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La Dimension du sens que nous sommes

LE BARBELE : UNE GESTION BARBARE DE L’ESPACE POLITIQUE

6 Juin 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

golan.jpgLe barbelé est destiné aux êtres vivants. Pas la palissade par exemple, qui ferme les enclos. Ni la clôture, destinée aux animaux. Le barbelé, lui, est même spécifiquement destiné aux êtres humains. Il ne sépare pas : il veut les atteindre. Dans leur chair. Leur donner une leçon. Les atteindre dans leur sensibilité. Pour produire de l’animalité, qui justifiera bientôt les moyens barbares employés pour la réduire. Déchirer, littéralement, tel est son sens. Porter un coup décisif à la capacité de souffrir de ce qui fut un être humain. Que son corps devienne celui d’une bête sauvage. Le barbelé est fait pour animaliser l’humain, prélude à l’exercice d’une violence sans frein.

gunatanamoC’est pourquoi il fonctionne comme un opérateur visuel superposant l’image de l’animal à celle de l’homme. Moins une prévention qu’une menace. Hic sunt leones. Il ébranle le statut de celui qui s’y aventure. Et s’il se dresse aux frontières de certaines unités étatiques, c’est pour produire une distinction entre ceux qui restent des hommes et ceux qui n’en sont plus, s’affirmant l’instrument d’une gestion barbare de l’espace politique. Car la clôture qu’il désigne est définitive qui, produisant une différence dans l’espace, exclue celui qui se trouve de l’autre côté de toute condition civique et politique, voire de toute condition métaphysique : il n’est plus rien. Une bête vouée à mourir. Le barbelé, qui refoule l’extérieur, s’affirme comme un opérateur de sélection, de ségrégation entre ce qui doit vivre et ce qui doit mourir, où l’étranger passe de la figure classique de la simple altérité à la figure du monstre, ou de l’ennemi absolu, fut-il désarmé, fut-il un civil en quête d’une vieille revendication légitime. Et pour l’y préparer, entre deux champs de frises de fil de fer barbelé, le no man’s land, qui est ce lieu du passage des hommes qui deviennent des morts en sursis quand ils s’y aventurent. L’invention d’un lieu de non-droit, international d’abord, national ensuite, où l’homme n’est plus qu’une matière survivante déshumanisée. --joël jégouzo--

 

 

http://www.joel-jegouzo.com/article-32386776.html 

Histoire politique du barbelé , de Olivier Razac, éd. Flammarion, coll. Champs Essais, oct. 2009, 220 pages, ean : 978-2-081217015.

images : Golan, civils palestiniens tentant d'entrer sur le plateau. Plus de 20 morts, le dimanche 5 juin 2001.

Guantanamo.

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William S. Burroughs and Brion Gysin, The Third Mind (pour Jean-Paul)

5 Juin 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

burroughs2“Take a page of text and trace a medial line vertically and horizontally.

You now have four blocks of text : 1, 2, 3 and 4.

Now cut along the lines and put block 4 alongside block 1, block 3 alongside block 2.

Read the rearranged page.” (The Third Mind p.14)

 

 

 

Truth is here when all words are rubbed out, même s’il n’y a pas de mot à craindre quand on les sort du temps.

Il me semble que tu l’avais vu, à Paris, dans les années 90, riant de se draper encore si bien en lui. J'attendrai ici. Nous voyagerons dans le temps, mais pas trop : je reviens moi-même d’un voyage de mille ans. Qu’on siffle un verre. Ce qu’il reste d’être. Un nouvel imaginaire peut-être.

 

 

 

William S. Burroughs and Brion Gysin, The Third Mind (1965), Crayon, gelatin silver prints, letterpress, offset lithography, and typescript on graph paper. Los Angeles County Museum of Art.

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INDIGNEZ-VOUS, REVOLTEZ-VOUS, AUX AFFECTS CITOYENS !

4 Juin 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

lordon.jpg
On le connaissait sociologue, on le découvre dramaturge. Frédéric Lordon signe une pièce de théâtre sur un sujet qu’il connaît bien : celui de la prétendue crise financière que nous venons de traverser et dont les séquelles marquent et marqueront encore nos années à venir. Crise prétendue en ce sens qu’elle a été provoquée par les milieux financiers, non pour se tirer une balle dans le pied mais nous tirer une balle dans la tête : grâce à la rhétorique mensongère des élites, ils ont réussi à empocher deux fois leur mise, une première en provocant cette crise, une seconde en nous donnant l’addition à régler. Une comédie donc, en alexandrin pour en souligner l'indécence, incontournable figure d’une coutume du vieux monde cultivé pour nous faire avaler ses couleuvres. L'immobilier s'écroule ? Les riches s’en mettent plein les poches. Il remonte ? Les riches empochent les dividendes. Le banquier se réjouit de ce que le monde se porte mal, de ce que le monde se porte bien. Il se réjouit de ce que la presse ne cesse de porter si haut l’étendard de sa (prétendue) liberté : elle aidera le commun à avaler ses couleuvres, vautrée dans la fange du mensonge, il s’en fout : à mort les pauvres !, tout le reste n’est que littérature… Seule l’apparence compte. Toujours sauve, voyez le pitre BHL dissimulant sa société d’exploitation des forêts africaines avec la complicité d’à peu près tout ce que Paris compte d’approximatifs intellectuels. Les riches sont épatants du reste, à laisser les journalistes camper aux portes de leurs demeures –tant qu’ils lèchent les bottes, le gousset est sauf. N’ayons pas peur d’user d’une telle vulgarité : la domination inventée par les néo-libéraux est d’une vulgarité plus grande encore.
Acte 1 scène 1, le bureau du Président. L’actuel. La Dette publique explose ? Zéro problème, on fait combien ? Ah, quand même… Rigueur pour les autres, l’alexandrin bouffon, on enverra les intellos leur expliquer qu’il faut se sacrifier, que tous doivent se sacrifier –enfin, presque tous, faut pas exagérer quand même. Et ces derniers de s’empresser, nous assommant d’idées toutes plus généreuses les unes que les autres, pleines de promesses d’avenir, tenez : la croissance est déjà à nos portes, demain vous roulerez mieux, dans notre farine…
Je ne sais pas si la pièce est une réussite théâtrale. Mais la postface mérite son détour, quand Frédéric Lordon revient à ses amours, l’écriture sociologique mâtinée d’humeur. Armé de Bourdieu et de Spinoza, voilà qu’il se lance dans une réflexion réjouissante sur la question de l’Idée, cheval de bataille du demi-intellectuel, une spécialité de chez nous. Eh bien non, les idées, surtout les grandes, n’ont jamais porté grand chose, ni moins encore mené bien loin sans le secours des affects. Car seuls les affects peuvent doter les idées d’une force qu’elles n’ont pas. Une force extrinsèque au monde des idées, ce fonds de commerce brimbalant des intellos de service -commandé. Il serait temps de le comprendre : le pseudo dévoilement critique des universitaires ne dévoile rien à la vérité, tout comme les cris d’orfraie des tenants du tout culturel. Il faut lire ces quelques pages sur la débilité de la pure analyse pour comprendre combien nous abusent les belles âmes bigotes, agenouillées sur le parvis de cultures ossifiées. Car enfin, comment les idées se dotent-elles du pouvoir d’affecter ? Aristote l’avait bien vu en construisant sa rhétorique, seule capable de faire que les idées nous rentrent dans la tête, c’est-à-dire dans le corps, pour y produire leurs effets : l’accélération du rythme cardiaque et le dépli des jambes, l’indignation et la révolte enfin. La rhétorique des affects, seule, pousse au crime de lèse-majesté. Au fond, nous n’avons pas besoin d’idées : nous avons besoin d’affects, d’affections. On peut analyser la crise financière, ce dont ne se prive aucun média, mais in fine, nous savons qui paiera la facture. Les analyses sont faites pour faire passer la pilule. La crise, qui était au départ un délire de traders est devenue par un tour de passe passe crapuleux celle de la Finance Publique. Il n’y a pas jusqu’aux socialistes qui n’en soient convaincus, DSK parcourant l’Europe (quand il le pouvait) pour expliquer aux peuples appauvris qu’il est sage d’accepter de se serrer davantage la ceinture. Et quant à l’effondrement moral du néo-libéralisme qui a lieu sous nos yeux, on peut l’analyser sous toutes ses coutures si l’on veut, rien ne fera qu’on en vienne à bout par ce fil là. Il ne faut plus laisser la parole à ces chères élites qui ne cessent de s’auto-glorifier. Il faut monter des machines affectantes, nous dit Frédéric Lordon, un théâtre de la rue en colère, des samizdats à distribuer sous le manteau quand les journalistes ne font plus leur boulot, ces blogs que le Pouvoir haït tant, pour nous arracher à cet horizon du capitalisme relooké par le monde de la finance, qui n’est pas seulement tragique, mais haïssable au plus haut degré ! --joël jégouzo--.
 
D’un retournement l’autre, comédie sérieuse sur la crise financière, en quatre actes et en alexandrin, Frédéric Lordon, éd. Du Seuil, 136 pages, 14 euros, ean : 978-2-02-104577-2.
 
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DE BEN ALI AUX BASSES BESOGNES DU MILIEU POLITICO-MEDIATIQUE PARISIEN

3 Juin 2011 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

tunis-paris.jpgMain basse sur tous les secteurs de l’activité économique et sociale, de l’Education à la Défense, en passant par l’industrie et l’immobilier, comme de juste. Ben Ali ne faisait pas dans la dentelle, on le sait, et sa dictature camouflée en modèle de (presque) démocratie ne gênait en rien les autorités françaises, mieux : nos élites, patrons de presse, industriels et politiques tout disposés à lui prêter main forte aux pires heures de péripéties peu glorieuses pour la diplomatie française.
Nous découvrons ainsi, sans consternation, l’étendue de ce "ni droite ni gauche" qui écoeure tant désormais, DSK main dans la main avec MAM, Pasqua cul et chemise avec les conseillers du Président Narkosy, Peugeot, Orange et Séguéla à la manœuvre… Décidément, un grand ménage s’impose en France !
Seule interrogation : que des journalistes du Monde ou des grandes chaînes de télévision publiques n’aient trouvé que ce cadre éditorial pour révéler le gisant de ces compromissions… Comme si une chape de plomb recouvrait les tribulations de la vérité dans notre pays si mal inspiré, godillant en eaux troubles avec la complicité de ces élites qui n’ont au fond de cesse que de nous abuser pour mieux profiter de la rente que nous leur accordons malgré nous…
Un dernier mot tout de même, sur cette façon de faire des livres, en flux tendus crochetés à l’actualité, ne creusant rien à vrai dire, mais surfant sur une vague. L’éditeur semble se spécialiser dans le scandale politico-médiatique, une veine éditoriale désormais et c’est là ce qui devrait nous donner à réfléchir, surtout quand les acteurs de cette dénonciation sont ceux-là même qui auraient dû, aux postes qu’ils occupaient, dénoncer bien en amont de l’actualité les scandales qui venaient. On s’interroge aujourd’hui par exemple sur l’attitude du PS face aux casseroles que traînent un DSK depuis tant et tant d’années, tout comme un Lang ou un neveu d’ancien Président. Il leur faut donc attendre le scandale pour laisser entrevoir leurs propres contrefaçons ? A Droite ce n’est évidemment pas mieux et dans le milieu éditorial itou, comme si le paysage politico-médiatique s’était entendu depuis belle lurette pour sceller le sort de notre démocratie… Que l’on fasse maintenant des hits de tels scandales, sans aucune volonté politique derrière pour tenter d’y remédier à l’avenir, sinon les mêmes promesses récurrentes de laver toujours plus blanc, voilà qui en dit sur l’état de décomposition de ces élites, du moins celles qui occupent le devant de la scène politico-médiatique… --joël jégouzo--

Tunis et Paris, les liaisons dangereuses, Nicolas Beau et Arnaud Muller, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, mai 2011, 62 pages, 6,90 euros, ean : 978-2-35013-210-5.
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