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La Dimension du sens que nous sommes

Volodine et la littérature post-exotique

17 Septembre 2026 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #LITTERATURE

La littérature post-exotique, chez Antoine Volodine, n’est pas un genre, c’est un objet romanesque qui s’est construit livre après livre depuis les années 1990. Le terme lui-même était au départ un «intitulé vide» selon l'aveu de son créateur, destiné à se remplir progressivement. Telle que pensée et pratiquée par Antoine Volodine et ses hétéronymes, elle a donné lieu à une véritable constellation de travaux universitaires souvent très pointus, très attentifs aux dispositifs narratifs, en particulier attachés à l'analyse de cette auctorialité éclatée et à la dimension politique de cet univers fictionnel, invitant à penser que le post-exotisme n'était pas seulement une esthétique, mais une sorte d'imaginaire communautaire, bien souvent structuré autour de prisonniers qui se transmettaient leurs identités par camaraderie. Or cette fusion identitaire a produit une littérature où les voix se brouillent, où les narrateurs ne sont que des survivants. L'accent est en quelque sorte mis sur leur fragilité politique et existentielle, rompant avec la littérature dominante pour nous offrir une scénographie de l'enfermement. Paradoxe : une multiplication d'hétéronymes incapables d'échapper à l'enfermement, incapables d'accéder à l'extérieur... Volodine construit en effet volontiers des espaces clos, presque claustrophobes, dont l’extérieur est inaccessible. Et quand cet extérieur s'exprime, il est construit… comme échec ! Dans son dernier ouvrage, Retour au béton, composé en deux volets, l'extérieur se manifeste sous la forme de « brèves de comptoir » dérisoires : un dehors vidé de toute puissance.

Ce à quoi il faut ajouter que lui-même, longtemps, s'est identifié à la figure de l'écrivain « mineur ». Quid donc de cette auctorialité post-exotique ? Volodine n’en est pas même l'auteur mais le porte parole affirme-t-il, celui d'une communauté fictive. Car à ses yeux, ses hétéronymes (Bassmann, Draeger, Kronauer…) ne sont pas que des jeux littéraires : leur dispersion se mue en dispositif central du post-exotisme : une manière de brouiller les frontières entre fiction et réalité, entre auteur et narrateur, entre vivant et mort. Pour se faire, Volodine use et abuse du métatexte, du cryptage, de l’écriture sous contrainte et de l’intertextualité interne. Des procédés qui servent moins à souligner le caractère fictionnel de ses textes, qu'à créer un monde circulaire, où chaque texte renvoie aux autres : le temps post exotique est un temps qui se replie sur lui-même.

 

"jJ #volodine #joeljegouzo #librairieletabli #litterature #postexotisme #rentreelitteraire2026

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