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La Dimension du sens que nous sommes

Le Berlusconisme dans l’histoire de l'Italie, Giovanni Orsina

13 Septembre 2018 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #Politique, #essais

Le berlusconisme, pas Berlusconi, ni le Cavaliere, malgré la force de la propagande centrée sur sa personnalité, qui l’a porté et maintenu au pouvoir pendant près de vingt ans ! Vingt ans de marketing politique dont nous commençons, en France, à découvrir les effets délétères. Vingt ans «d’entreprise Italie», comme on nous exhorte aujourd’hui à célébrer l’entreprise France. C’est dire l’intérêt d’un tel ouvrage. Non pas tant pour révéler cette idéologie que nous connaissons bien, celle du fric, simplissime dans sa communication sinon grossière, mais pour mieux comprendre ce dont cet amoralisme est le nom. Le berlusconisme donc, que l’on aurait tort de prendre à la légère ou d’oublier sitôt disparu. Quelle idée républicaine (on ose à peine employer ce terme) recouvrait-il à travers son mépris affiché, assumé, revendiqué, des règles républicaines ? Même si l’ouvrage est passionnant pour les perspectives qu’il ouvre sur l’histoire italienne, ou au travers de ses études méticuleuses du lectorat berlusconien, il m’est apparu, certes dans une lecture orientée, plus passionnant encore dans son examen de la transformation des fondements du politique en Europe, dont il propose une explication inquiétante à travers l’épopée berlusconienne, depuis l’effort des néo-libéraux pour stériliser la vie politique nationale, jusqu’à la montée en puissance de l’hégémonie de la classe politico-médiatique. Explication que l’on peut sans la trahir appliquée à la France : à Droite, à Gauche, depuis Sarkozy, il n’a plus été question que de reprendre en main ces partis constitués pour en faire des outils de contrôle du haut vers le bas, aptes à rompre définitivement avec ce qu’ils auraient dû être dans une démocratie fonctionnant sainement : des outils de représentation de la base vers le sommet. Avec Macron et son mouvement, on a l’ultime caricature de ce qui se pratique en Europe désormais pour  geler le débat d’idées. C’est le point de bascule de toutes ces pseudos démocraties qui ont dérivé déjà vers ce «libéralisme d’extrême droite» que décrit si bien l’auteur, en enterrant définitivement le but qu’un Popper fixait au politique dans un régime démocratique : celui de privilégier la question de savoir comment contrôler celui qui gouverne, plutôt que celle du prochain Caudillo à suivre. Quant au berlusconisme, au fond, il n’aura pas été un échec si on lit bien l’ouvrage de Giovani Orsina, en ce sens qu’il n’a jamais cessé de peaufiner son Plan B : l’héritière du berlusconisme, c’est l’extrême droite.

Le Berlusconisme dans l’histoire de l’Italie, Giovani Orsina, Les Belles Lettres, préface et traduction de Frédéric Attal, mai 2018, 328 pages, 21 euros, ean : 9782251448312.

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Paroles Philosophiques, Edgar Morin

11 Septembre 2018 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #entretiens-portraits, #essais

Un abécédaire sonore égrenant 26 thèmes philosophiques, sociologiques et finalement biographiques. L’abécédaire sensible d’un homme apaisé, qui néanmoins n’a pas peur d’en appeler encore et toujours à l’espoir, sinon la résistance, et cela bien que son sentiment soit des plus pessimiste désormais : c’est qu’Edgar Morin s’est convaincu que tout cela finira mal. «Tout cela»… A commencer par notre incapacité à dépasser un modèle économique néolibéral qui nous mène droit dans le mur d’une philosophie aux yeux de laquelle l’humain n’est qu’une variable d’ajustement. A poursuivre dans notre incapacité à rompre avec l’épuisement des ressources naturelles, voire notre refus à réaliser l’imminence de la catastrophe écologique qui se profile - rappelons que le Golf Stream est en train de faire ses adieux à l’Europe, et que nous y sommes donc, déjà... Tout cela parce que les forces à l’œuvre sont trop aguerries, trop intégrées, trop systémiques pour qu’on puisse leur résister efficacement. Sinon quand il sera trop tard, ou à peu près trop tard, Edgar Morin pariant sur un ultime sursaut fécond lorsque tout se jouera cruellement : comment ne finirions-nous pas en effet par en prendre conscience ? Au plus fort de la confrontation qui arrive, comment l’invraisemblable pourrait-il ne pas surgir, l’improbable sortir ?

Grand prix de l’Académie Charles Cros, cette mémoire éditée par Frémeaux le mérite amplement. L’Académie, fondée au lendemain de la guerre de 39-45, ne s’est-elle pas donnée pour mission explicite de préserver, justement, ces paroles aujourd’hui presque inaudibles et qui demain résonneront à nos oreilles comme l’écho d’une sagesse disparue ?

Paroles philosophiques, Edgar Morin, Frémeaux & Associés, collection Notre mémoire collective, Production Alain Siciliano, 3 CD et un livret de douze pages, ean : 3561302567525.

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Irons, Ingénieur conseil, Luc Brahy & Tristan Roulot

10 Septembre 2018 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #en lisant - en relisant

Une histoire de pont. Qui s’effondre. Aux States. Pas en Italie. Et au Canada. Mais aux Etats-Unis d’abord, en décembre 1967. Le pont de Point Pleasant. Il pleuvait ce jour-là. Le pont était encombré. Dans une voiture, une famille : la mère, le père et trois garçons. Un grand bruit de ferrure qui lâche et puis le pont s’écroule, précipitant dans le fleuve à des dizaines de mètres plus bas une centaine de véhicules. Dont celui de cette famille. Qui tombe et sombre sous l’eau. Sous la pression, impossible de casser les vitres. Le père a la présence d’esprit d’attendre, de donner les consignes et d’ouvrir manuellement la vitre avant pour se libérer de cette pression. L’eau s’engouffre. « On s’en sortira tous ». Un seul survit : Jack Irons. Ellipse. On le retrouve adulte, ingénieur des ponts et chaussées. Il construit des ponts. Les détruit aussi. Ce jour-là, il traverse le pont de la Confédération, au Canada. Treize kilomètres à trente mètres au-dessus des glaces du grand Nord. En taxi. Un pont jamais fini, qui s’écroule. Son taxi a pu s’arrêter, pas la voiture qui les suivait, qui fonce dans le vide. La police enquête. Une jeune inspectrice qui a aussi un casse au camion bélier à gérer dans son secteur. Le pont. Les soupçons se portent sur la société qui l’a bâti, à l’économie, comme toujours. Comme partout dans le monde. Ne fermons pas les yeux : ces sociétés n’entretiennent plus les ouvrages et partout dans le monde des milliers de ponts sont appelés à s’effondrer. Le dénouement sera féroce, inattendu. Le personnage central, chargé, solitaire, baroudeur, portant toujours sur ses épaules les stigmates de la tragédie vécue enfant, séduit. La narration est traitée en ellipse, en silence, en cases fortes au dessin sans appel, laissant assez de blanc entre les temps du récit pour laisser le lecteur éprouver sa lecture.

Irons, 1/ Ingénieur Conseil, dessins de Luc Brahy, scénario de Tristan Roulot, couleurs de Hugo Francis, Le Lombard, collection troisième vague, avril 2018, 56 pages, 12,45 euros, 9782803671847.

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