Les Ponctuations Urbaines Poétiques à la librairie l'établi
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Les éditions de notoriété publique ont publié six PUP fictions, affichées tout à tour dans la vitrine de la librairie l'établi d'Alfortville. Qu'en dire ? Les éditions de notoriété publique voulaient, à travers ces ponctuations, offrir du temps au pas pressé des citadins, peut-être même suspendre ce pas, avec des affiches qui ne communiquent pas, au sens où le vocabulaire contemporain entend définir malheureusement ce mot depuis le lexique commercial : des affiches qui ne savent pas se vendre (degré zéro du marketing), des affiches qui ne font qu'espérer que leur regard sera croisé.
Quelque chose d'intime en somme, dans le genre urbain.
Et c'est ce qu'il y a de remarquable dans ce projet éditorial : on a des images qui ne sont pas faites explicitement pour être remarquées, mais rencontrées. Et cette rencontre ne peut être qu'intime.
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Des affiches qui témoignent chaque fois d'une intention discrète, porteuse de textes souvent longs, qu'un simple coup d'œil ne peut distinguer de l'image qui la porte, moins métaphorique du texte au demeurant, qu'affirmant la prégnance visuelle de l'objet : c'est ce stimulus visuel qui s'impose à leur perception. C'est là le second aspect remarquable de ce projet : le texte s'insère dans l'image dans une parfaite cohésion plastique. Avant que d'être "lus", ces textes sont faits pour être "vus", plus exactement, pour s'insérer dans la trame d'un regard. Mais c'est pourtant moins une hiérarchie de lecture que ces affiches composent, qu'une sémiotique : les formes, les textures, la composition portent du sens indépendamment du langage verbal. l'effet obtenu est ainsi une sorte d'effet de gestalt, la perception globale d'une forme avant d'accéder à l'analyse de ses détails. L'affiche est dès lors porteuse d'une esthétique de la réception : elle est conçue, encore une fois, pour être rencontrée dans l'espace urbain, pour susciter une expérience sensible.
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Redisons-le autrement : ces affiches ne cherchent pas à “communiquer” au sens commercial du terme, mais à provoquer une rencontre. Le texte s’y fond dans l’image dans une cohésion plastique telle qu’il devient indissociable de sa matérialité graphique. D'une certaine manière, on peut dire qu'elles obéissent aux codes de la communication visuelle urbaine, où la lecture d’un texte affiché s’opère selon une hiérarchie perceptive au sein de laquelle la dimension iconique et plastique précède l’accès au contenu linguistique. Avant d’être lu, le texte est d’abord appréhendé comme une forme visuelle globale — une “image-texte” — dont la composition graphique, la typographie, la couleur et la mise en page suscitent une réaction perceptive immédiate. Cette phase de perception pré-cognitive conditionne l’attention du récepteur et oriente son engagement interprétatif.
Impossible, dans ce champ de communication, de réduire l’affiche à un simple vecteur de message textuel. Elle s’inscrit d’abord dans une logique perceptive où la réception du texte est médiée par sa matérialité graphique. Avant d’être lu, le texte est vu, on ne le répètera jamais assez. Mais cette primauté du regard sur la lecture engage une éthique de la rencontre cette fois, car ici il ne s’agit pas de capter l’attention par des stratégies de marketing visuel, mais de susciter une disponibilité sensible, une suspension du rythme urbain, une rencontre avec une image-texte.
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Les PUP fictions se caractérisent ainsi comme des objets sémiotiques hybrides, où le texte n’est pas surimposé à l’image mais fusionné à elle dans une cohésion plastique. Cette intégration rend le contenu linguistique inséparable de son support visuel et appelle une lecture différée, précédée d’une phase de contemplation. En cela, ces affiches relèvent d’une poétique de la visibilité plus que d’une rhétorique de la lisibilité.
Une poétique de la visibilité, c'est dire qu'elles s'éloignent dans le même temps de la communication visuelle contemporaine, où le texte des affiches se réduit souvent à un outil de transmission rapide, efficace, voire mesurable. En fait, les PUP proposent une rupture radicale avec cette conception instrumentale de l'affiche et du discours contemporain, en provoquant des rencontres sensibles, intimes, non sollicitées ! Du coup, elles invitent à repenser la temporalité et la nature même de la réception du texte dans l’espace public.
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Avant d’être lu, un texte affiché est d’abord vu. Cette évidence perceptive repose sur une hiérarchie cognitive bien documentée : la perception visuelle précède toujours l’analyse linguistique. Le regard capte d’abord la forme, la couleur, la texture, la composition — autant d’éléments relevant de la sémiotique plastique (Groupe µ) — avant d’accéder au contenu sémantique du texte. Dans les PUP, cette primauté du regard est revendiquée : le texte s’insère dans l’image dans une parfaite cohésion plastique , rendant toute dissociation entre fond et forme impossible.
Elles ne cherchent pas à capter l’attention, elles espèrent un regard. Mieux : que l'on croise leur regard. Cette posture éditoriale engage une éthique de la rencontre, où l’affiche, comme événement visuel discret, presque furtif dans le flux urbain, ne s’impose pas : elle se propose. Cette logique s’oppose frontalement à la rhétorique de la visibilité dominante, et rejoint les théories de l’esthétique relationnelle de Bourriaud, voire une poétique de la discrétion.
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Elles relèvent d’un genre hybride : celui de l’image-texte. Le texte n’y est pas superposé à l’image, il en est une composante. Cette fusion rend la lecture impossible sans une phase préalable de contemplation. D'autant que le texte, souvent long, ne se livre pas au premier regard : il exige du temps, de l’attention, une disponibilité intérieure. En cela, ces affiches suspendent en effet le rythme du citadin pressé, et offrent du temps au pas pressé des citadins.
Les Ponctuations Urbaines Poétiques nous rappellent que l’affiche peut être autre chose qu’un support de communication : elle peut être un lieu de rencontre, un espace de suspension, un fragment de poésie urbaine. En réhabilitant la primauté du regard sur la lecture, elles nous invitent à reconsidérer notre rapport au texte dans l’espace public — non plus comme un message à décoder, mais comme une présence à accueillir.
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les posters des affiches sont en vente à la librairie l'établi d'Alfortville