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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 07:36

Toscane février 2011«L’homme est un poème que l’Être a commencé.»

(Martin Heidegger)

 

 

 

 

  

Je voulais arriver à Florence par là, un dimanche, avant six heures du matin.

Sentir le froid piquant de l’hiver florentin, apercevoir la ville au loin et longer les berges de l’Arno.

Je voulais marcher, recouvrer la ritournelle du regard qui tourne et se détourne, le même objet à l’œil rêveur il y a deux ans déjà, l’Arno au bas des jardins écoulant une onde modeste, et m’étonner des berges en terrains vagues poussant jusque dans la ville leur réconfortant naturel.

Je les explorais du regard, curieusement sauvages, l’attention qu’elles offraient irradiant la présence affectueuse de l’Arno, le fleuve comme en lui-même, point de mire où atteindre l’objet que l’on croit être, dans l’effort de voir ce qui au dehors se laisse éprouver, en somme.

Dante s’aventurait près du Ponte Vecchio à prendre l’exacte mesure de Béatrice. Au présent de leur rencontre qui venait comme un cours naturel, comme un temps qui demeure ne s’écoule ni ne change tandis que l’Arno, dans ce style temporel du monde où le temps ne demeure que parce que le passé nous redevient un ancien avenir, je cherchais sans le trouver celui de Béatrice, non comme image de sa fuite inexorable mais ressurgi du séjour où son regard avait croisé celui de Dante.

Toscane-fevrier-2011--100-.JPGLe jour montait, je renaissais au spectacle pourtant très anodin qui s’offrait, saisi d’étonnement sans parvenir à comprendre ce que ces berges ébouriffées ouvraient en moi. Qu’on s’imagine l’Arno, ses berges veloutées. Qu’on s’imagine un fleuve sans majesté, une rivière presque, s’en allant porter les rumeurs couvertes de toits de tuile des innombrables œuvres dressées dans les rues de la ville, immortelles, apaisées au jour qui se levait, le doux sommeil des hommes achevé dans le pressentiment des choses sensibles : la nature, divinement présente sous le corridor de Vasari et se passant de tout discours, jusqu’à suspendre le mien dans cette énigme du pur jaillissement d’une motte de terre accrochée par un rai de soleil et de ces quelques chemins durcis par le givre à deux pas du courant. J’étais dehors, à l’affût de l’aube tel un Thoreau, au guet de la nature dans cette ville infiniment érudite. Abasourdi, inspectant la bruine qui tombait à présent, arpentant ces layons au ras des berges, sur la piste d’un chat, d’une tourterelle empressée dans le ciel de Toscane, me tenant sur la ligne de rencontre de ces éternités fragiles, dans ce lieu presque originel des berges de l’Arno où rôde en secret l’être que les villes ont oublié, et qui se promène sans nom dans l’éclaircie des rencontres qui le font advenir.

Toscane février 2011 (69)Qu’est-ce donc, ce que le promeneur florentin croit pouvoir recouvrer ? Des poètes, des peintres, qu’attendre dans le silence de l’aube éclairé d’un ciel peu à peu descendu, comme on le dit au théâtre des cintres où les machineries usent les textes jusqu’à leur corde ? Elle abordait, l’heure marquée de l’énigmatique dialogue avec soi, exposée aux variations chaotiques du flux de l’Arno redessinant sans cesse les rives et les fonds de son lit. Tout le Paradis de Dante est hanté par l’impossibilité d’écrire le Paradis. Mais la concorde qui régit les âmes sauvées exhale de désir, du tourbillon dans cet ailleurs du monde que les berges de l’Arno circonscrivent comme l’essence même de la beauté.Les berges de l'Arno, où commencer à l’Être.joël jégouzo--.

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Published by texte critique - dans essais
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