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La Dimension du sens que nous sommes

RROMS : LA CHASSE CONTINUE.

10 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

le-tigre pourquoiLa chasse aux Rroms continue, en effet. Mais la plus ignoble des répressions n’est peut-être pas la plus visible, comme celle des expulsions, commodes à traiter pour les médias, à cause de l’action, du déploiement de forces, de l’agitation sur le terrain qui autorise de faire de belles images. La plus atroce est peut-être au fond ce qui suit et dont on ne veut rien savoir.

A Dijon par exemple, seule ville en France ou des Roms se sont retrouvés en prison pour avoir touché en toute légalité des aides de la CAF et de la CPAM, ou pour avoir accueilli des Roms quelques jours chez eux. Après des mois de prisons –vous lisez bien : des mois-, les non-lieux ont fini par arriver, sans même qu’un procès soit requis… Aucun des différents chefs d’inculpation ne tenait. Aucun média n’a relayé l’affaire.

A Montpellier, en août 2010, un camp de Rroms fut démantelé. La préfecture ne se soucia en rien du relogement des personnes déplacées, à l’exception des 3 jours réglementaires. Les enfants, en particulier, ne firent l’objet d’aucune mesure. Parmi eux, nombre de bébés, dont l’un présentait une pathologie nécessitant une surveillance médicale continue.

 

La page médiatique est tournée. On ne parle plus des Rroms. Ils n’occupent plus notre espace médiatique, donc ils n’existent plus. Pourtant la répression continue. La chasse reste ouverte. Grâce au silence des médias, on peut arrêter désormais en toute quiétude, arracher les enfants à leurs parents, séparer les pères de leurs familles, expulser, humilier. La machine est bien rôdée : il suffisait dans un premier temps de faire grand bruit autour d’eux, de laisser souffler l’inévitable vent de la consternation, de laisser s’agiter quelques journalistes en mal de copie, de faire le gros dos et d’attendre que le soufflet retombe. Les médias dictent leurs lois aux calendriers de la contestation, dirait-on. Il suffisait donc d’attendre qu’ils tournent la page, et l’on pourrait reprendre ses basses besognes sans plus d’entraves. L’Italie continue de les ficher, la France fait semblant de ne plus le faire. Et on ne sait toujours pas comment les nommer. Question de sémantique ? Pratique : derrière la confusion sémantique on peut laisser se profiler une réalité sociale fantasmatique. Là commence le racisme, sur le seuil de cette confusion sémantique. Rroms, gitans, roumains, gens du voyage… On ne sait pas trop. Alors que 4% des Rroms seulement sont nomades en Europe… C’est où chez eux ? Ah bon, ils sont français ? Ils sont européens ? Ils ne ressemblent pas… Un peuple tout entier subsumé sous la rumeur.

La revue Le Tigre a consacré en décembre 2008 un volumineux numéro consacré à la question Rrom. Très documenté, très instructif sur ce qu’il révèle de l’attitude des pouvoirs publics et de l’enracinement du racisme anti-rroms au cœur même de l’Administration française. De la construction du mythe positif dans l’équation gitan = liberté = musique = rebelle, de Cervantès à Hugo, en passant par Mérimée, la revue dévoile le prix qu’il en coûta aux Rroms même, d’avoit été enfermés dans cette image commode, taillée pour satisfaire nos besoins, et non pour comprendre leur vraie identité. Au-delà de ces manipulations identitaires, la revue nous éclaire encore sur les contorsions juridiques qui permirent aux politiques d’édicter des circulaires contournant allègrement les principes mêmes de la légalité républicaine. Ain si de l’appellation "gens du voyage", qui fut une appellation contrôlée made in France, mise en circulation par deux décrets de 1972, pour tracer le périmètre de tous ceux qu’il fallait écarter des villes… La législation française, y découvre-t-on, depuis 1972, n’a ainsi jamais cessé d’ancrer les Rroms dans un statut de paria. A lire et relire, pour mieux comprendre, peut-être, ce qu’il y a de crapuleux dans la dérive républicaine que nous connaissons, et quelles en sont les origines.--joël jégouzo--.

 

Le Tigre, nov.-déc. 2008, Dossier Rroms, 8 euros, ean : 978-2-357-19-004-7

http://www.le-tigre.net/

http://rebellyon.info/Revelations-sur-la-repression-des.html

http://lille.indymedia.org/article23526.html

http://www.romeurope.org/

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DU DUALISME CARTESIEN A LA PUISSANCE DU BIEN JUGER.

9 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

corps-machine.jpgLes sens, les sentiments, nous trompent. Le corps n’enseigne rien. La pensée et l’étendue sont, pour Descartes, des domaines hétérogènes. S’il y a union, c’est Dieu qui l’assure, tandis que l’homme la ressent comme un vécu. En cela, au fond, Descartes ne fait que reprendre et christianiser la conception de l’âme des grecs anciens, pour qui toutefois cette unité n’était que ponctuelle – à la mort, le nœud magique se défait, l’âme n’est plus. La pensée est chez lui devenue le siège de l’âme, mais qui ne cesse jamais d’être, même lorsqu’elle est interrompue. Le corps, lui, est une machine –idée poussée à son extrême dans la conception que Descartes se fait de l’animal, en qui la perfection de l’instinct révèle l’excellence de la machine.

La pensée est le siège de l’âme… Peu importe ici les conséquences, une seule m’intéresse : ce dualisme introduit finalement l’idée de la responsabilité du sujet devant l’erreur (associée du reste à l’idée morale de la faute). Le jugement droit manifeste le bon usage de la liberté, qui est la principale perfection de l’homme. Et la volonté devient, dans ce cadre, la démarche par laquelle, construisant son jugement droit, l’homme s’arrache à l’erreur et gagne en liberté. La recherche du vrai devient ainsi équivalente à la recherche du bien, une sagesse, la plus haute morale.

La conception que Descartes se fait de la raison est ainsi celle d’une sagesse toujours en progrès. La raison cartésienne, ou puissance du bien juger, devenant celle d’un homme fini qui aspire sans cesse au meilleur et ce faisant, ne cesse de s’élever au-dessus de lui-même.

Etre cartésien, c’est alors refuser l’autorité des préjugés, refuser l’autorité des maîtres. C’est initier un mouvement de protestation absolu contre toute forme de patristique. Descartes encourageait d’ailleurs lui-même ses lecteurs à ne rien accepter de sa philosophie qu’ils ne l’aient vérifié comme conforme aux principes de la raison.

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«INDIGNEZ-VOUS !» STEPHANE HESSEL

9 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

Indignez_vous-Hessel.jpgIndignez-vous du seul gouvernement français qui, depuis les années 40, ait osé publier une circulaire préfectorale ciblant ouvertement une population ethnique, et ne l’a retiré que parce qu’un commissaire européen menaçait de déposer plainte contre lui.

Indignez-vous du racisme anti-arabe qui, aujourd’hui en France, peut s’exprimer en toute impunité.

Indignez-vous.

Indignez-vous d’une justice qui, dans l’affaire Karachi, ne peut faire son travail.

Indignez-vous du sort réservé aux plus fragiles : immigrés, sans-papiers, sdf (a-t-on seulement jamais réalisé qu’un tiers d’entre eux étaient des travailleurs salariés ?), précaires (le chômage baisserait-il, que personne n’évoquerait la montée de la précarité en France).

Indignez-vous d’un Etat incapable de fournir du travail à ses jeunes.

Indignez-vous d’un Etat au sein duquel la comptabilité du chômage, alignée sur celle de l’Europe, par un tour de passe-passe cynique, gomme de ses registres des millions d’hommes et de femmes sans emploi.

Indignez-vous de l’arrogance des riches qui, en quelques années et surtout depuis leur fameuse crise financière, n’ont jamais accumulé autant de profits de leur vie, bien davantage que la génération de leurs parents, quand l’immense majorité de la population française a plongé dans les affres d’un avenir tel, que génération après génération, sa paupérisation s’amplifie.

Indignez-vous d’une école qui est devenue une école privée de la République et ne sert que l’ascension sociale des enfants de riches, au mépris de sa mission républicaine.

Indignez-vous de l’aveu des députés constatant, dans un rapport tout ce qu’il y a de plus officiel, que nos banlieues sont devenues non seulement des ghettos, mais qu’elles le resteront, et qu’au sein de ces ghettos, la situation des jeunes français issus de l’immigration est sans espoir.

Indignez-vous d’un système économique que l’on ne maintient pas sous perfusion financière, contrairement à ce qui peut être dit ici et là, mais que l’on entretient savamment parce qu’il n’aura jamais été aussi favorable à l’enrichissement des nantis.

Indignez-vous des discours fatalistes qui, au nom de ces dettes contractées par les Etats pour servir la finance internationale, recommandent que les populations soit saignées à blanc et sacrifient non seulement leur avenir, mais celui de leurs enfants.

Indignez-vous de ne pouvoir rien offrir de mieux à vos enfants que l’angoisse des années à venir et notre capitulation devant l’horreur qui leur est promise.

Indignez-vous de ne pas oser vous-mêmes ces mots d’horreur économique, de trahison politique, quand tout montre que le libéralisme économique n’aura été qu’une vaste conspiration contre l’humanité elle-même.

Indignez-vous, les raisons sont nombreuses, innombrables et leur nombre seul suffit à révéler l’iniquité, l’injustice, la faillite de la société que l’on voudrait nous voir cautionner, l’imposture d’un Etat qui refuse de dire son nom, d’une économie qui refuse de révéler ses fins, d’une démocratie dévoyée qui a épuisé ses fonctions historiques.

Multipliez les raisons d’être indigné, il sera temps, demain, d’en faire la somme.

Indignez-vous encore du retour de la faim dans le monde, à des niveaux jamais atteints.

Indignez-vous du silence qui accueille, toutes les 5 secondes, la mort d’un enfant privé de nourriture.

Indignez-vous de l’indifférence dans laquelle est accueillie la propagation ahurissante du Sida en Afrique.

Indignez-vous du sort réservé aux Palestiniens, Obama venant de refuser, hier, que l’on mette sur la table des négociations le gel des colonies et comme approuvant déjà par défaut le règlement inique qui semble vouloir se profiler, de créations de ghettos palestiniens avec lesquels Israël pourra vivre en paix, et les palestiniens mourir derrière de hauts murs d’où les cris de leur fin ne nous parviendront plus.

La question Palestinienne, voilà du reste ce qui a motivé le coup de gueule de Stéphane Hessel, 93 ans, ancien Résistant, ancien membre du Conseil National de la Résistance, ancien membre de la Commission ayant présidé à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen, juif critique d’un gouvernement israélien qui n’a pas ménagé ses appuis pour faire taire, à l’extérieur de l’Etat Hébreu, toute opposition à sa politique palestinienne. Stéphane Hessel, poursuivi en justice pour ces strictes raisons, par une invraisemblance ahurissante de l’Histoire !

Un texte court, percutant, plein d’espérance. Un vrai succès de librairie, porté par le seul bouche oreille –et ce seul fait suffit à nous rendre l’espoir : un vent nouveau souffle dans le pays, depuis peu, depuis le mouvement contre le projet de Loi sur les retraites en fait. Et même si une Loi inique a été votée depuis, pas même cette apparente défaite provisoire n’est venue à bout de l’exaspération massive soudain révélée au pays tout entier. L’exaspération et, mieux : l’espoir, oui, l’espoir, que les battements d’ailes immenses de l’Histoire n’ont pas été définitivement anéantis.

Stefan Hessel, debout, toujours, dans cette dernière étape de sa vie, insurgé, pacifiquement : la plus redoutable des insurrections au fond, comme il nous l’explique, parce qu’elle inscrit non pas l’exaspération comme seul horizon, mais une espérance fondée sur une démarche éthique, celle de la Justice.

Que toutes les indignations se fassent jour d’abord, il sera temps, ensuite, d’inventer les usages de leur force. Ne hiérarchisons pas ces indignations, laissons-les, toutes, s’exprimer. Elles portent le même socle. Témoignent des mêmes valeurs de vie. Multiplions les raisons d’être indigné, il sera temps, demain, d’en faire la somme. --joël jégouzo--.

 

Indignez-vous, Stéphane Hessel, Indigène éditions, coll. Ceux qui marchent contre le vent, octobre 2010, 30 pages, 3 euros, ean : 978-2-911939-76-1.

Courriel : editions.indigene@wanadoo.fr

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DE L’OBAMANIA FRANÇAISE…

8 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

badge.jpgOn se rappelle ces scènes de liesses feutrées lors de l’élection d’Obama, les bobos touchés par la grâce, arborant de superbes tee-shirts "Yes we can", rêvant que cette victoire était la nôtre, celle des forces de progrès, l’espérance d’un monde enfin plus juste… Mais qu’en fut-il réellement de ce Président des beaux discours, tant sur le plan extérieur qu’intérieur ?

Obama a mis fin à la guerre d’Irak, oui mais un an après les prévisions de Bush, et en laissant derrière lui les stigmates de son emprise, des villes militaires américaines fortifiées, entre autres. Il a mis plus ou moins fin à cette guerre donc, mais pour en démarrer une autre, en Afghanistan, où en une année, il lança plus d’attaques que Bush en huit ans…

Et sur cet autre grand dossier où on l’attendait, la Palestine, il y eut certes le discours du Caire, mais le silence après l’attaque israélienne de Gaza, le silence sur la reprise des implantations, l’isolement des cadres politiques palestiniens et l’enfermement de la population, toujours soumise à un blocus criminel. Si bien que ce que l’on voit se dessiner en Palestine, ainsi que l’écrit Tariq Ali, n’est rien d’autre qu’une politique visant à créer "des entités palestiniennes avec lesquelles Israël pourrait vivre et dans lesquelles les Palestiniens pourront mourir", à savoir un règlement pour le moins monstrueux de la question palestinienne…

Sur le front de l’intérieur à présent, prenons la mesure phare de la politique de santé d’Obama : la couverture universelle de santé. A quoi se résume-t-elle en fin de compte ? 8 millions d’américains supplémentaires seront couverts au lieu des 36 millions envisagés. Couverts, réellement ? En fait, cette couverture santé reposera sur des contrats de droit privé et non public, avec pour conséquence immédiate l’augmentation des cotisations des assurés et le maintien d’une pharmacie prohibitive, Obama ayant assuré les pharmaciens américains qu’il défendrait leur leadership sur ce marché… Autre conséquence : les choix et la qualité des soins proposés seront confiés à la discrétion des assureurs privés, lesquels, déjà, envisagent de ne plus couvrir les maladies les plus lourdes, les plus coûteuses, ou bien celles pour lesquelles les chances de survie du patient sont minces… Sacré progrès que cet eugénisme rampant, surtout lorsque l’on sait, études statistiques à l’appui, que les noirs américains par exemple, meurent des douze maladies pour lesquelles un traitement efficace existe aux Etats-Unis !

yes.jpgMais cette approche par le marché, conduisant l’assurance privée à adopter une logique d’élimination des vies "inutiles", aura été présentée en France comme une victoire de l’équipe Obama, les médias occultant dans le même temps les coupes sombres faites dans les crédits de dépistage (-20% par exemple à destination des oncologues)…Présenter comme un progrès social une évolution eugéniste caractéristique du malthusianisme néolibéral qui aujourd’hui a fait école chez les démocrates, voilà qui est un peu fort de café, non ?

Mais il fallait adhérer à l’angélisme d’Obama. A tout prix. A la rescousse, son argumentation spécieuse selon laquelle les forces conservatrices contraindraient à de ponctuels compromis… L’histoire irait dans le bon sens néanmoins –mais on se demande lequel, quand l’Administration Obama a placé à la tête du Comité des Lois sur les médicaments un représentant de la Pharmaceutical manufacture’s Association…

94% des quartiers les plus pauvres aux States sont afro-américains. 93% de l’argent récolté pour la campagne électorale d’Obama venait des zones blanches riches. Le paradoxe n’a ému personne, il fallait bien gagner. Non plus que de découvrir que le Chicago des grandes entreprises l’avait adopté, puisque la population afro-américaine en avait fait de même et qu’en outre, c’était ça, la combinaison gagnante qui allait lui ouvrir les portes de la Maison Blanche. Fin tacticien, Obama promettait de jouer de ces paradoxes pour imposer sa politique sociale, une révolution des mentalités… Mais peut-on encore sérieusement dissimuler qu’Obama n’est qu’une marchandise politique, ainsi que l’écrit Tariq Ali, de qualité certes, mais du capitalisme américain ? Qui a financé Obama ? Exxon, Microsoft, Google, General Electric, mais surtout : Goldman and Sachs, Lehman Brothers, Morgan Chase, des banques, qu’il fallut ensuite renflouer…Des banques qui s’accordaient volontiers de son image de sincérité, de sa rhétorique communautaire, de ses grands plaidoyers humanitaires –ça ne mangeait pas de pain et ça pouvait rapporter gros, la preuve. Car quand il a été question d’agir vraiment, on vit Obama rompre avec le Pasteur Wrigth, devenu infréquentable à force de tonner contre le sort fait aux noirs…Tient-il encore, dans ces conditions, le portrait d’Obama en homme bon dans un monde mauvais ? Veut-on toujours se raccrocher à l’euphorie de la rupture, quand Obama ne parvient plus à dissimuler son conservatisme viscéral ? Que les bobos français aient voulu voir en lui le chef de file d’une nouvelle génération d’hommes politiques, voilà le plus effrayant, qui nous prépare un avenir glaçant à l’ombre de quelque DSK fourbissant la même rhétorique compatissante pour mieux nous endormir et soumettre un système démocratique à bout de force, à l’épreuve de la logique de domination des puissants. Puissants qu’il sert, aujourd’hui au FMI, demain dans le pré carré national. Il n’y a rien à gagner à une pareille élection, sinon à se rappeler que la fonction la plus importante, dans une démocratie, est la fonction d’opposition. Une fonction qu’il nous faut réinventer et prendre à bras le corps. En commençant par rompre avec l’angélisme d’un Obama, ou, au creux même de notre histoire et de notre pensée politique, l’angélisme d’un Tocqueville prédisant la montée en puissance presque mécanique de l’égalité sous la pression de la logique démocratique : ce n’est pas la démocratie qui a permis que davantage d’égalité ne survienne dans notre prétendu Vivre ensemble, ce sont les luttes sociales, seules, qui l’ont permis. –joël jégouzo--.

 

Obama s’en va-t-en guerre, Tariq Ali, La Fabrique éditions, octobre 2010, 178 pages, 15 euros, ean : 978-2-358-720144.

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DESCARTES MEDITATIONS

7 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

descartes-meditations.jpgDescartes cherche, à partir du fait autant que de l’expérience personnelle, le droit absolu de ne plus douter que ce qui a été vrai une fois le demeure, lors même qu’on n’y pense plus, et de découvrir, dans la présence du vrai, non seulement les conditions de sa pérennité, mais de son éternité. Comment s’y prend-il ? Par le doute systématique. La fausseté est généralisée, un mauvais génie, même, s’amuse à me tromper. Descartes ne fait pas que suspendre son jugement devant le douteux : il nie. Or, il découvre que cette négation enveloppe toujours une affirmation, celle de celui qui la pense. Le cogito ergo sum pose ainsi, presque malgré lui, la première des vérités possibles, fondant le principe philosophique premier. Mais dans cette opération, Descartes doit reconnaître qu’au passage, Dieu est devenu la source de ce moi dans la superbe de son énonciation. La preuve ontologique est établie comme nécessité à l’existence du sujet pensant. Cette preuve est donnée par l’idée de l’infini parfait : toutes les idées se valent en tant que réalités formelles. Mais une seule d’entre elles exige une cause qui me dépasse totalement : celle de Dieu, cela, à cause précisément de l’idée d’infini qu’elle suppose. La preuve ontologique, c’est Dieu considéré en lui-même, où l’essence y enveloppe l’existence. Dieu devient la source de toute vérité, excluant l’erreur généralisée. Il transcende toute vérité. Cette idée d’une transcendance de l’Esprit conduit du reste Descartes à penser la relation corps-esprit en termes de dualité.

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OBAMA S’EN VA-T-EN GUERRE…

6 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

obama.jpgLe président des beaux discours vient de se faire botter les fesses –Obama comprendrait l’allusion, lui qui, dans sa première jeunesse politicarde, désertait volontiers le front de l’invective pour celui du pugilat. La droite, nous dit-on, a failli venir à bout du beau, du talentueux, de l’éloquent, du cultivé, bref, du meilleur président que l’on pouvait souhaiter pour les Etats-Unis d’Amérique, un allié social, presque un homme de justice… Vraiment ? Obama aurait (presque) mis fin à la guerre en Irak… Mais c’est oublier que Bush voulait faire partir les troupes américaines dès juin 2009. Obama n’aura donc pris qu’une année de retard sur ce calendrier. Obama ferme Guantanamo. Mais c’est oublier que dans le même temps il laisse ouvrir des camps de tortures en Afghanistan, dont celui de Bagram, à côté duquel Guantanamo passe pour un centre de vacances… C’est oublier encore qu’en Irak, Obama laisse derrière lui des villes militaires américaines fortifiées, comme celle de Balad, avec son aéroport international et treize autres bases de ce type. C’est oublier toujours que le même Obama n’a de cesse d’élargir, au-delà de l’Afghanistan, la guerre au Pakistan, pour déblayer enfin sa propre zone de conflit communément appelée l’AFPAK

Marchandise politique du capitalisme américain, Obama n’aura ainsi pas mis longtemps à révéler sa vraie nature et conforter le malthusianisme néo-libéral ambiant. Certes, il ne s’est pas encore pris les pieds dans la culture politique démocrate cynique et corrompue de ses pairs. Mais n’ayant nullement l’intention de se libérer du système qui l’a porté au pouvoir, système dominé par les grandes entreprises de Wall Street, on aurait tort de voir en lui un sauveur. Au fait, qui se rappelle encore que seul Jackson, son malheureux rival démocrate, avait prévu des coupes de plus de 25% dans le budget de la Défense ?… Voilà qui donne à réfléchir. L’image de la sincérité passionnée à laquelle nous voulons tant croire masque une hypocrisie sans pareil. Pourtant, les constantes références d’Obama à Reagan aurait dû nous surprendre, non ? D’autant que ses objectifs restent les mêmes : les Etats-Unis sont l’Empire du monde. Les théâtres d’opération restent les mêmes : Bush avait prévu de rapatrier ses troupes vers l’Afghanistan, qui devait devenir le nouveau décor de son théâtre militaire. Obama, en une année, a fomenté plus d’attaques de drones Predator dans cette région que Bush en huit années… Attaques qui ont massivement assassinées des civils…

Et que penser de sa politique Proche-orientale ? Le 27 décembre 2008, Israël attaquait Gaza. Silence radio d’Obama. Ou plutôt, nomination de Rahm Emmanuel au poste de secrétaire général de la Maison Blanche, un farouche allié du camp Netanyahou. En 2009, une semaine après le discours du Caire, dans lequel Obama promettait de s’opposer à de nouvelles implantations, la coalition Netanyahou étendait les constructions de Jérusalem Est. A l’Automne, Hilari Clinton félicitait Netanyahou pour "les concessions sans précédents" que son gouvernement avait faites… Et claquait la porte d’une conférence de presse quand un journaliste osait l’interroger sur les contradictions évidentes entre sa prise de position et le discours du Caire…

L’essai de Tariq Ali, passablement documenté, mérite vraiment notre détour, tant il pointe, derrière Obama et l’obamania, cette politique généralisée de peau de saucisson devant les yeux qui fonde notre relation à un système démocratique dont on voit bien, aux Etats-Unis comme en France, qu’il a épuisé sa fonction historique. --joël jégouzo--.

 

Obama s’en va-t-en guerre, Tariq Ali, La Fabrique éditions, octobre 2010, 178 pages, 15 euros, ean : 978-2-358-720144.

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HAÏTI, DU CHOLERA POUR DRAME HISTORIQUE…

5 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

mistero-buffo-locandina.jpgOn n’a plus guère songé au drame haïtien qu’en ces termes monstrueux d’un pays ravagé par le choléra et des séismes à répétition. Une fatalité. Mais une fatalité d’un autre millénaire, le Moyen Âge s’invitant sur le sol de ce pays lointain, à peine une nation souveraine du reste, éternellement sujette aux crispations d’un univers toujours plongé dans le Chaos. Un monde à part, congédié dans la nuit sourde des friches civilisationnelles d’avant l’entrée dans le Temps de l’Histoire, oubliant pour le coup que le pays fut d’abord consciencieusement déstabilisé par les américains et les français pour servir leurs commerces inavouables : germanium, diamants de l’Afrique, drogues des cartels recyclées par la CIA pour financer ses sales besognes.

 

Je me rappelle une pièce de Dario Fo : Mistero Buffo Caraïbe, superbement donnée au Théâtre de la Tempête au tout début des années 2000.

Prix Nobel de Littérature en 1997, Dario Fo, tout au long des vingt-cinq années qui venaient de s’écouler, avait collecté les parleries des jongleurs du Moyen Âge. Dans la mise en scène de Dominique Lurcel, le jongleur était créole (Patrick Womba), et les dires qu’il distribuait constituaient des épisodes de la vie du Christ, savoureusement interprétés au pied de la lettre. Jésus s’affirmait alors comme la voix des miséreux, des pauvres bougres, des hommes simples, des exclus de toute sorte et dans une proximité impertinente avec les vilains qui l’entouraient. Et sous la truculence d’un jeu dépouillé, souvent direct, il se voyait placé au centre d’une agora bavarde, débordant des continuelles disputes de la vie domestique et des paroles amères des déshérités, des laissés pour compte d’une société indifférente. C’était à peine si, dans la confusion et le grouillement des voix affirmant avec force un dire que la société voulait absolument taire, on entendait encore les paroles fortes et grotesques du Christ, incompréhensibles parfois, lumineuses, transcendantes, recouvertes aussitôt par les commérages truculents de quelque matrone houspillant les siens.

En inscrivant ces parleries (européennes) dans les sonorités de la langue haïtienne (il y avait un immense écran LCD pour traduire tout cela en direct), Dominique Lurcel en révélait singulièrement l’ironie, le grotesque, ouvrant comme démesurément le genre du Mystère bouffe à ses résonances les plus intimes, sans céder à l’artifice de l’exotique. Il passait là une force d’interprétation surprenante. Peut-être aussi à cause de la rusticité scénographique : un dispositif scénique fait d‘un rien, obligeant la parole et le geste à endosser l’image plutôt que de la confier au décor. Un espace littéralement public s’ouvrait alors, à l’intérieur duquel les spectateurs et les comédiens se voyaient associés dans une même connivence, celle d’éprouver ensemble la drôlerie du texte et ses fulgurances existentielles. Un théâtre inhabituel certes, dont l’étrangeté était renforcée par ces fenêtres pratiquées par les danses et les chants ponctuant les séquences jouées. Une sorte de réel haïtien déchirant brusquement le spectacle, par où surgissait, si l’on y tient, la différence caraïbe, cette manière d’être ensemble que l’on a voulu taire et subsumer sous l’Annonce d’un Malheur presque ontologique, imputable à quelque défaut de la condition même d’être nègre, et conférant à cette appropriation d’un texte sous une autre réalité que la nôtre, une force d’énonciation peu commune, la langue soudain réellement subversive, poétique, de celles qui réinventent la vie dans ses sublimes possibles.joël jégouzo--.

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NEGRES ROUGES ET METIS BLANC.

4 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

negres-rouges1.jpgUn roman du XIXème siècle. Un roman d’aventure. Une réédition. Un regard du XIXème sur la grande marche boitillante du monde occidental. Les sauvages, la nature, la civilisation, bonne et rédemptrice, pourvue qu’elle sache s’accorder de son propre sentiment de la nature…

La baie d’Hudson, le Canada. Villages de trappeurs et chercheurs d’or. Les Nez-Percés attaquent un brick. combats désordonnés, de soudards, abandonnant le feu dès qu’ils en ont l’occasion pour un galon d’alcool frelaté… Des ivrognes, des couards. Des fils d’esclaves ! Bientôt, pour les repousser, de bons indiens, les Chinouks, fiers, courageux, droits : la preuve, ils sont les alliés des blancs…

Poignet-d’acier est un métis. C’est le personnage central du roman. Courageux, un homme du grand air, pétri de bon sens. Les sauvages, ses frères, ayant tué une innocente, il n’aura de cesse de leur faire rendre gorge de leur crime contre-nature. L’occasion de nous promener parmi quelques tribus indiennes du Canada. Celle des Nez-Percés en tout premier, hôtes d’épais villages où les huttes paraissent plantées dans le plus parfait désordre. Les plaines qu’ils cultivent –mal- demeurent stériles. Les hommes vont dépenaillés, les femmes à demi vêtues, les enfants nus… Fort heureusement, au contact de la civilisation et faisant le tampon, ces métis dont le roman est peuplé, qui n’ont de cesse que de vouloir se racheter. De quoi au juste, sinon d’être des bâtards… Mais dans l’univers des sauvages, ils ont la qualité d’être comme un peu d’humanité éclairant leurs ténèbres.

Au loin l’homme blanc, bien évidemment "droit, mince, fier, svelte, de belle prestance. Son visage est agréable, de forme ovale allongée. Le front est découvert et couronné par des cheveux blonds, bouclés. Le nez est bien coupé, les yeux d’un bleu céleste, la bouche fine et bienveillante, la peau brunie par le hâle. Ses traits respirent l’intelligence, l’affabilité, l’enthousiasme. Sa voix est musicale…"

Les jeunes femmes métis, elles, ne sont belles que de pouvoir disposer, "de par le sang", de toutes les qualités des jeunes femmes de la noblesse, diaphanes et à la beauté mystérieuse…

Mais si l’intelligence des métis, héritée de leur sang blanc, les sauve de la bestialité où se sont enfermés les natives, elle ne leur permet cependant pas d’atteindre ces rives où l’humanité triomphe, qui restent l’apanage de l’homme vraiment blanc. En guise de rédemption, fuyant leurs femmes, ils épousent la guerre, au travers de laquelle ils peuvent espérer servir leur vraie humanité –blanche s’entend.

Présenté comme un roman d’aventure exaltant, par l’éditeur, sans autre regard critique, l’ouvrage détonne dans le champ éditorial : peut-on vraiment publier encore ce genre d’ouvrage sans prendre certaines précautions ?joël jégouzo--.



 

Les nez-percés, Drames de l’Amérique du Nord, Emile Chevalier, éditions Cartouche, octobre 2010, 248 pages, 19 euros, ean : 978-2-915842-69-2.

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METIS

3 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #IDENTITé(S)

basquiat.jpgAu XIXème siècle, le métissage s’énonçait comme la contamination des races dites pures, lieu des dégénérescences physiques et mentales. Le métis était un monstre, enfant du péché contre le droit du sang. Il marquait aussi, nous fait remarquer Martine Delvaux, une rupture dans l'économie de la reproduction puisque infécond... Exclu parce qu’incapable de produire du même, intriguant les figures des discours sur la pureté de la race hantés par la question des origines, il était doublement condamnable en ce qu’il révélait aussi très brutalement la fin possible du monde, sa stérilité existentielle n’introduisant à rien d’autre.

La phobie de la mixité fut telle que longtemps, l’on ne songea qu’à la solution de la stérilisation pour empêcher ces monstres de se reproduire, et l’invention d’un espace tiers où les ranger, un peu en marge de notre humanité, mais lui appartenant encore néanmoins.

Pour autant, nombre d’auteurs du XIXème siècle finirent par trouver à ce tiers espace, celui de l’exclusion, certaines vertus : il se révélait un espace d’invention.

C'est ce tiers espace qui intéressa particulièrement Martine Delvaux dans son étude, dont l’approche est volontiers psychologisante. Ce tiers espace, elle l’énonce de fait comme étant aussi un topos de la folie. La folie ne fut-elle pas elle aussi rangée par les soins d’une Doxa prompte à s’amputer des deux bras et des jambes, comme un lieu à part, digne d’études médicales, mais non sans intérêt ? Et l’auteure de remarquer que de ce point de vue, la folie a par ailleurs été aussi envisagée comme l’expression d’une aliénation qui traversait la question de la crispation identitaire, quand elle se faisait lieu de scission du sujet. Or, la folie ne fut-elle pas aussi lue comme l’espace même d’une expression où échapper aux effrois de l’aliénation identitaire ? Le tout par le jeu de traductions et d'altération des identités culturelles ? De quoi méditer à nouveaux frais cette question du métissage…

Dans son étude, Martine delvaux s’est attachée à en comprendre les formulations à travers la lecture de trois personnages de roman : Ourika, une jeune Sénégalaise adoptée par l'aristocratie française du début du dix-neuvième siècle, création de Claire de Duras (1823), Juletane, Antillaise débarquée au Sénégal, imaginée par Myriam Warner-Vieyra (1982), et la narratrice de l’Amant, de Marguerite duras (1984), française née en Indochine.

La folie d'Ourika est clairement liée à son métissage culturel, celui d’une jeune esclave noire élevée au sein d'une société blanche et aristocratique. Objet elle-même, à l’intérieur de ce musée imaginaire construit par ses maîtres, Ourika, en se racontant, finit par conquérir un espace qui va lui appartenir en propre. Dans le second exemple, la narration devient encore le lieu de conquête de soi. Si la vie réelle est le lieu de la folie, l’écriture, thérapeutique, est celui de la liberté. Dans le dernier exemple enfin, le corps de la narratrice, tel qu’il s’écrit dans le fil du récit, s’avère être le lieu de multiples identifications. Avec le Viet-nam d’une part, au travers du vêtement affectionné, mais aussi avec la France, à travers le port d’un simple accessoire, un chapeau, qui va finir par composer "l'ambiguïté déterminante de l'image" de la narratrice qui soudain se voit autre sous cette coiffe étrangère en milieu vietnamien, se voit comme du dehors, introduite par ce dehors dans la circulation de désirs nouveaux. L'Amant se fait ainsi le récit de l'apprivoisement du métissage, affirmant depuis ce lieu improbable du métissage, l’avènement de la jouissance contre la folie, ainsi que l’écrit superbement Martine Delvaux. --joël jégouzo--.

 

http://motspluriels.arts.uwa.edu.au/MP798md.html

Mots Pluriels no 7. 1998 : Le Métis ou le tiers espace de la folie dans Ourika, Juletane et L'Amant , Martine Delvaux.

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LEIBNIZ : DU PUR RECONFORT DOGMATIQUE DU CARTESIANISME…

3 Décembre 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

leibniz_bin.jpgPour Leibniz, la philosophie mécaniste de Descartes était l’antichambre de la vérité. La physique cartésienne, héritière de cette pensée, lui paraissait erronée, en ce qu’elle réduisait la matière vivante à l’étendue inerte. La physiologie cartésienne, motivée par sa conception dualiste, lui semblait également poser maladroitement le problème de l’union du corps et de l’esprit, réalisé pour Descartes en Dieu et par Dieu, et demeurant ainsi un mystère à l’homme et en l’homme. Par ailleurs, le problème de la certitude cartésienne, fondée sur d’incontestables évidences, lui paraissait accorder toujours trop d’importance à l’idée d’intuition. En outre, le souci de Descartes d’unification du savoir pouvait constituer un sérieux obstacle à penser la diversité du phénomène monde. Ainsi du couple identité et non-contradiction, qui impose que toutes les théories scientifiques s’adossent en quelque sorte les unes aux autres dans un alignement impeccable avec les principes de la raison. Mais à prendre le premier exemple venu, comme celui de la vitesse de la lumière, si Descartes, fort de ses principes et de son intuition selon laquelle cette transmission était instantanée, pouvait tenir pour mauvais philosophe quiconque ne partageait pas cette idée, on a vu ce qu’il en est advenu, quand les progrès de l’explication scientifique eurent finalement raison de cette intuition…. L’image que Descartes se forgeait du monde était nécessairement celle de l’unité des phénomènes et des essences, qui permettait de remonter vers un principe premier, fédérateur et organisateur du monde, dépliant ce monde selon un enchaînement logique, mécanique. D’où les Méditations, comme effort pour déployer le système logique du monde. Mais c’est bien la volonté de Descartes de voir le monde unifié qui l’a obligé à poser l’intuition au cœur de son système philosophique. Dans ses principes, la méthode cartésienne reste féconde. Encore faut-il en connaître les limites : le souci cartésien de l’unité du savoir, qui apparaît comme un pur réconfort dogmatique. Où Descartes importe-t-il cependant ? Presque essentiellement dans ce projet de maîtrise du sujet qu’il tente de refonder à n’importe quel prix. Le cartésianisme autorise alors de croire que l’homme peut s’affranchir : son indépendance morale est ainsi conciliée avec sa dépendance ontologique. Reste aussi cette définition de la liberté comme volonté individuelle, et de la vérité comme construction et non révélation. --joël jégouzo--.

 

Image : un manuscrit de Leiniz, calculer…

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