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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 04:54

cela-meridien.jpgL’avenir de l’enseignement des Lettres paraît sombre, dans l’école française. Epuisée par une didactique savante, reléguée dans la grammaire des techniciens, la pédagogie du français a fini par dévaluer tout ce sur quoi reposait le travail des enseignants : l’étude patiente, attentive, respectueuse des œuvres du patrimoine culturel et intellectuel de l’humanité, l’amour passionné de la lecture. Tandis que dans le même temps, une conception intempestive de la modernité jetait aux oubliettes les vertus du silence, de la patience, muant la lectio en verbiages indigestes. L’excellence scolaire, depuis, ne se mesure qu’à l’aulne de la réussite dans les études scientifiques, la filière littéraire, malgré sa récente revalorisation, n’a entrevu de salut que dans l’horizon de l’exception scolaire, tournée vers un enseignement ouvert aux seules élites, comme pour nous remplir encore de l’illusion d’une culture des humanités assurément probante, le vieux monde en somme, avec son charme discret, sinon désuet. Faut-il s’enfermer pour autant dans la déploration ? Ou chercher malgré tout à défendre ce qu’il existait d’irréductible dans l’enseignement des Lettres ? Et chercher de nouveau à en faire une culture, plutôt qu’une doctrine ? A bien des égards, un poème de Paul Celan (Le Méridien) nous y invite, dans lequel il évoque le lieu où tout poème prend forme : dans "la recherche de l’autre, ne s’adressant qu’à lui". Là où l’attention à la chose écrite se transfigure dans l’expression poétique en "un dialogue éperdu" qu’il n’est pas simple ensuite de congédier. C’est cette attention qui fondait la relation de l’enseignant à sa discipline et aux élèves qu’il enseignait, cherchant les "chemins difficiles et secrets" où créer les conditions "par lesquelles une parole de vérité", celle des élèves, pouvait avoir lieu. Un geste poétique en somme, sinon une geste pédagogique telle qu’on n’en connaît plus, où "créer le ‘tu’, le vis-à-vis, le destinataire", où "faire entendre que quelque chose (lui) est destiné", plutôt que d’affronter nos élèves à des techniques littéraires soigneusement rangées dans les tiroirs des époques stériles.

 

Le Méridien, de Paul Celan, traduit de l’allemand par André du Bouchet, préface d’Emmanuel Lévinas, illustrations Jean Capdeville, éd. Fata Morgana, avril 2008, 43 pages, 10 euros, ISBN-13: 978-2851947116.

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Published by texte critique - dans essais
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