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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 07:03

Livre culte s’il en est ! Quelle audace fallait-il aux éditions Audiolib pour en tenter la première intégrale sonore ! Livre généreux en bonheurs, lecture après lecture. Œuvre littéraire à l’ampleur inégalée, que dire du Seigneur des anneaux qui ne soit apologétique ? Publié en 1954, il connut aussitôt le succès. Et depuis son adaptation au cinéma par Peter Jackson, ce succès ne s’est pas démenti. Y compris dans les milieux universitaires, où cette somme a ouvert un champ inépuisable de recherches. Somptueux dans ses moindres détails, dans ces détails justement, qui en forment le vrai contenu. Il fallait tout l’art de Thierry Janssen pour nous les restituer. L’interprétation est magistrale. On l’espérait et l’imaginait à l’avance telle, sachant à qui l’on en confiait la lecture, tant Thierry Janssen s’est illustré déjà par son talent. Mais à ce point… Il sait comme aucun autre démultiplier à satiété la variété de ses registres, de ses timbres, de son phrasé, et déployer avec une gourmandise insatiable le plaisir d’une voix grave, capable toujours de plonger plus encore dans les graves. Magistral Gandalf dans son interprétation, rendu énigmatique, menaçant, nous en révélant par des éclats, soudain toute la profondeur. Et ce Frodo qu’il bafouille… Du Mordor au langage des elfes, en passant par celui des nains, vraiment, ce n’est qu’un pur plaisir d’un bout à l’autre de sa lecture. On est sous le charme, sous le choc presque. Quelle interprétation, caractérisant chaque personnage avec justesse et le donnant avec une passion que l’en sent sourdre à tout moment ! Thierry Janssen connaît l’œuvre, l’aime, on l’entend, ça s’entend  et l’on est à son tour traversé par cette passion qu’il nous offre en partage. Le seigneur des anneaux, il y loge comme personne la question du Pouvoir dans sa lecture affûtée. Ecrit entre 1936 et 1949, l’œuvre porte l’empreinte de la folie d’un monde qui est resté le nôtre. Non un univers de mythes, de légendes, mais notre seul et sombre monde. Un monde d’apostats et de traîtres -il n’y a pas loin à gratter dans l’histoire politique contemporaine, pour le vérifier… Où le juste et l’infâme s’illusionnent sans faiblir dans ce baraquement immonde qu’est devenue la terre. Un humus où rien ne distingue le monde fictif du monde réel, symptôme de l’intrigante obscurité du monde. Ce que nous donne à entendre Thierry Janssen, ce n’est pourtant qu’une histoire, non une allégorie. Sauron n’est pas Hitler. Il n’y a pas de morale cachée. Il n’y a que ce monde construit par Tolkien et son vertige pour seul horizon. Un monde où un Pouvoir s’est levé, et dont l’ombre pèse déjà sur lui. Un monde dans lequel un autre Pouvoir s’oppose à cette levée funeste. L’Adversaire s’avance, s’énonce, désire avec force la domination du monde. Mais il s’avance masqué, dissimulé, désincarné. Il n’est qu’une intelligence immatérielle. Il est Le Pouvoir. Sa volonté malfaisante, qui sans cesse menace de tout engloutir. Il est Le Mal, auquel il manque pourtant l’Anneau unique, forgé en son sein. Cet anneau que Frodo doit détruire en le jetant là où il fut forgé. Un projet fou, sinon absurde. Fou, parce que le Pouvoir est folie. Et comme tel, il se condamne lui-même. Non comme volonté, ou technique : bien qu’il soit une arme, il se condamne parce qu’il n’a aucune substance et que sa chair lui fait défaut. Il n’est qu’une volonté, ahurie de découvrir qu’elle n’est même pas libre de choisir. C’est à cela qu’amène cette lecture prodigieuse de Thierry Janssen. Qu’on entende cette folie qui traverse toute l’interprétation de l’œuvre. Cette voix démultipliée, cassée, éparpillée, que rien ne peut rassembler. C’est cela qu’on entend : cette fracture, cette voix brisée en mille autres, qui a besoin de ces mille voix pour exister, parce qu’elle n’a pas d’autre substance que ces voix qui la portent. Elle qui doit réunir en elle ce qui ne peut pas ne pas l’être. Le parti pris de cet enregistrement, au fond, c’est celui de la littérature, de la poésie, de l’art. C’est Thierry Janssen au plaisir, inouï, de dire Le Seigneur des anneaux. Tolkien dessinait dans ses échanges épistoliers le seul horizon possible de l’être humain : la célébration. L’art, contre le désir de possession, rappelant d’une certaine manière les leçons de Saint Paul : agis en ce monde comme si tu ne possédais pas ce que tu possèdes. L’art comme contemplation et non possession, seule idée qui nous justifie et justifie toute entreprise littéraire, l’amour de la littérature pour seul horizon, son plaisir, cette jubilation d’un Thierry Janssen à lire, des heures, des journées durant, Tolkien.

Le Seigneur des anneaux, vol. 1 : La Fraternité de l’Anneau, lu par Thierry Janssen, audiolib, mars 2018, 2 CD MP3, durée d’écoute : 20h52, 26,90 euros, ean : 9782356419669.

 

Le making off (passionnant) du livre lu :

http://www.audiolib.fr/actualites/decouvrez-le-making-du-livre-audio-le-seigneur-des-anneaux

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