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La Dimension du sens que nous sommes

poesie

Alimentation générale, Daniel Biga

8 Avril 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #poésie

Alimentation générale, Daniel Biga

Le pourquoi d’écrire résonne des interrogations de Virginia Woolf sur la question. Un arbre repousse-t-il quand on lui a coupé toutes ses feuilles ? Alimentation générale… Qu’est-ce qui compte vraiment ? C‘est comme faire ses courses dans un supermarché. Tout y est tellement tentant. Ou rien. Trop. Trop de breloques, d’artifices, de faux besoins dans cette quincaillerie générale. Le ton est familier, volontiers désinvolte. Le temps passe et la vieillesse arrive toujours si vite, qui ne laisse rien dépasser du passé, qui explique peut-être, rétrospectivement, l’effort d’avoir voulu lui échapper, le désir de s’y soustraire en rédigeant ces poèmes qui nous retiennent tant les uns sur le bord des autres… Jouer des mots dans l’innocence feinte d’un dire puéril. Convoquer encore la grande affaire sociale pour la parer d'un bibelot littéraire : SDF, ces « gouverneurs de la rosée », vision idyllique sinon bourgeoise, le tout juste assez dans le ton repoétique, comme un voyage inaccompli dans un chemin de broussailles…

Alimentation générale, Daniel Biga, Editions Unes, 2ème trimestre 2014, 66 pages, 16 euros, isbn 13 : 9782877041546.

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Contre les bêtes, Jacques Rabotier

1 Avril 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #poésie

Contre les bêtes, Jacques Rabotier

Comment faire disparaître toutes ces bestioles qui encombrent inutilement la surface de la terre ? Certes, on s’en est bien occupé déjà. Mais combien de tigres encore, qui ne servent à rien sinon à l’amusement des enfants le dimanche au zoo ? Les zumains semblaient pourtant fortiches en extermination, des zumains moins zumains par exemple. Un massacre au Rwanda, un autre en Palestine… Tenez, regardez comment on a exterminé les amérindiens. C’était un bon début déjà, non ? Liquidés les Cheyennes, les Cherokees, les Creeks. On en a fait des marques de godasses ou des noms de voiture de luxe, genre 4x4 à dépouiller ce qui nous reste d’air. Pour les indiens, on avait compris qu’il fallait commencer par leurs bêtes : exit les bisons. Plus de bêtes, plus de sous-zumains… De son environnement, «l’omme» a fait son environ. Strict pourtour. Reste à virer les environs et le boulot sera achevé. Qu’est-ce qu’on attend ? Plus de forêts, plus de loups… La civilisation, c’est l’histoire de la transformation du vivant en corvéable, opprimable, égorgeable. L’homme est comme ça : né prédateur, y compris de lui-même. C’est dans sa nature. Qu’il prédate donc en paix. Fuck les faucons ! Et les lucioles, «qui foutent rien », sinon bouffer et se reproduire. Pareil les vers luisants. Comptent trop sur l’Univers Providence ceux-là. Pas des gagnants, incapables qu’ils sont de comprendre que le monde a changé. Faut pas s’étonner s’ils disparaissent ! C’est comme les tigres : feraient mieux de se reconvertir, créer leur propre marché de peau de tigre au lieu de laisser les autres s’en occuper. Ils n’ont qu’à faire comme les zumains : se bouffer entre eux. Mais les bêtes sont bêtes, elles ne pensent pas ces opportunités. Nous, les Fils-de-…, on sait ça. C’est pour ça que le monde nous appartient. A l’abattoir donc, les bêtes ! Y’aurait plus «d’omme» à la longue ? Bah, de toute façon y’en a trop. On sait ça : trop de travailleurs, trop de jeunes, trop de vieux. Il faut tout reprendre à zéro. On l’aura compris, c’est super drôle, et super décapant !

Contre les bêtes, description de l’omme, prologue, de Jacques Rabotier, éd. Harpo &, coll. La Pliade, septembre 2004, 13,50 euros, isbn : 978-2913886407

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PRAGUE, de PETR KRAL

28 Mars 2015 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

kral.jpgDe ruelles en placettes, Petr Král dresse l’inventaire de l’intimité feutrée d’une ville à bien des égards inaccessible.
«Prague tout entière tient peut-être dans cette plainte commune du métal et de la pierre, qui simultanément la résume et l’annonce comme une ville à venir».
Capitale à fleuves et collines, cette ville naturellement baroque s’offre au visiteur dans l’exubérance de ses formes.
Elle est comme un  joyau nous invitant à frôler son essence, partout et comme toujours à portée de main. Mais cette essence ne cesse de se dérober. Tout comme son centre, partout possible dirait-on : de la Place de l’Horloge aux rives de la Vlata. Le centre de l’Europe n’aurait-il pas de centre ?
Du pont Charles à la place Venceslas, un souffle passe sur ses toits de schistes et de nacres que l’auteur restitue. Avec toujours l’écho d’une scène burlesque. Hašek est tout près, ou bien Kafka, tempérant son image d’un grand rire cristallin. Mais où la saisir ? Král nous promène dans ses coulisses, arpente des lieux insoupçonnés. Gravissant l’envolée d’un escalier, il paraît livrer sa formule définitive : quelque square de buissons frileux, frémissant en marge des rails et de la ville. Mais non : il faut se perdre encore pour toucher au plus vrai. L’intimité pragoise ne se dévoile qu’en s’y perdant par temps de nuit, l’hiver, quand l’atmosphère floconneuse nous la dérobe à la vue. Car ce plus vrai n’est autre que la littérature, que Petr Král saisit à la faveur de cet écart incomparable du grand poète qu’il est.
Je me rappelle son séminaire à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il était l’un des ces Professeurs associés qui n’aurait pu, dans le climat délétère de la France du début du XXIème siècle, se voir offrir une chaire d’où parler intimement de l’Autre Europe et nous éveiller à un timbre plus rare et plus précieux que celui de l’inculte caquet des faiseurs de patrie. Intelligent, curieux, volontiers disert sans sombrer dans la suffisance d’une science barricadée de certitudes navrantes, il écoutait longuement ses étudiants venir du monde entier débattre auprès de lui de l’honneur de l’Esprit. Esprit que, dès lors qu’il était levé, Petr Král
obligeait à suivre jusqu’au bout.


Prague, Petr Král
, éd. Champ Vallon, coll. Des Villes, avril 2000, 116p., 11 euros, ISBN-13: 978-2876730021

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Gens de peine, Foglia

27 Mars 2015 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #poésie

Gens de peine, Foglia

Les chevrotants, les désolés, ceux qui ne savent, les bafoués, passés sous silence. Gens de peu, gens de rien, perdus entre les mots qui les énoncent. Un phrasé fort, heurté, homophone pour évoquer ceux qui «boivent à coup d’oubli», ceux qui s’en sortent mal, toujours, et butent sur les mots comme le poème lui-même bute, se ramasse et se reprend. Ils sont des mondes pourtant, à crier misère sans parvenir jamais à être entendus. Des mondes que le poète nous donne à entendre plutôt qu’à écouter –ce serait parler pour eux. La phrase hachée, menue, malingre, percluse dans l’ombre de l’espoir, toujours une césure pour l’interrompre. A la ligne, donc, toujours ce renvoi où le poème tracte pour déguerpir du côté où le vers a déjà basculé. Parfois un mot, un seul, avant cette bascule, si chétif qu’il peine à tirer jusqu’au point de fatigue. Le tout pourtant évoluant lentement vers cette colère de l’auteure contre le mutisme des gens de rien, leur peu de révolte qui semble devoir toujours se retourner contre eux. «Ces Dénommés» qui ne naissent pas mais sont mis bas dans cette syntaxe terrible, au lexique inhumain. Poésie élémentaire, imminente, tant elle se tient comme sur le bord de ce qu’elle observe, ces gens de peine qu’elle peine à dire –car ce serait leur voler leur peine que de les dire sans reste.

Gens de peine, Foglia, Nous éditions, coll. disparate, mai 2014, 112 pages, 12 euros, isbn : 978-2-913549-99-9

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Je suis debout, Lucien Suel

19 Mars 2015 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

 

lucien-suel-debout.jpgCut-up. Et puis toutes les formes possibles de l’art poétique pour évoquer d’abord les paysages du Nord, des terrils aux bocks de bière, de la Beat génération à la génération sms. Recueil inauguré par de la prose : les mines de charbon comme une histoire que l’on pourrait, que l’on devrait raconter, tenir, penser. Et bien au-delà, les corons de Transvaal, les mines du roi Salomon ou celles de Johannesburg, tous les crassiers du monde convoqués, Dylan pour mémoire : «How many years», etc. … Schiste rouge, schlamm noir, on tourne la page et le poème s’écrit en pyramide, le terril lui-même, monument de papier avant de revenir au récit de l’antan ouvrier, les rails disparus, l’acier démonté, fondu, recyclé. Avec tout autour la vie disparue, celle des usines, des bars, du cinéma de quartier.  «Le terril est devenu un temple maya fréquenté par des lapins». C’est superbe, jamais gratuit, ludique et grave, prenant, poignant, profond et impalpable, pesant de tout son poids de conscience sociale. Avec en arrière-plan désormais un paysage recouvré en espaces de loisir qu’il se refuse à abandonner. Les formes du dire démultipliées pour raconter ce qui n’est plus, tenter de faire ré-advenir à l’être une émotion, alors que les autorités n’ont songé qu’à déblayer le terril pour combler les ornières des routes inutiles. Plus loin la liste des mineurs morts dessous la terre, le rock en arrière-fond, comme leur écho rebelle. Lucien Suel déambule. Sa vie, ses lectures, Bukowski en sonnet, Guy Debord, insatiable promeneur. De l’humour à revendre qui ouvre aux libertés que le langage autorise, creusant l’âpre d’un mot, le gourmand d’une rime, la fébrile fissure du poème laissant derrière elle cette longue traînée dont nous ferons ou non une émotion. Tout une vie plus qu’un monde, à observer les choses dans leur heureuse cacophonie.

  

Je suis debout, Lucien Suel, La Table ronde, coll. Vermillon, mars 2014, 150 pages, 16 euros, isbn : 978-2710370796.

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Bagdad mon amour, Salah Al Hamdani

16 Mars 2015 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

 

salah-al-hamdani.jpg«En moi s’élève soudain un désert vagabond»… Poète irakien, dramaturge, Salah Al Hamdani a fui l’Irak de Saddam en 1975. Avant, hier, d’y retourner. Mais il était trop tard déjà : sa vie s’était défaite plutôt que faite, ailleurs. Poèmes d’exil ? Oui et non pour ce témoin des tragédies incessantes qui ont émaillé notre histoire contemporaine, méditant sur ce qui le rattache au monde (l’écriture). Loin de nous pourtant, qui habitons les mêmes matins dans ce Paris où lui-même vit depuis près de quarante ans. L’exil ? Sa condition. Une double peine peut-être, puisqu’en exil dans son propre pays désormais. N’en reste parfois que ces bouts de poèmes. Si peu à dire, trop à dire.  Ce qui frappe dans cet opus, c’est ce chemin parcouru en vain dirait-on. Avec toujours L’Euphrate comme un rêve obsédant, même aujourd’hui penché sur son cours. Comme si le temps n’avait rien changé à son émotion du départ. Il avait vingt-quatre ans alors, il quittait Bagdad, pour s’avancer dans une espérance inutile. Une solitude. Qui enchaîna tous ses désirs à son balancement maudit. L’amour ligoté lui-même, en contrepoint de l’exil, à l’espérance folle que la vie pourrait être autre. C’est presque du Ronsard à conter les pieds nus, l’élégante rosée, retrouvant la sensualité de l’antique poésie musulmane. Bagdad. Comme une blessure qui ne s’est pas refermée. L’Irak d’aujourd’hui plus inaccessible encore depuis que les Etats-Unis prétendent l’avoir libérée. «Qu’écrire, menotté au vide ?» C’est précisément le drame de Salah Al Hamdani : quarante années d’une longue agonie, où composer avec l’énorme cadavre de ce vide qu’est l’exil.  En lisant ses poèmes, on se rend compte alors que tout son parcours se sera déroulé dans une tête d’épingle avec pour seule vraie histoire, trente livres publiés. L’exil est un habitus qui ouvre sur le néant, Bagdad accroupie dans un coin de la page, quand le retour n’est plus possible. Sans doute le plus poignant de cet opus, quand le poète le réalise après un voyage en Irak. «Trente années de givre dans l’écriture».

 

Bagdad mon amour, suivi de Bagdad à ciel ouvert, Salah Al Hamdani, préface de Jean-Pierre Siméon, éd. Le Temps des cerises, mai 2014, 214 pages, 15 euros, isbn : 978-2-370-710055.

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Elle va nue la liberté, Maram al-Masri

13 Mars 2015 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

 

Maram-al-Masri.jpgSyrienne, exilée, loin de cette révolution avortée, saisie par sa clameur virtuelle l’auteure témoigne, hurle, d’ici, de France, ce là-bas empoigné par le carnage et la souffrance qui n’est plus perceptible qu’à travers les images qu’en diffusent les réseaux sociaux.

«Nous, les exilés, rôdons autour de nos maisons lointaines».  Jour après jour elle raconte les images de Syrie en boucle sur youtube, ses longues heures de deuil suspendue à facebook. Images de l’horreur, un quartier de son enfance soudain rasé par les chars du dictateur. Carnet intime de la douleur, elle témoigne du fracas qui là-bas fauche les uns après les autres ces gens ordinaires devenus subitement les héros d’une révolution dont l’occident ne voulait pas. «Comment rester vivante sans parler de vous, victimes de la lutte pour la liberté en Syrie ?». Elle raconte ses nuits blanches suspendues dans le vide des flux chaotiques des réseaux sociaux. Elle raconte ce lien fragile aux siens restés là-bas. Des images, des bras pendus des cris des femmes le halètement d’un peuple sous la mitraille et le courage hallucinant de ce même Peuple debout dans la rue sous les bombes d’un pouvoir aux abois. Que faire, loin du théâtre des opérations ? Subir ces images qui d’un coup ont envahi sa vie, cercueils déposés par milliers sur l’écran de son ordinateur. Comment redonner voix aux enfants de Syrie qu’elle aperçoit courir sous le shrapnel ?

«Notre patrie est devenue facebook». Il y a quelque chose de poignant dans cette volonté de rester présent aux siens exposés à l’atroce. «Au loin la patrie mise à mort». La Syrie. Des nuits entières à veiller Facebook. Youtube. Avec juste cette matière poétique, au sens le plus fort du terme, sous laquelle subsumer sa propre réalité.

 

Elle va nue la liberté, Maram al-Masri, éditions Bruno Doucey, bilingue, mai 2013, 122 pages, 15 euros, isbn : 978-2362-290497.

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LTMW, Laugier

12 Mars 2015 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

 

laugier_ltmw.jpgOnce upon a time –tant qu’il reste à dire. Au plus près de la mémoire la vision d’une robe flottante, la sienne, celle des raisons d’écrire sauvées par les hanches qui balançaient dessous. Le pas dansé, chaloupant comme une vision du monde. De quoi s’agit-il ? D’une lettre. D’une voix seule. Solitaire désormais. Qu’il faudra bien reprendre, qu’il faut reprendre sans cesse pour qu’elle ne retombe pas dans le mutisme de l’adresse disparue. Accessoirement, pour qu’elle se fasse entendre et touche à quelque chose de plus essentiel. D’une voix qu’il faut entendre à coup sûr mais que son style ne prédispose pas d’emblée à son écoute. D’une voix, si l’on veut bien entrer dans le poème. Nous contant un sourire. Les lèvres surtout. Cet impossible du monde réel. Concupiscentes. Avec ces petits mots étranges qu’elles proféraient. De lèvres, autant dire de la chair disparue dont l’auteur parie ce rendre compte. Non pas exact évidemment. Et pas seulement parce que le réel aurait fui bien loin de tout accès à sa matière concrète. Ni non plus parce que les mots au fond n’y ouvrent que bien peu. Encore que. Mais ici moins que d’ordinaire. Compte plus ou moins impossible à rendre donc, pour nous lecteur.  Fatidique (le lecteur). Car que serait le poème sans lui ? Une histoire obsédante, un film en super huit que l’on n’aurait jamais tourné. Alors des bribes où accrocher l’autrui qu’il forme. La route d’Uzès. Qui fonctionne peut-être comme l’ouïe des poissons quand brusquement un jour on en a pris conscience et qu’on a réalisé enfin que ça passait par là chez eux la respiration. On y est dès lors arrêté moins que l’on ne s’y arrête. Et désormais tout tourne autour de ce qu’il y a d’impossible à le raconter. Emi. Le Rhône en barque lente. Emi nage et plonge et sous l’eau poursuit des algues. Là où très précisément je suis enfin entré dans ce poème, dans son silence, dans l’évidence de l’au-delà des mots que seuls les mots inaugurent. C’est pour cette poursuite que j’ai prolongé ma lecture. Insisté. Que dire de l’aimée ? Quelles phrases construire qui ne seraient pas péremptoires ? Des images. L’enfance de la lecture muette au soir des osselets tenus d’une main ferme contre soi. Menue possession enfantine. Mais l’enfance ne peut durer. Aimer. Cette mythologie a la tâche rude. Les mots reviennent, tournent en rond, récidivent. Récurrent : le cheval, le labeur, la main, la robe, un déhanché qui balafre «l’enfance de sa robe», comme prise dans la lenteur de tout. Princesse, «Nous marchons de nuit» sur des chemins qu’on nous assure de vie. Mais seul le poème est immense, proféré dans l’infinie vacuité du temps révolu.

 

LTMW, Laugier, éd. NOUS, coll. Disparate

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Le premier arrondissement, de Frédérique Guétat-Liviani

4 Novembre 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

 
frederique-guetat-liviani.jpgUne révolte contre un projet de Loi, un licenciement et tout bascule. Nul ne voit le drame. Les choses passent, arrivent les gens. Les faits s’estompent. Sur quoi réfléchir ?  Que rien ne s’arrête jamais ? Que rien ne fasse jamais événement ? Depuis ce présent fini, le passé s’organise en mémoire venant clore un premier poème d’une liste qui désormais s’ouvre au souvenir.  En toile de fonds, une guerre. Non l’objet du poème, mais son écho au sortir des jeux de l’enfance. De poème en poème pourtant cette guerre se fait pressante. En rappelant d’autres et leurs conséquences, ce poids d’exode, d’exil, de déplacements sinon de déportations qui les ponctue sauvagement. Impressions premier arrondissement, au temps où les imprimeurs de quartier existaient encore. Derniers témoins d’un monde révolu, ultimes voyants peut-être. On croise dans les vers de l’auteure quelques russes égarés, un chauffeur arménien, un vieux rabbin. Aller-retour passé, présent. Elle voyage : Le Printemps des poètes. Chose fragile plutôt que mondaine. Et convoque les rafles que l’enfant dut subir. La guerre, toujours, cette fois celle d’Algérie. Les terres confisquées par les français : "Je dis les français comme je dirais les allemands", fouillant aux côtés des algériens brutalisés la mémoire juive de brutalités identiques. Elle dit alors ces "déplacements" qui affectent les petites gens. Et leur révolte. «Je dis le Peuple Algérien», car un «pays qui se soulève forme un peuple». De Beyrouth à Bagdad, cette cruauté d’un monde résolu à organiser sa violence contre les pauvres, éternelles victimes.
 
 
Le premier arrondissement, de Frédérique Guétat-Liviani, éditions Sitaudis, septembre 2013, 122 pages, 13 euros, ISBN-13: 978-1291522938
 
 
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Monsieur Mandela, sous la direction de Paul Dakeyo

16 Juin 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

 
soweto-juin-1976.jpgMercredi 16 juin 1976. 8 heures du matin. Devant l’école Morris Isaacson, les élèves se rassemblent pour manifester contre la décision inique de Pretoria d’imposer l’afrikaans, la langue de l’apartheid depuis 1949, dans l’enseignement de l’histoire, la géographie, les mathématiques. Les élèves du lycée technique de Phefeni, en grève depuis trois semaines, les rejoignent. Ensemble, ils veulent investir le stade d’Orlando, marcher dans Soweto. La police quadrille les rues, lâche les chiens sur les enfants et, débordée, finit par tirer à balles réelles. Le premier enfant tué à 13 ans. Il se nomme Hector Pieterson. Assassiné dans le dos. Un photographe, Sam Nzima, prend l’image de d’Hector agonisant dans les bras de l’un de ses camarades : Mbuyisa khubu. On relèvera ce jour-là 575 morts. Des enfants. Un massacre. Un massacre d’enfants. Un massacre que Paul Dakeyo ne pourra plus jamais oublier et qui traverse de part en part la mémoire de cet hommage rendu à Monsieur Mandela. Un hommage qu’une cinquantaine de poètes déclinent, essentiellement francophones. Des voix que nous ne savons pas entendre d’ordinaire, de Côte d’ivoire, du Cameroun, de Mauritanie, du Congo Brazzaville, des voix habituellement tues par le glacis éditorial et médiatique. Des voix francophones pour faire entendre derrière le nom de Mandela l’immense révolte de l’Afrique noire. « Madia, Madiba. C’est la chanson des Zulus et des Xhosas », comme l’écrit Amadou Tidjane Tamé (Sénégal). Mandela réapproprié par cette Afrique aux dimensions de l’univers, Mandela dont le nom résonne comme un écho puissant, un cri offert à l’épreuve, le nom des hommes qui ont rejoint le camp de la Justice, de ceux qui maintiennent encore l’élan moral d’une humanité à la peine. Et nous rappellent au passage cette place que le français aura occupé dans les révoltes populaires. Soweto ! Soleils fusillés, comme se rappelle Dakeyo, ces enfants assassinés par centaines. Des voix qui célèbrent cette jeunesse jamais anéantie. Cinquante poète pour chanter l’Afrique du Sud, devenue le paradigme des luttes pour la liberté. Dans un monde toujours en proie à l’injustice, de voix quis e sont faites guetteur de l’aube ou du dernier soleil, l’ancien royaume Zulu comme une porte ouverte sur un chemin de résistance. C’est quoi l’humanité ? La marche est à reprendre, toujours.
 
 
Monsieur Mandela, poèmes réunis par Paul Dakeyo, éd. Panafrika – Silex / Nouvelles du Sud, mars 2014, 368 pages, 20 euros, ean : 9782912717955.
 
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