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La Dimension du sens que nous sommes

poesie

Peste soit de l’horoscope, Samuel Beckett

24 Octobre 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

horoscope.jpgUn inédit. Poèmes écrits entre 1930 et 1976. Très peu en fait, assez pour ceux qui aiment Beckett. Assez aussi pour voir son style évoluer. Et admirer le dernier poème, quand Beckett n’a plus rien à prouver, qu’être, tenir, là où rien ne tient, dans ce paradoxe du langage que la poésie intrigue.

 

1930, Beckett loge pour quelques mois encore à Normal Sup. En une nuit il écrit Whoroscope pour participer à un concours, qu’il gagne. 98 vers sur la vie de Descartes, qui aimait son omelette faite avec des œufs couvés durant huit à dix jours… "deux ovaires battus avec du jambon de charme"… ça sent son dadaïste, poète carabin presque, espiègle, assurément.

 

Les autres poèmes sont d’une autre facture. Dont le dernier. Sublime de ce long calme, du long infime qu’il accueille, "aucun bruit longuement" à troubler la remontée du souvenir d’enfance. Là-bas, parmi les années d’errance, avec ses reprises anaphoriques qui n’ouvrent à rien, sinon marcher dans les pas de l’enfance où l’être affleure. Et puis se pencher sur le minuscule narcisse, si petit mais qui soudain a envahi déjà tout l’espace vacant.

  

     

Peste soit de l’horoscope, de Samuel Beckett, traduit de l’anglais et présenté par Edith Fournier, éd. de Minuit, novembre 2012, 7,50 euros, ean : 9782707322623.

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LE DERNIER NUMERO D'ACTION POETIQUE

16 Mai 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

action-poete---copie.JPGLe dernier numéro d’action Poétique vient de sortir. Une intégrale, comprenant un CD-rom donnant l’accès à la collection complète, de 1950 à 2012. 62 années de publication. Une somme. Qui prend fin aujourd’hui pour aucune mauvaise raison, ni financière, ni politique, ni moins encore idéologique ou intellectuelle. Mais aucune bonne raison réelle non plus. Sans raison particulière donc, si ce n’est celle de son initiateur à vouloir mettre un terme à 62 années de publications au service d’une certaine idée qu’il se faisait de la poésie. Le temps serait venu en somme, avoue Henri Deluy dans l’entretien qui en signe la préface. Peut-être la fatigue, la lassitude, semble-t-il avouer : il n’est plus aussi évident que par le passé de collecter des textes, susciter des écritures, fabriquer ou diffuser de la poésie en France. Une décision mûrie aux allures solitaires. La marque d’un homme ? Il y a de ça. D’une génération du moins, l’aventure inaugurée d’un retour de Tchécoslovaquie, d’une rencontre : celle de Gérald Neveu tout particulièrement, d’un engagement aussi, celui de vouloir changer la vie, changer le monde. Une aventure personnelle "très élargie" tout de même, conteste Deluy, en rappelant tous ceux qui l’ont accompagnée. Nombreux depuis Neveu et Jean Malrieu, depuis cette poésie d’immédiat après-guerre proche des révoltes, affirmant sa violence et travaillant la langue avec brutalité. Une génération très politisée. Basculant bientôt dans le goût de l’errance nocturne, de bar en bar, activistes des rues abjurées, des proférations brisées. Une génération qui a su pourtant se tourner vers les poésies étrangères pour retrouver un peu de ce souffle qui finissait par nous manquer. Changer de monde quand on ne peut changer le monde. Mais une génération ouverte à la diversité, poreuse aux expériences, méfiante des théories, des hégémonies, franche dans ses choix, de la Beat generation aux troubadours du patrimoine. Une génération sur le départ, s’effaçant plutôt que cédant sa place, à l’heure où revient aux nouvelles générations de créer leurs propres outils, comme le dit Deluy.

 

 

Action poétique, L’intégrale, dernier numéro, printemps 2012, avec 1 cd-rom comprenant l’intégrale 1950-2012, 304 pages, 21 euros, ean : 9782854632101.

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JE SUIS LA - poème de Mario Freire de Meneses

13 Mai 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

klein-anthropo-princesse-elena.jpgJe suis là, où je ne devrais pas être
 
Je suis là, ma Mère me regarde,
Curieuse, au-dessus de moi,
Aigle statufiée, distante et proche,
Sans un sourire.
 
Déesse lointaine
Venue de lointains paysages
Femme mystérieuse
Que je peux amener dans tous mes rêves
Mère, rêve d’enfant
Femme ciel découpé
Dans les lames 
D’une montagne douloureuse
Jamais je ne la saurai.
Mais son regard
M’a transmis le sel
D’une vie à côté,
La certitude
D’un corps droit
L’obstination
D’une tête haute.
 
Je suis là, où je ne devrais pas être
 
Anthropometrie-suite.jpgJe suis là, mon Père me regarde,
Sans questions, il me regarde.
Sûr, certain que je ne trahirai,
Sûr des chemins qui seront les miens.
Sans peine, sans chagrin,
Mon Père me regarde.
Ses larmes sont les miennes
Je partagerai avec lui
Le souvenir du lendemain
 
Je suis là, où je ne devrais pas être
 
Je suis encore dans les vers fugitifs
Dans les vers énigmatiques, purs
Sur le tapis du Rêve qui va partir
Vers l’Infini
Dans le mot que, faible, s’évanoui de peur
De peur de dire ce qu’il devrait dire
Et qui n’arrive pas à le dire
 
Je suis là, où je ne devrais pas être
 
klein-anthropo.jpgDans les yeux de l’assassin quand il tue
Dans la main de celui qui signe sa peine
Dans les muscles rageurs du policier qui frappe
Dans les doigts experts de celui qui torture
Dans la direction que le soldat a choisi
Pour envoyer la balle
Dans le sourire jouissif de celui qui humilie
Dans la bouche du chef qui envoie l’autre
Vers la misère
 
 
Je suis là, où je ne devrais pas être
Dans la voix de celui qui menace
Et qui par tous les moyens
Cherche à arracher la Vérité
Même si ce n’est qu’un mensonge
 
Je suis là, où je ne devrais pas être
 
Je suis quelqu’un de bien élevé,
De bonnes familles, cultivé,
Sympathiquement sympathique,
Aimablement aimable
 
J’ai déjà été la femme si sympathique
D’un politicien si prometteur
Qui ne promettait que du bien
Et Pour les riches
Et Pour les pauvres
Qui volait le plus possible
Les caisses de la Nation
Et
Qui ne sera jamais jugé
 
 
      anthropo.jpgJe suis là, où je ne devrais pas être
 
J’ai déjà été un fils sans Mère ni Père
J’ai déjà été riche et misérable
Courageux et peureux
Heureux et désespéré
J’ai déjà été aimé et détesté
Je suis là, où je ne devrais pas être
 
  
 
J’ai toujours été un autre que moi
     
 
images : détails, les anthropométries de Yves Klein.
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Les marches nazies de la mort -MIKLÓS RADNÓTI.

29 Avril 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

Radnoti.jpg«Va-t’en pour toi, quitte ta terre, ton lieu de naissance.» (Genèse, XII, 1).

Voilà comment, par cet ordre donné à Abraham, commence l’histoire du peuple hébreu…

«Il faut laisser maisons et vergers et jardins» (Ronsard), note MIKLÓS RADNÓTI dans  son carnet. Ne pas s’habituer. C’est pourquoi le thème de la marche est omniprésent dans la pensée juive : le peuple reçoit la Loi dans le désert où il erre quarante ans, puis, arrivé en Terre Sainte, il reçoit encore l’ordre de demeurer huit jours par an dans des cabanes. Et c’est pourquoi de nombreux maîtres prirent l’habitude de s’imposer des périodes d’exil, comme Rabbi Na’hman de Breslev, qui disait : «Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît, de peur de ne jamais te perdre !»

Mais là, il s'agit d'autre chose, de tout le contraire même, d'un destin choisi, puisque ces marches abjectes dont il est question dans le texte de Radnoti sont celles imposées par le bourreau nazi.

MIKLÓS RADNÓTI écrit son dernier recueil de poèmes déporté dans un camp de travail. Fuyant l’avancée soviétique, les nazis poussent leurs prisonniers dans une marche forcée qui durera des mois. Une marche de l’épuisement.

«La mort, dans la poussière / ardente de la Voie Lactée /, marche et poudre d’argent / ces pauvres ombres qui trébuchent.»

Une marche imposée par le boucher nazi vers une destination de longtemps mûrie, celle de la mort bestiale. A la première halte, 500 prisonniers sont massacrés. Il en reste 400. Tueries, boucheries se succèdent.

«Toujours en quelque lieu l’on tue : au sein d’une vallée aux cils clos, sur une montagne fureteuse, n’importe…»

MIKLÓS RADNÓTI écrit encore, les pieds ensanglantés.

«Du mufle des bœufs coulent sang et bave, / tous les prisonniers urinent du sang, / nous piétinons là, fétides et fous, (…)», et meurt.

 

Marche forcée, MIKLÓS RADNÓTI , Œuvres 1930 – 1944, traduit du hongrois et présenté par Jean-Luc Moreau, éd. Phébus, avril 2000, 190p., 19 euros, EAN : 9782859406080

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CAROLYN CARLSON, DIALOGUE POETIQUE AVEC ROTHKO

7 Février 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

carolyncarlson.jpg"A corner of infinity burns", saisi dans l’extase d’un mouvement imperceptible.

Sous la pression du désir, un pli de ciel noir sombre, menaçant et vide, "d’une simplicité à faire peur".

Carolyn Carlson n’a pas cherché à commenter Untitled (Black, red over black on red) de Rothko, mais renouant avec la vielle tradition de l’ekphrasis, cet art de faire parler un objet supposé muet, a tenté d’inscrire dans le regard qu’elle portait sur ce tableau l’archéologie d’un discours qu’elle se refusait à unifier pour ouvrir sa langue à ce qui n’en était pas. Car comment convertir le visible en énonçable ? Carolyn Carlson ne s’y est donc pas essayée mais a risqué tout de même un poème, cette langue autre, non en suture de deux espaces qui ne lui étaient pas aussi familiers que la danse (la peinture, l’écriture), mais comme plongeant au plus profond d’un savoir, d’une possibilité de connaissance plutôt, inscrite au cœur du savoir grec entendu comme mathèsis et dont la Tragédie est porteuse, un savoir éthique donc, plutôt que théorétique, et qui concerne le cœur même de la vie ordinaire. Et c’est depuis la forme poétique, elle qui danse, qu’elle a tenté ce dialogue surprenant, opérant dans la praxis encore une fois, et non dans le théorétique, ayant compris que seule la praxis apportait une véritable connaissance des choses.  

Que faut-il donc pour qu’advienne le regard ? Carolyn Carlson épelle l’épaisseur du pigment, consigne la géométrie des gestes dans le cadastre d’un corps toujours en mouvement, le sien, installé dans un vocabulaire volontiers sombre, sinon apocalyptique.

Elle contemple l’œuvre qui ne signifie rien mais se complaît à être, "mysterium ineffabile" affirme-t-elle un peu facilement, un monde tel qu’il dit être, ramenant encore abusivement l’œuvre à son créateur, dont on sent bien que le génie l’habite et fugace, à ses côtés Carolyn imagine : Rothko marche le long d’un torrent "enroulé dan ses rives de broussailles", pour aller plus loin asseoir la Mélancolie comme Rimbaud le fit de la Beauté sur ses genoux, "tourbillons de poussière en furie". Oui, certes, il y a bien tout ce vocabulaire compassé du génie, de la folie, du furieux dans l’acte de création mais qu’importe, à ne cesser de recouvrir le rouge de sa brosse et la pénombre d’un noir d’ébène, en écrivant cette lettre forte, émue, Carolyn ameute tous les ciels usés par nos lèvres, nos mains, pour dire l’extase de se ruer si bien dans l’éprouvant Voyage. Carolyn s'équipe en Rothko, robe noire, stature souveraine, observe longuement les lunettes cerclées de noir qu’il porte, comme un objet immense imposant au regard son horizon.

Rothko rêvait que l’on eût le courage de disposer l’un de ces lieux uniques qui n’aurait proposé au visiteur qu’une toile à contempler. Nous y sommes. De scènes blessées en rivages brûlants, on sent la fièvre monter et la peinture gicler et Carolyn tout au plaisir, inentamable, de se tenir face à cette toile, événement mystérieux descendue d’un ciel fatigué, celui où nous nous efforçons d’ordinaire de ne jamais rencontrer aucune œuvre. --joël jégouzo--.

 

 

Dialogue avec Rothko, Carolyn Carlson, éd. Invenit, coll. Ekphrasis, janvier 2012, 64 pages, 12 euros, traduit de l’américain par Jean-Pierre Siméon, EAN13 : 9782918698272.

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POEME DE MARCEL PROUST : Anton Van Dyck

15 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

van-dyck.jpgAnton Van Dyck

Douce fierté des coeurs, grâce noble des choses,
Qui brillent dans les yeux, les velours et les bois ;
Beau langage élevé du maintien et des poses
Héréditaire orgueil des femmes et des rois !

Tu triomphes, Van Dyck, prince des gestes calmes,
Dans tous les êtres beaux qui vont bientôt mourir,
Dans toute belle main qui sait encor s'ouvrir...
Sans s'en douter, qu'importe, elle te tend les palmes !

Halte de cavaliers sous les pins, près des flots
Calmes comme eux, comme eux bien proches des sanglots ;
Enfants royaux déjà magnifiques et graves,
Vêtements résignés, chapeaux à plumes braves,
Et bijoux en qui pleure, onde à travers les flammes,
L'amertume des pleurs dont sont pleines les âmes,
Trop hautaines pour les laisser monter aux yeux ;
Et toi par-dessus tous, promeneur précieux
En chemise bleu pâle, une main à la hanche,
Dans l'autre un fruit feuillu détaché de la branche,
Je rêve sans comprendre à ton geste et tes yeux :
Debout mais reposé dans cet obscur asile
Duc de Richmond, ô jeune sage ! - ou charmant fou ? -
Je te reviens toujours... -. Un saphir à ton cou
A des feux aussi doux que ton regard tranquille.

 

 

 

image : Van Dyck, Dédale et icare...

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Halloween ? Non : LA PEAU ET LA MORT, d’ALEKSANDER WAT

31 Octobre 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

A Jan Lebenstein
 
 
 
wat.jpgUn squelette qui se respecte
jamais ne se montre
nu
Ce tissu adipeux : son
habit. De muscles aussi. Et la peau, merveilleuse peau
devenue flasque l’âge aidant. Eh là ! ma peau
est flasque oui, mais ce costume est de Balenciaga !
Décoré de la médaille de fer blanc de l’héroïne. Demeure
grande et belle de son hôtesse. La religieuse dégrafera
cette médaille, m’ôtera ce costume –eh là !– de Balenciaga,
me lavera au savon Moscou Rouge, me vêtira
d’un pull-over que tricotèrent gratis
des filles du komsomol ! –admiratrices
de mon mari, grand écri-
vain. Là où battait,
émouvant chiffon,
mon petit
cœur,
on refixera la médaille,
belle médaille de fer blanc.
Et l’on me déposera en tombe,
moi –ce squelette qui tant se respectait
qu’il ne se montrait jamais
nu.   

Aleksander Wat (1990 – 1967). Non daté. Traduit par les soins du Courrier du Centre International d’etudes Poétiques, n0 189, janvier-mars 1991, Bibliothèque Royale, Bruxelles, issn : 0771-6443.

Image : Wat, parue dans la revue polonaise Notatnik frustrata, środa, 12 października 2011.

  
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LE BUTIN DES PUISSANTS (O. V. de L. Miłosz 1877 – 1939)

30 Octobre 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

 
miloszportrait3.jpg"J’allais vers les pauvres… D’un monde où l’on ne pense pas ce que l’on dit à un monde où l’on ne peut dire ce que l’on pense (…).
 
"Le cœur du puissant n’est pas comme celui de l’homme sans pain ; il est fermé au langage des choses qui ne sont pas possession. (…)
 
"La folie de l’orgueil, c’est d’élever le moindre butin par-dessus toute donation ; et lors même que la libéralité est avouée, de l’attribuer à l’inconnu. (…)
 
"Liberté. Humainement : chez le barbare, celle de prendre, et surtout de détruire. Chez le civilisé, celle de créer et de donner. Dans l’ordre social, c’est la recherche d’une organisation assurant le don mutuel. (…)
 
"Comme toutes choses me paraissent obscures et mesquines venant de ma vie d’homme, et claires et profondes venant de ma vie d’enfant.
 
"Il y a un grand mystère au fond de toute tendresse, un impénétrable secret dans le sein de toute passion ; un rêve que l’on oublie au réveil, un silence que l’on n’ose troubler, un mot que l’on craint de dire."
 
 
 
 Oskar Władysław de Lubicz Miłosz, lithuanien d’origine, écrivait en français. Il est décédé à Fontainebleau où se trouve sa tombe. Poète, dramaturge, diplomate, l’oncle du Nobel de littérature, il fut l’écrivain d’un seul éditeur, et pour ce dernier, le seul écrivain de sa maison d'édition. Cet éditeur s’appelait André Silvaire. On pouvait, jusque vers les années 90, le rencontrer, toujours disponible, dans ce petit comptoir qu’il louait au 20, rue Domat à Paris, dans le Vème arrondissement. Silvaire vouait au poète une admiration sans borne. Tout comme d’autres poètes, comme Jean Bellemin-Noël.
Maximes et pensées, O. V. de L. Miłosz, éd. André Silvaire, 1967, 160 pages, épuisé.
Images : photographie du poète.
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Car le Beau n'est rien autre que le commencement du terrible…

28 Octobre 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

"what a mystery"… "what a beauty"
 
"Qui, si je criais, qui donc entendrait mon cri
parmi les hiérarchies des Anges ?
Et cela serait-il, même, et que l'un d'eux soudain
me prenne sur son cœur : trop forte serait sa présence
et j'y succomberais, qu’à peine à ce degré nous pouvons supporter encore ;
            car le Beau n'est rien autre que le commencement du terrible
et si nous l'admirons, et tant, c'est qu'il dédaigne
et laisse de nous anéantir.
Tout Ange est terrible..."
Rainer Maria Rilke


Stromboli, (terra di dio), de Roberto Rossellini, 1949, dernière séquence.
"What a mystery", "What beauty"... Ingrid, au sommet du Stromboli
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TOUT ANGE EST TERRIBLE (Rainer Maria Rilke)

27 Octobre 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

ailes-du-desir-1987.jpg"Ô heures de l’enfance
où il n’y avait plus, derrière les figures, rien seulement
que du passé, et devant nous, nullement l’avenir.
Certes nous grandissions et même étions, parfois,
pressés d’êtres des grands bientôt, à moitié par amour
pour ceux qui n’avaient rien de plus, si ce n’est qu’ils avaient grandi.
Et pourtant nous étions, dans notre progrès solitaire,
satisfaits et joyeux avec tout ce qui dure ; et nous nous tenions là,
dans l’intervalle qui sépare le Monde du jouet,
debout à cette place, qui fut dès le commencement
fondée par un événement pur.
Où se tient un enfant, qui nous le montrera ? Qui le place
en son lieu dans la constellation, et met entre ses mains
la mesure de la distance ? Qui confectionne ce pain gris,
qui devient dur, la mort d’enfant, -ou dans sa bouche ronde
la lui laisse comme le trognon
d’une belle pomme ?… Les meurtriers, on peut
aisément les comprendre. Mais cela : avoir en soi la mort,
la mort en sa totalité, et dès avant la vie encore
si doucement la contenir, et ne pas en être mauvais !…
Oh ! c’est inexprimable !"
R. M. Rilke
 
images : Les ailes du désir
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