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La Dimension du sens que nous sommes

Réflexes primitifs, l’Europe de Peter Sloterdijk

4 Avril 2019 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique, #essai, #essais

Autant le dire, je ne suis guère convaincu par les propos de Sloterdijk, s’affirmant «conservateur de gauche» et stigmatisant cette fois encore une Europe par trop accueillante tout particulièrement au regard de l’immigration en provenance des pays africains, et qui se consumerait désormais en une aide vaine aux pays émetteurs… Alors qu’il lui faudrait tout simplement «désamorcer la bombe démographique» africaine ! C’est faire peu de cas de la responsabilité historique de l’Europe qui, après avoir pillé l’Afrique (qu’elle continue allègrement de piller), devrait dénoncer sans relâche la corruption qu’elle y a installée !  On ne peut qu’être frappé par la violence de ce texte, véritable éructation célinienne, daté de l’année 2016 et réédité ici parmi un ensemble d’autres textes plutôt disparates, sinon décousus et qui tous, au fond, ont pour mission de tenter de réhabiliter notre philosophe érigé à la gloire de plus grand philosophe européen contemporain… On y voit donc Sloterdijk abattre ses cartes, stigmatisant comme jamais l’humain, « toujours prompt à se vautrer dans l’ignominie ». Certes, à la marge et construit, poussé à l’être veule par une classe politico-médiatique jamais en manque d’abjection. Cette courte éructation de Sloterdijk contre les attaques dont il aurait été «victime» en Europe à propos de ses prises de position sur l’immigration, n’a en fait d’autre but que de le disculper d’avoir si mal examiné la question. Et on ne peut être que frappé par la violence  du ton pamphlétaire qu’il déploie pour défendre cette Europe des Traités dont il prétend qu’au fond, elle peut parfaitement fonctionner avec 30% de participation électorale : «l’Europe, affirme-t-il, est une réalité si forte qu’elle n’a pas besoin de devenir populaire». Du reste, elle se passe fort bien des européens, tant ses décrets et lois en bloquent toute contestation… On l’aura compris, Sloterdijk défend l’Europe contre les peuples européens, toujours suspectés de sottises à ses yeux. Et ce faisant, notre philosophe défend une conception particulièrement féroce d’une Europe insérée dans la société mondiale contre le gré de ses populations. Ce qu’il exclut de son champ de réflexion, c’est toujours la question sociale. Et de vilipender ces populations, qui ne savent pas s’élever au-dessus du niveau de «la tribu», à peine à celui, désuet à ses yeux, des «nations», quand en réalité nous devrions tous nous expatriés de ces cadres... La société contemporaine, à son dire, se devrait de ne plus être jamais « nulle part auprès d’elle-même », et perdre définitivement sa capacité à rassembler, un frein autant pour l’économie que «le progrès de l’humanité». Exit les nations, les régions, le sentiment national bien sûr, le sentiment d’appartenance à une histoire : tous consommateurs, il nous faut nous dé-soler, et nous défier des quelques rares médias qui tentent encore de produire l’effet peuple, l’effet nation. En ligne de mire de cette pensée réactionnaire : les mouvements sociaux, néfastes à ses yeux, qui tous tentent encore de créer du Commun. Et Sloterdijk de stigmatiser les rares médias qui essaient de soutenir à bout de bras l’idée de Peuple, en envoyant, affirme-t-il, jour après jour des signaux de stress aux membres de ces communautés. Balayons tout cela, soyons résolument post-modernes, repoussons ces idéaux imbéciles de solidarité, devenons chacun notre propre start-up, communicant exalté de nos gloires éphémères. Enfin… ce n’est pas si certain, parce que Sloterdijk voit aussi dans ce mouvement se dessiner le cynisme qui a perdu les sociétés occidentales. L’éructation est confuse : il faudrait se défaire de ces cadres, pour en accepter un plus ancien, celui de la soumission au philosophe-roi… Ce sont les foules, au fond, que Sloterdijk exècre – le mot n’est pas trop fort. Ces foules incapables de reconnaître les sages et tout particulièrement LE sage éclairé qu’il est, nécessairement placé au-dessus du remugle quotidien, de la multitude imbécile. «Seul le sage éclairé sort de la caverne pour se placer dans la lumière des idées». Alors, face à l’aveuglement universel, il ne reste qu’une seule issue pour lui : contrer cette rage populaire qui a surgi avec et depuis la Révolution française...

Réflexes primitifs, considérations psychopolitiques sur les inquiétudes européennes, Peter Sloterdijk, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, éditions Payot, 15 mars 2019, 172 pages, 16,50 euros, ean : 9782228923613.

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Beckett, 27 juillet 1982, 11h30, Michel Crépu

3 Avril 2019 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #LITTERATURE, #en lisant - en relisant, #essais

Un hommage. Exercice toujours périlleux quand il s‘agit de Beckett, qui a le don de vous renvoyer à votre propre bêtise… Beaucoup d’embarras donc pour commencer, sinon  de fatras. Beaucoup de maladresse, Crépu K.O. avant même de monter sur le ring du fameux 27 juillet 82, tournant autour, tardant, repoussant à plus tard le récit de ce fameux rendez-vous. Rencontrer Beckett ! A l’époque, moins Beckett en fait que l’homme qui avait vu Joyce, qui lui avait parlé, qui l’avait côtoyé… Joyce donc en 82, Beckett en accessoire. L’immense Beckett. Beckett qui jeune, se voyait bien secrétaire de Joyce. Après tout, il avait tout vu, tout lu. Beckett si impressionnant. Crépu se rappelle Godot et ce qu’en écrivait Anouilh : « Les pensées de Pascal jouées par les Fratellini ». C’est ça, oui, tout à fait ça. Beckett si cultivé, annotant Goethe, Dante, son interlocuteur. Beckett croisant Sartre à Paris dans l’escalier de Normal’Sup. Il ne signera pas l’Appel des 121. Ne fera pas le déplacement pour le Nobel. Sans bruit. Sans raison. Préférant voyager à vélo par monts et par vaux, traversant la France à vélo. Crépu se rappelle, sort de sa poche cette photo des éditions de Minuit où l’on voit Beckett s’ennuyer drôlement. Beckett racontant Lucia Joyce, qui était un peu amoureuse de lui. Et Ussy, sa maison de campagne, que fréquentaient Jasper Johns et Bram Van Velde. Tout de même : Beckett résistant pendant la guerre. Sans bruit. Seulement bon qu’à écrire, comme il devait l’avouer plus d’une fois. Mais quelle écriture ! En 1953, on joue Godot au théâtre. Un choc, ce charabia ! On connaît un film de lui, et puis des pièces de plus en plus courtes. « Est-ce que quelqu’un est au courant de la marche à suivre ? »… Comment vivre ?... « Non, ça n’a pas l’air »… Alors son œuvre, ce «quand même» décisif et ce qu’il nous reste d’ébahissement devant. Tout. Crépu nous livre peu à peu, au-delà de son émotion, l’interminable Beckett. On n’en a jamais fini avec lui, même s’il nous avoue qu’un jour, il a cessé de le lire. Beckett, ses phrases si brèves. Ouvragées. Rien de messianique et cependant… Non. L’Histoire ? On ne sait pas pourquoi. A l’image de Molloy qui doit voir sa mère et ne sait pas pourquoi. Reste son langage, inouï. Qui ne cesse de toucher au plus juste de ce que le langage permet. D’échouer. Échouer… la grande affaire de l’humanité. Naufragée, abordant pourtant toujours en quelque contrée inconnue, comme Crépu après toutes ces années, s’essayant à nous parler de Beckett. Échouant à son tour semble-t-il : «Beckett n’a pas trouvé son lecteur magistral». Vraiment ? Ni en France ni nulle part ailleurs ? Rien. Beckett indemne, toujours, résistant à toute interprétation. Alors finalement, comment était ce 27 juillet 82 ? Pinget avait conseillé à Crépu d’écrire à Beckett. Courtois, bienveillant, Crépu avait été fasciné par son regard si doux, si bienveillant. Le prétexte, c’était un mémoire universitaire, que Crépu n’écrira pas du reste. Lire, seul, le retenait déjà. Donc Beckett, en chair et en os, au PLM Saint-Jacques. Crépu nous en livre très peu, magnifiquement. Pour nous parler ensuite de son père. Comment c’est, le sommet de la littérature ?... Seule la littérature est une chance unique. Que les héros de Beckett ont saisie, bien qu'ils ne soient que des rescapés. Comme nous tous.

Beckett, 27 juillet 1982, Michel Crépu, édition Arléa, mars 2019, 16 euros, 86 pages, ean : 9782363081810.

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Brutalités policières : le massacre des innocents…

2 Avril 2019 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Inutile de documenter le sujet, les images sont innombrables qui l’explicitent et seul l’aveuglement coupable des médias et de la Justice impose un doute qui ne peut être. Littéralement, les brutalités policières crèvent les yeux. Nous avons libéré les instincts les plus bas de ses forces armées, moins entraînées à combattre la violence qu’à la pratiquer elles-mêmes désormais. Le problème n’est ainsi pas uniquement celui du non encadrement des opérations de maintien de l’ordre, qui toutes sont devenues l’inscription d’un désordre féroce dans la cité, par le fait même des doctrines répressives qui y sont à l’œuvre. Le problème, c’est que théoriquement, la police ne peut exercer de violence qu’à des fins légales. Or ce que l’on découvre aujourd’hui, c’est que cette même police détient, sur le terrain, le pouvoir de définir elle-même ces fins. Les dangers d’un tel laisser-aller sont évidents, tout comme l’ignominie d’une telle autorité ne fait plus aucun doute : ses pouvoirs se sont étendus des «casseurs» aux braves gens, pris indistinctement pour cible. La violence à l’œuvre est bestiale, confuse, gratuite, arbitraire, désordonnée –pesons chacun de ces termes, qui ensemble révèlent une violence chaotique. Au final, la police française s’est mise à la disposition de fins en rien universelles : elle ne fait que protéger le Droit de l’oligarchie qui prétend en outre la commander et dont l’autorité sur ces mêmes forces de police n’est en rien légitime : tout peuple a le droit de manifester son désaccord avec le régime en place. La violence chaotique de la police française n’est ainsi que l’expression d’une violence conservatrice dont le seul but est de protéger les nantis. Walter Benjamin affirmait qu’en tant de crise politique, la police ne faisait que révéler le moment où l’Etat ne sait plus garantir, à travers l’ordre juridique, que sa volonté de détourner les richesses du pays pour le seul profit d’une poignée de parasites, déstabilisant jusqu’au fondement du Droit. Et c’est la raison pour laquelle nos forces de police, car ce sont les nôtres, ne peuvent plus intervenir que dans des situations juridiques confuses. On l’a vu avec l’affaire Geneviève Legay : une manifestation certes interdite, mais des personnes âgées que l’on ne peut charger brutalement, ainsi que le Droit français le commande. Peu à peu, jour après jour, cette crise que le pays traverse vide l’institution policière de sa substance. Sa violence est sans contours précis, sans limites. Une violence chaotique qui témoigne de la dégénérescence de nos institutions et qui procède du caractère problématique du Droit. En outre, l’impunité et le mensonge qui entourent les brutalités policières témoignent de ce que l’état français préparent les corps armés à soutenir les bases d’un pouvoir qui ne saurait désormais être troublé par une quelconque critique, d’un pouvoir qui saura imposer le silence et ses mensonges à une population enfin asservie.

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Fake news gouvernementales et mensonges d’état, mais… #PasDeVague…

1 Avril 2019 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique

Voici donc à quoi ressemble l’état français : un conseiller du président, Ismaël Emelien, travaillant à la Loi anti fake news, mais n’hésitant pas à (mal) bidouiller une vidéo pour disculper Benalla en se comportant comme un vulgaire barbouze digital,  une conseillère promue au rang de porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, affirmant le plus tranquillement du monde : "J'assume parfaitement de mentir", et cette lamentable affaire Geneviève Legay, voyant un procureur, un préfet, un président relayer les approximations douteuses d'une presse corrompue selon laquelle, non, Geneviève Legay n'aurait "pas été touchée par des policiers", et ce, malgré l'insistance et le nombre des témoignages, y compris dans les rangs de la police, et de vidéos repoussées d'un geste de dédain par cette même presse et ce gouvernement qui ne tient pour vrai que sa post-vérité hallucinée... L'état français est donc le théâtre des manipulations les plus grossières, qui nous ramènent au bon vieux temps des régimes totalitaires, commandant à son arme de destruction massive de la vérité, l'Education Nationale, qui sort tout juste d'une semaine de la presse au secours de ces médias qui nous font tant honte, de traquer (presque) partout ces infox, ces fake news qui tant nuisent à la démocratie... Fake news dont, rapports scientifiques à l'appui, comme celui de la CAPS/IRSEM (Les manipulations de l'information : Un défi pour nos démocraties - 04.09.18), on nous invite, gravement, à comprendre qu'elles sont essentiellement et dangereusement le fait des réseaux sociaux, non des médias traditionnels et moins encore de la presse papier : "Les manipulations de l'information ne sont pas nouvelles mais ont pris une dimension sans précédent en raison des capacités inédites de diffusion et de viralité offertes par internet et les réseaux sociaux, ainsi que de la crise de confiance que vivent nos démocraties. Ce phénomène (...) menace les démocraties et la souveraineté de leurs institutions." A un point tel que le gouvernement, grand producteur de fake news, n'a pas hésité à promulguer une Loi adoptée le 20 novembre 2018, dite Loi organique contre la manipulation de l'information, que le Conseil Constitutionnel valida le 20 décembre 2018. Au plus vite donc, comme s'il y avait péril en la demeure... Mais que penser d'un législateur incapable de tenir lui-même le fil d'une vérité qu'il ne cesse de compromettre jour après jour ? Que penser d'un gouvernement pareil et d'une Loi pareille, sinon qu'elle visait alors peut-être à nous livrer aux mensonges de l'état et de sa presse ? Et que penser d'une institution comme l'Education Nationale, contraignant ses enseignants à dénoncer la fabrique des fake news, sans jamais aborder le problème de ces mensonges d'état ?

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