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La Dimension du sens que nous sommes

DES ETRES ET NON PLUS DES GENRES OU DES NOMBRES…

8 Janvier 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

occupynetwork.jpgPlutôt que de rester les corps souffrants de l’antique rébellion, devenons des corps opaques à cette lecture triviale de notre être que le capitalisme, dans sa mouture néolibérale, propose : entrepreneurs de désirs lisibles en termes d’une dépense économique qui seule déterminerait la valeur de leur être…

Devenons des êtres et non plus seulement des genres, ou des nombres, des êtres réfractaires à l’exploitation de la vie individuelle que le néolibéralisme assigne, acharné qu’il est à traduire les compétences des uns et des autres en termes financiers pour renflouer un marché de la Vie Bonne qui prend l’eau de toute part. Des êtres réfractaires à l’extension du domaine de la domination que le néolibéralisme ordonne, obstiné qu’il est à étendre son emprise sur ces espaces de la vie individuelle qui lui échappent encore et dont il cherche les moyens de les thésauriser pour les forclore.

Recousons ce qui a été déchiré : cette vie relationnelle que le néolibéralisme, promettant le déploiement d’hommes talentueux mais aux relations exclusivement intéressées, a détruit. Et réalisons que le néolibéralisme a beau promouvoir des individus riches, libres, épanouis, dans la réalité, il n’a ajouté aucune valeur à l’être, lui soustrayant au contraire ce qui faisait sens d’être : le politique.

Echappons donc aux règles du néolibéralisme précarisant les individus, précarisant les collectifs, les assignant à des lieux clos sur eux-mêmes, des temps verrouillés pour les rabattre sur l’infime de l’instant, de la performance qu’il saura vendre dans l’enceinte de la galerie, du stade, du temps d’antenne ou d’information exploitable jusqu’à la nausée.

L’expérience nouvelle, aujourd’hui, c’est refuser d’être assigné à un temps ou un espace où vivre des expériences lacunaires, sans lendemain, petites secousses insatiables qu’il faudra demain réitérer pour nourrir l’illusion d’une vie féconde quand elle n’est déjà plus de ce monde mais de cet autre, virtuel, que le néolibéralisme nous alloue bien volontiers, réalité sans esse, sans fondement ni perspective.

giotto.jpgL’expérience nouvelle, c’est déserter l’espace marchand, y compris celui de la culture, pour rendre nos événements publics, illimités, in-assignables. C’est inventer des modèles économiques précaires, incertains, où tenter néanmoins de tisser des résonances et prendre le risque de les déployer le plus largement possible.

Partout s’invente du reste ces échappées belles d’un monde autre déjà. Ici même, sur ces réseaux sociaux si manifestement naissants et malgré les sirènes que les plateformes déploient. Un blog n’est pas une marchandise, quand bien même la structure qui l’accueille voudrait en exploiter l’audience. Un blog n’est pas un savoir universitaire, aujourd’hui monnayé au prix fort. De même qu’un collectif d’artistes, une communauté d’information peuvent être des territoires libérés, quand bien même ce collectif ou cette communauté seraient tentés de devenir la vitrine d’une posture intellectuelle et se verraient bientôt rattrapés par le nom vide (Culture, Création) de toutes ces choses auxquelles nous n’avons plus voulu croire :critique sociale, politique, etc. …

L’essentiel se joue ailleurs : entre les êtres, dans la trans-individualité que ces réseaux, dans leur balbutiement, inventent, et qu’importe la naïveté qu’on y met : il s’y lit, s’y entend des échanges souvent inouïs, une sorte de prise en charge collective des raisons d’exister qui témoignent, peut-être, de ce frémissement d’un autre monde possible. D'un monde qui sait défricher ce qu'il en coûte d'être avec d’autres au monde, non dans le dépassement de la vision politique du monde, non dans le dépassement de l’être-avec de la Polis pour un être-pour maculé de son seul souci du monde, non pour sortir de la vision politique du monde, mais au contraire, pour faire enfin rentrer dans la polis la zoê qu'il lui manque, cette ouverture à la contemplation qui est peut-être la secrète éthique perdue de la préoccupation, que pointait Heidegger.



 

image : Giotto, Padoue, détail, la prière des prétendants...

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VŒUX POUR UNE ANNEE DE LUTTES… (collectif pour l’intervention)

7 Janvier 2013 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

occupy.jpg"Pour que l’économie fonctionne, (…) il faut qu’il y ait des humains qui acceptent de voir leurs vies conduites par les règles de l’économie", affirment les auteurs du Collectif pour l’intervention.

Des règles qui se sont mises en place à partir des années 1980. Des règles qui changèrent le visage du capitalisme, pour l’orienter non plus vers l’exploitation du travail, mais celle de la vie : il lui fallait désormais contenir les expressions de la vie pour qu’elles restent compatibles avec le maintien de son existence. A savoir : il ne devait subsister que des populations (catégorie biologique), non des Peuples (catégorie politique), des individus plutôt que des masses, entrepreneurs de leurs propres désirs, lisibles en termes de dépense économique. Des individus producteurs des dépenses qui seules détermineraient la valeur de leur être. Excluant toute autre lecture, le néolibéralisme tout comme la social-démocratie, s’employèrent à repérer les compétences des uns et des autres en termes de marchandise potentielle. Et ce n’est qu’en ces termes que la mondialisation balbutiante accepta de lire les parcours individuels, à commencer par ceux des artistes et des acteurs de la culture qui, non content de devenir une marchandise, devint le lieu d’exaspération de ce vide existentiel où nous nous abîmions, le nom de toutes ces choses que nous pratiquions désormais sans y croire : critique sociale, révoltes, révolutions, au point que nos affirmations culturelles devinrent de tragiques fausses idoles. Et quant à la politique, elle devint peu à peu l’art de l’administration experte comme politique sans politique, ainsi que l’analyse avec talent Slavoj Žižek,  tout comme la réalité virtuelle est devenue notre commune réalité, sans l’être (esse).

Et des années 1980 à nos jours, la néolibéralisme, fort de nos renoncements tout autant que de notre enthousiasme à abandonner le front des luttes sociales et politiques, a confisqué toute l’initiative entre ses mains.

collectif-copie-1.jpgLe soit-disant système économique dont on nous rebat les oreilles, loin d’être autonome, n’existe donc que parce que nos conduites le perpétuent. Tout autant qu’il n’existe pas de système capitaliste : il y a des gens à l’origine du capitalisme financier qui nous étrangle.

Ce qu’on appelle économie n’est ainsi en réalité rien d‘autre qu’une politique. Celle d’une classe au pouvoir, que l’on ne peut plus appréhender du reste à l’intérieur d’une vision strictement sociologique mais politique : la classe du pouvoir, la classe politico-médiatique.

Une classe qui n’a cessé de nous faire la guerre et contre laquelle, désormais, se dressent des millions d’humains décidés à récupérer leur être. D’Athènes à Wall street, on sent partout bouger les lignes de cette guerre mondiale.

La crise est politique, il n’en faut pas douter. Non économique.

Et d’Athènes à Wall street, en passant par Notre-Dame des Landes, ce que les révoltes ont en commun, c’est de constater l’épuisement des formes conventionnelles des luttes.

Ce qu’elles ont en commun, c’est de dénoncer le pouvoir de cette classe politico-médiatique à décider de quelle manière les 99% que nous sommes doivent conduire leur vie.

Ce qu’elles ont en commun, c’est de refuser que seul l’Etat ait la possibilité de confectionner notre monde.

Ce qu’elles ont en commun, c’est de dénoncer la fastidieuse mascarade électorale qui nous prive, toujours, de nos droits les plus élémentaires.

Ce qu’elles ont en commun, c’est de contester la séparation entre les luttes politiques et la lutte pour une vie meilleure.

Il faut cependant, ici, nuancer l’analyse : toute la culture des années 60, 70 visait au dépassement du politique pour privilégier la lutte pour l’invention de formes de vie nouvelles, sans attendre de grand soir, voir pour sortir de l’impasse dans laquelle avait fini par sombrer la lutte des classes. Des collectifs organisèrent des formes originales de sécession, d’auto-subsistance pour se passer des médiations du capital, sans s’apercevoir que celui-ci se recomposait et s’orientait désormais précisément vers l’exploitation de la vie, et non plus du seul travail.

Sans doute ces utopistes ont-ils su défricher des territoires neufs. Il faut poursuivre dans cette lignée, nous passer autant qu’il est possible des médiations du Capital.

Mais ce n’est pas suffisant. Il y a aujourd’hui dans le monde une profusion de potentialités révolutionnaires. Des comités, des associations, des regroupements, des collectifs qui forgent peu à peu les outils d’une lutte enfin mature, où concrétiser des choix politiques nouveaux.

Il faut pousser à la roue, élargir la base sociale de nos révoltes, confronter nos discours, nos exigences, et ne jamais perdre de vue, ainsi que les Indignés français l’ont fait, que l’AG n’est pas le terme de la lutte. Il faut nous projeter dans des actions concrètes, prendre en main, collectivement, nos revendications. L’égalité ne peut s’imposer : elle se construit. Construisons-la.

 

 

Communisme : un manifeste, Collectif pour l'intervention, éditions NOUS, hors collection, septembre 2012, 96 pages, 8 euros, ISBN: 978-2-913549-78-4.

 

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