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La Dimension du sens que nous sommes

Le Chemin du sacrifice, de Fritz von Unruh

6 Octobre 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

 
Fritz von UnruhL’ouvrage, écrit au cours de la bataille de Verdun, fut immédiatement censuré. Il ne paraîtra qu’après la guerre. L’état-major allemand avait confié à l’auteur la tâche d’écrire une chronique de cette bataille. Devant l’horreur et l’absurdité de l’engagement, Fritz von Unruh choisit de dénoncer la cruauté de cette guerre à travers le destin d’une compagnie dont les hommes allaient devoir affronter la terreur de l’assaut.
Tout commence par la préparation d’artillerie. Un millions d’obus sont tirés en vingt-quatre heures… L’assaut sera donné sur les bois des Fosses, Beaumont. En face, l’état-major français a décidé de conserver Verdun. Coûte que coûte. Fer sur fer, ordre barbare sur ordre barbare. La compagnie de Fritz prend donc le chemin du sacrifice.  «Nous mangeons et engraissons pour fertiliser cette aube qui approche en nous, dévoilant sa poigne : Verdun». La nuit des temps, en chair et en os. Partout déjà des crânes défoncés, des corps pourris et «la grande fraternité des tombeaux à ciel ouvert». C’est cette communauté solennelle des morts que nous décrit l’auteur, tandis que les gaz exécutent leur danse macabre autour des survivants. Le roman croise une foule de personnages que l’auteur ne parvient pas à prendre le temps de nommer. Ils tombent aussitôt, ne font que courir et mourir. Le vicaire, le serveur, le tambour, le comédien et tant d’autres. C’est quoi l’honneur, dans ces conditions ? Celui de parvenir à verser son sang parmi le flot continu du sang versé ? L’objectif des troupes d’assaut est simple, efficace : mourir. Les ordres donnés, personne ne sait où aller vraiment, sinon tout droit, courir quelques mètres avant de s’écrouler. C’est cette géographie sinistre que décrit le roman : des montagnes de cadavres qu’un général grandiloquent observe derrière ses jumelles. Verdun n’est la promesse de rien. Place pour ceux qui ont entre leur main la foi des autres… D’une tranchée l’autre, un soldat allemand hurle : «Vous tenez à rester ennemis ?» En vérité, il n’y a plus rien à faire qu’aller au bout de l’absurde pour sceller le massacre de toute la jeunesse européenne. C’était ça 14-18 : le massacre légalisé de la jeunesse. Cet inéluctable sanglant. Chacun simplement à la recherche d’une sépulture sur le champ de bataille, à l’abri des vagues de rats qui l’envahissent sitôt la mort installée. Les seuls à guetter avec impatience le feu de l’assaut. Le champ de bataille ressemble bientôt aux viscères à nues du festin des rats. «Beaumont, dans quelle nuit as-tu sombré?», s’écrit Fritz. La mort a recouvert tout le destin européen.
 
Le chemin du sacrifice, de Fritz von Unruh, La Dernière Goutte Editions, coll. Littérature générale, 13 mars 2014, préface de Nicolas Beaupré, traduction de Martine Rémon, 239 pages, 19 euros, ISBN-13: 978-2918619185.
 
 
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Algérie 1954–1962, la sale guerre, Gérard Dhôtel, Jeff Pourquié

3 Octobre 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 
guerre-d-Algerie.jpgLa Guerre d’Algérie racontée aux collégiens, par un écrivain et un dessinateur qui ne l’ont pas connue (le plus âgé est né en 1955), mais en ont héritée à travers leurs parcours familiaux en particulier. De cette guerre dont on se refusait à dire le nom, ils ont conçu une histoire sans fard, affrontant ses dimensions les plus viles, dès le début de la colonisation dévoilant enfin l’état de misère absolue dans lequel cette conquête plongea les autochtones. Tout y est bien sûr, de cette vérité que l’on refusa d’écrire longtemps en France. Les dates essentielles, l’empire colonial, Jules Ferry déclamant que «les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures», tout comme de la résistance très précoce des populations civiles. Avec, déjà, bien avant la torture, les exactions sans nombre que subirent les algériens, dont cette pratique ignoble des «enfumages» de paysans gazés dans les grottes où ils se réfugiaient. Les grandes figures de la résistance algérienne prennent aussi dans cet ouvrage une dimension réelle, d’Abd el-Kader à Lalla Fatma, l’égérie de Djudjura. Le tout signant une souvenance sans appel, qui nous convie par exemple à réaliser que de 1830 à 1871, la population d’Algérie chuta de moitié, victime de la famine imposée par le colonisateur, et ses exactions. Mémoire oubliée aujourd’hui, qui voudrait opposer la période barbare de la guerre proprement dite à un temps édénique de valorisation et d’organisation de la colonie de l’autre côté de la Méditerranée, quand dès les années 1830 fut mise en place une politique de repeuplement du territoire inaugurée par la confiscation des terres des algériens et la construction de villages «blancs» exigeants de leurs serfs l’abjuration de leur religion. Ce jusqu’au code de l’indigénat de 1881, qui scella une fois pour toute le déshonneur français. L’histoire se poursuivit ensuite comme l’on sait, avec la montée de l’insurrection et la torture élevée au rang de stratégie militaire, dénoncée dès 1955 par une poignée de journalistes courageux.
 
 
Algérie 1954–1962, la sale guerre, Gérard Dhôtel, Jeff Pourquié, Actes Sud Junior, septembre 2014, 112 pages, 15 euros, ISBN 978-2-330-03464-1.
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Pour les Musulmans, Edwy Plenel

2 Octobre 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 
edwy-plenel-musulmans.jpgPour être franc, je n’aime pas Edwy Plenel. Je ne l’aime pas depuis son long article du Monde contre le «non» majoritaire des français au projet de Constitution européenne du 29 mai 2005, insultant ses propres lecteurs quand la bêtise était justement de vouloir cette Europe qui nous a conduits dans le mur que l’on sait. Je ne l’aime pas, mais peut-être que le livre qu’il vient de signer sera-t-il de quelque utilité à une cause des plus urgentes : celle de la lutte contre le racisme anti-musulman.
C’est donc aux élites et à la banalisation de ce racisme que s’en prend Edwy Plenel. Une islamophobie qui, à ses yeux, rappelle le prétendu «problème  juif» d’avant la catastrophe européenne, la préparant aveuglément. Une prise de position salutaire, dans un pays tout entier inféodé  à «la langue de la bienséance des discriminations». Finky en tête de gondole, parti grotesquement en croisade au nom de ses «souchiens» de compatriotes, rejoint sur son sentier de peu de gloire par un Renaud Camus vociférant son «grand remplacement», et l’on en passe, de ceux que l’ère buisson-sarkozy a pu ravir. Ce sont ainsi surtout les passions de la France raciste d’en haut qu’il relève, à juste raison, encourageant une montée spectaculaire des violences contre les français d’origines maghrébine, boucs émissaire du XXIème siècle. Un racisme qui est le fruit conscient d’une politique sciemment conduite, déguisé sous le terme hypocrite d’islamophobie, inventé pour dissimuler l’ampleur de cette discrimination qu’il désigne en vrai. Le marqueur musulman aura ainsi supplanté le marqueur juif dans une France d’en haut décidément douteuse. Une France crapuleuse, hypocrite, autorisant derrière sa prétendue défense de la laïcité toute cette nouvelle droite (socialiste) à user des mêmes bon vieux réflexes de la pire nation que nous ayons portée en nous… La laïcité… Un cache-sexe pour autoriser d’être raciste sans avoir encore à trop l’exposer. Un cache-sexe spécifiquement républicain, socialiste, sanctifiant l’hégémonie du discours raciste de la classe politique. C’est une alarme donc, que lance Plenel : l’engrenage est en place, qui engage la responsabilité des médias et des politiques. Un engrenage alimenté aujourd’hui par Valls après Buisson, désignant une religion comme ennemi de la démocratie. Valls parti en guerre à son tour contre une partie de la population française, celle qui réside dans ces fameux quartiers dits «sensibles», parce que «populaires» sans doute. Que l’on comprenne bien le sens de ces transgressions qui, de la Droite à la Gauche n’ont suscité aucun remous dans la classe politique : même dérive générant des tensions sociales sans précédent, Valls évoquant désormais un «ennemi intérieur», sans rire : une idée qui avait fait florès au temps de la Guerre d’Algérie !  La triade UMP, PS, FN solidaire sur ce front, a fait sienne le conseil d’un Carl Schmitt, ce théoricien du nazisme, confiant aux hommes politiques de son temps qu’est «souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle» (Théologie politique, 1934). A ce compte, oui, ils sont bien souverains, avec la complicité des médias, de tant travailler à créer de toute pièce les conditions de l’exception française : la chasse aux rroms et aux musulmans…
 
Pour les Musulmans, Edwy Plenel, LA DECOUVERTE, 18 septembre 2014, Collection : CAHIERS LIBRES, 135 pages, 12 euros, ISBN-13: 978-2707183538.
 
 
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