Les barbares, mes intimes, Ghassan Zaqtane
20 Juin 2025 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #poésie
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Poète palestinien de la génération de Mahmoud Darwich, de celle qui connut la première Nakba qui vit la moitié des palestiniens forcés de quitter leur terre, Ghassan Zaqtane signe un recueil bouleversant et cependant porté par une force invraisemblable, celle des palestiniens, jamais vaincus malgré 70 ans de martyre. Dans sa préface, son traducteur, Abdelatif Laâbi, note la difficulté à être, quand on est palestinien, qui se glisse jusque sous l'impossible formulation du pronom « je ». Comment se reconnaître en effet, depuis une telle négation orchestrée par l'occident rageur ? Ghassan Zaqtane le sait, qui ne peut constater que l'invraisemblance qu'il y a à ne pouvoir plus communiquer qu'avec des absents, assassinés, déportés, exilés. Des êtres disparus dans des lieux disparus écrit-il. Mais parler d'exil ici serait faible. Il ne s'agit pas de cela : les palestiniens n'ont jamais cessé d'être chassés, en départ forcé, construit méthodiquement, on l'a vu, on le voit à Gaza, sommés de se réfugier dans le Sud pour que les bombes les tuent, sommés ensuite de se rendre dans le nord, pour que les bombes les tuent. Que reste-t-il de Gaza ? « Qu'est-il arrivé aux exilés ? Qu'est-il advenu de leur visage ? Qu'est-il arrivé à leurs enfants ? »... On ne le sait que trop désormais. Ne reste que l'adresse du poète à ses lecteurs : « Raconte, ô étranger ! ». Alors racontons, avant que « les noms anciens » aient tous disparus, « derrière des métaphores », dit Ghassan Zaqtane. L'image est forte et vrai et terrifiante : il ne nous restera demain que ces métaphores pour évoquer le peuple palestinien, sacrifié, « alors qu'un sanglot gigantesque / submerge le monde ».
Tout cela est réel, c'est aujourd'hui, c'est maintenant. Ce n'est pas là-bas, c'est ici ici que « les morts s'assoient (…) / Ils veillent seuls / pensent à nous / et sans raison aucune / se mettent à attendre. »
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Les barbares, mes intimes, Ghassan Zaqtane, hors série de la revue Bacchanales, Maison de la Poésie Rhône-Alpes, traduit de l'arabe (Palestine) par Abdelatif Laâbi, juin 2025, 104 pages, 17 euros, ean : 9782367610450
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