Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La Dimension du sens que nous sommes

«S'affecter de joie » à la librairie l'établi d'Alfortville

13 Mai 2026 , Rédigé par joël jégouzo Publié dans #en lisant - en relisant

Hier soir, en guise de signatures, les auteur.es du fanzine élaboré dans les murs mêmes de la librairie pendant plus d'un an, ont proposé un véritable spectacle, avec, en déclaration liminaire, ce texte :

Nous vivons, écrivent Gilles Deleuze et Claire Parnet dans leurs Dialogues (Flammarion, 1977), dans «un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiquer des affects tristes». Ces affects tristes sont, précisent-ils en empruntant à Spinoza ses formules : «tous ceux qui diminuent notre puissance d'être». Car «les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour nous persuader que la vie est dure et lourde».

Ces pouvoirs, poursuivent-ils, «ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser», ou, comme le dit Virilio, qu'ils citent, «d'administrer et d'organiser nos petites terreurs intimes».

Soyez persuadés que ces vampires «ne nous lâcheront pas tant qu'ils ne nous auront pas communiqué leur névrose et leur angoisse, leur castration bien-aimée, le ressentiment contre la vie, l'immonde contagion».

Face à cela, Deleuze et Parnet posent un défi lucide : «Ce n'est pas facile d'être un homme libre.» Mais ils tracent une voie : «fuir la peste, organiser les rencontres, augmenter la puissance d'agir, s'affecter de joie, multiplier les affects qui expriment un maximum d'affirmation.»

S'affecter de joie...

C'est précisément ce que cette soirée veut être : une rencontre organisée contre la tristesse, un espace pour choisir, ensemble, la joie comme acte politique.

 

Dans ses cours sur Spinoza, à l'université de Vincennes (1978), Deleuze affirmait : «Le système nous veut triste et il nous faut arriver à être joyeux pour lui résister. La joie est résistance, parce qu'elle n'abandonne pas.»

Précisons par honnêteté intellectuelle que cette phrase, souvent attribué à Deleuze et que personne n'a retrouvée telle que dans ses cours, ni dans son Spinoza : Philosophie pratique (Deleuze, 1981), n'est pas une source vérifiable. Il s'agit probablement d'une libre adaptation, non d'une citation directe. Mais justement. Nous l'empruntons à cause de cela.

 

«Quand je suis affecté de joie, énonçait Deleuze dans son cours à Vincennes du 24 janvier 1978, ma puissance d'agir augmente, c'est-à-dire que je suis moins séparé de cette puissance.» Or, «Le passage à une perfection plus grande ou l'augmentation de la puissance d'agir s'appelle l'affect ou sentiment de joie. » (Spinoza : Philosophie pratique, p. 74).

La tristesse diminue notre puissance d'agir. La joie, l'augmente. Le système nous veut tristes, eh bien non. Pas ce soir. Ce soir, on s'affecte de joie. Libres et heureux ensemble.

La philosophie a rarement eu aussi bonne mine.

 

#jJ #joeljegouzo @librairieletabli #librairieletabli #deleuze #denotorietepublique

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article