Chorémanie à la librairie l'établi, autour d'Agathe Marion et de sa Poulorie Ballroom (3/3)
23 Mai 2026 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #danse, #essai, #essais
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Michel Henry parlait d'une « auto-révélation pathétique de la chair », ce mode d’apparaître où la chair n’est pas un objet du monde, mais l’auto affection vivante par laquelle la vie se révèle à elle-même. Dans L’Essence de la manifestation et Incarnation, Henry montre que la chair n’est pas construite par la perception, mais par la souffrance et la joie, ces forces subjectives qui constituent la vie en son immanence. La chair est ainsi «ce qui se sent soi-même en chaque point de son être». Et elle est «Auto-révélation» : la vie qui se montre elle-même. Et chez Henry, révélation ne signifie pas apparition dans le monde, mais manifestation intérieure, sans distance, sans image, sans extériorité. L’auto-révélation, c’est cela : la vie ne se montre pas à un regard, elle se sent. Elle ne passe pas par un dehors : elle s’éprouve. C’est pourquoi Henry dit que la vie est «phénoménologie de l’immanence absolue» : elle n’a pas besoin d’un monde pour apparaître, elle apparaît à elle-même, dans la pure affectivité.
Le mot «Pathétique», lui, renvoie aussi d'une certaine manière à un sentir originaire, avant tout concept. Il n’a rien de sentimental : il renvoie au grec pathos, l’affect, l’épreuve qui constitue la vie. Son impression originaire. Ce que Henry appelle parfois «l’épreuve de soi». Quant à la chair, elle est ce qui se vit, non ce qui se voit. Non le corps visible, mais la vie incarnée, non le corps objectif, celui que la science découpe, mais cette intériorité vivante, subjectivité incarnée, ce qui se sent en chaque point de soi, condition de toute expérience, car avant de percevoir le monde, je dois me percevoir, vivant. Ainsi, la vie se révèle à elle-même dans l’affect, et cette révélation est la chair elle-même, mode même de la manifestation de la vie.
Chez Henry, le corps pense précisément en tant que chair. La pensée n’est pas un concept : elle est affectivité incarnée. Or la chorémanie est une révélation pathétique : un moment où la vie se manifeste dans son intensité la plus nue, hors du monde, hors du regard, hors du concept. Cette danse n’exprime pas une idée : elle est l’auto-révélation de la vie, de sa vie, qui s'éprouve elle-même dans l’immanence affective, ce que Henry nommait l’auto-affection pure : la vie se révélant sans distance, sans extériorité. La chair henryenne est un ici absolu, la vie qui se sent sans jamais se voir. Dans la perspective de la danse, et plus encore la chorémanie, la vie n'est pas un geste dans le monde, mais la vie qui s'y révèle dans son intensité pathétique. Elle n’exprime pas une idée : elle s’auto-affecte, comme vibration, comme débordement. La danse n’est pas représentation, mais chair en acte. Et la danse déborde tout.
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chorémanie :
Danse mortelle - L'étrange cas de Strasbourg 1518 - Regarder le documentaire complet | ARTE
liens :
Éloge du Perchoir, Julie Triboulet - La Dimension du sens que nous sommes
Le triomphe de l'œuf, J. Da Nang - La Dimension du sens que nous sommes
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