François Hollande, ou l'évaporation du Pouvoir...
On se rappelle la conférence de presse de François Hollande offrant à Léonarda un choix scandaleux et plus piteusement encore, lui proposant de décider là où lui ne savait pas le faire. On se rappelle les annonces puis les reculades du gouvernement Ayrault à propos de la levée d'un nouvel impôt sur l'épargne populaire. Quel contraste, ces tergiversations, avec l'agitation brutale d'un Sarkozy. Ni Chef ni Sauveur, Hollande se mettait à incarner le Pouvoir évaporé, incapable cette fois de dissimuler que son gouvernement n'avait pour seule vocation que de servir les intérêts de l’élite fortunée, avec une mauvaise foi confinant aux œuvres de basse rapine.
Décidément, l'histoire des libertés ne peut être que celle des luttes et des conquêtes populaires.
Le changement, affirmait Hollande, c'est maintenant... N'en doutons pas : il arrive. Mais il sera celui qu'un mouvement social enclanchera, dans le prolongement du symptôme que fut son élection à la Présidence de la République : celui de l'attente d'un vrai changement. Non cette farce qui tourne court, inquiète d'éteindre partout les révoltes qui surgissent, loin du trouble même que provoque en France l'émergence, en guise de sentiment national, d'une mentalité déchirée. Une mentalité déchirée plutôt que simplement manipulée, où désormais la nécessité de la désobéissance est devenue une nécessité fondatrice du vouloir vivre ensemble. Car si l’époque moderne a été celle de la Loi, sans doute est-il grand temps de passer à celle de la Justice.
Hollande avait cru pouvoir jouer d'un simple élément de langage pour se faire élire : le changement, maintenant, levant un espoir dangereux aux yeux des élites. Mais voilà qu'il ne veut pas voir que l'espoir levé était en fait le symptôme d'une sourde et puissante revendication sociale qui se cherchait. Pour espérer, on n’a pas besoin de certitudes : on a besoin de possibilités, comme l’invite à le penser le sociologue Luc Boltanski (Critique de la critique). Mais c'est Yves Barel, ce sociologue français oublié, qui pourrait bien avoir eu raison : le silence des «minorités invisibles» a trop été assourdissant en France, pour ne pas bientôt surgir au grand jour.
Yves Barrel :
http://joel.jegouzo.over-blog.com/article-dissidence-sociale-et-marginalite-invisible--43604149.html
ALORS, LA COLERE, DE NOUVEAU ?
Notre sort dépend maintenant du degré de colère que nous pourrons atteindre, pourrait-on dire aujourd'hui, en paraphrasant l'invective de L. Kramer, le 14 mars 1983, (repris dans New-York Native), lors d’une réunion d’Act Up N.Y. Mille questions se posent donc à nous, qu'il nous faudra bien relever...Comme de savoir si devant le danger du mépris qui plombe les revendications sociales, il faut oser de nouveau la colère.
Comme de s'interroger sur le prix à payer pour être entendu par les pouvoirs politiques. Ou de savoir où situer la lutte désormais, quand les Lois de la République invitent pareillement au silence et à la normalisation hâtive de contestations en réalité radicales.
Quoi, aujourd’hui, de l’identité de ce sujet collectif : notre misère sociale et politique ?Faut-il changer le cadre de la légalité républicaine, plutôt que de se contenter de replâtrer l'univers mensonger du discours politico-médiatique dominant ?
La possibilité de la contestation ouverte, revendicative, si l’on en croit le sociologue Boltanski, ne trouve à s’épanouir que dans un horizon où ce désir paraît jouable et non enfermé dans l'étau d'un échec possible. Mais cet horizon ne s’ouvre jamais d'abord que comme espace d’un imaginaire collectif partagé. Quelle visibilité lui donner donc, aujourd’hui, pour qu’il puisse prendre forme dans une société dominée par des médias vendus à l’ordre dominant ? Partout des luttes, des dissidences, des expériences se sont ouvertes, dont il faudrait témoigner enfin : l'espoir à portée de mains, derrière cette colère qui monte.