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La Dimension du sens que nous sommes

REFONDER LE DISCOURS POLITIQUE (l’univers du sens)

19 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

Leviathan.jpgDans son essai sur le politique (Le Meurtre du pasteur, critique de la vision politique du monde), Benny Lévy pointait les mensonges constitutifs du discours politique, tentant entre autre de nous faire croire que dans l’espace public qu’il traçait, il n’existait pas de différence entre la circonférence (où l’immense majorité des citoyens se tient), et le centre (le stricte périmètre du pouvoir étatique). Un mensonge proféré au nom du Bien Commun, nous convaincant qu’il faut à tout prix réduire la "masse" au centre, réduire le tout des diversités importunes à l’universel abstrait. Une opération modélisée à la faveur de la raison, la réduction du multiple à l’un se faisant d’autant mieux accepter que la science en schématisait le recours, nécessaire, logique, primordial, constituant ainsi le discours politique en mathématique du pathétique. Ce pathétique qui, peut-être, constitue justement la force négative qui traverse souterrainement le bien-fondé du discours politique. Une force négative qui n’enseigne rien, mais contraint et nous commande de céder aux injonctions les plus ahurissantes de la nécessité politique.

A concevoir la cité comme dialogue, nous avons ainsi oublié que ce dialogue était biaisé. A trop cherché à le soustraire aux "mauvais débats", au mauvais accord, aux mauvais contradicteurs, nous avons gommé l’essentiel de ce qui forme notre vie, la conditionne, l’anime.

Seule demeurait une échappatoire, depuis Socrate et Platon du reste, répétée de siècle en siècle avec la plus parfaite mauvaise foi : celle du Mythe, réinscrivant cette parole politique si succincte dans son propre horizon, comme pour assurer la présence de l’Origine dans la parole moderne.

Il faudrait aujourd’hui convoquer de nouveau cette parole, ses soubassements philosophiques du moins, changer de conception : celle-là ne nous vaudra plus rien de bon… Pour affirmer que dans le défi d’exister, c’est d’être présent à soi-même qui importe. Non pas délégué. Non plus que dans une présence qui serait antérieure à soi-même, et comme inscrite déjà par avance en nous et qu’il faudrait éveiller, au sens où un Platon le concevait, dressant devant chaque un la nécessité de prendre langue, ou des leçons, d’un éveilleur soigneusement situé dans une position d’extériorité à soi. Le philosophe pour Platon. Chargé de tirer l’immense majorité de ses semblables du sommeil qui les écourte. Mais nous n’avons pas besoin d’un Maître pour nous éveiller.

Nous avons commencé de nous révolter et d’affirmer que le dialogue politique n’était pas un dialogue, qu’il était essentiellement démoniaque, au sens cette fois où les grecs l’entendaient -mais pourquoi pas, au sens quelconque du terme aussi bien : un dialogue qui cherche l’embarras, qui cherche à embarrasser la raison, qui cherche à nuire et ne produire aucune clarté intellectuelle, existentielle, mais au contraire, qui cherche à produire de l’embarras, à couper son interlocuteur de cette nécessité d’exister que j’évoquais plus haut : l’empêcher d’être présent à soi-même.

Nous avons commencé d’affirmer que le discours politique est la mort même, la mort dans l’âme, la mort de l’âme… Et que son arrête rationnelle n’est qu’un déversoir : aucune nécessité logique ne peut relayer la nécessité de vivre.

benny.jpgDepuis Platon, nous avons célébré les noces du politique et du philosophique. Mais aujourd’hui nous avons commencé de brouiller ces deux là, pour contraindre par exemple la philosophie à obliger le politique à redescendre "auprès des prisonniers". Pour contraindre le monarque à assumer sa vraie grandeur : pour être roi, il faut haïr le pouvoir. Cela seul est la noblesse de l’homme du service de l’Etat.

Nous avons commencé de lui rappeler, à ce monarque d’un autre âge, que gouverner, ce n’était pas viser le trouble Bien Commun si souvent défini frauduleusement à force de manipulations de toutes sortes, mais l’approcher au plus près du souci de justice de l’enfant.

La politique n’est pas une science : c’est une sagesse. Au sens métaphysique du terme. Une sagesse au cœur de laquelle le logos n’a aucune autorité (il en a si peu déjà sur ses propres apories)…

Nous avons commencé de raccrocher le politique à une définition métaphysique : retrouver le souci de justice de l’enfant. Car nous savons qu’aucune politique ne peut se fonder sur le meurtre de ce souci. Sur le meurtre de l’enfant.

Car nous savons que le vrai problème de la politique, c’est la tyrannie. C’est l’Homme de Pouvoir, distant, enfermé dans ses prétendues hauteurs. Parce que nous savons que la politique doit venir s’asseoir auprès de chacun, à tout instant. Etre sensible à chaque "un". Il nous faut rompre à présent avec la duplicité de la philosophie politique telle que nous l’avons héritée de Hobbes, où l’unité se fait sous le couvert de l’illusion et de la nécessité.

N’y croyons plus ! bannissons cet intégrisme de nos vies politiques ! Car le scandale de cet intégrisme, c’est qu’il nous assujettit à un discours de domination. –joël jégouzo--.

 

Benny Lévy, Le Meurtre du pasteur, critique de la vision politique du monde, Le livre de Poche, Collection : Biblio Essais, 25 août 2004, 318 pages, ISBN-13: 978-225313090.

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PEUPLES EN DANGER

18 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

japon-fukushima-radioactiviteFukushima, révolutions arabes, chômage, paupérisation, AAA et crises financières… le monde craque et l’amalgame est abusif. Voire…

 

La centrale de Fukushima nous explosant à la figure dans le pays champion toute catégorie de la technologie. Le plus fiable. Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima : trois désastres de l’ère nucléaire ponctuant une histoire vide de sens, vide de résolutions. En France, nos centrales : les plus sûres du monde. Quand une simple défaillance suffirait à provoquer le pire, comme ce fut le cas dans la centrale la plus sûre du monde, celle de Three Mile Island, en Pennsylvanie, quand l'accident débuta un mercredi 28 mars sur le réacteur numéro 2 : une simple défaillance de l'alimentation en eau des générateurs de vapeur. Les systèmes automatiques de sécurité arrêtèrent la réaction nucléaire du réacteur et déclenchèrent les pompes de secours, qui restèrent malheureusement inopérantes : une vanne avait été laissée ouverte par erreur. Lisez la Centrale, ce roman-récit paru aux éditions P.O.L., vous comprendrez pourquoi le pire arrive toujours dans le nucléaire, qu’il soit japonais, américain ou français. Ce n’est qu’une question de temps. Three Mile Island, où à propos de temps on attendit six ans pour mesurer l'ampleur des dégâts. Sans en tirer la moindre leçon au niveau international : Tchernobyl ensuite. Le réacteur numéro 4 de la centrale, en service depuis 1983, explosa le 26 avril 1986 à 01h23. La conception du réacteur à eau bouillante le plus sûr du monde était défaillante, et les opérateurs n’avaient pas respecté les consignes de sécurité, désactivant les systèmes de secours. En quelques secondes, un pic de puissance dépassa de plus de 100 fois la puissance normale du réacteur. Les pastilles d'uranium explosèrent sous l'effet de la chaleur. la déflagration souleva la dalle supérieure du réacteur, d'un poids de 2.000 tonnes. Le cœur du réacteur en fusion était désormais à l'air libre.
Fukushima. Un séisme de magnitude 9, le plus fort jamais enregistré au Japon. Relayé par un tsunami. Le séisme coupa l'alimentation électrique externe de la centrale et de ses six réacteurs, la privant de son système de refroidissement principal. Le système de secours se déclencha, mais le raz-de-marée le stoppa. Les réacteurs 1, 2 et 3, continuèrent de chauffer. L'accumulation d'hydrogène provoqua des explosions, comme à Three Mile Island.

Longtemps les autorités mentirent au Peuple japonais. Comme les autorités américaines avaient menti aux peuples américains et les autorités russes aux russes. N’hésitant jamais à mettre en danger leurs populations. Une tradition politique. Car on retrouve partout ce même mépris des populations et des peuples, qui témoigne de ce que partout, les principes démocratiques ont reflué. A commencer par chez nous, dans les démocraties européennes et cette UE subornée au pouvoir des banques.

eurodictature-strategie-lumps-L-O8xh NCar l’Union Européenne EST un régime politique, et l’un des pires, celui que les faucons américains nous envient, laboratoire du plus fabuleux rapt des valeurs démocratiques modernes qui soit. Un régime néo-libéral autoritaire, articulé par le mépris des classes dirigeantes à l’égard des peuples européens. Pour exemple : les grecs n’ont pas eu droit à leur référendum, les italiens ont vu s’accomplir le règne des experts. Ce que les gouvernances européennes révèlent n’est rien d’autre que la main mise d’une oligarchie au service du seul objectif qui lui importe : la promotion de la liberté des marchés financiers. Quitte à mettre à genoux les populations concernées, à jeter dans la misère des millions de familles. Les démocraties européennes sont ainsi l’expression la plus tragique de la structure oligarchique du monde néo-libéral. Voyez la farce des consultations bafouées, anticipée par la bouffonnerie de médias stipendiés.

Les Peuples sont en danger politiquement : l’UE est le symbole même de l’affaiblissement volontaire du politique. Voyez la Grèce, voyez l’Italie, voyez la France. Voyez comment sont prises les décisions. Partout en Europe on peut observer la montée en puissance d’un ordre fondamentalement ennemi de toute démocratie. Voyez la Hongrie. L’obsession néo-libérale des dirigeants européens, en imposant aux Etats la discipline des marchés financiers, n’a rien fait d’autre que de les enfermer dans une logique de tutelle. Un calcul machiavélique qui permet aux spéculateurs de ne jamais cesser de s’enrichir. Mais qui jette dans la misère des millions d’européens. Voyez les chiffres de l’INSEE, du Secours Populaire, du Secours catholique. Voyez les plans d’austérité se multiplier. Les dirigeants européens ne peuvent plus masquer la réalité de cette Europe. Ce faisant, ils nous rappellent opportunément que cette Europe qu’ils ont voulue, eux et non nous, n’aura jamais était une histoire des Peuples européens : l’Europe aura toujours été l’affaire des Etats, une construction anti-démocratique par excellence, dont les peuples sont aujourd’hui les prisonniers.

ravagesLes Prisonniers et les victimes. Appelées à s’entretuer. Voyez les ravages de cette flambée de racisme et de xénophobie qui traverse l’Europe. Voyez le travail de sape des fondements de la société française accompli par le gouvernement en place, sanctionnant l’immonde réussite de cinq années de règne sarkozien. Cinq années de décisions aveugles, haineuses, perpétrées contre les populations vivant sur leur sol national, françaises ou non. A commencer par les très français Rroms. Une liste déjà longue de nos compatriotes Rroms tués ici et là comme par inadvertance. Rappelez-vous le 17 septembre 2008, ce gendarme acquitté après avoir tiré sept fois sur un Rrom qui tentait de s’enfuir de sa brigade, mains et pieds entravés ! Tant d’autres depuis. Et tant d’autres vilenies. les dates s’accumulent, les dommages, perpétrés déjà ou qui ne tarderont pas à l’être, comme ceux qu’il sera impossible d’imputer à l’article 37 quater de la Loi Loppsi 2 prévoyant d’étendre aux citoyens volontaires la réserve civile de la police, ouvrant, mine de rien, la voie à la création de milices légales en France … Demain tous armés contre tous. Voyez la soudaine explosion des actes racistes commis à l’égard des français d’origine maghrébine. Un compte sauvage, l’annonce d’une déferlante brune à vomir. Voyez les législations fleurir d’interdits : Interdit de Stationner dans les villes. Interdit de mendier. Dans son rapport de janvier 2011, Human Rigths Watch stigmatisait une situation particulièrement dégradée en Europe, avec la complicité des chancelleries, qui ne s’étaient préoccupées que de mettre au point une stratégie de communication visant à masquer leur inaction aux yeux de leurs opinions publiques, voire à dissimuler l’aide objective qu’elles apportaient aux gouvernements les plus répressifs. Rappelez-vous l’étonnement joué de Nicolas Sarkozy sur la situation du Peuple Tunisien, l’avion de Mam assorti de sa volonté d’aider le clan Ben Ali à parfaire sa répression, voire le silence devant le détournement éhonté de sommes importantes allouées par l’UE aux ONG tunisiennes. Des sommes qui filaient sur les comptes de Ben Ali dans la plus parfaite transparence si l’on peut dire, aucune chancellerie européenne n’y trouvant à redire…

fildeferC’est ça la Merkozy… Un camp qui ferme ses portes, condamne les peuples à la misère et noie les désespérés. Comme ces derniers héros à faire face à la dérive sécuritaire de l’Europe : les Harragas. Un phénomène qui n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis trois ans, bien qu’à l’échelle de ce qu’est l’immigration, il demeure confidentiel. Confidentiel, mais tragique : entre 1988 et 2010, 15 638 immigrés sont morts aux frontières de l’Europe. 6 566 d’entre eux ont disparu en mer. Les Harragas. Littéralement, ceux qui brûlent, lancé à l’assaut de la forteresse européenne. Des algériens souvent. Diplômés. Sans espoir chez eux. Sans issue : le 29 juillet 2009, des dizaines de jeunes algériens, désespérés, se mutilèrent et s’aspergèrent d’essence. Partir ou mourir. L’essai de Virginie Lydie sur ce sujet est édifiant, lourd de notre silence face au désespoir de la jeunesse maghrébine, lourd de la complicité des autorités gouvernementales des deux côtés de la Méditerranée. Changer de vie, à tout prix, comment pourrions-nous ne pas l’entendre ? Leur révolte est hallucinante. Il faut lire l’essai de Virginie Lydie pour mesurer de quoi il retourne avec ce phénomène des harragas, qui ne peut pas ne pas nous interpeller : le lieu de leur désespoir est celui-là même qui fonde ici nos indignations. 

Mais l’Europe de Merkozy s’en fiche et continue d’avancer à reculons derrière son masque de fer vers cette Europe de chemises brunes qui défile en faisceaux de peurs fétides. La vie est urgente, urgente la révolte, s’exclame Abdellatif Laâbi, vigie méticuleuse des Peuples opprimés, asphyxiés sous les décombres des Pouvoirs funéraires. Qu’on relise cette poésie forte, brutale, résiliant la torture, dénonçant les fêtes macabres, l’air vicié des pouvoirs qui trône sur les gradins des foules grotesques. La vie est urgente quand on nous assassine, partout à la surface de la planète, européens, américains, africains, asiatiques... --joël jégouzo--

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DEMOCRATIE, un projet inachevé…

17 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

indignes-copie-1.jpgLa notion moderne de démocratie ne trouve pas son origine, contrairement à ce que l’on ne cesse de nous faire croire, dans l’imaginaire que l’on s’est construit de l’Agora de la Grèce Antique, favorisant l’émergence de la cité conçue comme dialogue. Le moment grec au demeurant, sous l’impulsion de Socrate et de Platon, avait pas mal verrouillé les conditions de ce dialogue en lui imposant une hauteur conceptuelle destinée certes à le soustraire au mauvais accord entre les interlocuteurs, mais surtout, raréfiant à ce point les intervention qu’il en réduisait le nombre à la part congrue des seules paroles candidates à l’appréciation politique, rapetissant de fait le discours public aux seules visées capables de clore ce prétendu dialogue en rabattant la masse sur le centre, en réduisant la diversité des vies à l’illusion de l’universalité.

Pas davantage trouve-t-elle ses origines dans le moment romain qui prétendait accomplir l’universalité laïque.

L’idée d’un gouvernement représentatif relève en fait du passé colonial britannique qui articula très tôt une conception aristocratique de la volonté commune. La conception européenne en hérita, s’affirmant elle aussi comme une conception disjonctive de la représentation nationale, avec en son sommet une prétendue élite seule capable de diriger le destin de la Nation, un gouvernement des hommes en outre compatible avec une vision fondamentalement inégalitaire des civilisations –la bonne conscience coloniale l’ayant massivement attesté jusqu’à nos jours, autant à Droite qu’à Gauche. Si bien que le déficit démocratique que l’on croit pouvoir dénoncer dans le monde d’aujourd’hui n’est pas, ainsi qu’on l’affirme à l’envi, un trait spécifique des régimes arabes contemporains, mais bel et bien, d’abord, celui des démocraties occidentales.

Au cœur de cette conception politique inégalitaire qui fut l’œuvre des élites, le thème démocratique s’est vu intégré dans un corpus philosophique d’inspiration essentiellement libérale, élaboré au XIXème siècle au sein d’institutions comme les universités et les académies des sciences morales et politiques. Ordre monétaire et économique, paix sociale en étaient les grandes composantes. Au cœur de cette édifice, son pouls le plus intime, la garantie d’une croissance illimitée favorisant le déploiement de l’ordre monétaire et économique. La croissance, objet central de la politique des démocraties avancées. L’obsession libérale d’imposer aux Etats une discipline est liée à cette croyance en une croissance illimitée tombant jour après jour comme une manne du ciel des marchés. Mais les marchés n’ont jamais été providentiels. Et la financiarisation des économies relève du crime d’Etat, tout comme l’idéologie de la méritocratie n’est qu’une fumisterie intellectuelle dissimulant mal l’idéologie de l’arrangement qui est la vraie nature du néo-libéralisme contemporain. --joël jégouzo--.

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AA+, DETRUIRE L’ETAT POLITIQUE…

16 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

AAA.jpgLe verdict est tombé. On l’attendait depuis des semaines. La France perd son triple A. Avec pour conséquence non seulement un poids plus grand d’une dette qui n’est pas la nôtre, mais l’aggravation du déficit démocratique qui caractérise l’abominable entrée dans ce XXIème siècle décidément pourri.

Demain on nous répétera que le marché reste le moyen le plus efficace pour réguler la vie sociale. Un président en exercice viendra nous l’expliquer, appelant au sacrifice, de la Nation en fait, puisque l'idée de décider démocratiquement sous quelles lois nous voulons vivre est devenue déraisonnable. Sarkozy nous resservira la nécessité d’approfondir les réformes comme l’unique moyen de nous en sortir. Il faudra alléger davantage le service public, le privatiser au motif de l'efficacité et des économies à faire.

Demain on nous conseillera de confier la santé, l’éducation, la collecte des impôts, la sécurité à des sociétés privées. On nous demandera de nous délester de ce qu’il reste de l’Administration Publique pour nous offrir un nouvel A.

Demain, nous devrons substituer aux règles de gouvernement public les règles du management privé. Concevoir l'État, ses assemblées représentatives, ses pouvoirs exécutifs, législatifs, comme des établissements soumis au principe d'efficacité des entreprises – et les détacher définitivement du principe de justice qui définissait l’État démocratique…

Il faudra vider les assemblées élues au suffrage universel de leurs substances pour adopter ce nouveau type de gouvernance au sein duquel les techniciens de la Finance, seuls, auront leur mot à dire.

Détruire l’Ordre Public, déconstruire la République. Calquer la gouvernance nationale sur la gouvernance européenne, enfin délestée de la pesanteur du suffrage universel. Abattre l'État politique au profit de l'État technique.

Demain il faudra en finir avec la souveraineté du Peuple. Il faudra soumettre davantage la Constitution aux exigences de cette construction technocratique (voir l’inscription dans la Constitution de la règle d’équilibre budgétaire). Et ne pas sourire de voir des parlementaires fantoches déchirer au coup de sifflet présidentiel le contrat social. De toute façon le peuple est déjà si peu souverain quand la politique se réduit à des dispositions techniques au service du fonctionnement de la machine financière et de la prétendue régulation de l'économie de marché…

Demain nous n’aurons qu’un seul maître : la Finance. Il faut donc parachever le processus de transformation des démocraties en oligarchies et pour cela, ce n’est pas le Mammouth qu’il faut dégraisser, mais les droits politiques fondamentaux des citoyens qu’il faut lessiver, au kärcher sans doute… --joël jégouzo--.

 

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POEME DE MARCEL PROUST : Anton Van Dyck

15 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

van-dyck.jpgAnton Van Dyck

Douce fierté des coeurs, grâce noble des choses,
Qui brillent dans les yeux, les velours et les bois ;
Beau langage élevé du maintien et des poses
Héréditaire orgueil des femmes et des rois !

Tu triomphes, Van Dyck, prince des gestes calmes,
Dans tous les êtres beaux qui vont bientôt mourir,
Dans toute belle main qui sait encor s'ouvrir...
Sans s'en douter, qu'importe, elle te tend les palmes !

Halte de cavaliers sous les pins, près des flots
Calmes comme eux, comme eux bien proches des sanglots ;
Enfants royaux déjà magnifiques et graves,
Vêtements résignés, chapeaux à plumes braves,
Et bijoux en qui pleure, onde à travers les flammes,
L'amertume des pleurs dont sont pleines les âmes,
Trop hautaines pour les laisser monter aux yeux ;
Et toi par-dessus tous, promeneur précieux
En chemise bleu pâle, une main à la hanche,
Dans l'autre un fruit feuillu détaché de la branche,
Je rêve sans comprendre à ton geste et tes yeux :
Debout mais reposé dans cet obscur asile
Duc de Richmond, ô jeune sage ! - ou charmant fou ? -
Je te reviens toujours... -. Un saphir à ton cou
A des feux aussi doux que ton regard tranquille.

 

 

 

image : Van Dyck, Dédale et icare...

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COMMENT PROUST REVINT A LA FRANCE…-Proust et la moulinette des sciences humaines…-(6/6)

14 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #LITTERATURE

voyelles.jpgLes sciences humaines ont ainsi arraché Proust au silence, à l’indifférence, voire au mépris ou l’hostilité qui entouraient son œuvre jusque là.
De 45 à 70 en effet, leur montée en puissance (sous la poussée du paradigme linguistique), n’a cessé d’accompagner la découverte ou la redécouverte d’œuvres dites ensuite majeures, l’accord autour de leur notoriété prouvant en retour le bien-fondé du procédé interprétatif mis en place.
Au point qu’il est permis de se poser la question de savoir si, au fond, cette montée en puissance ne visait pas d’abord à affirmer un objet nouveau -celui de l’intellectuel français et de ses lieux de vénération : dans la librairie française, le rayon noble est désormais celui des sciences humaines (et non plus celui de la poésie)…
La réception de l’œuvre de Proust, quant à elle, aura été en fait à géométrie variable, même après sa sanctification par les sciences humaines. Tout comme celle d’autres œuvres saisies dans cette période et subissant les mêmes réductions, ainsi de celle de Gombrowicz.
La question de fond reste donc aujourd’hui entière : comment lit-on une œuvre littéraire ? Qu’est-ce qui est lu dans un roman ? Voire : c’est quoi, le lisible d’un texte ? Quand donc un livre doit-il nous tomber des mains ? Et quant à l'oeuvre de Proust, on peut aussi s'interroger sur ce Proust deleuzien qui n'est peut-être plus celui de la madeleine, voire du baiser volé à la mère. Mais en définitive, pourquoi ne tenterions-nous pas, aujourd’hui, d’établir des relations de significations entre toutes les séries possibles de réception d’une œuvre littéraire ?
joël jégouzo--.

Images : manuscrit de Rimbaud, Voyelles…

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COMMENT PROUST REVINT A LA FRANCE…-Proust transfiguré-(5/6)

13 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #LITTERATURE

Painter.jpgEn 1959 paraît en Angleterre la première biographie exigente, fondée, argumentée, de Proust, signée de Painter.
L’ouvrage ne sera traduit en France qu’en 1966.
Le texte est capital, car il pose la pierre angulaire de la transfiguration de l’auteur, qui va permettre sa réception dans les nouveaux milieux intellectuels français alors en vogue.
L’écho est immédiat : Barthes écrit sur Proust, rendant possible la récupération de l’auteur par l’intelligentsia de gauche, via le filtre des sciences humaines, psychanalyse en tête et structuralisme à l’appui pour verrouiller le discours.
Proust devient alors un objet savant, l’affaire des érudits, sans que nul ne prête attention à l’ironie d’une sanctification orchestrée à l’âge de la société consommation, au fond confortée par cette disponibilité proustienne au loisir de soi…
proust-deleuze.gifDès 1962, l’œuvre est consacrée par l’étude que Deleuze lui accorde - Proust et les signes. C’est le grand tournant de sa réception et le vrai début de sa canonisation… Avec l’entrée en scène de Deleuze, les études proustiennes vont connaître un essor sans précédent. Revel aura beau tenter une sorte de contre-Deleuze pour arrimer Proust à un autre univers intellectuel, son Sur Proust proférant par trop trivialement, aux yeux de l’intelligentsia dominante, que Proust n’est pas le grand écrivain de l’intériorité mais celui de l’extériorité, rien n’y fait : lire Proust, c’est l’élever dans l’assomption des signes qu'il faut interpréter pour appréhender le monde qu’il a reconstruit. C’est-à-dire explorer, selon la belle formule deleuzienne, les différents mondes de signes qui s’affrontent dans La Recherche.
L’œuvre de Proust n’a ainsi plus grand chose à voir avec un travail de la mémoire, ou plutôt, elle fait son affaire du travail que revêt le sens du terme a-léthèia des grecs anciens (le Léthè est le fleuve de l’oubli), agglutinant la Réalité à la recherche de la Vérité (a-léthèia désigne les deux champs), tâche, précisément, du philosophe tels que les grecs l’entrevoyaient. Une fonction qu’endosse avec talent Deleuze, qu’il active ici à travers son souci de La Recherche, le conduisant à l’interpréter comme une recherche construite sur la manipulation des signes et dont l’objet, encore une fois, n’est pas la reconstitution du passé, mais la compréhension du réel, établie sur la distinction du vrai et du faux.
Enfin, les années 70 verront dans le sillage de Deleuze les commémorations se multiplier à l’infini. Pour les seules années 71 et 72, pas moins de 600 publications voient le jour, dont celle, magistrale, de Tadié : Proust et le roman.
joël jégouzo--.

Proust et les Signes, de Gilles Deleuze, Presses Universitaires de France – PUF, nov. 2003, Coll. Quadrige Grands textes, 224 pages, 12,50 euros, ISBN-13: 978-2130539520

Marcel Proust , George D. Painter, éd. Tallandier, coll. Texto, mars 2008, coffret 2 volumes, 15 euros, isbn : 284734506X

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COMMENT PROUST REVINT A LA FRANCE…-le retour (4/6)

12 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #LITTERATURE

andrea-mantegna-saint-sebastien.jpgIl faudra attendre l'après 1945 pour que la France, et pas seulement sa prétendue élité intellectuelle, se mette à s’intéresser à cet auteur que les anglo-saxons portent aux nues.
Proust fait donc retour, mais il nous revient par des chemins de traverse : Illiers, où dès 47, la Société des Amis de Marcel Proust rachète la fameuse maison pour en faire un musée.
C’est le Proust de Combray que l’on célèbre alors. Or cette célébration formule une opération particulièrement intéressante dans la construction de l’imaginaire des Lettres françaises : celui de l’asservissement de la fiction à une pseudo réalité : celle de l’œuvre romanesque !
C’est, après Balzac, la seconde fois que la mémoire française opère à une telle supercherie : l’œuvre de Proust va modéliser la réalité. A Illiers, on reconstruit plutôt qu’on ne restaure, une maison telle que Proust l’a décrite dans son œuvre, non telle qu’il l’a vécue… Du coup, La Recherche devient une sorte de fonds biographique dans lequel puiser.
De 1955 à 1960, Combray devient donc le passage obligé, non seulement de la reconnaissance de l’œuvre, mais de sa fortune, en particulier dans les manuels scolaires. Mais c’est aussi la période du grand tournant de la réception de l’œuvre en France, qui s’opère sous la pression de l’admiration anglo-saxonne et la découverte des Cahiers et autres manuscrits. On publie alors Jean Santeuil (son premier roman), et le Contre Sainte Beuve, qui mettent fin à la légende d’une vie d’abord consacrée aux mondanités avant de s’être tournée vers l’écriture. Car ce que l’on découvre en effet, c’est que Proust écrivait depuis toujours, qu’il n’avait jamais cessé d’écrire, de modifier, remanier, réécrire des milliers de pages d’une œuvre foisonnante. Un tâcheron ! Un gratteur infatigable, opiniâtre, si bien que sa réception, en prenant acte, se voit contrainte de le placer dans une série nouvelle, un lignage pour le coup plus habituel, sinon très français, renvoyant à un thème littéraire enfin exploitable par la critique nationale : celui du salut par l’écriture que modélise, entres autres, La Nausée de Sartre. En mixant cette nouvelle lecture française avec les lectures anglo-saxonnes, la France «découvre» finalement en lui un critique de la mondanité et en fait une sorte de Proust célinien, l’homme d’une nouvelle critique sociale. Du coup, toute l’œuvre se voit réévaluée, ainsi que tous les aspects de la personnalité de son auteur. L’homosexualité de Proust par exemple, est cette fois mise en orbite autour de celle de Genêt, pour devenir pour le coup acceptable désormais -mais il est rvaiq ue l'époque a bien changé.
joël jégouzo--.

Image : Le Martyre de saint Sébastien, de Andrea Mantegna, 1456-1459, que l’on peut admirer au Musée du Louvre.

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COMMENT PROUST REVINT A LA FRANCE…-le métèque homosexuel(3/6)

11 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #LITTERATURE

1934Dans les années 30, les choses ne s’arrangèrent pas, surtout après la publication de la fameuse enquête d’Alfred Tarbes, qui visait à identifier le sentiment national au sein de la jeunesse française, pour mieux en affirmer l’idéologie, forcément nationaliste.

L’enquête paraîtra dans sa version intégrale en 39…

Alfred Tarbes et Henri Massis, les auteurs de cette grande manipulation d’opinion, de celles que l’Etat français aime à fabriquer de loin en loin, livrèrent leurs conclusions dans les colonnes du journal L’Opinion, qui avait très innocemment commandité l’affaire.
Ils dessinèrent alors le portrait d’une génération nationaliste, religieuse, sportive, et bien sûr très à droite. L’enquête deviendra l’épicentre d’une vague nationaliste qui submergera la France. Evidemment, les réponses publiées ne reflétaient que très acessoirement les réponses collectées : n’étaient retenues en gros que celles qui exaltaient le nationalisme français. On fabriqua ainsi de toute pièce une mentalité générationnelle qu’on offrit clé en main à une génération de jeunes intellectuels qui n’eurent plus ensuite d’autre liberté que d’y adhérer…

Dans ce contexte, Proust apparut comme un écrivain dévoyé, sinon dangereux. Massis n’hésita du reste pas à tirer le meilleur parti possible de cette situation en publiant en 36 un ouvrage intitulé Le Drame de Proust -qui n’aurait été autre à ses yeux que son homosexualité. Proust était malade, l’homosexualité une maladie (on a vu récemment un dirigeant politique français penser de même), restait à plaindre l’homme et à en détourner la jeunesse française.

De 1930 à 1939, la pauvreté de la critique proustienne en France est alors non seulement pitoyable, mais fait peur… Fort heureusement, le reste du monde le découvre. Proust est alors l’objet d’une reconnaissance étrangère : anglais et allemands en tête, de Spitzer à Beckett.

C’est qu’il vient d’être traduit en Angleterre, où il devient, tout comme aux Etats-Unis, le sujet de séminaires universitaires. Se met dès lors en place le schème d’une écriture proustienne venant clore le XIXème siècle.

En France, les critiques ne parviennent pas à publier leurs réflexions sur Proust. Albert Feuillerat devra ainsi y renoncer pour publier son Proust aux Etats-Unis (1935), et jusqu’en 45, les rares thèses françaises sur Proust ne permettront pas aux quelques thésards aventureux qui les soutiennent de faire carrière.—joël jégouzo--.

image : 1934, parade nazie à Nuremberg...

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COMMENT PROUST REVINT A LA FRANCE… -l’infréquentable-(2/6)

10 Janvier 2012 , Rédigé par texte critique Publié dans #LITTERATURE

nrf-1923---copie.jpgReprenons : dans les années 20, Gide n’aimait pas Proust, qui le lui rendait bien. Mais en 1920, la position de Gide était beaucoup plus en vue que la sienne. D’autant que dans le même temps, les Quatre « M » des Lettres françaises ne le prisaient guère non plus : Mauriac, Maurois, Montherlant, Morand.
Ajoutez que les surréalistes le détestaient (pour l’anecdote, le jeune André Breton corrigea les épreuves des textes de Proust chez Gallimard), que les existentialistes prirent le relais de cette détestation, Malraux en tête, puis Sartre, qui voyait en lui un romancier de la psychologie (dans Les Temps Modernes, Sartre affirmera que : «son œuvre continue de répandre le mythe de la nature humaine»), et qu’enfin la phénoménologie, alors en vogue dans les années 30, l’ignorait superbement...
Quant à Céline, s’il saluait volontiers l’intelligence du comique proustien et son sens de la dérision humaine, il l’abominait lui aussi tout aussi cordialement.
Bref, tous les courants de la littérature française des années 20/30 demeurèrent hostiles à Proust, malgré sa garde de fidèles : Gaston Gallimard et Rivière, qui lui consacra le premier numéro spécial de la NRF, en janvier 1923 (Proust est mort en novembre 22).
corresproustgallimard.jpgUn numéro spécial qui, évidemment, vit se bousculer les contributions, pas tant à cause de Proust qu’à cause de la gloriole d’une parution dans la prestigieuse revue (excepté Aragon, qui refusa d’y collaborer ; mais Aragon il est vrai, n’avait pas besoin d’y signer un article pour asseoir sa notoriété).
Le tout donna un curieux mélange où presque tous les auteurs (sauf Daudet) y allèrent de leurs pincettes de peur de se compromettre, soit à l'avoir par trop flagorné , soit au contraire de l'avoir mignoté.
Gaston Gallimard avait beau faire, Proust demeurait en France persona non grata. Gaston se mit alors en tête de publier un Proust convenable, découpé en morceaux choisis, comme un grand classique. Un Proust édulcoré parut, celui de Combray, celui des souvenirs d’enfance, bref, un Proust soigné et endimanché. Sans doute s’agissait-il alors de couper court à la réputation sulfureuse qui affectait l’œuvre après la publication d’Albertine disparue, le magistral coming out de Proust. Mais rien n’y fit : Proust passait pour un pédéraste mondain, les donneurs de leçon s’en donnaient à cœur joie : cet auteur était décidément infréquentable…
--joël jégouzo--.

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