Sans doute, l’initiative d’une telle collection n’est-elle pas à jeter, toute, aux orties. Il y a, il y aura des textes intéressants publiés dans cette collection.
Vraisemblablement. Et après ? Imagine-t-on Rosanvallon parcourir la France en quête de paroles ? D’autant qu’il campe sur des présupposés on ne peut plus contestables, comme celui de l’individualisme constitutif de la société contemporaine, calqué sur les formes qu’il a prises dans l’univers post-bobo des élites françaises... Son chapitre sur la question du travail, de la production et de la transformation de la classe ouvrière en témoigne, qui vaut son pesant de cacahuètes, Rosanvallon semblant oublier la précarisation et la paupérisation effroyables qui sévissent aujourd’hui en France. N’écrit pas La Misère du monde qui veut en quelque sorte… Son parlement des invisibles, tout de même, est sans doute à prendre comme un symptôme de plus que notre société craque de toute part et se cherche une voie politique nouvelle. Et là où finalement Rosanvallon la résume à des susceptibilités qu’il faudrait écouter sans rien changer aux institutions politiques de cette vieille machine à défaire la démocratie, il faudrait ancrer une vraie révolution, notre seule issue quand on y songe. La Femme aux chats, Guillaume Le Blanc
Karine est contrôleuse des impôts. Non. Sa vraie vie est ailleurs : elle élève des Sacrés de Birmanie, qu’elle vend. Sans en tirer aucun bénéfice. Juste de quoi rentrer dans ses frais et poursuivre son activité, le lieu même de sa réalisation. Un art. Quand l’emploi désormais n’apporte que l’alimentaire. Les sacrés de Birmanie ont même envahi toute sa vie. Et sa maison a dû être repensée pour les accueillir. Non pour soigner l’impossible relation humaine. Non par substitut, mais pour vivre une autre vie. Et ce faisant, Karine est comme aux avant-postes d’une société différente. D’un monde qui serait en train d’arriver. Elle a donné corps à sa passion, au point d’avoir fait éclater les contours de son identité sociale. Aventurière d’un monde sans marché, loin de cette économie de l’argent qui nous gouverne, elle a su mener sa vocation et les siens bien loin du mercantilisme affairé qui dirige toute notre société. C’est là que le portrait de Guillaume le Blanc paraît le plus faible. Peut-être aurait-il été préférable de convoquer un anthropologue pour penser cet «avant-poste» qu’il évoque, pour mieux établir ce qui, dans cette aventure, soutient décisivement l’être plutôt que d’en construire les significations trop tôt. Car à bien écouter Karine, on découvre qu’au fond c’est tout son modèle économique qui est au fondement de cet être nouveau qu’elle défriche. Et non une quelconque méditation sur l’être auquel le chat ouvrirait. Avec elle, on entre dans une autre économie : humaine, au sens où un David Graeber pourrait l’entendre. Une économie non pas soucieuse d’accumuler des richesses sonantes et trébuchantes, mais de créer du lien et du sens social avant tout, pour redisposer les êtres les uns en face des autres. L’argent que demande Karine à ses acheteurs est d’abord une monnaie sociale. Une monnaie d’échange qui témoigne de quelque chose de beaucoup plus sérieux que le simple règlement d’un solde. Pour preuve, ces contacts qu’elle noue avec ses acheteurs, qui entrent dans le réseau des sacrés de Birmanie qu’elle anime. C’est que Karine ne vend pas ses chats à n’importe qui, pour n’importe quelle raison. On est dans une économie humaine où la monnaie sert essentiellement à des fins sociales. Elle le dit elle-même : autour de ces sacrés, c’est toute une sociabilité qui s’est mise en place. Un réseau où chacun est unique et d’une valeur incomparable. C’est cela l’important dans cette aventure. Le chat n’est pas transformé en objet d’échange, mais introduit dans un réseau de relations où sa vie prend sens. Il faut entendre longuement Karine en parler pour le comprendre et comprendre à ce moment-là seulement que le chat ouvre en effet à l’être, mais parce qu’il a été d’abord l’objet d’autre chose qu’un négoce. Et dans cette sociabilité, pareillement engagé, il a bien certes signé quelque chose comme la fin des territoires de l’humain en faisant entrer un autre genre dans la maison pour ouvrir la relation à l’autre à quelque chose de plus décisif et chaque identité à une construction plus précaire, mais voulue, assumée, décidée. Pour une planète équitable, Marie Duru-Bellet
Il y a urgence. Tout le monde s’accorde sur ce point. Mais urgence pour une justice globale en fait. Et c’est bien là le problème : jusque-là les discours se centraient sur l’urgence écologique. Le réchauffement climatique. L’approche, systématiquement, évitait soigneusement d’élucider les liens que les inégalités sociales pouvaient entretenir avec cette urgence purement –on le prétendait- écologique. C’était à peine si l’on consentait à affirmer que l’empreinte écologique des pays riches était abusivement élevée. La Chine ouvrait le bal de la déculpabilisation, les nations pauvres polluaient décidément bien davantage et l’avenir qu’elles nous dessinaient paraissait bien sombre. Mais nul n’avait songé à étudier le lien qui existait entre les inégalités sociales et l’écologie, nul n’avait étudié vraiment l’impact non pas des pays riches, mais des riches sur les conditions de vie des pauvres et par ricochet sur leur empreinte écologique. Etude délicate à mener, tant les données qu’il faut prendre en compte sont nombreuses et peu aisées à spécifier. Que prendre en compte ? Que comparer ? Qui comparer ? On pouvait certes et depuis belle lurette, comparer les ressources disponibles : santé, éducation, voire dans le détail, la consommation d’eau par exemple. Mais cela revenait toujours à mettre dans le même sac des pays riches toutes les populations concernées. Voilà donc une synthèse intéressante qui nous est offerte, détaillant les conditions de mesures de ce lien entre les inégalités sociales et l’urgence écologique. Comme toutes les études actuelles qui portent sur les inégalités, les conclusions ne surprendront pas : force est tout d’abord de constater qu’elles sont aujourd’hui, et au niveau mondial, plus importantes qu’elles ne l’ont jamais été. Les écarts entre les pays s’accroissent et au sein de ces pays, entre les riches et les pauvres. Ces écarts donnent même le vertige sur l’état réel de l’humanité à la surface de la planète. Avec en supplément cette constatation de taille que la cause du décrochement des pays pauvres est provoquée par… la mondialisation. La dégradation des termes de l’échange est de ce point de vue terrible : ce qu’on observe, c’est la baisse continue des prix des produits exportés par les pays du Sud, baisse qui ne profite en rien aux pauvres des pays du Nord : les denrées agricoles, par le biais de spéculations criminelles, ne cessant de voir leur prix augmenter… Les pauvres des pays les plus pauvres paient la facture. Tout comme à l’intérieur des pays les plus riches, les classes moyennes et pauvres paient la facture.
La FAO souligne du reste depuis de nombreuses années maintenant que les pays africains en particulier ont été appauvris par cette mondialisation. Et lorsqu’on regarde de près comment les choses se passent, on est bien obligé d’avouer que le marché n’a de libre que le discours. La libre concurrence n’est qu’une rhétorique commode pour nous faire passer la pilule de notre paupérisation forcenée. Les règles de fonctionnement du marché dit libre sont en réalité fabriquées par les états occidentaux pour satisfaire l’appétit de quelques multinationales goinfrées de bénéfices. De l’aveu même de la Banque Mondiale, les marchés financiers entraînent désormais une volatilité des capitaux qui saigne littéralement les économies des pays pauvres. Aux yeux de la même institution, la politique du FMI (merci à leurs dirigeants français qui ont su maintenir un cap pareillement criminel), empêche l’essor de l’emploi dans ces mêmes pays. Seule crainte des puissants : le péril inégalitaire qui se profile à un horizon plus proche encore que le péril écologique… La mondialisation n’a fait qu’attiser l’exaspération des pauvres. Une étude menée récemment par la Banque Mondiale s’en inquiète : ces pauvres en question sont désormais conscients de la réalité de ces inégalités. Et la première réponse que cette étude révèle est celle du désir d’émigrer. 50% des habitants des pays du Sud le souhaiteraient, conscients qu’ils sont que naître chez eux est voir le jour dans une prison… On comprend mieux alors pourquoi les discours sur l’immigrations se sont tendus dans la bouche de nos politiques. Pour le reste, la Banque Mondiale s’inquiète aussi de voir ces inégalités provoquer des révoltes et le développement d’économies parallèles, fortement mafieuses. Plus réjouissant : une étude de 2003 affirme explicitement que ces inégalités sont un frein à l’efficacité globale du capitalisme (rapport Banque Mondiale 2003). Et qu’en outre, la croissance n’y changerait rien : elle ne profite qu’aux riches… D’autres institutions mettent elles en avant le lien qui existe entre ces inégalités et l’empreinte écologique, nous obligeant à nous poser enfin la question des droits face aux ressources globales de la planète, en particulier face aux cataclysmes qui se profilent inévitablement : quel niveau de protection pour les peuples démunis qui devront demain affronter de nouveaux tsunamis ? A leurs yeux, le seul moyen d’avancer sereinement passe par la… décroissance des riches. Nous disposons aujourd’hui de la possibilité matérielle d’éradiquer la misère et la pauvreté concluent nombre d’experts. Seule fait défaut la volonté politique de le faire.