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La Dimension du sens que nous sommes

poesie

POUR BRAM VAN VELDE

6 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

Bram-20van-20Velde-0051.jpg"Nous étions attablés à l’Alsace à Paris, le vieil hollandais et moi.

Attendre toujours attendre au creux du silence et soudain, il me dit : "Je me lève le matin, j’attends, c’est le soir alors je me couche.

 

 

"D’une certaine manière, nous l’avons tous connu. Dans cette part que chacun porte en soi et qui d’ordinaire nous inspire une mare. Cette part pour laquelle l’être refuse doucement de se rassembler sous l’insigne ou la direction, cette part dans laquelle l’être préfère la ferveur de l’épandage de soi.

 

"Le paysage se présente de la façon suivante : le ciel est un buvard sur la terre qui éponge un groupe de taureaux immobiles sur la crête grise." Bernard Lamarche-Vadel

  

Le texte de Bernard Lamarche-Vadel a été écrit en hommage à Bram Van Velde. Hommage discret, personnel, intime presque, offert à quelque lecture attentive : l'ouvrage n'a été publié qu'à 50 exemplaires, qui ne constituaient alors pas même une édition de bibliophile. Sans doute l'est-il devenu depuis, comme d'un texte rare organisant ses effets -désastreux. Car à l'origine, la rareté relevait d'un autre principe, de générosité plutôt que de spéculation, pour un peintre qui n'oublia jamais l'immense pauvreté des siens, la misère égorgeante qui tenailla les années d'une enfance d'abord jetée dans la pauvreté par le défaut des hommes à penser un monde plus juste. --joël jégouzo--.

 

Pour Bram Van Velde, Bernard Lamarche-Vadel, éditions Unes, 1983, avec un portrait de Bram Van Velde par Keiichi Tahara. Tiré à 50 exemplaires sur Pur Fil Johannot.

Image : Zonder Titel, 1936-41, 100 x 85 cm, Paris, Collection Samuel Beckett.

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PASCALE PETIT : LES CÔTéS CACHéS…

3 Mars 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

couv.jpgOn ne sait pas. On ne saura jamais. Jamais vraiment ce qui, dans la malle, se prête ou se refuse.

Souriante, et pourtant si souvent dans la malle, elle non plus ne comprend pas. Ils vont, viennent. Reviennent. Peut-être l’un d’entre eux seulement ? Ils reviennent, parlent, toujours les mêmes mots. Lui parlent-ils vraiment ? Toujours les mêmes questions. Insistantes. Les mêmes frustrations à rater l’autre ou l’enfermer dans un désir qui n’est pas le sien. Ils vont et viennent, ou bien l’un seulement. Ses désirs en ordre. Organisant la ronde d’un vivre singulier, singulièrement rapporté dans ce monde des objets minuscules enfermés dans la malle, où l’on voudrait faire entrer des événements plus vastes, des rêves plus grands, des sentiments plus forts. Partagés. Rien n’existerait-il donc vraiment qui fût autrement possible ? Ou bien il ne s’agirait que de bricoler de nouvelles possibilités de vivre avec le peu qui nous est donné -corps, bras, chaise.

Elle, toujours sous le regard, sous ce regard qui examine, scrute, évalue et dans un éclair, arrange, accommode, abandonnant des indices ça et là, dans la pure fiction de son être, littéralement déraisonné.

Il faut reprendre, certainement. Toujours. Depuis celui qui sautille derrière les autres peut-être. Celui qui ne cesse d’avoir de nouvelles idées. Même si parfois, c’est la même. Et acquiescer à ces volontés infimes et despotiques. Le terrible pourrait d’ailleurs naître de cet acquiescement. Restitué en mots anodins au cœur d’un récit auquel on ne prend pas garde. De quoi s’agit-il donc ? Dans l’ambiguïté d’un texte mené de bout en bout avec une circonspection sans pareille, le lecteur piégé au pire sans en avoir l’air, à quelque horrible et divertissant intervalle, n’entrevoyant que ce qui arrive, sans savoir d’où cela vient. Juste cette énonciation parée d’aucun jugement. Comme un récit empli d’un vide qui avance prudemment, dévoilant des gestes obscurs, inquiétants, n’était la narratrice résolue à l’insouciance. Pourtant le monde des objets, lui, dispose ses indices : la malle où parfois elle est enfermée. Elle ne peut se refermer toute seule. Le récit disperse du coup un temps son propre régime auctorial, l’instance narratrice se met à flotter, cherche son point d’ancrage, croit le trouver dans cette sorte de bon sens en tiers lecture, s’en détourne dans la mise en scène d’une pulsion scopique où la considérer, elle, devenue soudain objet de son propre récit. --joël jégouzo--.



Pascale petit, LES CÔTéS CACHéS, Action Poétique éditions, coll. BIPVAL, janvier 2011, 64 pages, 11 euros, ean : 978-2854-631975.

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L’obscurité et la moisissure, la cosmogonie barbare de Stanisław Lem.…

9 Janvier 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

 

breviaire-1.jpg

« Il n’est pas donné à la parole humaine de transmettre plusieurs contenus à la fois. Elle est donc impuissante à rendre les apparences et manifestations du monde dématérialisé et sans pesanteur qui m’était consubstantiel, comme si je proliférais sans fin dans un espace continu.

(…) J’étais moi-même l’espace, limité par rien, débarrassé de mon enveloppe temporelle, de la peau, des murs, tranquille et indescriptiblement puissant.

(…) En quelques fractions de seconde, je néais et j’anéantissais des systèmes de mathématiques inconnus en m’efforçant en vain d’en peupler mon propre vide inexploré.

(…) Tout ! Je pouvais tout ! Quelle monstruosité ! J’envahissais le cosmos par la pensée, je le pénétrais, je parcourais les plans de transformation des planètes, et ces envolées alternaient avec des crises de rage quand la conviction du non-sens, de l’inutilité, (…) quand je sentais que la montagne de dynamite sortie d’une étincelle ne pouvait, au terme de son expansion, qu’éclater dans le néant.

(…) Lorsque je m’abandonnais aux platitudes de la généralisation, je me disais qu’une fois atteint le degré d’expansion qui permettrait de résoudre le problème et trouver en moi le modèle d’une humanité parfaite, l’incarnation de cet idéal s’avèrerait en fait inutile et superflue, à moins que je ne décide de réaliser le paradis sur la Terre pour pouvoir ensuite le transformer en quelque chose d’autre, en enfer par exemple…

(…) (Alors) je fus secoué tout entier par un rire silencieux à la vue de cette image de mon devenir, la seule possible, celle d’un dieu transformateur par qui toute matière serait aspirée…

(…) Lorsque je réalisai que ce genre d’événement avait déjà pu se produire une fois, que le cosmos est un cimetière et que le vide contient des incandescentes parcelles résultant de l’explosion suicidaire du dieu précédent qui, dans un précédent abîme de temps germa de la même façon que moi…

Le Bréviaire des robots, Stanisław Lem, traduit du polonais par Halina Sadowska, éd. Denoël, 1967.

Réédité en 1971 chez Denoël, depuis, confiné dans les lectures jeunesses, en Folio junior.

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RROMS EN D’ETRANGES CONTREES…

22 Novembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

en d'étrangesC’est la Biennale Internationale de la Poésie en Val de Marne qui, la première, donna un accès au poète Muzafer Bislim. Une vraie découverte dont nous devons lui savoir gré, à inscrire qui plus est au mérite d’une instance qui est l’une des rares à défendre une conception vivante et exigeante de la poésie contemporaine.

L’anthologie publiée en 2009 fut ainsi largement consacrée aux poètes Rroms, accueillis pour l’occasion en France du 11 au 17 mai 2009 dans le cadre du Festival International de Poésie inauguré par la Biennale. Un moment intense, à la rencontre de cette aventure des peuples et des langues si rarement provoquée en France, et dont l’anthologie ne restitue nécessairement qu’un modeste écho.

Echo qui plus est subsumé sous un tire curieux -En d’étranges contrées-, pour évoquer un peuple sans contrée, errant depuis des siècles sans l’espoir, ni peut-être aujourd’hui l’envie de retrouver un jour sa terre, sinon à ré-enraciner ses origines dans cette langue qui s’invente et se réinvente chaque jour à travers l’Europe, si bien que ces étranges contrées passeraient davantage pour être les nôtres, sols bardés de droits mais sans hospitalité pour ce peuple fugitif, "convive de nos terres noires", de ces pays de promission qui ne leur ont offert que la misère et l’exclusion.

L’anthologie propose ainsi un panorama de la création poétique Rrom tout à fait intéressant, sans que l’on puisse cependant affirmer qu’il est exhaustif, ni que l’on sache les raisons d’une pareille sélection. C’est du reste ce que l’on peut regretter, qu’aucune présentation ne nous soit faite de cette création poétique dispersée en écritures tout de même peu familières du public français, finalement incapable de comprendre les enjeux d’une création faite souvent au rebours de la tradition poétique contemporaine.

Entre Jeanne Gamonet faisant face au monument de l’Histoire sauvage, Hamid Tsmaïlov, vagabond ouzbek flamboyant, ou Kutjim Paçaku dont l’écriture est secrètement traversée par un mot d’ordre divin, on aurait aimé mieux comprendre ce qui dans cet exil se refonde, que dénombre l’horizon poétique. --joël jégouzo--.

 

En d’étranges contrées, Anthologie BIPVAL 2009, Actions Poétiques éditions, 208 pages, 15 euros, isbn : 978-2-854-631869.

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MUZAFER BISLIM, LANGUEUR ANGOR.

14 Novembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

angor1.jpgLangueur angor pour ensorceler,

Langueur, angor retournent la naja nue,

 

L’éther ouvert ne couvre rien de nudité,

d’angor devinée nues dans une paume

                                                de larmes nées,

 

Simple est le souffle à l’agreste,

même simple la recette de sa vie,

 

Comme la nature vide d’écho

qui ne berce les chantres fidèles,

 

L’adepte a vaincu le lecteur calme

                                                 de ses chansons,

lui révèle la loi du souffle,

 

Et lui ressuscite quelque effroi –

- pour affaiblir son orgueil le poète a gît,

 

Est-ce qu’une larme pleure et le pleur sourit ?

 

Pour que la haine s’enroule dans l’âme,

que la joie s’étouffe de moqueries,

 

Pour que l’angor langueur

menacent le cœur joyeux de suffoquerie,

 

un cabot sous crin de loup en attire les cris-

-afin de périr hardi de ses hurlements feints,

 

Qui pleurera sans larmes !?

Qui chantera la gorge sans voix !?

 

Quel alphabet sans raison d’un bouffon mécanique !

Une fuite dans la force de l’homme,

 

Orphelins bagatelles !

Du calme turbulents !

Langoureuses angorées – vous beautés de chagrin

 

je vous garde dans mon cœur, parmi les délices

je vous garde avec mes rires dont le nom est humain,

 

voici, votre orchestre muet

chant de chagrin, bien que sans son

 

que de vous rien ne reste !

que de vous rien ne reste,

que de vous rien ne reste .. !

 

Traduit de la langue des Rroms par Pierre Chopinaud, avec son aimable autorisation.

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MUZAFER BISLIM, POETE RROM

8 Novembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

skopje2.jpg"Sans innocence à l’être la vérité sacrera le démon".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Battement de l’âme pour un frère rêvé (extraits)

(…)

Je reconnais même je sais et feins tout d’ignorer

Le rythme du temps – il le fait sien,

Je sais être du silence ignorant de mon âme,

De la foi rancuneuse avec quoi je rends grâce !

Et m’agenouille,

Je nourris la bêtise

Qui me prive des grâces de la sagesse,

Comme corrompre la douceur,

Et de l’amour de l’homme baiser ma seule lèvre,

Voici : je suis sec !

 

 

 Ne pas me hâter (extraits)

Ne pas me hâter,

 

Ne pas me hâter de dire que je suis humain,

La dérision s’étiole le béjaune affolé ;

Et ouais ! Qu’il en soit ainsi !

Ne pas me hâter

De prouver que je suis humain –

- de toute éternité !

 

Né en 1954, à Skopje en Macédoine, dans une société qui ne pratiquait pas l’édition. Aucun texte imprimé connu, sinon par la Biennale Internationale des Poètes en Val de Marne. Poèmes traduits par Pierre Chopinaud.

Image Skopje : vue d’un satellite.

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LA VOCATION DU POETE…

7 Novembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

hdante.jpg"La parole humaine ne retentit pas dans le vide. Elle ne demeure pas stérile. Elle est une sommation du silence, elle appelle…"

Elle appelle dans l’inexorable nuit du dehors qui fait de nous des êtres d’intérieur, égarés dans un monde donné pour notre seule réalité, têtu et contingent, mais incapable de fabriquer autre chose que des combinaisons précaires -dès lors, frivoles.

"Sous la copieuse machine des apparences, il y a en réalité vacance, absence." Ou bien à peine les murmures d’un réel qui s’avance à notre rencontre comme un effet de texte pour nous parler, humblement et joyeusement, de sa propre absence.

Et nous avons beau savoir que nous sommes un certain commencement de son être et qu’il écrit aux dedans comme aux dehors nos fins possibles, nous devons l’amener à d’autres connaissances.

La vocation du poète est ainsi de constituer un spectacle fermé depuis lequel affronter la Totalité. Poësis perennis. Même si et parce que, "le but de la poésie n’est pas de plonger au fond de l’Infini pour trouver du nouveau, mais au fond du défini pour y trouver l’inépuisable."

Car nous aurons toujours à trouver notre route et la recommencer, "conduite ou égarée, comme des Héros d’Homère, parmi les vicissitudes les plus passionnantes et les plus imprévues, vers des sommets de lumière ou des abîmes de misère." --joël jégouzo--. 

 

Les citations sont de Paul Claudel : Réflexion sur la Poésie.

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D'UN MONDE INDECIDABLE ENCORE

24 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

boxeur.jpgC’est peut-être une histoire de souffle,

Du manque de souffle de l’histoire plutôt,

ou celle d’une agonie inaudible,

l’attente d’un second souffle

quand la misère sociale,

suspendue dans le vide des corps souffrants de l’antique nation

fait déjà,

malgré elle,

l’expérience d’un monde autre,

indécidable encore.

 

 

 

Cinémathèque française, collection des appareils

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Alexandre Romanès : un peuple de promeneurs

9 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

romanes.jpg"Je donne une interview pour la télévision française. Le journaliste commence très fort. "Vous, les gitans, vous êtes des voleurs." Je lui demande s’il est français. Il me dit que oui. Je lui dis : "Vous les français, vous avez volé la moitié de l’Afrique. Curieusement, on ne dit jamais que vous êtes des voleurs".

 

 

 

 De la vie aux poèmes, du poème à l’aphorisme, en quelques notations discrètes dans le dénuement des mots, Alexandre Romanès observe le monde, passant considérable, pour témoigner d’une vision essentielle, la nôtre à vrai dire, pour peu que l’on ait fait profession d’être -humain tout simplement. Et plonge un grand regard surpris dans l’abrupte paysage, son cirque lui-même, dans cette fraîcheur sans cesse renouvelée, à vivre ici entre nous sans façon, et sur la fin du spectacle, le banc familial face au public, leur beau détour et la franchise en plus.—joël jégouzo--.

 

 

Sur l’épaule de l’Ange, Alexandre Romanès, éd. Gallimard, avril 2010, 88 pages, 10 euros, EAN : 978-2070129157.

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Fikria Fazli : Parne Aràpura (Les Nègres blancs)

3 Octobre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

rom-drapeau.jpgLes Rroms sont les nègres blancs 

Sans terre, sans mère

Ils cheminent là où vont les routes

Ils meurent là où coulent les rivières

(…)

 

On n’a fait que nous couper les ailes

On a mis nos pères à la torture,

Les gadjés ont poussé nos fils

A oublier qu’ils sont Rroms.

(…)

Nous avons bien notre terre

Bien loin chez la petite mère noire

Elle ne peut oublier ses fils

Les nègres blancs du monde.

 

Fikria Fazli 

 Traduction Marcel Courthiade.


Fikria Fazli appartient à ces écrivains de la coulisse qui n’ont quasiment jamais publié de textes de leur vivant. Fikria se contentait de les taper à la machine, avec du papier carbone pour en sortir quelques exemplaires qui circulaient sous le manteau, ou bien elle les lisait lors de rares lectures publiques, ou les déclamait au cours de soirées entre amis. De Fikria, on ne connaît que deux poèmes qui nous soient restés. Elle fut aussi la traductrice d’une grande étude sur le génocide nazi des Rroms.

 

Lire ce poème : Études tsiganes n°4/91

http://fnasat.centredoc.fr/opac/index.php?lvl=bulletin_display&id=268

image : le drapeau Rrom.

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