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18 décembre 2017 1 18 /12 /décembre /2017 11:25

Jour de deuil. Le Peuple convoqué est immobile dans les rues de la Capitale, debout, têtes baissées. Seuls les mendiants osent commenter cette journée qui n’est pas même de libération, tant la succession du tyran est sans mystère. La mascarade du pouvoir s’affiche, grandiloquente dans ce théâtre de guignols confié aux soins des mendiants par l’auteure. Surgit un chat, affamé, terrorisé. Il sera un temps notre fil conducteur, passant d’un propriétaire tortionnaire au studio d’un poète révolutionnaire assassiné par la police de Duvalier, avant de se réfugier dans une famille pauvre où il finira en civet. La famine. C’est tout ce qu’il reste d’un pays, d’une nation naufragée de l’immense misère à laquelle les pays occidentaux l’ont condamnée. Même les rats ont faim et s’attaquent aux enfants. Il ne reste que cela : l’effondrement d’une humanité ramenée à la survie des bêtes. Tandis que les touristes américains débarquent sur l’île. Leur paradis : Haïti. Dont l’auteure ne nous épargne rien. Surtout pas ces grandes chasses loufoques des gendarmes à la poursuite des mangeurs de chats de la classe bourgeoise, ou ces ventes à bas prix du sang de ses compatriotes aux Etats-Unis d’Amérique, voire ce commerce des cadavres aux labos pharmaceutiques amerloques, érigé en cause nationale par le Ministre de l’Intérieur lui-même, avant que la resquille ne se retourne cruellement contre les siens… Une littérature de vampires, dialoguée comme pour mieux en faire ressortir l’absurdité et la brutalité. Un dernier roman paru moins de deux ans après le chef-d’œuvre de Marie Vieux-Chauvet, Amour, Colère et Folie, dont Duvalier avait fait saisir tous les exemplaires, toutes les épreuves, toutes les notes manuscrites, et moins d’un an avant sa mort.

Les rapaces, Marie Vieux-Chauvet, édition Zellige, coll. Ayiti, préface de Michaëlle Jean, novembre 2017, 170 pages, 18,50 euros, ean : 9782914773768.

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