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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 10:07

Le fil de Macuto, au pied de Caracas, au Vénézuéla. Une énigme sans réponse. A quoi pouvait bien servir ce cordage jeté par-dessus les montagnes jusqu’au-dessus de la Caraïbe, énorme et bleue ? A hisser les trésors perdus au fond des mers ? Un fil, un seul, en corde de fibres naturelles. A l’aplomb d’une fosse marine, l’extrémité immergée dans cette fosse. Et tout là-haut, cette triangulation mystérieuse, le fil noué à un obélisque de terre avant de s’engouffrer dans un tunnel de pierre. Des siècles qu’il est là. Comment s’élever à la hauteur de cet événement qu’il a façonné ?  Fragile, mais invaincu. Chantant sous l’orage, «aide-mémoire du vent» comme l’évoque le narrateur. Le narrateur… cet insensé de César, savant fou qui a cloné une guêpe chargée d’aller prélever une cellule du grand Carlos Fuentes… Cellule qu’elle ne prélèvera jamais, attirée qu’elle fut par l’émeraude d’une cravate, fourvoyant du coup toute l’expérience portée par César dans l’immense déferlement de larves bleues clonées à l’excès. C’est alors toute la narration qu’embarquent ces larves dans la folie des pouvoirs de l’écrit. La machine narrative, au vraie, est la seule machine qui importe dans ce texte fabuleux –littéralement : la fabula, ces choses à dire sans fin des légendes innombrables dont le flot est le bruissement perpétuel que font les hommes entre eux. Et quoi ? Que pourrait-on contre le roman ? Fuentes avait beau affirmer sa fin, s’interrogeant sur son pouvoir, César Aira en déroule l’ivresse, l’éloquence. Qu’il soit plutôt qu’il fût ! Quelle leçon malicieuse nous offre-t-il là ! Déroulant sans fin un verbe que rien ne peut clore, un plaisir que rien ne peut endiguer, un récit où rien n’est dit qui ne soit, de toute façon, un trésor convoqué pour remonter le langage à la surface des choses. Drôle, fantaisiste, faussement érudit, immodéré, Aira ne recule devant aucun invraisemblance : écrire est à ce prix. Notre voyage n’est-il pas entièrement imaginaire ?

Le Congrès de littérature, César Aira, éd. Christian Bourgois, traduit de l’espagnol (argentine) par Marta Martinez Valls, avril 2016, 108 pages, 14 euros, ean : 9782267029604.

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